sept
30

Tout d’abord, la sortie du splendide et poignant CAMILLE CLAUDEL 1915 de Bruno Dumont, chronique acérée, pénétrante du séjour de Camille Claudel que l’on a internée dans l’asile d’aliénés de Montdevergues, dans le Vaucluse, me donne envie de revenir sur HORS SATAN, HADEWIJCH, sans oublier le magnifique FLANDRES, aux extraordinaires scènes de bataille et à la conclusion plus apaisée. Conclusion qui n’était, semble-t-il, pas celle du scénario. Des œuvres fortes, exigeantes qui, je pense à CAMILLE CLAUDEL, vous accrochent, vous font palpiter. IL EST BON DE REVENIR À BRUNO DUMONT !

 

 

 

   

Et aussi à Doillon dont Gaumont a ressorti LA FEMME QUI PLEURE et LA FILLE PRODIGUE.

 

Grouper dans une même chronique Doillon, Dumont et Autant-Lara aurait passé pour une provocation, voici quelques années. Heureusement maintenant il y a un consensus plus apaisé sur l’auteur d’OCCUPE-TOI D’AMÉLIE dont je rappelle chaque fois l’existence. Ses déclarations lepénistes scandaleuses ternissent l’homme mais pas l’œuvre. Elles ont été d’ailleurs proférées vingt ans après son dernier film.
J’ai revu LES PATATES (Gaumont) avec un immense plaisir. C’est un film singulier, original qui refuse les routes balisées. J’ai redécouvert cette zone interdite, rarement mentionnée, qu’étaient les Ardennes françaises. Le scénario d’Aurenche est vif, intelligent, truffé de surprises, de parenthèses cocasses ou tendres. On retrouve une de ses préoccupations, partir d’un objet qui fait office de révélateur, pour décrire des personnages, un moment d’histoire, une classe, un monde : la chaussure perdue de Chiffon nous introduisait dans un monde qu’elle ignorait et faisait naître des sentiments qui viraient peu à peu à la gravité. Ici à partir de patates, d’une envie de patates, d’un besoin de patates, on se plonge dans un bout de notre Histoire. Y apparaissent les égoïsmes, l’indifférence mais aussi la compassion. Très beau moment que celui qui nous montre Henri Virlojeux, magnifique, qui soliloque sur ce que représente vraiment ce désir de patates. Il y a quelque chose qui nait en vous, une envie de faire une action extraordinaire. Pierre Perret est très convaincant. Le film souffre juste des décors d’intérieurs de Max Douy un peu trop ripolinés, du choix de Bérangère Dautun, actrice attachante originale mais un peu trop urbaine pour une paysanne.

Que ceux qui ne l’ont pas fait se ruent sur LA SUITE À L’ÉCRAN, le merveilleux livre d’entretien d’Alain Riou avec Jean Aurenche.

PÉCHÉS DE JEUNESSE (Gaumont) a été une vraie surprise. Cette histoire d’un homme qui part visiter les enfants naturels qu’il a abandonnés, semblait condamnée d’avance. Pourtant, Tourneur aidé par Spaak impose un ton assez original, retenu, sobre, aux antipodes des morceaux de bravoure qu’exigeait le film à sketches. Il y a une trivialité que souligne Jacques Lourcelles, surprenante dans le ton, dans les situations et dans les milieux. Cette trivialité n’empêche pas une certaine forme de bonheur modeste qui enfonce chaque fois un peu plus le héros, joué avec une grande finesse par le génial Harry Baur, vraiment inspiré, inventif quand il plonge dans les émotions, les regrets, les doutes liés à la paternité.

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE d’Henri Aisner  que j’ai trouvé relativement visible sinon réussi, bien photographié par André Bac, joliment dialogué par Vladimir Pozner et bien joué par Reggiani, Herrand, Modot m’a plus convaincu que sa suite dirigée par Louis Daquin.
La version d’Aisner (dont la filmographie, liée au Parti Communiste), très courte est  découpée par le réalisateur et Max Douy, en plus de ses décors. C’est plus regardable que le Lherbier qui se veut plus ambitieux, plus formaliste mais dont les « recherches » paraissent très datées, voire vaines et handicapées par le jeu d’Huguette Ex Duflos (sic. Cela inspira un pseudo à Jeanson). LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR de Daquin est plus guindé, plus raide et pas très bien joué même si on peut voir Piccoli qui tourna plusieurs fois avec Daquin dans un petit rôle assez trouble.

 

LA FERME DU PENDU est un des meilleurs films de Dréville. Et un des meilleurs français sur le monde paysan. Dépouillé, âpre mais jamais volontariste dans la noirceur, ne l’exhibant pas comme un drapeau (péché mignon de certains films français de ces années). Dréville, homme d’une grande gentillesse, l’acceptait pour ce qu’elle était et la filmait sans esbroufe. Vanel a des moments de dureté, d’égoïsme d’une grande force et Alfred Adam campe un fier à bras, un séducteur misogyne pitoyable. Sa déchéance le rend presque touchant. Il est génial. On voit Bourvil dans un personnage qu’on devine noir. Malheureusement Dréville utilise beaucoup trop de plans de coupes durant sa chanson. Péché véniel que compensent de magnifiques plans larges, un vrai sens du décor.  Je ne sais plus où j’ai lu que les romans de Gilbert Dupé, écrivain régionaliste (LA FOIRE AUX FEMMES, LA FIGURE DE PROUE, LE BATEAU A SOUPE, LES MAUVENTS qu’il adapta et filma) étaient revus par Claude Accursi (TROIS FEMMES, LES TRIPES AU SOLEIL, LE VOYAGE SURPRISE).

3 FILMS À PART

Trois films à voir absolument et dont je ne savais rien avant de les voir : LA CHASSE, du norvégien Erik Løchen dont j’ai entendu parler pour la première fois dans ce blog qui est une œuvre étrange, originale, ultra personnelle. La chronique d’une mort (d’un meurtre) durant une partie de chasse racontée de manière non chronologique. Les personnages sont interrompus par un narrateur invisible qui les questionne, change le cours du récit, remet en cause leurs actions. On retrouve ce ton si particulier (qui reste parfois prisonnier de son ambitions et de recherches un peu datées) dans OBJECTION (toujours chez Malavida, éditeur indispensable et audacieux) qui raconte un tournage de manière encore plus désarticulée.

 

LE POLICIER  de Nadav Lapid, après LEBANON, BEAUFORT confirme la vitalité du cinéma israélien. Il décrit pendant de longues séquences les entrainements sportif, la camaraderie machiste, les jeux virils (avec les blagues d’usage comme d’enfoncer la tête sous l’eau d’un pote) d’une bande de flics appartenant à une brigade anti-terroriste. Ils sont accusés d’avoir abattu par erreur durant une mission des civils, des enfants, des femmes. Ils se défaussent sur l’un d’entre eux atteint d’une maladie mortelle qui endosse toutes les responsabilités. Commence une autre partie consacrée aux agissements d’un groupuscule d’extrême gauche qui constitue le double inversé des premiers, partageant le même intégrisme. Qui fait voler en éclat son sujet et va s’attacher à des ramifications inattendues.

Et enfin LA COMMISSAIRE, film russe qui fut longtemps interdit. Comme l’écrit DVD Classik : « En adaptant une nouvelle de Vassili Grossman, Alexandre Askoldov a embrassé la destinée douloureuse de l’écrivain russe. Bien qu’ils ne soient pas de la même génération, ils se sont tous les deux heurtés avec la même violence contre l’Etat soviétique à quelques années d’intervalle seulement. Il aura fallu vingt ans pour que les bobines de La Commissaire sortent des sombres recoins de sa prison. « Mon histoire, celle de La Commissaire, tient entre deux dates : 1967-1987 » déclare Alexandre Askoldov qui, tout comme Vassili Grossman avec Vie et destin, ne s’est jamais remis de l’interdiction de son film. Avec LA COMMISSAIRE, il croyait sans doute au miracle, surestimant les capacités d’autocritique du régime… En adaptant une nouvelle de Vassili Grossman, Alexandre Askoldov a embrassé la destinée douloureuse de l’écrivain russe. Bien qu’ils ne soient pas de la même génération, ils se sont tous les deux heurtés avec la même violence contre l’Etat soviétique à quelques années d’intervalle seulement. Il aura fallu vingt ans pour que les bobines de LA COMMISSAIRE sortent des sombres recoins de sa prison. « Mon histoire, celle de LA COMMISSAIRE, tient entre deux dates : 1967-1987 » déclare Alexandre Askoldov qui, tout comme Vassili Grossman avec Vie et destin, ne s’est jamais remis de l’interdiction de son film. Avec LA COMMISSAIRE, il croyait sans doute au miracle, surestimant les capacités d’autocritique du régime. Le scénario d’Alexandre Askolov reste très proche du texte de Vassili Grossman, à la différence que ses ajouts et ses intentions de mise en scène donnent une toute autre perception de l’Armée rouge et de la violence de la révolution. Mais lorsque le film a été interdit en 1967, c’est parce qu’il était officiellement jugé pro-sioniste : la Guerre des Six Jours avait laissé en froid l’URSS et Israël. Une œuvre humaniste dénonçant les conséquences de la révolution sur la vie paisible d’une famille juive ne pouvait que faire hérisser les poils de moustache des apparatchiks.
LA COMMISSAIRE était le projet de fin d’étude d’Alexandre Askoldov, alors diplômé de l’Ecole de Cinéma de Moscou. Faisant déjà preuve d’une grande maîtrise de son art, il multiplie les mouvements de caméra virtuoses et met en place une narration suggestive grâce à un montage d’une grande efficacité. Alexandre Askoldov n’est pas un auteur qui explique : il préfère montrer, accordant un très fort crédit au pouvoir des images qui se donnent à lire. Ce ne sont certainement pas de simples images de propagande au message unilatéral : le réalisateur propose plusieurs niveaux de lecture qui donnent une ampleur romanesque à cette œuvre.
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Le début du film m’a particulièrement impressionné. Cette entrée dans une ville morte et aussi le moment incroyable où l’ex commissaire, réquisitionne une chambre dans une maison habitée par des ouvriers.

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août
20

FILMS CLASSIQUES ET D’ABORD BECKER

D’abord, il y a Jacques Becker. Ensuite, il y a Jacques Becker dont je ne suis pas loin de penser qu’il fut le plus grand cinéaste français des années 40/50, le plus fluide, le plus moderne. J’ai dit tout le bien qu’on pouvait penser d’ANTOINE ET ANTOINETTE que j’ai envie de citer à nouveau, de pousser ceux qui ne l’ont pas vu à se précipiter sur le magnifique Blu-ray. Cette vision d’une France populaire, vivant dans une semi-précarité mais où l’on s’entraide, s’épaule, on se prête des livres (rien que ce détail date le film et ce n’est pas glorieux pour nous), me bouleverse à chaque vision. La séquence de la noce est une pure merveille, cocasse mais sans aucune condescendance. Noël Roquevert campe de manière magistrale un épicier, profiteur évident du marché noir qui traite les femmes avec une goujaterie suffisante, une bonhomie visqueuse qui le rendent inoubliable.

Raison de plus pour se précipiter sur EDOUARD ET CAROLINE (Tamasa), comédie miraculeuse, triomphe de l’élégance, de l’agilité visuelle, intellectuelle. Un postulat très simple, très cadré dans le temps, un rythme incroyable qui n’a jamais rien de mécanique et une peinture sociale hilarante. A partir d’un fait en apparence anodin, on frôle le drame, la catastrophe, les larmes. Le ton peut basculer d’une seconde à l’autre et devenir sérieux et grave mais Becker et Annette Wademant ont la générosité de sauver leurs héros et aussi certains personnages : l’Américain qui paraît au début brutal et goujat nous fait découvrir un autre visage. Il est le pendant du banquier des AMANTS DE MONTPARNASSE : comme lui perdu dans un monde de snobs ignares (toutes les notations sur la musique sont désopilantes) et manifestant finalement un goût sûr et personnel. On ne peut pas terminer sans citer Anne Vernon, absolument délicieuse et hyper sexy dans ses déshabillés (elle forme un couple idéal et très moderne, dans le jeu, la façon de bouger, avec  Daniel Gélin), Elina Labourdette et son œil de biche, Jacques François, qui hésite entre un nœud mat et un brillant, et bien sûr l’admirable Jean Galland. Ses « Caroline » prononcés avec l’accent anglais (sa stupéfaction quand on ne le comprend pas dans cette langue), son adresse aux déménageurs sont des immortels moments de comédie. Hawksiens sans doute (rythme, mise en scène fluide) mais avec une minutie dans le réalisme qu’on ne trouve pas chez Hawks.

Il faut toujours rappeler les autres Becker qui sont disponibles : FALBALAS, CASQUE D’OR, le merveilleux RENDEZ-VOUS DE JUILLET (Studio Canal), GOUPI MAINS ROUGES, RUE DE L’ESTRAPADE, LE TROU, voire même le très rapide DERNIER ATOUT. Oublions ALI BABA, œuvre terne et de peu d’intérêt quoi qu’en ait dit Truffaut.

J’ai  revu LA NUIT EST MON ROYAUME de Georges Lacombe qui avait été une vraie surprise quand je l’avais découvert par hasard. Et j’ai retrouvé la même émotion devant la sobriété du ton, l’attention porté aux personnages populaires, le refus de tout pathos dans le jeu de Gabin. Evidemment on pense à LA BÊTE HUMAINE, ce qui décuple la force de certains plans (même si un court instant, Lacombe et Agostini utilisent une transparence), notamment celui qui cadre en plongée Gabin, après l’accident, titubant sur le ballast, perdu dans la vapeur qui se dégage de la locomotive ou la soudaine apparition à contre jour de Gérard Oury, l’économe de l’institution, qui vient déranger un moment d’intimité tendre entre Gabin et Simone Valère, et nous fait comprendre le rapport qu’il entretient avec l’institutrice. Ou le travelling dans la foret qui précède Poinsard et Louise qui passe près d’Oury sans le remarquer. Lequel  Oury joue cet économe jaloux, coincé avec une vraie sobriété qui contourne ce que le personnage pourrait avoir de conventionnel… Scénario direct, franc, jamais ostentatoire de Marcel Rivet dont c’est le grand titre de gloire (je n’ai jamais vu LES AMANTS DU TAGE de Verneuil) et bon dialogue de Charles Spaak (« le désordre, la saleté cela a une odeur », dit Poinsard) avec une belle dernière réplique. Belle interprétation de Susanne Dehelly, touchante en bonne sœur même si l’évolution de son personnage vers la cécité est trop prévisible. Et musique lyrique mais pas envahissante d’Yves Beaudrier. Un des titres méconnus de la seconde période de Gabin lequel est miraculeux de légèreté, de retenue. Il exprime une vraie grâce dans tous les moments où son affection pour Simone Valère devient de l’amour, mettant en valeur ses tâtonnements, ses brusqueries, ses louvoiements maladroits. Claude Gauteur avait publié un livre très injuste sur Gabin, dénonçant l’embourgeoisement (qui était aussi celui de la France) de celui qui fut une icône de la France populaire d’avant guerre. Il faut revenir sur ce jugement. Gabin dans les années 50 joue beaucoup de héros populaires et ce film le montre tout comme GAS-OIL, LE SANG À LA TÊTE, DES GENS SANS IMPORTANCE ou LE SINGE EN HIVER, sans parler du CHAT. On ne peut lui reprocher d’avoir voulu explorer d’autres milieux et de changer de classe sociale dans LE PRÉSIDENT, LA TRAVERSÉE DE PARIS ou EN CAS DE MALHEUR, trois réussites (et c’est le sujet très critique de LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE). Mais là, dans LA NUIT EST MON ROYAUME, il m’a épaté par sa légèreté qui m’a fait penser à celle de Depardieu dans QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR et LA TÊTE EN FRICHE. Il gagna la coupe Volpi à Venise. Ajoutons que le film de Lacombe traduit une confiance forte dans des valeurs collectives, héritage de la libération, qui en fait un cousin d’ANTOINE ET ANTOINETTE.

De Verneuil, j’ai revu édité par René Château, UNE MANCHE ET LA BELLE d’après James Hadley Chase. Ce qui limite le film, coince sa dramaturgie et amoindrit son intérêt. Les personnages, interchangeables, sont ceux qu’on trouve dans la quasi totalité des livres : jeune gigolo qui ne pense qu’au pognon, aux voitures de sport, femme riche, plus âgée, qui semble se laisser berner, fausse ingénue calculatrice. Le monde extérieur n’existe pas et l’action se passe comme dans beaucoup d’autres films (RETOUR DE MANIVELLE) sur la Côte d’Azur qui est juste un décor abstrait. Cela pourrait se passer dix ans avant ou vingt ans après. Personnellement, j’ai un mal fou à m’intéresser à ces personnages dont le seul mobile est le fric, même si le héros fait un moment machine arrière. C’est du théâtre de boulevard criminel avec des retournements faussement surprenants. C’est la dictature de l’intrigue, les personnages courant après elle. Ce qui rend la vision supportable, c’est la volonté touchante, naïve de Verneuil de faire « de la mise en scène » : cadrages élaborés (le premier plan), photo travaillée, profondeur de champ. Cette dernière est utilisée jusqu’à plus soif pendant la partie de cartes, moment tarabiscoté et totalement invraisemblable. Car les plans des criminels chez Chase témoignent d’une sophistication sotte qui forcément doit se retourner contre eux. Mylène Demongeot est assez craquante et parvient à faire passer ce que son personnage peut avoir de convenu et de prévisible. Vidal et Isa Miranda sont sur des rails.

J’ai enfin vu 3 CHAMBRES À MANHATTAN de Marcel Carné (Gaumont) qui me faisait assez peur. En effet, j’adorais le livre de Simenon. Ce qu’en dit Paul Vecchiali dans son dictionnaire, ses trois cœurs, m’ont forcé à sauter le pas. Et je n’ai pas été totalement convaincu, malgré l’interprétation magnifique, déchirante, ultra-moderne d’Annie Girardot qui soulève le film, s’en empare et lui donne une émotion rare, la sobriété efficace de Maurice Ronet. Les dialogues de Jacques Sigurd pèsent des tonnes surtout quand ils veulent paraître quotidiens et qu’ils imposent une série d’échanges pseudo-laconiques qui plombent le récit, qui en devient solennel. Le travail de Carné, même s’il est un peu guindé, est moins démodé que ce qu’écrit Sigurd : le premier plan sur New York est une belle transition visuelle, la photo de Schuftan est soignée et nous voyons plus d’extérieurs américains que dans le surestimé et horriblement mal joué 2 HOMMES DANS MANHATTAN (nous avons déliré sur ce film). Assez belle musique de Mal Waldron et Martial Solal.

MARGUERITE DE LA NUIT est un Autant-Lara sans Aurenche ni Bost et cela se voit et s’entend. Pourtant le projet est ambitieux (variations sur le mythe de Faust) et certains décors, mal photographiés, intriguent. Mais Montand est catastrophique, totalement à côté de la plaque et Morgan, plus juste, est handicapée par une coiffure horrible et un maquillage très lourd. Courez revoir en revanche LE MARIAGE DE CHIFFON, toujours chez Gaumont, aussi gracieux, délicat, tendre, émouvant que MARGUERITE est lourd et froid. Petite curiosité, on y voit Palau qui tenait le rôle du diable dans l’excellente MAIN DU DIABLE de Tourneur.

 

FUTURS CLASSIQUES

Restons en France avec le beau documentaire de Paul Lacoste, ENTRE LES BRAS, consacré à la famille Bras, à la passation de pouvoir entre Michel et son fils Sébastien. Il y a des moments de langage dans ce film (qui nous changent des horribles éléments de langage chers aux politiques), des mots qui surgissent chez des gens qui pourtant ne les utilisent guère : un simple mot rentré dans le gorge de Michel Bras prend des allures de confession autobiographique. Et ces images d’assiettes qui sont autant de tableaux, ces plans nous montrant la peau du lait qu’on retire et qu’on fait sécher (on en salive et les voir manger une tartine de cette peau crémeuse vous ferait oublier tous les régimes du monde). Et ces paysages sublimes de l’Aubrac où j’ai tourné la bataille de la PRINCESSE DE MONTPENSIER. Et l’alliance qui se fait entre la cuisine japonaise et ces Auvergnats, que de miracles.

Sortie aussi en Blu-ray de QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS de Stéphane Brizé, film très émouvant, superbement joué par Hélène Vincent et Vincent Lindon. Il faut mentionner aussi Emmanuelle Seigner qui est vraiment juste et touchante dans un rôle secondaire (elle est aussi excellente dans le dernier Ozon, DANS LA MAISON).

 

Et bien sûr AUGUSTINE, œuvre forte, profonde, sur le rapport de la médecine au corps des femmes. Vincent Lindon, magistral, joue Charcot, professeur progressiste qui invente une approche révolutionnaire, secoue nombre d’interdits mais qui reste prisonnier de certains préjugés quand à la manière de traiter les femmes. Alice Winocour réussit ce que Kechiche, pour moi, loupait dans la seconde partie de VÉNUS NOIRE qui restait trop didactique, trop prisonnier d’un carcan idéologique et tire de Soko, déjà splendide dans À L’ORIGINE, une interprétation bouleversante, directe, toujours au centre de l’émotion, jamais manipulatrice ou charmeuse.

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juil
26

Commençons par l’excellent petit opuscule, très bien documenté, la première étude en  français, que Renaud Machart a consacré à Stephen Sondheim (Actes Sud), compositeur et lyriciste (ses lyrics sont des merveilles) que j’adore. Je l’ai acheté juste avant de voir au Châtelet le magnifique, bouleversant, nostalgique, euphorisant SUNDAY IN THE PARK WITH GEORGE dont il existe un DVD aux USA. J’avais déjà adoré A LITTLE NIGHT MUSIC, transposition musicale de SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ qui comprend le célèbre et splendide « Send in the Clowns » que l’on peut entendre chanté par Barbra Streisand et… Glenn Close. J’avais hélas loupé SWEENEY TODD dont Stéphane Lerouge m’a dit un bien fou (le film de Burton omet pas mal de chansons). L’ouvrage de Machart recense les CD, les DVD, classe les bonnes interprétations. On y apprend la genèse de WEST SIDE STORY (qui s’appelait d’abord EAST SIDE STORY), que seules 4 de ses chansons furent préservées dans le A FUNNY THING HAPPENED ON THE WAY TO THE FORUM de Lester que Sondheim et Robbins détestent.

Je dévore grace à Michael Rawls, PECKINPAH A PORTRAIT IN MONTAGE et ai changé complètement de registre avec LE CERCLE LITTÉRAIRE DES AMATEURS D’ÉPLUCHURES DE PATATES de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (13/18), un délice.

  

Je vais dévorer, mais il faut un peu de temps, L’EMPIRE COMANCHE de Pekka Hamäläinen, fortement conseillé par l’épatant Michel Le Bris qui a ressuscité nombre de livres de Stevenson, les faisant retraduire, et le roman qui inspira, lointainement, MOONFLEET. Il m’a aussi conseillé de lire, dans l’édition Phébus, L’HOMME DES VALLÉES PERDUES de Jack Schaeffer qu’il juge absolument essentiel.

 

Ruez vous aussi sur DU POLAR de François Guérif, entretiens très savoureux où Guérif nous communique son amour du roman noir, sa curiosité, et recense de manière hilarante les coupes et les manques dans la plupart des livres parus dans la Série Noire. Les exemples qu’il donne de la traduction d’Hammett sont frappants et le portrait qu’il fait de Lehane, Tony Hillerman et Burke rendent l’ouvrage indispensable.

Parmi les livres d’histoires sur la police, je signale LIAISONS DANGEREUSES – MILICIENS, TRUANDS, RÉSISTANTS de Jean Marc Berlière et François le Goarant de Tromelin (quand il signe, il faut qu’il fasse des heures supplémentaires) paru chez Perrin et qui complète le passionnant, POLICIERS FRANÇAIS SOUS L’OCCUPATION qui détruit bien des clichés. L’opuscule de Berlière sur Guy Moquet (Larousse) secouait passablement le cocotier et détruisait des légendes.

 

BALTIMORE (Sonatine) de David Simon, plongée dans le monde de la police criminelle de Baltimore. La source de THE WIRE. On doit à David Simon les meilleures séries US : TREME 1et 2 sur les ravages causé par Katrina à la Nouvelle Orléans, GENERATION KILL sur la guerre d’Irak et THE CORNER sur les ravages provoqués par le trafic de drogue dans un carrefour de Baltimore.

 

Chez l’excellent éditeur Gallmeister, DARK HORSE, un des meilleurs Craig Johnson (LITTLE BIRD, ENFANTS DE POUSSIÈRE), l’un des deux grands écrivains du Wyoming, l’autre étant CJ Box (CIELS DE FOUDRE, ZONE DE TIR LIBRE dont le héros est Joe Pickett, garde forestier), le premier étant démocrate, le second républicain et tous deux arborant le même chapeau.

LE DICTIONNAIRE IMPERTINENT DE LA CHINE, décapant, amusant et instructif.

  

De Glenn Frankel, THE SEARCHERS, THE MAKING OF AN AMERICAN LEGEND (Bloomsbury), indispensable et ultra documenté sur le fait divers qui inspira le roman d’Alan le May sur les différences entre le scénario et le livre et entre le scénario et le film. Et notamment la suppression par Ford d’une réplique qui éclairait le geste de Wayne soulevant Natalie Wood de manière trop précise.

Et j’ajouterai les deux derniers livres d’Alain Rémond dont j’adorais les chroniques dans Marianne : je conseille vivement la lecture de CHAQUE JOUR EST UN ADIEU (Seuil), JE MARCHE AU BRAS DU TEMPS (Seuil), TOUT CE QUI RESTE DE NOS VIES (Seuil, 2013).

   

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