nov
29

TOUJOURS DES FILMS ANGLAIS

Mon coup de cœur. Je dois avouer que j’ai eu un choc en redécouvrant (en découvrant, faudrait il dire plus justement, car je ne l’avais vu qu’en 16mm dans une très mauvaise copie) THE OVERLANDERS écrit et réalisé par Harry Watt. On lui doit le célèbre et magnifique documentaire NIGHT MAIL sur un poème de W.H. Auden et une musique (excusez du peu) de Benjamin Britten. Il participa à d’autres documentaires produits, comme le si émouvant, si beau NIGHT MAIL, par Alberto Cavalcanti : the FIRST DAYS, LONDON CAN TAKE IT souvent sans être crédité et j’aimerais bien voir SQUADRON 992, un court métrage documentaire romancé.

THE OVERLANDERS (LA ROUTE EST OUVERTE), entièrement filmé en extérieurs en Australie (Watt voyant l’état sommaire des studios, choisit une histoire de plein air et ne tourne que dans des décors naturels) frappe par son extraordinaire beauté visuelle. S’inspirant d’une histoire vraie, Watt raconte comment en Australie durant la guerre, un groupe de marginaux mené par un chef d’équipe charismatique (Chips Rafferty est tout à fait magnifique. Sa minceur, sa gestuelle, sa grâce lui donnent une grande présence et il devint l’acteur australien numéro 1) parviennent à convoyer un bon millier de têtes de bétail à travers la moitié d’un continent pour approvisionner les territoires menacés par les Japonais. On sent dans ce film la même urgence, la même énergie que dans d’autres productions Ealing de cette époque. C’est sûr que ce film influença fortement le Hawks de RED RIVER. Évidemment, Watt ne rajoute pas d’intrigue (à peine une histoire d’amour presque soldée), de rivalités, de vengeance. Une partie de ses comédiens amateurs ou semi-professionnels étant de très bons cavaliers, on les voit très souvent, sans transparences, au milieu du bétail, ce qui nous vaut les meilleurs plans de « stampede » ou plutôt de blocage d’un stampede (il y a un plan magnifique de Rafferty qui sépare les bêtes avec son fouet). Autres différences, Rafferty engage trois femmes dans son équipe et elles se révèlent toutes formidablement utiles. La photo est extraordinaire, Watt jouant à fond sur les lumières dures du désert et utilisant très adroitement les avant-plans. Le jeu de certains protagonistes est parfois rudimentaire mais cet aspect non policé augment la vérité du ton, de la narration, tout comme le choix des décors d’intérieurs. Magnifique partition musicale de John Ireland dont c’est la seule participation cinématographique. J’ai très envie de découvrir les autres films australiens de Harry Watt, à commencer par THE EUREKA STOCKADE (avec Chips Rafferty).

Je viens de voir THE SIEGE OF PINCHGUT, dernière production Ealing, avec Aldo Ray dont Charles Barr dit beaucoup de bien… Et en effet cette histoire d’un criminel (Ray) qui s’évade pour prouver son innocence et qui doit se réfugier dans un petit ilot en face de Sydney ne manque pas de force. Certes les situations sont familières (les « gangsters qui prennent des otages pour négocier) mais les développements le sont moins. Watt évite aussi bien dans le scénario (qu’il signe) que dans la mise en scène tout dérapage vers le mélodrame. Le ton reste sec, net, épuré. Et la tension monte quand les assiégés décident de se servir d’un des canons qui défend le fort. L’utilisation de l’espace, de la topographie, des extérieurs naturels est assez remarquable. Watt utilise de nombreuses plongées qui utilisent au mieux le décor, prend des risques avec la caméra (ou était l’opérateur dans certains plans de poutrelles au dessus du vide) et se sert très souvent des courtes focales avec caméra au sol. Ray dans une interprétation dégraissée, est impressionnant. Certes les film est moins pechu que des Mann ou des De Toth mais sa neutralité, sa mesure le sert et le préserve de nombreux écueils. A revoir absolument.

NINE MEN est un film de propagande qui s’ouvre sur une série d’exercices militaires filmés comme un documentaire patriotique. Puis un flash back raconte l’histoire d’une patrouille coincée dans le désert et cernée par l’ennemi. Récit ultra classique mais là encore, remarquable utilisation de l’espace avec des avant plans qui jouent sur la profondeur de champ. Certains plans larges sont spectaculaires et, paradoxalement, renforcent le climat oppressant du film. Peu de tirades nationalistes même si l’ennemi est traité avec dédain. Interprétation uniformément juste. Deux œuvres à redécouvrir après THE OVERLANDERS.

Je suis en train de revoir aussi WEST OF ZANZIBAR (que j’avais vu il y a si longtemps dans un cinéma situé près du métro Cadet)  qui fait partie du volume 1 des Ealing Rarities. C’est un peu la suite de Where no Vultures Fly ce film d’aventures écologique qui m’avait enchanté à 14 ans et qui m’avait semblé à la vision du DVD, mollasson, mal joué et maladroitement mis en scène malgré un propos louable et en avance sur les combats qu’on mène aujourd’hui. Sans oublier de beaux extérieurs. Et cette suite est plus nerveuse, mieux écrite même si Anthony Steel est toujours aussi inexpressif et on retrouve en mineur le gout de Watt pour les extérieurs et ici et là son talent pour les mettre en valeur. Ce combat pour sauver les éléphants, pour stopper le trafic de l’ivoire devrait intéresser les militants de WWF.

Et si Watt était, après Robert Hamer, LE réalisateur sous estimé d’Ealing surtout pour NIGHT MAIL et ses films australiens. Voilà encore qui dément les assertions de Truffaut. Charles Barr loue aussi beaucoup le mystérieux WHITE CORRIDOR de Pat Jackson, introuvable en DVD. Jackson est l’auteur d’un célèbre documentaire reconstitué, WESTERN APPROACHES (1944 en couleurs), que j’avais trouvé assez terne et un peu ennuyeux (1951).

Revu LA FILLE DE RYAN que j’avais découvert à sa sortie et boudé stupidement. J’ai adoré le lyrisme, le panthéisme de la mise en scène (qui a influencé le Polanski de TESS et Pascale Ferran et son excellent LADY CHATTERLEY), les paysages, l’appréhension de la Nature, une extraordinaire beauté plastique qui va de pair comme souvent chez Lean avec une âpreté, une noirceur qui ne s’annonce pas, ne s’auto-publicise pas. Elle reste sous jacente comme si l’auteur ne voulait pas la claironner (on retrouve cela dans OLIVER TWIST, LE MUR DU SON, LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ, LAWRENCE D’ARABIE). En fait les films de Lean disent souvent et de biais le contraire ce qu’ils semblent mettre en avant. Seul bé mos la musique peu inspirée, à coté de la plaque de Maurice Jarre qui abuse des airs martiaux, de la musique de cirque toujours pléonastique, le type même d’illustration que dénonçait Jaubert. Lawrence était plus réussi, je crois. Là, Jarre ne trouve jamais le bon climat, la bonne couleur. Magnifique interprétation toute en retrait de Mitchum, sombre et lyrique de Sarah Miles, flamboyante de Trevor Howard dont c’est un des plus beaux rôles, de Leo McKern et création spectaculaire, à contre emploi de John Mills.

Parmi les raretés, je signale THE CLAIRVOYANT de Maurice Elvey avec Claude Rains et la sortie de THE EALING STUDIOS RARITIES : le volume 2 comprend le très personnel BRIEF ECSTASY d’Edmond T. Gréville qu’aimait beaucoup Graham Greene. Un film à découvrir, truffé d’idées, d’audaces, d’ellipses qui parle franchement de l’attirance sexuelle ce qui est unique dans le cinéma anglais. On trouve dans les autres coffrets FRIEDA de Basil Dearden.

   

Grâce à l’infatigable Jean-Pierre Dionnet, on vient de ressortir une série de grands classiques anglais dont beaucoup réalisés par Alexandre Korda : LA VIE PRIVÉE DE DON JUAN, REMBRANDT. Je conseillerai en premier LADY HAMILTON avec Vivien Leigh et Laurence Olivier, qui dans son genre est une très grande réussite : scénario intelligent et sensible dû à RC Sherriff et Walter Reisch (qui collabora avec Billy Wilder et Charles Brackett) au dialogue souvent incisif (la tirade de Lord Hamilton sur les différentes sortes de maris trompés qui se conclut par un éloge de ses statues « qui ne sortent pas avec un marin »), photo splendide de Rudolph Maté, belle musique de Rosza. Je pense que c’est dans ce film que Vivien Leigh est la meilleure, passant de la frivolité à la culpabilité, de l’immaturité à la gravité. Elle a des moments de légèreté rares, elle qui n’est pas une actrice légère plutôt signifiante, une drôlerie diaphane qui n’édulcore pas ses élans de coquetterie irresponsable. Laurence Olivier est tout aussi bon jouant sur le côté rustaud, tout d’une pièce du personnage. Ses rapports avec Lady Nelson, personnage pathétique, rigoriste et étroit, coincé, bloqué par et dans sa souffrance de femme trahie nous valent certaines des meilleures scènes du film. Qui est magnifiquement joué. La bataille de Trafalgar avec ses maquettes et ses transparences n’est pas à la hauteur de ce qui précède et j’avoue n’avoir pas du tout compris quelle était la tactique de Nelson. Il faut attendre l’explication donnée par son second. D’ailleurs dans les films de pirates, on ne comprend jamais la part d’invention, de talent d’un capitaine sauf dans MASTER AND COMMANDER ce chef d’œuvre.

 

J’aimerais revoir LES 4 PLUMES BLANCHES de son frère Zoltan, cinéaste progressiste qu’Alexandre obligea à vanter la beauté de l’Empire Britannique dans des décors souvent somptueux créés par la troisième frère Vincent, l’un des plus grands décorateurs du cinéma. J’ai ainsi revu ALERTE AUX INDES (THE DRUM, vu il y a des décennies en VF et NOIR ET BLANC au Pathé journal). C’est un excellent film d’aventures qui rivalise avec les TROIS LANCIERS DU BENGALE. Bien sur le ton est colonialiste mais le film est un peu moins moins patriotard, moins nationaliste que bien d’autres titres. Ici et là, on remarque des bévues de l’administration coloniale (leur chef refuse de croire Sabu et le regarde avec condescendance), les exploits guerriers sont traités avec une relative sobriété. Roger Livesey est fort bon, Valerie Hobson charmante (elle chante bien en s’accompagnant au piano) et Sabu formidable. Tandis que Raymond Massey en fait des tonnes en chef religieux dont les propos prennent un autre sens aujourd’hui. Le film fut interdit dans plusieurs villes de l’Inde. Très bon documentaire, plein de notations passionnantes sur Sabu, acteur et personnage fascinant avec Sabu, LE LIVRE DE LA JUNGLE (avez vous lu le chapitre hilarant que de Toth consacre au tournage de ce film dans son autobiographie FRAGMENTS, UNE VIE ainsi que le portrait aigu qu’il trace du clan Korda et qui complète celui de Michael Powell ?).

 

Justement de Powell, Dionnet a retenu LE VOLEUR DE BAGDAD, une merveille et un beau cadeau pour les fêtes. On pourra aussi revoir en Blu-ray LES 39 MARCHES et ATLANTIQUE LATITUDE 41° cette réussite de Roy Ward Baker et Eric Ambler.

 

COFFRETS

Dans un autre genre tout aussi précieux, les Éditions Montparnasse présentent un magnifique coffret consacré aux comédies de Shakespeare avec des interprètes éblouissants d’Helen Mirren à Cyril Cusack. Découvrez LA COMÉDIE DES ERREURS, PEINES D’AMOUR PERDUES, LES DEUX GENTILSHOMMES DE VÉRONE qui valent LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE dont Zeffirelli tira un film académique et braillard.

   

Voyez aussi le coffret sur cet auteur délectable qu’est Eugène Labiche. J’ai un faible pour la STATION CHAMPBAUDET mais DOIT-ON LE DIRE ? et la POUDRE AUX YEUX contiennent des trésors que Jean-Laurent Cochet, grand amateur de Labiche sait mettre en valeur.

Et toujours chez Montparnasse, 2 coffrets importants : Les Prix Albert Londres 2013 et celui consacré à Bernard Pivot et APOSTROPHES.

 

CLASSIQUES FRANÇAIS

LE MORT EN FUITE est une sévère déception et je n’arrive pas à comprendre la réputation de ce film, mis en scène avec les pieds comme tous les autres Berthomieux. Le sujet de Carlo Rim fait illusion pendant 15 minutes puis devient absurde et ne reste que le cabotinage parfois marrant, souvent lassant, de deux acteurs abandonnés à eux mêmes. Les raccords, les passages d’un plan à un autre, le découpage semblent être taillés à coups de sécateur rouillé.

 

LE DERNIER DES SIX déçoit aussi à la révision. L’intrigue met beaucoup de temps à se mettre en place. Les séquences de cabaret semblent diluer le rythme, stopper l’action malgré des plans saugrenus marrants. Georges Lacombe le sentait et refusa de tourner une des séquences de cabaret. Alfred Greven le fit remplacer illico pour cette séquence par Jean Dreville.

Il faut mentionner la sortie de quelques Willy Rozier dont L’ÉPAVE premier film d’une très jeune Françoise Arnoul qui a toujours dit que ce n’était pas elle qu’on voyait nue.
LES AMANTS MAUDITS de Willy Rozier commence par une séquence extravagante où Rozier, convoqué par la police judiciaire, reçoit un satisfecit des policiers pour son scénario très lointainement inspiré de Pierre Loutrel qu’ils trouvent très moral (« il ne faut pas qu’ils deviennent des exemples pour la jeunesse »). Cela ne risque guère et le film dément le titre. Ces amants n’ont rien de charismatique ni de passionné. Il n’y a d’ailleurs aucune alchimie entre les deux acteurs, Robert Berri, un bedonnant moustachu, fort bon dans IDENTITÉ JUDICIAIRE, mais ici terne, et Danielle Roy, un peu meilleure que le dit Vecchiali. Lui est macho, teigneux, aigri et elle le double et le manipule. On comprend que les flics lecteurs du scénario jugent que de tels non héros ne risquent pas de déclencher de vocation tant ils sont antipathiques et surtout peu intéressants.

 

J’aime beaucoup plus LES AMANTS DE TOLÈDE, adaptation du Coffre et le Revenant de Stendhal (parmi les scénaristes Decoin, François Chalais et Maurice Griffe, le collaborateur de Becker) malgré le doublage, Gérard Landry qui est nul dans un personnage de jeune premier assommant et d’une redoutable inefficacité pour un révolutionnaire. Quand il porte un bonnet, on a envie de rire. Le prototype du jeune premier dans les drames romantiques qui est un vrai boulet. D’autant que les scénaristes imposent dans le dernier tiers des péripéties d’une rare stupidité : ce coffre où se cache le héros qu’on ramène dans le seul lieu où il ne faudrait pas aller (on ne parvient pas à comprendre pourquoi il ne sort pas durant le trajet) puis qu’on renvoie là d’où il vient frôle le burlesque involontaire. Est-ce dans Stendhal ? Mais Decoin sait inventer de beaux plans, utiliser très adroitement les extérieurs, surtout tous les espaces vides ou déserts, couloirs, escaliers, ruelles : une course le long d’une muraille, ces plongées sur des espaces que les personnages traversent en diagonale, des scènes dans une église témoignent d’un vrai talent. Il joue avec la lumière, bien épaulé par Michel Kelber, créant des blancs qui claquent avec le soleil et s’opposent à des noirs très profonds, ces zones d’ombre. Fort belle musique de Jean-Jacques Grunenwald. C’est lui qui doit jouer de l’orgue dans deux des séquences d’église. Maurice Dutilleux le tenait pour le plus grand spécialiste de Bach à l’orgue. Bonne occasion de rappeler que Decoin fut le seul cinéaste avec Grémillon à faire appel à Dutilleux. Et aussi à Maurice Henry pour MALÉFICES. Il y a un bel échange entre le chef de la police, Pedro Armendariz et un bourreau : « Ta femme, elle t’aime ? » – « Oui Excellence » – « Que pense-t-elle quand tu fais ton travail ? » – « Elle m’aime moins ». On dirait du Hugo. Plusieurs acteurs espagnols sont épatants. Françoise Arnoul dans un rôle populaire qui lui va bien est très sexy. Alida Valli, très belle. For passionnante intervention de Didier Decoin qui nous dit que ce fut un des films que Decoin voulut faire. Par admiration pour Stendhal. Pour découvrir l’Espagne. Il imposa le tournage en extérieurs à Tolède.

Films récents
La sortie du dernier film de François Dupeyron, MON ÂME PAR TOI GUÉRIE, qu’il eut tant de mal à faire financer, est une bonne occasion de se plonger dans cette œuvre personnelle et singulière : de DRÔLE D’ENDROIT POUR UNE RENCONTRE à LA CHAMBRE DES OFFICIERS, Dupeyron n’a jamais sacrifié aux modes. Il a toujours essayé d’imposer sa petite musique douce amère, tendre, décalée, en marge. J’ai gardé un faible pour le méconnu C’EST QUOI LA VIE ? et pour AIDE TOI ET LE CIEL T’AIDERA où Claude Rich était sensationnel.

 

 

Et ruez vous sur HIVER NOMADE de Manuel Von Sturler, évocation chaleureuse, tendre, passionnante d’une transhumance de moutons en Suisse qui permet à l’auteur de parler du temps qui passe, des changements drastiques du paysage, d’une certaine forme de vie. Le charisme des deux personnages principaux est incroyable. Une réussite aussi forte que celle de BOVINES.

 

CINÉMA HISPANIQUE

J’avais beaucoup aimé un film argentin LES ACACIAS dont l’austérité devenait peu à peu poignante.

 

Quand est ce qu’on ressortira enfin en France EL VERDUGO (LE BOURREAU), le chef d’œuvre de Berlanga qu’il serait utile de redécouvrir et ce, au moment où le cinéma espagnol traverse une passe difficile avec un gouvernement conservateur qui surtaxe les activités culturelles, fait passer la TVA à 21%  et proclame son mépris du cinéma, de la culture ?

Et les amateurs de jazz doivent acquérir le délicieux CHICO ET RITA de Fernando Trueba, évocation tendre, délicate, amusante. Son frère David s’est attaqué à un sujet formidable : l’adaptation d’un des meilleurs romans espagnols contemporains, LES SOLDATS DE SALAMINE de Javier Cercas.

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nov
05

LECTURES

Tour d’abord quelques livres qui ont illuminé  toutes ces dernières semaines. En premier le décapant EN AMAZONIE de Jean-Baptiste Malet, plongée terrifiante dans l’univers d’Amazon, adaptation moderne des bagnes d’enfants que décrivait Dickens. On fait 25 km à pied chaque nuit dans les couloirs avec deux mini-pauses, non de 20 min mais de 15 puisqu’on prend 5 min pour se rendre sur le lieu de ces pauses. Des bagnes qu’on assortit de slogans péremptoires (Have fun), de couleurs plus vives, mais où l’on piétine les lois et le code du travail (en tout cas on l’ignore), où l’on s’arrange pour institutionnaliser la fraude fiscale sous les applaudissements des élus de droite et de gauche, heureux qu’un tel bagne se crée dans leur région, même si ledit bagne fraude le fisc, détruit les librairies, sources d’emplois réels, formés. La palme de la sottise revient au toujours ridicule et pérorant Arnaud Montebourg, sorte de girouette sociale qui se pavane devant les caméras. IL FAUT FAIRE LA GRÈVE DES ACHATS SUR AMAZON ! Indiquons sur ce blog tout ce qui peut remplacer cette multinationale destructrice d’emploi et qui fraude le fisc.

MIROIRS DES PRINCES de Michel Schneider (Flammarion) est un livre aigu, stimulant, extrêmement juste sur la manière dont les hommes politiques finissent par ne parler que d’eux ce qui leur permet de ne rien faire.

Je voudrais recommander à tout le monde le magnifique recueil de textes de Pierre Bost, FLOTS D’ENCRE ET FLOTS DE MIEL (la Thébaïde), textes parus dans les Nouvelles Littéraires, Marianne (dans les années 30), Vendredi. Qu’il parle, et si bien, de Hugo, de Peguy, d’Alain (relire son livre sur Balzac), qu’il constate de manière incroyablement prémonitoire en 1930 que le livre tend à disparaitre, à ne devenir « qu’un objet visuel », qu’il anticipe de 60 ans la crise de l’édition, on est frappé par l’acuité et en même temps la bienveillance des jugements. Par la hauteur d’inspiration, l’ouverture d’esprit, la curiosité amusée et revigorante, il considère le lecteur comme un ami et non un punchingball sur lequel on s’entraine. J’aime tout particulièrement les beaux éloges qu’il fait de Jean Prévost qui mourut en combattant dans le Vercors et dont je vais acheter le Stendhal et le Beaudelaire et ce dialogue si amusant avec Marcel Aymé qu’il contribua à faire découvrir. Pierre que je ne connus pas assez, qui mourut trop tôt et dont j’ai gardé une de ses phrases dite après la mort de sa femme dans QUE LA FÊTE COMMENCE : « Je n’ai pas encore de chagrin et j’en profite pour travailler ».

   

J’ai aussi été très ému par QUELLE HISTOIRE un récit de filiation où Stéphane Audoin Rouzeau évoque les rapports de ses deux grand-pères et de son père avec la guerre de 14. C’est fort, pudique, touchant, riche en aperçus fulgurants sur la réalité du terrain. 950 morts par jour pour rien durant 1915, juste pour que Joffre tâte un peu le terrain sans jamais protéger « ses » hommes. Pourquoi y a-t-il encore des rues à son nom ?

Ai-je assez dit du bien de Daniel Woodrell, une des grands auteurs de romans noirs de la nouvelle génération ?

Ruez vous aussi sur VLADIVOSTOK de Joseph Kessel récit fulgurant de noirceur tirés des TEMPS SAUVAGES où l’on ne sait plus qui sont les amis et qui sont les ennemis dans une ville soumise à la loi de la jungle dans cette fin de guerre.

Et enfin un pur délice AU JAPON, CEUX QUI S’AIMENT NE SE DISENT PAS JE T’AIME de Elisa Janvier (Arlea).

     

Et dépêchez vous d’acheter les classiques RKO sortis par les éditions Montparnasse car le catalogue va être racheté et on ne sait pas si les repreneurs seront aussi concernés par certains titres. Si c’est Paramount, alors un voile noir tombera. Il y a donc des La Cava, Fleischer, Mann, Farrow, Wise (CIEL ROUGE) à prendre d’urgence.

ACTRICES

Louons pour une fois les actrices du cinéma français qui nous éblouissent dans tant de films.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par ISABELLE HUPPERT dont la filmographie est si riche. Je retiendrais d’abord le magnifique NUE PROPRIÉTÉ du très talentueux, très exigeant, très dérangeant Joachim Lafosse. On sent qu’il tient ses comédiens, ne lâche rien, ne cède à aucun caprice. Dans un autre registre, Isabelle Huppert est très inventive et fort drôle dans COPACABANA de Fitoussi.

 

LÉA SEYDOUX fut l’une des comédiennes qui marqua le festival de Cannes grâce au film de Kechiche et au très intéressant  GRAND CENTRAL de Rebecca Zlotowski qui l’avait déjà dirigée avec bonheur dans BELLE ÉPINE. Malgré quelques tics inhérents à certains premiers films français (intentions surlignées, scènes étirées), on sent que la cinéaste sait filmer les corps, donner du poids à des regards, des gestes. Et là, malgré une fin tatonnante, elle nous montre dans cette centrale nucléaire ce que je n’ai jamais vu évoqué par les journalistes : ces deux univers, l’un composé de prolétaires que l’on traite sans le moindre égard, des «parias» (les intérimaires) et les employés d’EDF qui sont bien mieux protégés. Léa Seydoux y est super juste. Son parcours  est éblouissant et d’une grande variété. Elle est juste, resserrée, bouleversante dans le magnifique, déchirant L’ENFANT D’EN HAUT d’Ursula Meier, fragile, perdue, incroyablement juste et belle dans le très beau LES ADIEUX À LA REINE de Benoit Jacquot, chronique historique filmée au scalpel.

On revient une fois de plus à Joachim Lafosse et À PERDRE LA RAISON pour célébrer ÉMILIE DEQUENNE qui  est l’âme, le cœur du film (sans diminuer la force des autres comédiens dont Niels Arestrup). Son interprétation est tout simplement époustouflante. Elle affronte un personnage complexe dont les choix sont ultra-dérangeants et se garde bien de les édulcorer. Elle les affronte de face. Comme dans ROSETTA où elle était inoubliable.

 

Il y a des musiciens comme Charlie Parker qui n’ont jamais fait une fausse note. Il y a aussi des acteurs, des actrices qui partagent ce don : EMMANUELLE DEVOS est l’une de celles-là. Je viens de la voir dans le délicat, le sensible, LE TEMPS DE L’AVENTURE de Jérôme Bonnell (voyez ses films à commencer par LE CHIGNON D’OLGA, J’ATTENDS QUELQU’UN, il y a un ton, une personnalité, un charme) et elle m’a encore cloué sur mon fauteuil tout comme dans le superbe À L’ORIGINE de Xavier Giannoli (voyez et revoyez ce film si riche où  l’on découvre déjà Soko avant qu’AUGUSTINE ne la consacre) ou CEUX QUI RESTENT d’Anne Le Ny. Son duo avec Vincent Lindon (sa filmographie est absolument sensationnelle d’exigence, de maturité et d’audace) vous marque à jamais.

J’ai découvert PAULINE ÉTIENNE chez Joaquim Lafosse (encore) : dans ÉLÈVE LIBRE, elle avait peu de scènes mais les marquait toutes. Je l’avais beaucoup aimé dans le prometteur LE BEL ÂGE de Laurent Perreau avec Michel Piccoli et dans QU’UN SEUL TIENNE ET LES AUTRES SUIVRONT de Léa Fehner. Elle est une fort émouvante RELIGIEUSE chez Guillaume Nicloux. A suivre de près.

 

J’ai adoré FLORENCE LOIRET CAILLE dans LA PETITE CHAMBRE de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, chronique douce amère, parfois prévisible mais admirablement jouée. Toutes les scènes qui opposent Michel Bouquet, vieillard irascible, têtu, maladroit et l’infirmière murée dans sa douleur qu’interprète Florence Loiret Caille, sont à marquer d’une pierre blanche.

Tout comme Emmanuelle Devos, je n’ai jamais vu ANAÏS DEMOUSTIERS fausse ou à côté de la plaque et cela faisait des années que je voulais tourner avec elle. Ce fut un régal, un délice, un bonheur. Elle est tout simplement épatante de vérité et d’invention dans LES GRANDES PERSONNES d’Anna Novion, dans D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE d’Isabelle Czajka, brille dans BELLE EPINE et THÉRÈSE DESQUEYROUX de Claude Miller où, je le répète, elle surclasse Edith Scob dans la version de Franju et parvient même à surnager et à s’en sortir dans le désastre de ELLES  de Małgorzata Szumowska, absurde chronique socialo féministo lacanienne qui était à cent mille coudées de MES CHÈRES ETUDES d’Emmanuelle Bercot où Deborah François était sensationnelle.

 

Ayant mentionné THÉRÈSE DESQUEYROUX, il me faut revenir sur AUDREY TAUTOU que j’avais trouvée exemplaire de rigueur, de profondeur, de grâce intérieure. Ses derniers plans sont inoubliables. Elle est fort drôle et gracieuse dans HORS DE PRIX du talentueux Pierre Salvadori, qu’on oublie toujours dans les palmarès, et très convaincante en COCO AVANT CHANEL d’Anne Fontaine.

De films en films EMMANUELLE SEIGNER s’impose. Je l’avais adorée dans BACKSTAGE d’Emmanuelle Bercot et l’ai trouvée remarquable de justesse dans les deux personnages secondaires du très émouvant QUELQUES HEURES DE PRINTEMPS et de DANS LA MAISON de François Ozon. Elle était hyper marrante en féministe convaincue dans l’inégal ILS SE MARIÈRENT ET EURENT BEAUCOUP D’ENFANTS et reste pour moi la protagoniste d’un des plus beaux films de Claude Miller, LE SOURIRE.

Et CHRISTA THERET qui m’a tellement touché dans le beau film d’Emmanuelle Millet, LA BRINDILLE et qui illumine de sa présence RENOIR qui représente la France aux Oscars. On est sûr qu’Auguste aurait adoré la peindre.

  

Je ne vais pas ignorer les actrices que j’ai fait tourner, à commencer par la géniale MÉLANIE THIERRY que l’on peut voir dans le dernier Diane Kurys. Elle est extraordinaire dans une œuvre passée inaperçue, OMBLINE de Stéphane Cazes, sur les femmes en prison. Le ton était pudique mais âpre, et sa modestie visuelle le servait, lui donnait une vérité. Quant à ma chère Mélanie Thierry comme le dit Pierre Murat dans Télérama : «  Elle est, ici, douce et dure, fragile et forte, sensuelle et défaite. Elle porte le film, ou plutôt l’emporte vers l’émotion pure. » A découvrir.

Et ISABELLE CARRÉ, ma chère Isabelle, qu’on ne peut jamais prendre en délit de mauvaise humeur, Isabelle si forte et si fragile, si inventive. Que citer parmi tous ses films : CŒURS, de Resnais, LES ÉMOTIFS ANONYMES de mon compatriote Jean-Pierre Ameris, 4 ÉTOILES. J’ai beaucoup aimé Isabelle dans LOUISA CHEBBA de Françoise Charpiat et dans LES BUREAUX DE DIEU de Claire Simon dont je dois voir GARE DU NORD.

 

MARIE GILLAIN, extraordinaire dans L’APPÂT mais aussi  dans LAISSEZ PASSER où elle est merveilleuse de grâce, de tendresse, de légèreté. Quand elle parle de ses rapports avec Giraudoux, on se dit que ce dernier aurait été épaté par elle. Marie, qui m’a bouleversé dans TOUTES NOS ENVIES : elle était crédible dans son métier aussi bien que dans les effets de sa maladie. Sans redondance, sans trucs. Une limpidité de cristal. Ajoutons que fan de Paul Féval, j’affirme qu’elle fut la meilleure Aurore de Nevers dans le BOSSU de Philippe de Broca.

SARA FORESTIER était excellente dans UNE NUIT de Philippe Lefèvre et dans LE NOM DES GENS.

 

Et SABINE AZÉMA dans les films de Resnais. Revoir de toute urgence MÉLO, SMOKING NO SMOKING, ON CONNAIT LA CHANSON, VOUS N’AVEZ ENCORE RIEN VU, L’AMOUR À MORT. Et aussi cette comédie de Noémie Lvovsky que j’avais trouvée très marrante , FAUT QUE ÇA DANSE.

Et n’oublions pas CATHERINE DENEUVE qui vient encore de me stupéfier dans ELLE S’EN VA.

 

Ni SANDRINE KIBERLAIN, géniale dans le dernier Dupontel et qui était formidable dans BETTY FISHER et tordante dans ROMAINE PAR MOINS 30.

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sept
30

Tout d’abord, la sortie du splendide et poignant CAMILLE CLAUDEL 1915 de Bruno Dumont, chronique acérée, pénétrante du séjour de Camille Claudel que l’on a internée dans l’asile d’aliénés de Montdevergues, dans le Vaucluse, me donne envie de revenir sur HORS SATAN, HADEWIJCH, sans oublier le magnifique FLANDRES, aux extraordinaires scènes de bataille et à la conclusion plus apaisée. Conclusion qui n’était, semble-t-il, pas celle du scénario. Des œuvres fortes, exigeantes qui, je pense à CAMILLE CLAUDEL, vous accrochent, vous font palpiter. IL EST BON DE REVENIR À BRUNO DUMONT !

 

 

 

   

Et aussi à Doillon dont Gaumont a ressorti LA FEMME QUI PLEURE et LA FILLE PRODIGUE.

 

Grouper dans une même chronique Doillon, Dumont et Autant-Lara aurait passé pour une provocation, voici quelques années. Heureusement maintenant il y a un consensus plus apaisé sur l’auteur d’OCCUPE-TOI D’AMÉLIE dont je rappelle chaque fois l’existence. Ses déclarations lepénistes scandaleuses ternissent l’homme mais pas l’œuvre. Elles ont été d’ailleurs proférées vingt ans après son dernier film.
J’ai revu LES PATATES (Gaumont) avec un immense plaisir. C’est un film singulier, original qui refuse les routes balisées. J’ai redécouvert cette zone interdite, rarement mentionnée, qu’étaient les Ardennes françaises. Le scénario d’Aurenche est vif, intelligent, truffé de surprises, de parenthèses cocasses ou tendres. On retrouve une de ses préoccupations, partir d’un objet qui fait office de révélateur, pour décrire des personnages, un moment d’histoire, une classe, un monde : la chaussure perdue de Chiffon nous introduisait dans un monde qu’elle ignorait et faisait naître des sentiments qui viraient peu à peu à la gravité. Ici à partir de patates, d’une envie de patates, d’un besoin de patates, on se plonge dans un bout de notre Histoire. Y apparaissent les égoïsmes, l’indifférence mais aussi la compassion. Très beau moment que celui qui nous montre Henri Virlojeux, magnifique, qui soliloque sur ce que représente vraiment ce désir de patates. Il y a quelque chose qui nait en vous, une envie de faire une action extraordinaire. Pierre Perret est très convaincant. Le film souffre juste des décors d’intérieurs de Max Douy un peu trop ripolinés, du choix de Bérangère Dautun, actrice attachante originale mais un peu trop urbaine pour une paysanne.

Que ceux qui ne l’ont pas fait se ruent sur LA SUITE À L’ÉCRAN, le merveilleux livre d’entretien d’Alain Riou avec Jean Aurenche.

PÉCHÉS DE JEUNESSE (Gaumont) a été une vraie surprise. Cette histoire d’un homme qui part visiter les enfants naturels qu’il a abandonnés, semblait condamnée d’avance. Pourtant, Tourneur aidé par Spaak impose un ton assez original, retenu, sobre, aux antipodes des morceaux de bravoure qu’exigeait le film à sketches. Il y a une trivialité que souligne Jacques Lourcelles, surprenante dans le ton, dans les situations et dans les milieux. Cette trivialité n’empêche pas une certaine forme de bonheur modeste qui enfonce chaque fois un peu plus le héros, joué avec une grande finesse par le génial Harry Baur, vraiment inspiré, inventif quand il plonge dans les émotions, les regrets, les doutes liés à la paternité.

LE MYSTÈRE DE LA CHAMBRE JAUNE d’Henri Aisner  que j’ai trouvé relativement visible sinon réussi, bien photographié par André Bac, joliment dialogué par Vladimir Pozner et bien joué par Reggiani, Herrand, Modot m’a plus convaincu que sa suite dirigée par Louis Daquin.
La version d’Aisner (dont la filmographie, liée au Parti Communiste), très courte est  découpée par le réalisateur et Max Douy, en plus de ses décors. C’est plus regardable que le Lherbier qui se veut plus ambitieux, plus formaliste mais dont les « recherches » paraissent très datées, voire vaines et handicapées par le jeu d’Huguette Ex Duflos (sic. Cela inspira un pseudo à Jeanson). LE PARFUM DE LA DAME EN NOIR de Daquin est plus guindé, plus raide et pas très bien joué même si on peut voir Piccoli qui tourna plusieurs fois avec Daquin dans un petit rôle assez trouble.

 

LA FERME DU PENDU est un des meilleurs films de Dréville. Et un des meilleurs français sur le monde paysan. Dépouillé, âpre mais jamais volontariste dans la noirceur, ne l’exhibant pas comme un drapeau (péché mignon de certains films français de ces années). Dréville, homme d’une grande gentillesse, l’acceptait pour ce qu’elle était et la filmait sans esbroufe. Vanel a des moments de dureté, d’égoïsme d’une grande force et Alfred Adam campe un fier à bras, un séducteur misogyne pitoyable. Sa déchéance le rend presque touchant. Il est génial. On voit Bourvil dans un personnage qu’on devine noir. Malheureusement Dréville utilise beaucoup trop de plans de coupes durant sa chanson. Péché véniel que compensent de magnifiques plans larges, un vrai sens du décor.  Je ne sais plus où j’ai lu que les romans de Gilbert Dupé, écrivain régionaliste (LA FOIRE AUX FEMMES, LA FIGURE DE PROUE, LE BATEAU A SOUPE, LES MAUVENTS qu’il adapta et filma) étaient revus par Claude Accursi (TROIS FEMMES, LES TRIPES AU SOLEIL, LE VOYAGE SURPRISE).

3 FILMS À PART

Trois films à voir absolument et dont je ne savais rien avant de les voir : LA CHASSE, du norvégien Erik Løchen dont j’ai entendu parler pour la première fois dans ce blog qui est une œuvre étrange, originale, ultra personnelle. La chronique d’une mort (d’un meurtre) durant une partie de chasse racontée de manière non chronologique. Les personnages sont interrompus par un narrateur invisible qui les questionne, change le cours du récit, remet en cause leurs actions. On retrouve ce ton si particulier (qui reste parfois prisonnier de son ambitions et de recherches un peu datées) dans OBJECTION (toujours chez Malavida, éditeur indispensable et audacieux) qui raconte un tournage de manière encore plus désarticulée.

 

LE POLICIER  de Nadav Lapid, après LEBANON, BEAUFORT confirme la vitalité du cinéma israélien. Il décrit pendant de longues séquences les entrainements sportif, la camaraderie machiste, les jeux virils (avec les blagues d’usage comme d’enfoncer la tête sous l’eau d’un pote) d’une bande de flics appartenant à une brigade anti-terroriste. Ils sont accusés d’avoir abattu par erreur durant une mission des civils, des enfants, des femmes. Ils se défaussent sur l’un d’entre eux atteint d’une maladie mortelle qui endosse toutes les responsabilités. Commence une autre partie consacrée aux agissements d’un groupuscule d’extrême gauche qui constitue le double inversé des premiers, partageant le même intégrisme. Qui fait voler en éclat son sujet et va s’attacher à des ramifications inattendues.

Et enfin LA COMMISSAIRE, film russe qui fut longtemps interdit. Comme l’écrit DVD Classik : « En adaptant une nouvelle de Vassili Grossman, Alexandre Askoldov a embrassé la destinée douloureuse de l’écrivain russe. Bien qu’ils ne soient pas de la même génération, ils se sont tous les deux heurtés avec la même violence contre l’Etat soviétique à quelques années d’intervalle seulement. Il aura fallu vingt ans pour que les bobines de La Commissaire sortent des sombres recoins de sa prison. « Mon histoire, celle de La Commissaire, tient entre deux dates : 1967-1987 » déclare Alexandre Askoldov qui, tout comme Vassili Grossman avec Vie et destin, ne s’est jamais remis de l’interdiction de son film. Avec LA COMMISSAIRE, il croyait sans doute au miracle, surestimant les capacités d’autocritique du régime… En adaptant une nouvelle de Vassili Grossman, Alexandre Askoldov a embrassé la destinée douloureuse de l’écrivain russe. Bien qu’ils ne soient pas de la même génération, ils se sont tous les deux heurtés avec la même violence contre l’Etat soviétique à quelques années d’intervalle seulement. Il aura fallu vingt ans pour que les bobines de LA COMMISSAIRE sortent des sombres recoins de sa prison. « Mon histoire, celle de LA COMMISSAIRE, tient entre deux dates : 1967-1987 » déclare Alexandre Askoldov qui, tout comme Vassili Grossman avec Vie et destin, ne s’est jamais remis de l’interdiction de son film. Avec LA COMMISSAIRE, il croyait sans doute au miracle, surestimant les capacités d’autocritique du régime. Le scénario d’Alexandre Askolov reste très proche du texte de Vassili Grossman, à la différence que ses ajouts et ses intentions de mise en scène donnent une toute autre perception de l’Armée rouge et de la violence de la révolution. Mais lorsque le film a été interdit en 1967, c’est parce qu’il était officiellement jugé pro-sioniste : la Guerre des Six Jours avait laissé en froid l’URSS et Israël. Une œuvre humaniste dénonçant les conséquences de la révolution sur la vie paisible d’une famille juive ne pouvait que faire hérisser les poils de moustache des apparatchiks.
LA COMMISSAIRE était le projet de fin d’étude d’Alexandre Askoldov, alors diplômé de l’Ecole de Cinéma de Moscou. Faisant déjà preuve d’une grande maîtrise de son art, il multiplie les mouvements de caméra virtuoses et met en place une narration suggestive grâce à un montage d’une grande efficacité. Alexandre Askoldov n’est pas un auteur qui explique : il préfère montrer, accordant un très fort crédit au pouvoir des images qui se donnent à lire. Ce ne sont certainement pas de simples images de propagande au message unilatéral : le réalisateur propose plusieurs niveaux de lecture qui donnent une ampleur romanesque à cette œuvre.
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Le début du film m’a particulièrement impressionné. Cette entrée dans une ville morte et aussi le moment incroyable où l’ex commissaire, réquisitionne une chambre dans une maison habitée par des ouvriers.

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