fév
15

Si on parlait du cinéma anglais

Pléthore de sorties en Angleterre et de films rares, souvent dans des versions sans bonus et toujours sans sous titres.

walterloo_roadCommençons par deux réussites que l’on doit au tandem Frank Launder et Sidney Gilliat, les scénaristes si inventifs d’UNE FEMME DISPARAIT, de NIGHT TRAIN TO MUNICH : MILLIONS LIKE US (1943) dont ils signent tous les deux le scénario et la réalisation (ce sera leur seule co-mise en scène) et WATERLOO ROAD (1945) que Gilliat écrit (avec Val Valentine) et dirige seul. Les deux films, tournés « à chaud », ont en commun une volonté de montrer des gens ordinaires confrontés à la guerre, aux bombardements, à la peur de l’invasion allemande, un goût pour une structure dramatique libre, originale.
millions_like_usDans MILLIONS LIKE US, on voit surgir de temps en temps et sans que cela soit rattaché à l’une des intrigues, deux officiers calamiteux, Charters et Caldicott joués par les sublimes Basil Radford et Naunton Wayne (qui reprennent en fait les personnages et les noms du Hitchcock et de NIGHT TRAIN). Ils échangent dans divers décors – un train, une plage – des propos flegmatiques et désabusés, essaient de se souvenir du nombre de mines qu’ils ont posées, renoncent en ajoutant : « on n’ira pas se baigner ici après la guerre ». Voilà un exemple de ce qu’ils se disent :
Charters : « A propos de sacrifices provoqués par la guerre, Caldicott, est ce que vous vous souvenez de ce vieux Patterton ? »
Caldicott : « Le type qui avait toutes ces plantations en Malaisie ? »
Charters : « Oui, lui. Vous vous souvenez de son valet, Hawkins »
Caldicott : « Oui »
Charters : «Il a été évacué sur Weston sur Mer »
Calidicott : « Pas possible »
Charters : « Patterton est tout simplement livide. Il ne s’est jamais habillé tout seul depuis 30 ans
Caldicott : « Mais qu’est ce qu’il va faire »
Charters : « Le suivre. À Weston sur Mer. »
Caldicott : « oh à propos, combien de mines a-t-on posées ce matin ? »

Sidney Gilliat m’avait dit que l’écriture de ces deux personnages avait marqué et influencé, de son propre aveu, Harold Pinter. Ajoutons que ces séquences détonnent dans ce qui devrait être un film de propagande. Les Britanniques ont d’ailleurs été les seuls à mettre autant l’accent sur leurs travers, leurs erreurs dans les productions des années 40. Souvenez-vous de COLONEL BLIMP. Dans WATERLOO ROAD, la bureaucratie de l’armée paraît tatillonne et répressive.
Mais ce qui confère son originalité, sa force, son émotion à MILLIONS LIKE US, c’est le rôle prédominant donné aux personnages de femmes que l’on voit tenter de survivre, d’aimer, de s’engager. Plusieurs séquences dans l’usine où ne travaillent que des femmes vous serrent le cœur. Patricia Roc et Anne Crawford, trop tôt disparues, sont deux des plus belles actrices du cinéma anglais.

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jan
11

Je reprends la rédaction de mon blog que j’avais du interrompre lors de la préparation, plusieurs fois interrompue, puis du tournage, plusieurs fois reporté, de LA PRINCESSE DE MONTPENSIER, libre adaptation écrite avec mon complice et ami Jean Cosmos de la nouvelle de Madame de La Fayette (appelée Madame de la Facette dans le Berry Républicain). Les acteurs en sont Mélanie Thierry, Lambert Wilson, Grégoire Leprince-Ringuet, Gaspard Ulliel, Michel Vuillermoz.

Ce blog sera moins fourni que d’habitude. Une préparation, un tournage sont des moments trop absorbants, trop excitants, trop épuisants pour pouvoir se livrer à des explorations cinéphiliques débridées. J’ai vu peu de films, regardé moins encore de DVD durant les semaines de tournage.  Un peu plus durant la préparation même si les incertitudes ne constituaient pas le climat le plus propice pour apprécier des œuvres.

the night of the hunter projectAvant tout, je voudrais signaler quelques CD de musiques de films, notamment une tentative originale, personnelle et audacieuse. Et réussie. Quelques musiciens de jazz français viennent d’arranger et d’interpréter la musique de LA NUIT DU CHASSEUR de Robert Mitchum, musique dont la BO est introuvable à ma connaissance (a-t-elle fait l’objet d’un disque ?). Voici la présentation du CD :
En 1955 sortait sur les écrans La nuit du chasseur (the night of the hunter), unique réalisation de l’immense acteur britannique Charles Laughton. La musique en était signée Walter Schumann. Le guitariste Pierre Fablet propose aujourd’hui une nouvelle version, aux accents jazz et rock, de cette bande originale superbe et intemporelle. Une approche sonore et musicale à la fois respectueuse et inventive, sous la forme d’un concert pour lequel Pierre Fablet s’est entouré de cinq musiciens d’exception et complices.

Pierre Fablet (Guitares) – Daniel Paboeuf (Saxophones) – David Euverte (Claviers, samples)  – Régis Boulard (Batterie)  – Jac Intartaglia (Basse)  – Jérôme Bensoussan (Trompette)

THE NIGHT OF THE HUNTER PROJECT – Un album Editions – Harmonia Mundi

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déc
18

UN-HOMME-EST-MORTCommençons par une curiosité, une bande dessinée de Kris et Etienne Davodeau éditée par Futuropolis, UN HOMME EST MORT. Rien à voir avec le film de Jacques Deray. Il s’agit de la reconstitution du tournage d’un film militant de René Vautier réagissant à chaud à la demande de la CGT sur la mort d’un responsable syndical très populaire, Edouard Mazé, tué à Brest le 17 avril 1950 lors d’une manifestation réprimée à coups de mousquetons. Cette manifestation faisait suite à des semaines de débrayage, des journées d’union nationale pour la paix en Indochine. Il y eut 14 grévistes blessés, 12 plus légèrement mais aussi 24 gendarmes et 9 CRS. Vautier filme les réactions, l’enterrement dans des conditions de bricolage insensé. Son équipement est tellement précaire qu’il ne peut pas enregistrer le son et donc va utiliser un poème d’Eluard comme commentaire. Le film projeté dans les réunions syndicales, en plein air, partout ou l’on peut prendre un drap. On le montre même à Eluard. Quand le magnéto casse, Vautier ou un camarade récitent le poème. Jusqu’à ce que le film tombe en loque. Personne n’ayant pensé à faire de copie, il rejoint le purgatoire des œuvres disparues. Kris et Etienne Davodeau nous donnent  l’occasion enfin de le découvrir, en images et de rêver sur ce que furent ces moments de lutte.

ENCORE HENRI CALEF

LES CHOUANS d’Henri Calef qui est sorti en dvd, mérite d’être vu. Comme très souvent chez Calef, les séquences d’ouverture sont fortes, originales, avec de vrais partis pris esthétiques dans le choix des extérieurs, des éclairages, la dramaturgie des cadres qui renforcent l’âpreté, la noirceur du propos. Sans oublier l’utilisation de la profondeur de champ, le recours constant, plutôt rare à l’époque, à des plans très larges avec des amorces dramatiques qui confèrent une force réelle aux premières séquences. Je n’ai qu’un lointain souvenir du roman de Balzac dont Spaak et Calef inversent, parait-il, le sens. Ils se réfèrent, se nourrissent de la période qu’ils viennent de vivre et la guerre civile qu’ils évoquent fait penser aux affrontements entre les résistants et les miliciens. On est du côté de JERICHO. Mais ils parviennent à garder une certaine complexité, évitent les équivalences faciles et les règlements de compte.

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