Coffrets et redécouvertes : Pascal Thomas, Costa-Gavras et Lino Brocka

16 avril 2018 par - DVD

COFFRETS

Sur le COFFRET FEUILLADE (Gaumont), que dire sinon qu’il est indispensable. Que revoir FANTOMAS avec bien sûr Juve et Fandor ou LES VAMPIRES est une expérience envoûtante. Comme ce cinéma tient le coup, comme il paraît souvent moderne dans sa facture. Le travail d’édition est exceptionnel.

Je n’aurai pas assez de mots pour célébrer la beauté incandescente du COFFRET LINO BROCKA et cette plongée dans la misère où se débat l’héroïne de INSIANG. Rarement on a filmé avec une telle force la promiscuité avec ses dérapages, la puissance d’une mentalité machiste que de beaux esprits ont tort de réduire aux hétérosexuels blancs. Brocka pose un regard de chagrin et de pitié sur cette histoire de viol et de revanche. Comme l’écrit Critikat  : « Tourné en onze jours en décor réel avec des acteurs professionnels peu connus, le film affirme une mise en scène âpre, allant à l’essentiel par des zooms qui mettent en exergue les sujets principaux ou de coupes abrasives qui accélèrent brusquement la fin des scènes. Il documente le labeur des femmes, toutes prisonnières d’étals où elles vendent de l’épicerie ou du poisson, et l’oisiveté malfaisante des hommes.
Ces cousins d’Asie du sud-est des ragazzi filmés quelques années plus tôt dans le Trastevere, imposent au sexe faible des relations de violence et de possession. Comme chez PPP, filmer pour la première fois les lieux et les corps des oubliés de la société ne vaut que pour les hisser à hauteur de mélodrame. Unique figure de pureté, la jeune Insiang s’annonce d’emblée comme la grande sacrifiée de ce monde corrompu. Aimée, instrumentalisée, convoitée, jugée : chaque membre de son entourage en viendra à la trahir, la poussant sur la voie d’un désir de revanche froid et calculateur. Car comme chez Pasolini également, la misère ne laisse aux pauvres d’autre choix que de se violenter entre eux. »

COFFRET LA LIBÉRATION (Bach Films, DVD et Blu-ray)
Cinq films russes de Youri Ozerov présentés dans de belles copies,  filmés avec des moyens énormes, des masses de figurants, de tanks, ce qui nous vaut des séquences rarement vues, le plus souvent tournées en plans larges pour bien montrer les qualités, les vertus de l’Armée Rouge dont on minimise souvent le rôle. On ne voit guère, propagande oblige, les souffrances individuelles… Dans OPÉRATION BAGRATION, on nous offre un mini remake de NORMANDIE NIEMEN du point de vue soviétique. Bonne occasion de rappeler le film sobre de Jean Dréville, dialogué par Charles Spaak, où tout le monde parlait sa langue (Gaumont).Ces cinq longs-métrages battent sans doute tous les records quant au nombre de maréchaux et de généraux super médaillés : on en voit plusieurs dizaines par film. Staline est montré de manière bienveillante comme quelqu’un qui écoute et on ne pointe pas les nombreuses erreurs commises au début et l’extermination de nombreux officiers supérieurs. Les alliés sont naturellement fourbes et guère ressemblants. Il faut voir en priorité LA BATAILLE POUR BERLIN et le DERNIER ASSAUT où l’on trouve des plans stupéfiants. Ce qui précède est parfois monotone et on cherche un point de vue original comme chez Ermler ou du lyrisme à la Dovjenko.

Pour se détendre, un retour au coffret PRESTON STURGES est indispensable (Wild Side) En dehors d’INFIDÈLEMENT VÔTRE qui s’épuise après le premier tiers et de HAIL THE CONQUERING HERO qui ne tient pas toutes ses promesses, quel régal. De CHRISTMAS IN JULY (un pur délice) à THE PALM BEACH STORY avec ce personnage de milliardaire qui note dans un carnet toutes ses dépenses mais ne fait jamais d’additions, aux VOYAGES DE SULLIVAN, c’est une cure de joies, d’ironie. J’ai déjà évoqué la plupart de ces œuvres. Dommage de n’avoir pas inclus l’irrésistible MIRACLE AU VILLAGE/THE MIRACLE OF MORGAN CREEK. Très bonnes interventions de Marc Cerisuelo et Philippe Garnier.

COFFRET PASCAL THOMAS
Autre grand moment de plaisir que cette plongée dans les films de Pascal Thomas, l’occasion de revoir ces merveilleux coups d’essai qu’étaient Le POÈME DE L’ÉLÈVE MIKOVSKY, ce court métrage où déjà apparaissent tous ses personnages (pas encore les filles), ces notations drolatiques et parfois très dures – bizutages violents, humiliation dans le voisinage des parents (il y a un plan extraordinaire sur Mikovsky, le souffre-douleur qui vient courir les rejoindre) –  qu’on retrouve dans LES ZOZOS. Même dans une œuvre nettement plus relâchée comme LA SURPRISE DU CHEF (et que Pascal Thomas affirme n’avoir jamais vue), on trouve un premier quart d’heure absolument hilarant où Hubert Watrinet, rédacteur en chef d’un magazine, parvient à répondre instantanément à toutes les questions, que ce soit sur l’économie, l’évolution d’un mouvement pictural avec Mondrian et Klee, l’ouverture du diaphragme à telle lumière, le temps que prend un trajet avec les bonnes correspondances en queue ou en tête de train.

Et la redécouverte de PLEURE PAS LA BOUCHE PLEINE a été un grand moment d’émotion devant la justesse des gestes, du dialogue, la manière frontale dont Pascal Thomas aborde, dans cette éducation sentimentale campagnarde, des petits faits concrets qu’on n’évoquait pas dans les films de cette époque, l’arrivée des règles. C’est toute une France qui revit avec ses personnages chaleureux et irrésistibles comme ce père en apparence sévère que campe de manière gouleyante un Jean Carmet royal, totalement à l’aise avec des actrices peu professionnelles mais rayonnantes de fraicheur et de vérités : la merveilleuse et si juste Annie Colé, l’un des plus beaux personnage d’adolescente, n’avait joué que dans LES ZOZOS. Et Thomas mélangeait ces amateurs (Frédéric Duru et des gens du village) avec des comédiens aguerris comme Hélène Dieudonné qui jouait au temps du muet et Daniel Ceccaldi. Son arrivée dans PLEURE PAS… nous vaut plusieurs moments d’anthologie : un fin de repas où Carmet rote (« honneur à la cuisinière) et une tentative insistante de drague (qu’on appellerait maintenant, à juste titre, du harcèlement) qui échoue lamentablement face la résistance discrète mais efficace d’Annie Colé. Bernard Menez en dragueur indécollable (et finalement assez bonne patte) est éblouissant. Lui aussi a plusieurs moments qu’on n’oublie pas, notamment quand il se prépare à faire l’amour. Nul puritanisme dans le regard de Thomas mais une tendresse parfois gaillarde, parfois délicate que vient pimenter un sens aigu de la cocasserie.

CONFIDENCES POUR CONFIDENCES est un pur chef d’œuvre et peut-être le film le plus personnel de son réalisateur : une chronique douce-amère, qui prend son temps avec les sentiments, les déceptions, les écorchures de la vie dont la conclusion poignante évoque le « désespoir tranquille » dont parle Henry David Thoreau : cette rencontre sous la pluie où les deux protagonistes se rendent compte qu’il sont passé à côté l’un de l’autre, où l’on sent l’usure du temps, le poids de ce qu’on a vécu, n’a rien à envier avec la conclusion si célèbre de LA FIÈVRE DANS LE SANG. Toute une vie qui part de Courbevoie et qui se termine provisoirement sous des trombes d’eau. Une vie où l’on croise des personnages à la fois extraordinaires et quotidiens, de ce couple de parents magistralement incarnés par Daniel Ceccaldi, ce père qui n’en fout pas une rame et Laurence Lignères, leurs trois filles à la fois soudées et si différentes et ce cousin, une des créations immenses de Michel Galabru, qui vient se réchauffer auprès de leur malheur. Ce cousin fort en gueule (mais terriblement faible), ancien militaire qui lance : « On a perdu l’Algérie mais on a gardé les Arabes. » La séquence où il se fait lourder par la mère est anthologique. CONFIDENCES POUR CONFIDENCES est admirablement écrit avec Jacques Lourcelles et le dialogue est un régal. Dans une autre chronique, je reviendrai sur CELLES QU’ON N’A PAS EUES et LES MARIS, LES FEMMES, LES AMANTS, sans oublier LE CHAUD LAPIN (toujours Lourcelles comme LA DILETTANTE) et son fameux gag.

Comme l’écrit Jérémie Couston dans TELERAMA  : « Quand je regarde un film de Pascal Thomas (période 1973-1981), je n’ai pas seulement l’impression de voir palpiter la France de Giscard qui m’a vu naître, j’ai carrément le sentiment de voir, étalée sur grand écran, la vie quotidienne et intime de mes propres parents. D’où un pincement au cœur, accompagné d’un léger vertige spatio-temporel. Comme si j’étais autorisé à voyager dans le passé pour assister aux scènes d’enfance que ma mémoire a effacées. Un coffret DVD vient justement de sortir pour relancer la machine à remonter le temps, qui rassemble sept comédies issues de cette décennie prodigieuse, de loin la plus fertile, et la plus personnelle, de son auteur. Une énumération s’impose tant les titres des films de Pascal Thomas possèdent, déjà, une irrésistible touche seventies : Les Zozos (1973), Pleure pas la bouche pleine ! (1973), Le Chaud Lapin (1974), La Surprise du chef (1976), Confidences pour confidences (1979), Celles qu’on n’a pas eues (1981), Les Maris, les femmes, les amants (1989). Ce dernier film, bien que réalisé après huit années de pause, a toute sa place dans le lot car il est très proche des précédents, tant dans le style (naturaliste) que dans l’esprit (libertaire). Je me souviens avoir lu une critique de Chacun cherche son chat à sa sortie, dans Positif, qui disait très justement que si les cinéphiles du futur se demandent un jour à quoi ressemblait la France de 1996 dans le quartier de Bastille, à Paris, le film de Klapisch leur en donnera une idée précise. Il en va de même avec les films de Pascal Thomas, qui ont cette capacité rare et précieuse, bien que souvent méprisée par les esthètes, de capter l’air du temps. Pour savoir comment on vivait dans un village du Poitou au début des années 1970, il faut voir le délicieux Pleure pas la bouche pleine ! Pour partager la vie d’une famille de la classe moyenne dans les années 1960, à Courbevoie, il faut se précipiter sur l’émouvant Confidences pour confidences. Ce parfum de nostalgie familiale et provinciale, de pot-au-feu et de crème crue, qui s’échappe des comédies de Pascal Thomas, lui a valu d’être classé parmi les antimodernes, à l’autre bout du chemin défriché par ses aînés de la Nouvelle Vague. »

  

COFFRETS COSTA-GAVRAS 
Dans le volume 1, je signalerais COMPARTIMENT TUEURS qui tient le coup tant pour le rythme que pour les acteurs tous formidables jusque dans les petits rôles (Monique Chaumette dont l’apparition est épatante et Bernadette Lafont). Mais surtout ce qui m’a touché au-delà de l’intrigue policière, c’est comment le film, à travers cette histoire de meurtres, saisissait toute une époque à travers déjà l’univers des wagons-lits, des voyages en train qui duraient une nuit avec des rituels qu’on ne connaît plus, des rapports familiaux qui depuis se sont désintégrés. Le poids de la famille est important pour plein de personnage et de manière touchante : Perrin, Catherine Allégret qui est délicieuse. Et puis il y a ces studios sans téléphone et les billets de quai, toute une France qui devient historique, ce qui ajoute de la chair, de la nostalgie à cette histoire bien racontée. Montand est superbe, tout comme Piccoli dans un personnage très glauque et Charles Denner, une fois de plus, irrésistible.

Revoir SECTION SPÉCIALE a été une expérience emballante. Le film n’a pas pris une ride. Ce que cela dit sur la Justice est incroyablement actuel même si on ne peut pas comparer les époques. Le portrait qu’il trace de ces magistrats accrochés à leurs privilèges, prêt à renier, à enterrer tout ce qui fonde la Loi, à accepter des sentences rétroactives (ce qui stupéfie les Allemands) qui piétinent toute notion de Justice pour faire plaisir au Pouvoir, est glaçant. Comme disait  un journaliste du Canard, il y a eu des militaires qui se sont battus pour Dreyfus mais aucun magistrat. Mais si le film touche, c’est parce que le propos est incarné à travers des acteurs irréprochables, qui se sont tous investis. On sent la proximité que Costa a avec eux à la manière dont ils s’emparent des scènes et des personnages. Ce sont des qualités que j’adore chez Becker ou Renoir et là dans le moindre petit rôle on retrouve cette veine. Pas seulement chez  Galabru, admirable dans sa manière de passer de la timidité modeste (son entrée est formidable) à un sursaut de dignité et d’indignation qui cloue Louis Seigner. Lequel Seigner dissèque la descente aux enfers de son personnage, qui passe de la rigueur morale à la servilité. Il faut le voir s’énervant au téléphone pour son voyage à Agen, se défoulant ainsi de sa bassesse. Et Jean Bouise qui brusquement, refuse de se plier aux ordres se dissociant. Perrin, dès son apparition donne une extraordinaire force émotionnelle à l’avocat qu’il incarne. Enfin tous de Barbier à Bertheau et bien sûr de Lonsdale à François Maistre. Et il y a ces brusques irruptions de la vie quotidienne à Vichy, cette femme qui perd une poule et la pourchasse, ces deux gendarmes contents que l’heure du déjeuner arrive (ah, ce sourire du second dont on se dit qu’il doit être un fils de paysan rien qu’avec cette réaction, si juste). Et Piéplu se promenant dans les couloirs du Palais, serrant les mains avec jovialité après avoir envoyé trois personnes à la mort. Costa a su aussi capter ce qu’il y avait de dérisoire et d’absurde dans la théâtralité de ce procès avec ces juges en habit qui sortent pompeusement pour revenir avec une sentence connue à l’avance qui multiplie par dix, par cent les premières peines. Car, comble de l’iniquité, on jugeait des gens déjà jugés.

Dans le volume 2, j’avais évoqué ici même LE COUPERET, remarquable adaptation par Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg d’un fort bon roman de Donald Westlake Le héros de ce livre commettait des crimes dans plusieurs états si bien que cela brouillait les pistes (à mon avis, cela foutait par terre l’adaptation française de LA MARIÉE EST EN NOIR). Costa et Grumberg avaient eu l’idée de génie de transposer l’action dans ces zones inter-frontalières entre la France, la Belgique et le Luxembourg. En attendant de revoir LE CAPITAL ou CONSEIL DE FAMILLE, je recommande chaleureusement MUSIC BOX, œuvre très puissante sur la mémoire, magnifiquement jouée par Jessica Lange.

Dans mon souvenir BETRAYED/LA MAIN DROITE DU DIABLE, également produit par Irwin Winkler, était plus inégal, en partie à cause du scénario de Joe Esterhaz qui était beaucoup moins bon que celui de MUSIC BOX. Ce fut d’ailleurs un scénariste plus que discutable qui écrivait souvent au flanc et dont plusieurs œuvres furent portées, dynamisées, vivifiées par les metteurs en scène quoi qu’il en dise dans ses conseils terriblement égocentriques : « 1. Ne voyez pas trop de films récents. La plupart des films qui sortent aujourd’hui sont épouvantables. Ils vous déprimeront. Vous penserez : « Comment ont-ils pu porter à l’écran cet abominable scénario plutôt que d’acheter le mien ? » Epargnez-vous cette angoisse. Lisez plutôt un bon livre. 2. Ne mâchez pas vos mots. Si l’idée que vous suggère un exécutif est merdique, ne dites-pas « Eh bien c’est intéressant, mais…  ». Dites : « C’est vraiment une idée merdique. » Les personnes à qui vous avez affaire ne sont pas stupides – elles sont juste futiles. Au fond de leur cœur, elles savent que cette idée est merdique. 3. Ne les laissez pas vous convaincre de changer ce que vous avez écrit. Un réalisateur n’est pas un auteur. Un producteur ou un exécutif non plus. Vous gagnez votre vie en écrivant. C’est vous le pro. Ils sont des amateurs. Des dilettantes au mieux. Traitez-les en tant que tels. Faites-leur sentir que c’est ce qu’ils sont. 4. Ne pitchez pas des histoires, écrivez des spec-scripts. Pourquoi essayer de convaincre une salle pleine d’égocentriques incultes que vous pouvez écrire un bon scénario sur tel ou tel sujet ? Asseyez-vous simplement et écrivez ce fichu sujet. C’est bien plus honnête de faire bien quelque chose plutôt que de promettre de le faire bien. 5. Ecrivez avec votre cœur. La vie est courte; bien plus courte que vous ne le pensez. Ne faites pas du travail de mercenaire. Si un studio veut vous embaucher pour écrire quelque chose, faites-le uniquement si le job a une résonance spirituelle, psychique ou sexuelle en vous. 6. Mentez toujours au sujet de votre premier jet. J’ai prétendu que je travaillais sur le scénario de BASIC INSTINCT depuis des années lorsque je l’ai vendu pour une somme record. Lorsque le film est devenu le plus gros succès commercial de l’année 1992, j’ai dit la vérité : il m’a fallu treize jours pour l’écrire. 7. Rappelez-vous les secrets de famille. Si vous êtes bloqué, ne savez pas à propos de quoi écrire, pensez à toutes ces choses dont on ne parle pas au sein de votre famille. Quelque-part là-dedans se cache au moins un bon scénario. 8. Face au réalisateur, ne pliez-pas. Qu’importe à quel point il est charmant, le réalisateur n’est ni votre ami, ni votre collaborateur. Il est votre ennemi. Il veut imposer sa vision créative par rapport à la vôtre. Il veut prendre ce que vous avez écrit, se l’approprier et en retirer tout le crédit. 9. Noircissez un peu votre cœur. Mon ancien et très cher agent, Guy McElwaine, m’a dit: « Il n’y a pas de cœur plus noir que le cœur noir d’un agent. » Même s’il a été mon agent pendant très longtemps – et même si je l’aimais vraiment – est arrivé un jour où je l’ai viré. 10. Ne laissez pas les bâtards vous descendre. Si vous ne parvenez pas à vendre le scénario, ou si vous vendez le scénario mais qu’ils engagent un autre scénariste pour le massacrer, ou si le réalisateur s’attribue tout le mérite de l’écriture dans les interviews, ou si les acteurs prétendent avoir improvisé vos meilleurs répliques, ou si vous êtes mis à l’écart des conférences de presse, asseyez-vous simplement et écrivez un autre scénario. Et si la même mésaventure vous arrive avec celui-là, écrivez-en un autre, et un autre et encore un autre, jusqu’à ce que vous en ayez un qui soit porté sur grand écran par un réalisateur, mais avec votre propre vision. »

REDÉCOUVERTES

LES GRANDES MANŒUVRES (TF1)
Je revois LES GRANDES MANŒUVRES dans une copie enfin  regardable et suis tombé sous le charme : scénario inventif et intelligent avec tout à coup des trouvailles drolatiques étonnantes (les chapeaux qui se mettent à parler). On peut y admirer toute une flopée de seconds rôles ou de vedettes débutantes (Claude Rich, Piccoli), tous bien distribués, dans des rôles qui ne sont pas simplement des faire-valoir : de Yves Robert à Pierre Dux, de Dany Carrel, délicieuse, à une Brigitte Bardot excellente et à croquer, sans oublier Jacqueline Maillan et Madeleine Barbulée, Jacques Fabbri. Clair croque aussi bien le coté rance, aigri de la province, que la délicatesse de certains sentiments, la frustration, la solitude chez Michèle Morgan, la vanité blessée qui se transforme en amour chez Gérard Philippe qui est magnifique d’élégance et de subtilité. Osons un sacrilège et citons Lucien Logette dans Jeune Cinéma, excellente revue : « C’est un film qui tient nettement mieux le coup et qui est beaucoup plus réussi qu’ELENA ET LES HOMMES. » Et je ne parle pas du DÉJEUNER SUR L’HERBE. Ce, malgré un côté un peu ripoliné dans les décors qu’on peut défendre car il fait ressortir la cruauté discrète de certaines péripéties. Qualité Française ? Si cette expression qui désigne un savoir-faire réel mais anonyme convient parfaitement à certains Delannoy ou Carné des années 50, à des réalisations de Lampin, Dréville, elle ne s’applique pas aux GRANDES MANŒUVRES où Clair est présent dans chaque plan, chaque réplique. Idem pour Claude Autant-Lara (sauf LE COMTE DE MONTE CRISTO) et Duvivier même dans ses échecs (sauf LA FEMME ET LE PANTIN). Cette expression servait à défendre coûte que coûte les erreurs manifestes, les plantages, les fautes de goût des cinéastes qu’il fallait vénérer pour de justes raisons : la distribution d’ELENA est une suite d’erreurs. Personne ne joue avec personne. Il n’y a aucune entente entre les comédiens et le scénario est écrit à la va vite. Et Renoir semble totalement coupé de la France. Il a le regard d’un cinéaste américain et recycle des recettes, des souvenirs. LE CAPORAL ÉPINGLÉ est meilleur (même si l’on voit que la guerre de 40 reste pour lui la guerre de 14). Il faut faire comme si ces dérapages étaient des innovations, ce qui arrive dix fois sur cent. Le mépris justifié de Renoir pour la technique (qui entraîne des jugements imbéciles, mesquins des adorateurs de la technique style Le Chanois) lui faisait braver les règles dans les années 30 et était porté par une extraordinaire énergie créatrice en symbiose avec le pays. Après la réussite de FRENCH CANCAN, elle est en veilleuse et ses zélateurs l’ont conforté dans ses fourvoiements.

Autre redécouverte fastueuse, LA FÊTE A HENRIETTE (Pathé) qui est souvent sous-estimée, procure une jubilation de tous les instants. On a beaucoup glosé sur les affrontements entre les deux scénaristes que l’on réduit de manière simplificatrice à des autoportraits déguisés de Jeanson et Duvivier. Il y a beaucoup d’autres modèles. On peut juste constater que Duvivier se sert du personnage de Crémieux pour se moquer de lui-même, de ces plans de traviole qu’il glissait dans certains films notamment dans le très bon sketch avec Pierre Blanchard de CARNET DE BAL. Cette référence ironique fut décrite dans les Cahiers du Cinéma comme une volonté de plagier Welles, alors que ce genre de plan Duvivier les avait tournés des années avant CITIZEN KANE. Mais ce qui m’a aussi touché dans le film et qu’on mentionne rarement, ce sont toutes ces scènes de bal dans les rues, ces orchestres, ces foules de danseurs. Certains plans incroyablement spectaculaires sont visiblement volés (le bal près de la Madeleine) et le montage qui les unit à partir de la valse d’Auric est un grand moment de cinéma et un hymne au Paris populaire.

Commentaires (41)

 

  1. Dumonteil dit :

    Une fête ,c’est une fête !il y a un peu plus de dix ans que j’ai découvert « la fête à Henriette » et que je l’ai fait découvrir à des tas de gens en France et ailleurs (un Américain: »çà me semble très avance pour l’époque » ;un Canadien : » c’était avant « la nuit américaine « ?un Israelien : »cela faisait 50 ans que je voulais le revoir » Un Anglais : » un oeuf de Fabergé ce film »)

    « La fête à Henriette « fait jubiler ;on peut le voir comme une parodie de « sous le ciel de paris »(déjà plus ou moins non conventionnel : Brigitte Auber ,jeune fille ,de la province à la recherche du grand amour est un cliché que JD étrangle dans tous les sens du terme ).James Travers,un critique américain estime que « la fête à henriette  » piétine le cinéma de papa (terme horrible quand on est au niveau de JD dans « la fête  » ) plus que Truffaut dans son essai;on les voit ,lui et Jeanson , développer une multitude de possibilités ,afin d’y opérer des choix,comme si le metteur en scène lui-même doutait de ses propres moyens -dans l’épisode 5 de son voyage ,monsieur Tavernier insiste sur sa peur de l’échec et cite pour preuve l’époustouflante scène de l’étudiant et de la pendule dans « sous le ciel » ;les ??????? du générique d’un film qui n’existe pas encore sont pleinement assumés puique le film part dans toutes les directions comme dans un jardin aux sentiers qui bifurquent comme dirait Borges ;et la dernière scène est aussi une gageure : 20 ans plus tard ,Trintignant dans un film oublié (« les violons du bal » ) d’un metteur en scène-sans doute injustement- oublié (Michel Drach ) , imite Michel Auclair ,y compris le ton sans réplique ;mais c’est beaucoup plus incisif chez JD car le « vrai  » film n’existe pas.

    Ce jeu de massacre se retrouve aussi dans l’allusion au « voleur de bicyclette  » et à « Don Camillo » (« ça ne ferait pas de bons films « ;personnellement je tiens le JD pour son plus mauvais film des années 50,après « la femme et le pantin » et « l’homme à l’imperméable » ) ;dans la parodie de Carné et de l’aveugle-destin ; on peut même dire qu »il s’approprie le « 14 juillet  » de Clair et qu’il bat son collègue à son propre jeu.

    Les dialogues de Jeanson sont jubilatoires :Auclair à un général: » comment vous me voyez devant vous et vous vous mettez pas au garde-à -vous? »;un VIP du gouverment est mourant et les journalistes échangent de gentils propos : »j’espère qu’il cassera sa pipe avant l’heure de l’apéritif ».

    A sa sortie, l’office central catholique donna la cote 5(la plus dure) au film jugé immoral ,prônant la liberté sexuelle: je les cite « sous prétexte d’en critiquer l’usage au cinema ,les auteurs ont incorporé dans cette histoire de nombreuses scènes érotiques et employé un dialogue grossier qui la rend finalement indamissible au point de vie moral » ;à leur décharge les tenues d’Hildegarde Knef sont plutôt sexy ,même aujourd’hui.

    Beaucoup ont sûrement vu le remake de richard Quine (« Paris when it sizzles « )avant (c’est mon cas ) ;le titre français est « deux têtes folles » ,il vaut surtout pour Hepburn mais ne soutient pas la comparaison avec l’original;un second remake américain inavoué « Alex et Emma « ;l’idée générale sera aussi reprise par Robert Guédiguian que je soupçonne d’être un fan de JD (déjà « la ville est tranquille » avec ces destins qui s’entrecroisent fleurent bon « sous le ciel de Marseille ») dans « à l’attaque « .

    pour ceux qui n’ont pas encore vu le film:préparez-vous à une fête!

    NB :les Americains qui refont du Duvivier ne peuvent s’empêcher d’y mettre la tour Eiffel : voir non seulement « paris when it sizzles  » mais aussi »la tête d’un homme  » refait sous le titre  » the man on the Eiffel tower « (?)

  2. Pierre dit :

    A Bertrand Tavernier

    Un grand merci d’avoir attiré l’attention sur SECTION SPECIALE, à coté duquel j’étais passé. Je l’ai revu dans la foulée de votre dernière livraison. C’est une superbe leçon, une démarche vraiment courageuse. Peu de cinéastes ont su s’attaquer ainsi à la magistrature, ce qui n’est tout de même pas exempt de risques. Le constat conserve une grande part de son acuité. L’idée de rendre Pétain invisible, comme une figure maléfique qui est à la fois partout et nulle part, est brillante. Et les acteurs…A votre liste, j’ajoute Heinz Bennent, qui rend très bien la réaction, à la fois dubitative et stupéfaite, des allemands devant les mesures que proposent les français. La séquence du procès de Bruno Cremer est vraiment le climax du film, ou (l’excellent) Piéplu se fait démonter par le prévenu seul, qui tend aux magistrats un miroir les confrontant à leur propre ridicule. C’est un film extraordinaire. Merci !

  3. Jérémy B. dit :

    J’ai lu le guide de J. Esterhaz, scénariste qui peut effectivement se vanter d’avoir gagné beaucoup d’argent, mais quant à la qualité réelle de ses scénarios, c’est très discutable : il a évidemment une vision des rapports humains et un style percutant dans ses dialogues , toutefois les plus connus restent des  » coups » médiatiques des années 90 , franchement surévalués. « Basic Instinct » est un des films les plus faibles de Verhoeven. Sans ses qualités formelles, que retenir du contenu digne d’un Hollywood night de deuxième partie de soirée ( pour ceux qui ont connu, anthologie de téléfilms putassiers qui passaient sur TF1 le samedi soir).Je retiens du film un enchainement ingénieux: un plan au ras du bitume d’une voiture qui passe près de la caméra et l’éclabousse, suivi d’un plan intérieur de ladite voiture, où un essuie glace balaie la pluie.
    C’est tout.
    Et je doute qu’elle vienne du scénario. Par ailleurs , c’est peut être même le monteur qui a trouvé le truc.
    « Jade  » de Friedkin avait une séquence de poursuite qui tient encore la route, et quelques idées amusantes ( Comme le personnage principal qui prend congé à la fois de son supérieur et du spectateur).
    Showgirls est peut être le meilleur film écrit par Esterhaz,.
    Ce guide est très amusant à lire, c’est vulgaire ( la blague sexiste sur la suite de Basic Instinct 2… Je vous laisse la découvrir). Parfois gênant: je crois me souvenir qu’il se vante d’avoir eu une liaison avec la femme ou l’ex femme de Scorsese qu’il humilie et provoque en détaillant ses frasques .C’est parfois intéressant quand on aime l’écriture mais il faut relativiser sa place dans le septième art. Dans le genre vieux libidineux je recommande n’importe quel roman de Jim Harrison ( autrement plus classe , même dans ses débordement ) , dont je citerai une phrase qui m’avait marqué dans son dernier livre,  » vieux Saltimbanque ». » L’ambition ennerve quand l’humilité apaise ».

    • Yves Rouxel dit :

      A Jeremy B.Comme vous citer ce guide je viens de feuilleter la 5ème éditions du guide des films de Jean Tulard.Il y à encore et toujours d’énormes erreurs de dates,de noms de réalisateurs écorchés puis surtout le résumé de ces films sont d’une inconsistance désarmante.Dire que Tulard travaille avec une vingtaine de collaborateurs pour sortir un ramassis qui coute 29 euro.J’ai refermer le guide et l’ai reposer dans un rayon de livres d’humour!!!!

      • MB dit :

        à Yves Rouxel: ferait mieux de rééditer le Lourcelles.

        • Edward dit :

          Le commentaire de BT sur Jacques Saada m’a donné envie de lire ses « analyses » dans le Tulard et j’ai trouvé une ancienne édition à 1 euro; à ce prix-là, on en a pour son argent de rigolade en lisant les commentaires du susnommé, on est en plein délire : « virginia mayo, par son exceptionnel rayonnement et sa prodigieuse présence physique, incarne de manière foudroyante l’héroïne la plus absolue de l’histoire du cinéma » (Colorado Territory), elle devient Lady McBeth dans White Heat, « Band of Angels résout magistralement le problème espace-temps (…) tout en fusionnant de manière idéale, avec un somptueux orientalisme, les composantes du drame élizabéthain et celle du choeur de la tragédie grecque (…), etc. Comme dit Rouxel, à ranger dans le rayon humour.

        • Mathieu dit :

          A Edward:
          Coïncidence je viens de voir le Tulard chez un bouquiniste sur le trottoir d’une rue de Tunis où je me trouve. Virginia Mayo, elle n’est bien que chez Walsh, non? Walsh qui était aussi un grand directeur d’acteurs et d’actrices. Si on compare Mayo dans COLORADO TERRITORY et dans THE IRON MISTRESS de Gordon Douglas il y a un fossé. J’ai revu récemment THE IRON MISTRESS et j’ai été plutôt déçu, scénario confus et répétitif, le personnage de Mayo déjà vu (l’aristocrate sudiste gâtée et égocentrique) et le bayou d’où vient Jim Bowie (Alan Ladd) à peu près aussi réaliste que l’Oregon de SEVEN BRIDES FOR SEVEN BROTHERS.

      • Dumonteil dit :

        Claude Bouliq-Mercier est l’un des collaborateurs les plus fiables ;je ne sais pas s’il a gardé le rigolo qui donne 4 étoiles à tout film de Madame Stone (Sharon,pas Emma) ;mais enfin un guide qui ne donne pas (par exemple)une seul étoile à « music box » de Costa-Gavras vanté par M.Tavernier sur cette même page est sujet à caution .

        Lourcelles a fait beaucoup pour réhabiliter un cinéma français qu’il était de bon ton de mépriser suivez mon regard ….

  4. Joe E Brown dit :

    Un grand merci pour votre chronique. J’adore Preston Sturges et je suis rassuré par votre commentaire à propos de INFIDELEMENT VOTRE. C’est un film que je n’ai jamais vraiment apprécié malgré une thématique très prometteuse. On se dit l’idée est génial mais les minutes passent et on se rend compte qu’il n’y a pas de « second étage à la fusée ». Pourtant, j’ai (presque) toujours lu dans la presse des critiques dithyrambiques sur le film ce qui m’a à chaque fois laissé circonspect. Serais je passé à côté du film ? Quoi qu’il en soit, il faut revoir LADY EVE, LES VOYAGES DE SULLIVAN ou CHRISTMAS IN JULY (ce dernier est totalement méconnus) qui sont de vrais chef d’oeuvre.

    Rapporté dans le livre « et tout le reste n’est que folie », j’en profite pour citer Billy Wilder lui-même citant les onze règles de Preston Sturges pour réussir une comédie :

    -1. Une jolie fille vaut mieux qu’une fille laide.
    -2. Une jambe vaut mieux qu’un bras.
    -3. Une chambre à coucher vaut mieux qu’un salon.
    -4. Une arrivée vaut mieux qu’un départ
    -5. Une naissance vaut mieux qu’une mort.
    -6. Une poursuite vaut mieux qu’une conversation
    -7. Un chien vaut mieux qu’un paysage
    -8. Un petit chat vaut mieux qu’un chien.
    -9. Un bébé vaut mieux qu’un petit chat
    -10. Un baiser vaut mieux qu’un bébé.
    -11. Et le mieux de tout, c’est quand un personnage tombe sur son derrière.

  5. Stephane dit :

    Je vous fais part d’une bonne adresse rencontrée au gré de mes ballades sur Youtube. Un fort intéressant documentaire « Hollywood sur Gironde » consacré à Emile Couzinet.
    https://www.youtube.com/watch?v=PGOAQN9Ci0k

    Dans son recueil d’anecdotes sur le cinéma, « Godin par Godin » le gloupier rapporte ce que Roman Polanski (ni alcoolique ni drogué à notre connaissance) avait dit sur le nanardeur bordelais. Pour ceux qui n’ont pas le bouquin sous la main, je retranscris l’intégralité du propos :  » J’ai vu récemment tous les films d’Emile Couzinet, le petit maitre bordelais décédé il y a quelques années, et je crois qu’on l’a trop ignoré. Il est grand temps de réhabiliter ce précurseur auprès duquel Resnais, Welles et Eisenstein lui-même ne sont, techniquement, que des amateurs. De plus, le ton irrespectueusement comique de films comme Trois jours de bringue à paris, Le congrès des belles-mères et, surtout, Césarien joue les étroits mousquetaires, font de ces spectacles de vraies cures de saines joies de vivre, et des acteurs comme Gabriello, Jeanne Fusier,-Gir, Pierre Dac, Pierre Repp et Pauline Carton écrasent littéralement Jerry Lewis, Laurel et Hardy, Chaplin et Buster Keaton. Le cinéma de Couzinet ? C’est tout l’avenir du cinéma gravé sur la pellicule avec cent ans d’avance, c’est du génie à l’état brut. »

    Alors, moi je dis : « Réclamons l’intégrale ! Que diable ! »

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Stephane
      Je pense 1° que Roman Polanski ignore jusqu’au nom de Couzinet 2) et que ces propos sont à interpréter au rebours de ce qu’ils disent ou qu’ils constituent une joyeuse provocation. Il y avait deja eu un article de Michel Mardore sur le Chiffre trois ces Couzinet », pastiche des articles de Douchet sur Hitchcock.. Je souhaite bien du plaisir à tous ceux qui veulent voir leDON D’ADELE, LE CONGRES DES BELLES MERES, TROIS VIEILLES FILLES EN FOLIE

      • Dumonteil dit :

        Moi aussi ;mais après tout puisque l’auteur de « Rosemary’s baby  » le dit….

        Voici un avant-goût du ragoût:

        « le don d’ Adèle » :la malheureuse fille qui a don de double -vue et qui ferait un bon profiler dans les thrillers actuels est excommuniée par le curé local;on constate et ceci est prouvé que Couzinet partage avec Chabrol le goût de la gastronomie :ici on se régale de rognons sauce madère (comme dans « le défroqué ») et de « nègre en chemise »(« trois couches de marron ,trois couches de chantilly,avec de la vanille et du kirsch « (Serge Dalens, in « la mort d’éric »)

        « Mon curé champion du régiment » : armé d’un bréviaire et d’un parapluie,le curé en question qui remplace son maître aristocrate à l’armée ,justifie le titre : il y aura appris l’argot du régiment,souffert d’une rage de dents et obéi au caporal Tiroir (sic)joué par Jean Carmet;au niveau du nadir du ciné français des années 70,les épouvantables Charlot ,c’est dire….

        « Quand te tues-tu?(re-sic):remake d’un film des années 30:un type ne touchera un héritage que s’il marie une veuve ,sinon ,l’oseille ira à une fanfare :il faut voir la vierge Fusier-Gir essayer de violer le héro et entendre une scène où chaque phrase comporte un imparfait du subjonctif .

        « La famille Cucouroux  » comporte une scène d’anthologie :comme un léopard rôde dans la maison ,le domestique passe l’aspirateur dans une armure ;il y a aussi Henri Salvador en cousin indien bien sûr sauvage.

        j’en passe et des meilleures ;la seule originalité de Couzinet est d’avoir une production indépendante sise à Bordeaux -qui se moquait de la critique parisienne- et de passer ses films dans ses cinémas .Comme Ed Wood ,il avait sa troupe fidèle de comédiens qui appréciaient la bonne chère.

        Un Martien qui n’aurait jamais rien vu de lui pourrait commencer par « le curé de saint-amour » ou « trois jours de bringue » ..

        Bons films…

        • Stephane dit :

          A Dumonteil

          « Bons films » merci. Mais où les trouver ?

        • MB dit :

          à Stéphane: il faut s’adresser aux services de la voierie je crois.

        • Dumonteil dit :

          Ils sont disponibles en cassettes video je crois;mais ,franchement,on peut survivre sans … ;Quoi que Polanski ait pu dire (ce dont je doute beaucoup ),ces films sont réservés aux amateurs de comique au n+xème degré…à moins que la ringardise -relisez mes notules- soit considérée comme du grand art,auquel cas seul Max Pecas peut rivaliser!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Dumonteil
          Je ne cherche à voir, sans passion aucune, que les films « sérieux » qui eux doivent être comiques involontairement : BURIDAN HEROS DE LA TOUR DE NESLE, LE BOUT DE LA ROUTE, QUAI DES ILLUSIONS (assistant Sergio Leone avec une bande annonce où on voyait une 4CV tourner le coin d’une rue pendant que sur l’écran on lisait UN GRAND FILM D’ACTION)

        • Dumonteil dit :

          A M. Tavernier

          je vois ce que vous voulez dire :plus un film est « sérieux « ,plus il est involontairement comique ;d’ou « Buridan le heros de la tour de Nesles « ,le slip « petit bateau « de la reine;dans un peplum dont j’ai oublié le nom,la robe de l’héroine s’attachait avec une magnifique fermeture éclair; les films de Joannon (années 50) sont souvent jubilatoires pour ça: la scène ou Pierre Trabaud vomit son diner dans les toilettes (« le defroqué ») ;celle ou Girardot simule un viol par un Fresnay raide comme un piquet (‘l’homme aux clés d’or ») ;le film-culte « joe caligula  » dans lequel une des heroines vient gémir « ils l’ont fait brûler » (mon amant) et d’ajouter en pleurnichant « et il brûle encore! »

    • Denis Fargeat dit :

      Merci pour votre message! Tout un pan du cinéma, une oeuvre cohérente qu’on aime savoir exister sans se sentir obligé de la découvrir. Ce qui fait rêver, c’est les studios que Couzinet a pu créer, à Royan puis Bordeaux, l’ambition du bonhomme, et les magnifiques salles – pensées dans les moindres détails, mais construites si rapidement que le Luxor avait tout, sauf une cabine de projection!
      Concernant l’affaire Le Gloupier-Polanski, je me dis que l’encensement Couzinesque est la continuation de l’attentat pâtissier par d’autre moyens…

      • MB dit :

        à D Fargeat: mais Godin est très cultivé question cinoche, comme dit BT il encensait Couzinet par provoc mais il a réussi à me faire voir VIVE LA FRANCE de Michael Youn qui est effectivement rigolo. Il doit y avoir des signes discrets qui signalent le 2ème degré mais c’est subtil.
        Ce Couzinet mérite un biopic façon ED WOOD;

    • Yves Rouxel dit :

      A Stéphane.Merci pour cette piqure de rappel sur Couzinet qui n’est pas du tout oublié de tous.De mon coté j’ai revu avec tendresse les deux films adaptés de la bd d’hergé »tintin ».Le premier est réalisé par Jean jacques Vierne et se déroule en partie en Grèce.C’est savoureux de voir en chair et en os des personnages humains,surtout Jean pierre Talbot pour la ressemblance avec le reporter belge mais aussi Haddock campé par Georges Wilson(avec sa fausse barbe)puis les frères jumeaux dupont et dupond doublé en français par Jacques Dufilho et le chien Milou que la production à dut dresser pendant trois mois car il aimer mordre les mollets de Tintin.Le second volet dut à Philippe Codroyer est plus faible en action et sur le plan de la mise en scène c’est un peu mou,mais le film reste un bon divertissement à voir ou revoir et à faire découvrir à des enfants.

      • Dumonteil dit :

        à Yves
        « le mystère de la toison d’or » est le meilleur des deux,d’accord .
        jean-pierre talbot était un instituteur que la collaboratrice d’hergé a trouvé sur une plage belge ;inutile de dire que les enfants devaient rêver d’être dans sa classe,même si il affirmé n’avoir jamais joué les Tintin devant son tableau.il a subi un entrainement sportif et n’est pas doublé,par ex pour la scène de la tour;dans les bagarres, Marcel Bozuffi ,le méchant, craignait même de recevoir un coup .Georges Loriot (Tournesol) était un clown chez medrano ;du côté des chevronnés,Vanel -dont le rôle est épisodique-donnait des conseils à Talbot mais Wilson cherchait à l’évincer,dixit le jeune homme .

        Pour Milou,la production a engagé 7 cabots :n°1 Milou dynamique ,le principal n°2 le lymphatique,endormi n°3 :dressé pour lui sauter dans les bras n°4 pour se rouler sur la mèche ;le n°5 pour se cacher les yeux;les deux derniers étaient en réserve et imposés par la compagnie d’assurances

        De BROCA a renoncé au film mais a retrouvé l’esprit de Tintin dans « l’homme de rio » où les clins d’oeil à Hergé abondent.

        « Les oranges bleues » est franchement mauvais ,avec un scenario qui coud bout à bout des reminiscences de l’affaire tournesol » et de « l’or noir » ,avec un ton burlesque qui n’est même pas drôle.

        On a parlé d’un 3eme film ,peut-être en Inde …qui ne verra jamaisle jour.

        • Henri Patta dit :

          a DUMONTEIL.
          Vous parlez avec beaucoup d ‘enthousiasme de ce tintin. Et vous m ‘avez donné trés envie de le revoir malgré le fait que j ‘en garde un souvenir plus que mitigé suite a ‘un passage a la tv , durant mon adolescence.
          Ou peut-on le trouver ?

      • Mathieu dit :

        A Yves Rouxel:
        Le Tintin dont vous parlez (TINTIN ET LE MYSTERE DE LA TOISON D’OR) c’est à Istanbul qu’il a été tourné. C’est d’ailleurs à peu près le seul intérêt du film, de nous montrer un peu de l’Istanbul de l’époque…

  6. Christophe dit :

    Bonjour M.Tavernier,

    Que savez-vous sur les différences de montage, apparemment significatives, entre les versions américaines et française de The war de Ken Burns?

    Existe t-il un document ou un article là-dessus?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Christophe
      Je ne savais pas qu’il y avait des différences. Je n’ai vu que la version américaine

      • Alexandre Angel dit :

        A Christophe,
        si je puis me permettre, il me semble que les différences dont vous parlez concernent plutôt VIETNAM, du même Ken Burns. Non?

  7. Stephane dit :

    Pascal Thomas, et vous aussi, êtes bien sévères avec LA SURPRISE DU CHEF. C’est une de ses meilleures comédies. Brillamment écrite, avec ce changement permanent de point de vue dans la narration, passant de la lettre (interminable mais pleine d’esprit et d’humour) lue en voix off, aux réactions de celui qui la lit. Puis le corps du film, en fait de longs inserts sur la voix off, entrelardés par le récit de Virginie Thévenet à sa copine. Le spectateur pourrait s’y perdre, mais c’est très homogène et très fluide. Le film est garni de scènes bidonnantes, comme ce dialogue entre le chef cuisto et son commis de cuisine africain, avec en arrière plan la tragédie de ce cuisinier qui prend tout à coeur, mais qu’on traite avec tant de désinvolture. La fin est digne des meilleurs moments de la comédie italienne. Hubert Watrinet et Papinou, vraiment exceptionnels, montrent à quel point Pascal Thomas a toujours su mettre au premier plan des acteurs peu, voire pas du tout connus du grand public. Et il y a cette manière de quasiment tout filmer en plans d’ensemble, caméra immobile, sans jamais perdre ni l’énergie ni le mouvement d’une scène. Alain Cavalier avait tourné Le plein de super de la même manière.
    Tout ce que vous dites sur Pascal Thomas est très juste. PLEURE PAS LA BOUCHE PLEINE est la photographie exacte de la France populaire provinciale de ces années-là, avec ce moment d’angoisse où Daniel Ceccaldi, par sa drague un peu lourde, pouvait faire basculer le film vers Dupont Lajoie. En revanche j’ai trouvé à LA DILETTANTE les défauts qu’aurait pu avoir La surprise du chef, précisément à cause d’un scénario qui cherche son sujet pendant une heure et ne le trouve que dans le dernier tiers. Dès que Catherine Frot est confrontée à ses difficultés judiciaires, on a le sentiment de basculer vers un autre film. Mais le sujet du film c’est avant tout Catherine Frot, avec des dialogues brillants. A ce jour le meilleur documentaire sur cette géniale actrice.
    Je n’ai pas voulu voir sa trilogie Agatha Christie, ni son film avec la vedette de la star ac. Est-ce qu’on perd à s’en dispenser ?

    • Alexandre Angel dit :

      LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE : c’est pas mal.

      • Dumonteil dit :

        « mon petit doigt m’a dit  » est un bon divertissement ;il a aussi pour héros Tommy et Tuppence Beresford (devenus en Français Bélisaire et Prudence)que les fans d’ Agatha Christie connaissent bien: on y retrouve avec plaisir Laurent Terzieff,Geneviève Bujold et Alexandra Stewart.

        • Stephane dit :

          Pascal Thomas dit qu’il est fâché avec Catherine Frot depuis le dernier film de la trilogie, sur laquelle tout le monde, public et critiques, est tombé à bras raccourcis. Je me réfère au site pour adolescents Allociné, lequel nous informe qu’il va refaire CELLES QU’ON N’A PAS EUES. On trouve Begbeider et José Garcia dans le casting. Aïe. La version de 81 est pourtant un régal. Pour l’avoir revue il y a deux jours, le film emprunte aussi à Agatha Christie, bien sûr Le Crime de l’Orient express. Mais ses films puisent aussi beaucoup dans la comédie italienne (principe du films à sketchs, personnages populaires dont le côté minable n’est jamais occulté). Il a même tourné le remake d’un Dino Risi, que je vais quand même regarder, malgré sa vedette, et Guillaume Gallienne (re aïe.)

        • Dumonteil dit :

          tout le monde, public et critiques, est tombé à bras raccourcis sur le dernier « Beresford » avec juste raison ;tout le charme de  » mon petit doigt m’a dit » s’est évaporé dans cette histoire abracadabrante qui n’a plus rien à voir avec Christie

  8. Damien D. dit :

    Ouf enfin une autre chronique qui va permettre d’éclaircir les commentaires car ça devenait difficile de s’y retrouver dans les posts de la chronique précédente (plus de 900 posts, on doit être à un record : ce qui montre la vitalité de ce rendez vous cinéphilique qu’est ce blog).

    Que vous parliez ici de Feuillade Bertrand est un bonheur : LES VAMPIRES et FANTOMAS sont de vrais chefs d’œuvres. On peut toutefois regretter, encore une fois, qu’il s’agisse de rééditions et qu’un tel grand réalisateur français soit finalement assez négligé en France par Gaumont : deux seulement de ses serials longs métrages ont été édités à ce jour ! Alors qu’aux Etats-Unis est déjà sorti JUDEX et que Christine Leteux signalait sur dvdclassik et son blog que TIH MINH avait été remontré en salle.
    Quand on pense que Gaumont sort de son catalogue certains films mineurs dans leur collection rouge ou en blu ray, on est en droit vraiment de se poser des questions. Ils n’ont qu’à sortir ces titres dans ces collections à la demande s’ils ont peur de ne pas en vendre assez. Mais priver les cinéphiles français de ces découvertes est tout de même un comble. Peut-être que vous pourrez Bertrand faire remonter la demande chez les gens de Gaumont qui s’occupent du patrimoine (même si l’effort de mettre en valeur les titres majeurs que sont LES VAMPIRES et FANTOMAS est déjà louable quoique indispensable) !

  9. Yves Rouxel dit :

    A Bertrand.Je tiens à remercier une nouvelle fois pour ce choix très éclectique coté sortie dvd notamment les coffrets de Lino Brocka,Feuillade ou Pascal Thomas qui représente bien la société française des années Giscard.Ce qui me plait chez lui c’est sa legereté et ses personnages sont toujours attachants et ont tous quelque chose de bon au fond d’eux mèmes.J’adore »Le chaud lapin »avec l’interprète de « Sacrée poupée »Bernard Menez.en tout cas BRAVO!!!

  10. et je me réjouis de pouvoir revoir les films de Lino Brocka. J’aimerais bien que la cinémathèque le projette un peu plus souvent.

  11. Merci, cher Bertrand Tavernier. C’est un aussi grand plaisir de vous lire que de voir vos films. Et vos recommandations sont précieuses et stimulantes.

  12. MartinV dit :

    Bonjour Bertrand,

    Je vous rejoins à propos du « Couperet » qui est passé sur Arte il y a quelques semaines et qui doit aussi beaucoup à José Garcia, parfait dans le rôle principal. Le roman de Donald Westlake figure sur ma liste de lecture.

    Revu il y a pas si longtemps, « Betrayed » m’apparait comme une réussite honorable dans la carrière hollywoodienne de C. Gavras. En tout cas, il tient mieux la route que le « Mississippi Burning » d’Alan Parker, sorti la même année sur un sujet similaire. Certes Joe Eszterhas n’est pas le scénariste le plus fin du monde (un film comme « Jade » est sauver in extremis par le savoir-faire de Friedkin derrière la caméra), mais cette description d’une organisation suprémaciste et paramilitaire semble plutôt crédible (il faut se souvenir des attentas d’Oklahoma City de 1995). Les rôles principaux étaient tenus par deux acteurs en vogue à l’époque(Tom Berenger/Debra Winger), rapidement disparus des radars. Il faut citer également l’apparition, dans un rôle secondaire, de J. Heard. Disparu il y a un an, cet excellent acteur fut rapidement relégué dans des seconds voire troisièmes rôles alors qu’il était inoubliable dans « Cutter’s Way » d’Ivan Passer…

    • Dumonteil dit :

      Je partage entièrement l’opinion de M.Tavernier sur « music box » ,un film passionnant de bout en bout ;le scénario est si fort qu’il a été plagié de manière éhontée dans « high crimes  » (avec Ashley Judd et Morgan Freeman):on remplace le père par le mari,la seconde guerre mondiale par le Salvador et presto! un scénario « original »!

      « betrayed  » est joué par un Tom Berenger convaincant ,mais il ne posssède pas la force émotionnelle de « music box » où Lange trouve un de ses meilleurs rôles;Jean Tulard ne lui donne même pas UNE étoile sur son guide des films…

  13. MB dit :

    c’est incroyable, j’étais en train de me demander s’il existait un coffret Pascal Thomas avec l’envie de tous les revoir! me croyez ou pas!
    Très content de revoir le cm de L ELEVE MINKOVSKI qui je crois restait invisible…

  14. CHARLES dit :

    Bonjour Mr Tavernier,

    Merci pour ce blog:vos chroniques et les interventions d’autres ciné-fils.
    Même un peu chancelants,les films tardifs des
    Renoir,Hitchcock,Varda,Kurosawa…sans oublier Manoel De Oliveira,m’émeuvent parce qu’il n’y à que l’os et souvent c’est très bien .
    Le déjeuner sur l’herbe est une belle « pagnolade » panthéiste aux reflets impressionnistes (magnifique photographie) :le bain de Catherine Rouvel dans la rivière.
    Et la folle séquence du berger-sorcier qui jouant du pipeau déclenche une homérique tornade.
    Le testament du Docteur Cordelier est étonnant, comment oublier la folle danse d’un Jean-Louis Barrault méconnaissable.
    Gérard Philipe s’écrit avec un p, même en grandes manoeuvres où il est aussi fin que dans Monsieur Ripois et fringant que dans Fanfan.Surtout depuis son admission sous la Coupole,on oublie René Clair parmi nos grands cinéastes (passons Les fêtes galantes ou Tout l’or de monde mais Porte des Lilas est pas mal du tout)

  15. PHILIPPE GUILLERMO dit :

    Merci d’évoquer ces deux beaux coffrets de Costa-Gavras avec des bonus très intéressants.Ce grand cinéate a publié au début du mois d’avril aux éditions du Seuil ses mémoires: « Va où il est impossible d’aller « .

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