jan
10

Le  festival LUMIÈRE à Lyon m’a permis de revoir dans des copies magnifiques plusieurs chefs d’œuvre. A commencer bien sur par les films de Milos Forman, le récipiendaire après Clint Eastwood, du prix Lumière. Quelle joie de redécouvrir, L’AS DE PIQUE, LES AMOURS D’UNE BLONDE ces comédies sur l’adolescence, sarcastiques, tendres, ces festivals de faux pas, de maladresses, d’audaces furtives ou grossières (dès que plusieurs hommes boivent ensemble), de tentatives de séduction avortées. Forman nous fait rire et dans le même mouvement, sentir sans aucune volonté démonstrative l’atmosphère oppressante, puritaine et machiste qui régnait en Tchécoslovaquie. Le dernier tiers des AMOURS D’UNE BLONDE est d’une rare pureté émotionnelle (MK2 distribution).

AU FEU LES POMPIERS (mk2) qui fut interdit pendant plusieurs années est plus noir, plus pessimiste. Il n’y a aucun espoir. C’est le triomphe de la pesanteur bureaucratique et absurde, du « chacun pour soi », du refoulement égrillard. Les lots de la tombola sont systématiquement volés, pillés et quand un responsable fait éteindre les lumières pour que les coupables puissent restituer ce qu’ils ont dérobé, on constate que cette initiative a fait disparaître encore plus d’objets. L’effet est aussi foudroyant aujourd’hui que lors de la sortie et on voit le lien qui unit ces films et des œuvres des cinéastes actuels roumains ou russes comme 12 HEURES 08, A L’EST DE BUCAREST ou LE DERNIER VOYAGE DE TANYA.

J’ai aussi revu le toujours splendide AMADEUS (projeté devant 5000 spectateurs) dans sa nouvelle version qui donne plus de force et d’ambiguïté au personnage de la jeune épouse de Mozart et nous fait découvrir cette leçon de musique pour les chiens et ce chef d’œuvre qu’est THE PEOPLE VS LARRY FLYNT dont l’audace n’a pas pris une ride. L’interprétation de Courtney Love et d’Edward Norton reste sidérante et Forman a su éviter aussi bien le moralisme que la complaisance.

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sept
03

Repentirs

FILMS FRANÇAIS

coffret ophulsJ’avais oublié de mentionner plusieurs sorties de films exceptionnels notamment chez Gaumont. Tout d’abord le coffret Ophuls qui comprend trois chefs d’œuvre sublime que j’ai vu et revu : LA RONDE, LE PLAISIR, MADAME DE. Et aussi LOLA MONTES sur lequel je continue à faire des réserves malgré de nombreuses séquences fulgurantes (le cirque, bien sur, moment inouï de cinéma où la présence de Martine Carol fait corps avec les ambitions du film), Peter Ustinov, Anton Walbrook et Oskar Werner. Les restaurations sont somptueuses et Marcel Ophuls apporte un éclairage passionnant.

La poisonSaluons aussi la sortie longtemps attendue de LA POISON, un immense Guitry, noir, décapant et de UN CONDAMNÉ A MORT S’EST ÉCHAPPÉ, l’un des très grands Bresson avec PICKPOCKET, LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE, AU HASARD BALTHAZAR (sur le tournage duquel Anne Wiazemsky a écrit un livre très émouvant). Il faut acheter ces différents titres. J’avais été stupéfait d’apprendre que les premières ventes de UN CONDAMNÉ – œuvre jamais éditée en cassette – avaient été plutôt molles ce qui me paraît inconcevable et choquant. Ou alors il faut admettre une baisse de la passion cinéphilique, de la curiosité, un transfert de cette passion sur les cinéastes à la mode. Ou bien accepter le fait que nombre d’amateurs se contentent d’une cassette copiée lors du ciné-club de Claude Jean Philippe ou Patrick Brion et ne voient pas l’intérêt d’acquérir un magnifique dvd qui rend justice à la photo et à la bande son d’origine.

Le rouge et le noirDans la même collection Gaumont, j’ai vu le Blue Ray bien restauré du ROUGE ET LE NOIR et je dois confesser que je déteste ce film, sa mise en scène horriblement guindée, académique, aseptisée qui justifie – contrairement à la TRAVERSÉE DE PARIS, DOUCE, EN CAS DE MALHEUR, OCCUPE TOI D’AMÉLIE – les attaques de Truffaut et consort. Lara et Max Douy ne sont pas inspirés par la couleur. Tous les décors sont sur éclairés. La photo de Michel Kelber est d’une immense platitude. La comparaison avec des films anglais, américains tournés lors de la décennie précédente, prouve le retard, le manque d’inspiration des chefs opérateurs français. Ne parlons même pas de Powell, prenons un Basil Dearden (SARABAND FOR DEAD LOVERS), un Gordon Douglas comme la MAÎTRESSE DE FER qui placent leurs personnages dans le noir, savent utiliser les ombres. Dans ce dernier film, sorti par Warner Archives, on trouve un duel au couteau nocturne, dans une pièce dont les combattants ont soufflé les bougies. Douglas et John Seitz utilisent simplement la lueur des éclairs. On chercherait en vain une séquence aussi brillante, des recherches aussi réussies dans le film de Lara. Y a-t-il une belle photo couleur en France dans les années 50 en dehors de FRENCH CANCAN ?

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juin
24

D’abord quelques repentirs. Sur quelques films italiens ou anglais dont j’ai omis de parler.

Films Italiens

En premier lieu LA FILLE DANS LA VITRINE (SNC) de Luciano Emmer, tout à fait remarquable. Cette chronique sociale douce-amère décrit un milieu très rarement évoqué au cinéma, celui des ouvriers immigrés. En l’occurrence des mineurs d’origine italienne ou franco-italienne qui viennent travailler en Belgique.  Tout le début du film  qui dépeint leur vie quotidienne, quasi communautaire, leur boulot épuisant est filmé avec netteté, sans pathos, sans complaisance, sans pittoresque.  L’un des mineurs (Bernard Fresson) qui a survécu à un grave accident, décide de rentrer au pays mais veut faire un détour par les quartiers chauds d’Amsterdam pour prendre du bon temps. Son copain (Lino Ventura) l’accompagne. Ils vont rencontrer Else, une prostituée (Marina Vlady) qui racole dans une vitrine. Emmer fait alors preuve d’une délicatesse, d’une invention, d’une justesse qui donne envie de revoir tous ses films. Particulièrement réussi est le moment où Lino Ventura complètement bourré met plusieurs minutes à réaliser qu’il est dans un bar gay. Marina Vlady est sublime de beauté, de sensualité. On n’est pas étonné de retrouver au générique parmi les scénaristes Rodolfo Sonego qui a écrit de nombreux chefs d’œuvre (L’ARGENT DE LA VIEILLE, UNE VIE DIFFICILE) et à qui il faudra, un jour, rendre justice. Plusieurs amis italiens ont redécouvert DIMANCHE D’AOUT et les FIANCÉS DE ROME. Dans l’excellent entretien que l’on trouve dans les bonus, Emmer dit que ses deux films favoris sont ceux qu’il a tournés avec Marie Trintignant, notamment UNE LONGUE, LONGUE, LONGUE NUIT D’AMOUR.

Dans ma petite note sur Germi et sur MEUTRES A L’ITALIENNE, je n’avais pas assez insisté sur la fin, si forte, si bien découpée. Avec ce travelling avant sur le visage de Claudia Cardinale et ces 4 derniers plans durs et poignants.

Films Anglais

J’avais oublié de signaler, erreur regrettable, THE FALLEN IDOL un des plus grands films de Carold Reed.

OUR MAN IN HAVANA (NOTRE AGENT A LA HAVANE sous titres anglais) n’atteint pas ces sommets mais vaut mieux que sa réputation. La première partie, notamment, dans un beau Scope noir et blanc, frappe par son ironie tranchante, son scepticisme, sa vision décapante du monde de l’espionnage (qui a influencé le TAILLEUR DE PANAMA). Le dialogue de Graham Greene, adaptant son roman, est percutant. La seconde partie devient trop « hénaurme ». Greene aveuglé par son ressentiment, finit par désamorcer sa charge à force d’exagération. Noël Coward est pourtant excellent. Mais  c’est Ernie Kovacs qui vole le film. Il est impayable en chef de la police de Battista, cauteleux, méprisant, vipérin qui s’éprend de la fille d’Alec Guinness. J’aime tout particulièrement le moment où ce dernier lui demande si le briquet qu’il vient de sortir est celui qui est tapissé de la peau des prisonniers qu’il a torturé.

Deux films de Thorold Dickinson, cinéaste qu’on redécouvre sont maintenant disponibles en Angleterre : SECRET PEOPLE et QUEEN OF SPADES que Martin Scorcèse aime beaucoup. On pouvait voir sa version de GASLIGHT avec le grand Anton Walbrook sur le dvd zone 1 du film de Cukor.

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