mar
16

Espagne

Je suis un grand admirateur d’Arturo Perez-Reverte et pas seulement pour la série des livres consacrés au Capitaine Alatriste. J’attendais donc avec impatience cette première adaptation cinématographique d’autant qu’elle était réalisée par Augustin Diaz Yanes dont j’avais beaucoup aimé PERSONNE NE PARLERA DE NOUS, film noir sur fond de politique et de mémoire. Je n’ai pas vu, SANS NOUVELLE DE DIEU, projet relativement ambitieux.
CAPITAINE ALATRISTE m’a laissé une impression mitigée. Les recherches formelles parfois somptueuses (le choix des décors, des costumes impressionne), parfois à la limite du formalisme (toute l’ouverture filmée en très gros plan ce qui réduit à néant toute compréhension de l’espace) se heurtent à un scénario dont les péripéties doivent être obscures, voire énigmatiques pour qui n’a pas lu les romans. On a l’impression qu’Augustin Diaz Yanes a voulu condenser plusieurs livres, ce qui entraîne une narration elliptique, trop morcelée. On se perd dans les personnages, dans les guet-apens pourtant spectaculaires, dans les retournements de situations. Restent quelques scènes fortes, des corps à corps violents, la bataille  – on devrait plutôt dire le carnage – de Rocroi et ces soldats qui s’empalent sur les lances. Reste surtout Vigo Mortensen, irréprochable comme toujours qui campe un Alatriste définitif.

Italie

Mario BavaCarlotta vient de sortir un coffret consacré à Mario Bava, cinéaste qui a ses fidèles. On ne peut pas ne pas reconnaître à LA BAIE SANGLANTE (trop gore pour mon goût) d’évidentes qualités plastiques, mais l’absence quasi totale de direction d’acteurs me gêne tout comme dans LE CORPS ET LE FOUET. Je voudrais bien revoir en revanche LE MASQUE DU DÉMON son premier film que j’avais adoré.
Et quel que soit le rôle important pris par Bava à la réalisation des VAMPIRES (la lumière,  la photographie mais aussi tous les trucages lors de la transformation de Gianna Maria Canale), il me semble un peu abusif de le faire figurer sur la pochette comme co-réalisateur. C’est Freda qui dirigea le film avec un brio réel qui masque le budget minimaliste (On voit la tour Saint Jacques vaciller). Il y avait d’autres collaborateurs de choix sur ce film : Nino Novarese, talentueux créateur de décors et costumes, Roman Vlad pour la musique.
Freda dont Cristaldi films vient d’éditer enfin en dvd IL CAVALIERE MISTERIOSO (hélas sans sous titres, dommage pour le bon dialogue de Freda, Monicelli et Stefano Vanzina, alias Steno), l’un de ses meilleurs films. Cette aventure de Casanova (un jeune et splendide Gassman) est un pur délice qui se termine sur une coda grave et mélancolique.

Carlotta vient de sortir en France trois films de Pietro Germi, cinéaste très important et encore trop mal connu. Un assez bon documentaire après SIGNORE & SIGNORI retrace sa carrière avec ses changements d’orientations qui déroutèrent plus d’une fois la critique. On lui reprochait souvent de changer de direction, d’abandonner après AU NOM DE LA LOI (que je n’ai vu qu’en vidéo et sans sous titres) et LE CHEMIN DE L’ESPERANCE que je veux absolument voir, de trahir le néo-réalisme au profit du film noir ou pire de la comédie. Pourtant DIVORCE A L’ITALIENNE et SEDUITE ET ABANDONNÉE frappent toujours par l’âpreté de leur ton, la virulence avec lesquels Germi s’en prend à la dictature machiste, au code de l’honneur, aux soi disant vertus familiales. Ces deux films sont des réussites exceptionnelles dont j’avais déjà parlé lors de leurs éditions américaines par Criterion.
Les trois films choisis par Carlotta remettent définitivement les choses en place. Quand on pense que SIGNORE & SIGNORI, que le jury avait eu l’intelligence de couronner à Cannes, fut hué par la presse et le public comme le raconte Jean Gili dans son introduction…

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fév
15

Si on parlait du cinéma anglais

Pléthore de sorties en Angleterre et de films rares, souvent dans des versions sans bonus et toujours sans sous titres.

walterloo_roadCommençons par deux réussites que l’on doit au tandem Frank Launder et Sidney Gilliat, les scénaristes si inventifs d’UNE FEMME DISPARAIT, de NIGHT TRAIN TO MUNICH : MILLIONS LIKE US (1943) dont ils signent tous les deux le scénario et la réalisation (ce sera leur seule co-mise en scène) et WATERLOO ROAD (1945) que Gilliat écrit (avec Val Valentine) et dirige seul. Les deux films, tournés « à chaud », ont en commun une volonté de montrer des gens ordinaires confrontés à la guerre, aux bombardements, à la peur de l’invasion allemande, un goût pour une structure dramatique libre, originale.
millions_like_usDans MILLIONS LIKE US, on voit surgir de temps en temps et sans que cela soit rattaché à l’une des intrigues, deux officiers calamiteux, Charters et Caldicott joués par les sublimes Basil Radford et Naunton Wayne (qui reprennent en fait les personnages et les noms du Hitchcock et de NIGHT TRAIN). Ils échangent dans divers décors – un train, une plage – des propos flegmatiques et désabusés, essaient de se souvenir du nombre de mines qu’ils ont posées, renoncent en ajoutant : « on n’ira pas se baigner ici après la guerre ». Voilà un exemple de ce qu’ils se disent :
Charters : « A propos de sacrifices provoqués par la guerre, Caldicott, est ce que vous vous souvenez de ce vieux Patterton ? »
Caldicott : « Le type qui avait toutes ces plantations en Malaisie ? »
Charters : « Oui, lui. Vous vous souvenez de son valet, Hawkins »
Caldicott : « Oui »
Charters : «Il a été évacué sur Weston sur Mer »
Calidicott : « Pas possible »
Charters : « Patterton est tout simplement livide. Il ne s’est jamais habillé tout seul depuis 30 ans
Caldicott : « Mais qu’est ce qu’il va faire »
Charters : « Le suivre. À Weston sur Mer. »
Caldicott : « oh à propos, combien de mines a-t-on posées ce matin ? »

Sidney Gilliat m’avait dit que l’écriture de ces deux personnages avait marqué et influencé, de son propre aveu, Harold Pinter. Ajoutons que ces séquences détonnent dans ce qui devrait être un film de propagande. Les Britanniques ont d’ailleurs été les seuls à mettre autant l’accent sur leurs travers, leurs erreurs dans les productions des années 40. Souvenez-vous de COLONEL BLIMP. Dans WATERLOO ROAD, la bureaucratie de l’armée paraît tatillonne et répressive.
Mais ce qui confère son originalité, sa force, son émotion à MILLIONS LIKE US, c’est le rôle prédominant donné aux personnages de femmes que l’on voit tenter de survivre, d’aimer, de s’engager. Plusieurs séquences dans l’usine où ne travaillent que des femmes vous serrent le cœur. Patricia Roc et Anne Crawford, trop tôt disparues, sont deux des plus belles actrices du cinéma anglais.

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jan
11

Je reprends la rédaction de mon blog que j’avais du interrompre lors de la préparation, plusieurs fois interrompue, puis du tournage, plusieurs fois reporté, de LA PRINCESSE DE MONTPENSIER, libre adaptation écrite avec mon complice et ami Jean Cosmos de la nouvelle de Madame de La Fayette (appelée Madame de la Facette dans le Berry Républicain). Les acteurs en sont Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel, Michel Vuillermoz.

Ce blog sera moins fourni que d’habitude. Une préparation, un tournage sont des moments trop absorbants, trop excitants, trop épuisants pour pouvoir se livrer à des explorations cinéphiliques débridées. J’ai vu peu de films, regardé moins encore de DVD durant les semaines de tournage.  Un peu plus durant la préparation même si les incertitudes ne constituaient pas le climat le plus propice pour apprécier des œuvres.

the night of the hunter projectAvant tout, je voudrais signaler quelques CD de musiques de films, notamment une tentative originale, personnelle et audacieuse. Et réussie. Quelques musiciens de jazz français viennent d’arranger et d’interpréter la musique de LA NUIT DU CHASSEUR de Robert Mitchum, musique dont la BO est introuvable à ma connaissance (a-t-elle fait l’objet d’un disque ?). Voici la présentation du CD :
En 1955 sortait sur les écrans La nuit du chasseur (the night of the hunter), unique réalisation de l’immense acteur britannique Charles Laughton. La musique en était signée Walter Schumann. Le guitariste Pierre Fablet propose aujourd’hui une nouvelle version, aux accents jazz et rock, de cette bande originale superbe et intemporelle. Une approche sonore et musicale à la fois respectueuse et inventive, sous la forme d’un concert pour lequel Pierre Fablet s’est entouré de cinq musiciens d’exception et complices.

Pierre Fablet (Guitares) – Daniel Paboeuf (Saxophones) – David Euverte (Claviers, samples)  – Régis Boulard (Batterie)  – Jac Intartaglia (Basse)  – Jérôme Bensoussan (Trompette)

THE NIGHT OF THE HUNTER PROJECT – Un album Editions – Harmonia Mundi

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