Nov
09

THE HALLYDAY BRAND DE JOSEPH H LEWIS

Dans le texte de 50 ANS sur Joseph H Lewis, je parle de l’ambiance nocturne de THE HALLYDAY BRAND, ce western dont le début renvoie aux FURIES de Mann. En le revoyant dans une belle copie en dvd, le terme m’a paru un peu inexact et pourtant pas si faux que cela. Il y a peu de scènes de nuit, même si elles sont fortes (le plan des lyncheurs courant vers la prison) mais si j’ai utilisé ce terme, c’est que le film dégage une impression de claustrophobie, d’étouffement plus associée au film noir qu’au western.

En fait HALLYDAY BRAND est très proche de TERROR IN A TEXAS TOWN : même sentiment de dépouillement glacé, de désolation dans les rapports humains qui se traduit avec force dans la manière dont Lewis filme les extérieurs : ces plaines nues, arides, bordées d’arbres morts, ces buissons qui servent surtout à casser les cadres, à dissimuler les personnages. Il est symptomatique que la première chevauchée commence  sur un groupe d’arbustes, très près de la caméra, qui cachent les cavaliers. Et que le premier plan du film montre un cavalier qui avance de quelques mètres avant d’être arrêté par un ordre sans qu’on ait eu le temps de regarder le paysage où il chevauche.

Il n’y a aucun lyrisme dans l’appréhension de ces paysages, aucun amour du sol, de la terre. Comme si la névrose des personnages (la possession pour Ward Bond, le désir de vengeance pour Cotten) éradiquait toutes les connotations positives, rédemptrices, chaleureuses, attachées dans les westerns à la nature. Lewis d’ailleurs fragmente tellement les cadres comme autant d’espaces clos qu’il parvient à nous faire accepter des faits un peu illogiques : Ward Bond et ses deux fils découvrent qu’on a attaqué leur bétail. L’un des gardiens est moribond mais leur dit qu’un des agresseurs  y est resté. En effet à moins de dix mètres, on trouve le jeune homme de sang mêlé qui courtise Betsy Blair. Normalement, arrivant à cheval, ils auraient dus le repérer tout de suite. Mais chaque segment de ces actions semble filmé comme un lieu hermétique, ce qui augmente le malaise.

Il y a des plans très formels (importance des amorces : un révolver, un bras, un meuble, un poteau), très spectaculaires : le lynchage où l’on voit la victime tirée de sa cellule, sortir du champ tandis que s’agitent des ombres, l’escalier immense de la prison qui semble sorti d’un film expressionniste allemand. Les scènes d’action, de bagarre sont froides sans rien de cette jovialité virile qui imprègne ce genre de séquences. La conclusion est d’une brutalité elliptique rare. La musique pas toujours heureuse semble anticiper avec cette voix de femme sur ce que fera plus tard -et mieux – Ennio Morricone. Ward Bond est exceptionnel.

Toujours de Lewis, A LADY WITHOUT PASSPORT comprend deux ou trois séquences fort bien filmées, en dehors du premier plan d’ouverture, exceptionnel (le meurtre commis par Hodiak), de beaux extérieurs filmés à la Havane, deux ou trois décors intéressants, plusieurs plans très élégants, très recherchés qui, étrangement, soulignent le manque de tension dramatique. Le scénario cafouille et entre les acteurs que nous (je) qualifions d’exécrables (le terme est un poil fort), il ne se passe RIEN. Hedy Lamar qui joue une réfugiée qui attend ses papiers parait distante, peu concernée, jamais angoissée. Son interprétation est sidérante et il n’y a aucune alchimie avec Hodiak (qui ressemble à Martin Landau). Petit point intéressant : les étrangers sont regardés avec une grande sympathie. FILM AUSSI ETRANGE QUE RATÉ.

J’ai enfin vu DOWN THREE DARK STREETS d’Arnold Laven. En fait de dark streets, on a une autoroute, une forêt, une rue normale de jour, un parc. Il y a au contraire pénurie de ruelles obscures (une seule en fait + un cimetière). Le film écrit par the Gordons (???) est l’une de ces apologies claironnantes et hébétées du FBI que souligne un commentaire exaspérant.

Malgré cela et malgré le côté hyper conventionnel du récit et de la réalisation, cela se laisse voir. Quelques personnages secondaires amusants, des silhouettes pittoresques, Claude Akins en boxeur maffieux. Ruth Roman est en effet très bonne (ce qui n’est pas le cas de toutes les actrices) et la poursuite finale se déroule sous les lettres de HOLLYWOOD (le maitre chanteur veut que la rançon soit déposée sous le W, endroit guère pratique mais bon pour les cinéastes). Laven recycle des extérieurs de son premier film WITHOUT WARNING.

Revu : MAIL ORDER BRIDE, vraiment agréable, détendu, lyrique. C’est une sorte de version rose de COUPS DE FEU DANS LA SIERRA. Dans le dernier tiers, le scénario est parfois attendu et le gunfight final malgré le brouillard est un peu soldé.

Vu enfin (???) DESTRY. Ce que l’on en dit est juste. Marie Blanchard est pire qu’inexpressive et les numéros sont d’une grande banalité où l’on retrouve la manie de Marshall d’ajouter des ponctuations comiques dont certaines sont d’une lourdeur éprouvante. Surtout que certains de ces gags (il faudra le noter quelque part) ne semblent avoir aucun effet sur la musique, les musiciens, la chanteuse (en dehors des deux ou trois types qu’elle prend à partie) qui ont dû être filmés à part, avec un playback qui n’intégrait aucune de ces trouvailles. Les décors du film sont particulièrement plats et conventionnels (trait commun aux westerns de série Universal) : ville standard, intérieurs hideux et conventionnels sans la moindre idée visuelle. Ce qui permet de saluer encore plus chaleureusement les efforts des réalisateurs (Mann avec FAR COUNTRY) qui rompent avec ces conventions épuisantes.

Après deux ou trois westerns Universal, les qualités du splendide APACHE DRUMS deviennent encore plus frappantes : topographie insolite du village, rapports intérieurs/extérieurs, décors inhabituels comme cette église (importance là du producteur, de Val Lewton car les décors de THE RAID, film par ailleurs intéressant, sont beaucoup plus conventionnels). Je trouve maintenant que l’intérêt porté à la topographie, la localisation d’un village, d’une bourgade trace une ligne de démarcation entre les westerns où l’ambition est évidente et les autres. Dans la première catégorie, celle où les auteurs se sont posés des questions quant à l’état d’une ville à l’époque, je range  CANYON PASSAGE, APACHE DRUMS, SADDLE THE WIND, THE GUNFIGHTER avec leurs rues inachevées, les constructions asymétriques.

Oui la couleur n’apporte rien à DESTRY. Les meilleures scènes sont les plus sérieuses : une partie de poker, la mort du shérif (bon acteur), le premier affrontement avec Murphy qui est bien comme tu le dis. Le reste ne présente aucune nécessité.

Les deux westerns de Marshall que j’ai trouvé intéressants sont LES PILIERS DU CIEL,  dont les extérieurs, les paysages témoignent d’une réelle recherche et donnent un lyrisme à cette histoire de tolérance religieuse. Et THE GUNS OF FORT PETTICOAT (LE FORT DE LA DERNIERE CHANCE), assez plaisante histoire (après un début conventionnel) qui confronte Murphy à des dizaines de femmes, dont l’impressionnante Hope Emerson, qui doivent se défendre contre les Indiens. Et aussi contre des  hors la loi qui font preuve d’une   violence rare chez Marshall. Le tout dans un décor de mission en ruines (celui de l’HOMME DE SAN CARLOS ?) bien choisi et astucieusement utilisé.

Lire la suite »
Nov
01

Je continue mon exploration de l’œuvre britannique de John Guillermin avec d’abord un double DVD Adelphi (sans sous titres qui comprend deux films en dvd ET en Blue Ray) :

CROWDED DAY, chronique unanimiste, douce-amère, décrivant une journée dans la vie de 5 vendeuses travaillant dans un grand magasin. Je ne pensais pas que Guillermin que je voyais spécialisé dans le film d’action, le polar, avait abordé ce genre de sujets. Cette petite production indépendante vit hélas son exploitation bloquée par l’étroitesse d’esprit, l’impérialisme des deux grands circuits de salles qui interdisaient l’accès des Gaumont, des Odéon à ce type de films, bloquant tout renouvellement.

Le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des espoirs que fait naitre le sujet. Pour une raison très simple : le scénario ne consacre qu’une portion congrue au travail de ces jeunes femmes, à leurs rapports avec les clients, profitant de la moindre occasion pour s’évader dans les pubs, les restaurants, les rues. Il faut dire que le travail était toujours survolé à cette époque (et même maintenant). Il y a plusieurs scènes touchantes et Guillermin se débrouille très intelligemment en décors naturels, dans un vrai magasin et dirige bien ses actrices. On peut regretter le gag un peu lourd de l’employé qui tente plusieurs fois d’habiller un mannequin.  Dans la partie un peu plus dramatique, Guillermin se permet des cadrages inhabituels, obliques, avec des amorces très présentes qui annoncent ses films noirs.

L’autre film, SONG OF PARIS est plus léger, plus conventionnel malgré le suave Dennis Price. Il est rehaussé par l’interprétation fine et sexy d’Anne Vernon qui chante plusieurs chansons dont une de Jean Drejac. Les deux films bénéficient de transferts magnifiques.

Toujours de Guillermin, j’ai revu avec plaisir malgré un transfert très discutable (même si Ted Scaife est un chef opérateur conventionnel. Dans son équipe, il y a Gerry Fischer) TARZAN GREATEST ADVENTURE (la PLUS GRANDE AVENTURE DE TARZAN), le meilleur – de loin – des Tarzan récents. Celui, en outre, qui est le plus fidèle au personnage créé par Edgar Rice Burrough. En effet, dans cette version, Tarzan parle normalement, ne s’exprime pas en petit nègre. Il a l’air intelligent, éduqué. Dès la séquence pré générique, d’une réelle violence, très bien filmée, Guillermin (qui co-écrit le scénario) multiplie les travellings dans la jungle, les mouvements de grue, joue avec les amorces, la profondeur de champ. Le  combat final est très bien mis en scène, avec ce recadrage au-dessus du vide. Formidable trio de « méchants » : Anthony Quayle, acteur shakespearien, Niall McGinnis et…Sean Connery. L’avant dernier plan est savoureux. Tarzan regarde son reflet dans l’eau et sourit.

Je viens de revoir GIFT HORSE (COMMANDO SUR SAINT NAZAIRE sans sous titres) que je n’avais guère aimé lorsque je l’avais vu a douze ou treize ans. Et j’ai été touché, intéressé maintenant par tout ce qui m’avait rebuté. J’avais déploré le manque d’action, d’héroïsme, le fait que le raid mentionné dans le titre français n’occupait que les 20 dernières minutes, ce qui serait inimaginable maintenant. Or justement ce qui donne au film une force, c’est l’importance de l’attente, des échecs répétés à la suite d’erreurs humaines ou mécaniques (rien ne semble marcher dans ce foutu destroyer : les canons s’enrayent, les tuyaux crèvent). Le capitaine Fraser se trompe, l’un de ses officiers commet une bourde énorme. Rarement films de guerre et de propagande auront autant mis en valeur les cafouillages, les accidents, les obstacles que les britanniques. C’est ce que ce GIFT HORSE réussit, et cela jusqu’à la fin. Un internaute qui m’a convaincu de voir le film loue son absolue authenticité (les bateaux, l’armement ne sont pas postérieurs à l’époque, contrairement à tant de films), insiste sur cette absence d’héroïsme, sur la mauvais qualité du matériel. Sur l’interprétation impeccable de Trevor Howard.

THE LONG, THE TALL AND THE SHORT de Leslie Norman est visiblement l’adaptation d’une pièce de théâtre. Et cela se sent. Les grands travellings dans la jungle ne suffisent pas à rendre cinématographiques ces pesants débats d’idées, lourdingues, sur dramatisés qui restent théoriques malgré une distribution où l’on remarque un jeune Richard Harris et Laurence Harvey. Statique et ennuyeux.

ICE COLD IN ALEX de Jack Lee Thompson est beaucoup plus intéressant et transcende un sujet qui pourrait être conventionnel (4 personnes perdues dans le désert). On sent la chaleur, le poids du désert, la fatigue, la sueur sur la peau. John Mills en officier alcoolique (encore un héros en état de faiblesse) est beaucoup plus convaincant que d’habitude et Sylvia Syms confirme, une fois de plus, le bien que j’ai pu dire d’elle. Elle est même très sexy dans ce film d’homme et elle évoque dans les bonus ce tournage qui fut épuisant. Il paraît qu’une scène d’amour entre Mills et elle fut coupée, car sa chemise était trop ouverte.

Par ailleurs, plusieurs scènes d’action sont bien découpées et porteuses d’une vraie tension, ce qui n’est pas toujours le cas chez Lee Thompson : la rencontre avec une patrouille allemande dans le désert est une excellente séquence, imprévisible, ambigüe comme tout le film. Les britanniques prennent des décisions qui pourraient les faire accuser d’intelligence avec l’ennemi : ils dissimulent le fait qu’un des personnages est un espion allemand. Le patriotisme est sacrifié à la tolérance et à la loyauté. La séquence qui donne son titre au film est remarquable : on a envie de boire de la bière avec eux.

A propos de Lee Thompson, dont j’ai acheté TIGER BAY mais ne parvient pas à trouver ses premiers films qui ont une bonne réputation  (WOMAN IN A DRESSING GOWN) et font oublier les productions avec Charles Bronson, mon ami Jean Pierre Coursodon m’écrit qu’il a regardé « un film que je n’avais jamais vu et que tu couvres de ridicule dans 50 ANS: EYE OF THE DEVIL et à ma surprise je ne l’ai pas trouvé si mauvais. La « population hébétée » dont tu parlais, on la voit environ 3 minutes en tout, maximum. Je suis plus dérangé par la convention qui fait que des acteurs 100 % britanniques sont censés être français, mais on s’y habitue. Le film est assez grandiloquent (Tourneur l’aurait dirigé de façon différente!) mais le genre le veut. L’histoire n’est pas plus extravagante que EYES WIDE SHUT. Le château est remarquablement utilisé, intérieurs et extérieurs, la photo est excellente, avec beaucoup de profondeur de champ. L’incohérence due aux coupures ne peut  pas être impliquée au pauvre réalisateur (il y en a quand même une de taille, quand Deborah Kerr tombe du haut du château et apparait intacte dans le plan suivant). Je ne cherche pas à réhabiliter Lee Thompson mais je trouve que tu étais un peu injuste.
Je vais revoir le film.

Lire la suite »
Oct
25

J’ai revu avec plaisir CAROLINE CHÉRIE, film très agréable même si Martine Carol parait un peu âgée et déphasée par rapport aux critères d’érotisme actuel (elle a de fort jolis seins mais le film est assez pudique et moins sensuel ou libertin que le roman de Cecil Saint-Laurent, fort bon). L’épisode de la  maison de santé du Docteur Belhomme est particulièrement réussi, d’une surprenante dureté de ton accentuée par la sobriété de la réalisation de Richard Pottier (qui préserve le film des ravages du temps) et la causticité, cinglante des dialogues d’Anouilh (moins inspirés dans ses allusions anachroniques et blagueuses au 14 Juillet, un peu lourdes). Au-delà des vacheries anti révolutionnaires, Anouilh dresse un portrait sombre des mégères, des concierges dénonciatrices qui peut évoquer l’Occupation et ne peint pas sous un jour glorieux la conduite des Princes face aux Chouans.

LE MARIAGE DE CHIFFON est un vrai chef d’œuvre que ne ternissent pas quelques scratches au début, une chute dans la bande son et la musique pléonastique, peu inspirée de Roger Desormière (meilleur chef d’orchestre que compositeur) qui ne trouve sa place que quand elle cite ou brode des variations sur Fascination. Le scénario d’Aurenche est magistral et cela dès le premier dialogue nonsensique entre André Luguet et la marchande de journaux, magistrale introduction. Aurenche joue avec les accessoires (les chaussures donnent lieu à des variations éblouissantes) pour nous faire découvrir les personnages. C’est une leçon de comédie. Le film souvent inspiré (les travellings ophulsiens dans les pièces vides) se teinte peu à peu d’émotion, de nostalgie, de tendresse. Chaque fois que j’entends Odette Joyeux dire que ces boucles d’oreilles offertes par Jacques Dumesnil ont causé ses deux grands moments de chagrin et de peine « quand je les ai reçues et quand je les redonne », j’ai le cœur serré.

Pour rester dans le cinéma français, j’ai envie de parler de deux films que tout paraît séparer, opposer : LE BLÉ EN HERBE de Claude Autant-Lara et D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE d’Isabelle Czajka.

Le premier est une adaptation assez raide de Colette (la mise en scène est moins gracieuse que dans CHIFFON), plombée par l’interprétation d’Edwige Feuillère, congelée dans le style grande Dame du cinéma français et de Pierre-Michel Beck, catastrophique (même si plusieurs silhouettes sont assez réussies, en particulier le forain projectionniste campé par de Funès, dont le pianiste est Claude Berri).Le second est une chronique moderne de l’errance d’une jeune fille.

Deux jeunes actrices unissent ces deux œuvres si dissemblables : Nicole Berger et Anaïs Demoustier. Toutes deux sont éblouissantes de justesse, de grâce, d’intelligence. Dès qu’elles sont là, la vie fait irruption, s’empare de l’écran même s’il y d’autres acteur talentueux et bons dans D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE. Nicole Berger fut un météore, disparue trop jeune. Elle est la justesse, la vérité même et son interprétation fait exploser les cadres rigides de Lara et démodent plusieurs de ses partenaires (pas Renée Devillers). Elle amène une vraie fraicheur et l’on ressent ses espoirs, son amour, ses souffrances et son personnage ne prend pas une ride. C’est par là qu’elle tend la main, qu’elle retrouve Anaïs Demoustier qui elle aussi, plonge au plus profond des émotions de son personnage sans jamais tricher avec ses zones d’ombre, ses faiblesses, ses tâtonnements, ses écorchures. C’est l’émotion en mouvement. Elle entraîne le film dans son sillage.

Ajoutons qu’il faut porter au crédit d’Autant-Lara qu’il réutilisa Nicole Berger, magnifique dans EN CAS DE MALHEUR (et aussi dans TIREZ SUR LE PIANISTE. Je ne m’en souviens pas dans les Dragueurs), où Edwige Feuillère était bien meilleure. Et qu’il est intéressant de découvrir dans les bonus les controverses, les remous que suscita le BLÉ EN HERBE qui traitait pourtant des rapports sexuels entre un jeune homme et une femme plus âgée avec pudeur, sans complaisance ni voyeurisme. L’évêque de Caen lança même contre les spectateurs de la première un commando de judokas catholiques (sic) qui furent mis en déroute par ceux-ci.

Changeons de registre, de ton avec TOUCHEZ PAS A LA HACHE de Jacques Rivette, adaptation épurée, exigeante, janséniste, retenue de la Duchesse de Langeais de Balzac, déjà portée à l’écran par Baroncelli et Jean Giraudoux. C’est une œuvre tendue, fascinante, toujours centrée sur l’essentiel (les personnages secondaires sont réduits au minimum encore que Nicolas Bouchaud soit assez marquant).

Dans des pièces vides où l’on peut voir parfois au cours d’une fête, quelques vagues silhouettes, Antoinette de Langeais, Jeanne Balibar touchante, et le général de Montriveau se livrent une bataille sans merci, alternant les déclarations, les refus, les atermoiements, les élans et les revirements sous l’œil scrutateur de  la Princesse de Blamont et du Vidame de Pamiers, incarnés magistralement par Bulle Ogier et Michel Piccoli. Quand ils sont là, plus besoin de figurants ; ils remplissent les appartements, les pièces, occupent l’espace. Guillaume Depardieu est admirable en général amoureux, possédé par cette passion qui le dévore et son claudiquement augmente encore le tragique du personnage

Il était aussi magnifique aux côtés de la magnifique Judith Chemla, dans VERSAILLES  le premier film de Pierre Schoeller qui vient de tourner le remarquable L’EXERCICE DE L’ÉTAT et il est bon de rappeler ce film.

Pour finir, j’ai ressenti un grand plaisir devant le nouveau film de Julie Delpy THE SKYLAB (qui n’est pas encore en vidéo il est vrai). Un plaisir et aussi de la fierté. C’est que j’ai connu Julie si jeune quand elle jouait le rôle-titre de LA PASSION BEATRICE, son premier film avec MAUVAIS SANG de Leos Carax. Et j’ai vu, au fil des années, cette comédienne habitée, brillante, dingo, hypocondriaque et courageuse, qui domptait ses peurs et ne cédait jamais devant Bernard Pierre Donnadieu.

Je l’ai vu devenir scénariste (elle co-écrit le délicieux BEFORE SUNSET, cette déambulation rohmerienne), chanteuse avec un fort bon disque, compositrice (elle écrivit la musique de son second film), puis réalisatrice. Nous avions couronné à la SACD le très savoureux TWO DAYS IN PARIS, exploration savoureuse des différences culturelles, sexuelles, alimentaires entre les français et les américains (Ah la scène du lapin !). LA COMTESSE, œuvre brave, féministe, était plus didactique, plus inégale, faute de moyens mais je lui tire mon chapeau devant la manière dont elle sut utiliser les quelques figurants et les deux ou trois chevaux qu’on lui avait octroyé.

Lire la suite »