Déc
20

Sur un rythme trépidant, BEAST OF THE CITY contrairement aux productions Warner, épouse le point de vue de la police (on a même droit à un texte de Herbert Hoover). Bien mis en scène par le mystérieux Charles Brabin, réalisateur anglais né à Liverpool (dont nous ne connaissons que le MASQUE D’OR avec Boris Karloff en Fu Manchu et Myrna Loy,  délicieuse et assez déshabillée, dans le rôle de sa fille sadique), décrit les efforts d’un policier irlandais intègre (Walter Huston) pour nettoyer une ville. Il se heurte la corruption des élus, la mollesse de ses chefs, aux procédés d’intimidation des gangsters qui utilisent toutes les ressources de la loi pour mieux la paralyser. Dialogue incisif de John Lee Mahin d’après un scénario de WR Burnett, truffé de détails qui sonnent justes et qui disparaitront après la mise en place du Code : la radio de la police signale une femme nue au coin de Elm et Berry, on parle d’exhibitionnisme indécent, la tête d’un cadavre s’est faite exploser et la voiture du coroner est rebaptisée le wagon à viande. Dans les interrogatoires, les premiers plans dans le commissariat, le dialogue rapide, cynique, réaliste fait un peu oublier la thèse qu’on a rapprochée de DIRTY HARRY qu’on retrouve dans plusieurs films des années 30 (OKay America de Tay Garnett, voire Gabriel over the White house) qui demande que des policiers, des justiciers prennent la justice en main.

BUTCH AND SUNDANCE, THE EARLY DAYS : tout ce que l’on dit sur les raisons de se méfier est valable et l’on y pense tout le temps. Cela dit le film est truffé de qualités : photos et extérieurs splendides, décors (un casino, un bureau de directeur, une banque, une rue surplombée d’une affiche vantant un produit which makes adults and kids become pigs) insolites, pittoresques et réjouissants : la palme revient à cet étrange centre commercial entièrement blanc, entouré d’inscriptions religieuses, dont une gravée sur la montagne). Il y a de nombreux gags, des moments vraiment drôles et attachants mais l’intérêt s’émousse. Aucune tension ne semble relier ces scènes qui sont épisodiques comme on dit là-bas. Certaines sont mauvaises : un long et pénible moment avec des skis est censé remplacer la bicyclette. Plantage.

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Déc
12

Sur Amazone.it comme me l’ont signalé plusieurs internautes, on peut acheter des films formidables dont beaucoup hélas ne sont pas sous-titrés. Ce n’est pas grave pour TRENO POPOLARE de Raffaelo Matarazzo, le propos est tellement clair, les personnages si bien dessinés que tout est facilement compréhensible. Il s’agit d’évoquer ces premiers trains de vacances destinés à faire découvrir les plages, la mer, aux classes populaires, initiative mussolienne comparable aux trains de plaisir que mit sur pied le Front populaire. Peu ou pas d’intrigue, de multiples personnages avec leurs peines, leurs joies. Une des premières musiques de Nino Rota. En bonus plusieurs documentaires de Matarazzo évoquant les travaux menés par Mussolini pour assécher les marais (Eclipse vient de regrouper pour Criterion, dans un coffret, plusieurs des mélodrames de Matarazzo dont le PECHÉ D’UNE MÈRE, mélodrames le plus souvent joués par Amedeo Nazzari et Yvonne Sanson et analysés avec lyrisme par Jacques Lourcelles. Je vais me ruer sur ce coffret pourvu de sous-titres anglais, n’ayant que des cassettes usées).

Dans la même veine se situe DIMANCHE D’AOUT de Luciano Emmer, cinéaste méconnu. Même principe : une œuvre chorale avec une myriade de personnages issus cette fois de milieux très différents (il y a des riches, des nobles, des pauvres, des religieuses), brassés avec un vrai brio, un sens de la vie collective, une vivacité visuelle. Mais l’absence de sous-titres m’a gêné, le dialogue étant plus important, plus vital que dans TRENO POPOLARE.

I NOSTRI SOGNI est je crois le premier Cottafavi et là le dvd a des sous-titres français. C’est une comédie douce-amère où le génial de Sica, dans un personnage proche de ceux qu’il incarna chez Camerini, essaie à coup d’arnaques, de bluff, de manger à sa faim sinon de survivre. Il ment, séduit, invente des remèdes miracles sous l’œil de son complice de plus en plus désabusé (leur couple est une merveille). Le ton est délicat, léger, élégant.

De Sica est encore plus génial en pickpocket, chef d’une famille d’escrocs et de voleur dans laquelle tombe le malheureux Marcello Mastroianni dans DOMMAGE QUE TU SOIS UNE CANAILLE d’Alessandro Blasetti, comédie extrêmement drôle. Surtout à partir du moment où entre De Sica avec ses mille et une manières de piquer une valise. Il faut le voir, aidé par la très jeune et super sexy Sophia Loren, sa fille qui surclasse parfois le père, retourner dans un commissariat des témoins, des accusateurs pendant qu’elle tourmente, séduit, vampe, vole le pauvre Marcello. Les scènes dans l’appartement avec toute la famille (dont la grand-mère qui lève le coude) sont absolument désopilantes.

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Nov
28

Coffret Christian MungiuJe signale le dvd offrant les deux films de Cristian Mungiu, celui qui remporta à juste titre la palme d’or (4 MOIS, 3 SEMAINES) et les Contes de l’Age d’Or, suite de « légendes urbaines », désopilantes, grinçantes, décapantes sur l’ère Ceausescu. Il y en a plusieurs qui valent les meilleures réussites de Risi, notamment celui qui montre les affres des journalistes qui s’essaient à retoucher une photo pour le guide suprême soit plus grand que Valery Giscard d’Estaing ou cette attente d’une visite de Ceausescu qui met à jour les différents degrés de la servilité. Et ce cochon dont la présence va bouleverser plusieurs vies. Du cinéma qui montre que le rire peut être tranchant, lucide et fort peu démagogique.

Une séparationLa sortie de l’admirable UNE SEPARATION de Asghar Farhadi m’a fait me précipiter en salle sur ses précédents, notamment A PROPOS D’ELY. Même sensation d’urgence, même impression de sentir battre à même l’écran le cœur des personnages, l’âme d’un pays, une âme occultée par ses religieux et ses politiciens : personnages vibrants, déchirés, passionnés, bloqués mais aussi inspirés, soutenus par certaines règles, certains interdits, une culpabilité latente qui se heurte au désir, à la soif de bonheur. Même changement de point vue qui met à mal nos certitudes, nous fait découvrir une justice qui prend son temps, pose parfois de bonnes questions. Ne pas manquer ces films ni ceux de Jafar Panahi, cinéaste essentiel.

Testament du SoirUn des derniers films de Kaneto Shindo dont on montra à Lyon l’ILE NUE (à la demande de Benicio del Toro qui le présenta), LE TESTAMENT DU SOIR est une totale surprise. Une surprise à cause d’abord de son incroyable liberté de ton : le film change plusieurs fois de couleurs, de registres. On passe du drame à la farce, d’une séquence théâtrale à des plans retenus, délicats, murmurés. Un délinquant hystérique surgit brusquement au beau milieu d’un petit déjeuner, terrorise plusieurs vieillards avant de se faire arrêter par une énorme troupe de policiers. De brusques flashes back trouent la narration et de temps en temps on voit un fantôme. Tout cela arrive par surprise, sans être préparé. Audace incroyable, les quatre protagonistes du film – 3 femmes et un homme – sont âgés et certains s’affrontent en de longs et beaux plans fixes. Notamment ce moment où l’héroïne, une actrice, tente de raviver la mémoire d’une comédienne atteinte d’Alzheimer, en lui récitant la Mouette. Il y a aussi une très jeune fille qu’on voit entièrement nue (chose rare dans un film japonais) et qui participe à un « mariage d’essai » pour tester son époux, cérémonie marquée par une danse phallique et une pénétration en public comme au XVIème siècle. La jeune fille dit en riant que c’est une très vieille tradition qu’on maintient dans ce village.

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