Avant de partir aux Etats-Unis pour le tournage de mon film, j’avais revu ces merveilles que sont Cluny Brown (1946 – La Folle Ingénue), La 8ème Femme de Barbe Bleue (1938 – écrit par Billy Wilder et Charles Brackett d’après une pièce d’Alfred Savoir) et Shop Around The Corner (1940) d’Ernst Lubitsch. INDISPENSABLES.
Fait paradoxal, Cluny Brown est disponible en France mais pas aux USA.
![]() |
![]() |
![]() |
Pique-nique en Pyjama (1957) est un des meilleurs Stanley Donen. Toutes les chansons sont excellentes (notamment Steam heat, Every man loves a woman superbement chanté par Doris Day et Hernando’s Hideaway, subtilement traduit en français, « Amour, Castagnettes et Tango »). Chorégraphie inventive et athlétique de Bob Fosse.

L’homme au Masque de Cire (1953) d’André de Toth fut le premier film en 3D (et l’un des meilleurs) avec Bwana Le Diable (1952) de Arch Oboler. De Toth utilise le relief de manière astucieuse, jouant avec le brouillard, la couleur, des rentrées de champ inattendues (Alain Resnais se souvenait du surgissement de Charles Bronson qui rentre par le bas de l’image). Le relief donne un côté presque mystique au film qui vient d’être refait de manière calamiteuse.
Signalons deux coffrets : Celui de Ken Loach que l’on attendait depuis longtemps (avec Riff-Raff -1990 et Raining Stones -1993 deux oeuvres majeures) et aux Editions Montparnasse, celui qui est consacré au génial documentariste Pierre Perrault avec ces chefs-d’œuvre absolus que sont Pour la Suite du Monde (1963), Le Règne du Jour (1967) et Les Voitures d’Eau (1968). Je n’ai jamais oublié l’émotion intense, poignante, unique, ressentie lors de la découverte au Petit Marigny de ces films qui « brassent la cage ».
![]() |
![]() |
Dans un registre opposé Le Couperet (2005), remarquable adaptation par Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg d’un fort bon roman de Donald Westlake. La transposition de cette histoire américaine dans une zone frontalière est une excellente idée.
Autre adaptation très réussie : Du Silence et des Ombres (1962 – To Kill a Mockingbird) de Robert Mulligan, une oeuvre sensible, attachante et délicate qui transpose le beau roman de Harper Lee qui vient d’être réédité en France. Signalons que l’on voit Harper Lee dans les deux bons films consacrés à Truman Capote dont elle fut l’assistante.
Wild Side vient tout juste de sortir un Fritz Lang ultra rare House by the River (1950), tourné pour un petit studio, Republic, et un budget dérisoire. On y retrouve tous les thèmes et les obsessions de Lang. L’édition Française nous offre en bonus un entretien entre Lang et William Friedkin et dans l’américaine (Kino : www.kino.com), une analyse du film par Pierre Rissient, l’un des grands connaisseurs de ce film et de Lang.
Question Bonus et qualité de la copie, on doit préférer l’édition américaine (Criterion : www.criterion.com) du magnifique Touchez pas au Grisbi (1954). Transfert somptueux, ajout de l’émission Cinéastes de Notre Temps consacré à Becker. J’ai adoré revoir ce film, qui gagne à chaque vision. Il se révèle d’une rare audace dans la description du personnage de Gabin, gangster vieillissant, fatigué, qui considère qu’après minuit, il fait des heures supplémentaires. Son attitude vis à vis des femmes, est tout à fait originale pour l’époque et d’une grande modernité politiquement incorrecte.

Toujours chez Criterion, signalons Tanner 88 (1988) série télévisée de Robert Altman, écrite par Gary Trudeau, sur la campagne d’un candidat démocrate fictif, incarné magnifiquement par Michael Murphy, qui essaie de s’imposer durant les primaires. L’actualité tant américaine que française renforce la pertinence, la justesse prémonitoire de cette oeuvre essentielle. Altman mêle brillamment moments de fiction et de documentaires, acteurs et politiciens ou journalistes réels, analyse avec acuité les rapports entre la politique et les médias, politiciens réels, de Dukakis à Gary Hart en passant par Gore, se livre en permanence à de spectaculaires changements de ton. Comme toujours cinq ou six actions se télescopent dans la plupart des plans et des scènes et certains personnages secondaires deviennent brusquement des figures essentielles au détour d’une séquence. J’adore tout particulièrement la stagiaire volontaire nunuche dont chaque réflexion est décalée durant les premiers épisodes et qui prend peu a peu des couleurs différentes. Chaque épisode est précédé d’une interview avec les différents protagonistes 16 ans plus tard. INDISPENSABLE.
J’ai aussi revu avec beaucoup de plaisir à la Nouvelle-Orléans Les Anges Exterminateurs (2006) de Jean-Claude Brisseau. Sa force de conviction ingénue, son engagement me touchent et confèrent au film une force quasi mystique. Ce mot surprendra au vu des scènes sexuelles, mais je le maintiens.
Dans le même registre, 36 Fillette (1988), un des meilleurs films de Catherine Breillat. Apre, teigneux corps à corps avec des personnages dérangeants, c’est une vraie réussite injustement éclipsée par des succès plus récents.
En Angleterre (www.amazon.co.uk) quatre titres des plus rares : Tight Spot (Coincée – 1955), policier réussi de Phil Karlson où Ginger Rogers est épatante, Hot Blood (1956) un Nicholas Ray ultra rare, massacré, remonté, à la distribution ahurissante mais qui a des défenseurs dignes de son titre français : L’Ardente Gitane. Seven Days to Noon (Ultimatum - 1950) fort bon film des frères Boulting sur un savant qui menace de faire sauter Londres si les expériences nucléaires se poursuivent. Les plans de Londres que l’on évacue sont fort impressionnants. De John Boulting, The Magic Box (1951) sur l’invention du cinéma avec la quasi-totalité des acteurs britanniques. Martin Scorsese l’inclut dans tous ses programmes. Très belles couleurs.
![]() |
![]() |
En zone américaine, sortie de plusieurs classiques du film de cape et d’épée. Dans un même dvd, les deux versions de The Prisoner of Zenda (Le Prisonnier de Zenda – 1937 et 1952) d’après le roman éponyme de Anthony Hope (classique de la bibliothèque Verte). La première est due au talentueux John Cromwell et la seconde de Richard Thorpe la décalque fidèlement. On raconte que les droits de remake, exigés par Stewart Granger, furent si chers que la MGM refusa de payer un nouveau scénario et demanda qu’on recopie cette version.
Le coffret Errol Flynn paru dans les deux zones nous offre plusieurs trésors qu’on dégustera avec volupté en rendant grâce à Michael Curtiz, cinéaste virtuose, ainsi qu’à Raoul Walsh dont on vient enfin de sortir Gentleman Jim (1942) que l’on redécouvrit dans les années 60 grâce à Pierre Rissient « Walsh ou le Max Roach du cinéma ».
![]() |
![]() |
D’autres Walsh sont sortis : Band of Angels (L’Esclave Libre -1957) et le sublime Pursued (La Vallée de la Peur – 1947).
![]() |
![]() |
Les opéras comiques de Gilbert and Sullivan restent méconnus en France et le beau film que Mike Leigh leur consacra fut un bide. Il faut dire que les livrets, les lyrics de Gilbert sont difficilement traduisibles ou adaptables. Ils regorgent d’allusions, de jeux de mots qui n’ont pas de sens. Il faut pourtant voir The Pirates Of Penzance (1980) et son festival de pyrotechnie verbale (qui culmine avec l’entrée du major général), captation d’une représentation donnée dans le cadre de Shakespeare on the Park. Rythme effréné, trouvailles farceuses, chanteurs remarquables, notamment Linda Ronstadt et l’ébouriffant Kevin Kline.
J’ai découvert plusieurs films restés quasi inédits en France dont deux méritent d’être vus. Le premier Shattered Glass (2003), écrit et réalisé par Billy Ray sur un des grands scandales qui secoua The New Republic et le journalisme américain et le second Cobb (1994) de Ron Shelton sur un des sportifs les plus désagréables, les plus odieux de l’histoire du sport, le joueur de base ball Cobb, magnifiquement joué par Tommy Lee Jones qui aborde ce rôle avec un courage, une honnêteté exemplaire. Ce film est une vraie curiosité.
![]() |
![]() |
Dans un registre mille fois plus obscur, on doit saluer la sortie chez VCI de Little Big Horn écrit et dirigé par Charles Marquis Warren que le grand critique Manny Farber avait qualifié de meilleur film de 1951, louant à juste titre l’interprétation introvertie, sombre, mélancolique et gracieuse de John Ireland et Lloyd Bridges.
Dans la même collection, deux westerns co écrits et réalisés par Richard Bartlett, cinéaste chouchou du Nickel Odéon (pour Joe Dakota) que je rencontrai en 1961. The Silver Star (1955) est l’un des westerns les plus fauchés jamais tournés. On ne voit pas UN SEUL FIGURANT dans la ville que sillonne le héros, un shérif froussard qui refuse d’affronter les bandits qui l’attendent au saloon et dont le chef est joué par le réalisateur. Le sujet démarque High Noon (1952 – jusque dans l’utilisation d’une ballade à l’unique couplet) et en prend le contre-pied. On y retrouve les préoccupations morales de Bartlett. Edgard Buchanan y est excellent. Interview sans intérêt du producteur, acteur, co scénariste, Earle Lyon.
Le second Lonesome Trail (1955) est tout à fait médiocre.
Un petit mot sur les merveilleux documentaires de Les Blank sur la musique et la cuisine Cajun : J’ai été au Bal (1990), Yum Yum Yum (1990). Ils donnent une furieuse envie de se plonger dans l’étouffée d’écrevisse, le boudin de crevettes, le dirty rice, dans la musique de Clifton Chenier, Nathan Zydeco, John Delafosse, Marc et Ann Savoy.













Un certain nombre de coffrets très excitants sont sortis ces derniers mois, dont le coffret Charlie Chan collection, vol 1 qui regroupe 4 titres : Charlie Chan in Paris (1935), Charlie Chan in London (1934), Charlie Chan in Egypt (1935), Charlie Chan in Shanghai (1935) joués par Warner Oland, pour moi le meilleur Chan. Et pourtant sa nationalité suédoise ne le prédisposait pas à jouer le détective chinois inventé par Earl Derr Biggers (d’après un vrai détective chinois de Honolulu) qu’il allait marquer pourtant de manière indélébile. Il est admirable de bonhomie rouée, de politesse raffinée et malicieuse. Il faut le voir distiller les faux aphorismes et proverbes (totalement absents des livres) inventés par les scénaristes : « Souvent petite taupinière plus révélatrice que grande montagne », « Trou de serrure bon ami de grand détective », « Alibi comme poisson pas frais, pourrit toujours par la tête », « Théorie comme buée sur lunettes, obscurcit la vision ». Le premier titre du coffret est en fait le 5ème de la série dont le premier Charlie Chan Carries on a disparu. Charlie Chan in Paris introduit pour la première fois Lee « le fils numéro 1 » joué avec beaucoup de bonne humeur par Keye Luke qui dynamise la série. Dans Charlie Chan in Egypt de Louis King (metteur en scène à surveiller) on peut voir Rita Cansino, future Rita Hayworth et le désopilant Stepin Fetchit.
Le plus réussis, Charlie Chan at the Opera (1936) de Bruce Humberstone (dont on vient de sortir le très bon I Wake Up Screaming), est sorti dans le coffret volume 2. C’est le plus stylisé visuellement, Boris Karloff joue le principal suspect et on y entend un opéra écrit par Oscar Levant. A noter qu’aucun des livres de Biggers ne fut adapté.
Encore plus divertissant est le coffret Mr Moto, série également produite par la Fox avec pas mal de moyens à la suite du succès des Charlie Chan. Le héros, Kentaro Moto, est cette fois un soldat de fortune, mi aventurier, mi détective (il appartient à la « police internationale » (sic)), japonais et non plus chinois, inventé par John P. Marquand. Ce personnage timide, effacé qui se transforme sans cesse, se révèle d’une intelligence diabolique et, contrairement à Charlie Chan, se bagarre assez souvent : c’est un as du judo. Il y a d’ailleurs pas mal de scène d’action, une poursuite dans le brouillard (Mysterious Mr Moto - 1938), des règlements de compte. On choisit pour incarner cet asiatique, un juif autrichien, cela s’imposait, à savoir Peter Lorre qui est formidable, avec ses grosses lunettes (on le fait parfois parler allemand). On lui oppose une galerie de « méchants » hauts en couleurs, joués par John Carradine, Lionell Atwill, Sig Ruman, George Sanders, Sidney Blackmer. Autre particularité, cette série est essentiellement l’œuvre d’une seule personne, Norman Foster qui écrivit et réalisa 6 des 8 titres et participa au scénario de l’un des deux restant. Foster avait été un acteur qui joue un rôle important dans le beau Pilgrimage (1933) de John Ford et dans State Fair (1933) de Henry King. Il était marié à Claudette Colbert et arrêta de jouer après qu’une agression lui ait abîmé le visage. Les films sont mieux mis en scène que les Charlie Chan. Foster aime remplir le cadre d’objets, de figurants, de plantes ; il joue beaucoup sur les avants plans et deux des films, Thank You, Mr Moto (1937) et Mysterious Mr Moto (1938) sont extrêmement réussis, inventifs, divertissants. Le deuxième se passe à Londres, après une rocambolesque évasion de l’île du diable, et nous montre toute une série de britanniques affichant un comportement très raciste face à notre héros. Lequel égrène des proverbes et se présente ainsi : nettoyage : immense, cuisine : prétentieux, cocktails : sublimes. Think Fast, Mr Moto (1937) est amusant mais moins cohérent. La qualité des décors et de la photo, bien mis en valeur dans ces Dvds, élève ces œuvres au-dessus de la série B. Orson Welles avait dû voir cette série et apprécier leur atmosphère cosmopolite, colorée avant de confier Voyage au Pays de la Peur (1943 – où contrairement à la rumeur, il ne semble pas avoir participé à la mise en scène. Dans un bonus, un historien rapporte une déclaration de Welles attribuant à Foster les mérites du film) puis My Friend Benito à Norman Foster (selon Dave Kehr, c’était parce qu’il parlait espagnol).
Enfin le coffret Film Noir Classic Collection volume 3 comprend un certain nombre d’œuvres essentielles : On Dangerous Ground (1952) l’un des plus beau Nicholas Ray (disponible en zone 2 – La Maison dans l’Ombre), Border Incident(1949)très bon Anthony Mann, photographié par John Alton, polar noir et violent sur l’exploitation des travailleurs mexicains sans papiers. His Kind of Woman (1951) de John Farrow commence comme un film noir archétypal, au dialogue percutant, se transforme en comédie aux échanges sophistiqués ou très marrants : à Mitchum qui déclare , « je suis trop jeune pour mourir », Vincent Price répond « moi trop célèbre ». Jane Russel demande à Mitchum qui repasse son argent « quand il s’ennuie » : « Et quand tu es fauché, qu’est ce que tu repasses ? » – « Mon pantalon ». Durant une partie de poker, pour confondre un tricheur, il augmente la mise en posant sa chaussure sur la table, répondant ainsi au portefeuille qu’on vient de jeter. Il sort une liasse de la chaussure et la scène s’achève en farce. Vincent Price incarne de manière grandiose un cabot qui tente d’incarner les personnages qu’il joue et cite constamment Hamlet. Mais la comédie est trouée d’éclairs de violence, de sadisme, filmés par Richard Fleischer qui termina le dernier quart du film, après le meurtre de Tim Holt (tout ce qui se passe sur et autour du yacht). Il faut dire que les caprices, les indécisions d’Howard Hughes avaient décuplé la durée du tournage. Vincent Price qui avait un contrat de 8 semaines célébra sa 52e semaine par une fête somptueuse. Les autres films sont The Racket (1951) de John Cromwell et le célèbre Lady in the Lake (1947) de Robert Montgomery où la caméra est Philip Marlowe et que j’aimerais revoir.
J’ai revu Network (1976) de Sidney Lumet qui vient de sortie en Dvd collector et j’ai trouvé qu’on avait été très sévère et assez superficiel dans 50 Ans de Cinéma Américain vis à vis de ce film qui, non seulement tient le coup, mais prend une valeur incroyablement prémonitoire. Il suffit de penser aux dérives de la télévision ces dernières années, à la mainmise des sectes chrétiennes, des partis plus conservateurs sur l’information. Network anticipe aussi sur la télé réalité, nous parle du terrorisme filmé en direct, de la présence de l’Arabie Saoudite dans l’économie américaine, des intérêts arabes. On y mentionne déjà, 20 ans avant, que l’Arabie Saoudite possède une grande partie du port de la Nouvelle Orléans.











L’Esclave Blanc
Dans la première séquence de
Qualités que l’on trouve de manière différente dans les quatre films que j’ai vus :
La première demi-heure de 











Autre adaptation de Graham Greene que je vais enfin voir,
L’événement de ces derniers mois est la sortie en version restaurée de
Signalons la version anglaise de