Une découverte signée James Whale

3 mai 2017 par - DVD

LECTURES

GUEULE D’AMOUR (Gallimard) d’André Beucler est un très joli roman, aigu, pénétrant que Jean Gabin adora et, voyant l’occasion de pouvoir renouveler les rôles qu’on lui donnait, qu’il fit acheter par Ploquin. Ce dernier en confia la réalisation à Grémillon qui, avec Spaak, bouscula le livre. Beucler est aussi paraît-il l’auteur de la meilleure étude sur Giraudoux. On y apprend que c’est Giraudoux qui appela Beucler, lui demandant de filer à Rome pour récupérer Renoir qui tournait LA TOSCA. La guerre risquant d’être déclarée, cela donnait une très mauvaise image de la France que d’avoir son plus grand cinéaste travaillant chez l’ennemi. André Beucler est aussi l’auteur de l’excellent scénario et des dialogues très sobres de BAGARRE si bien dirigé par Henri Calef (SND). Y aura-t-il un jour un avis sur ce film qui reste très méconnu ?

    

Il faut absolument lire LA FIN DU MONDE N’AURAIT PAS EU LIEU  (éditions Aléas),  le dernier petit opuscule de Patrik Ourednik (EUROPEANA était déjà magistral!). C’est décapant, marrant et toujours stimulant. On y apprend des masses de choses notamment sur l’hymne tchèque, le seul à ne pas être militariste (il y est question d’un aveugle qui tâtonne dans le noir en se cognant aux meubles), les prénoms des enfants, surtout ceux des filles de Goebbels qui commençaient tous par H, le rapport entre la foi et la glace à la fraise. Sans parler de l’attaque menée après l’armistice de 1918 par le général Wright qui fit des masses de mort parce qu’il voulait que ses troupes puissent se laver. Ourednik a traduit en tchèque Rabelais, Queneau et Becket, excusez du peu.

RETOUR DE l’U.R.S.S. (Gallimard) est une des lectures les plus décapantes, les plus revigorantes que j’ai faites ces derniers temps. Gide avait tout compris. Le premier texte prend encore des précautions mais devant les attaques ignobles qu’il subit, il revient sur le sujet et apporte des précisions accablantes. Peut-on imaginer un livre plus actuel ?

    

Il faut absolument lire TOUT Russell Banks (chez Actes Sud), notamment le déchirant DE BEAUX LENDEMAINS, le passionnant LIVRE DE LA JAMAÏQUE dont l’un des protagonistes est Errol Flynn dans un rôle trouble et POURFENDEUR DE NUAGES qui approche de manière oblique la figure très complexe de John Brown, ce militant abolitionniste, ce religieux intégriste qui voue sa vie à l’éradication de l’esclavage et déclenche la guerre de Sécession. C’est un livre génial.

Ne manquez pas chez Actes Sud les petits ouvrages de Sébastien Lapaque grand admirateur de Bernanos, auteur du premier ouvrage contre Sarkozy, FAUT QU’IL PARTE, et défenseur des vignerons écologiques (LE PETIT LAPAQUE DES VINS DE COPAINS). Lisez tout cela et toutes ses « théories qui sont des petits précis brillants, amusant, perçants et chaleureux sur des villes » en particulier la THÉORIE D’ALGER : les pages sur Camus, la recherche de la tombe de sa mère, la recette du vrai couscous kabyle, l’évocation de chanteurs assassinés, de Lily Boniche… Tout cela est à la fois drôle, tendre, personnel et émouvant. Idem pour la THÉORIE DE RIO.

MUSIQUE

A TALE OF GOD’S WILL (CD chez Parlophone) de Terence Blanchard est un magnifique « requiem pour Katrina » composé pour le documentaire de Spike Lee, WHEN THE LEVEES BROKE. On y sent toute la désolation provoquée par l’Ouragan et tout l’amour qu’éprouve Blanchard pour la Nouvelle Orléans. Chef d’oeuvre.

Dans JAZZ IN FILM (chez Sony Masterworks), il revisite de manière inspirée les compositions d’Alex North pour UN TRAMWAY NOMMÉ DÉSIR, de Jerry Goldsmith pour CHINATOWN, de Duke Ellington pour AUTOPSIE D’UN MEURTRE, etc.… Magnifiques arrangements, variations subtiles sur les œuvres originales.

On l’a signalé dans le blog mais autant le répéter : la fort belle musique de Henri Dutilleux pour LA FILLE DU DIABLE de Henri Decoin est enfin sortie chez BIS avec Le Loup et Trois sonnets de Jean Cassou. Par l’Orchestre des pays de la Loire sous la direction de Pascal Rophé.

CINÉMA EN DVD 

Nouvelle formidable, incroyable, inespérée : le BFI vient d’éditer en plusieurs DVD le NAPOLÉON d’Abel Gance, reconstruit par Kevin Bronlow avec la musique de Carl Davis. J’en ai revu deux heures et ce fut un éblouissement. Ce qui se passe à Brienne par exemple va bien au delà de la caméra dans les boules de neige qu’on cite à longueur d’articles, idée mille fois moins intéressante que l’utilisation de l’espace et de la stratégie par le jeune Bonaparte et par Gance dans sa mise en scène.

Signalons aussi la sortie en Angleterre de CANYON PASSAGE dans une version encore plus belle en Blu-ray (pas de sous-titres).

  

Aux USA, sortie très surprenante de STRANGER AT MY DOOR (Olive), beaucoup plus subtil et ambigu qu’on pourrait s’y attendre. L’attaque qui ouvre le film impose une atmosphère de chaos et de violence, rare dans les westerns de l’époque (Witney était un champion des scènes d’action). Mais surtout toute la séquence où l’on affronte par une nuit d’orage un cheval sauvage est digne de King Vidor et justifie l’achat de ce DVD (pas de sous titres).

  

Et puis, premier effet formidable de mon documentaire, Doriane Films vient enfin de sortir un DVD de REMOUS d’Edmond T. Gréville qui avait totalement disparu de la circulation. J’interviens dans les bonus et il y a un essai argumenté et passionnant de Philippe Roger.

Carlotta sort PROPRIÉTÉ PRIVÉE, le sensationnel premier film de Leslie Stevens.

On m’a reproché de critiquer John Carpenter. Je n’en suis que plus à l’aise pour dire tout le bien que je pense du Blu-ray d’ASSAUT, film qui tient formidablement le coup et parvient à imposer une tension électrique dès les premières minutes. Tout ce qui tourne autour du marchand de glace est admirablement découpé, orchestré de même que le premier assaut sur le commissariat qui vous prend par surprise. Je n’ai pas vu le remake.

Chez Potemkine, il faut se précipiter sur le coffret consacré à ALBERTO SORDI avec ces chefs d’œuvres que sont L’ARGENT DE LA VIEILLE et UNE VIE DIFFICILE.
Et sur les coffrets GRIGORI TCHOUKHRAÏ et LE DÉCALOGUE de Krzysztof Kieslowski qui était épuisé.

  

DÉCOUVERTE
On peut trouver en zone 1 le DVD de SHOW BOAT (1936) de James Whale qui est à notre avis son chef d’œuvre, un mélodrame à la fois intense et ample, fiévreux et tranquille. Ce bateau à roue qui descend le Mississippi en présentant divers spectacles catalyse sur 40 ans, divers sujets, histoires d’amour et de rivalités, drames familiaux, conflits sociaux et raciaux, enracinés dans leur époque. Les auteurs de la pièce originale Oscar Hammerstein II et Jérôme Kern adaptaient un roman d’Edna Ferber et s’en prenaient aux préjugés raciaux avec une franchise très rare pour l’époque et la première en 1927, fit sensation (1927 voit aussi la création de PORGY AND BESS)…

Dans de nombreux moments Whale parvient à imposer un lyrisme grave et le ton est beaucoup plus sombre, le propos nettement plus audacieux, que dans le remake académique dirigé par George Sidney qui faisait pratiquement passer à l’as tout le conflit racial même si la MGM garde la fameuse scène où le shérif ayant appris que Julie ((Helen Morgan, géniale chez Whale) a du sang noir et qu’elle est mariée à un Blanc, la force à quitter le spectacle et chasse le couple de l’Etat. Dans le remake, la séquence paraît timorée, inerte, malgré Ava Gardner alors que Whale lui donne une conviction, une urgence incroyable qui renvoie à tous ces moments de BRIDE OF FRANKENSTEIN où la créature est traquée par les villageois. Le sentiment d’injustice, d’oppression est le même. On pense à des films plus contemporains comme le beau LOVING de Jeff Nichols même si Julie est jouée par une actrice blanche. Les personnages noirs, domestiques, gardiens, comme à l’époque, sont évoqués avec respect. Durant un passage poignant montrant des comédiens imitant les Noirs, Whale cadre dans le public, assis loin derrière les Blancs, plusieurs rangées d’Africains Américains qui assistent au numéro. Whale place la caméra derrière eux et nous n’avons pas accès à leurs réactions mais nous la sentons ainsi que le sentiment de Whale, comme d’ailleurs dans ces mouvements où la caméra, très fluide, cadre deux files très séparées de spectateurs noirs et de spectateurs blancs. Et la musique et toutes les chansons de Jérôme Kern sont magistrales avec le grandiose Old Man River chanté par Robeson qui ne figurait pas dans la distribution au théâtre (et là, Whale recourt à un mouvement circulaire extraordinaire et à un montage quasi expressionniste), My Bill, chanson déchirante que transfigure Helen Morgan ; Cant’ Help Lovin’ Dat Man morceau bluesy où Irène Dunne est épatante.

Toujours pour rester avec James Whale, Elephant a eu la très bonne idée de ressortir des films d’horreur et je reviendrai sur certains titres mais précipitez vous de toute urgence sur LA MAISON DE LA MORT (THE OLD DARK HOUSE) somptueux visuellement. Cette comédie macabre où Karloff joue un rôle très secondaire (et le déroulant ajouté par la production perturbe plus qu’il n’éclaire, peut-être encore une fausse piste) dans cette maison où rien ne marche. Le couple qui reçoit les malheureux qui fuient l’orage est inoubliable. Il s’agit de Ernest Thessiger qui a une manière de vous proposer une pomme de terre avec des sous entendus qui glacent et Eva Moore, sa sœur, chrétienne fanatique qui crie tout le temps « No beds, no beds ». Gloria Stuart est comme toujours délicieuse et Mervyn Douglas caustique, rapide.
Rappelons que le film GODS AND MONSTERS de Bill Condo était une description assez touchante et juste des derniers jours de James Whale qui était remarquablement interprété par Ian McKellen, Lynn Redgrave et Brendan Fraser.

 

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Commentaires (634)

 

  1. Johna910 dit :

    Very energetic blog, I enjoyed that a lot. Perhaps there is a part 2? deeefggakade

  2. Pierre-Alain Drules dit :

    À Bertrand Tavernier : C’est vrai qu’un parti-pris pseudo-esthétique ou pseudo-historique peut faire beaucoup de mal à une adaptation. Avec tous ses défauts, le Delannoy peut donc servir, sur un plan purement pédagogique, à entamer avec les élèves un débat sur ce qu’est une adaptation. Je me demande si je ne vais pas commencer par là. Cela me donnera un peu plus de temps pour aborder la vôtre. À ce propos, il me semble qu’il existe en ce moment trois versions dvd de La Princesse de Montpensier, toutes chez StudioCanal (dvd basique, coffret prestige, coffret lycée). Avez-vous supervisé les trois ou participé à cette dernière, un peu comme on vous a mis à contribution pour le petit GF (bac 2018) ?

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