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FILMS ANGLAIS

Nouvelle édition du  VOLEUR DE BAGDAD de Powell, Korda, Berger et Whelan mais aussi de titres beaucoup plus rares comme le REMBRANDT de Korda, LYDIA et ANNA KARÉNINE de Julien Duvivier (le premier, lointain cousin de CARNET DE BAL, dans mon souvenir, contenait de vraies qualités), THE DIVORCE OF LADY X de Tim Whelan que je n’ai pas encore vu.

rembrandtREMBRANDT, lui, est un film magnifique et je ne peux qu’être d’accord avec les propos d’Alain Masson dans le dernier Positif. Classique certainement et pour certains académique. Mais Korda transcende ces limites en communiquant à son film une fièvre, une âpreté qui tranchent avec la plupart des biopics. Tout d’abord en ne s’attachant, parti pris très original et très britannique, qu’à la période de la « chute » de Rembrandt après le scandale causé par la Ronde de Nuit. Il est coupé de ses protecteurs, de ses soutiens, devient de plus en plus seul et pauvre malgré l’aide d’une servante qu’il épouse juste avant qu’elle meure. Le ton est noir, mélancolique et finalement «habité». Laughton flirte avec le cabotinage mais avec un tel talent, une telle invention qu’on reste admiratif, notamment devant ce demi sourire qu’il affiche pour se défendre des imbéciles.

ultimatumJe suis entièrement d’accord avec les blogueurs qui ont vanté les qualités surprenantes d’ULTIMATUM des frères Boulting. Il y a des plans sidérants (l’exode dans Londres, les scènes de panique, des images nocturnes de la ville déserte), une utilisation de la lumière qui renforce la dramaturgie. Nicolas Saada faisait remarquer de George Lucas engagea pour le premier STAR WARS le chef opérateur de ce film, Gilbert Taylor. Comme le note Justin Kwedi chez DVD Classik : « Point d’éléments d’anticipation, de velléités spectaculaires ou même de grands message pacifistes dans Ultimatum où les Boulting dresse un état du monde en scrutant celui qu’ils connaissent le mieux, l’Angleterre. Ultimatum est un grand film sur la peur et les différentes formes qu’elle peut emprunter. Il y a d’abord la peur d’un homme – se considérant responsable de cet état du monde en raison de ses recherches – qui sombre peu à peu dans la dépression et l’aversion de son travail. Barry Jones, mine frêle et regard apeuré, exprime à merveille cette anxiété latente d’un Willington perdant pied avec la réalité et sombrant dans la paranoïa. C’est d’ailleurs en fait lui le personnage le plus humain et fouillé dans une œuvre finalement assez froide où chaque protagoniste est restreint à sa fonction (militaire, policier) dans le récit. On adopte ainsi réellement le point de vue d’un homme à l’équilibre mental vacillant et qui menace le monde, tout en se montrant paradoxalement peut-être le plus clairvoyant même si sa peur le pousse à une solution trop extrême.»

brightonrock  morgan

Toujours des frères Boulting : BRIGHTON ROCK, scénario de Greene et Terence Rattigan d’après Greene. Richard Attenborough est formidable. Tamasa a aussi ressorti le remarquable MORGAN/ FOU À LIER de Karel Reisz, riche en scènes anthologiques. Dont le déjeuner sur la tombe de Karl Marx. Scénario de David Mercer.

FILMS FRANÇAIS

Henri Verneuil
desgenssansimportanceLe Festival de Lyon rendait hommage à Henri Verneuil en noir et blanc, la meilleure période. Avec un de ses films les plus réussis, DES GENS SANS IMPORTANCE, beau scénario co-écrit par François Boyer : dès la première phrase en voix off du flash back, on est plongé dans un monde ouvrier peu évoqué au cinéma, le monde qui fut abandonné par le parti socialiste comme l’écrivit Eric Conan (je cite de mémoire : « on roulait depuis 32 heures »). Verneuil parle avec chaleur de ce monde populaire, ignoré des cinéastes de la Nouvelle Vague, montre un Paris aux rues lépreuses, aux bâtiments de guingois, le contraire du Paris des bobos. On est encore proche de l’univers d’ANTOINE ET ANTOINETTE. Ce qui est aussi frappant dans ce film si émouvant, c’est le regard amical, presque féministe porté par les auteurs sur le personnage de Françoise Arnoul. La scène de l’avortement, terrible de dureté, est, sur ce plan, exemplaire. A la fois courageuse et sans compromis (ah le plan où l’on va chercher le matériel dans le plafond, toute l’horreur du monde est évoquée là). N’oublions pas qu’un an plus tard le PC, par la voix de Jeannette Vermeesch condamnera la contraception et le droit à l’avortement. Ce qui donne du poids au film de Lara, le JOURNAL D’UNE FEMME EN BLANC comme le rappelait Michel Cournot.

J’ai vanté à plusieurs reprises LE PRÉSIDENT que je revois chaque fois avec jubilation même si la mise en scène est un peu plan plan.

unsingeenhiverRevoir UN SINGE EN HIVER qui tira des larmes à Gérard Collomb, en présence de Belmondo, fut un moment magique. Il est bon de réécouter le dialogue sublime d’Audiard. Albert Quentin (Gabin, royal) : « L’intention de l’amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yang-Tseu-Kiang. » 
Esnault : « Le Yang-tsé-Kiang… Bon.
 Albert Quentin : « Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yang-Tseu-Kiang fleuve bleu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert ! Vert comme les forêts, comme l’espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l’Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde. » Toujours Gabin s’adressant à Belmondo : « Oh ! là là ! Le véhicule, je le connais : je l’ai déjà pris. Et ce n’était pas un train de banlieue, vous pouvez me croire. M. Fouquet, moi aussi, il m’est arrivé de boire. Et ça m’envoyait un peu plus loin que l’Espagne. Le Yang-tsé-Kiang, vous en avez entendu parler du Yang-tsé-Kiang ? Cela tient de la place dans une chambre, moi je vous le dis. » Cette dernière phrase me fait fondre. Je me mets à la place de l’acteur qui la découvre. Et l’un des premiers monologues de Belmondo n’est pas mal non plus et il épatant d’élégance et de charme : « Mes gens vont venir. Ce sont des gitans comme moi. Traitez les comme moi même. Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. ¡ Por favor ! »

lesamantsdutageVu aussi LES AMANTS DU TAGE et impression mitigée. La première partie du film semble anticiper et annoncer avec des décennies d’avance le film d’errance sentimentale et touristique, tourné au Portugal, qui s’est épanoui chez Pierre Kast puis sous l’égide de Paolo Branco. En fait Verneuil fait figure de père fondateur de ce sous genre et on aurait bien vu Mathieu Amalric et Jeanne Balibar en place de Gélin et Arnoul. L’intrigue est mince (mais énoncée et jouée avec le même sérieux sépulcral que celui qui enfonçait certaines productions paolobrancoesques), après une ouverture assez réussie mais plombée par le jeu appuyé de Gélin (son personnage est assez énervant) que renforce des cadrages hyper étudiés, signifiants dramatisant tous les rapports. Il y a même quelques cadrages obliques, de très gros plans esthétisants, des plans à deux (deux visages qui jamais ne se regardent) où l’on sent qu’aucun des acteurs ne peut bouger d’un millimètre. Pas mal de conventions : à Lisbonne, tout le monde parle français à commencer par un môme de rues pas mauvais mais lourd. Dalio n’est pas hyper crédible dans une absence de rôle. Néanmoins il y a des mouvements assez vifs, de jolis plans larges, beaucoup d’extérieurs, des enchainements cut assez ingénus, des notations assez belles (les femmes qui caressent le sable)  et des dialogues de Marcel Rivet (à qui on doit le scénario d’IDENTITÉ JUDICIAIRE –bon policier réaliste- et LA NUIT EST MON ROYAUME dont j’ai parlé et qui est vraiment pas mal) qui méritaient un traitement moins démonstratif (on a droit au sempiternel point de vue du placard ici qu’on vide, ce qui signifie qu’on a affaire à un film que son auteur a pris au sérieux). La deuxième partie policière fonctionne mieux, grâce à Trevor Howard qui donne une épaisseur à son personnage,  mais aurait gagné à être plus trouble, plus ambiguë, moins explicative. Une fois de plus le moteur chez Verneuil, c’est l’argent et cela diminue le personnage parfois touchant de Françoise Arnoul, souvent juste (elle achoppe sur quelques clichés) et fort peu déshabillée (la cote sévère de la CCC est incompréhensible). La fin est trop claire et prévisible malgré une belle musique finale de Michel Legrand (déjà) qui avait surnommé le film, vu les demandes ultra techniques de Verneuil : « les Amants du minutage ».

De Borderie à Lara
fortunecarreeContre toute attente, FORTUNE CARRÉE (Pathé) signé pourtant du souvent redoutable Bernard Borderie qui en dehors de LA MÔME VERT DE GRIS dirigea les plus mauvais Constantine, se révèle assez plaisant malgré une distribution où le saugrenu le dispute à l’improbable. Personne n’est de la même nationalité : Fernand Ledoux joue le cadi, religieux cauteleux et menaçant, Pedro Armendariz, un chef de guerre (Igritcheff, bâtard kirghize d’un comte russe nous dit Joseph Kessel), Folco Lulli Hussein, son serviteur, Anna Maria Sandri, Yasmina, personnage féminin totalement soumis et effacé. La surprise vient de Paul Meurisse, vraiment pas mal en trafiquant d’armes, Mordhom, inspiré par Henry de Monfreid. Il dynamise toutes ses scènes, se régale avec les dialogues de Kessel. Borderie et Nicolas Hayer utilisent le Cinémascope (FORTUNE CARRÉE fut la première production française en Scope) de manière un peu moins statique qu’un Henry Koster dans LA TUNIQUE. Il y a quelques moments  divertissants et animés, des extérieurs pas trop paresseux, un certain mouvement même si Borderie ne tire absolument rien de l’épisode qui donne son titre au film : la fortune carrée est une voile qu’on utilise quand on veut affronter une tempête vent debout. Et même si on est loin de la rutilance du roman.

lesamantsdeveroneToujours chez Pathé, LES AMANTS DE VÉRONE est une œuvre curieuse, ambitieuse, parfois brillante et inspirée, avec des élans surprenants, parfois pataude et prévisible. Le travail d’André Cayatte est mieux qu’honorable. Aidé par une belle photo d’Henri Alekan, il utilise au mieux les extérieurs, joue avec la profondeur de champ, les clairs obscurs. Je suis plus gêné par le sujet du film, cette mise en abyme de l’histoire de Roméo et Juliette d’abord dans un film (certaines scènes de tournage sont savoureuses bien qu’assez improbables) puis « dans la vie ». On sait que l’histoire d’amour moderne va forcément mal finir pour être un double exact de celle qu’on filme. Et je suis gêné un peu aussi par l’univers de Prévert, ici, même si plusieurs moments sont détonants et rares, grinçants, cocasses, tendres (parfois aussi emphatiques, mais il faut dire que certains acteurs – Dalio qui surjoue – n’arrangent rien et que les voix off sont dites de manière très grandiloquentes). Il y a un petit côté Anouilh qui perce ici : la pureté des jeunes opposée au monde corrompu des adultes dont plusieurs ont été fascistes. Lesquels jeunes sont crédules, naïfs, tombent dans tous les pièges. Le scénario progresse à coup de coïncidences, de rencontres imprévues, de gens qui ne se voient pas ou qui n’ont pas l’idée de donner le bon papier à la bonne personne. Voilà qui plombe un film souvent passionnant, toujours respectable avec une très belle musique de Kosma. Martine Carol n’est pas mauvaise, Reggiani un peu guindé, Brasseur tonitruant (il a des moments grandioses) et Anouk Aimée qu’on voit nue, délicieuse. La palme de l’étrangeté revient à Marianne Oswald et aux scènes qui l’opposent à Brasseur.

Et chez Gaumont les amateurs de Louis de Funès et de Michel Audiard doivent se ruer sur CARAMBOLAGES de Marcel Bluwal. De Funès explose dans plusieurs séquences fantastiques où il fait un feu d’artifice avec le dialogue délirant d’Audiard (la grande tirade sur la grenouille, l’avoinée qu’il passe à ses collaborateurs sont des moments d’anthologie, bien filmés, qu’on oublie toujours. Ils  n’étaient pas cités dans le documentaire sur de Funès). Certaines péripéties (tout ce qui tourne autour des ascenseurs) sont plus lourdaudes, les personnages féminins sont peu intéressants et Brialy est maniéré mais l’irruption de Serrault en flic nostalgique de la rue Lauriston relance la machine et Bluwal sait filmer ces dialogues.

carambolages  aveclesourire

Et surtout sur le percutant AVEC LE SOURIRE de Maurice Tournant, très bien écrit par Louis Verneuil. C’est un scénario original décapant, caustique, cynique, le portrait d’un arriviste fort sympathique de prime abord mais qui n’hésite devant aucune fourberie pour réussir et grimper dans l’échelle sociale. Ce personnage souriant et impitoyable est sans doute le meilleur rôle de Maurice Chevalier. Son interprétation du « Chapeau de Zozo » est un des sommets du film qui mieux que beaucoup d’œuvres aux allures plus ambitieuses capture l’esprit des années 30, l’air du temps.

SYLVIE ET LE FANTÔME, d’après une pièce d’Alfred Adam, est une charmante comédie romantique, avec des dialogues très cocasses d’Aurenche (« Ici rien n’est bizarre, tout est étrange » dit Carette, ou l’inverse), qui imposa Jacques Tati à Lara. Il confère au fantôme une grâce légère et souriante.

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Enfin, on va pouvoir revoir le passionnant LUMIÈRE D’ÉTÉ de Jean Grémillon, l’un des trois films qui évoquèrent la lutte des classes sous l’Occupation (les deux autres étant DOUCE et LETTRES D’AMOUR). Le commentaire de Philippe Roger insiste beaucoup sur des signes maçonniques et cette interprétation me laisse perplexe : j’ai du mal à voir Prévert s’amuser à dissimuler ces indices. Quant au PC, il était à cette époque violemment anti-francs-maçons et je vois mal Grémillon, compagnon de route, se désolidariser de ces positions. En revanche, plus incisives et pertinentes me semblent les remarques sur les rapports entre la mise en scène de Grémillon et la musique. Il faut revenir sur ce film.

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Toujours chez SND, sortie de LA BANDE À BONNOT dont je fus attaché de presse. J’aimais beaucoup et l’idée de faire un tel film et Brel. Mais le film est desservi par une mise en scène manquant de tonus Philippe Fourastié qui partit mourir très jeune d’une tumeur au cerveau après avoir dirigé trois films et une série TV écrite par Albert Vidalie. Brel et Crémer étaient excellents dans LA BANDE À BONNOT, œuvre sincère mais qui reste souvent au niveau des intentions.

Trois coffrets importants
Le premier coffret consacré à René Allio de 4 films (RUDE JOURNÉE POUR LA REINE, LES CAMISARDS, MOI, PIERRE RIVIÈRE  et LE MATELOT 512) chez Shellac Sud, plus un ouvrage LES HISTOIRES DE RENÉ ALLIO (aux Presses universitaires de Rennes) avec nombreux  documents et photos.

reneallio  coffretmarker

Le COFFRET CHRIS MARKER (Arte Editions) qui comprend toutes les œuvres majeures.
Et le COFFRET ROHMER chez Potemkine, coffret inouï avec tous les films restaurés. C’est une somme. Je construit de nouveaux rayonnages pour l’entreposer.

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Je n’ai jamais eu aucun retour sur les 3 films avec Eddie Constantine que j’ai souvent défendu et promu dans ce blog : l’excellent CET HOMME EST DANGEREUX, savoureusement dialogué par Marcel Duhamel et filmé à l’américaine par Jean Sacha qui fut le monteur d’OTHELLO de Welles (cela se voit dans l’utilisation des courtes focales, de la caméra au sol, des effets de montage) ; ÇA VA BARDER et JE SUIS UN SENTIMENTAL de John Berry, tous deux photographiés par le talentueux Jacques Lemare. Il y a des passages très marrants dans ÇA VA BARDER et des séquences très bien filmées dans JE SUIS UN SENTIMENTAL (le début tient du vrai film noir).

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jan
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QUELQUES LIVRES

Durant ces vacances hivernales, je me suis plongé dans LES RACINES DU CIEL de Romain Gary et j’ai découvert un livre passionnant, foisonnant, riche, prémonitoire. Non seulement dans sa défense des éléphants et de la nature (sujet peu traité en 1956) mais dans tous les autres sujets qu’il aborde : du portrait sans concession mais jamais simpliste du colonialisme aux dangers des nationalismes de toutes sortes, de la cécité bornée, coupée de toute réalité qui semble régner chez les fonctionnaires qu’envoie Paris (et qui n’écoutent jamais les hommes de terrain, préférant un complot politique qui les arrange au combat mené par un idéaliste) à la montée d’un islamisme guerrier et vindicatif. Oui, Gary parlait de tout cela en 1956. Dans mon souvenir, le film de Huston évitait la plupart de ces thèmes mais il faudrait le revoir. Il faut dire que le poids de Zanuck a du être colossal. Distribuer Juliette Gréco dans le rôle de Minna, la très jeune Allemande qui fut violée par les Russes, tomba amoureuse d’un officier qui déserta pour elle et fut exécuté et qui devint danseuse nue puis prostituée est une idée catastrophique. Gary fut un auteur très sous-estimé. J’ai gardé un bon souvenir d’UNE ÉDUCATION EUROPÉENNE et j’avais adoré son livre d’interviews par François Bondy, LA NUIT SERA CALME qu’il avait réécrit. N’oublions pas les Ajar : GROS CALIN par exemple.

racinesducielgary  racinesducielhuston

Dans le coffret APOSTROPHES que je recommande à nouveau, Bondy loue LE GRAND VESTIAIRE et LES ENCHANTEURS et Michel Tournier, TULIPE.

UNE VÉRITÉ SI DÉLICATE est un des meilleurs livres de John le Carré, un portrait au vitriol de la diplomatie anglaise, totalement corrompue par les conservateurs américains, les groupes privés de droite, les puissances d’argent. A comparer avec les diplomates que j’ai filmés dans QUAI D’ORSAY dont certains étaient allumés mais sans jamais avaler les mensonges, les inventions de l’équipe Bush dont Blair était le laquais.

uneveritelecarre  mauriceetjeannette

MAURICE ET JEANNETTE d’Annette Wieviorka est une chaleureuse, remarquable et passionnante biographie de Maurice Thorez qu’on auto-proclama résistant alors qu’il s’était planqué dans l’Allemagne qui venait de signer un pacte d’alliance avec la Russie. On découvre les positions insensées de Thorez et Vermeersch en 1956 quand ils attaquent la contraception, l’avortement et l’homosexualité mais aussi le monde incroyablement pauvre où ils ont grandi.  La soumission servile du couple face aux pires diktats du stalinisme qui les oblige à des acrobaties constantes et à une continuelle réécriture de l’Histoire. En revanche Annette Wieviorka les dédouane de l’accusation d’antisémitisme même si le parti soutint les pires campagnes de Staline lors du Complot des médecins juifs. Cela se lit aussi comme une histoire d’amour.

apostrophescoffretVoir ABSOLUMENT dans le COFFRET APOSTROPHES, l’émission sur les Intellectuels face au communisme : Jean Jérôme nous fait vraiment sentir ce que pouvait être un stalinien et ses observations qui vont toujours par trois sont d’une grande cocasserie involontaire et il est vraiment mis à mal. Mais surtout Simon Leys exécute de manière magistrale la pétulante, remuante, intarissable Maria Antonietta Macchiocci (il est dans la nature des choses que les idiots disent des idioties comme les pommiers donnent des pommes), pointant les contresens historiques, les trous, la méconnaissance inouïe du maoïsme.

Signalons la prochaine reparution en deux volumes chez Bouquins de L’HISTOIRE DES GIRONDINS de Lamartine et  la CORRESPONDANCE entre Stefan Zweig/ Joseph Roth (Bibliothèque Rivages).

histoiredesgirondins  correspondancezweig

chandlerSe précipiter sur la nouvelle édition Quarto de Raymond Chandler : LES ENQUÊTES DE PHILIP MARLOWE (Le Grand Sommeil – Adieu ma jolie – La Grande Fenêtre – La Dame du lac – La Petite Sœur (Fais pas ta rosière!) – The Long Goodbye (Sur un air de navaja) – Playback (Charades pour écroulés)). Les traductions, sauf celles de Boris et Michelle Vian ont été révisées par Cyril Letournier (ce que l’on attendait depuis longtemps) et on pourra enfin lire The Long Goodbye mais aussi les autres avec un texte intégral. La préface rappelle que des centaines de pages de Chandler disparues jusque-là en français y sont aujourd’hui restituées.

 

DES FILMS DU MONDE ENTIER

Je crois n’avoir pas mentionné  l’émouvant SYNGUÉ SABOUR d’Atiq Rahimi co-écrit avec Jean-Claude Carrière avec la magnifique Golshifteh Farahani, méditation forte, tendue où le temps prend toute son importance, où chaque geste compte. Un antidote à ces condensés de testostérones qu’on déverse sur les écrans.

synguésabour  cecinestpasunfilm

CECI N’EST PAS UN FILM de Jafar Panahi est un de ces actes de résistance qui réchauffe le cœur, qui redonne de l’espoir.

snowpiercerLa sortie du passionnant SNOWPIERCER – LE TRANSPERCENEIGE, cette chronique épique, survoltée, d’une extraordinaire invention visuelle est une bonne occasion de rendre hommage à Bong Joon-ho, de MOTHER, THE HOST à MEMORIES OF MURDER, film absolument formidable qui évoque Imamura au sommet de sa forme et anticipe sur le captivant ZODIAC de David Fincher. Chaque scène est surprenante, originale, perturbante ou dure (le type qui se masturbe sur les lieux du crime), parfois cocasse  aussi malgré l’horreur des situations. Il y a en plus des envolées lyriques,  des plans de paysage inouïs. Bong Joon-ho arrive à insuffler une formidable vitalité aux moments les plus atroces sans jamais les édulcorer. La  fin vous cloue au sol. Signalons que la BD LE TRANSPERCENEIGE vient d’être rééditée.

Carlotta vient de sortir en Blu-ray deux Ozu majeurs : le sublime VOYAGE À TOKYO qu’on peut revoir sans cesse et FLEURS D’EQUINOXE. À marquer d’une pierre blanche.

voyageatokyo

LA CHASSE  de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, formidable dans le rôle principal, parvient à créer une tension presque aussi forte. Filmé sans complaisance, au scalpel, cette œuvre nous broie dans un engrenage de plus en plus oppressant.

lachasse  melancholia

La sortie de NYMPHOMANIAC me permet de rendre hommage à MELANCHOLIA qui m’avait beaucoup touché. Charlotte Gainsbourg y était bouleversante. Je n’avais pas beaucoup goûté les premiers films de Lars von Trier jusqu’à BREAKING THE WAVES qui m’avait secoué. Beaucoup autour de moi attaquaient la religiosité new age du film, l’excès d’ambition de DOGVILLE (qui ne manquait pas de souffle, ni d’audace) et les conventions assez manipulatrices de DANCER IN THE DARK. Rien de tel dans MELANCHOLIA, étonnant de dépouillement, de retenue, de pureté.

Nicolas Saada me rappelait que Bach Film avait sorti en 2 DVD le HAMLET de Kozintsev, l’une des meilleures adaptations de Shakespeare qu’on ne voit jamais. Il est très difficile paraît-il de faire des affaires avec Mosfilms.

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QUELQUES WESTERNS

geronimoTout d’abord une vraie redécouverte, GERONIMO. Ce passionnant et original scénario de John Milius et Larry Gross (qui collabora plusieurs fois avec Walter Hill, notamment sur 48 HOURS), filmé dans des paysages somptueux, rougeoyants, monochromes, privilégie une forme de chronique, dépouillée, ouverte, fluctuant au gré des évènements historiques. Point de construction dramatique linéaire, de conflits à suspense (ce qui ne veut pas dire que Hill ne ménage pas dans sa mise en scène plusieurs effets de surprise fort efficaces et de belles scènes de combat avec des éclairs de violence et de brutalité) mais une relation documentée (3 des personnages ont écrit leurs mémoires) âpre, dédramatisée et finalement très mélancolique  des efforts arides, sans cesse remis en cause (démarches, pourparlers, promesses mais aussi mensonges) qu’on doit entreprendre pour établir la paix. Sans oublier les compromis, les trahisons qui en résultent. Tous les personnages seront vaincus, détruits ou écartés pour que triomphe l’avidité, la soif de conquête. Dans de nombreuses scènes, les Apaches parlent leur langue. Belle interprétation de Jason Patric, Matt Damon, Robert Duvall (il joue Al Sieber, ce Scout célèbre que l’on retrouve dans BRONCO APACHE, FUREUR APACHE, LE SORCIER DU RIO GRANDE et qui est le héros du roman de WR Burnett que j’ai fait sortir chez Actes Sud, TERREUR APACHE) sans oublier Gene Hackman ou Wes Studi dans le rôle de Geronimo. Magnifique musique de Ry Cooder.
Profitons en pour revoir LE GANG DES FRÈRES JAMES du même Walter Hill sur lequel j’étais un peu léger.

gangdesfreresjames

Sidonis vient  de sortir de l’oubli deux westerns réalisés par Rudolph Maté, génial chef opérateur dont je vantais le travail sur LADY HAMILTON et je pourrai citer LA PASSION DE JEANNE D’ARC, VAMPYR, NOTORIOUS et des dizaines d’autres. Mon ami Brion lui attribue LA DAME DE SHANGAÏ pourtant revendiqué devant moi par Charles Lawton.  Le premier, LE GENTILHOMME DE LA LOUISIANE est un excellent film d’aventures sur fond de Nouvelle-Orléans, bateaux à roue, très joliment décoré et colorié, parfois avec délicatesse, toujours plaisant à regarder jusque dans ses conventions narratives même si le final est un peu précipité et la belle Julia Adams, sacrifiée à Piper Laurie. Il y a de jolis plans d’aube, des duels, Tyrone Power est vraiment convaincant et John McIntire impeccable.

gentilhommedelalouisiane  siegedelariviererouge

LE SIÈGE DE LA RIVIÈRE ROUGE est un de ces westerns qui tournent autour d’une arme révolutionnaire – ici la mitrailleuse Gatling – tout en flirtant avec l’espionnage. Pensez à l’excellent SPRINGFIELD RIFLE (LA MISSION DU COMMANDANT LEX) d’André de Toth. Ici des espions sudistes dérobent cette nouvelle arme mais se font doubler par l’un des leurs qui veut la revendre aux Indiens. Le scénario de Sydney Boehm fonctionne agréablement dans le premier tiers, incorporant des moments de comédie, des chansons (Tapioca sert de signal de reconnaissance) et des séquences d’actions pas mal venues. La présence de Joanne Dru qui malheureusement n’a rien à jouer, rachète l’interprétation mollassonne de Van Johnson. Cela se détériore ensuite : la comédie devient pataude, les rebondissements prévisibles, le personnage de Richard Boone ultra conventionnel (sauf une mort surprenante) et ni Mate ni Boehm ne tirent rien, en termes de dramaturgie, de leur Gatling gun. La mitrailleuse semble placée après les premières minutes, en dépit du bon sens. Le vrai atout du film réside dans les extérieurs nombreux, spectaculaires (canyons, défilés, promontoires rocheux) choisis avec soin et parfois assez fordiens. Mate peut ainsi jouer sur la profondeur de champ, utiliser des cadres larges, des plongées. Mais la photographie en intérieur est plus banale : l’éclairage dans un tipi est carrément absurde. Toute la séquence d’évasion de Joanne Dru défie la vraisemblance. Comme nous le dit Patrick Brion, la bataille finale provient de BUFFALO BILL de Wellman, ce qui explique les choix des extérieurs qui devaient raccorder.

porteduparadis

Il y a évidemment mais ce fut maintenant évoqué sur ce blog HEAVEN’S GATE / LA PORTE DU PARADIS distribué dans une édition qu’on peut estimer définitive (travail sensationnel de Carlotta).

DOCUMENTAIRES

sectionandersonEnfin on va pouvoir revoir LA SECTION ANDERSON de Pierre Schoendoerffer, chronique documentaire qui m’avait vraiment impressionné. Elle avait aussi marqué Howard Hawks qui voulut diner avec le réalisateur. J’étais là et je revois la tête de Pierre quand Hawks lui raconta le scénario qu’il voulait tourner sur la guerre du Vietnam, lui demandant d’aller filmer tous les extérieurs (Hawks ne voulait pas  quitter les USA). Schoendoerffer qui avait été refroidi par la mention du général Westmoreland censé soutenir le projet fit remarquer qu’il n’y avait pas d’éléphants au Vietnam ni de camps de prisonniers, les captifs étant simplement gardés dans la jungle. En fait Hawks recyclait certaines scènes qu’il avait coupées dans divers projets, y compris une de SERGENT YORK mais cela ne collait pas avec le contexte historique.

AFRIQUE 50 est sans doute le premier film anti colonialiste jamais tourné.

afrique50  theouelectricite

LE THÉ OU L’ÉLECTRICITÉ est un passionnant documentaire qui montre les problèmes, voire les ravages que peut causer la mondialisation.

J’ai vu THE AMBASSADOR, documentaire danois décapant et souvent stupéfiant. Un journaliste parvient à acheter (sic) une identité diplomatique (il y a deux sites qui fournissent ce genre de documents) et devient consul du Liberia en Centrafrique. Ce qui lui donne accès aux diamants qu’il peut transporter sans être contrôlé. Et lui permet de côtoyer des dignitaires, des ministres. C’est un festival de corruption, de pots de vin enregistrés avec une caméra cachée. Le responsable de la Sécurité a une dégaine insensée et de manière voilée révèle des faits sidérants. Je cite plusieurs autres titres excitants : À L’OMBRE DE LA RÉPUBLIQUE et HÉLÈNE BERR de Jérôme Prieur.

theambassador  alombredelarepublique

sugarmanInutile de présenter  SUGAR MAN qui connut un grand succès grâce au bouche à oreille. La fréquentation ne cessa d’augmenter, créant une vraie surprise. Le film est efficace, émouvant et j’ai immédiatement acheté les deux premiers CD du chanteur, tous deux excellents (ses dernières prestations sont, paraît il, pitoyables). Quand on le revoit, on remarque des zones d’ombre : où sont passés les droits d’auteurs que devrait toucher Rodriguez à travers les sociétés de perceptions américaines ? Ces sommes ont elles été détournées par les compagnies de disque ? Le film esquive totalement le sujet et oublie, paraît il de mentionner, qu’il fut condamné plusieurs fois pour violences conjugales, brutalité envers ses enfants, alcoolisme, tout cela étant passé sous silence pour ne pas ternir la perfection du conte de fées.

duchmaitreforgesenfer

Enfin, un titre majeur, DUCH, LE MAÎTRE DES FORGES DE L’ENFER, magnifique constat, lucide, net, clair, jamais voyeur ni complice qui marque une étape supplémentaire dans l’œuvre de Rithy Panh.

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déc
20

Quelques œuvres anciennes

Je ne vais pas surenchérir sur les commentaires très élogieux qui ont salué la réédition de deux Fleischer majeurs, L’ÉTRANGLEUR DE BOSTON et LES INCONNUS DANS LA VILLE. L’utilisation du Scope dans le deuxième, la direction de Mature dont c’est un des très bons rôles (il en a eu plus qu’on veut bien le dire), l’utilisation des extérieurs  témoignent de la modernité de Fleischer.
On peut ajouter à ces deux films, THE LAST RUN qui semble plus une ébauche de THE DRIVER que de DRIVE et frappe par sa mélancolie. A noter que dans la scène d’amour on sent que Trish Van Devere est attachée au lit, touche érotique insolente que Fleischer ne cherche pas à claironner, lui donnant une normalité qui fait le prix de beaucoup de scènes.

  

Revu aussi BLOWING WILD de Hugo Fregonese qui semble bien être un scénario du seul Philip Yordan non réécrit par tel auteur blacklisté, tant cela fait patchwork de séquences empruntées à différents films. On passe de LA SIERRA MADRE au SALAIRE DE LA PEUR et brusquement cela bifurque vers un succédané du FACTEUR SONNE TOUJOURS DEUX FOIS. Gary Cooper trop âgé pour le rôle et qui parait donc trop crédule et surtout Barbara Stanwyck qui hérite de tous les clichés du film noir, se coltinent des tonnes de clichés et se débattent avec des personnages pré-fabriqués. C’est Anthony Quinn qui s’en sort le mieux. Il parvient à insuffler de l’intérêt à des scènes pourtant mille fois rabâchées.

THE GUN HAWK d’Edward Ludwig que nous défendions dans 50 ans, est très décevant à revoir. Photo hideuse, maquillages bâclés, décors misérables et interprétation médiocre anéantissent les ambitions du scénario, ce pistolero qui meurt petit à petit. Une horrible chanson plombe le film.

  

Vu grâce à Dave Kehr, un Joseph Kane pas mal, assez marrant ROCK  ISLAND TRAIL, western avec Forrest Tucker qui fait un héros moins figé que d’autres vedettes Republic. Le scénario de James Edward Grant sur la rivalité entre une ligne de chemin de fer et les bateaux à roue est enjoué, rapide avec plein d’échanges drolatiques, pince sans rire, notamment lors des scènes de flirt avec Adele Mara qui provoquent des commentaires sarcastiques de son père. Il y a des Indiens d’opérette, une Indienne qui est supposée parler français (la scène est cocasse), un méchant, Bruce Cabot aussi buté et malchanceux que le Coyote, des chansons et tout à coup une apparition de Lincoln jeune (Jeff Corey) qui vient défendre Tucker en faisant témoigner un gamin de six ans, féru de pêche. Visuellement le film devient de mieux en mieux et certaines scènes nocturnes entre Tucker et Adrian Booth utilisent bien le trucolor.

 

Signalons la sortie de MASK OF DIMITRIOS de Negulesco d’après Eric Ambler, THE FILE ON THELMA JORDON de Robert Siodmak et deux Henry King des plus personnels : COUNTRY DOCTOR et REMEMBER THE DAY, toux deux touchants, précis, lyriques, nous entrainant dans ces chroniques rurales que King aimait tant depuis TOL’ABLE DAVID. Ces deux film fort peu connus, surtout le premier, célèbrent ces héros quotidiens, médecins, pasteurs, instituteurs qui se battent souvent dans des conditions difficiles.

   

Vu aussi 3 Dieterle pré-Code (FORBIDDEN HOLLYWOOD volume 4 ), tous excellents. Réalisés avec une vivacité, une rapidité de ton, un rythme  qui laisse admiratif : JEWEL ROBBERY, le plus admiré et le plus brillant des 3, est brillamment écrit et dialogué. C’est un festival sophistiqué d’aphorismes, de vacheries, de constatations ironiques. Certaines trouvailles évoquent Lubitsch en moins délié. Kay Francis et William Powell (lequel joue une sorte d’Arsène Lupin aussi habile que courtois) se surclassent (la séquence du vol  par le premier, aidé de toute une bande, dans la bijouterie est un savoureux morceau de bravoure qui se transforme en une scène de séduction assez sensuelle). Il y a beaucoup de répliques audacieuses.
LAWYER MAN est tout aussi bon avec un dialogue qui file à cent à l’heure, une caméra virevoltante, des rebondissements parfois attendus mais toujours savoureux et Joan Blondell qui est une partenaire de choix pour un William Powell en grande forme.
MAN WANTED bénéficie d’une belle photo de Gregg Toland. Le scénario qui oppose deux couples dépareillés (une femme bourreau de travail et son mari volage, un jeune homme poursuivi par sa copine qui manque de finesse) est un peu plus attendu et ne viole pas vraiment le futur code. Mais il ne manque pas d’une réelle audace (le marin trompe sa femme au vu et au su de tout le monde). Kay Francis est extrêmement séduisante et sexy et ses décolletés dans le dos sont ravageurs. Son personnage annonce les work-addicts qui ont été croqués dans des films des années 70 ou 80 et sur ce point, il n’est pas du tout daté. Dieterle enchaîne de rapides mouvements avec un plan à la grue qui part de la chambre où travaille Francis et son secrétaire (très joué par David Manners que l’on peut voir dans des films d’horreur Universal et qui, là, révèle une personnalité moderne, vivante, proche de Ben Affleck) à la grande pièce au rez-de-chaussée où dansent, flirtent divers couples dont le mari avec une de ses maîtresses qui lui lance une des invitations osées qui disparaîtront du cinéma américain en 1933.
Le dernier film du coffret, THEY CALL IT SIN (Thornton Freeland), est avec l’exquise Loretta Young.

Soderbergh et Ridley Scott

MAGIC MIKE est un des meilleurs Soderbergh et une nouvelle preuve de la versatilité, de l’imagination de ce cinéaste qui slalome entre les genres, sans la ramener, passant avec brio de THE INFORMANT, GIRLFRIEND EXPERIENCE jusqu’au très audacieux et très noir MA VIE AVEC LIBERACE qui est filmé avec un naturel confondant, comme si cette audace était évidente.

Contrairement à Ballantrae, j’aime beaucoup AMERICAN GANGSTER que j’ai revu avec un grand plaisir. Je le trouve intelligent, truffé de détails savoureux (toutes ces pièces où des filles aux seins nus préparent la drogue) même si Ridley Scott et son scénariste abusent du montage parallèle et des oppositions tranchées entre ce que fait Russell Crowe et Denzel Washington (cela dit les flash-backs brutaux qui viennent contredire la version idyllique que donne Washington sont d’une efficacité digne du Siegel des PROIES). La manière dont ce dernier exploite les failles du système et une guerre coloniale pour développer son activité de trafiquant de drogue témoigne d’une vraie ironie lucide. On est presque dans la fable. Et il y a comme souvent chez Ridley Scott un vrai sens des lieux et de l’époque.

  

En fait BODY OF LIES/MENSONGES D’ÉTAT repose sur une structure dramatique identique, les moyens de communication (téléphone, satellite) remplaçant le montage parallèle. Mais le regard, l’ironie sont identiques et aussi la manière dont on débusque les sottises, les errements, les faux pas, les contradictions de l’Administration américaine. Dans les deux cas, c’est un outsider, quelqu’un hors du système (Crowe, DiCaprio) qui fait surgir les incohérences. Et la scène ou avec quelques voitures, un peu de poussière on se joue de la technologie la plus sophistiquée est imparable.

MS45/L’ANGE DE LA VENGEANCE (1981) d’Abel Ferrara m’a semblé un petit film d’exploitation, de viol et de vengeance, dans la lignée de DEATHWISH, devenu culte pour des raisons qui m’échappent. Ferrara privilégie les très gros plans, les chocs de couleur, les cadrages stylisés (plongée dans un parc, caméra au sol, courtes focales), les extérieurs crapoteux et truffe son film de références à CARRIE (le bal de Halloween très en dessous du modèle), à PSYCHO. La direction d’acteur est plutôt faiblarde en dehors de l’étrange présence de Zoé Tamerlis (qui deviendra la scénariste  – et réalisatrice de certaines scènes dit Christophe Lemaire – de BAD LIEUTENANT) et les effets dramatiques, simplistes. Thana qui s’habille très mode après les deux viols (on oublie le réalisme mais cela laisse une goût désagréable) se déguise, fantasme catholique oblige, en nonne très sexy pour exécuter ses dernières victimes.

  

KING OF NEW YORK de Ferrara est un pot-pourri qui mélange indifféremment de mauvaises scènes mal écrites, trois ou quatre moments forts (une très belle traque nocturne, sous des trombes de pluie dans un parking ouvert qui se termine par un corps à corps sanglant entre deux noirs, un gangster – Laurence Fishburne – et un flic – Wesley Snipes – qui est blessé à mort ; survient son copain qui tire plusieurs fois sur Fishburne lequel se tord de douleur en hurlant pendant que le flic tente de ranimer son copain), de belles scènes d’action. Le dernier tiers est ce qu’il y a de mieux, notamment la mort de Christopher Walken. Les plans de nuit bleutés, les extérieurs sont souvent magnifiques  mais le scénario qui véhicule clichés et archétypes, est taillé à la hache. Les biographies de gangsters des années 50 de Siegel à Richard Wilson sont des miracles de subtilité, de finesse. On n’arrive absolument pas à comprendre comme Walken gravit les échelons et les gangs – asiatiques, sud-américains -,  qu’il doit affronter accumulent tous les clichés ethniques et sont juste là pour permettre quelques massacres collectifs. De plus, Ferrara a une drôle de façon de filmer les femmes, réduites à l’état d’objets, d’accompagnatrices sexuelles (beaucoup sont assez jolies mais aucune n’a fait carrière contrairement aux acteurs masculins mieux servis, de Wesley Snipes à  Steve Buscemi).

DÉLIRE EXPRESS de David Gordon Green (dont j’ai plutôt aimé JOE) jusque-là spécialiste des films intimistes, mélange de manière originale et parodique deux genres très connotés : le film de drogue, des pochades pénibles de Cheech & Chong à THE BIG LEBOWSKI, et le polar d’action avec poursuite en voiture et fusillades. Judd Apatow le scénariste producteur dit s’être inspiré de TRUE ROMANCE dont les auteurs reproduisent, fut-ce en les parodiant, les éclats de violence : le premier meurtre – un Asiatique est abattu contre une vitre que son sang éclabousse – cause un choc. D’ordinaire le pastiche évite des effets aussi graphiques qui ont perturbé des spectateurs. Le films est plutôt marrant, bien que trop long et répétitif, avec des acteurs souvent inspirés.

 

ALL THE REAL GIRLS, inédit, est plus dans le style des autres films de David Gordon Green qui fut le producteur de SHOTGUN STORIES. La ligne dramatique paraît claire, évidente, mais David Gordon Green et son coscénariste, l’acteur Paul Schneider, remarquable dans le rôle de Paul, s’ingénient à la brouiller : en cassant la chronologie, en coupant les scènes avant qu’elles se terminent, en brisant la narration avec des plans contemplatifs, des détails insolites (les réflexions et questions de la petite Feng Shui), des discussions, des échanges où les personnages passent sans cesse du coq à l’âne ou parlent, en même temps, de plusieurs sujets sans rapport les uns avec les autres. Le dialogue paraît souvent déconnecté de l’action dramatique. L’effet est séduisant et un peu fabriqué, précieux à la longue. Très beau premier plan.

Surprise assez forte avec REDACTED, écrit et réalisé par Brian De Palma qui est sans doute l’une des plus féroces condamnations de la guerre d’Irak (encore plus que DANS LA VALLÉE D’ELAH de Paul Haggis). Le dispositif adopté par De Palma qui confronte plusieurs approches « documentaires », vidéos filmées par un soldat, reportages tournés par une équipe française, une américaine, sans oublier, fait très rare, le point de vue des médias arabes, soulève autant de questions qu’il semble apporter de réponses tant sur l’intrusion de plans qui ne peuvent pas faire partie d’un documentaire télévisuel que par l’utilisation de la musique. C’est une de ses œuvres les plus passionnantes avec CARLITO’S WAY/L’IMPASSE.

Il faut aussi revoir absolument 3 des derniers Lumet : DANS L’OMBRE DE MANHATTAN, 7HEURES 58, CE SAMEDI-LÀ et JUGEZ-MOI COUPABLE. A noter qu’il écrivit les scénarios de deux de ces films.

    

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