Schoendoerffer, Ceylan, Lee Chang-dong

8 octobre 2018 par - DVD

Je reviens de revoir LA SECTION ANDERSON et RÉMINISCENCE (rencontre avec des rescapés de la section Anderson, 22 ans après) de Pierre Schoendoerffer et j’ai été bouleversé par ces deux documentaires qui paraissent à la fois très actuels et mettent en valeur tout ce qui sépare deux guerres perdues comme le Vietnam et l’Irak : dans l’attitude des personnages, la manière dont ils parviennent à se réinstaller dans la vie civile. Ce sont des films qui disent une masse de choses sans imposer d’idées préconçues et ils tiennent mieux le coup que les épisodes de LOIN DU VIETNAM et les films. C’est une très belle idée que d’illustrer certains épisodes de LA SECTION ANDERSON (où l’on voit vraiment que la guerre c’est l’attente, la confusion, le crapahutage dans la boue, sous la pluie) avec cette variation déchirant sur « Saint James Infirmary » que chantonne un soldat qui s’accompagne à la guitare et que l’on réentendra dans RÉMINISCENCE. J’avais oublié à quel point RÉMINISCENCE est émouvant et parlant : ces intérieurs, ces paysages, cet homme qui caresse son fusil, cette solitude qu’ils recherchent presque tous. Et ces femmes à qui ils n’ont pas parlé de leur guerre (ce qui revient aussi tout au long de LA GUERRE SANS NOM). A mots couverts, avec pudeur, on sent à quel point la guerre les a marqués mais aussi que le fait qu’ils soient commandés par un homme qui avait des principes, qui respectait les valeurs, les a soudés. Comme le dit Anderson dans RÉMINISCENCE, « dans ma section il n’y a pas eu de dérapages, de My Lai parce qu’on respectait les principes ; on a eu peu de morts parce qu’on respectait les principes et on se respectait les uns les autres ». Un des soldats évoque la guerre des années 70 en disant c’était devenu n’importe quoi et que cela l’a fait quitter l’armée. Schoendoerffer fait juste une petite erreur en traduisant « préjudice » par préjudice, alors que c’est plutôt préjugé. Ces deux films méritent d’être redécouverts.

  

La vision du POIRIER SAUVAGE et de BURNING ont été deux grands chocs. Voilà deux œuvres sublimes visuellement, profondes, riches, complexes et qui vous prennent le cœur. Il y a une sorte de lien émotionnel qui les relie (les héros masculins, mal à l’aise, introvertis, bougons, tourmentés, le fait que tous deux veulent écrire et le film évite les clichés du futur roman-miroir). Ils nous parlent des blessures intimes et de la solitude, du rapport à la Nature. Voilà des œuvres qui vous lavent l’esprit. J’en profite pour rappeler les autres titres de ces deux réalisateurs que j’ai adorés WINTER SLEEP, IL ÉTAIT UNE FOIS EN ANATOLIE, UZAK pour Nuri Bilge Ceylan et PEPPERMINT CANDY, POETRY, OASIS, SECRET SUNSHINE pour Lee Chang-dong. Des œuvres indispensables.

La défense du FRANCISCAIN DE BOURGES (Blu-ray Gaumont) passionnée et convaincante de Dumonteil, m’a poussé à revoir ce film qui m’a plus touché que lors de sa sortie. Mais je persiste à le trouver raté, en dépit d’intentions plus que louables et de moments assez touchants. Raté à cause de Lara et là, je rejoins Alain Riou qui dans les bonus de cette remarquable édition, critique fortement le film, tout en reconnaissant qu’il l’a trouvé meilleur que la première fois. Il pointe finement que la principale erreur est le choix de Lara qui ne sait pas bien filmer les séquences d’action (l’utilisation de l’espace dans les premières scènes est catastrophique), séquences de torture, attaque du convoi qui auraient été mille fois mieux dirigées par René Clément. J’ajouterai ou par Henri Decoin comme le prouve une œuvre de commande comme LA CHATTE où les séquences d’action, d’arrestation, d’attentats témoignent d’un savoir-faire, d’une efficacité, voire d’une invention visuelle (Montazel est très supérieur au Kelber du FRANCISCAIN) infiniment supérieure, sur un sujet moins audacieux ou ambitieux. Ajoutons que la direction des jeunes acteurs (leur choix comme le montre Jean-Pierre Bleys est souvent discutable) est, là encore, très en dessous de Clément. Aurenche, lui, était furieux du choix de Hardy Krüger. Il avait écrit le scénario en pensant à Gert Froebe, ce qui était une idée formidable, passionnante. Le frère Stanke, énorme, colosse d’humanité indéchiffrable de prime abord, se saoulait la gueule (il allait voir des créatures nous dit Lara) et passait pour un abruti, mais il avait ses formidables éclairs de tendresse humaine et ce courage à l’état brut, qui pousse à agir sans analyser. Krüger est trop beau et il joue les abrutis, il fabrique, il nous explique ce qu’il pense et même s’il a des moments émouvants, passe à côté du personnage. Plusieurs moments (les discussions sur l’au-delà, sur la conscience) m’ont touché mais je les sentais très en dessous des intentions. La mise en scène de Lara comme dans TU NE TUERAS POINT rabote, étouffe, elle n’ajoute pas de complexité, de lumière, d’imprévus. Elle comprime, compresse le scénario ce qui n’était pas le cas D’EN CAS DE MALHEUR, du JOURNAL D’UNE FEMME EN BLANC, d’UNE FEMME EN BLANC SE RÉVOLTE où l’on sentait une urgence aidée par le Noir et Blanc. Il faut défendre le FRANCISCAIN mais surtout pour ses intentions. Le casting des Allemands est pauvre. Dans les bonus, Anne Riou évoque avec chaleur, intelligence et passion la personnalité et la carrière d’Aurenche.

Le lendemain, j’ai revu dans le DVD du coffret Eclipse de Criterion (zone 1) consacré à Lara durant la guerre, le merveilleux LETTRES D’AMOUR, admirable de légèreté, de finesse, d’invention (dans les personnages, les péripéties très enchevêtrées). De la nouvelle de son oncle, que j’ai lue, Aurenche ne garde que l’idée des deux quadrilles et invente toute une série de machinations amoureuses – une femme qui trompe son préfet de mari, fait envoyer les lettres de son amant à sa meilleure amie qui va tomber amoureuse en les lisant –, politiques – le parti de la Réaction entend se servir d’un bal pour humilier ses adversaires -, de retournements cocasses, de notations imprévues ou saugrenues. Il ajoute un personnage de braconnier qu’il avait filmé dans LE PIRATE DU RHÔNE et qu’il réutilisera dans LES AMANTS DE PONT SAINT-JEAN (ou comment le documentaire nourrit la fiction, idée originale et moderne), des tirades féministes touchantes ou perçantes : la manière dont Perier fait le portrait d’Odette Joyeux me touche à chaque vision. Carette est dément dans un personnage de maître à danser qu’on veut faire passer pour un médecin aliéniste et qui n’arrive pas à dormir. L’interprétation est parfaite, de François Perier à Odette Joyeux en passant par Simone Renant et le formidable Alerme (qui déclare à son avocat « si les avocats servaient à quelque chose, je ne vous prendrais pas » ou bien « je ne sais pas comment vous faites pour vous mettre du jaune d’œuf sur votre rabat »). A noter qu’Odette Joyeux, dans ce film de 1942, travaille, dirige une compagnie de diligence qu’elle n’abandonnera pas contrairement aux films américains de l’époque.

Je voudrais également souligner la sortie chez Carlotta du magnifique coffret consacré à 5 ET LA PEAU et à Pierre Rissient avec deux excellents documentaires, mine d’anecdotes, d’histoires qui montrent bien la passion de mon ami Pierre, l’acuité de ses jugements. Sur le film, j’ai écrit un texte qui est cité dans le dossier de presse et que je n’aurai pas l’arrogance de reproduire. Il y a aussi une édition moins luxueuse et moins chère.
Puisque je salue Carlotta, signalons les sorties de DEUX HOMMES EN FUITE de Joseph Losey, dont je fus l’attaché de presse, de HUIT HEURES NE FONT PAS UN JOUR de Fassbinder, et de DUEL AU SOLEIL de King Vidor que je veux revoir. Le transfert a l’air magnifique et les couleurs plus somptueuses encore que dans mon souvenir mais l’interprétation survitaminée de Jennifer Jones qui joue comme dans un opéra m’a fait chanceler et je vais prendre un peu de repos avant de continuer.

    

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Commentaires (36)

 

  1. DUMONTEIL dit :

    Je tiens à signaler la sortie de nombreux films avec Fernandel dont LES 5 SOUS DE LAVAREDE sur lequel délire Paul Vecchiali (à revoir donc), ERNEST LE REBELLE, FRANCOIS 1er, LA CAVALCADE DES HEURES, LE CLUB DES SOUPIRANTS. Dites-moi ceux qui valent le coup.
    (lu ceci sur un vieux éditorial)

    je ne parlerai que de « la cavalcade  » que je porterai très haut ,même si certains vont encore dire que je ne parle que des vieilleries.
    L’un de nos usagers parle de sa découverte de « retour à la vie » et ceci m’a remis en mémoire ce film à sketches de Yvan Noe(mann) (dont on pourra évoquer d’autres oeuvres ,mais aucune n’approche « cavalcade « ) ,malheureusement étiqueté « film de Fernandel » ,alors qu’il n’apparait que dans un segment ,le moins intéressant pour mon goût

    Le thème concerne la quatrième dimension,celle que l’homme ne maîtrisera jamais :le temps .
    Le prologue montre l’influence du génie architectural de Fritz Lang et l’argument peut évoquer « Der Mûde Tod » (les trois lumières)
    Hora est une des heures du temps ,elle est le lien des sketches

    seg 1: un jour de routine d’un ouvrier rythmé par les tic tac ; 4 min pour le petit déjeuner ;Le métro,l’usine où il répète 3000 fois le même geste

    seg 2: un fonctionnaire réalise que sa vie n’est que vide et médiocrité,avec sa mégère de femme (Fusier-Gir)

    seg 3 : un athlète reçoit un bouquet à chaque victoire ;mais un jour il faut passer la torche..

    Seg4: une femme égoïste (Morlay) va visiter son fils en pension ,elle ne pense qu’à retrouver son amant ;Hora tourne les aiguilles de la pendule …

    Seg 5: « soulagement » comique avec Fernandel ,je passe

    seg 6:un riche propriétaire de nightclub (Charpin) rentre chez lui;il se sent mal ;Hora est là,son heure est venue ;il proteste ,il n’a que 50 ans ; il supplie;alors commence la « pesée de son âme » comme faisaient les Egyptiens ;le fantôme de sa mère apparait…

    seg 7: un riche chanteur (Trenet) a tout ;un soir il invite une vieille femme à laquelle il se confie :ses regrets ,sa nostalgie d’une enfance à jamais enfuie ; »que reste-t-il de nos amours » ,dans ce contexte ,est sublime ,bien mieux utilisé que dans le Truffaut.

    Seg 8: un condamné à mort attend son execution ;il demande un sursis à Hora ;elle l’aide à s’échapper ;pendant sa folle cavale ,elle lui glisse une cigarette , quel symbole!
    La roue qui roule sur la route a pu inspirer Sautet pour « les choses de la vie »

    Les 3 derniers segments sont stupéfiants ,surtout venant d’un metteur en scène dont on n’attend pas ça …

    j’ai vu les 4 autres films qui sont vraiment des « films de Fernandel  » ; »François Premier  » de Christian-Jaque est amusant ;aucun des 4 ne soutient la comparaison avec « cavalcade  » ,dont l’équivalent en chanson serait « the circle game  » de Joni Mitchell.

    Je rends l’antenne à ceux qui parlent à l’indicatif présent.

    • Dumonteil dit :

      (placé à la mauvaise page,à cause de mon éternelle étourderie)

      Addendum sur « la cavalcade des heures » (1943): il y aurait un autre sketch, sur le thème de l’explorateur assoiffé perdu dans le désert ;il ne figure pas dans ma copie ;peut-être la version récemment restaurée le contient-elle ?

      A voir absolument? Comme « la Marie-Martine »  » la vie de plaisir » , « l’homme de Londres » (aujourd’hui injustement oublié du fait du film de Bela Tarr) et autres films oubliés de l’occupation, à voir absolument.

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      A Dumonteil : j’ai une tendresse particulière pour ERNEST LE REBELLE. Non pas pour Fernandel d’ailleurs, mais pour Robert Le Vigan en général mexicain complètement dingue. J’aime revoir ce film pour lui.

  2. Yves Rouxel dit :

    Il est rare sur ce blog de citer des films venant du Portugal.L’occasion m’est donner avec « L’usine de rien »de Pedro Pinho présenter à Cannes l’an dernier.Film choc qui represente bien le monde des entreprises d’aujourd’hui ou les fameux décideurs font la pluie et le beau temps sans penser aucunement aux conséquences familiales et aux brisures de vies d’individues broyés par la machine capitaliste.Deux corps s’étreignent et s’enlaçent dans la nuit,un téléphone sonne,l’homme décroche et s’habille rapidement.Il se dirige vers l’entreprise qui l’emploit et fabrique des ascenseurs.Là il retrouve des copains qui surprennent un agent de sécurité qui charge des machines dans un camion.C’est là que le combat et la résistance va commencer pour ces femmes et hommes qui comprennent rapidement que la direction et les actionnaires ont quitter le navire à l’étranger.Ils vont refuser l’entrée au personnel administratif de la société qui était au courant de l’affaire.Evidemment les ouvriers de cette usine jouent leurs propres roles,c’est leurs vies avec leurs interrogations sur les lendemains qui déchantent(crédit de la maison,avenir des enfants,suppression des vacances…).Pourtant ils ne vont pas baisser les bras et vont reprendre le travail en créant une société en auto-gestion ou chaque salarié sera actionnaire,sans direction ni hierarchie dominante.Voilà un film qui fait du bien est qui suit le chemin d »En guerre »de Brizé ou du récent « Nos batailles »de Sénez.Comme le titrait justement Liberation c’est un film punk et communiste.A vous de voir.

    • Bertrand Tavernier dit :

      a Yves Rouxel
      Votre texte donne envie de le voir

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Le dvd est accompagné d’un livret explicatif avec un entretien du réalisateur qui explique comment ce film à put ètre mis en scène dans des conditions ou le cinéma au Portugal respire avec peu de souffle.J’en profite pour vous souhaiter un bon festival à Lyon ou les festivitées débutent demain.Y à du beau monde attendu.

  3. Laurent Scof dit :

    Je tenais à vous remercier chaleureusement pour m’avoir fait découvrir dans votre dernier épisode ‘RETOUR A LA VIE’. J’ignorais totalement l’existence de ce film à sketchs alors que je suis fan de Noël Noël.

    J’ai été très touché par ‘Le retour de René’ qui est est traité comme une comédie légère aux accents graves.

    Cette chronique est formidable sur la France d’aprés-guerre. Ce film n’est jamais cité dans les manuels scolaires ou sur le site de l’éducation nationale pour faire comprendre aux élèves cette époque. Il est temps de le réhabiliter.

    Merci

  4. Yves Rouxel dit :

    Un film qui mériterait d’étre vu dans les écoles,lycées et collèges de France est bien sur »L’affiche rouge »de Frank Cassenti.Oeuvre forte sur un pan de la seconde guerre mondiale inconnue des livres d’histoire.Pourtant les 22 hommes et la femme qui furent fusillés en 44 par les nazis étaient des combattants de la liberté.Quel courage rendu par Louis Aragon et chanté superbement par le grand Léo Ferré pour ces individus venues d’Espagne,d’Italie,d’Arménie ou de Hongrie afin d’attaquer et de tuer des officiers allemand au péril de leurs vies.L’oeuvre de Cassenti et nous dépeint une troupe de comédiens qui veulent jouer et tourner un film pour que les nouvelles générations n’oublient pas.On retrouve Roger Ibanez dans le role de Manouchien,Pierre Clémenti,Laszlo Szabo dans celui de l’ingenieur chimiste puis Jacques Rispal qui se souvient de cette époque ou les jeunes gens n’avaient pas peur de s’engager et de poser des bombes sur les voies ferrés.Le coté narratif du film surprendra plusieurs d’entre nous qui ne connaissent pas l’histoire de l’affiche rouge rythmée par la musique du quarteto Cédron et ses airs d’accordéon langoureux.En complément du film ne manquez pas »L’agression »court-métrage de Cassenti sur la mort d’un travailleur Algérien qui se rend au travail en mobylette.On peut reconnaitre Patrick Bouchitey,Etienne Chicot et même Josiane Balasco avec une chevelure rousse.Ce court est dédié aux 53 Algériens qui furent tués en 1973.J’oubliais la présence de Claude Melki dans le role de cet homme qui est roué de coups par des petits racistes alcoolisés.

  5. Le Nain dit :

    Je reviens en effet sur ce que j’ai écrit au sujet d’Assous après avoir vu UN ADULTERE. Ou comment l’art de trouver de la grâce dans la banalité. Le piège avec ce genre de sujet serait de vouloir en faire un modèle. « Et la morale de l’histoire est… » Ecueil qu’évite le film qui nous emmène souvent au bord du lieu commun mais l’évite avec élégance. Lévite aussi. Bien sûr je regrette que ce genre d’histoire se passe toujours dans les mêmes milieux. Ne doit-on parler des prolétaires qu’à travers la délinquance et le chômage ? Mais c’est un autre sujet.
    Le mari (remarquable acteur que je découvre) a un physique avantageux, ne pense-t’on jamais à raconter une histoire d’amour incarnée par des physiques ordinaires, voire ingrats ? On y pense à un moment avec ce client du salon de thé qui regrette d’avoir un visage qu’on ne retient pas, et qui pourrait devenir l’amant d’Isabelle Carré. Les dialogues (d’Assous donc) s’entendent sans se faire remarquer, et combien d’hommes voudraient être capables d’écrire le sms qu’envoie Isabelle Carré à la maitresse en se faisant passer par son mari ! Un flou artistique subsiste toutefois SPOILER. Est-ce un hasard que la jeune femme devienne l’employée de l’épouse ? A-t’elle vu entrer le mari dans le salon de thé, ou fait-elle semblant ? S’il s’agit de maladresse (ça m’étonnerait quand-même, vu la rigueur de l’ensemble) elles sont vites noyées par la force des personnages. C’est un film d’acteur, avec une exigence de mise en scène qui ne fait jamais défaut aux productions d’Arte. La musique évoque Jeux Interdits (en lien avec B. Fossey ?) qu’on a plaisir à revoir, quasi intacte depuis 50ans. Le dernier tiers nous fait mal aux tripes quand-même, mais sans cette fin le film ne serait qu’une bluette.

    • MB dit :

      à Le Nain: UN ADULTERE: Exact et d’accord à 99%.
      « Bien sûr je regrette que ce genre d’histoire se passe toujours dans les mêmes milieux. »
      de bourges comme nous, quoi. C’est un petit regret qu’on peut avoir, c’est parce qu’on a besoin pour raconter l’histoire de montrer la tension entre qqn qui se remet en question, domine ses pulsions d’une part et qui y cède d’autre part, mais c’est pas une excuse ça laisse entendre par erreur grossière, que les prolos ou paysans selon cliché, n’ont pas les moyens intellectuels pour gérer celà, du coup ils règlent ça à coup de fusil un peu surprenant, ce qui donne un court-métrage au lieu d’un 100′, c’est gênant quand on veut faire un long. Mais c’est pas une excuse, Brisseau avait dépeint une crise de couple chez les prolos dans LES OMBRES que je désespère de revoir un jour (peut-être en dvd collection L’Oeil du Témoin qui vient de sortir BARTLEBY de Ronet?), à ce sujet Bertrand, je vous remercie d’avoir cité Brisseau dans le 4ème épisode, yen a plein qui sont tt prêts à l’enfermer dans la cage wellesienne d’Othello même si c’est illégal.
      De même le milieu professionnel est décisif: agent immobilier qui gagne bien sa vie ou patronne d’un salon de thé chic, ces gens-là gagnent plein de sous en faisant des boulots vachement peinards et sans douleur ni pression et le poids social du travail ne peut pas influer sur leur vie intime. C’est d’ailleurs une faiblesse du film que la peinture du travail qui reste très théorique, abstraite: le mari prétend faire des escapades à Nice quand il va lutiner la gamine? c’est une agence très cool qui laisse des trous énormes dans l’emploi du temps pour l’amour l’après-midi! et le collègue soupçonne rien (euh… il semble bien que vers la fin, si)? (c’est justement l’influence du travail sur la vie de couple que montre LES OMBRES).
      Ce vous dites sur le milieu social Le Nain, est vrai aussi pour les physiques avantageux: il n’y a que les belles gueules qui sont intelligentes et sensibles bien que ttes prêtes à sauter sur le premier tendron venu. Imaginez Jean Lefèbvre à la place de Lemaître ça fonctionne plus. Remarquez que l’histoire fonctionne aussi bien si mari et maîtresse ne couchent jamais ensemble, le poison de l’adultère peut venir aussi de la simple idée nourrie par le mari: « j’aurais bien envie de… » que l’épouse peut repérer surtout si elle est jouée par Carré.
      A propos de celle-ci, elle se bonifie, son visage s’émacie les rides du temps sont gérées en elle en signes d’intelligence, elles se font voir quand elle fait fonctionner celle-ci, et l’embellissent au grand dam des tenants imbéciles furieux de la peau lisse à tout prix! Son visage s’affûte comme son esprit et embrume dans notre mémoire le visage de bébé tout mignon qu’elle avait encore il y a peu… eh eh! tout près de la cinquantaine, la gamine! C’est Carré qui exprime au mieux ce poison de l’adultère, qui s’insinue en elle à la Iago (tiens, Othello encore?). Là, en plus moderne, ce n’est plus le soupçon de celui-ci puisqu’elle sait grâce aux smartphones, mais le refus d’admettre vraiment ce qu’elle avait décidé d’admettre « On en parle plus c’est du passé ». Elle ne peut que changer d’avis c’est inéluctable.
      Après Le scénario n’épargne quand même personne: un mari un peu couillon (il amène carrément le jeune tendron (Roxane Arnal, surprenante) dans un appart à louer qu’il gère pour son boulot, pour la séduire: la scène n’est pas convaincante, d’ailleurs. L’épouse gère sans finesse la crise avec la maîtresse en mentant et en dissimulant, bon pour cette dernière, elle est plus innocente qu’autre chose.
      Le 1% de désaccord est que vous prêtiez la qualité de cette production Arte à l’ensemble de celles-ci mais c’est peanuts, merci pour le reste.
      Je considère que mes réserves sur ce film sont largement dévorées par le reste, ou nécessaires pour mener à bout l’histoire, il faut quelques facilités pour boucler un film, c’est pas si gênant et même, c’est justifié. On accepte bien que Zorro arrive juste à temps pour délivrer l’héroïne liée aux rails alors…

      • Pierre dit :

        J’ai également beaucoup apprécié UN ADULTERE. J’ai trouvé qu’il était très intéressant d’en comparer le propos avec deux films qui en sont, me semble-t-il, les inspirations, à savoir LA FEMME DEFENDUE, du même Harel, et LES CHOSES DE LA VIE :

        – LA FEMME DEFENDUE : contrairement à l’aventure entre Harel et Isabelle Carré, celle d’un ADULTERE est dépourvu de flamme, d’excitation. On comprend bien pour quelles raisons les personnages s’y adonnent : lui pour retrouver sa jeunesse et l’ivresse des débuts, elle parce qu’elle fait une fixette qui lui passera. Mais ce qu’ils vivent ensemble ne donne pas un sentiment très exaltant. Entre l’idée de l’adultère et l’adultère lui-même, il y a un gouffre que le film décrit me semble-t-il très habilement. Le « héros » va briser sa famille pour une histoire qui n’en valait vraiment pas la peine. Cela ajoute à la crédibilité et à la justesse de cette histoire.

        – LES CHOSES DE LA VIE : ce film-là est clairement cité, avec l’épisode de l’accident de voiture, au terme duquel l’épouse prend une décision au sujet de sa « rivale ». Mais là ou celle de Léa Massari était noble, celle de l’épouse d’UN ADULTERE est catastrophique, fautive. Une erreur monumentale que ce SMS ou elle se fait passer pour son mari.

        Bref, le film créée comme cela des effets de contraste avec ses prédécesseurs, que j’ai trouvés très intéressants. On aimerait vraiment que Harel puisse continuer dans cette veine.

        • MB dit :

          LA FEMME DEFENDUE déjà écrit par Eric Assous et déjà Isabelle Carré vingt ans plus tôt, j’ai loupé ça.

  6. SERVANT Jean-Pierre dit :

    LE POIRIER SAUVAGE / BURNING
    Bertrand Tavernier, je lis avec intérêt vos commentaires sur ces deux oeuvres et si LE POIRIER SAUVAGE m’a réellement ébloui par son sujet, sa richesse, sa mise en scène et interprétation, malgré une ou deux scènes qui m’ont semblé longues, notamment la rencontre de Sihan avec les deux jeunes imams (mais le réalisateur s’en explique dans un entretien dans le numéro de septembre de Positif), j’ai été totalement réfractaire à BURNING de Lee Chang DONG. Un sentiment de mal être m’a enveloppé au cours de la projection et je me suis senti obligé de quitter la salle au bout de 45 minutes. Un temps très court c’est vrai, mais qui m’a semblé durer une éternité. Et j’ai senti qu’il me serait impossible de tenir 188 minutes. Ce type de réaction face à un film ne m’arrive que très rarement. En rentrant chez moi j’ai lu l’analyse du film et l’entretien avec Ceylan dans Positif, espérant trouver une explication à ce mal être, cette absence totale d’adhésion qui a été la mienne… en vain. Pourtant avec le recul (le film n’est plus projeté dans ma ville) je crois être passé à côté de l’essentiel et je regrette de ne pas avoir persévérer.
    C’est certain je tenterai une nouvelle vision au moment de l’édition vidéo.

    • Le Nain dit :

      A MB

      « Spectateur c’est un métier qui ne se prend pas à la légère » avait écrit J.L Bory. Bravo, ça pourrait être le votre. C’est peut-être le cas, je ne sais pas. Des histoires d’amour qui impliquent des prolos, d’autres me viennent à l’esprit : PARTIR, de Catherine Corsini, où une femme de médecin tombait amoureuse d’un ouvrier agricole, lequel croyait par avance sa relation condamnée par ses origines sociales. Un film qui m’avait réconcilié un peu avec Yvan Attal, parfait dans le rôle d’un mari, épouvantable de supériorité. Je ne sais plus comment ça finissait. MADEMOISELLE CHAMBON, avec un maçon amoureux d’une institutrice, où la question sociale était complètement évacuée du propos. En écrivant ça je pense aussi au Boucher de Chabrol. Récemment LA FILLE DU PATRON, où la aussi on était souvent au bord des conventions les plus éculés sans jamais y verser. On s’en tirait même brillamment. Et LA LOI DU PLUS FORT, où Fassbinder atomisait bien des clichés sur ce qu’on n’appelait pas encore la « discrimination positive. » Cependant des histoires d’amour prolos-prolos où on porterait le même regard que P. Harrel… je n’en vois. Avec MARIAGES, Lelouch avait abordé la situation comme vous dites « à coup de fusil » et là c’est le mépris de Lelouch à l’égard des prolos qui nous saute au visage. Beurk ! N’a pas la tendresse et l’autodérison d’un Scola dans DRAME DE LA JALOUSIE, qui veut.

      • MB dit :

        à Le Nain: oui c’est ça le plus proche que l’on ait des problèmes psy ou de couple dans la classe ouvrière, c’est le couple mixte ouvrier-bourge! Ca a assez servi à mon avis, comme le couple mixte vieux-jeune.
        Je n’ai rien dit sur la facture rigoureuse et classique (ah! ça fait du bien un peu de classique dans ce cinéma d’aujourd’hui qui veut tant surprendre avec de la nouveauté prévisible, Farhadi reviens!) de UN ADULTERE parce que vous êtes arrivé le 1er, c’est un film tendu-tenu de bout en bout, Isabelle Carré porte une bonne part de la responsabilité de la réussite du film, oui, c’est exagéré, ya quand même un réalisateur et un scénariste…
        « Cependant des histoires d’amour prolos-prolos où on porterait le même regard que P. Harrel… je n’en vois.  » ben à part LES OMBRES de Brisseau que je martèle plus que de raison, voir aussi UN VRAI CRIME D AMOUR (Comencini) ou plus dans le créneau concerné: ON S EST TROMPE D HISTOIRE D AMOUR de Bertucelli avec Francis Perrin avant qu’il se mette à faire le couillon.

  7. Le Nain dit :

    J’ai eu l’occasion de poser quelques questions à Henri Alekan au sujet de DEUX HOMMES EN FUITE. Le film a été commencé par un autre réalisateur, rapidement viré par Shaw. Je lui ai demandé deux fois au cours de l’entretien de qui il s’agissait, mais bizarrement il faisait semblant de ne pas entendre ma question. Se serait-il agit de Peter Hunt, qui avait connu Alekan chef op de Terrence Young dont il était l’assistant ? Cependant il m’a dit que l’idée d’aller chercher Losey venait de lui, la proposant à Shaw qui voulait réaliser le film lui-même. « Losey était au plus mal, à cause d’un chagrin d’amour et d’échecs professionnels répétés, il était devenu dépressif. Un jour, à la fin d’une journée de travail, il m’a dit « je veux arrêter ce film, je suis désolé Henri mais je m’en vais. » Il détestait Robert Shaw qui n’était pas, en effet, un homme très sympathique. Il (Losey) buvait beaucoup, et j’ai dû le convaincre de rester jusqu’à la fin du tournage… » Bref, selon Alekan, le film s’est fait dans des conditions très chaotiques. Pourtant je garde le souvenir d’un film exceptionnel, marginal dans la carrière de Losey, mais parfaitement maitrisé sur tous les plans. Intemporel, il n’a sûrement pas pris une ride. Comme quoi entre l’art et la manière…

    • Yves Rouxel dit :

      A Le nain.Je pense que s’était lors du tournage du dernier film de Pierre Granier deferre »le petit garçon »en 93 que vous avez rencontrer Henri alekan??????

      • MB dit :

        à Yves Rouxel: Alekan qui aurait travaillé sur LE PETIT GARCON?

        • Le Nain dit :

          A la FEMIS où Alekan donnait des cours. Je ne pense pas non plus qu’Alekan ait travaillé avec Granier-Deferre.

        • Yves Rouxel dit :

          A MB.Non je confonds avec Willy Kourant qui à effectivement été directeur de la photographie sur »le petit garçon »dernier film de Granier-Deferre(alors que son premier long était le petit garçon de l’ascenceur)!!!!

        • MB dit :

          LE PETIT GARON c’était Willy Kurant

          (je suppose que Marc Salomon était absent?…)

        • MB dit :

          à Yves Rouxel: et ben moi je me corrige aussi car c’est LE PETIT GARCON pas « garon »!

        • Yves Rouxel dit :

          A MB.C’est bien de vous corriger vous même.A Toulouse passe la GARONNE,sur ce je vais m’écouter Jessy Garon »C’est lundi »(qui était en réalité le frère jumeau d’Elvis mort né).Tout s’explique mon cher BM!!!

        • BM dit :

          à Sevy Lexuor: oui. C’est parfaitement clair.

        • Le Nain dit :

          Et je n’ai jamais vu LE PETIT GARCON, passé en vitesse en salle et disparu depuis. Je serais étonné de découvrir un chef d’oeuvre, les quatre ou cinq derniers films de Granier-Deferre m’avaient laissé l’impression d’un réalisateur en cale sèche, comme bien d’autres faiseurs de la même génération.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Le Nain
          Je trouve le mot faiseur très méprisant et condescendant. Granier avait un monde à lui et il l’a imposé dans plusieurs dont UNE ETRANGE AFFAIRE qui est une oeuvre personnelle. Mais il pouvait aussi s’égarer dans de faux bons sujets (LA CAGE, LE TOUBIB). A la fin, il était perdu, comme décentré, gardant toujours un humour où il se dépréciait sans cesse. Sa lutte contre les maladies (il vivait dans la douleur, avait été opéré vingt fois) a fini par le freiner. C’est un homme que j’adorais, que j’estimais et j’ai défendu LE CHAT, LA VEUVE COUDERC, LE TRAIN (j’ai même dirigé, à sa demande – il était à l’hôpital -, 10 jours de L’ETOILE DU NORD) et avait été touché par un de ses premiers films, LES AVENTURES DE SALAVIN

    • Salomon dit :

      A MB :

      Oui ! Il m’arrive d’être absent du blog !
      J’ai une vie à côté…
      Willy Kurant orthographié Kourant pour sa lointaine parenté avec le légendaire Curt Courant sans doute !

  8. Alain dit :

    Cher Monsieur,

    Avez-vous lu la biographie consacrée à Claude Autant-Lara et qu’en avez-vous pensé ?

    Merci beaucoup.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alain
      Je l’ai fait paraitre, je l’ai préfacé. C’est drôle de me demander cela. Je la trouve indispensable

  9. MB dit :

    bravo pour la nouvelle chronique!
    et suis d’accord sur ANDERSON et sa « suite » vingt ans plus tard, il faut voir les deux c’est indispensable.

  10. Alexandre Angel dit :

    Bonjour à Bertrand et aux contributeurs
    L’évocation du FRANCISCAIN DE BOURGES me fait penser que j’ai découvert LE TRAIN, de Pierre Granier-Deferre, pas plus tard qu’hier soir (je n’aurais jamais vu autant de films avec Romy Schneider de façon aussi rapprochée).
    Je m’attendais à quelque chose de romanesque (de fait, le film l’est puisqu’histoire d’amour il y a) alors que le ton est âpre, trivial, pas loin de la causticité.
    J’ai été impressionné par la capacité du réalisateur à donner l’impression du mouvement, de l’ampleur dans ses scènes d’exode en dépit de moyens que l’on devine confortables mais limités.
    Les figurants (parfois trop chevelus, péché mignon de bon nombre de films sur les années 30 ou 40 réalisés dans les 70′)me sont apparus comme crédibles dans leurs attitudes, leur variété, leurs déplacements. On croit à l’affolement général, jamais hystérique donc d’autant plus convaincant.
    Mais surtout, j’ai été surpris par ce ton mordant, métaphorique (le wagon à bestiaux dans lequel voyagent les gens qui fuient la guerre annoncent évidemment ceux des futurs déportés, dont on sait, sans jamais le vérifier, que le personnage de Romy Schneider en sera), et même cru puisqu’on nous montre des couples faire l’amour au milieu des autres, qui dorment.
    Le dialogue est à l’avenant : laconique, sporadique, surgissant sans prévenir, jamais « filmé ».
    Il y a quelque chose dans LE TRAIN qui pourrait presque annoncer LA NUIT DE SAN LORENZO des Taviani.
    Et la séquence du mitraillage du train, rapide, fulgurante, avec des plans terribles (le fauteuil roulant renversé d’une vieille dame paralytique que l’on avait pourtant juste entraperçue à l’occasion d’un travelling) est un petit morceau de cinéma.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alexandre Angel
      J’aime beaucoup votre analyse. LE TRAIN est un beau film en effet âpre, bourré de détails cinglants ou touchants (un soldat qui écrit une lettre au petit matin, de ces fausses parenthèses qui semblent extérieures à l’action et en fait en constituent la ligne secrete. Kazan avait été impressionné par tous ces plans, tout ce que voyaient les personnages du TRAIN

    • MB dit :

      « J’aime beaucoup votre analyse » moi aussi! merci à tous les deux je vais voir ce film que je tenais à distance un peu bêtement, dés ce soir (enregistré sur Arte)

      A propos des coupes de cheveux d’acteurs dans les films des années 70, les westerns américains sont emplis de cow-boys sortis du campus de la fac, on s’attend à les voir mâcher un hamburger, pourtant les coupes longues étaient fréquentes au 19ème, mais c’étaient pas les mêmes coiffures. Ou les films de 39-45: voyez Sutherland dans DE L OR POUR LES BRAVES.. Pour les seconds rôles surtout, comment demander à un acteur qui apparaît 10 minutes d’accepter la tondeuse? Tout doit dépendre de son cachet! Il doit y avoir des conditions syndicales. Bertrand en sait peut-être un peu plus… (appel du pied discret).

      • Alexandre Angel dit :

        A MB,
        On attend votre retour!
        Moi aussi, sans faire de blocage, je reconnais que LE TRAIN est le cas typique du film que j’aurais eu cent fois l’occasion de voir et vers lequel je viens sur le tard.
        C’est moi ou Romy Schneider m’a paru encore plus belle que chez Sautet?

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