Sep
11

Blade RunnerLe prix du syndicat de la critique est allé, et c’est justice, aux magnifiques coffrets sur BLADE RUNNER qui comprend 5 montages différents, 5 versions du film et sur Douglas Sirk. Ce dernier, édité par Carlotta, est une merveille : copies magnifiques (celle du TEMPS D’AIMER ET DU TEMPS DE MOURIR, œuvre magnifique à peine desservie par John Gavin, est vraiment splendide) et suppléments incroyables. À ce stade, on ne peut même plus parler de bonus. Carlotta nous offre en effet en plus d’un entretien avec Sirk, d’un décryptage des conversations avec Jon Hallyday (qui éclairent LE TEMPS D’AIMER d’une couleur très autobiographique) les premières versions, dues à John Stahl, de MAGNIFICENT OBSESSION (LE SECRET MAGNIFIQUE) et d’IMITATION OF LIFE (MIRAGE DE LA VIE). Je dois dire d’ailleurs qu’en ce qui concerne IMITATION, le Stahl me paraît supérieur à son remake. Il est certes moins lyrique, moins flamboyant et sa fin est moins bouleversante, mais il est plus réaliste, plus vraisemblable. Et surtout le traitement des rapports raciaux me semble plus audacieux, plus libéral. Comme nous l’écrivions dans 50 ans de cinéma américain (dans la première version) : « la domestique noire, détentrice d’une recette secrète, s’associe à sa patronne pour créer ce qui deviendra « un empire de la crêpe » et fait fortune, ce qui lui permettra au moins de se payer un bel enterrement au lieu de le devoir à la charité de son employeur ». Il est intéressant de comparer la Béatrice incarnée par Claudette Colbert, femme sensible, énergique, pleine d’humour, vivante à la Lola du Sirk qui en fait une actrice médiocre (du moins on le suppose), dévorée par l’ambition, et par ailleurs, complètement superficielle et insipide. C’est peut-être le seul angle qu’a trouvé Sirk pour pallier aux limites de Turner et jouer sur son image.

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Sep
03

Dans la célèbre collection bleue consacrée à la RKO et présentée avec clarté et intelligence par Serge Bromberg, les EDITIONS MONTPARNASSE sortant une série EXCEPTIONNELLE de films qui sont pratiquement tous passionnants. Et qui reflètent tout ce qui rendit la RKO unique :
producteurs novateurs (Val Lewton), metteurs en scènes de grand ou très grand talent (Jacques Tourneur, John Berry, Gregory La Cava, Nicholas Ray). L’absence de très grosse vedette sous contrat donnait plus d’importance aux scénaristes et aux réalisateurs. C’est eux qui portaient les films, qui leur donnaient une richesse visuelle, un style qui compensait les stars manquantes. la RKO avait pris sous contrat un nombre considérable de chef opérateurs formidablement inventifs (Nicolas Musuraca, Russel Metty, Harry Wild) et de grands décorateurs (Van Nest Polglass).

Voyons un peu plus en détail cette série :

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Avr
24

coffret-fuller4sousCriterion (www.criterion.com) vient de sortir, en plus du coffret Samuel Fuller consacré à ses 3 premiers films – il va être très excitant de comparer I shot Jesse James (1949) au très intéressant The assassination of Jesse James (2007) avec Brad Pitt et Casey Affleck et de revoir le très bon Steel Helmet (1951) – un double disque sur L’opéra de 4 sous (1931) de Pabst que Gary Giddins salue, dans le New York Sun, en des termes enthousiastes : « Une des sorties les plus éblouissantes de l’année est le coffret consacré au Dreigroschenoper. Quand il s’attaqua au projet, Pabst adaptait ce qui avait été l’événement théâtral de 1928, une parodie brillante, tranchante de la parodie de John Gay, L’opéra des gueux, écrite par Bertold Brecht (et son assistante, non créditée, Elizabeth Haupfman) avec une musique de Kurt Weill. Le film remporta un succès modeste malgré le soutien de la critique. Et depuis son interdiction par Hitler, voici trois quarts de siècle, il ne fut plus distribué que dans des copies affreuses, rayées, mutilées avec un son déplorable et sa réputation s’évanouit. Au contraire des autres œuvres de Pabst comme Loulou, redécouvertes avec succès, L’opéra de 4 sous gisait dans les limbes des curiosités historiques que l’on saluait uniquement pour avoir préservé l’interprétation célèbre de Jenny des Corsaires par Lotte Lenya. Le film était souvent décrié pour son image ténébreuse et brouillardeuse dont on disait qu’elle diluait le propos de Brecht, voire le trahissait à cause de la Censure ou des exigences du réalisateur.

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