sept
29

Un regret, celui que certains films n’aient jamais suscité le moindre commentaire et cela sur des années.

Remparts d'argileMediumJe pense à REMPARTS D’ARGILE, de Jean-Louis Bertucelli, évoqué dans la première chronique ; au MEDIUM de Menotti, le seul opéra filmé, dirigé par son compositeur ; au magnifique PRIDE OF THE MARINES de Delmer Daves avec John Garfield, l’un des meilleurs films humanistes, démocratiques, tournés sur la seconde guerre mondiale. Sa scène de bataille, si originale, rivalise avec celle de MONKEY ON MY BACK d’André de Toth qui continue à passer inaperçue.

Money on my back

Je pense aussi au REPAS de Naruse, à l’HOMME DE NULLE PART de Chenal et enfin à THE LAST FLIGHT de William Dieterle. Je voudrais arriver à faire partager l’enthousiasme que j’éprouve pour ce film unique, l’un des rares qui évoque Fitzgerald ou Heminway. Comme nous l’écrivions dans 50 ANS, « Presque totalement dégagé des conventions scénaristiques de l’époque, dépourvu de véritable action jusqu’aux vingt dernières minutes, il suit avec nonchalance l’errance européenne d’un groupe d’aviateurs qui, après la guerre, ne peuvent se décider à retourner aux Etats-Unis et vivent les angoisses et les délices de la génération perdue dans les cafés et night clubs parisiens. Ils dissimulent leur désarroi sous un détachement ironique, une attitude ludique qui se nourrit de badinage, de private jokes, d’entreprises gratuites et saugrenues le tout dans un état d’ébriété semi-permanent et soigneusement entretenu. Ils rencontrent une jeune américaine, excentrique et saugrenue qui partage leur style de vie et devient leur mascotte. A partir d’un stéréotype, (l’héritière capricieuse et fofolle dont on trouvera des fac-similés, quelques années plus tard, dans d’innombrables screwball comedies), le réalisateur a réussi à faire un personnage complexe, attachant et tout à fait crédible ».

Ajoutons que le film écrit par John Monk Saunders, lui-même ex aviateur, avait des connotations fortement autobiographiques. Saunder se suicidera quelques temps plus tard comme certains personnages du film. Je sais que ces films sont chers et ne sont pas sous-titrés mais je doute qu’un distributeur français s’y intéresse.

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sept
29

A compter d’aujourd’hui, Bertrand Tavernier vous donne rendez-vous plus souvent. Il publiera à votre attention, fidèles lecteurs ou amateurs occasionnels, des regrets, des coups de gueule ou des découvertes plusieurs fois par mois et non plus une seule fois comme cela était jusqu’ici le cas. Tous les textes seront disponibles en ligne, sur le site de la SACD. Vous pourrez ainsi vous en délecter à souhait, selon votre temps et votre convenance. Le premier de cette nouvelle version du blog de Bertrand Tavernier : ses regrets. Lire ci-dessus. Bonne lecture.

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août
31

SUSPENSE (Warner Archive)

Voilà le deuxième Tuttle intéressant que je vois en quelques semaines. Après HOSTAGES, oeuvre qui symbolise tout un cinéma, celui pensé, écrit par des auteurs qui seront blacklistés (résistance et collaboration en Tchécoslovaquie, photo de Victor Milner, indiscernable sur ma copie), voici SUSPENSE. On se demande pourquoi Tuttle passe brusquement de la Paramount où son statut était assez fort après THIS GUN FOR HIRE, de la Fox, de la première production de Bing Crosby (THE GREAT JOHN L) à Monogram.  Est-il menacé politiquement ? Ce qu’on pourrait imaginer, vu que le film est produit par les King Brothers qui engagèrent des dizaines de black listés.  SUSPENSE est considérée comme la première production A de la Monogram, ce qui veut juste dire que les moyens sont un peu moins misérables que d’habitude, les décors un peu moins fauchés. C’est l’équivalent d’une série B de Studio et le film est relativement impressionnant quant aux décors (le penthouse dont un internaute dit qu’il a dix ans d’avance sur les décors de PLANETE INTERDITE, le night Club (le même que celui de XANADU ?) le chalet dans la montagne, les décors de montagne). Tuttle demande à son opérateur Karl Struss de nombreux effets visuels, une utilisation des clair obscur, des personnages éclairés à contre jour dont certains disent qu’il anticipe sur le Mann de Desperate. Discutable, d’autres films  s’aventuraient dans la même direction (citons AFRAID TO TALK, le chef d’œuvre d’Edward L Cahn qui date de 32). Même certaines des séquences de patinages sont décorées et photographiées avec soin (elles sont dirigées par Nick Castle). Le scénario de Philip Yordan accumule les ellipses, les fausses pistes, évite toute explication un tant soit peu rationnelle : Albert Dekker engage Barry Sullivan après sans doute le plus court entretien d’embauche de l’Histoire du cinéma : « C’est machin qui m’envoie  » –  » Que pouvez vous faire ? » –  » Tout ce que vous voulez » –  » Je crois qu’on va trouver quelque chose pour vous ». Il est ensuite promu sans aucune raison. Plus tard, on mentionne une lettre qui contiendrait des informations préjudiciables à Sullivan, lettre qu’on ne verra pas et informations qu’on n’aura pas. Les deux disparitions d’Albert Dekker restent ultra énigmatiques, principalement ce bureau qu’on fait bruler dans la chaudière, mais cela finit par donner un vrai côté onirique au film, comme si le scénariste semblait avoir oublié ce qui s’était passé avant et qu’il collait des bouts de scène typiques du genre, dont plusieurs décalquent GILDA. Dekker et surtout Eugène Palette méritent une mention spéciale, Belita est plus qu’acceptable et Sullivan ne ressemble vraiment à aucun acteur de l’époque. Il accepte un personnage épouvantablement antipathique qui ne songe qu’à se venger de son bienfaiteur, traite avec une terrible muflerie son ancienne petite amie  « tu  peux me servir ma bière ? » – « Pourquoi, tu as le bras cassé ? ». C’est sans doute l’un des  héros les plus déplaisants de l’histoire du genre qui en compte pas mal.

Revu enfin dans une belle copie HE WALKED BY NIGHT (WILD SIDE) qui m’a paru meilleur que dans mon souvenir. En grande partie à cause de la photo très inventive d’Alton et de l’interprétation de Richard Basehart qui arrive à préserver l’opacité de son personnage tout en le rendant intéressant. On ne sait pas très bien ce qu’il cherche, sinon de l’argent ni ce qui le motive vraiment. Le scénario ne se préoccupe guère de psychologie ni pour lui ni pour les flics. Aucun effort n’est fait pour approfondir le personnage de Scott Brady et le film y gagne car on nous épargne les habituelles séquences de vie domestiques. Il n’y a guère plus de progression dramatique, le récit procède par brusque à coups que relie un commentaire pléonastique et solennel, asséné plutôt que lu par Reed Hadley. Les scènes nocturnes sont très réussies. On a beaucoup glosé sur les séquences se déroulant dans les égouts où Alton exécute une série de variations sur des  lampes torche sans doute très renforcées qui s’éloignent ou se rapprochent dans les conduits très obscurs créant de spectaculaires effets, notamment dans les plans très larges (dont il se servira à nouveau avec Florey) : on voit la lumière cascader puis décroitre sur les murs. Mais j’ai été encore plus impressionné par toute la scène où Basehart arrive en avance au rendez vous fixé par Mr Reeves, déjouant le piège tendu par les policiers. Là, plus que dans la scène célèbre où il s’opère lui même, je me suis dit que le découpage, les angles, les rapports des personnages dans l’espace portaient la trace (l’influence ?) d’Anthony Mann. Mais John Alton nous avait dit que la part de Mann avait été minime contrairement à ce qui a été dit. C’est un des points sur lesquels il n’est jamais revenu (l’autre étant sa détestation d’Allan Dwan) La séquence est néanmoins la plus réussie du film qui reste quand même en dessous de T MEN ou de RAW DEAL.
Par ailleurs, Scott Brady était le frère de Lawrence Tierney.

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