Bresson, de Broca, Zampa et Kore Eda

14 janvier 2020 par - DVD

LECTURES

Je ne saurai trop recommander les ouvrages de Sinclair Lewis, écrivain qu’on ne lit plus guère et dans lequel j’ai voulu me plonger. Bien m’en a pris. J’ai découvert avec délectation ELMER GANTRY, satire forte de l’hypocrisie religieuse dans cette Amérique du Middle West qui m’a fait encore plus apprécier la formidable transposition de Richard Brooks avec Burt Lancaster et Jean Simmons, adaptation incroyablement intelligente (on ne parle presque jamais des qualités de Brooks scénariste) et surtout BABBITT (Folio), chronique d’une causticité flaubertienne qui épingle un grand nombre de travers (la soi-disant tolérance de Babbitt, sa révérence devant un libéralisme effréné, ses craintes face à tout ce qui pourrait le freiner) qui restent hélas éperdument actuels.

Babbitt est un agent immobilier qui rase les espaces verts pour construire des maisons, des immeubles qu’il vend trop cher, en ayant escroqué l’Etat, corrompu les pouvoirs publics. Grippe sou, clérical, inculte (il déclare que Shakespeare ne sert à rien dans le commerce et se vante de parler trois langues : l’américain, le base ball et le poker). Pour lui les artistes, le plus souvent des étrangers boivent de l’alcool dans des mansardes en mangeant des spaghettis. Lewis nous livre avec délectation les discours, aphorismes, préceptes de son héros (certains ont un côté néo-macronien) avec une jubilation digne de Flaubert comme le pointe Paul Morand dans une préface intelligente où il se croit obligé de rabaisser Zola. Et on trouve quelques bonheurs, la mère de Babbitt qui avait « une magnifique capacité d’incompréhension » ou ces invités « qui exposaient leurs vues avec la profondeur bruyante du mâle bien portant qui répète une banalité usée jusqu’à la corde sur une question dont il ne connait pas le premier mot ». « Il haïssait les miséreux parce qu’ils étaient pauvres, parce qu’ils donnaient une impression d’insécurité : « sacrés feignants, gémit-il, ils ne seraient pas de simples ouvriers s’ils avaient du nerf ». On trouve dans ce roman une préfiguration de l’idéologie de Trump notamment dans la description du programme de la Ligue des Bons Citoyens.

Rappelons que parmi les films adaptés de Sinclair Lewis, figurent le magistral DODSWORTH de Wyler (zone 1) dont l’action débute à Zénith, la ville de Babbitt, ANN VICKERS de John Cromwell (zone 1) mélodrame féministe qui contient une suite de séquences très fortes se passant en prison, systématiquement filmées en plongée, ARROWSMITH de John Ford (zone 1). Je ne connais pas le BABBITT de William Keighley.

LE DÉSASTRE DE PAVIE (Foliot) de Jean Giono est un extraordinaire régal. De par son style déjà, la richesse d’une langue luxuriante et inventive qui sait aussi se ramasser de manière percutante. Giono trace un portrait inoubliable de Charles Quint en qui il voit un précurseur de ces sociétés anonymes uniquement préoccupées d’économie qui vont dominer le monde, ajoutant qu’il était certes brave « mais comme on est maintenant automobiliste », formule géniale. Il faut la force visionnaire d’un romancier épris de concret, qui va arpenter le terrain, analysant la nature fangeuse du sol (« il ne peut y avoir de bruyères », ce qui contredit des historiens livresques), évoquant le brouillard, pour faire revivre de l’intérieur le déroulement des batailles. J’ai découvert que François Ier était passé très près de la défaite à Marignan et de la victoire à Pavie. Le hasard a joué un grand rôle (ainsi que les décisions chaque fois désastreuses du terrible Bonnivet, ami d’enfance de François que ce dernier suit aveuglément contre l’avis de ses capitaines). Le hasard et les revirements des Suisses qui comme tous les mercenaires changent de camp s’ils ne sont pas payés, parfois durant la bataille (à Marignan les Suisses espagnols changent deux fois de camp durant le combat), réclamant au milieu de celle-ci, une augmentation. Les souverains dans les deux camps sont toujours à la recherche de fonds comme l’Etat français à l’heure actuelle pour payer les troupes, les alliés, les généraux. A Pavie, on ne sut jamais exploiter les occasions et, problème récurrent dans le commandement français, François ordonna une charge des chevaliers en lourde armure sur un terrain boueux où après un premier succès, ils s’enlisèrent comme à Azincourt, Crécy et au Chemin de Dames avec Nivelle. L’aveuglement militaire, l’ignorance du terrain traverse les siècles.

Omnibus vient de regrouper en plusieurs volumes toutes les enquêtes de MAIGRET et j’en ai relu et découvert plusieurs avec le même plaisir. Le volume 6 notamment regroupe plusieurs chefs d’œuvre : MAIGRET A PEUR, MAIGRET ET LA JEUNE MORTE, MAIGRET À L’ÉCOLE, MAIGRET ET LE MINISTRE, MAIGRET TEND UN PIÈGE, très bien adapté par Michel Audiard, RM Arlaud et Jean Delannoy, bien filmé par Delannoy (TF1 vidéo). Gabin compose l’un des meilleurs Maigret avec Harry Baur (LA TÊTE D’UN HOMME, TF1) et Pierre Renoir (LA NUIT DU CARREFOUR, nébuleuse mais passionnant adaptation de Jean Renoir) et l’on ne peut oublier ses formidables colères contre Lucienne Bogaert et la manière dont il fait avouer un Jean Desailly bouleversant. Il est intéressant de noter que le roman se déroule dans le XVIIIème et que les auteurs l’ont transposé dans le IIIème, autour de la place des Vosges, quartier recréé avec brio en studio. Toute l’histoire de la clé, du passage, les rapports avec le boucher ont été inventés par Delannoy et ses scénaristes de même que le premier meurtre ponctué par une excellente chanson de Paul Misraki qu’on entend à la radio, qui est chantonnée par certains personnages et qui nous fait découvrir différents décors avec fluidité et élégance. Il est fascinant de voir dans tous ces romans remarquables comment Maigret finit par faire corps avec un suspect (Aline Calas dans MAIGRET ET LE CORPS SANS TÊTE), un enfant (MAIGRET À L’ÉCOLE), une victime, la jeune morte par exemple. Il parvient à reconstituer sa personnalité, à comprendre ses sentiments et c’est ainsi qu’il résout les affaires, « en romancier plutôt qu’en policier », me disait Jean Aurenche. Il se définit lui-même comme un raccommodeur de destinées.

  

A noter que la plupart des titres que j’ai énumérés ont été filmés par la télévision anglaise et parfois japonaise (l’éditeur a eu la bonne idée de citer toutes les adaptations avant chaque roman), en France avec Jean Richard et bien sûr Bruno Crémer dans des mises en scène de Christian de Challonge, Claude Goretta, Serge Leroy (MAIGRET ET LE CORPS SANS TÊTE), Jacques Fansten (UN ÉCHEC DE MAIGRET).

     

Les nombreux amateurs qui ont dégusté les deux volumes de LONESOME DOVE (Gallmeister), ces époustouflants récits picaresques, violents, cocasses, émouvants de Larry Mc Murtry, très grand écrivain que j’ai découvert tardivement (et parfois vu la bonne série TV avec Tommy Lee Jones et Robert Duvall), se plongeront dans LA MARCHE DU MORT – LONESOME DOVE : LES ORIGINES, sur les premières aventures de ses Texas Rangers. McMurtry pointe impitoyablement les sottises de chefs incompétents ou despotiques, la non préparation, l’inculture arrogante des Rangers qui se font décimer par une bande de Comanches connaissant le pays comme leur poche. Dès la première phrase qui décrit le surgissement inoubliable des eaux boueuses du Rio Grande d’une énorme putain, Matilda, traînant une tortue serpentine par la queue, on est happé et on ne peut lâcher le livre.

FILMS FRANÇAIS

Je tiens tout de suite à signaler la sortie chez Doriane du merveilleux film de Marc Allégret AVEC ANDRÉ GIDE, document indispensable sur un immense écrivain. La première partie, la plus traditionnelle souffre de certains manques propres aux documentaires de l’époque : un ton un peu raide et emprunté mais tout cela disparaît par la suite lors de l’étonnante leçon de piano que Gide donne à une petite fille où il se montre chaleureux, précis, témoignant de grandes connaissances musicales. La manière dont il reprend le jeu de son élève, le corrige est un moment de pur délice.

Je regrette, faute de matériel, de n’avoir pas évoqué dans mes VOYAGES À TRAVERS LE CINÉMA FRANÇAIS, LE PROCÈS DE JEANNE D’ARC de Robert Bresson dont la minutie perçante, épurée m’a bouleversé, les élans lyriques et noirs du sublime GUEULE D’AMOUR de Jean Grémillon et NON COUPABLE, autre chef d’œuvre de Henri Decoin (un des premiers films où l’on parle d’homéopathie qui est ridiculisée par le médecin officiel), ce double inversé de PANIQUE : dans le Duvivier, tout le monde pense que Michel Simon est coupable alors qu’il est innocent. Dans NON COUPABLE (Coin de Mire), quand Simon s’accuse des crimes qu’il a commis personne ne le croit. Excellent dialogue de Marc Gilbert Sauvageon, auteur méprisé par les cinéphiles. De Decoin, on peut aussi revoir LA CHATTE (René Château), chronique sobre et sèche, très bien photographiée. Le cinéaste demande à Joseph Kosma une partition non mélodique : des sons, des accords d’onde Martenot, des percussions, idée révolutionnaire.

  

A Cannes, la projection de MONSIEUR KLEIN fut un extraordinaire moment qui répare l’accueil incroyablement condescendant de l’époque. Le film reste une recréation géniale de l’époque dont il capture la paranoïa. On a l’impression que la peur, que l’oppression suinte des murs, de ces coins de rue mal éclairés (les décors d’Alexandre Trauner sont extraordinaires d’intelligence). Et Loué soit Alain Delon d’avoir permis qu’un tel film existe, où il est, d’ailleurs, génial.

Merci à Dumonteil pour m’avoir signalé les sorties de L’HOMME DE LONDRES de Henri Decoin et de HORIZONS SANS FIN de Jean Dréville (tous deux chez Gaumont, collection rouge). Le premier, je crois l’avoir entrevu il y a plus de soixante ans dans une copie médiocre en 16 mm. C’est la seule excuse que je me trouve pour avoir loupé un tel film, une des adaptations majeures de Simenon qui retraduit son univers oppressant où peu à peu les sentiments vont se mettre à nu. Decoin utilise admirablement le studio, utilisant des recoins, des différences de niveau, toute une géographie de l ‘étouffement physique (on a du mal à respirer) et moral. l.edoux extraordinaire d’amertume rentrée, campe un être honnête, enfermé en lui même, atteint d’un vague délire de persécution qui vire facilement à la paranoïa. Il faut voir comment il traite sa femme et la peinture est aussi forte même si les traits et les couleurs sont différents que dans LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE et le propos tout aussi critique. Il est comme encrassé dans des préjugés qui anesthésient son intelligence. Berry est sensationnel de sobriété capitularde. On le sent au bout du rouleau et il vous cueille tout à coup avec un ricanement horrible, pour prouver qu’il est clown (cet aveu est incroyable) On ne parle jamais de cette création digne du JOUR SE LÈVE et du CRIME DE MONSIEUR LANGE dans un registre plus intérieur. Suzy Prim et Jean Brochard, très tenus, s’intègrent dans cette œuvre sans éclat de voix, toute en retenue et une fois encore, la musique de George Van Parys est utilisée de manière mémorable. Qu’elle éclate brusquement à la fin d’une scène entre Camelia et Berry ou qu’elle donne lieu à une belle goualante énonçant la morale de l’histoire qui ouvre le film comme une complainte off (vraie audace narrative, on se croirai chez Brecht et Weil) jusqu’à ce que la caméra recadre Nila Cara qui la chante dans la rue (mais avec un orchestre invisible). Des versets religieux sont scandés en voix off ce qui évoque REMORQUES de Grémillon, Dialogues excellents et retenus de Charles Exbrayat où l’on retrouve la sobriété chère à Decoin. Une réussite.
HORIZONS SANS FIN rend hommage à Maryse Bastié, une des premières aviatrices françaises. On retrouve tout ce qui le fait le prix de certains films de Jean Dévrille : la sobriété du ton, la mise en valeur de l’entraide collective, de l’amitié qui donnait une vraie force à NORMANDIE NIEMEN (Gaumont), à certaines séquences de l’excellent mais plus sombre FERME DU PENDU. Dréville qui dirige comme joue Vanel, son acteur fétiche, sans effets de manche, sans ostentations, évite les effusions, les grands éclats, privilégiant des détails humains. Il traite de loin certains rebondissements mais donne une importance à un miroir qui permet à Hélène de se maquiller avant de monter dans un avion, petite touche délicate. Il dirige une masse d’acteurs talentueux, de Pierre Trabaud dont les cabrioles sont irrésistibles à Maurice Ronet, déjà si intense, Paul Frankeur, toujours exact, René Blancard, Lisette Lebon et même Jean Chevier qui est ma foi fort juste. Gisèle Pascal ne mérite que des éloges : elle parvient à se fondre dans le groupe et gomme tout ce qui pourrait paraître démonstratif, explicatif, préservant ainsi un ton, un propos féministe que je tiens vraiment à signaler.
Puisqu’on en est à Jean Dréville, signalons la sortie aux éditions Montparnasse de LA BATAILLE DE L’EAU LOURDE que je n’ai jamais vue.

Saluons aussi un joli coffret consacré à Philippe de Broca où l’on peut revoir en Blu-ray ses premiers films délicieux, LES JEUX DE L’AMOUR, LE FARCEUR et découvrir (je parle pour moi), L’AMANT DE 5 JOURS, œuvre plus noire que d’ordinaire où les personnages mentent, se trompent, usurpent de fausses identités, de fausses vies. Tout cela est traité avec pudeur mais plus de dureté que d’habitude. J’ai aussi découvert avec plaisir LE CAVALEUR où finalement de Broca et Audiard ne font pas de cadeau au personnage principal, cet éternel amoureux velléitaire et insatisfait auquel Jean Rochefort donne une vérité étonnante. C’est sans doute la comédie la plus autobiographique de de Broca comme le disent plusieurs intervenants dans les excellents bonus On est loin de la farce et du vaudeville, plus près de la comédie de mœurs à l’italienne ou à la Pascal Thomas. D’autant que le cinéaste et Audiard contrairement à tant de comédies donnent une grande place au métier du héros (pianiste), à ses obsessions, sa recherche de l’interprétation juste. Et utilisent le personnage de Nicole Garcia et celui d’Annie Girardot pour ajouter un regard critique sur le héros dont ils soulignent la solitude. Pour moi une des grandes réussites de De Broca.

Nous sommes revenus plusieurs fois (avec le soutien encore de Dumonteil) sur LA VIE DE PLAISIR d’Albert Valentin brillamment écrit par Charles Spaak (comme L’ENTRAINEUSE autre réussite majeure de Valentin) qui connut le douteux privilège d’avoir affaire aux foudres de la Censure durant l’Occupation (anti-cléricalisme, magouillages bancaires, turpitudes diverses) et à la Libération, le héros dirigeant une boite de nuit. Je n’ai pas encore vu le DVD rouge de Gaumont.

FILMS ITALIENS

LES COUPABLES a été une de mes grandes découvertes de ces derniers mois. Je n’avais jamais entendu parler de ce film de Luigi Zampa que Gaumont sort en version française (bien dirigée par Richard Heinz). Cette enquête criminelle que tente de mener à Naples un juge (Amedeo Nazzari, très bon) qui anticipe sur des magistrats comme Falcone va mettre à jour tout un réseau de corruption, d’ententes criminelles liées à la Camorra. Il s’agit en fait d’un des premiers sinon le premier film sur la Camorra et il annonce les œuvres comme GOMORRA. Magistrale mise en scène de Zampa qui utilise une foule de décors spectaculaires (rien que cela suffit pour acheter ce DVD peu onéreux) : cours d’immeuble, escaliers monumentaux ou tortueux, ruelles aux immeubles imposants ou aux taudis décrépits, restaurant immense au bord de la mer. L’action est haletante et on voit déjà ce qui a pu influencer Francesco Rosi qui était assistant. Ce film courageux et remarquable eut, selon Gian Luca Farinelli, beaucoup d’ennuis avec la Censure mais Zampa résista. Gian Luca pense d’ailleurs qu’il est le plus méconnu des grands réalisateurs italiens et il organisa un hommage à Bologne. J’avoue connaître un ou deux titres célèbres (VIVRE EN PAIX pas revu depuis des années) et avoir assez aimé à sa sortie un film moins connu, QUESTION D’HONNEUR.

TERREUR SUR ROME (Gaumont) est un petit policier d’Anton Giulio Majano (auteur du MONSTRE AU MASQUE) qui démarque platement PANIQUE DANS LA RUE et THE KILLER THAT STALKED NEW YORK avec des fautes de raccord dans l’éclairage, des plans qui sautent aux yeux.

  

QUI A TUÉ LE CHAT ? (Tamasa) de Luigi Comencini (produit par Sergio Leone) est une merveille d’humour noir, écrite de main de maître par le grand Rodolfo Sonego (UNE VIE DIFFICILE, L’ARGENT DE LA VIEILLE), le plus méconnu des grands scénaristes italiens. Un frère et une sœur qui se détestent tentent de faire décamper par tous les moyens (chantage, espionnage, lettres anonymes) les occupants de leurs immeubles pour toucher une somme plus que rondelette. Moyen pour Sonego de révéler à travers les agissements de deux crapules – Ugo Tognazzi idéalement distribué bat tous les records de muflerie et Maria Angela Melato est toute aussi irrésistible notamment quand elle veut séduire un prêtre – bien des hypocrisies, des mensonges. Michel Galabru, à peine desservi par le doublage, joue un commissaire de police enseveli sous les plaintes et les affaires mais moins bête qu’il le paraît.

Tamasa a aussi sorti UN VRAI CRIME D’AMOUR, toujours de Comencini que j’avais aimé à sa sortie.

  

J’ai été transporté par la vision récente de L’ARBRE AUX SABOTS de Ermanno Olmi, chronique paysanne qui épouse le rythme des saisons, en saisit les couleurs, la lumière. On a froid avec les personnages, on a faim avec eux (leurs repas sont d’une incroyable frugalité). Olmi pose un regard fraternel sur ces ouvriers agricoles, ces métayers finalement aussi exploités par des patrons froidement implacables que les livreurs de Ken Loach dans le poignant SORRY WE MISSED YOU. Un des protagonistes, Battisti, est traité avec la même sauvagerie capitaliste, la même absence d’humanité que le héros de Loach. Voilà un cinéma qui s’intéresse aux exploités, vibre avec eux mais point aussi leurs rancœurs, leur égoïsme (Finard dans L’ARBRE AUX SABOTS provoque des drames à force de bêtise avaricieuse et le fossé qui sépare le père de son fils dans SORRY aura des conséquences bouleversantes). Ces deux œuvres font la part belle aux personnages de femme que la religion, pourtant, contraint au silence chez Olmi.

 

A signaler la sortie de LA PROIE DU DÉSIR de Pagliero et Rossellini que me recommande Jean Ollé Laprune et du picaresque, truculent BRANCALEONE S’EN VA-T-AUX CROISADES de Mario Monicelli, une des meilleures recréations du Moyen Age qui culmine dans ce duel avec la MORT.

UN DÉTOUR PAR L’ASIE ET L’INDE

THE MUMBAI MURDERS d’Anurag Kashyap regroupe plusieurs des grands thèmes policiers qui ont déjà inspiré après Chesterton, Jean-Pierre Melville ou Michael Mann et des centaines d’exégètes : le fait qu’un criminel et un flic ne soient que les deux faces d’une même pièce. En l’occurrence, un serial killer sociopathe qui avoue sans cesse ses meurtres et un policier drogué (qui nous renvoie à BAD LIEUTENANT) qui vont devenir des sortes de jumeaux, l’un devant continuer le travail de l’autre. Quand l’auteur commence à expliquer ces thèmes, le film devient plus pesant et démonstratif mais auparavant Anurag Kashyap dirige un grand nombre de séquences d’une tension presque insupportable. La longue scène entre le criminel, sa sœur et son mari égale sur ce plan l’ouverture d’INGLOURIOUS BASTERDS. Et enracine son histoire dans des décors, des coutumes qui brouillent les pistes. Le film noir une fois de plus est un excellent révélateur social. On reste sidéré devant les mœurs de la police indienne (comme dans THE DELHI CRIMES, ils n’ont pas de menottes ce qui nous vaut un rebondissement spectaculaire) mais surtout devant le machisme froid, calculé, culturel du commissaire.

THE THIRD MURDER de Kore-eda est une œuvre captivante : une sorte de quasi-huis clos carcéral opposant un homme accusé du meurtre de son patron, dont il aurait fait brûler le cadavre après l’avoir dépouillé et le jeune avocat qui reprend l’affaire et sent que quelque chose cloche dans les aveux du coupable. L’avocat va refaire l’enquête, découvrant de nouveaux faits troublants. Kore-eda quitte les conflits familiaux dont il était devenu un grand spécialiste et qui lui avaient inspiré des chefs d’œuvre comme NOBODY KNOWS et I WISH. Le résultat est ici tout aussi puissant et il parvient à créer avec des moyens épurés, une brillante utilisation du Cinémascope, une tension qui ne faiblit jamais. Jusqu’aux déchirantes scènes finales. On pense parfois à Victor Hugo.

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Commentaires (80)

 

  1. Dixon Steele dit :

    Un Simenon que l’on ne mentionne que rarement, et qui est pourtant une très belle adaptation : La Mort de Belle (1961) d’Edouard Molinaro, (visible sur Filmo Tv) sur un scénario co-signé avec Jean Anouilh et Pierre Kast et une très belle musique de Georges Delerue. Le dérèglement psychologique du personnage principal est admirable. Il est interprété magnifiquement par Jean Dessailly (acteur ô combien Simenonien si il en est – il donne même, selon moi, quelques effluves de Simenon au sous-estimé La Peau Douce de François Truffaut), qui lui donne un mélange de force et de fragilité tout en nuances. Le film est composé de trois parties, d’abord la vie quotidienne de notre « héros » où, en quelques touches très bien senties Molinaro parvient à reconstituer tout un univers d’une respectabilité très « suisse », puis la mise en cause dans un assassinat, où chacun des pions sur l’échiquier de sa vie privée, par peur du scandale, se retourne soudain contre lui (à méditer en ces temps de moraline et de chasse aux sorcières), enfin la chute qui le mène en des abimes que lui-même ne soupçonnait sans doute pas. Et c’est l’un des grands mérites du film, de ne jamais sur-expliciter, de tenir dans l’ombre certains ressorts psychologiques ou inconscients, laissant au spectateur le soin et le plaisir de se faire, ou pas, sa propre idée. C’est un film d’une grande délicatesse, (avec une utilisation parcimonieuse et fine des flashbacks), certainement le meilleur d’Edouard Molinaro, dont la carrière fut pour le moins étrange et paradoxale (je crois que le personnage l’était aussi). Revoir aussi du même Molinaro Un Témoin dans la ville, d’après Boileau et Narcejac, très beau film d’atmosphère, avec une supeber photo d’Henri Decae, où la vie quotidienne des taxis de nuit parisiens est montrée avec beaucoup de tendresse, au son d’une inoubliable musique de Barney Wilen.

  2. MB dit :

    Quelqu’un a-t’il vu SCANDALE de Jay Roach?

  3. Gilles dit :

    « Alain Delon Génial ». C’est la deuxième fois que je vois ces deux mots associés sous votre plume. Personnellement je n’ai jamais décelé le moindre génie chez ce natif de Sceaux qui ne doit, et vous le savez très bien, sa carrière qu’à la fascination qu’exercent les voyous sur la grande bourgeoisie. Certes Delon est très charismatique, c’est le minimum pour faire du cinéma, et le maximum qu’on puisse dire de lui c’est qu’il fut étonnant, dans LA PISCINE, dans LE PROFESSEUR, ou dans LE RETOUR DE CASANOVA, film dont on reparlera un jour. Ceci sans savoir si la direction d’acteur est intervenue dans ce qu’on voit à l’image. Je n’imagine pas un instant Deray donnant des indications de jeu à Delon. A chaque nouvelle vision de Mr KLEIN, je me dis que ce très bon film aurait pu être en effet un chef d’oeuvre s’il avait été joué par Trintignant, ou Piccoli.

    • Bertrand Tavernier dit :

      a Gilles
      Et dans le SAMOURAI et surtout LA VEUVE COUDERC où il n’est jamais éclipsé par Signoret. Il est également très bon dans un sketch du DIABLE ET LES 10 COMMANDEMENTS avec Darrieux. Et Deray dirigeait Delon dans la PISCINE (ce qui n’est pas le cas de DOUCEMENT LES BASSES ou dU GANG)

      • Dixon Steele dit :

        Et vous le trouvez exécrable dans Rocco et ses frères, dans Les Félins, dans Le Samouraï? L’argument évoqué me semble spécieux. Depardieu, natif de Châteauroux, et Robert Mitchum, natif de Bridgeport ne devraient, eux aussi, leurs carrières qu’à la fascination qu’exercent les voyous sur la grande bourgeoisie?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Dixon Steele
          Exécrable est un mot trop fort, je le trouve décevant dans ROCCO (mais pas dans le GUÉPARD ou QUELLE JOIE DE VIVRE OU PLEIN SOLEIL) et terriblement solennel dans le SAMOURAI mais là c’est la direction imposée par Melville

      • Ulick Norman Owen dit :

        Et que faites-vous de « plein soleil » ,des deux Visconti , des « aventuriers » ?????

      • Pierre dit :

        A Gilles

        Pour moi vous vous laissez trop influencer par l’image que vous vous faites de l’homme. En revanche, l’acteur a une filmographie quasiment sans équivalent. Vous citez trois films : désolé mais ça n’est pas objectif. Vous passez complètement sur les films que Delon a tourné pour Visconti et Melville, ce qui n’est juste pas possible. Et DEUX HOMMES DANS LA VILLE ? Et tous les Deray ? Vous rappelez-vous du dernier plan, inoubliable, de TROIS HOMMES A ABATTRE ? On ne peut pas évacuer tout ça aussi vite, désolé !

        • MB dit :

          à Pierre DELON en effet Delon a un instinct de comédien qui le fait sortir de son personnage extérieur de forfanterie relative, de mégalomanie (dont il faudrait être psy pour arriver à voir en quoi elle est si réelle que ça) ou de tête à claque d’extrême-droitisme (surjouée sûrement), 3 niveaux dont je me fous. Cet instinct tient donc du génie, oui, puisque le génie ne relève pas du raisonnement mais de la spontanéité aveugle!
          Nous connaissons deux choses des acteurs quand ils sont en-dehors de notre vie personnelle: leur présence à l’écran, et leur vie publique. Ma foi, leur vie publique m’intéresse peu ça me regarde pas, je tente qu’elle n’influence pas mon jugement sur ce qui se passe à l’écran, parfois je me fais avoir mais je me surveille…

    • Yves Rouxel dit :

      A Gilles.Ou avez vous lu qu »Alain Delon était génial?Essayer de nous éclairer un peu puis de rester dans les films et livres mis en avant dans la chronique mensuelle de Bertrand.Sinon je vais évoquer un bon premier long métrage sur la guerre d’Algerie et sorti ce mercredi »Qu’un sang impur »avec l’impérial Olivier Gourmet.C’est courageux de la part de ce scénariste de mettre en lumière cette guerre qui à fait plus d’1 million de mort(autant du peuple algérien que des soldats français qui ont été appelés sans rien demander).Je reviendrais plus tard sur un redneck signé par John Trent « Sunday in the country »film efficace sorti à la même époque que tous ces brulots sur l’auto-défense aux usa(dirty Harry ou la série avec Bronson).Pour une fois je salut Artus films pour la restauration de la copie ainsi que le livre fort bien illustré qui accompagne le combo dvd et BR.

      • Alexandre Angel dit :

        « Essayer de nous éclairer un peu puis de rester dans les films et livres mis en avant dans la chronique mensuelle de Bertrand.Sinon je vais évoquer un bon premier long métrage sur la guerre d’Algerie et sorti ce mercredi »

        Juste hénaurme.

      • MB dit :

        à Y Rouxel « Ou avez vous lu qu »Alain Delon était génial? »
        dans la chronique de Bertrand, Yves, vous l’avez lue, pourtant!
        à AA: fameux coup double c’est du génie!

  4. Gilles dit :

    Sur la relation André Gide Marc Allégret, il existe un ouvrage tout à fait intéressant intitulé LE ROMAN SECRET. Gide, qui se définissait comme un uraniste (terme que j’ai découvert en lisant ce livre) se revendiquait également pédéraste dans le sens grec du terme : l’éraste lié à l’éromène dans une optique moins hédoniste que pédagogique. Là-dessus fut basée sa relation avec Marc Allégret, lequel fut l’amant de Gide jusqu’à sa mort sans pour autant être homosexuel. C’est le récit d’une éducation, d’ailleurs plus spirituelle que sexuelle, d’un jeune bourgeois de province par une élite intellectuelle de son temps, liée de longue date à la famille Allégret. Si on s’arrête à cet énoncé on pourrait ne voir en Allégret qu’un petit arriviste décomplexé, cependant la documentation fournie par l’auteur démontre qu’il fut avant tout un passionné de la vie, n’ayant aucune ambition particulière, pas plus sociale que professionnelle, lorsqu’il devint l’amant de Gide. A travers Gide, on comprend qu’Allégret s’est construit en se nourrissant du terrestre et du spirituel, et fut comme le dit l’auteur  » l’un des cinéastes français les plus cultivés, à un moment où le monde du cinéma n’est guère exigeant sur ce terrain. » Il dit plus loin que les films d’Allégret sont « jolis » terme qui convient tout à fait à ce cinéaste dont peu de gens aujourd’hui peuvent citer au moins trois films de mémoire. Les considérations de Gide sur le cinéma et la culture populaire laissent en revanche songeur : « art dégradé et dégradant » destiné à un public qui n’est pas éducable, la vulgarité du cinéma s’opposant à son élitisme esthétique. « Tout ce qui ne s’écrit pas pour l’élite est perdu » dit-il, toutefois l’auteur pointe ses contradictions en citant un texte où Gide faisait l’éloge d’ Hallelujah ! de King Vidor.
    Cette « Duographie » apporte en tout cas la preuve que Gide ne fut absolument pour rien dans l’ascension d’Allégret dans le septième art, il en fut même un peu jaloux. Un texte qui pour ma part m’a donné envie de relire tout Gide. De revoir tout Allégret me sera plus difficile.

    • Bertrand Tavernier dit :

      a Gilles
      Merci. Je peux citer LES PETITES DU QUAI AUX FLEURS, LE VOYAGE AU CONGO, ENTRÉE DES ARTISTES et surtout FELICIE NANTEUIL. Je ne connais pas SOUS LES YEUX D’OCCIDENT

      • Alexandre Angel dit :

        J’ai un bon souvenir d’un film anglais : BLANCHE FURY (paru d’ailleurs chez Elephant mais je ne l’ai pas).

      • Dumonteil D dit :

        à BT

        « Sous les yeux d’occident » aka  » Razumov » vaut surtout pour FRESNAY et JL BARRAULT ;un étudiant fait l’autruche en politique jusqu’à ce qu’il donne asile à un terroriste ;variation sur le thème du « traitre et du héros » cher à JL Borges ;la mise en scène ,assez quelconque ,comporte pourtant une scène forte :le révolutionnaire fusillé sur une affiche géante semble fixer des yeux son délateur ,image qui produit un effet hypnotique et met mal à l’aise .

        En général ,et ce n’est qu’un goût personnel ,en dehors des titres que vous citez (surtout « félicie » et « entrée des artistes ») ,j’ai tendance à préférer les meilleurs de son frère (« Dédée », « manèges » « une si jolie petite plage » « les orgueilleux »)

        • Dumonteil D dit :

          « ce cinéaste dont peu de gens aujourd’hui peuvent citer au moins trois films de mémoire. »

          pour continuer avec Allégret (Marc) (je passe sur tous les films déjà cités et ceux que je ne connais pas )

          « mam’zelle nitouche « (refait par yves ) ne présente aucun intérêt
          « la petite chocolatière » ne vaut guère mieux.

          La première version de « Fanny » ,c’est surtout Pagnol.

          « lac aux dames » est un mélo démodé ,mais pas sans charme ,et même osé( on y voit
          les seins d’une blonde) ;Aumont tant décrié sur le site est le maître- nageur favori de ces dames du titre;en contre-partie,les deux Simon (Michel et Simone) sont là.

          « sans famille  » est une jolie version du classique de Malot ,beaucoup moins éloigné dU roman que la version moderne avec Auteuil qui souffre d’un dernier tiers semblant plaqué sur le reste;Robert Lynen (« poil de carotte  » « le petit roi » ) est le meilleur Rémi que j’aie jamais vu.

          « Aventure à Paris « ne démarre qu’avec l’apparition d’Arletty (il faut s’armer de patience) qui retrouve Jules Berry.

          « Gribouille « : « Raimu m’a tout appris » (Michèle Morgan) leur tandem fonctionne bien ,une petite réussite.

          « LA Dame de MALACA  » avec Feuillère et PR Willm ; mélo exotique avec malaise en Malaisie .A peine Feuillère (mariée avec un macho qui lui interdit de se mêler de politique)est-elle montée sur le paquebot qu’elle rencontre le prince Sélim de qui elle tombe amoureuse .Deux amants pris dans la toile de la morale victorienne, avec Gabrielle Dorziat qui pratique une « charité  » proche de celle de Marguerite Moreno dans « douce » .Intéressant.

          « Parade en 7 nuits « est un film à sketches très original car le chien Pipo raconte son histoire (ses anciens maîtres) à ses compagnons d’infortune ; Presles,Jourdan, Roquevert,Raimu ,Andrex, Popesco,Barrault ,Carette ….sont les humains (qui ne le sont pas toujours).A découvrir.

          « L’Arlésienne » bien que fidèle à Daudet (on ne fait que « l' »‘entrevoir) ,souffre d’un grave défaut : si pour Raimu ça ne pose aucun problème,ni Jourdan ni Morlay n’ont l’accent provençal !dommage car c’est un joli film .

          « Julietta » réunit Marais et Dany Robin plus Jeanne Moreau dans un rôle de snob ;peu excitant.

          « futures vedettes » :plutôt connu,il semble que MA ait voulu mettre à jour « entrée des artistes’ et le film intéresse plus par sa pépinière de futurs artistes que par son histoire convenue ;ce serait plutôt « sortie des artistes « ici ;on y rencontre outre BB,Jean Marais (un prof qui ne semble pas à l’aise dans le rôle), les jeunes Bedos, Y.Robert ,Marielle (fut.Mylène) Demongeot,Isabelle Pia

          « l’amant de lady CHATTERLEY » : la censure impitoyable de l’époque ne permettait pas grand chose ,Darrieux est incommensurablement supérieure à Krystel ,mais..

          « sois belle et tais-toi » :peu féministe,c’est un euphémisme ,le titre ,mais c’est la première fois que Delon et Belmondo jouent ensemble ,même si la vedette est Henri Vidal qui allait vite leur laisser la place.

          « Un drôle de dimanche  » :Bourvil et Belmondo ensemble dix ans avant « le cerveau » Arletty ,prof de théâtre ,bonne idée ,et Darrieux ensemble ;pour le reste …

          « Les Parisiennes  » sketch « Sophie » :Johnny HALLYDAY chante sa jolie ballade « Retiens la nuit » (écrite par Aznavour) à Catherine Deneuve .Gentil.

          « le bal du comte d’Orgel » :je n’ai pas lu le roman de RADIGUET ,mais le film m’a semblé froid et décoratif .La vie luxueuse de ces privilégiés me laisse de marbre.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Dumonteil
          Et EN EFFEUILLANT LA MARGUERITE où Darry Cowl faisait visiter la maison de Balzac et BB faisait un strip tease pudique

  5. Dixon Steele dit :

    La nuit du Carrefour est certainement l’un des films qui s’approche le plus et le mieux d’un des aspects de Maigret rarement mis en avant par la suite, son côté presque mediumnique. C’est en effet aussi un personnage qui arrive dans un milieu et s’en pénètre peu à peu, s’efface presque pour ressentir, laisser place aux ondes, aux intuitions qui vont le guider vers une synthèse, bien davantage qu’il ne recourt à la logique, l’analyse ou la raison. Renoir (qui n’a jamais eu une grande passion pour cette raison qui nous fait esclave, il y préférait entre autres l’intuition, les pulsions ou, comme ici, le rêve) joue très bien ce côté somnambulique, presque semi conscient dans le monde de fantômes qu’il met en scène. Cette façon de s’effacer pour mieux pouvoir s’imprégner du monde alentour, laisser infuser plutôt que se poser là, est une facette très particulière de Maigret que l’on retrouvera moins, en tout cas de façon moins talentueuse, plus tard, où l’on estimera (peut-être pour des raisons de production) qu’une personnalité forte (Harry Baur, Michel Simon, Gino Cervi) était nécessaire pour jouer le rôle du commissaire (à ce titre, Gabin, bien que remarquable, est l’antithèse absolue de cet aspect particulier).
    Pour finir sur Simenon, est sorti il y a quelques mois un roman tout à fait remarquable, Une Confession, de John Wainwright, l’auteur du roman adapaté par Claude Miller pour Garde à Vue. Un auteur anglais passionnant bien oublié (et heureusement remis au goût du jour puisqu’un autre de ses romans sort prochainement) et que Simenon admirait. Admiration qui devait être réciproque puisque le personnage du notable de Garde à vue (joué par Michel Serrault), sa vie, son couple (le couloir qui sépare sa chambre de celle de sa femme) sont on ne peut plus simenonien !
    Et puisqu’on en est aux conseils de lecture, je ne peux que vous recommander La disparition d’Adèle Bedeau de l’écossais Graeme Macrae Burnet, très grand Simenonien devant l’éternel (comme l’a prouvé sa table ronde à quai du polar), qui nous propose ici un roman adapté par Chabrol en 1983 avec Isabelle Huppert (ne cherchez pas, c’est une des fausses pistes du livre absolument réjouissante !). Son roman précédent, L’Accusé du Ross-Shire, m’avait d’ailleurs fait penser par bien des aspects au…Juge et l’Assassin !

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Dixon Steele
      Mais Maigret peut être aussi très concret, très pesant. Il absorbe le décor, les personnages mais sa présence est forte et imprègne les lieux. Je trouve Harry bar avec son jeu en retrait, absolument génial. Son Maigret est silencieux (Duvivier coupa une scène d’interrogatoire et la remplaça par une sequence où le policier et le criminel écoutent Damia chanter dans une chambre voisine une chanson écrite par Duvivier)

  6. Aigle Bleu dit :

    Bonjour, pardonnez cette digression : quelqu’un a t-il des nouvelles du cine- club de Patrick Brion qui etait cense reprendre en janvier avec  » la derniere nuit » de G.Lacombe et  » gibier de potence » de R. Richebe ?. Merci d’avance pour toute info.

    • Damien D. dit :

      Sans aucune explication France télévisions a décidé de faire reprendre l’émission qu’au mois de mars pour une série de 15 séances seulement et ce jusqu’à l’été. C’est ce qui s’appelle se moquer du monde…

  7. D. H. dit :

    A propos de Maigret, il me semble que l’on aborde le sujet des adaptations presque systématiquement par le biais de la déception et que l’on se borne souvent à établir laquelle est la moins pire. J’ai un très vague souvenir de quelques épisodes de la version Jean Richard dans les années 70 et ne pense pas avoir jamais pu aller au bout d’un seul tant celle-ci respirait cette époque pompidoliennne de l’ORTF, de Jean-Pierre Gaillard que l’on retrouve à la bourse de Paris en incrustation sur image de la corbeille, du midi première de Danièle Gilbert, bref ce temps qui ne respirait plus, asphyxié sous tant de poussières… Elle faisait pâle figure face à des séries américaines telle Columbo.
    La version Cremer a sans doute été diffusée après que ma télé a rejoint le trottoir après une lassitude à deux doigts de tourner à la dépression face à ce bocal changé en déversoir de programmes de plus en plus ineptes.
    Quant aux versions Gabin, du moins le Delannoy, je reconnais qu’elles m’apparaissent certes pas désagréables mais pas si enthousiasmantes. J’ignore pourquoi toujours se dégage de ces adaptations ce suintement de suranné… Et m’interroge sur cette difficulté à transposer à l’écran la densité et la subtilité de l’écriture de Simenon. Et sur l’inexistence, à ma connaissance, ou de par mon ignorance, d’une adaptation de son chef d’œuvre autobiographique, Pedigree.

    Concernant Kore-Eda, je n’avais pas accroché à THE THIRD MURDER, un peu dépité et désorienté, je crois, par le fait de ne pas y retrouver les thèmes auxquels il nous avait habitué. Ce n’est pas bien, je sais, mais je ne pense pas être le seul spectateur coupable d’enfermer les metteurs en scènes, étrangers surtout, étrangement, dans des cases. Je vais le revoir suite à votre note.
Après les drames que vous rappelez, I wish, Nobody knows, et le superbe et désespérant Still walking, j’avais été enchanté par Our little sister, plus léger en apparence, à la limite du feel good movie, auquel on succombe, un peu honteusement.
    Mais Kore-Eda, en entomologiste de la famille japonaise poursuit son observation subtile de la société nippone à travers cette adaptation d’un manga racontant la découverte d’une sœur issue d’un 2e lit par 3 autres filles, toutes partageant le même père.
    La maison traditionnelle en bois qui sert de cadre à leur existence est filmée comme un personnage à part entière, perception confirmée par les dires du réalisateur qui déclara que le film ne se serait pas fait s’il n’avait repéré cette bâtisse, dernière rescapée, à Kamakura, d’une époque qui nous renvoie à nos chères et lointaines années de découvertes émerveillées des films de Mizoguchi.
    Il y a une scène forte où cette sœur cadette et l’une des trois autres hurlent au vent ce qu’elles pensent de leurs mères respectives, pas du bien, et c’est beau, tragique et gai à la fois car elles exhultent et rient de ce cri qui met fin à une longue souffrance.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A DH
      Mais à coté de Columbo (qui me semble très postérieur aux Maigret/Richard, il y avait plein de série banales et quelques une dont parlait Michael Rawls qui valaient plus le coup

      • Alexandre Angel dit :

        A Bertrand,
        Non, pour le coup, le Maigret de Jean Richard et Colombo sont parfaitement synchrones : le premier Maigret date de 67 et il y a eu un téléfilm sur Colombo cette année-là (même si le vrai pilote de la série date de 71, je crois, et c’était Steven Spielberg qui s’y était collé).

        • D. H. dit :

          En effet, les années de productions consultées sur IMDB corroboreraient mes souvenirs, même s’il faudrait les comparer aux années de diffusion et rediffusions. Je n’ai pas retrouvé le commentaire de Michael Rawls.

        • Alexandre Angel dit :

          A D.H.
          Les premiers Colombo que moi j’ai vu petit, c’était début 1974 (« La Une est à vous ») mais d’après Wikipédia, pour la France, la première diffusion date de décembre 1972.
          Donc Colombo / Maigret, on est effectivement dans les mêmes années.
          Colombo a juste continué plus longtemps (2003!!).

      • MB dit :

        le Maigret de J Richard s’est prolongé jusqu’en 90: 88 épisodes.

  8. Gilles dit :

    Laissé le 31/12 un message erroné dans un échange sur Ford, sur lequel je raccroche en refermant les mémoires d’Henry Fonda. Les cinéphiles pointus de ce blog connaissent l’anecdote, que voici si elle a échappé à quelques-uns. Sur le tournage de MISTER ROBERTS, Fonda qui avait longtemps joué le personnage sur scène, interpelle Ford au sujet de l’interprétation de son partenaire, selon lui en désaccord avec l’esprit de la pièce. La réponse de Ford après avoir écouté ses arguments fut de coller à Fonda une droite en pleine mâchoire. Réaction impensable aujourd’hui, et qui témoigne de l’absolutisme des plateaux dominés par des metteurs en scène à qui personne n’osait jamais faire la moindre remarque. « Les grands cinéastes n’étaient pas tous des dictateurs, mais les dictateurs étaient tous de grands cinéastes » peut-on aussi relever. Utile à rappeler aujourd’hui où cette espèce a complètement disparu.
    Mémoires par ailleurs intéressantes à lire, quand on se rend compte que Fonda n’a jamais vécu que pour le théâtre. Sept ans sans tourner, de 1948 à 1955. Il fait à peine cas de sa filmographie, ne mentionne même pas plusieurs films importants sinon pour les relier à des moments de sa vie personnelle, aucun metteur en scène en dehors de Ford n’ayant réellement compté pour lui.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Gilles
      De toutes façons rien ne marchait dans cette adaptation. Ford ne comprenait pas la pièce ou s’en foutait et se saoulait la gueule. Entre nous, je n’ai jamais compris ce que Fonda trouvait à cette pièce d’après la version qu’en donne le film que j’ai toujours eu du mal à regarder jusqu’au bout. Cela parait être du théâtre de boulevard laborieux et Fonda a beaucoup joué de ce genre de pièces qui sont très souvent inférieures à de nombreux scénarios de film qu’il tournait de Preston Sturges à Wellman, de Hitchcock à Lang. J’ai rencontré de réalisateurs qui n’aimaient pas l’homme (Lang par exemple) le jugeant mesquin, froid, le contraire de ses personnages. Et les acteurs ne sont pas toujours les meilleurs juges même quand ils sont sublimes comme dans YOUNG MR LINCOLN et LES RAISINS DE LA COLERE

  9. Henri patta dit :

    Le hasard faisant bien les choses , un ami rentrè dèfinitivement en france dèbut dècembre m ‘a laissè le coffret Maigret ,avec jean richard.
    Les premiers , au milieu des annees 60 sont pas mal , voire pour certains carrèment bons.
    La voix off de jean dessailly , dètaillant l ‘avancèe de l ‘enquète ou distillant les pensèes de maigret n ‘y est pas ètrangère.
    De plus on peut voir tous ces èpisodes sous un oeil sociologique.
    La femme est corvèable a merci. Elle fait la vaiselle , la cuisine et se tait devant les hommes.
    Les hommes, qui piccolent sec. Maigret boit des calva dès le matin et continue comme ça pendant toute la journèe. Les petits bistrots ont la part belle dans plusieurs episodes et cela a un còtè reportages pas dèplaisant.
    Dans les rues, les voitures ètrangères sont quasi absentes. Les allemandes et japonaises entre autres n ‘ont pas encore envahies les routes.Panhard et simca sont prèsentes et le grand luxe est « la voiture amwricaine ».
    De plus il est interèssant de constater que les differentes catègories d ‘acteurs prennent du galon dans cette sèrie.
    Certains qui n’ont fait que des apparitions dans maints films ou sèries TV ont quelques lignes de dialogues. D  »autres qui ont la plupart du temps, ces quelques phrases courtes a dire ont un personnage plus ètoffè, et ne sont ma foi pas plus mal que bon nombre.
    Et on peut enfin mettre un nom a tous ces comèdiens car leurs noms apparaissent au gènèrique.
    Dans les exterieurs , le nombre de passants qui regardent la camėra , parfois en stoppant net leur marche , se demandant se qu ‘il se passe en parfois comique. On devait touner ça la plupart du temps très vite en une ou deux prises.

    Au dèbut des annės 70 cela commence a se gàter.Et au milieu de la dècennie après l ‘accident de jean Richard , là cela devient parfois très mauvais.
    L ‘acteur a vieilli d ‘un coup. Le visage est bouffi et inexprèssif.Parfois quand il parle, l ‘oeil droit se ferme.D ‘ailleurs il anonne plus comme un ècolier rėcitant sa leçon que comme un comèdien. On a de la peine pour lui.
    Les rėalisateurs conscient du probleme font alors souvent appellent a des acteurs chevronnės pour l ‘encadrè , mais je me demande si cela est une bonne idėe , car le contraste est terrible.
    J ‘ai abandonnè au debut des annèes 80 car cela devenait vraiment trop assommant.et quand on sait que la sėrie c ‘est arrètè en 1988…..

    En revanche les ėpisodes avec bruno cremer sont pour certains remarquables.De la grande tèlevision française.

    • Bertrand Tavernier dit :

      a henri patta
      Merci de cette étude exhaustive. Il est curieux quand même que les deux séries provoquent plus de réaction que des films pourtant superbes comme LA TETE D’UN HOMME, LA NUIT DU CARREFOUR, MAIGRET TEND UN PIEGE

      • Henri patta dit :

        Maigret tend un piege, vous en avez parlè a plusieurs reprises sur ce blog.
        Il est èvident que c’est lune des meilleures adaptations au cinèma de simenon.
        Et les acteurs y sont formidables.Dessailly en particulier qui d ‘ailleurs apparait aussi dans un episode avec jean richard. « Maigret en vacances ».
        J’ai toujours adorè ce comèdien. Sa voix mais pas seulement y est pour beaucoup.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Je comprend complètement l’engouement d’Henri concernant cette série policière car il faut savoir quand mème que la plupard des familles en France ont acheter des postes durant cette décennie.La télévision pour beaucoup de ma géneration ont grandit avec « Thierry la fronde », »Belphégor », »Les globes trotteurs »bien sur nounours et bonne nuit les petits ou le petit canard Saturnin sans oublier la série « Zorro »qui à lançer la brève carrière de Guy Williams.Sans tomber dans la nostalgie en écrivant s’était mieux avant,il y a eu des émissions comme « Les dossiers de l’écran »ou « 5 colonnes à la une »qui ont révolutionner le petit écran.J’oubliais « Les raisins verts »de J.C Averty ou « Dim dam dom »réalisé par Daisy de galard.

        • F.F dit :

          À Bertrand Tavernier je partage l’avis de Mr Rouxel. Même si pour certains ce Maigret était le seul échappatoire télévisuel à la programmation du Dimanche, il reste un documentaire nostalgique d’une ou plusieurs époques dans lesquelles on se plaît à replonger, coupable, pour essayer de toucher du doigt nos propres contextes. Il reste que plusieurs épisodes sont très agréables à revoir. Mais sur Maigret et le corps sans tête je vous rejoins sans hésiter.

        • Henri patta dit :

          Cher Yves, engouement est un bien grand mot. Je me suis vite lassė.
          Comme je l ‘ai dit , au milieu des annėes 70 la sėrie devient fastidieuse a voir. Je me suis donc concentrė sur tous les a cotès des èpisodes. L ‘intrigue qui se trainait lamentablement en laissait largement le temps.
          Le plus fascinant est certainement les rues et trottoirs de Paris. Les petits magasins, les bistrots,sont innombrables alors qu’ils ont presques tous disparus depuis.

    • Gilles dit :

      A Henri Patta

      Les Maigret Jean Richard et les Maigret Bruno Cremer témoignent principalement de la différence existant entre télévision et cinéma. Esthétiquement les Cremer ne se distinguent pas d’un film destiné au grand écran. Le choix de produire un sujet se déterminant de nos jours sur d’autres critères, le public visé étant le principal. Pour ce qui est du choix de l’interprète, Richard fut le plus proche de la vision que m’en donne Simenon : un personnage dont les contours physiques laissent place à l’imaginaire du lecteur. Imaginaire que Gabin et Cremer, trop sanguins, limitent. Même problème pour adapter Tintin. Les premiers Maigret tournés par Yves Allégret notamment, résistent à l’épreuve du temps, ce qui n’est pas le cas de la dernière fournée dont l’esthétique est très laide en plus d’être servis par un comédien momifié en effet. Harry Baur dans LA TETE D’UN HOMME était sans doute le Maigret le plus fidèle à ma vision du personnage, et je crois que c’est une vision universelle. Albert Préjean dans CECILE EST MORTE est un choix improbable même si le film peut s’apprécier sur d’autres critères. On parle d’un Maigret avec Depardieu vu par Patrice Leconte. Pourquoi pas. Gilles Lellouche serait pas mal non plus.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Gilles
        Maigret pas sanguin ? Avec ce qu’il boit, les plats qu’il enfourne (civets, daubes, matelotes), c’est organiquement impossible qu’il ne soit pas sanguin. Il a d’ailleurs besoin de faire des siestes. Richard, on n’a pas l’impression qu’il peut voir la moitié des apéros et digestifs que s’envoie Maigret. Gabin si. On ne se concentre que sur la pipe

        • Henri patta dit :

          Le paradoxe est que si beaucoup s ‘accordent a dire que jean Richard n ‘est pas très bon, et vers la fin mème très mauvais, Simenon l ‘apprèciait beaucoup et en revanche detestait ce qu ‘avait fait Gabin de son personnage.

  10. Pierrick dit :

    Merci de nous signaler cette édition d’Avec Andre Gide que je ne connaissais pas et que je vais me procurer.. sur Gide, connaissez vous les Cahiers de la Petite Dame, formidable journal tenu par une amie de Gide (leurs deux appartements communiquaient rue Vanneau)… elle raconte au jour la vie de Gide et c’est formidable

  11. ballantrae dit :

    Très belle livraison Bertrand: je ne connais pas les romans de Sinclair Lewis mais vous les rendez fort attractifs d’autant plus que j’ai revu Elmer Gantry dans la belle édition sortie récemment. Ils sont commandés chez mon libraire (pas chez Amazon of course cf Loach).
    Idem pour le Giono que je ne connais alors que j’adore ce romancier. Il faut revenir vers Giono comme on revient vers un lieu où on a été heureux.Il disqualifie bon nombre de ceux qu’on nous vend comme modernes avec une réinvention tranquille de la narration comme de la description, plus proche de Faulkner que d’un folklore provençal.Sa Provence est âpre et n’invite pas à la galéjade.
    Bravo de citer L’arbre aux sabots pas revu depuis longtemps mais qui m’avait marqué.Olmi était un artiste discret mais pouvant recéler une force assez incroyable. Il faudrait revoir ce film là mais aussi A la poursuite de l’étoile très curieux film biblique qui croise l’inquiétude buzzatienne. Le métier des armes aussi qui n’est pas sans lien avec l’ouvrage de Giono que vous citez.Je n’ai jamais revu La légende du st buveur que j’avais trouvé très émouvant ni Longue vie à la signora trop ostentatoirement fellinien mais parfois surprenant.
    Bravo enfin de dire la grandeur du Procès de Jeanne d’Arc qui eut mérité un commentaire dans Voyage…mais vous étiez tributaire de la qualité des copies.C’est un chef d’oeuvre dense qui donne à voir l’essence de l’art bressonien par son économie absolue. Revu régulièrement, il demeure l’un des chefs d’oeuvre du cinéaste contrairement à Lancelot du lac qui a par certains aspects un peu vieilli…alors que j’avais adoré, j’ai trop vu les intentions de mise en scène , ce qui n’empêche pas des fulgurances mais Le procès de Jeanne d’Arc est une fulgurance dans son intégralité!

    • Dumonteil D dit :

      A Rouen ,à l’historial consacré à Jeanne d’Arc ,on peut voir projetés sur le mur des extraits du film de Bresson,de l’excellent et trop peu connu Preminger , du Fleming et bien sûr cela va sans dire du Dreyer (plus d’autres et une salle avec des affiches des films sur l’héroïne,un régal de cinéphile)

      « l HOMME DE LONDRES  » je soutiens BT,c’est du grand Decoin ;sur les nombreux commentaires imdb sur le film de Bela Tarr ,personne ne semble le connaître !passons…

      On peut se demander pourquoi ils ont gardé le nom de Londres à cette époque (1943) où il était hors de question de situer « l’assassin habite au 21″ dans cette ville comme dans le roman; »l’homme de Londres  » désigne le plus parisien des Parisiens ,en l’occurence Jules Berry ;en outre les Anglais ne prononcent pas un seul mot dans leur langue maternelle et parlent français comme vous et moi,sans accent.

      C’est mon seul reproche ; le décor :un port embrumé ,avec ses bouges où une chanteuse braille  » l’aventure aime les ténèbres » , un ouvrier qui trime pour un salaire misérable tenté par une valise contenant 3 millions,et qui va se retrouver entrainé dans un meurtre : pour cet homme qui rêve d’offrir des vacances à sa femme et d’envoyer son fils à polytechnique -et que son beau-frère en costume cravate raille car il travaille dans une banque,un travail de « monsieur »-,c’est sortir de ce cul-de -sac lugubre portuaire ; des allusions à la Bible , plusieurs fois réitérées , un collègue lisant l’histoire sainte avant de s’endormir, des personnages positifs tels l’hôtelier qui ne réclame pas son dû,le détective qui veut aider l’homme taraudé par le remords ,la prostituée Camelia, font que dans ces ténèbres , un peu (très peu) de soleil parvient à filtrer ; ce qui différencie  » l’homme de Londres  » des deux films suivants « non coupable  » cité plus haut et « la fille du diable »* qui rivalisent dans le désespoir ;ce qui n’enlève rien à la valeur du film de 1943 :certains disent que le film de Tarr se déroule dans une atmosphère de cauchemar; dans le pays de Decoin ,le cauchemar est partout quand il a adapté le Simenon.

      *Dont on attend toujours le dvd !Et Dieu sait s’il le mérite !

  12. Salomon dit :

    A Bertrand

    Entièrement d’accord avec vous en ce qui concerne Sinclair Lewis que j’ai lu il y a 2 ou 3 ans.
    Dans les films adaptés de ses romans, vous oubliez MANTRAP (d’apès LE LAC QUI REVE), réalisé en 1926 par Victor Fleming, avec Clara Bow et photographié par le tout jeune James Wong Howe.

  13. Pierre dit :

    Merci d’avoir évoqué le magnifique coffret de Broca qu’on aurait aussi bien pu titrer « de Broca-Cassel » tant celui qui était alors plus que son acteur-fétiche (car aussi son double tant ils se ressemblaient comme des jumeaux) en est l’interprète central et quel interprète !! Lorsque l’on parle d’acteur complet, d’entertainer au sens anglo-saxon, capable aussi bien de jouer la comédie que le drame, de chanter, danser et funambuler, c’est toujours à Montand que l’on se réfère et on oublie trop vite Cassel, ce qui est injuste. Cet acteur, aujourd’hui sinon oublié, du moins bien éclipsé fut un cadeau et les quatre de Broca du coffret un régal. La pépite du lot, c’est L’AMANT DE 5 JOURS avec son bouleversant quatuor CASSEL-PERIER-SEBERG-PRESLE. Ce Lubitsch triste est une merveille à laquelle il faut associer le talent et la poésie désarmante de Daniel Boulanger. La pelletée de joyaux auxquels contribua ce scénariste-dialoguiste dans les années 60 pourrait rendre bien humbles d’autres écrivains pour le cinéma nettement moins discrets…
    Cassel, c’était le charme, l’élégance, la classe et un fond de mélancolie dans l’oeil qui en firent un comédien toujours fin et attachant. Il était aussi bondissant que Belmondo qui le remplaça devant la caméra de Broca avec le succès (mérité) que l’on sait mais cela contribua sans doute aussi à effacer le souvenir de ce très grand comédien qui par la suite n’eut pas peur de souvent jouer des rôles secondaires, lui qui avait tout pour tenir longtemps le haut de l’affiche (même si nombreux auraient signé pour donner la réplique à Meurisse, Signoret et Ventura dans L’ARMEE DES OMBRES). Il faut aussi le voir dans L’OURS ET LA POUPEE de Deville et surtout dans les adaptations haut-de-gamme de classiques réalisées par Marcel Bluwal pour l’ORTF et dont les DVD sont disponibles à l’INA : LE MARIAGE DE FIGARO, LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD et LA DOUBLE INCONSTANCE.
    Je serais beaucoup moins enthousiaste sur LE CAVALEUR et généralement sur la filmo de Broca, passé le milieu des années 70 (même si j’avais plutôt trouvé sympa sa version du BOSSU) mais bon…

  14. Pierre dit :

    A Bertrand Tavernier

    Merci pour cette nouvelle livraison. Sur Maigret, vous ne citez pas dans cette chronique ceux avec Albert Préjean, PICPUS et CECILE EST MORTE. Peut-être en avez-vous parlé dans des chroniques antérieures, mais je ne les ai pas retrouvées. Je serais très preneur de votre opinion. Merci d’avance !

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Pierre
      Je croyais en avoir déjà parlé. Préjean qui est un excellent acteur campe un Maigret trop léger, privé de cette lourdeur qui fait le prix du personnage. Les films sont parfois plaisants, surtout le Tourneur mais n’ont rien à voir avec l’univers deSimenon

      • Pierre dit :

        A Bertrand Tavernier

        Oui, vous les aviez sans doute déjà évoqué et c’est sans doute moi qui n’arrive pas à utiliser le moteur de recherche du blog. Merci beaucoup en tous cas.

        • Denis Fargeat dit :

          A Pierre
          Il y a sinon une recette, un peu fastidieuse mais efficace : copier les textes du blog ( chroniques et commentaires) dans un traitement de textes, et faire la recherche dans ce document. Je crois avoir compris que plusieurs ici procèdent ainsi.

    • Yves rouxel dit :

      A Pierre et aux autres aussi.Avez vous vu la série anglaise sur Maigret avec l’acteur Rowan Atkinson plus connu pour son role comique de Mister Bean????

  15. Alexandre Angel dit :

    Bonjour à Bertrand et aux compagnons du forum
    A Bertrand : vous affichez au sein de votre chronique les coffrets Maigret avec Jean Richard et Bruno Crémer.
    Est-à dire que vous les conseillez?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alexandre Angel
      P Les Jean Richard, c’était juste un rappel historique mais dans les Maigret Cremer, il y en a qui sont réussis

      • Alexandre Angel dit :

        Merci Bertrand.

      • Yves rouxel dit :

        Effectivement la série avec Jean Richard était pataude mais pas ininteressante pour autant.On retrouver dans chaque tv-film un traitement social avec une bonne description de la profession de personnages.Puis la présence de l’adjoint de Maigret en la personne de Jean marc Eyraud avec son air décalé et toujours une réplique de retart par rapport a l’évolution de l’enquète.

        • kiemavel dit :

          Jean-Marc Eyraud, c’était dans quel épisode :  » Le nantais ne sera pas réélu  » ?
          Non, c’était pas plutôt Marc Eyraud et la série « Les cinq dernières minutes » ?

        • Denis Fargeat dit :

          Drôle comme ce Maigret -Jean Richard suscite les mêmes réactions chez moi, et sans doute d’autres… confusion avec les « 5 dernières minutes » ( superbe musique de Marc Leanjean) Marc Eyraud jouait Menardaud, éternel adjoint, je croise son sosie régulièrement et c’est troublant. Jean Richard malade, je ne savais pas, mais son Maigret à la fois agressif et mou donne l’impression d’avoir un ulcère à l’estomac. Mr Wikipedia dit qu’il a obtenu le rôle devant de nombreux postulants, parce que c’était un fumeur de pipe… (j’exagère à peine.)
          John Simenon, le fils de Georges, a dit grand bien de Rowan Atkinson ( Nuits de France Culture, 1er juillet 2018). J’ai pu voir quelques images, premières secondes troublantes mais Rowan Atkinson n’est pas que Mr Bean, ce qui est une excellente nouvelle pour lui.
          Ah, et grand merci à Bertrand pour cette encore étourdissante livraison. Il faudrait plusieurs mois pour tout explorer, mais on serait bien mesquin de s’en plaindre.

    • ballantrae dit :

      Les Maigret avec J Richard , ce n’était pas passionnant, un peu atone, toujours un peu la même musique ( dans ma mémoire ce sont de souvenirs d’enfance de jours pluvieux où on en est réduit à regarder J Richard dans Maigret à la TV…moins horrible que regarder un Derrick mais pas formidable) alors que ceux qui donnent la vedette à Cremer peuvent avoir une atmosphère singulière selon l’enquête…et le réalisateur.
      Apparemment, P Leconte va faire un Maigret avec Depardieu qui avait donné un assez bon Bellamy dans le dernier Chabrol qui pouvait avoir des accents à la Simenon.
      Chabrol aurait pu en faire mais il inventa un autre portrait de flic étonnant:Lavardin.

      • Damien D. dit :

        Le problème des Maigret avec Jean Richard c’est leur côté « contemporain » et plan-plan qui les rend très difficile à voir : c’est lent, la voix de Jean Richard en assommante et en plus on est dans les années 70-80 avec une photo très téléfilm » (très « Derrick »). A contrario, les films avec Bruno Cremer se passent dans les années 40-60 ce qui ajoute au charme des décors et à la photo toujours très soignée. De plus le choix des acteurs pour chaque épisode est souvent admirable. Il y a des épisodes qui se hissent à un très haut niveau pour en avoir vu une vingtaine au moins et Cremer est excellent dans ce rôle…

        Quand à Rowan Atkinson et son « Maigret » anglais : pas vu…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Damien D
          Le problème avec Jean Richard, c’est son absence de regard. Or c’est l’intensité du regard qui doit caractériser Maigret. Et Richard, malade, ne pouvait pas se concentrer ni retenir son texte

        • Yves Rouxel dit :

          A Damien D.Les Maigret avec Bruno Cremer sont soignés au niveau des décors,des costumes puis la carrure de Cremer colle à merveille au personnage.N’oublions pas comme Bertrand l’a écrit ce sont les metteurs en scène venu du cinéma notamment Pierre Granier defferre qui a dut réaliser deux ou trois tv-films.Le coffret avec l’intégrale est à recommander à tous.

        • MB dit :

          à Y Rouxel/ »Les Maigret avec Bruno Cremer sont soignés au niveau des décors,des costumes puis la carrure de Cremer colle à merveille au personnage. »
          tout à fait d’accord, Cremer EST Maigret, sur le reste vous avez raison aussi et à signaler à ce sujet que ces films ont étés parmi les premiers films français à bénéficier de production en Tchécoslovaquie avec un résultat excellent. Plus tard on eu le film de Barratier aussi.

        • MB dit :

          ça s’appele « République fédérale tchèque et slovaque » à ce que je viens de lire

  16. Yves Rouxel dit :

    A Bertrand.Félicitations une fois de plus pour cette nouvelle fournée de livres et de dvd.Restons dans la pure tradition des comédies à l’italienne avec « Pain et chocolat »de Franco Brusati qui reste inédit chez nous en format dvd.C’est l’histoire d’un homme qui à dut quitter son pays en laissant,femme,enfants et parents pour la Suisse.Il travaille en tant que serveur dans un établissement de luxe ou l’on parle italien,allemand et français.Nino est en concurrence avec un turc afin de garder son poste et surtout son permis de séjour.L’homme commence à perdre son identité à travers des rencontres insolites qui ne manquent pas de piquant.A la fois grinçant et caustique dans le ton « Pain et chocolat »atteint des sommets onyrique plein de poésie et de malice dans les dialogues.Je garde en mémoire la scène dans les abbatoirs de poulets avec une famille qui vit dans un vieux poulaillier transformer en logis pour nains.Nino Manfredi acteur génial s’en donne à cœur joie avec ses comparses transalpins lorsqu’il se déguise en femme devant des hommes éloignés de leurs femmes et leurs familles.On revoit la délicieuse Anna Karina avec ses yeux de chat bléssé par la vie.Vivement que ce film sorte par chez nous.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A YVES ROUXEL
      D’ACCORD MAIS COMMENCEZ PAR COMMENTER LES FILMS DÉCRITS DANS LA CHRONIQUE AVANT D’EN AJOUTER DES CENTAINES. La prochaine fois, j’enverrai une page blanche et vous la comploterez

    • F.F dit :

      @yvesrouxel le Maigret très amateur que je suis à cru déceler dans vos commentaires un fil conducteur certes inoffensif mais sur lequel duquel je vous remercie de bien vouloir éclairer une lanterne de projecteur :
      Pourquoi vous évertuez-vous, alors que chaque livraison de Mr Tavernier porte sur au moins une dizaine de films et ouvrages,, à sortir de l’ombre, de l’oubli , ou de la fosse commune des mauvais films ( ou très moyens) a vous lancer dans les louanges d’un film systématiquement obscur qu’il vous aura fallu déceler je ne sais ou avec pour seul objectif de profiter d’une audience pour mettre en avant des hors-sujets pour la plupart sans rapport ni intérêt ? Pourquoi ne créez vous pas votre propre blog, je suis certain que vous y auriez des lecteurs, je m’y rendrais certainement parfois par curiosité en quête d’une pépite retrouvée ?

      • Bertrand Tavernier dit :

        A FF
        Merci pour votre défense mais il arrive que Yves Rouxel déniche un film qui vaut le coup. Cela dit je pense qu’il faudrait commencer par parler des films et des livres mentionnés pour dire ce qu’ils évoquent

        • Yves Rouxel dit :

          A Bertrand.Merci pour votre défense.Il est vrai qu’il m’arrive de prendre des chemins de traverse comme chante Francis Cabrel.Je vous laisse car je vais revoir un western de Fregonese que j’affectionne beaucoup c’est »La pampa sauvage ».Mais chut on en parlera plus tard.

        • F.F dit :

          A Bertrand & Yves il n’y avait dans mes propos aucune défense ni attaque, ni même d’ironie ( un peu peut-être) mais c’est justement parce que Mr Rouxel déniche (parfois) hors-sujet (souvent) des pépites que j’abordais la question de son (futur) blog.

  17. Jacques Maltais dit :

    « Horizons sans fin » est effectivement un film d’aviation très poignant et réalisé par Jean Dréville avec un soin hors norme, tout est parfait, du casting au découpage, à découvrir. Pour les amateurs d’aviation française au cinéma, il faut également découvrir « les Bleus du ciel », le deuxième film d’Henri Decoin tourné chez Farman à l’aérodrome de Toussus, on y voit la pionnière Maryse Hilsz.
    Pierre Renoir dans le rôle de Maigret dans « la Nuit du carrefour » est l’acteur idéal pour démarrer la carrière de l’inspecteur sur grand écran (oublions « Chien jaune » réalisé la même année, Abel Torride est catastrophique). Il y a un Maigret que je n’ai malheureusement jamais vu, c’est Michel Simon dans « Brelan d’as » d’Henri Verneuil, film qui semble rester inédit. Que nous réserve Michel Simon dans le rôle de Maigret ? Je ne pense pas pouvoir être déçu par ce grand acteur qui a joué dans des dizaines de pépites parfois oubliées.

  18. kiemavel dit :

     » …LA NUIT DU CARREFOUR, nébuleuse mais passionnant adaptation de Jean Renoir ». Content de lire enfin un commentaire positif sur ce Renoir souvent maltraité mais que j’avais beaucoup aimé lors de sa découverte voici quelques années au Cinéma de minuit.

    Au sujet de  » Horizons sans fin « , l’aviatrice doit plutôt être Hélène Boucher. Vanel est formidable partout mais oui, en particulier dans tous les Dréville : Les affaires sont les affaires, les Roquevillard, La ferme du pendu …

    • Pierrick dit :

      Vanel était aussi dans l’extraordinaire Le ciel est à vous de Grémillon qui évoquait aussi d’une certaine façon la figure d’Helene Boucher (le personnage de Madeleine Renaud)

      • kiemavel dit :

        Oui, bien sûr. Un des plus beaux Grémillon. On attend d’ailleurs une édition car à ce jour, on en est toujours à la VHS sortie il y a 20 ou 25 ans (même si on a pu voir le film autrement)

        • Bertrand Tavernier dit :

          A kiemavel
          TF1 est en train de le restaurer

        • Jacques Maltais dit :

          Merveilleux, « le Ciel est à vous » enfin restauré, peut-être « Gardiens de phare » de Grémillon un jour ?
          Merci d’avoir évoqué « la Vie de plaisir », portrait au vitriol de l’aristocratie réalisé par Albert Valentin. A découvrir ou revoir après avoir vu ou revu du même Valentin « l’Entraîneuse » et « Marie Martine » (ah cette séquence avec Saturnin Fabre).
          Oui, cela fait plaisir que des films de qualité française soient enfin disponibles, en espérant d’autres titres toujours oubliés.

  19. bruce randylan dit :

    Il y avait eu une formidable rétrospective Luigi Zampa en 2016 à la Cinémathèque Française (j’avais fait des compte-rendus dans le forum de dvdclassik). Carrière forcément inégale mais assez passionnante et en effet étrangement méconnue. « Les Coupables » est clairement l’une de ses grandes réussites.

    En France, on trouve aussi en DVD le génial « il vigile » avec Sordi.

  20. Jérôme dit :

    Toujours chez Gallmeister, on trouve aussi « Lune Comanche », un autre opus de la saga Lonesome Dove, qui se déroule après les événements de La marche du mort avec Gus et Woodrow en Texas Rangers toujours aux prises avec Buffalo Call, avec toujours une galerie de nouveaux personnages étonnants comme leur capitaine fantasque qui se révèle de plus en plus fascinant au fil des pages.

  21. Jerôme WYBON dit :

    Ravi que mon bonus sur Le Cavaleur vous ait plu. La rencontre avec Jean Rochefort fut un grand moment pour moi. Je me souviens très bien du premier contact au téléphone. Il avait accepté tout de suite de parler de ce film qui lui tenait à cœur, autant qu’à Philippe de Broca.

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