En Italie avec Zampa, aux Etats-Unis avec Redford et en Russie avec Klimov

13 mai 2020 par - DVD

UN PETIT TOUR VERS L’ITALIE
ANNI DIFFICILI. C’est sous ce titre qu’il faut acheter le film de Luigi Zampa que je viens de découvrir dans une copie restaurée par la Cinémathèque de Milan en VO sous-titrée. Sous le titre français on a le droit à une version de LCV qui mélange des bouts en VO et en Version doublée. C’est une oeuvre passionnante qui traite de la montée, de la prise du pouvoir du fascisme sous un angle original, à travers des sous-fifres souvent suivistes fascinés, un héros hésitant que l’on force à s’engager. Bon nombre de notations sont âpres et percutantes et n’épargnent pas les puissants toujours du côté du manche. Zampa et Brancati montrent bien que la ferveur fasciste se nourrit souvent de principes irresponsables (la mère ou la fille du héros en sont des exemples parfaits) et aussi les profiteurs sournois qui retournent leur veste. J’ai adoré le Baron cauteleux et répugnant qui devient podestat puis retourne sa veste. Il y a des moments percutants : les deux plans du cheval blanc de Mussolini qui n’arrivera jamais à Alexandrie. Décrire cette horreur sur un ton qui parait léger est passionnant mais, comme le dit Tullio Kesich, en fait c’est un film profondément tragique. Là encore, plein de bonus passionnants dont une longue analyse des affrontements que provoqua le film, avec la commission de Censure et avec le parti communiste (Italo Calvino ne put jamais publier sa défense dans l’Unita où il disait que c’était le film anti-suivisme, moralement exemplaire). La bataille avec la Censure fut réglée par Andreotti qui défendit le film et avec le PC par Togliatti qui le jugea juste, ce qui fit changer d’avis les critiques du Parti. Un historien déclare que Zampa dont l’oeuvre est considérable a été brusquement oublié, rayé des mémoires : « C’était le héros des fins de films. Il avait un sens de la synthèse dramatique qui lui permettait de tout recentrer dans les dernières images. »

IL VIGILE (Tamasa), toujours de Luigi Zampa, démarre sur les chapeaux de Roue. Alberto Sordi, toujours avec la complicité de Rodolfo Sonego (que l’on retrouvait dans QUI A TUÉ LE CHAT), brosse de manière foudroyante un épouvantable fainéant, profiteur qui passe son temps à sermonner les autres, à leur expliquer comment travailler et se comporter, provoquant moult problèmes au passage. Dans la deuxième partie, les choses se tassent un peu, le propos semble plus contraint mais certaines séquences restent jubilatoires.

LE CHÂTEAU DES AMANTS MAUDITS (Gaumont collection rouge) sort hélas dans une copie non restaurée qui ne rend que faiblement l’éclat des couleurs, les audaces de certaines juxtapositions de teintes (le bleu et le doré), notamment dans la si belle (dans mon souvenir, la photo était de Gabor Pogany) séquence d’ouverture : cette poursuite par une nuit d’orage d’une jeune fille par deux groupes de cavaliers dans une forêt. Du coup, on fait plus attention aux raccords, à une direction d’acteurs primitive. Le scénario, je l’avais oublié, est co-écrit par Jacques Remy, le père d’Olivier Assayas.

On trouve enfin quelques films d’Antonio Pietrangeli dans un indispensable coffret (éditions seven7) consacré à ce cinéaste mort si jeune à 49 ans en 1968, aussi discret que raffiné. Ses œuvres tournent toujours autour d’héroïnes, de personnages de femmes maltraitées, exploitées, abusées par une société masculine. Pietrangeli ne cesse de dénoncer l’arriération mentale, morale de ses compatriotes, à travers des personnages provinciaux, souvent humbles. Il prend l’histoire de biais, sans aucun a priori idéologique, saisit au vol au moyen de transitions audacieuses avec une caméra qui scrute le paysage, le décor. Il faut absolument commencer par JE LA CONNAISSAIS BIEN où la sublime Stefania Sandrelli incarne une jeune fille de la Toscane qui va s’écorcher le cœur en poursuivant de vagues et illusoires rêves de grandeur à Rome. Elle veut, sans sembler trop y croire, devenir une star et se fait mener en bateau par des margoulins, humilier par des mufles. Elle est naïve, candide, d’un naturel optimiste et bienveillant. Pas farouche avec des hommes pourtant minables, elle refuse de coucher pour de l’argent. Cette chronique douce amère, traversée par des éclairs fulgurants, des juxtapositions de scènes et de plans qui vous prennent à la gorge, devient de plus en plus grave jusqu’à une conclusion d’une rapidité déchirante.

CONFESSION D’UN COMMISSAIRE DE POLICE AU PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE (M6 Vidéo) est, avec EL CHUNCHO, l’une des grandes réussites de Damiano Damiani malgré l’emploi systématique du zoom. Ces deux films partagent, à travers les péripéties héritées du film de genre, la même approche analytique, dialectique ou chaque geste, chaque prise de position d’un des deux héros est systématiquement remis en perspective et par rapport à l’autre et par rapport au contexte social. Damiani s’intéresse aux facteurs endogènes du changement, c’est à dire ceux qui naissent du fonctionnement même de la société. Comme l’écrit Mailox dans Psychovision : « CONFESSION D’UN COMMISSAIRE DE POLICE AU PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE reste à mon avis son meilleur. Il convient de préciser qu’on semble tenir là le premier film sans espoir aucun sur l’ascension mafieuse. Impasse et désespoir que l’on retrouvera d’ailleurs dans les deux autres films cités, dotés d’une fin laissant peu de place à l’éradication d’un système bien trop puissant pour être démantelé.
CONFESSION… est- il, à proprement parler, un film anti-mafia ? Eh bien pas vraiment, ou en tout cas pas seulement. Le réduire à cette simple charge ne serait vraiment pas lui rendre hommage […] tandis que Damiani livre ici un film bien plus riche en questionnements et thématiques, tout en surfant brillamment sur divers genres.
Soit, tout cela est très bavard, mais doté d’une tension qui ne se dément jamais. Ce ne sera pas forcément toujours le cas pour ses films suivants.
Difficile, voire impossible de faire appliquer la loi. Tout va dans ce sens au sein de cette excellence, en plus de retranscrire parfaitement la paranoïa d’une époque où l’Italie ne croyait plus en rien.
Les personnages du juge campé par Nero et celui du flic campé par Balsam servent finalement le même propos. Et ce à quoi on assiste, c’est un duel sans fin entre un juge ultra-légaliste, qui croit encore que la justice, telle qu’elle est faite, peut éradiquer la vermine ; tandis que de l’autre, Bonavia a perdu toute illusion depuis bien longtemps. Poursuivant néanmoins un but commun, jamais ils ne parviendront à s’entendre. Ils sont emblématiques de deux visions opposées de la justice. Sauf que l’un est encore dans la théorie, l’autre est depuis longtemps dans la pratique.»

  

J’avais redécouvert Alessandro Blasetti avec le très réjouissant DOMMAGE QUE TU SOIS UNE CANAILLE. AMOUR ET COMMÉRAGES (dans la même collection chez SND) renforce encore cette impression. Cette comédie incisive trace un portrait décapant du chef de l’opposition dans une mairie conservatrice qui, une fois au pouvoir, va pactiser avec l’industriel qu’il dénonçait à grands coups d’envolées lyriques. Vittorio De Sica est délectable dans ce personnage qui tente de se rassurer avec ses tirades, de dissimuler ses lâchetés sociales et familiales (la manière dont il traite son fils) et Gino Cervi, comédien remarquable, inspiré lui offre un partenaire de choix. Carla Gravina est délicieuse en fille de balayeur qui fait resurgir tous les préjugés de classe de De Sica et met à mal son engagement progressiste. En France ce personnage serait un des chefs de file du PS. Je vais voir dans la foulée LA CHANCE D’ÊTRE FEMME. On trouve dans la même collection MARITI IN CITTA de Comencini et une Germi dont j’ignorais l’existence, MADAME LA PRÉSIDENTE d’après un vaudeville de Hennequin et Weber, auteurs peu alléchants.

QUELQUES FILMS AMÉRICAINS TRÈS RARES

SORTIES 3D

  

Kino Lorber continue à sortir des DVD en 3D qui avaient totalement disparu du commerce. Chaque galette contient aussi une version 2D et les restaurations sont splendides. Hélas pas de sous-titres. Je ne sais plus si j’avais signalé le très agréable JIVARO d’Edward Ludwig, film d’aventures joliment colorié (les chemises et cheveux de Rhonda Fleming sont un délice) où le relief était très bien utilisé pour augmenter la profondeur de champ, donner du poids au décor (une chambre, un bar) et renforcer un coup de théâtre (la première apparition d’un crane réduit). SANGAREE, toujours de Ludwig était beaucoup plus conventionnel et languissante et THOSE READHEADS FROM SEATTLE, une comédie musicale assez débile se déroulant dans un Klondyke en toiles peintes.

  

THE MAZE de William Cameron Menzies, immense décorateur (LE VOLEUR DE BAGDAD de Walsh, AUTANT EN EMPORTE LE VENT, LE LIVRE NOIR d’Anthony Mann) bénéficie de critiques louangeuses sur le net. Cela m’a paru pourtant terriblement cornichon, affreusement éclairé, avec un monstre vaguement batracien vraiment ridicule. J’ai enfin pu voir cet ovni qu’est CEASE FIRE (CESSEZ LE FEU) de Owen Crump (pas d’autre long métrage au compteur), sorti au Napoléon, produit par Hal Wallis. Cela raconte une dernière patrouille lors du dernier jour de la guerre de Corée, tourné sur les lieux de l’action (en fait à quelques kilomètres de la ligne de feu apprend-on dans les commentaires) avec de vrais soldats et non des acteurs. Pour des raisons totalement énigmatiques, ce sujet peu spectaculaire, sans vedette avec juste une scène de combat à la fin fut tourné en 3D. On amena donc plusieurs cameras en Corée pour un résultat assez plat, sans jeu de mots. Plusieurs plans très simples dégagent une véritable authenticité et les extérieurs sonnent justes. Ils ressemblent d’ailleurs à ceux de COTE 465 et on se demande si Yordan producteur ne s’est pas inspiré de ce film. Le propos est alourdi par une introduction hyper patriotarde d’un général (on a droit à deux versions) et une musique et une chanson horribles de Dimitri Tiomkin.

FILMS CLASSIQUES
Toujours chez Kino Lober, il faut éviter le désastreux A BULLET FOR JOEY du calamiteux Lewis Allen où on a l’impression que Edward G. Robinson est vraiment heureux quand il sort d’une pièce et termine une scène. Il donne l’impression d’avoir voulu se débarrasser d’un dialogue pourtant signé par Bezzerides et Daniel Mainwaring. J’ai de loin préféré FOXFIRE de Joseph Pevney, un mélodrame racial où la riche et gâtée Jane Russell, une mondaine new-yorkaise, doit apprendre à pactiser avec la culture apache de son mari à demi-indien (Jeff Chandler bien sur). Le Technicolor resplendissant de Charles Lang et un nombre important d’extérieurs enracinent ce mélodrame aux accents sirkiens (durant le générique un plan évoque irrésistiblement l’auteur d’ECRIT SUR LE VENT) et au générique ponctué d’une chanson de Henry Mancini (lyrics de Jeff Chandler qui la chante sans être crédité). On peut aussi trouver chez Kino, FEMALE ON THE BEACH, toujours de Pevney avec toujours Jeff Chandler. Jacques Audiberti, ce me semble, en parla en bien dans les Cahiers du Cinéma.

Chez Warner Archive, il faut se ruer vers THEY WON’T FORGET de Mervyn Le Roy, une des plus cinglantes dénonciations d’une justice biaisée et du lynchage qui s’ensuivit dans une ville du Sud minée par le racisme. Robert Rossen s’inspira pour son brillant scénario d’une histoire vraie. La Censure lui interdit de retenir tout l’arrière plan antisémite et il dut jouer sur le ressentiment anti-nordiste. Malgré ces manques, son scénario analyse de manière cinglante comment se crée une erreur judiciaire. Mervyn Le Roy découvrit durant le tournage Lana Turner dont l’apparition et les scènes sont sensationnelles. Elle a 16 ans, mâche du chewing-gum et rien qu’en marchant allume toute une rue. Mais il sait aussi filmer un lynchage surprenant en quelques plans. Il ne faut pas manquer ce film trop oublié.

MISTER 880 (Fox Archive,  sans sous-titres) est une comédie dramatique écrite par Robert Riskin assez placide et aseptisée malgré une bonne interprétation notamment de Dorothy McGuire et surtout de Edmund Gwenn, délicieux en faussaire qui ne fabrique que des faux billets de 1 dollar, ultra grossier, juste pour subvenir à des besoins urgents. Durant la scène de procès, on retrouve le ton de Riskin, mélange de comédie sociale (c’était un démocrate convaincu), de conte de fée et de mélodrame. Le propos devient sérieux, sombre et assez original. Il faut absolument revoir les grands scénarios de Riskin mis en scène de manière si étincelante par Capra : NEW YORK MIAMI, AMERICAN MADNESS, LADY FOR A DAY, L’EXTRAVAGANT MR DEEDS, PLATINUM BLONDE et lire le beau livre de Victoria Raskin sur son père et sa belle histoire d’amour avec Fay Wray (Panthéon Books New York).

  

Chez Rimini, CAGLIOSTRO de Ratoff est une adaptation assez extravagante et pas trop fidèle de Dumas (Dumas fils est joué par Raymond Burr !!) avec des passages divertissants mais Welles a-t-il pris en main la mise en scène comme le disent certains (qui citent à tort JOURNEY INTO FEAR), il est permis d’en douter. Alexandre Vialatte écrivit une critique très amusante, s’attardant sur le duel final hautement improbable, frôlant la parodie, sur un toit, avec un des combattants qui se cache les yeux pour ne pas se faire envoûter. Le travail de Ratoff est imperturbable et dénué de tout style.

La version des MISÉRABLES (Rimini) de Lewis Milestone contient de fort beaux plans notamment durant les scènes de tribunal avec l’ombre de la balance de la justice se détachant sur le mur ou un immense Christ surplombant le juge durant les interrogatoires de Champmathieu, l’attaque des barricades en montant cut une série de travellings ou quand Valjean se fait expulser de tous les villages. Milestone fignole de des gros plans très dramatiques, de beaux mouvements d’appareil durant les séquences de galère car le scénariste Richard Murphy prend le mot galérien au pied de la lettre et fait ramer les convicts alors que les galères ont été supprimées depuis près de 52 ans et remplace Toulon par Marseille. Scénaristiquement, cette adaptation est d’ailleurs très faible, inférieure à L’EVADÉ DU BAGNE de Freda et surtout à celle de Raymond Bernard. Les Thénardier passent à la trappe tout comme les 3 évasions de Valjean, Gavroche, Fantine n’est plus prostituée et ne vend plus ses cheveux et ses dents. Elle enfreint juste le couvre feu et se dispute avec un bourgeois. L’’émeute éclate on ne sait pourquoi (plus d’enterrement du général Lamarck ni de mouvement révolutionnaire), les rapports entre Javert et Valjean sont très édulcorés et simplifiés au profit de la romance mollassonne entre Marius et Cosette (Cameron Mitchell et Debra Paget, fort ternes tous les deux). De Milestone mieux vaut revoir LE COMMANDO DE LA MORT (il existe enfin une version restaurée de WALK IN THE SUN), DES SOURIS ET DES HOMMES, voire même OKINAWA dont les qualités plus discrètes rendent le film plus attachant que dans mon souvenir. Milestone fut une des victimes rarement évoquées de la Chasse aux Sorcières.

OLIVER STONE
Il ne faut pas manquer la passionnante série qu’Oliver Stone à consacré à l’Histoire politique de son pays,&sorti dans un coffret avec sous-titres et dans une version papier, uniquement en anglais, passionnante jusque dans ses excès polémiques, des parti pris souvent un peu trop binaires et rapides. Stone n’est pas Marcel Ophüls. Il préfère foncer dans le tas. Le mot « inconnu » (« untold ») n’est pas mis là pour promettre des révélations incroyables mais pour dénoncer la manière dont on enseigne l’Histoire aux USA, de l’école à la télévision commerciale, dont on oublie des pans entiers. Cette mini-série met justement en lumière les souffrances effroyables subies par la Russie durant la Seconde Guerre Mondiale, l’héroïsme de l’Armée Rouge, sujets très sous-estimés, voire occultés en Amérique, tout en pointant les erreurs catastrophiques de Staline, son élimination des principaux généraux, et en dénonçant les crimes commis en Ukraine. Peut être accepte-t-il trop facilement ses explications pour justifier le pacte germano-soviétique. Stone oublie aussi la manière dont le parti communiste a éliminé les anarchistes en Espagne et favorisé l’accession au pouvoir d’Hitler. De Gaulle est quasi absent et le passé meurtrier de Khrouchtchev en Ukraine occulté. On est parfois submergé par l’avalanche de faits souvent passionnants, par le morcellement du montage et la voix un peu monocorde de Stone qui tient à dire que c’est sa vision. S’il loue FDR (tout en notant son refus d’accueillir des juifs), notamment pour sa détermination à imposer Henry Wallace aux caciques du Parti Démocrate, il n’a pas de mots trop durs contre Truman, ignorant, raciste (il écrit à sa fiancée que les nègres sont fait de boue et les Chinois avec ce qui reste), n’écoutant que ses conseillers militaristes, qui décida cyniquement (cela ne servait militairement à rien selon Stone) de larguer les bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, pour damer le pion aux Soviétiques qui envahissaient la Mandchourie, donna le feu vert au maccarthysme. Tout cela est juste mais on oublie que Truman fut le premier président à faire du lynchage un crime fédéral (FDR n’avait pas réussi, bloqué par un sénateur sudiste qui devient l’inspirateur de Truman,) et à lancer une action pour les droits civiques. Et contrairement à Staline ou à Mao, il ne créa pas de goulag. Stone, lui, prend parti pour Henry Wallace, le dernier vice-président de Roosevelt, qui selon lui aurait infléchi le cours de l’Histoire mais qui fut d’abord vaincu puis éliminé par Truman. Stone est impitoyable sur la politique extérieure de Nixon, tout en pointant quelques mesures intérieures positives mais se montre encore plus sévère sur Eisenhower, Reagan, Clinton et Obama. Il sauve la dernière partie du mandat de Kennedy et son courage durant la crise des missiles quand il tint tête à tous les chefs militaires, grâce aussi à Khrouchtchev. Pour vous Rouxel, cela vaut mieux que certains nanars chers à votre coeur.

REDFORD
Ces derniers temps, je me suis penché sur l’œuvre de Redford réalisateur. J’ai revu plusieurs de ses films qui tiennent le coup, même si la mise en scène parait parfois (trop?) classique. Elle ne gomme jamais les aspérités du sujet, l’originalité réelle des thèmes, souvent très personnels, et des angles. Le découpage traditionnel n’étouffe jamais le propos et ne l’aseptise pas. Il faut dire que Redford témoigne d’une attention envers ses personnages (et les acteurs qui les incarnent) qui préserve leur mouvement intérieur. Il les regarde avec une impartialité analytique et comme détachée qui surprend et détonne dans le cinéma américain actuel. QUIZZ SHOW, l’une de ses meilleures réussites (hélas uniquement trouvable en zone 1) délivre une morale des plus amères qui bat en brèche, sans ostentation, tous les archétypes dramaturgiques et idéologiques à la Frank Capra et n’offre aucune porte de sortie facile. Relisez la critique de Todd McCarthy et du Guardian.

  

LA CONSPIRATION dont j’ai déjà parlé ici malgré quelques scènes engoncées aborde un sujet rebattu de manière très originale. Cette enquête sur l’assassinat de Lincoln déboucha sur un procès inique qui renvoie directement à la manière dont le gouvernement Bush piétina les lois et la Constitution soi disant pour combattre le terrorisme. Ce procès d’une femme (Mary Surrat remarquablement incarnée par Robin Wright) fut un scandaleux déni de justice comme le soulignent ses deux avocats, le Sénateur Johnson du Maryland (brillante interprétation de Tom Wilkinson) et Frédéric Aiken, jeune avocat nordiste dont la conduite fut héroïque durant la guerre. Il est d’abord très réticent à défendre une éventuelle complice de l’assassinat de Lincoln mais sera peu à peu touché par sa cliente.

ORDINARY PEOPLE m’a paru meilleur, plus complexe que lors de la première vision et beaucoup moins explicatif. On assiste plutôt à une suite de dénis, de refus d’appréhender la réalité.

  

Dans AU MILIEU COULE UNE RIVIÈRE, pari hyper audacieux que d’adapter ce très court et génial roman qui mêle la voie du Christ et la pèche à la mouche, Redford semble avoir choisi Brad Pitt pour le rôle de Paul (un choix d’ailleurs excellent) parce qu’ils ont des points communs — sans parler de la ressemblance étonnante de l’acteur avec le cinéaste jeune. Et avec lui, il capture l’essence du livre et en restitue la grâce secrète et l’émotion. Redford, avec la complicité de Philippe Rousselot, réussit à capter toute une gamme de réactions complexes – gestes d’affection réprimés, rivalités, brusques élans retenus, petites déceptions poignantes, sentiments indicibles – qui respectent et traduisent la mystérieuse force émotionnelle du roman. Ce film prolonge ces chroniques provinciales chères à Henry King ou Clarence Brown, leur donne une nouvelle jeunesse, une nouvelle vie.

CINÉMA RUSSE
REQUIEM POUR UN MASSACRE est une œuvre terrible, un coup dans l’estomac. On est broyé devant cette découverte progressive, à travers les yeux d’un enfant, des horreurs commises par les Nazis, la manière dont ils rasent ces villages, anéantissent la population, que Klimov restitue dans des plans très longs, souvent en mouvement, magistraux.

J’ai été un peu moins convaincu par son RASPOUTINE (L’AGONIE) même si l’interprétation d’Alexei Petrenko est inoubliable. Il faut le voir rentrer à quatre pattes dans un ministère, se rouler sur le sol, sauter sur toutes les femmes, prédateur sexuel en folie. On a un peu de mal à comprendre l’ascendant qu’il exerçait sur le tsar, via sans doute son épouse.

L’ASCENSION (Coffret Klimov chez Potemkine, copies restaurées) réalisé par sa femme Larissa Chepitko est tout aussi violent, aussi âpre et rigoureux que REQUIEM dont il constitue une sorte de double inversé et en noir et blanc. L’histoire étant racontée du point de vue de partisans qui se font massacrer et dont certains vont trahir. Pour respirer, mieux vaut se plonger dans AILES belle et sensible réussite de Chepitko, hélas disparue prématurément nous privant d’un regard passionnant.

Commentaires (143)

 

  1. MB dit :

    on peut voir OLIVIA chez Mr Ripley de Arte (à condition de lui demander poliment)

  2. Gilles dit :

    Contrairement à Chabrol qu’on a enterré avec ses certitudes, vous vous remettez en question sur certains films. Je pensais que vous détestiez Bronson et vous savez mettre en sourdine votre rancune sur Michael Winner quand il s’agit de commenter un bon film. Votre intervention sur THE STONE KILLER permet d’en comprendre certains éléments que je n’aurais pas repérés sans vous. D’accord sur ce mépris des vendeurs à l’étalage, remarquez que dans beaucoup de films la poursuite en voiture se termine dans la vitrine de vendeurs d’électroménager ou de voitures d’occasion. A creuser. On retrouve ce même « mépris » mais je ne sais pas si c’est le mot, pour les marchands de primeur de l’arrière pays niçois dans plusieurs films de Lautner. Toutefois, défoncer des étals de fruits et légumes c’est plus spectaculaire que de se poursuivre sur une trois voies. Je me disais, en revoyant cet excellent polar, qu’il montrait des images d’un New-York disparu du cinéma américain d’aujourd’hui. Disparu tout court. Idem sur le Los Angeles de UN HOMME EST MORT de votre ami Deray. On trouve ce New-York populaire dans plusieurs Lumet, ou dans Kojak. Je ne sais pas si les femmes sont « toutes des putes » ou si le film reflète la drug culture, la liberté sexuelle, en même temps que les mouvements féministes de l’époque. De Winner, revoyez FIREPOWER, plus actuel que jamais.

  3. Gilles dit :

    Rare entretien filmé avec Robert Aldrich

    https://www.youtube.com/watch?v=QNI0Mpx7FrE

    • Denis Fargeat dit :

      A Gilles
      Merci beaucoup !
      On voit aussi Richard Brooks et Stanley Kramer, moins rares je crois.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Denis Fargeat
        Kramer dit des banalités mais il faut dire que les questions sont parfois si scolaires, notamment sur cette « théorie des auteurs » dont personne ne semble savoir ce que cela veut vraiment dire, en tout cas au départ. Non pas que tous les films d’un auteur sont bons ni que le réalisateur est toujours le seul auteur du film (Truffaut insistait sur les chef opérateurs) mais mais que des metteurs qui ne signaient pas leurs scénarios pouvaient être des auteurs par la mise en scène : Hawks et Hitccock dont les bio ont prouvé qu’ils contrôlaient la plupart de leurs scénarios. Sarris en a fait une lecture biaisée, reprise par des français qui l’ont encore biaisé. C’est le téléphone arabe Aldrich est le plus interessant et juste après brooks

        • Gilles dit :

          Cette notion d’auteur contrastée par Aldrich quand il répondait à Truffaut « vous voyez dans mon film des choses que je n’ai pas mises. »

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Ca ne veut rien dire. Un auteur n’est pas toujours conscient de tout ce qu’il a voulu mettre.

        • MB dit :

          Sidney Lumet a dit des bêtises sur la politique des auteurs, il croyait que ça signifiait que le metteur devait seul signer le scénario et n’avait pas à avoir besoin de scénaristes, je regrette de le dire mais l’un de mes cinéastes respectés était même assez condescendant avec « les Français »… (bonus de son film A 8 H CE SAMEDI.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Il n’est pas le seul. Cela signifie simplement qu’un réalisateur peut faire oeuvre d’auteur même s’il ne signe pas le scénario. Par le style Mais pas comme seul auteur

        • MB dit :

          « Ca ne veut rien dire. Un auteur n’est pas toujours conscient de tout ce qu’il a voulu mettre. »
          à Bertrand: tout à fait, ça va même assez loin, un auteur n’est même pas conscient des différents éclairages sous lesquels peut s’apprécier son oeuvre, il ne peut tenir compte des multiples personnalités des spectateurs qui réagiront sans se soucier de ce qu’il aurait voulu mettre, je me marre en pensant à la colère de Hawks à qui on disait que ses héroïnes étaient féministes, lui en entendant ça se cabrait en pensant aux manifestantes qui brûlaient les soutiens-gorges: deux éclairages différents. En plus quand on rajoute là-dessus la distance temporelle d’un film réalisé 50 ans plus tôt qui filtre et bouleverse la chose filmée…) mais il faudrait reparler de ça car c’est l’essence de l’approche du cinéma que de considérer un film en-dehors de ce qu’en dit un cinéaste (je déteste les présentations de film style ciné-club sauf quand elles restent factuelles à la rigueur). Pour achever Hawks et provoquer la crise cardiaque il aurait fallu lui demander si John Wayne et Dean Martin avaient eu une liaison amoureuse dans le passé car on sentait à certains signes…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Il arrive aussi que les cinéastes donnent des aperçus passionnants sur certains aspects de leurs films même Hawks quand on lui posait des questions précises. Je pense à De Toth, Wyler, Hathaway, Daves et plein d’autres. A condition qu’on ne leur colle pas une vision mode ou franco française. Quand Ford dit : « je suis un paysan qui fait des films de paysans », c’est assez fort même p si pas juste à 100%. C’était aussi un lecteur, un dévoreur de livres d’Histoire. Quand Walsh me déclare qu’il aurait voulu Nathalie Wood pour L’ESCLAVE LIBRE, ce la est super intelligent et révèle plein de choses mais c’est pas cela, souvent, que les journalistes attendent. Quand ils demandaient Hawks de parler de Monroe, il répondait : Jane Russell est une formidable actrice. Sous entendu, Monroe lui doit tout. C’est elle qui l’a cachée

        • MB dit :

          à Bertrand: exact. Je trouve que quand qqn interviewe un cinéaste, il devrait l’aborder en lui posant des questions concrètes qui relèvent de son mètier au lieu d’attaquer par la philosophie ou les grandes idées, ou de grossir un détail qui plaît qui a enflammé l’interviewer: il y a une vieille int des Cahiers paru dans le recueil La Politique des Auteurs avec Welles à propos de Quinlan (SOIF DU MAL): « faut-il voir en lui une certaine ambigüité? » OW: « il est haïssable. Il n’y a pas d’ambigüité ». 50 lignes plus loin on insiste: « Ce sentiment d’ambigüité n’est-il pas renforcé du fait qu’à la fin Quinlan a quand même raison puisque le jeune mexicain est coupable? », OW: « Il a tort et c’est seulement un hasard » et « ça dépend de votre point de vue » en effet si on s’en tient à l’intrigue, le coupable n’est pas découvert par Quinlan par sa perspicacité mais par hasard pur.
          Les interviewers et l’interviewé sont parfois sur deux planètes différentes.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          J’en ai été témoin cent fois tant pour moi que pour les autres. Les journalistes des Cahiers demandaient si le fait que Ricky Nelson tire du premier étage ne signifiait pas pour Hawks qu’il introduisait une double structure narrative. Du chinois traduit de l’éthiopien pour HH qui répondit qu’il voulait montrer que Wayne en bon tacticien voulait surprendre l’adversaire

        • Denis Fargeat dit :

          Caenfucius, le grand philosophe sino-normand, ne disait-il pas: « Le pommier se moque de savoir quel alcool sera fait de ses pommes. » Les cinéastes font des films, aux spectateurs de se faire les leurs.
          Sur les délires des Cahiers, et la période Mao entre autres, bel entretien cette nuit sur France Culture avec Pascal Bonitzer et Thierry Jousse. Il est arrivé que la visière des casquettes Mao bouche entièrement la vue… on le sait bien, ici en tous cas, mais les détails de cette affaire, racontée de l’intérieur par le rédacteur en chef, sont passionnants.
          https://is.gd/ZpMy8X ( merci MB, ça marche.)

        • MB dit :

          « Les journalistes des Cahiers demandaient si le fait que Ricky Nelson tire du premier étage ne signifiait pas pour Hawks qu’il introduisait une double structure narrative »
          ZUT! où sont passés mes smileys de mort de rire grr

        • Pascal MINETTE dit :

          Cette discussion me rappelle Michel Legrand parlant à Stravinsky de tout ce que les critiques voyaient dans sa dernière oeuvre, derrière chaque dissonance; « Vous savez, nous les créateurs, nous ne savons pas trop ce que nous faisons. » répondit le grand Igor.

        • Pascal MINETTE dit :

          Bon alors, prenons un exemple : Claude Sautet avait-il conscience que son personnage des CHOSES DE LA VIE ne devient proche du spectateur qu’au moment de l’accident , au moment où il n’est plus qu’un homme comme les autres ?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pascal Minette
          Je n’en sais rien et il n’aurait jamais raisonné ainsi. Je ne vois pas comment un vrai cinéaste peut avoir une idée aussi carrée, précise et aussi limité. Je me sens proche de Piccoli à de nombreux moments, quand il s’insurge contre les promoteurs, dans des gestes de tendresses entre lui et Romy, dans des silences avec Lea Massari, dans son amitié avec Jean Bouise. S’il n’avait été proche qu’au moment de l’accident, le film n’aurait pas remporté un tel succès. On est constamment proche de lui et en même temps, on s’en écarte Et comme l’a répété Sautet, l’accident l’empêche d’avoir à faire un choix

        • Pascal MINETTE dit :

          A Mr Tavernier:
          Ce film me semblait original pour cette raison même : tant pis si le héros ne vous botte pas des masses, vous l’aimerez quand même à la fin, quand il ne sera plus rien qu’un autre homme. C’est ce que semble montrer les camionneurs de l’accident se précipitant sur un homme qu’ils n’auraient jamais croisé autrement.
          La voix éteinte de Piccoli à ce moment est la crème du film, je trouve.
          La scène des promoteurs, d’accord, même si je l’ai trouvée mal jouée.
          Pour Jean Bouise, il est impossible de ne pas l’aimer, et son jeu d’acteur ne connaît pas de faille.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pascal Minette
          Mal jouée, la colère de Piccoli ?

        • Pascal MINETTE dit :

          A MR TAVERNIER: Il y a quelque chose d’artificiel et de forcé dans cette colère; peut-être aussi parce qu’on sort de scènes où il est d’un calme olympien; mais ce moment m’a mis mal à l’aise car j’ai vu Piccoli faisant sa scène plutôt que le personnage, ce qui n’est jamais un bon signe pour un acteur.
          Et peut-être aussi à cause de sa colère de VINCENT, PAUL…qui, elle, sort du coeur.
          J’adore ce film néanmoins, je préfère préciser.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pascal Minette
          Il s’inspire là parfaitement, à l’inflexion près, comme je le montre dans VOYAGE A TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS, des colères éruptives, spontanées,imprévisibles, un peu cafouilleuses, grande spécialité de Sautet dont il est là totalement mimétique. Je la trouve inouïe de justesse, de non fabrication. Il s’inspire beaucoup de Sautet tout au long du film

        • Pascal MINETTE dit :

          A Mr Tavernier : Je trouve qu’il rate sa scène mais je pense aussi que cette colère aurait dû être préparée. D’après ce que l’on voyait du personnage, on attendait plutôt quelque chose de froid et cinglant. Donner des signes, faire comprendre qu’il était capable de s’emporter ou que ses nerfs lâchaient aurait peut-être été adroit.
          Mais ce n’est que mon avis, foulable aux pieds devant l’Eternel.

        • Gilles dit :

          A Bertrand Tavernier

          S’il n’est pas conscient c’est de tout ce qu’il a mis, pas de « tout ce qu’il a voulu mettre ». Dans La brume électrique vous êtes conscient de la référence à Shinning. Mais dans Coup de torchon vous n’êtes pas conscient de la référence à Affreux sales et méchants.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          La référence était d’abord de Burke, mais cette histoire de photo preuve d’un décalage temporelle, existe avant SHINING dans dix récits et nouvelles célèbres de SF et il est horripilant qu’on ne pense qu’à SHINING alors que Clarke, Heinlein, Philip K Dick, Bradbury et quinze autres avaient déjà utilisé ce procédé. Et quand ce n’était pas une photo, c’était un objet. Jamais en effet pensé à AFFREUX SALE ET MECHANT qui a peut être été influencé par le roman de Thompson

        • MB dit :

          à Bertrand: la photo finale de SHINING est une très mauvaise idée qui cherche à plaquer une piste surnaturelle de plus sur un film jubilatoire que j’adore et revois tous les trois ans (et dont je sais que vous ne l’aimez pas à mon grand dam), et qui n’a pas besoin de ce truc. Elle est incohérente dramatiquement par rapport à l’intrigue: en effet elle double grossièrement l’effet voulu, et réussi, par le personnage de Grady (où alors peut-être voit-on aussi ce dernier jeune dans la foule…) et assez conventionnelle car ayant été pêchée n’importe où dans qqs comics de EC ou autre, vous dites dans qqs romans ou nouvelles je ne sais pas bref, c’est du déjà vu et encore une fois on ne voit pas comment ça raccorde avec le reste. A la fin de REPULSION cette idée est justifiée et n’a pas le même rôle, elle montre l’héroïne petite fille avec un regard étrange qui signale qu’elle est déjà atteinte grave au rayon psy (les parents auraient pu se douter de qqch!). J’adore SHINING mais je ne comprends pas ce choix de Kubrick de cette photo. La même idée dans DANS LA BRUME est bien mieux justifiée, en rappel des qqs apparitions fantastiques du général, il n’y a pas de contradiction avec l’ensemble du film, du moins je n’ai pas tiqué comme dans le Kubrick. L’idée d’une influence du Kubrick sur le Tavernier paraît absurde par contre il est évident que DANS LA BRUME est largement influencé par L ARRIVEE D UN TRAIN EN GARE DE LA CIOTAT, quasi plan par plan! mais là-dessus tout le monde est d’accord!

        • Hugo Savary dit :

          Bonjour, ce que je vais vous dire n’a aucun rapport mais vous recherchiez un spectateur qui a regardé Ursule et Grelu et bien j’ai vu ce film si vous voulez qu’on en discute en vrai pourquoi pas 😉

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Hugo Savary
          J’aimerai bien avoir un avis sur ce film écrit par Michel Cournot

      • Denis Fargeat dit :

        A MB
        « L’arrivée du train… » d’accord, surtout à 0’40 », quand on voit Tommy Lee Jones, reconnaissable aux moustaches qu’il réutilisera dans  » The Homesman », éviter la caméra de peur d’être reconnu- peine perdue.
        Ah, et désolé d’enfoncer une porte déjà ouverte à coup de hache, mais j’ai vraiment du mal avec « Shining »…. que je trouve éléphantesque dès qu’on bascule dans un surnaturel déclaré (Kolossale Finesse), et je décroche. Mais ce n’est que moi.

  4. Denis Fargeat dit :

    A Bertrand Tavernier
    Vous avez piqué ma curiosité avec votre évocation de quelques ressorties de films en 3-D…
    The Maze, « Le monstre batracien vaguement ridicule », on ne saurait mieux dire…. mais il est attachant pour cela… les amateurs de monstres, auxquels John Landis et Guillermo Del Toro – pour les plus prestigieux- apportent une certaine légitimité, peuvent l’ajouter à leur immense bestiaire, d’autant que, blessé, il devient émouvant. On est en plein cliché, mais ça ne dérange pas ceux qui aiment aimer les monstres.
     » Redheads from Seattle » est assez ordinaire, mais les numéros musicaux ne sont pas mal, chantés avec entrain, et j’aime bien les arrangements qui assument l’anachronisme. J’ai lu à propos de ce film une opinion intéressante ; que, même vu en 2D, il reste quelque chose de l’espace envisagé pour le procédé. En dehors de quelques gimmicks (le camelot vendeur de Jokari au début de « House of Wax », et tous ces objets qui sautent à la figure), la 3d a été l’occasion d’explorer le champ dans sa profondeur. Je n’ai jamais été convaincu par quelque procédé que ce soit ( la déception avait commencé avec « Creature from the black lagoon »: j’avais acheté les lunettes pour admirer le film présenté par Eddy Mitchell, mais sur le vieux Teleavia en noir et blanc, hein… des copains plus avancés technologiquement en avaient été quittes pour une bonne migraine…). Quand j’ai pu voir des films dans de meilleures conditions, je n’en ai retenu que quelques effets de baraque foraine.
    Il m’a toujours semblé que le relief au cinéma n’existait pas vraiment, qu’on voyait plutôt une enfilade de plans plats (pardon pour la minable alitération), rappelant le charme des dioramas de carton mais ne laissant au bout du compte que le goût de l’inconfort -encombrantes lunettes. En pleine vague de 3D au cinéma, dans les années 2000, j’avais revu « La règle du jeu » de Renoir avec le sentiment de voir un véritable film en relief. Ces plans construits dans la profondeur, avec un mouvement continuel, sollicitaient l’oeil d’une façon beaucoup plus agréable, mobile, intelligente. Je crois avoir été rendu sensible à cette dimension (!) grâce à cette « Révolution technologique », qui pour le spectateur n’apportait rien de nouveau depuis 1953 ; peut-être en a-t-il été de même pour les réalisateurs confrontés au procédé, et poussés à creuser l’espace de l’écran, à des fins plastiques ou dramatiques, ou toutes les combinaisons de ces deux aspects.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Denis Fargeât
      Vous avez en partie raison. Cependant le MÉTÉORE DE LA NUIT (meilleur nettement que LA CRATURE) utilise habilement la 3D en jouant sur le vide, les ravins, les gouffres et JIVARO film vraiment plaisant l’utilise bien pour dilater l’espace en dehors de deux ou trois effets maison (une réduite que met devant la caméra). Le site de 3D Archive donne des analyses passionnantes des films, de leur exploitation et de leur restoration. Et reste l’énigmatique CEASE FIRE ou je vois pas d’effets 3D. Mais vous avez raison pour la REGLE DU JEU

      • Denis Fargeat dit :

        A Bertrand Tavernier
        Merci beaucoup. Il faut vraiment que je voie ce « Météore »…
        Effectivement, 3D archive est une mine : http://www.3dfilmarchive.com
        (Je mets le lien , parce que bizarrement les mots-clés 3D archive donnent quelques zillions d’autres résultats…)

    • MB dit :

      en tout cas le relief sur bray avec tv et lecteur adéquates jusqu’ici c’est pas concluant, j’ai revu MAD MAX FURY ROAD en 2d c’est mieux, quant à la tentative de retrouver sur même support le relief de CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT catastrophe.

      • Alexandre Angel dit :

        A MB
        Et pour couronner le tout (en sus du fait que je fais partie des peu convaincus par la 3D comme vecteur d’émotions dramaturgiques), ce qui m’a définitivement découragé, c’est la perte de luminosité de l’image du fait des lunettes. Que l’image perde de son éclat (déjà que les lampes des projecteurs ne sont pas toujours au top) a été pour moi rédhibitoire.

        • MB dit :

          à AA RELIEF
          mais au cinoche c’est mieux non? la technique est mieux maîtrisée?

        • MB dit :

          en tout cas je vous conseille d’offrir le bray 3D du CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT à votre beauf style Cabu, et plus tard: « alors tu l’as vu? C’est chouette hein en relief? hein? hein? »

        • Alexandre Angel dit :

          La technique, j’en sais rien mais la déperdition en luminosité, je l’ai constatée au ciné (je ne connais pas le relief à la télé de toute manière : la séance de monsieur Eddy exceptée, mais c’était en 82).

        • MB dit :

          à AA
          « la déperdition en luminosité, je l’ai constatée au ciné »
          donc, la technique n’est pas bien maîtrisée! pas près de voir un film en 3d au ciné, moi!

        • Jacques Maltais dit :

          Films 3D
          Assez d’accord avec tout ce qui a été dit sur la 3D, le résultat est généralement navrant et fatigant. Cependant, au festival 3D à Bercy, j’avais été époustouflé par un film survival assez unique, INFERNO, réalisé en 1953 par Roy Ward Baker, avec Robert Ryan abandonné en plein désert avec une jambe cassée. Il doit affronter chaque obstacle de cet univers hostile et chaque cadrage est judicieusement composé en 3D. Il faut dire que le directeur photo n’est autre que Lucien Ballard, que l’on retrouve chez Peckimpah (WILD BUNCH). Je n’ai pas encore testé le bray, il semblerait que la copie soit excellente.
          Autre excellent film en 3D mais plus proche de nous, HUGO CABRET, de Martin.

        • MB dit :

          à AA: c’est technique car étant donné la perte les exploitants pouvaient bien pallier à ça en augmentant la luminosité à la projection mais ça coûterait bien plus cher, à la tv je n’ai pas remarqué la perte mais l’effet relief est là sans que ça soit crédible pourquoi? Parce qu’on est pas habitués? je n’ai pas l’impression de voir beaucoup de brays 3d depuis AVATAR, pas le dernier Spielberg déjà (tiens il nous fait un remake de WEST SIDE STORY!).
          « la séance de monsieur Eddy exceptée, mais c’était en 82). »
          la célèbrité de cette émission spéciale est incroyable: mais le relief ne pouvait PAS marcher sur un poste de tv à tube de l’époque, on était juste curieux, ça ne marcherait pas non plus sur une tv actuelle non 3d. Ah ils étaient gonflés msieur Brion et msieur Eddy!

        • Alexandre Angel dit :

          A MB
          Oui, ce sont les lunettes qui sont à incriminer au cinéma. Comment cela se passe-t-il sur des téléviseurs équipés?
          Même HUGO CABRET ou GRAVITY qui doivent être les deux films contemporains les plus travaillés en terme de 3D, je les trouve plus agréables à l’œil chez moi que lorsque je les ai vus en 3D en salle.

        • Denis Fargeat dit :

          3D, suite….
          A MB, « la creature » diffusée chez ce cher mr Eddy était bien visible sur un poste à tube, à condition que celui-ci soit en couleurs : c’était en anaglyphes, une image bleue et l’autre rouge superposées ; il fallait juste les lunettes de couleur correspondante, fournies par le partenaire presse Télé 7 jours – et 1 ou 2 aspro(http://www.mitchell-city.com/insolite1980/lunettes.gif). Le film était en noir et blanc, pour la couleur il fallait des filtres et lunettes polarisées, inenvisageables avec les 625 lignes de nos bons vieux Grundig….
          A Jacques Maltais, d’accord pour Hugo Cabret, mais je reste dans ma ligne : à mon sens, la merveille de ce film, c’est l’évocation des tournages de Méliès, et les toiles peintes qu’on voit s’animer sont une enfilade de plans (toujours) plats ; ici la 3D est à mon avis pleinement en situation, et rend palpable la jubilation de Scorcese à reconstituer l’enfance du cinéma. Il y a là une parfaite mise en abyme, un monde parfait qui est celui du souvenir, de l’innocence préservée.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Denis forgeât
          Tout à fait exact

        • MB dit :

          « Oui, ce sont les lunettes qui sont à incriminer au cinéma. Comment cela se passe-t-il sur des téléviseurs équipés? »
          ya des lunettes à mettre mais je n’ai pas remarqué de perte de luminosité

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          INFERNO (3D ou pas) (Je réponds à Alexandre n’ayant pas trouvé d’onglet « répondre » au texte de Jacques Maltais)

          Curieusement je l’ai découvert sur un DVD ou il est proposé en « version plate ». C’est effectivement un très bon film et ce qui m’a bluffé c’est que même sans les effets 3D on repère immédiatement ou ils sont exploités (roches qui tombent, cailloux,objets divers lancés vers la caméra) et le résultat de cette « non 3D », dont les effets semblent indélébiles sont vraiment surprenants.

        • MB dit :

          « A MB, « la creature » diffusée chez ce cher mr Eddy était bien visible sur un poste à tube, à condition que celui-ci soit en couleurs : c’était en anaglyphes, une image bleue et l’autre rouge superposées ; il fallait juste les lunettes de couleur correspondante, fournies par le partenaire presse Télé 7 jours – et 1 ou 2 aspro(http://www.mitchell-city.com/insolite1980/lunettes.gif).  »
          visible mais pas en relief? enfin pas pour moi

        • DIXON STEELE dit :

          Puisqu’on parle de Créature (du Lac noir, en l’occurrence) , une petite question sur 50 ans de cinéma américain – j’ai été surpris de l’absence de James Whale, un réalisateur pourtant passionnant, qui a marqué son époque et dont beaucoup de films semblent aujourd’hui encore épargnés par les ravages du temps, de par la qualité de la mise en scène, le rythme, la fluidité des mouvements, les changements de tonalités, la direction d’acteur, le découpage, la somptuosité visuelle, la poésie qui s’en dégage, la compassion pour « la différence ». Outre une poignée de chef-d’œuvre (Les Frankenstein, L’Homme invisible, Show Boat, Waterloo Bridge), il a réalisé quelques très bons films (The old dark house, les anges de l’enfer, remember last night ? The kiss before the mirror) et deux ou trois ratages (L’homme au masque de fer, Green Hell). Mais le bilan est globalement très positif. Et sa vie est passionnante. Est-ce le fait qu’il soit anglais, mais il ne l’est pas plus que Chaplin, Alan Parker, Boorman ou Ridley Scott qui figurent pourtant dans cinquante ans ? J’avoue que cela m’intrigue. (Même chose pour Tod Browning, d’ailleurs). Seront-ils dans 100 ans?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A DIXON STEELE
          Dans 50 ANS (40/90 plus deux trois ans), on n’ait pas mi de réalisateurs s’étant arrêtés dans les années 40. Whale et Browning seront rajoutés de façon différente dans CENT ANS. J’ai fait le texte sur Whale et pour Browning, je crois qu’on écrit une douzaine de textes dans la chronologie. En dehors des muets et de Freaks, je n’ai pas grand chose à dire sur lui. Et vous avez raison pour Whale dont le chef d’oeuvre est sans doute SHOW BOAT. Beaucoup de ses derniers films sont loupés ou massacrés par la production mais on vient de réhabiliter l’épisode jamais distribué de FACE TO FACE, d’après Saroyan

  5. Gilles dit :

    Il y a de drôles de coïncidences. Alors que ciné classic programme votre film avec Piccoli suivi d’un portrait, voilà qu’on apprend sa disparition. Un comédien pour qui le mot « génial » n’est pas surfait. Une filmographie exemplaire sans aucun déchet, du magistrat névrosé du Saut dans le vide, au peintre introverti de La belle noiseuse, du brave innocent de Milou en mai à l’animateur télé délirant du Prix du danger, du flic rigoureux de Max et les ferrailleurs au pervers narcissique d’Une étrange affaire, un aventurier escroc dans La poudre d’escampette, ou un escroc cynique dans Le sucre… Piccoli aura été savoureux jusqu’à la dernière goutte, et on n’a pas fini de trouver des merveilles dans sa carrière d’une richesse inouïe.

    • yves rouxel dit :

      Thierry Jousse sur France musiques rend hommage à Michel Piccoli durant 3 émissions indispensables à écouter.Il faut savoir que la mère de Michel était pianiste .Dans l’émission du 23 on entend Michel jouer quelques notes au piano.

  6. yves rouxel dit :

    C’est avec une grande tristesse et le corps emplit de larmes que j’écris ces quelques lignes sur ce clavier d’ordinateur.Oui je tiens à saluer ici un grand acteur en la personne de Michel Piccoli,homme discret et pourtant si engagé.J’ai eu la chance par le plus grand des hasard de participer au défilé du 1er mai en 2017 dans les rues de la ville rose.Michel Piccoli était de passage ou il jouait au théatre.J’ai croiser son regard si déterminé et nous avons converser sur la vie et sur les combats que nous devons mener sans cesse afin de ne pas ètre écraser par la machine du capitalisme.Il était fortement amer sur cette télévision qui était selon lui « un deversoir sans fondement »lui qui avait interpréter Don juan sous la direction de Marcel Bluwal à l’époque ou la télévision était un objet de création avec Stellio Lorenzi,Claude Barma ou Jean christophe Averty.La musique du groupe Zebda résonnait dans les haut-parleurs du camion de la cgt Et Michel serra des mains et accepta des selfies.il était content d’etre là parmi ses camarades de vie et d’idéal de justice.

  7. Aigle Bleu dit :

    Cher Bertrand,pour donner une suite a votre article de mars 2017 sur le coffret l’Amerique en guerre,je ne saurai trop recommander sur Netflix (oui,je sais) un documentaire Five came back,sur l’histoire de la genese de la serie Why we fight ou l’on en suit la difficile gestation avec les problemes relationnels entre le gouvernement l’armee,la censure, l’ego de certains (Zanuck),Hollywood et le courage qu’ont eu Franck Capra, John Ford,John Huston, William Wyler et George Stevens.Beaucoup de faits inedits et qui font ressortir, du moins pour moi une profonde admiration pour Wyler et Stevens et donne envie de revoir La vie est belle et Les plus belles annees de notre vie.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Aigle Bleu
      Je crois en avoir parlé. C’est un travail exceptionnel même s’ils ont oublié Litvak dont le rôle fut tout aussi important

  8. Pierre dit :

    CONFESSION D UN COMMISSAIRE DE POLICE… est un excellent film policier italien. Je voulais juste dire un mot sur l’influence qu’avait eu ce film, car – et c’est une des spécificités des films italiens de l’époque – ceux-ci travaillaient souvent les mêmes archétypes, les mêmes scènes, que l’on retrouve de film en film, d’un réalisateur à un autre.

    Ainsi, l’opposition entre le flic désabusé et le procureur rigoureux, de même que leur séquence mémorable d’engueulade à laquelle MB faisait référence, se retrouve dans d’autres films de l’époque.

    Le plus mémorable me parait être LA POLIZIA INCRIMINA LA LEGGE ASSOLVE, ou TEMOIN A ABATTRE en français, d’Enzo Castellari, dans lequel l’opposition France Nero / Martin Balsam devient celle entre James Withmore et Franco Nero (qui soutient alors la doctrine inverse de celle qu’il avait dans CONFESSION : vous suivez ?).

    LA POLIZIA INCRIMINA… n’est pas seulement une déclinaison de CONFESSION ; c’est un film qui doit beaucoup également à FRENCH CONNECTION (à qui il reprend Fernando Rey) et à un autre succès italien de l’époque, ROMA VIOLENTA avec Maurizio Merli. L’ensemble est une synthèse de ce que le policier italien a fait de mieux à mon sens, et que je recommande vivement. Le policier italien est un genre ou l’on trouve tout et son contraire, y compris parfois le meilleur.

  9. JMD dit :

    Vous imaginez bien… !
    Les Allemands considéraient les Russes comme des Untermenschen, des sous-hommes donc, à peine au dessus des Juifs… Plus de trois millions de prisonniers de guerre de l’Armée rouge sont morts en captivité. Sous tendue par l’idéologie nazie, l’offensive puis l’occupation allemande à l’est avait pour but de détruire l’URSS pour faire de la place au Lebensraum en vue de la colonisation germanique.
    Les commissaires politiques et les officiers étaient systématiquement exécutés, la Wehrmacht collaborait étroitement avec les Einsatzgruppen des S.S. chargés d’exterminer les Juifs, partisans et autres « dégénérés » comme les tsiganes. L’occupant devait exploiter le pays conquis au profit du Reich et vivre sur la bête sans se soucier des civils, asservis, expulsés, affamés et juste destinés à disparaître.
    L’armée allemande a totalement adhéré à cette « politique », ayant une énorme part de responsabilité dans les atrocités commises et l’application de la solution finale, pas seulement l’apanage des SS comme on l’affirme trop souvent.
    Si les Soviétiques se sont montrés TRES violents vis-à-vis de la population allemande, ils n’appliquaient pas eux une politique génocidaire.

  10. JMD dit :

    Bonjour,

    A propos de Brando, Missouri Breaks est un autre exemple où il n’en fait qu’à sa tête, au grand dam d’Arthur Penn, parvenant presque à faire passer Nicholson pour un disciple de Bergman…

    Milagro était effectivement un petit « miracle », une parabole écologique tournée autour de Truchas sur la superbe High Road entre Taos et Santa Fe, une région toute empreinte du double mysticisme indiano-catho latino; et Walken était assez savoureux en méchant de service.

    Redford réalisateur a en commun avec Redford acteur, sa retenue classique, héritée de son expérience à la télé et au théâtre, et son regard acéré sur les hommes et l’Amérique, ressemblant en cela comme un frère à Clint Eastwood, même si leurs opinions paraissent opposées…

    Cordialement

  11. MB dit :

    Excellent doc sur Cannes le festival (CANNES LE FESTIVAL LIBRE), bouleversé par la 2ème guerre qui a perturbé cruellement ses concepteurs Jean Zay et P Erlanger, texte de qualité excellemment écrit et dit par une dame dont j’attendais de découvrir le nom au générique: Charlotte Rampling.
    demander Mr Replay sur Arte.

    • Damien D. dit :

      J’ajouterai juste que le comble est que le festival de 1939 a pu finalement se faire l’an dernier à Orléans avec les films prévus initialement en compétition. 2019 aura donc vu deux festival dans l’année : l’habituel de l’année en mai (et quel grand cru !) et le rattrapé de 1939 en novembre ; l’année 2020 finalement n’en verra aucun… Peut-être que dans moins de 80 ans les films sélectionnés de 2020 se retrouveront ainsi pour une compétition plus joyeuse et dans le souvenir historique de cette édition qui n’a pas eu lieu (reste également 1968 à célébrer : peut-être aussi un jour…)

  12. Michel Etcheverry dit :

    A Bertrand Tavernier

    Votre billet donne envie de se replonger dans le travail de Redford réalisateur, que je n’ai suivi que par intermittence (mais avec néanmoins une certaine régularité : disons que j’ai été régulier dans l’intermittence).

    La mise en scène un peu trop sage de The Conspirator m’avait peu enthousiasmé de prime abord comme si Redford s’était retrouvé engoncé dans la reconstitution d’une époque – à laquelle le spectateur hexagonal sera sans doute moins sensible que le public américain compte tenu de la place considérable qu’occupe encore la guerre civile aux Etats-Unis, que ce soit dans la mémoire collective, le récit national ou les débats contemporains. Mais le film mérite visiblement une seconde chance : ce sera l’un des dividendes de la crise sanitaire.

    Je n’ai pas revu Quizz Show depuis sa sortie au siècle dernier mais j’en avais gardé un bon souvenir en dépit d’une sensation de relatif essoufflement dans sa deuxième partie, qui aurait à mon sens mérité un montage un peu plus resserré (du moins dans le souvenir que j’en garde : il faudrait une deuxième vision pour confirmer ou infirmer cette impression).

    Lions for Lambs/Lions et agneaux, que j’avais raté à sa sortie, commence du coup à me tenter en dépit – ou peut-être à cause – de sa réputation de film-tract un peu trop didactique. Et malgré un intérêt pour le golf proche du zéro tendant vers moins l’infini, je me sens soudainement curieux de The Legend of Bagger Vance, dont je ne connais que la musique de Rachel Portman au lyrisme un peu pompier mais néanmoins fort séduisant.

    Je vous rejoins complètement sur le goût redfordien pour la pastorale, qui n’est guère surprenant : il fallait bien que toutes ces années passées à vivre dans l’Utah soient mises à profit.

    • Ballantrae dit :

      Robert Redford est effectivement un bon cinéaste qui sait aller vers des recits étonnants révélateurs de visages peu connus de l’Amérique avec une attention fine et sensible.
      Vous mettez Et au milieu… en avant à juste titre, Bertrand. Film au sujet a priori curieux mais profond, révélant une vision du monde qui devient vision de la vie. La photo de Philippe Rousselot est un enchantement dans mon souvenir.
      Milagro m’avait beaucoup plu avec son côté picaresque et facetieux qui nous intégrait dans une communauté haute en couleurs.Il y avait une tranquille fantaisie très sud americaine – un réalisme magique en miniature- dans un récit qui n’a rien à voir avec les élucubrations de Magny qui regrette de ne pas trouver du Genet🤔ou du Bataille🤔🤔🤔dans un film qui m’en semble bien éloigné Je ne l’ai revu qu’ une fois en k7 mais en garde un souvenir joyeux.
      Quizz show est une réflexion amère sur le jeu des apparences et la société du spectacle qui réussit de manière metonymique à refléter par une simple anecdote tout un fonctionnement problématique.
      Ordinary people est aussi une réussite qui mérite le détour, une petite musique apparemment modeste mais qui sait interroger de manière juste et finalement incisive un sujet américain et universel: la famille et sa (de)construction.
      Je me rappelle mal le film sur l’assassinat de Lincoln mais n’ai pas oublié la prestation de Robin Wright assez magistrale. Cette actrice a fait un sacré parcours et je l’ai revue tout à fait par hasard dans un polar oublié mais remarquable de 1990 State of grace de Phil Joanou aux côtés de Sean Penn ( ils se sont sûrement connus là) Ed Harris et un extraordinaire Gary Oldman. Elle est déjà très émouvante dans un film précurseur univers de James Gray comme un chainon manquant entre le grand polar des 70′ et Little Odessa, The yards, La nuit nous appartient.

      • Ballantrae dit :

        Et quel acteur que Redford!
        Carrière riche depuis ses débuts notamment chez Pollack ou A Penn jusqu’au récent All is lost qu’il porte sur ses épaules entièrement.
        Et on devine un homme intelligent et intègre derrière toutes ses activités autres que ce soit avec Sundance ou ses engagements environnementaux de longue date.
        En fait peut on ne pas aimer R Redford qui serait un formidable invité pour le festival Lumière?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Il se déplace rarement pour des raisons de santé et a déjà été honoré plusieurs fois.

        • Pascal MINETTE dit :

          Oui, je pense qu’on peut ne pas aimer son personnage, qui joue beaucoup sur son sourire.
          Moi, là où je le préfère, c’est dans ce film qui s’appelle LE MEILLEUR en français.

        • MB dit :

          REDFORD
          Mon 1er souvenir de RR c’est dans LA DESCENTE INFERNALE, il bégaie à un moment ou se coupe comme on le fait dans la vie mais jusque là pas souvent dans un film, et il joue un personnage froid et égoïste bien que 1er rôle, fin 60 qqch était en train de changer!…
          Son sourire est un charme mais il ne l’utilise pas de trop.

        • Alexandre Angel dit :

          Vous suscitez en moi une interrogation hyper-cruciale : quel est le premier film avec Robert Redford que j’ai vu?
          Réponse : je crois que c’était, non pas LA DESCENTE INFERNALE (ça aurait pu) mais LES QUATRE MALFRATS, de Peter Yates.
          Ça , c’était à la télé.
          Au cinéma, ça a du être UN PONT TROP LOIN en 77.
          Puis après, JEREMIAH JOHNSON en 1980 à Paris. Ce n’était même pas une reprise : plutôt la 8ème année d’exploitation! La copie était tellement bouffée aux mites que la projection devait gagner 10 minutes sur la durée réelle du film.
          Ensuite, je pense que je suis passé directement à BRUBAKER car à ce moment-là, les films dont il était la vedette étaient encore trop récents, dans l’ensemble, pour passer à la télé (à part les premiers cités, PROPRIETE INTERDITE, peut-être).

      • DIXON STEELE dit :

        Oui, fort bon film que ce State of Grace – la carrière de Phil Joanou a hélas tourné court – tout comme celle, à la même époque de James Foley, qui après Comme un Chien enragé (avec Sean Penn, encore) et Glengarry Glen Ross n’a jamais vraiment retrouvé la grâce de ses débuts….

        • Ballantrae dit :

          Oui At close range est un très bon film un peu oublié d’un cinéaste prometteur. De lui il faut aussi voir le noir After dark my sweet avec J Patric outre Glengarry glenn ross d’après Mamet avec son casting fabuleux. Excellente adaptation théâtrale à ranger auprès de La ménagerie de verre de Newman ou Mort d’un commis voyageur de V Schlondorff pour ne prendre que du théâtre américain contemporain.
          Il y en eut des cinéastes qui ont eu ainsi du mal à s’inscrire dans la durée ( Jim Mac Bride, Carl Franklin etc..) mais ce serait injuste de nier leurs réussites initiales.

        • Ballantrae dit :

          J’ai oublié de préciser que After dark…est une adaptation de Jim Thompson quasi contemporaine de The grifters de S Frears autre joyau un peu oublié.
          Années du retour au film noir donc si on se souvient des sorties de Hot spot de D Hopper ( bien moins réussi), One false move ou Kill me again entre autres.
          Je pense que Blue velvet ( qui sera je l’espere réhabilité dans 100 ans … car je vous avais trouvé dur dans 50 ans ) avait ouvert la voie à ces récits directement connectés sur des problématiques des 40′ ou 50′.

        • MB dit :

          J’ai revu GLENGARRY GLENN ROSS récemment et je me suis demandé si les assauts mutuels d’insultes que les agents immobiliers se balancent dans les dents, carrément ordurières, sont un truc de cinéma ou correspondent à une réalité? Le discours aussi que Baldwyn assène pour remotiver l’équipe est truffé d’insultes impossibles à imaginer ici. C’est un peu insistant: Lemmon, formidable à part ça, ensevelit Kevin Spacey sous des tombereaux d’injures répétitives plus qu’au-dessus du niveau « imbécile » ou « espèce d’idiot » et ça dure dix bonnes minutes! Il y a un rapport au fric qui relève de l’avidité et de la position sociale que l’on connaît et est justifié, mais se parlent-t’ils vraiment comme ça dans les bureaux?

        • MB dit :

          à Ballantrae/ tous les films que vous citez ici sont des bons films noirs sorte de résurgence des 90, j’ajoute les films outre KILL ME de John Dahl qui semble être passé à la Tv: LES JOUEURS, LAST SEDUCTION où Linda Fiorentino est LA femme vénale et RED ROCK WEST où Nicolas Cage traverse le film complètement abruti pour se faire rouler dans la farine du début à la quasi fin, assez rigolo la résurgence du panneau de la ville du titre qui réapparaît trois fois dans le film dans les phares de la voiture de Cage alors qu’il ne cherche que de s’extirper du sac de noeuds dans lequel il s’y est retrouvé mais à chaque fois qqch l’y ramène comme aimenté! Le côté comique voulu ou pas, vient aussi de ce qu’on s’attend, Dahl respectant tous les clichés du noir, à ce qui va se passer car l’inattendu peut être plaisant mais le contraire aussi! HOT SPOT pourrait d’ailleurs être signé du même Dahl. Comme dans les comédies de boulevard le quiproquo est une figure récurrente du récit.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Je vous trouve un peu indulgent notamment pour les John Dahl. Plusieurs de ces films ressemblent à des décalques, des copies carbones qui ne fonctionnent que sur les pires clichés, des films sans sincérité qui recopient des recettes. J’vais détesté LAST SEDUCTION et d’ailleurs Dahl s’est écroulé très vite. Le renouvellement est venu des Coen, de Tarentino. Le Joannou m’avait plu mais je me souviens que mon copain Rissient détestait viscéralement les films de Foley notamment son adaptation de Thompson qu’il jugeait idote et beaucoup moins bonne que THE KILL OFF. Peut être était il excessif mais il avait prédit tout de suite que ce type n’avait rien dans le ventre et qu’il disparaitrait contrairement à d’autres qui débutaient Caen même temps. Je n’ai jamais vu ses autres films

        • Ballantrae dit :

          La nouvelle vague du noir était inégale je vous le concède et je ferais une différence entre John Dahl que je trouvais caricatural ou Hot spot assez surligné et la beauté âpre de State of grace ou At close range ( qui a un côté Kazan et pour cause c’est son fils qui était au scénario)très tenus et inspirés et dans l’écriture et dans la mise en scène.
          Pour Jim Thompson je trouve que plusieurs films ont rendu justice à son univers à commencer par les excellents Coup de torchon puis The grifters qui me semblent tous deux respecter et transposer fort bien les romans d’origine.
          After dark me semblait bien mais ne l’ayant vu qu’une fois il y a longtemps une vérification s’imposerait.

        • MB dit :

          à Bertrand/THOMPSON les adaptations américaines plutôt récentes de JT ont été catastrophiques je n’ai pas vu THE KILL OFF ni celle de Burt Kennedy de KILLER INSIDE ME mais elle est sûrement mieux que celle avec Casey Affleck qui a massacré (lui ou le scénario ou les deux) le personnage de Lou Ford pour qu’il ait autant de rapport avec Lou Ford qu’avec Mary Poppins. Le film de Stephen Frears résiste mais tout juste.
          Personne n’a jamais réussi à transmettre sur l’écran un personnage aussi génial et paradoxalement aussi, a priori fait pour l’écran, un régal pour un acteur que ce sherif qui prend en otage avec gourmandise quiconque se sent obligé de l’écouter par complaisance (c’est quand même le sherif!), et du coup obligé d’écouter des lourdeurs comme « l’homme est en germe dans l’enfant savez-vous… », débitées de la voix la plus grave et nonchalente possible, et si jamais la victime fait semblant de s’intéresser à ces âneries: « ah je savais que vous étiez d’accord avec ça et bien écoutez-moi savez-vous ce que je pense… » et c’est reparti pour un tour pour l’autre, décomposé par l’ennui. Dans ces films de la redécouverte de JT dans les 90, aucun n’a voulu répercuter l’amertume, le tragique (entre autre le tragique de l’ennui), le désespoir de Lou Ford qui a dû renoncer à une carrière de médecin qui l’attirait pour remplacer son père sherif… Avez-vous lu un roman court de JT qui s’appele Le Criminel? magistral.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          THE KILL OFF était pas mal du tout et le Burt Kennedy catastrophique. La version récente est plus fidèles, moins édulcorée mais le réalisateur commet une erreur impardonnable. Il suit à la lettre, dans la voix off et le comportement, tout ce qu’affirme le héros puisque le livre est écrit à la première personne. EN OUBLIANT QUE C’EST LE RÉCIT D’UN SOCIOPATHE, D’UN PSYCHOPATHE. Et qu’il faut donc prendre des distances, la caméra amenant une objectivité. Ce que j’ai fait dans COUP DE TORCHON en réécrivant tous les personnages des femmes vus dans le livre avec une vraie misogynie, supprimé beaucoup de rapports à l’argent. J’ai décalé la vision, pris du recul et Donald Westlake avait écrit que c’était la meilleure adaptation de Thompson, meilleure que la sienne qui est pourtant pas mal

        • MB dit :

          au fait ONE FALSE MOVE est sûrement bien au-dessus des autres polars cités je le revois de temps en temps. Carl Franklin a aussi disparu à la tv dommage, Bill Paxton a aussi disparu mais pour de bon, son meilleur rôle.

        • MB dit :

          à Bertrand: j’avais perçu le changement de point de vue DE Pop 1280 à COUP DE tORCHON ou du moins comment vous aviez rattrapé ça pour l’adaptation, les récits à la 1ère personne chez JT sont ce que je trouve le + attrayant, car si c’est subjectif et que le narrateur voit tout à travers son miroir déformant, c’est passionnant pour le lecteur de faire la part des choses, au cinéma le point de vue subjectif n’a pas donné les plus grandes réussites, le cinéma tiendra toujours un peu du documentaire et ce n’est pas péjoratif.
          Le roman « Le Criminel » additionne les points de vue subjectifs car chaque chapitre est un récit d’un personnage différent, le titre de chapitre est le nom du narrateur, c’est comme l’aboutissement du romancier sauf que publié en 53, c’était loin d’être le dernier.
          Tant pis pour le Kennedy, Stacey Keach m’avait l’air d’être LE Lou Ford! Pour la version avec Affleck, j’étais irrité par le jeu de celui-ci, pétulant et gai, ce qui est absurde!
          Vous souvenez-vous de la source du propos de Westlake sur COUP DE TORCHON ou était-ce privé?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          C’était un article ou une interview. Mefiez vous, Casay Affleck n’était pas si loin du personnage. C’est quelqu’un qui doit apparaitre comme une sorte de plouc bienveillant et truculent. Mais là, ils avaient voulu être trop fidèle…Enfin, enfin aisant aussi des coupes. La voix off, reprenant le livre, disait : « Chez Nous, on est sympa, gentil, on aide une vieille dame, on dit Bonjour madame, merci m’sieur à tout le monde » et dans le livre, JT ajoutait, « s’ils sont blancs bien sur », ce qu’ils coupent.

        • Ballantrae dit :

          Coup de torchon est formidable , inépuisable visionnement après visionnement et le malaise comme le rire restent toujours étroitement liés.
          L’un de vos chefs d’oeuvre Bertrand mais aussi l’un de ceux de Philippe Noiret tant sa force est intimement liée à la manière dont il a construit le personnage.
          Aviez vous eu l’occasion de parler de Thompson avec S Frears concernant The grifters que je m’evertue à juger à la hauteur du materiau d’origine?

        • MB dit :

          à ok, je le reverrai pour peut-être corriger le jugement merci

        • dixon steele dit :

          Il y a un Peckinpah qui, à chaque fois que je le revois, me fait songer à Jim Thompson, non, ce n’est pas Guet Apens, mais Apportez moi la tête d’Alfredo Garcia. Je ne sais pas jusqu’ou l’influence est réelle et volontaire mais Warren Oates pourrait vraiment être issu d’un livre de J.T!

        • Pascal MINETTE dit :

          Tiens, je viens de voir Warren Oates dans un épisode de la géniale série TALES OF THE UNEXPECTED. Il n’y laisse pas beaucoup de place pour les autres !
          Je ne sais pas si cette série a déjà été évoquée ici mais c’est un exercice de cinéma formidable ! En quelques minutes, scénariste, compositeur, acteurs, réalisateur etc doivent convaincre ou discréditer le concept.
          Voilà le genre d’exercice qu’on devrait demander chaque semaine aux étudiants de BTS audiovisuel au lieu de les saoûler avec des heures de physique ( j’ai mon fiston prêt à lâcher ses études à Villefontaine ).

        • MB dit :

          à M Pascal
          TALES OF THE UNEXPECTED
          ça vaut le coup pour l’ensemble alors?

        • Denis Fargeat dit :

          A Minette Pascal
          Je garde un souvenir mitigé de ces « Tales of the unexpected »; les histoires de Roald Dahl sont géniales et la musique de Ron Grainer affreusement entêtante – je vous remercie BEAUCOUP de me l’avoir remis en tête. Mais il y a aussi toute la laideur des séries britonnes des années 70/80: cette vidéo suréclairée, avec quelquefois des extérieurs en 16 mm qui jurent avec les intérieurs, et des stockshots vite repérés ; histoires en béton, acteurs solides, mais visuellement décourageant – je trouve.
          Curieusement, on trouve sous le même titre 8 épisodes patronnés par un des manitous de la TV américaine, Quinn Martin ; mais Warren Oates, c’est bien dans la série anglaise qu’on le trouve en 1985, « Nothin’ Short of Highway Robbery », joli titre.

        • Pascal MINETTE dit :

          A MB : Oui, ça vaut le coup, même si certaines histoires sont décevantes. Et ça fait progresser en anglais, voyager aussi, dans le monde anglosaxon des années 70, les vieux manoirs, les ptites dames à chapeau, les papiers peints invraisemblables assortis aux robes et chemises….

        • Pascal MINETTE dit :

          A DENIS : moi non plus je n’ai pas compris ce que Quinn Martin foutait dans là-dedans. Une co-production sans doute.
          C’est vrai, le thème de Ron Grainer dont on ne se lasse pas et qu’on est content de réentendre à la fin pour nous aider à nous réveiller du cauchemar.
          Mais il y a aussi la musique accompagnant chaque épisode, qui paraît écrite d’une main toujours différente.
          Par exemple, le beau motif de guitare dans la Landlady qui semble regarder ailleurs.
          Certains épisodes sont à la limite du choquant et ne seraient plus diffusés aujourd’hui, ce qui leur confère une qualité inestimable !

        • MB dit :

          TALES alors à ce que j’ai vu il y a une série américaine (Quinn Martin) de 77, une anglaise de 79 à 88, et enfin une australienne à partir de 2014 mais je crois que c’est juste un titre homonyme, le nom de Dahl n’apparaît pas, voili voilou.

        • Dixon steele dit :

          Warren Oates est remarquable également_ comme souvent_ dans un épisode de la série Run for your life de la toute fin des année 60, où il joue un shérif péquenaud du Middle West opposé à un avocat libéral interprété par Ben Gazzara (également à la mise en scène). Trés belle série produite et souvent écrite par Roy Huggins que j’aimerais bien revoir. Je me souviens de trés bons épisodes réalisés par Michael Ritchie ou Stuart Rosenberg. Qui aura un jour la bonne idée de consacrer un ouvrage cinéphile spécifique aux séries (et aux téléfilms) des années 40 aux années 80? La plupart sont aujourd’hui accessibles. On y trouve souvent de trés grands metteurs en scène qui y font leurs classes, certains à un moment ou un autre de leur carrière (comme Altman ou Joseph H Lewis ou encore Jacques Tourneur dans Barbara Stanwick show ) y font des choses insensées dans le contexte de production et pas mal d’ épisodes mériteraient d’être mieux signalés aux amateurs.

        • Pascal MINETTE dit :

          A MB : C’est quand même bizarre (le cas de le dire) d’avoir repris ce titre…Sur Dahl, il présente quelques épisodes, au coin du feu, en triturant un stylo. Modeste, il dit que ses histoires courtes sont un cauchemar à écrire, qu’il met des mois à trouver la mécanique de certaines…

      • yves rouxel dit :

        J’ai revu avec un réel plaisir »Milagro »qui est une oeuvre poétique teintée d’un humour jouissif.Picturallement ce film est un veritable tableau de maitre ou les couleurs du soleil couchant se mèlent à la poussière ocre des paysages terreux.Le duo que forme le vieux avec sa truie est une pure réussite mais aussi l’ange gardien au large sombrero qui joue le gentil petit diable.La musique composée par Dave Grusin apporte une joie et une espèce d’espoir et démontre que l’unité d’un peuple et la solidarité finit toujours par payer un jour ou l’autre.Un peuple unit ne serra jamais vaincu »Milagro »en est la preuve irréfutable et mérite une resortie en version BR.

      • Michel Etcheverry dit :

        Je plussoie en ce qui concerne State of Grace/Les anges de la nuit : sa côte cinéphilique est quasi-nulle en France, davantage sans doute par indifférence ou ignorance que par hostilité, et s’il s’en sort un peu moins mal outre-Atlantique, on ne peut pas dire que ses thuriféraires soient légion.

        C’est dommage car au-delà de l’aspect policier proprement dit, le film possède une remarquable force dramatique reposant sur la sensation d’un fatum aussi implacable qu’inéluctable, avec en contrepoint une mélancolie sous-jacente que souligne parfaitement la musique de Morricone. Je crois que ce qui m’a le plus touché dans l’histoire, c’est la manière dont les trois personnages principaux cherchent leur salut dans un passé dont ils espèrent qu’il leur permettra de renouer avec leur innocence perdue, alors même que ce passé portait déjà en lui les germes des drames du présent et condamnait les protaginistes à la tragédie. Et Ed Harris était effectivement remarquable en second couteau qui n’a pas la carrure du rôle de caïd de premier plan auquel il aspire.

        J’avais présenté State of Grace au Forum des Images il y a fort longtemps de cela en double programme avec Nos Funérailles de Ferrara et je me souviens que le film de Phil Joanou avait été une découverte pour beaucoup.

        • dixon steele dit :

          Glenngarry est aussi un film à réhabiliter – sa peinture des effets désastreux du capitalisme sur l’humain est assez unique et d’une puissance réelle – que ce soit Lemmon, Pacino, Alan Arkin ou Spacey, tous y sont remarquables. Mamet était d’ailleurs aussi, à la même époque, un « espoir » du Neo-Noir avec Engrenages et Homicide, deux films dont j’ai plutôt un bon souvenir.

        • MB dit :

          Mamet était un très grand espoir des 90 avec ENGRENAGES, HOMICIDE, LA PRISONNIERE ESPAGNOLE (qui triche un peu avec le spectateur) HEIST était amusant, tous ces films jouaient sur l’arnaque, la surarnaque et la contre-arnaque au 5ème degré: l’attrapeur-attrapé-réattrapant etc., c’était parfois facile mais j’admirais ses dialogues avec les tics du personnage qui répète la phrase entendue par son interlocuteur.
          Je devrais voir sa série THE UNIT.

        • Ballantrae dit :

          Et aussi Things change( Parrain d’un jour) avec Don Ameche en sosie de maffieux pas si naïf. Vu à sa sortie et jamais revu. Bon souvenir très lointain.

    • yves rouxel dit :

      A Michel. »Lions et agneaux »n’est pas le meilleur de Redford réalisateur.Le film est segmenter en trois parties bien distinctes.La confrontation entre Meryl Streep et Tom Cruise est quelquefois pesante car Redford met surtout en avant le personnage du sénateur.

  13. MB dit :

    « QUIZZ SHOW, l’une de ses meilleures réussites (hélas uniquement trouvable en zone 1)  »
    non non en vérifiant j’ai vu qu’on le trouvait en zone 2.

    • yves rouxel dit :

      Je n’ai pas revu « Quizz show »depuis sa sortie mais je voulais revenir une nouvelle fois sur »Des gens comme les autres »que j’avais chroniquer en 2014 lorsque mon fils Sébastien à décider de quitter ce monde.La perte d’un enfant dans une famille est la chose la plus terrible que l’on puisse vivre dans une existence de père ou de mère.Ce n’est pas dans la logique des choses qui arrivent et qui nous marquent à jamais.Le film est une ode psychologique faite de tendresse et d’amour mais également de déchirement et d’explosion de la cellule familiale suite à un décés.Donald Sutherland est d’une grande justesse dans ses retranchements,ses rancoeurs et ses remords de père qui est conscient que la page doit se tourner et la vie doit continuer malgré tout.A revoir d’urgence.

  14. Damien D. dit :

    Sur Milestone, ne pas oublier non plus son beau film A L’OUEST RIEN DE NOUVEAU (1930) qui avait été magnifiquement restauré et sorti en blu ray pour les 100 ans du studio Universal. Et aussi le film RAIN (1932) avec Joan Croawford sorti lui en dvd en son temps chez Wildside…

    J’ai en blu ray et dvd ses 3 derniers films LA GLOIRE ET LA PEUR, L’INCONNU DE LAS VEGAS et LES ReVOLTES DU BOUNTY avec Brando mais pas encore eu le temps de m’y pencher…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Damien D
      Je crois avoir parlé de A L’OUEST, de LA GLOIRE ET LA PEUR et aussi de sa version de FRONT PAGE, remarquable disponible chez Criterion.. Les deux autres titres que vous citez sont très faibles

      • Alexandre Angel dit :

        LES REVOLTES DU BOUNTY, si faible que cela, vraiment?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Alexandre Angel
          C’est un film détruit par Brando, son accent, sa mégalomanie et Milestone, fatigué, a jeté l’éponge face à cet autocrate

        • Pascal MINETTE dit :

          En version originale, c’est vrai que les intonations et le faux accent de Brando nuisent au réalisme et donc à la narration.
          Même Trevor Howard pêche un peu par emphatisme.
          En évacuant ces réserves, la version française donne un sacré bon film, selon moi, que je revois régulièrement; surtout pour les scènes avec Trevor Howard .

        • MB dit :

          à P Minette
          BRANDO
          mais en version originale son élocution terriblement précise est séduisante, en connaissant moyennement l’anglais on se passe quasiment des sstitres. Maintenant, vous parlez de l’accent du Bounty je sais pas. Il a parfois des manièrismes vocaux à la limite du cabotinage, de la vraisemblance, mais on s’attache plus à les apprécier comme une musique, qu’à saisir le fond de ce qu’il dit: son monologue de APOCALYPSE je ne me souviens de quasi rien de ce qu’il peut détailler en considérations philosophiques de bazar mais ça passe comme un enchantement à cause du son de sa voix! (je ne me souviens que de l’anecdote des bras coupés des enfants vaccinés).
          Et le discours de Marc Antoine, hein? là, chapeau!
          (faut-il préciser JULES CESAR?)

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Dans Marc Antoine, d’accord, il est magnifique et fait son miel du texte shakespearien qu’il avait appris. Dans APOCALYPSE, il n’avait lu ni le scénario ni le livre de Conrad et ses silences pesants étaient pour lui une façon de se souvenir d’une réplique, d’en inventer une, souvent fumeuse. Je trouve qu’il fait un numéro de diva qui est au rebours de ce que cherche le film

        • MB dit :

          à Bertrand
          BRANDO
          Pour APOCALYPSE on en avait parlé en effet et aussi du fait que Storaro s’était démené génialement pour éviter l’endormissement du spectateur, le crâne de Brando quasiment découpé par la lumière (ça c’est mon souvenir de 78 à la revision le crâne est rarement vu partiellement, curieux les souvenirs, la lumière reste étonnante) . C’est le seul moment du film à la frontière vers le moins bien car le final cut de APOCALYPSE est totalement justifié (ce qui revigore cette expression qui en a bien besoin).

        • Pascal MINETTE dit :

          A MB: De toutes façons, Trevor Howard en fait trop aussi avec ses intonations d’acteur shakespearien d’autrefois. Ceci dit, le plus important, ce sont les personnages. Celui de Bligh , surtout, qui paraît caricatural mais qui pointe le problème des chefs qui n’ont pas ce qu’il faut, humainement parlant, pour tenir cette fonction.
          Il y en a partout dans notre société. Des types qui n’aiment pas assez les gens pour diriger, pour se faire à la fois aimer et faire tourner les choses.
          C’est même une tare de notre monde, je trouve, que la plupart des directeurs ou chefs, à tous les échelons de la société, soient des erreurs de casting.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pascal Minette
          Vous venez de cerner la thématique moteur de Robert Aldrich

        • Alexandre Angel dit :

          A Bertrand,
          Vous pensez à Eddie Albert dans ATTACK?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Alexandre Angel
          A tous les hommes de pouvoir qui sont dictatoriaux, corrompus, incapables à de très ares exceptions près : Rod Steiger dans le Grand couteau, les généraux qui décident de la déportation des Apaches, Maximilien, les officiers supérieurs de FUREUR APACHE qui se défilent pour envoyer un lieutenant sans expérience, Eddie Albert dans HUSTLE, THE LONGEST YARD et la liste n’est pas close. Sauvons le président de TWILIGHT LAST GLEAMOING mais qui découvre que la guerre du Vietnam a été entreprise en sachant qu’elle serait perdue

        • MB dit :

          à MC’est même une tare de notre monde, je trouve, que la plupart des directeurs ou chefs, à tous les échelons de la société, soient des erreurs de casting.
          à Pascal M « C’est même une tare de notre monde, je trouve, que la plupart des directeurs ou chefs, à tous les échelons de la société, soient des erreurs de casting. »
          hein?! mais c’est ce que je pense depuis des siècles mais j’ose pas le dire en me disant que c’est parce que j’aime pas être commandé ou que je suis jaloux! le secret c’est de mixer plaisir du travail et encadrement, bon on développera une autre fois mais il y a peut-être un principe qui fait que quiconque veut s’élever dans la hiérarchie le veut par désintérêt pour le travail! ah, il faut pas généraliser certes…

        • Pascal MINETTE dit :

          A MB : On nomme chefs des gens dénués de charisme et de prédispositions pour la relation humaine. Les conséquences au quotidien sont terribles.
          Même un petit prof de quoi que ce soit ne sera pas bon et épanoui s’il n’aime pas plus les enfants que sa propre discipline.
          Il faudrait un Aldrish français pour foutre le pavé dans la mare ici.

      • MB dit :

        « Je crois avoir parlé de A L’OUEST, de LA GLOIRE ET LA PEUR et aussi de sa version de FRONT PAGE »
        et de RAIN, mais ce film mériterait une restauration et j’ai peur d’en avoir été gêné

      • Damien D. dit :

        Merci pour votre avis Bertrand sur quelques titres que je n’ai pas encore visionné : j’avais par ailleurs acheté RAIN à la suite de votre chronique de 2012 où vous en disiez beaucoup de bien : http://www.tavernier.blog.sacd.fr/documentaires-et-fictions/

    • Mathieu dit :

      A Damien:
      Ne pas oublier non plus THE STRANGE LOVE OF MARTHA IVERS, très bon film noir avec Barbara Stanwyck, Van Heflin, Lizabeth Scott et Kirk Douglas dans son premier rôle au cinéma, et aussi Judith Anderson, la Mrs Danvers de REBECCA. Film écrit par Robert Rossen où on retrouve sa sensibilité romantique et anarchiste.
      On trouve le film en dvd en édition polonaise chez Paramount mais il y a des sous titres français, en polonais ça s’appelle DZIWNA MILOSC MARTY IVERS.

      • MB dit :

        « On trouve le film en dvd en édition polonaise chez Paramount mais il y a des sous titres français, en polonais ça s’appelle DZIWNA MILOSC MARTY IVERS. »
        exact, qqn en avait parlé ici et c’est d’ailleurs pour ça que je l’ai acheté, vostf en effet et image excellente.

  15. Didier Dumonteil dit :

    CAGLIOSTRO de Ratoff

    Prenant,comme toujours chez Dumas ,les plus grandes libertés avec l’histoire ,le film vaut ,à défaut de touche dans la mise en scène ,pour l’interprétation de Welles qui pourrait même hypnotiser l’audience ,notamment dans la scène des soi-disants malades dans le palais de Versailles ;déplaçant l’affaire du collier de dix ans dans le temps (où Cagliostro joua un rôle)et remplaçant les autres personnages de l’affaire La Motte -ce n’est pas pire que la version fantaisiste avec Hilary Swank,en revanche celle de L’Herbier se revoit avec plaisir- le film est un pur divertissement et il faut le prendre comme tel.

    L’ouverture est particulièrement cruelle:dans le lointain ,on aperçoit les gibets où les parents du héros ont été pendus;le bourreau se prépare à arracher les yeux de leur fils.La scène où Cagliostro déterre Lorenza est carrément poesque.

  16. MB dit :

    CONFESSION D UN COMMISSAIRE DE POLICE… Quand j’avais découvert ce film à 18 ans, je le revoyais et je guettais le moment où Nero et Balsam s’engueulent en rase campagne et rejoignent leur voiture mais emportés par leur différend, chacun se plante et veut prendre la voiture de l’autre, ils voient leur erreur claquent la portière retrouvent chacun leur voiture tout en s’engueulant de plus belle! Je méprisais cordialement les gens qui ne s’extasiaient pas devant ce détail! C’est peut-être le 1er film que j’ai revu.

  17. JSB dit :

    CONFESSION D’UN COMMISSAIRE DE POLICE AU PROCUREUR DE LA RÉPUBLIQUE est un très bon film politique, quoique très sec comme souvent chez les italiens à cette époque (y compris dans le giallo d’ailleurs). A noter que dans cette édition (qui semble avoir changé de visuel), il y a un documentaire assez intéressant sur le réalisateur. Et puis il y a franco nero….

  18. Alexandre Angel dit :

    A Bertrand,
    Dans les Redford, il y en a un qui m’avait immédiatement charmé dès sa découverte en salle à sa sortie, c’est THE MILAGRO BEANFIELD WAR.
    Je lui trouvais une ambiance à la fois sérieuse et décontractée qui en faisait le prix. Je l’ai revu une fois ou deux à la télé puis l’ai perdu de vue, sans doute lassé.
    J’aimerais bien maintenant le redécouvrir.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alexandre Angel
      Jamais pu le revoir

      • DIXON STEELE dit :

        Il y a, me semble-t-il eu un véritable malentendu critique lors de la sortie de Milagro. On a beaucoup reproché à Redford de n’avoir pas fait un véritable manifeste en faveur des exploités. D’être passé à côté d’un message qu’on lui supposait vouloir délivrer. Le délire est allé assez loin, Joel Magny lui reprochant dans les cahiers du cinéma « d’être plus proche de Spielberg et de Disney que de Genet et de Bataille » (Genet et Bataille pour illustrer la lutte sociale, drôle d’idée, mais passons… ), et de faire ainsi le jeu de Reagan. On connaît la pente parfois délirante des Cahiers mais en l’occurrence cette critique est assez représentative de l’ensemble. Le metteur en scène était accusé d’en faire trop ou bien pas assez, que ce soit dans la lutte sociale, la comédie ou l’onirisme. Ce genre de critique m’a toujours paru stupide, qui consiste à reprocher à un metteur en scène de n’avoir pas fait le film que l’on aurait envie qu’il fasse, mais de s’être contenter de faire celui qu’il avait envie de faire. Si Redford avait eu envie, à la fin des années 80, de réaliser un brûlot anti-reaganien, ou anti-libéral, je pense qu’il n’aurait pas manqué de matière ni de financement pour le faire. Si son choix s’est arrêté sur le très beau roman de John Nichols, c’est certainement qu’il en avait envie. Et pour le coup, son adaptation est à la fois très belle et très fidèle. Il faut je crois davantage lui reconnaître d’avoir conservé toute la richesse et la singularité du roman, qui n’a rien de furieusement gauchiste, mais qui évoque à sa façon, en mineur, un certain mode de vie traditionnelle en perdition et ses valeurs de solidarité, avec un humour et une décontraction constante et un arrière-plan légèrement teinté de fantastique, fait de fantômes et anges-gardiens. Le deuxième livre de la trilogie de Nichols, The Magic Journey est beaucoup plus politique (Louis Malle a tenté de l’adapter), le troisième, The Nirvana Blues, plus onirique. La demi-teinte de ce premier volume me semble tout à fait convenir au tempérament de metteur en scène de Redford et au caractère de l’homme, qui n’a rien de très rugueux ni de très polémique. Et il nous livre au final une comédie de très bonne tenue, une sorte de Jean de Florette Chicanos, faisant vivre une bonne vingtaine de personnages pittoresques, leur donnant à tous une véritable matière humaine et, pour ce qui est bad guys, utlisant un sens de la caricature qui n’est pas sans rappeler les frères Coen avant l’heure. Le défi de la fable et de l’onirisme mesuré est toujours casse gueule, il le relève tranquillement, avec simplicité. Bien sûr la mise en scène est avant tout fonctionnelle, mais le côté décontracté du film est contagieux. Certes, le héros n’est pas un foudre de guerre mais juste un type qui veut planter les haricots, l’avocat gauchiste n’est pas un leader enflammé qui se jette sur une cause, mais un type un peu fatigué, qui prend toute l’affaire avec le sourire, et c’est justement ce qui fait tout le charme du film. Et pour ce qui est du message, que l’on veut absolument y trouver, il me semble que les scènes où les bulldozers détruisent cette nature si magnifiquement mise en valeur par Robbie Greenberg parlent d’elles-mêmes. Et faire un film de cette nature singulière quand il s’agit de dénoncer les dangers de l’homogénéité me semble d’une pertinence suffisante.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A DIXON STEELE
          Vous donnez drôlement envie de le revoir. Le genre de critique que vous citez est ce qu’il y a de plus détestable

        • DIXON STEELE dit :

          Il y a une seule édition dvd en France, chez Universal, elle a plus de quinze ans et, curieusement, il n’est pas sur les plateformes françaises – mais on peut l’acheter ou le louer, avec sous titres en anglais, sur la plupart des platerformes US.

        • Alexandre Angel dit :

          A Dixon Steele
          J’avais complètement oublié que le méchant était Christopher Walken et l’actrice principale la belle Sonia Braga, héroïne d’AQUARIUS.
          Attention toutefois à l’injustice : le texte de Joel Magny, un peu con, prend place dans un compte rendu cannois de Juin 1988.
          Un mois plus tôt, alors que sortait le film en salle, Thierry Clech, dans les Cahiers du Cinéma donc, disait beaucoup de bien de MILAGRO. Je cite :

          « C’est en cela que THE MILAGRO BEANFIELD WAR est un film étrange, sans cesse travaillé par l’oscillation fantomatique de l’ombre et de la lumière, par le corps à corps entre une terre tourmentée (celle d’une région montagneuse du Nouveau-Mexique) et un ciel brillant, reposé et limpide qui fait espérer en la vie. »

          ..ou plus loin :

          « L’attachement à la terre, les rapports complexes et violents entre dominants et dominés, les minorités opprimées, la citoyenneté, l’intégration, le brassage des nationalités, les contradictions du peuple américain sont autant de ( beaux) sujets que la progression narrative du film croise, oppose et met en écho, presqu’en abîme. Dire que tous ces sujets jalonnent le film, c’est avant tout témoigner de son immense richesse, de son épaisseur et de sa capacité à les intégrer dans le linéarité du récit, en évitant tout effet de superposition. »

          Il me semblait bien que c’était un article des Cahiers qui m’avait donné envie de le voir.

        • Edward dit :

          Il est aussi aisé de le trouver en Z1 ss-ttr français

        • MB dit :

           » Le genre de critique que vous citez est ce qu’il y a de plus détestable »
          c’est le syndrôme Libé-Cahiers, on est toujours plus malin que les autres, on guette en haletant les signes de complaisance dans un film, c’est pas nouveau. En même temps on s’extasie devant le musical américain le plus nunuche, dépourvu de toute complaisance c’est bien connu (je ne cite pas d’exemple restons discret…).

          ceci est signé par le mec qui ne lit plus aucune critique de pro parce que son cardiologue lui a conseillé le calme

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          C’est une critique soumise à l’idéologie de la suspicion dénoncée par Danielle sallenave qui notait que dans un exercice on demandait en premier lieu aux élèves de noter, pour un texte célèbre et magnifique, les points qui vous faisaient douter de la justesse des notations au lieu d’analyser la beauté de l’écriture et de l’inspiration

        • MB dit :

          « Un mois plus tôt, alors que sortait le film en salle, Thierry Clech, dans les Cahiers du Cinéma donc, disait beaucoup de bien de MILAGRO »
          à AA
          je m’en sortirai en disant qu’il y a des exceptions au syndrome Libé-Cahiers…

        • MB dit :

          à Bertrand merci j’ai un peu exagéré dans ma critique d’une certaine critique, mais je savais qu’il y avait du vrai!

  19. Didier Dumonteil dit :

    THEY WON’T FORGET de Mervyn Le Roy:

    IL y a ce groupe de six vieux confédérés qui joue le rôle du choeur antique , ouvrant le bal et réapparaissant la tragédie consommée….

    Il y a ce professeur yankee , qui comme Paul Muni dans « I ‘m a fugitive … » est un paria dans cette ville du sud

    Il y a Elisha Cook Jr,hurlant son innocence à la soeur de la victime ,scène si intense qu’on voit ses postillons sur l’écran .

    Il y a l’arrivée de la mère du bouc émissaire à la gare envahie par la populace ,avide d’assister à cette fête qu’est le procès d’un de ces yankees qui représente une vengeance aveugle sur leur défaite .

    Il y a le quatrième pouvoir , alliée d’un politicien sans scrupules ,qui prépare un grand cirque qui rappelle l’ultérieur « ace in the hole » de Wilder.

    Il y a cette scène émouvante entre le gouverneur et sa femme, la seule où l’ont croit fugacement en l’humanité.

    Il y a ce train où l’on sent une menace imminente

    Il y a la malédiction finale de Sybil ,femme de l’enseignant ,qui stigmatise toute la ville ,du D.A. aux journalistes , du coiffeur lâche à l’odieux principal et tous les vengeurs anonymes.

    IL y a tout cela ..et plus encore !

  20. Ballantrae dit :

    Encore une belle livraison et c’est par la fin que j’ai envie d’entamer mon rebond.
    Elem Klimov serait déjà un immense cinéaste s’il n’avait réalisé que Requiem pour un massacre ( je préfère définitivement le titre originel qui donnerait « viens et vois »). Dire que cette plongée dans l’horreur des exactions nazies relève de l’inédit, de l’indicible est trop vague et je pense que c’est l’un de ces films dont on sort différent comme si l’on avait partagé le récit d’un survivant en entrant véritablement dans sa mémoire. La mise en scène est impressionnante pas parce qu’elle est virtuose en soi ( et elle l’est: je pense aussi bien à plusieurs plans séquence qu’à ce plan sur l’oeil de la vache) mais parce que Klimov trouve constamment l’approche juste pour empêcher le spectateur de se réfugier dans quelque distanciation. Seule compte la justesse du regard immersif et analytique à la fois, justesse qui est aussi justice pour sauvegarder la mémoire de ceux qui ont vécu l’horreur (sur)vivants ou morts.
    Lorsque le film sortit en 1987, j’avais 17 ans et c’est à la revue Starfix plus précisément à Nicolas Boukhrief qui signa un beau papier enthousiaste que je dus cette découverte dans une salle toulousaine assez déserte. Mais je sus intimement que j’avais découvert un film immense et terrible que je devrais digérer et revoir malgré son caractère éprouvant. Positif, les Cahiers, etc… furent assez bigleux et passèrent leur chemin devant le film de Klimov mais ce n’est pas grave: son chef d’oeuvre reste au point de recevoir l’admiration de maints cinéastes dont Bertrand mais aussi Albert Dupontel, Arnaud des Pallieres( qui me le confia lors d’une rencontre) ou encore L Nemes qui y trouva la force d’entreprendre Le fils de Saul avec la réussite qu’on sait.
    Requiem pour un massacre rejoint l’expérience de films tels que Nuit et brouillard avec la même force terrible, prouvant que la fiction n’est pas condamnée à travestir le réel même quand celui-ci est aussi difficile.
    Je disais donc que Klimov serait déjà un immense cinéaste tel Charles Laughton mais il se trouve qu’il a fait d’autres films. On trouve 3 autres films de Klimov dans le très beau coffret paru chez Potemkine:
    -Bienvenue est un film très différent de Requiem… et cousin éloigné plutôt des premiers Forman ou Menzel une comédie satirique enlevée
    -Raspoutine l’agonie me séduit plus que vous par son baroque étrange qui flirte parfois avec le grotesque mais créé un tissu étrange de fiction et d’images d’archives. C’est un pendant de la culture russe que jouer sur ce type d’excès et on peut le retrouver par exemple chez le Sokourov de Moloch ou de Faust. Je rapprocherais cela du grotesque hugolien dans la préface de Cromwell.
    -Les adieux à Matiora est une oeuvre hybride, projet inachevé par Larissa Cheptiko ( disparue dans un accident d’auto) et mené à son terme par Elem Klimov. C’est un film elegiaque à la fois apologue et univers incarné qui narre la résistance des habitants d’un petit village censés laisser la terre de leurs ancêtres à cause de la construction d’une centrale hydroélectrique. C’est d’autant plus émouvant que l’on connaît la place du film dans l’histoire du couple.
    Le coffret permet de mesurer l’immense talent de L Chepitko à travers deux films Les ailes et L’ascension tous deux à voir. Le premier est un portrait de femme sensible, le second un film de guerre âpre et très fort qui trouve sa place aux côtés des plus lyriques Quand passent les cigognes et L’enfance d’Ivan. A mon sens, ses questionnements et son expressivite ont fortement inspiré le très beau Dans la brume de S Losnitza.
    Et il faut acquérir le coffret Requiem pour un massacre chez Potemkine toujours éditeur courageux à soutenir absolument.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      Entièrement d’accord

      • yves rouxel dit :

        A Bertrand.Une nouvelle fois vous ne me ratez pas au passage.Enfin je suis content de lire mon nom à chaque billet.Un conseil de livre,un album à écouter ou un dvd à acheter,il me tarde que vous veniez à Toulouse afin d’avoir une franche et honnète explication en toute amitié accompagné d’une bouteille de Sauterne(car le vin adoucit les moeurs et les esprits).Savez vous au passage qu’une de mes nièces Diane est actrice et à tournée au coté de Lambert Wilson.

    • MB dit :

      à Ballantrae: belle synthèse sur le cinéaste! je fonce.

    • Alexandre Angel dit :

      REQUIEM POUR UN MASSACRE, que je n’ai vu qu’une fois, ne fut, pour moi, réellement éprouvant, que pendant une séquence située au début où le garçon erre, complètement sonné, dans une espèce de marécage (je décris de mémoire). C’est un moment de folie sensorielle complètement dingue et peu aimable, dans la mesure où l’on ne se dit pas « cette une séquence que j’aimerais revoir ». La vache que vous mentionnez se prend une balle traçante, sauf erreur : image hallucinante pas forcément dans les clous édictés par les associations de protection des animaux.
      La scène fameuse qui donne son titre français au film n’est pas dénué de ce grotesque que vous évoquez à propos de RASPOUTINE. Elle est tout à fait tétanisante mais se pare d’une ou deux touches décalées comme ce lémurien que se trimbale l’officier SS : manière russe, klimovienne à tout le moins, de filmer la folie de la guerre, comme pouvait le faire Coppola dans APOCALYPSE NOW.
      On nous montre aussi des soldats allemands complètement alcoolisés, alors qu’ils enferment les gens dans l’église (ou l’énorme grange) à laquelle ils mettent le feu. Ce qui doit correspondre à quelque chose de vrai.

      • Didier Dumonteil dit :

        A AA

        On nous montre aussi des soldats allemands complètement alcoolisés, alors qu’ils enferment les gens dans l’église (ou l’énorme grange) à laquelle ils mettent le feu. Ce qui doit correspondre à quelque chose de vrai.

        Vous connaissez ,comme nous tous,l’horrible tragédie d’Oradour sur Glane en France.

        • Alexandre Angel dit :

          A DD
          Je parlais de l’extrême alcoolisation des Allemands, pas des exactions!

        • Damien D. dit :

          A Alexandre : sur l’alcoolisation, là encore la vérité est déjà pour Oradour, les ss après le massacre ont bu toute la nuit (témoignages de certains bourreaux). Rien ne dit pour autant qu’ils on bu avant et pendant comme dans le film de Klimov (ou dans LE VIEUX FUSIL d’Enrico)… Mais de toute façon tout est malheureusement crédible dans REQUIEM POUR UN MASSACRE…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Damien D
          Cet alcoolisme joue aussi un grand rôle dans le massacre de Lawrence perpétué par Quantril tel qu’il est raconté dans le très beau roman de Daniel Woodrell CHEVAUCHÉE AVEC LE DIABLE et dans la magnifique adaptation de Ang Lee qui élimine toutefois la boisson.

        • Alexandre Angel dit :

          Vos réponses sont intéressantes et je me doute que quelque soit l’époque ou le lieu de ce type de massacre, pillages, cruautés et beuveries peuvent facilement faire bon ménage.
          Mais j’imaginais qu’il y avait peut-être une spécificité du comportement des soldats allemands sur le front russe.

        • Pascal MINETTE dit :

          Moi, je pense que l’alcool n’est pas ce qui fait de l’homme un salaud.
          Les miliciens français, la gestapo marchaient-ils systématiquement à la bibine ?
          Je pense que , dans toutes les nations du monde, vous trouverez des hommes capables de tuer simplement parce qu’on leur en a donné le droit. Vous ne trouverez pas une bouteille sur chaque crime de guerre ignoble. Donnez l’impunité et il y aura des hommes pour flinguer des gosses à la chaîne.
          Pardon pour le pessimisme, mais les faits ne montrent pas que l’alcool peut faire d’un homme un salaud. Ils montrent que l’homme est un salaud.

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