Coffrets, trésors et films rares

17 mai 2010 par - DVD

Pendant la période très accaparante du montage et du mixage, j’ai pu  jeter un coup d’œil sur quelques coffrets passionnants sortis en Zone 1.

Samuel FullerLe coffret consacré à Samuel Fuller par Sony (sous titres français) est tout à fait particulier. Il ne comprend que deux films réalisés par le grand Sam : CRIMSON KIMONO que j’avais trouvé plutôt moyen après une ouverture éblouissante et que je n’ai pas revu. Et UNDERWORLD USA (les Bas Fonds New-Yorkais titre français fantaisiste puisqu’il n’est nulle par fait mention de New York, dans les dialogues ou dans les images), film profondément personnel et inspiré (là encore le début est magnifique). Il s’agit d’une fable lyrique sur la vengeance, la manière dont celle-ci corrode, abîme, les sentiments du héros. D’autant que cette vengeance paraît inutile, la victime – le père du héros- ne valant pas tripette. Mais en digne héros Fullerien, Cliff Robertson s’arque boute, s’entête à aller jusqu’au bout, n’écoute aucun conseil. La violence rabaisse ceux qui la commettent nous dit Fuller. Elle rend aveugle et sourd même face aux plus belles déclarations d’amour. Quand Cuddles demande à Tolly de l’épouser, il la rejette cyniquement (« you must be on the needle »). Sandy, cette femme âgée extraordinaire qui a élevé le jeune garçon, l’injurie « : «  Cuddles est une géante…Tu sais pourquoi ? Parce qu’elle a vu en toi une parcelle, quelque chose qu’on pouvait sauver. Et toi tu es un nain ». Fuller coupe alors sur un plan rapproché de Cliff Robertson entendant la voix de son amoureuse : « certaines femmes quand on les embrasse, rougissent, appellent la police. D’autres jurent, crient, mordent. Moi, je défaille, je meurs, je meurs d’amour sous tes baisers ». Moment sublime qui vous cueille comme pratiquement tous les plans du film que l’on prend comme des coups à l’estomac. Fuller utilise les contraintes d’un budget for réduit en simplifiant, en allant toujours à l’essentiel, en filmant le concept des scènes plus que les scènes elles-mêmes. Une petite fille passe en vélo près d’une voiture conduite par Gus, un tueur qui lui a donné une friandise. Elle le salue et part en pédalant. La camera reste sur Gus qui démarre, poursuivant la petite cycliste. Plan de la jeune qui pédale. Plan de Gus dans sa voiture. Retour sur l’adolescente que l’on sent inquiète et qui accélère. Sa mère apparaît à une fenêtre. Plan du vélo. De la mère qui crie. Plans plus rapides de la voiture, des roues de la bicyclette. La mère hurle. Fuller coupe sur la petite fille gisant sur le sol à côté de son vélo. Des séquences comme cela, dégraissée, il y en a vingt. Ce traitement stylisé nous entraîne loin du réalisme vers la fable. Les 3 assassins du père de Tolly sont les trois caïds qui chapeautent la prostitution, la drogue, les syndicats. Mais cette stylisation n’empêche pas Fuller de lancer des phrases qui paraissent prophétiques.
Les autres titres  sont basés sur des sujets, des scénarios ou des livres de Fuller. Passons rapidement sur le cocasse ADVENTURES IN SAHARA, écrit et  dirigé for platement. Que reste-t-il du sujet de Fuller ? La trame sans doute et quelques noms extravagants : le capitaine Savatt, officier incompétent et sadique, les légionnaires Malraux (écrit Malréaux), Poulet. Sans parler d’un noir chargé de cirer les bottes de Savatt.
IT HAPPENED IN HOLLYWOOD bénéficie d’une distribution plus intéressante : Richard Dix et Fay Wray. Et d’une histoire touchante à la Star is born : une vedette de western du muet a du mal à s’adapter au parlant. Fuller est l’un des trois scénaristes. L’ouverture porte sa marque : la projection d’un western dans ce qui se révèle être un hôpital d’enfant (que l’on retrouvera dans THE NAKED KISS)
Pas eu le temps de voir POWER OF THE PRESS mais SCANDAL SHEET, tiré de son roman, vaut mieux que ce qu’il en disait et que ce que nous écrivions dans 50 ANS de CINEMA AMERICAIN. Le travail de Karlson est correct avec un ou deux beaux moments, bien éclairés et surtout un choix de trognes d’ivrognes (« de vrais clochards » selon Karlson) peuplant les bars où enquêtent les différents protagonistes, incroyablement réaliste et spectaculaire. Broderick Crawford est sensationnel et apporte beaucoup de force au film, Donna Reed juste  comme souvent malgré des personnages un peu falots. John Derek est transparent.
J’ai bien aimé SCHOCKPROOF (JENNY FEMME MARQUÉ) qui était invisible depuis des années. C’est un excellent film noir, bien dirigé par Douglas Sirk et qui porte la marque de Fuller, notamment dans le premier tiers. Dans le nom du héros, Griff Marat, que joue pas si mal Cornel Wilde. Jenny, c’est Patricia Knight, alors marié à Wilde et dont la carrière fut météorique (5 films). On peut le regretter car elle a beaucoup d’allure, de charisme, de justesse. Et un manque d’expérience qui sert la vulnérabilité du personnage… La descente aux enfers du couple est traitée sans doute trop rapidement bien que Sirk arrache plusieurs moments, plusieurs plans, avec une réelle invention : les différents déplacements dans la station-service,   dans la baraque qui donne sur un puits de pétrole et de l’autre côté sur celle des voisins. Son travail, peut être moins personnel que dans SCANDAL IN PARIS, est toujours élégant avec cette utilisation du décor, des miroirs, ces brusques changements d’axe. Il aimait le coté extrême du scénario de Fuller qui fut remanié, édulcoré par Helen Deutsch qui changea la fin et devint co-productrice du film. Sirk ne put pas travailler au scénario et s’opposer à ces changements. La dernière scène est d’ailleurs tournée avec un manque total de conviction, mais l’ensemble est plus qu’attachant.

films noirs classics 1Toujours chez Sony, le FILM NOIR CLASSICS 1 (sous titres anglais) réunit quelques bijoux : le magnifique THE BIG HEAT, THE SNIPER (L’HOMME A L’AFFUT) revu avec la même émotion. Il s’agit d’un des meilleurs films sur les serials Killer et le scénario de Harry Brown, auteur sur lequel je vais revenir, et la mise en scène de Dmytryck ont pris une force plus grande avec les années.  Le ton du film est aigu, sec, dépouillé. La mise en scène joue remarquablement avec les extérieurs réels (la séquence célèbre du témoin abattu sur une immense cheminée), avec les plans longs sur des fenêtres éteintes puis éclairées. Et la violence est filmée  avec un regard juste, dépourvu de voyeurisme, évitant toute surenchère ou exploitation. J’aime même les scènes avec le psychiatre, le docteur Kafka. Elles sont moins lourdes qu’on le dit et font passer un message très courageux pour l’époque et pour aujourd’hui : comprendre et soigner plutôt que punir. Cette prise de position contre la peine de mort était inhabituelle aux USA et fait de THE SNIPER l’antithèse exacte de DIRTY HARRY même si Siegel ajouta un point d’orgue anarchiste à la fin…
Il est fascinant de comparer les deux films qui se déroulent dans la même ville. Tous deux condamnent les Institutions et les politiques dans leur manière de regarder le criminel (Les Anhalt qui écrivirent le premier traitement firent de nombreuses recherches qui donnent lieu à une des meilleures scènes d’identification. La police s’y montre particulièrement incompétente, rudoie les témoins, séquence très originale pour l’époque). Dmytryck et Brown se situent plutôt du côté du Lang de M, du Powell du VOYEUR. Artur Franz est remarquable alors que selon Eddie Muller, Dmytryck n’était pas doué avec les acteurs. Analyse très terne de Scorcese qui n’a visiblement pas revu le film tout comme pour UNDERWORLD USA.

En revanche, ce que nous disions de FIVE AGAINST THE HOUSE (ON NE JOUE PAS AVEC LE CRIME) est assez juste.. La trame scénaristique que l’on peut créditer à  Stirling Silliphant est statique, mélange maladroitement plusieurs genres (film de collège, film noir, histoire d’amitié marquée par la guerre). Elle accumule les invraisemblances, ne réussit jamais à donner la moindre colonne vertébrale au hold-up (un hold-up que trois personnes sur 5 ne veulent pas commettre ce qui mine tout suspense).
Le personnage de Guy Madison est totalement invertébré et terne. Et que dire
de ces étudiants d’Université qui situent Troie en Grèce. Sans doute à la demande de Karlson, William Bowers est venu épicer, pimenter le dialogue qui est souvent amusant dans le premier tiers, vif, bourré de vannes. Je me demande même si on ne doit pas lui attribuer le « hey » que lance Brian Keith, lors de son arrestation, à l’étudiant vanneur. Lequel Brian Keith est excellent et Kim Novak pas si mal en brave fille.
Et dans les 20 dernières minutes, Karlson utilise bien le décor naturel (le garage avec ses immenses ascenseurs), se permet un long plan en mouvement qui traverse tout le casino pour aboutir à la pièce où William Conrad range son chariot, accessoire capital du hold-up.

Je n’ai pas revu THE LINE UP dont j’aimais surtout le dernier tiers, avec une formidable poursuite, et la composition d’Eli Wallach. Mais MURDER BY CONTRACT (MEURTRE SOUS CONTRAT) reste un film mystérieux, intrigant, sec comme un coup de trique… Notre notule était assez succincte et négative. Et l’on sous-estimait le ton formidablement moderne, très en avance sur son temps. On comprend l’enthousiasme de Scorsese – l’influence est claire, contrairement à d’autres influences, assez problématiques, revendiquées par Scorsese. Il y a des scènes étonnantes, entre Edward et ses deux acolytes, dont l’un ne comprend rien à ses méthodes et s’inquiète continuellement,   un serveur d’hôtel qu’il engueule avant de lui donner un gros pourboire, ou une prostituée avec laquelle il ne veut absolument pas coucher… Ce dépouillement est peut-être dû à des qualités négatives, au manque d’expérience de Lerner. À ses hésitations quant à la place de la caméra, pointées par  Ben Maddow, scénariste blacklisté que Philip Yordan, seul à apparaître au générique, utilisa de nombreuses fois comme nègre (COTE 465, LE PETIT ARPENT DU BON DIEU, QUAND LA MARABOUNTA GRONDE). Comme le dit Jean-Pierre Coursodon à qui j’emprunte ses commentaires pertinents, le chef opérateur suppléait à cette carence. Il y a en effet au début une scène à deux personnages où l’on ne voit pas la tête du premier et quand l’autre s’assoit dans un fauteuil,  on ne voit plus que ses jambes.
Néanmoins les films suivants de Lerner paraissent plus ternes, voire frustres que celui-ci sans que ce dépouillement ressemble à de la modernité.

Autre coffret indispensable, celui consacré à Douglas Fairbanks par Flicker Alley.
Douglas FairbanksDouglas Fairbanks: A Modern Musketeer et qui comprend les films suivants :
(His Picture in the Papers / The Mystery of the Leaping Fish / Flirting With Fate / The Matrimaniac / Wild and Woolly / Reaching for the Moon / When the Clouds Roll By / The Mollycoddle / The Mark of Zorro / The Nut) (DVD)
Coffret inouï qui comble une lacune. Les films de Fairbanks des années 20 avaient été rendus disponibles grâce à Kino. Sa production antérieure était moins connue ou diffusée dans des copies médiocres avec une musique sans intérêt… Ces onze films, remastérisés et restaurés, comblent un vide et l’on peut remercier Flicker Alley notamment pour la qualité musicale.
Les amateurs de Doug pourront le découvrir en fils carnivore d’un magnat de la nourriture végétarienne qui tombe amoureux d’une fille qui adore la viande, en détective cocaïnomane (le très curieux pour THE MYSTERY OF THE LEAPING FISH, écrit par Tod Browning, ce qui explique la bizarrerie du ton).

La personnalité de Fairbanks se développe encore plus dans les 3 films qu’il tourne pour Artcraft en 1917 et 1918 qui montrent 3 rêves battus en brèche : dans le délicieux « Wild And Woolly » Fairbanks découvre le vrai Far West. « Reaching For The Moon » montre le très américain Doug découvrant ce qu’est la vie d’un monarque européen dans l’Europe de 1914 en proie à toute une série de complots et d’assassinats. « The Modern Musketeer dirigé par Allan Dwan démontre qu’il est parfois difficile d’être chevaleresque et d’imiter D’Artagnan.
Le film fut tourné en 1917 au Grand Canyon et dans le canyon de Shelly. On a longtemps cru la dernière partie, visuellement magnifique, perdue et elle n’a été redécouverte que très récemment. Le début du film est éblouissant et Fairbanks accomplit des prouesses athlétiques sidérantes, qu’il essaie de sauver une jeune fille qu’il croit en danger, ou qu’il veuille en épater une autre. Selon Dwan, le scénario fut inventé par lui et Fairbanks, durant un voyage en train entre Salina et New-York, pour créer un projet de film qui dégage l’acteur de certaines obligations. Et écrit au jour le jour, ce qui explique la délicieuse décontraction du ton, les trouvailles qui semblent  jaillir spontanément (un dormeur écrase le pied de Fairbanks qui creuse un trou dans le sable pour dégager sa botte). La photographie est de Victor Fleming qui devint un complice de Doug. Il contient sans doute le meilleur intertitre de film muet : « Vous avez une très jolie voix », dit un personnage, tandis qu’un autre explique : « Chin de Dah (un Indien redoutable) ne va pas faire de mal à la fille. Il va juste l’épouser. » Dans le style Chin de Dah.

warner vol5D’autres coffrets que je n’ai pas eu le temps de voir. Je connais certains titres du coffret WARNER  fort intéressants comme PHOENIX CITY STORY de Phil Karlson. DESPERATE  d’Anthony Mann (sorti en France ?) et j’ai dit tout le bien qu’il fallait penser du splendide ARMORED CAR ROBERY sorti par les Editions Montparnasse dans le coffret Richard Fleischer. CRIME IN THE STREETS est plutôt un film sur la délinquance juvénile qu’un film noir et je ne garde un souvenir que de la première séquence, de John Cassavetes et de la présence du futur metteur en scène Mark Rydell.
Le Coffret SONY offre plusieurs œuvres indispensables à commencer par les rares NIGHTFALL de Jacques Tourneur, PUSHOVER (DU PLOMB POUR L’INSPECTEUR) de Richard Quine. L’excellent THE BROTHERS RICO de Karlson et HUMAN DESIRE, le remake par Lang de LA BETE HUMAINE. Dois-je avouer que je préfère l’original et Gabin à Glenn Ford.

Film Noir Classic Collection, Vol. 5 (Cornered / Desperate / The Phenix City Story / Deadline at Dawn / Armored Car Robbery / Crime in the Streets / Dial 1119 / Backfire) (DVD – 2010)

Columbia Pictures Film Noir Classics, Vol. 2 (Human Desire / The Brothers Rico / Nightfall / City of Fear / Pushover) (DVD – 2010)

Dans un style complètement différent, comme diraient les Monty Python, signalons un passionnant coffret consacré à Nicolas Philibert.
14 films (dont un inédit, Nénette, dont la version longue est sortie au cinéma courant 2010), de très nombreux compléments et un livret de 20 pages. Comme le dit le texte de présentation des Editions Montparnasse :
« Pour la première fois réunis dans un coffret de 9 DVD, 14 films d’un de nos documentaristes les plus inventifs, de son premier film La Voix de son maître à Retour en Normandie en passant par La Ville Louvre, La Moindre des choses ou Être et Avoir... sans oublier Nénette, un film de 55 minutes inédit qu’il vient d’achever sur la doyenne du Jardin des Plantes, un orang-outan pas comme les autres qui, du haut de ses 40 ans, voit défiler chaque jour des centaines de spécimens bien étranges… Des films à la fois drôles et émouvants, cocasses et imaginatifs, primés dans de nombreux festivals internationaux. »

Cette intégrale est accompagnée de nombreux compléments (interviews, courts-métrages) et d’un livret de 20 pages.

Coffret Nicolas Philibert

QUELQUES RARETÉS
Bombers b52Vu BOMBERS B 52 de Gordon Douglas que j’avais toujours pris soin d’éviter. Et finalement c’est une assez bonne surprise. Certes la trame, tract de propagande destiné à doper les crédits alloués à l’aviation, n’est guère folichonne, les rebondissements sont prévisibles et le suspense fait long feu. Mais sur ces prémisses conventionnelles, Gordon Douglas brode des variations souvent élégantes qui prouvent de façon subtile mais éclatante que son talent le place hors de la catégorie des bons artisans sous contrat. Son découpage, le choix de certains cadrages témoignent d’une netteté, d’une précision, d’un rapport à l’espace assez proche de celui de Walsh, qualités exploitées magistralement dans la première séquence nocturne, en Corée. Et dans la découverte du B premier B 52 : La camera cadre en contre-plongée dans un plan très large une voiture qui s’avance sur une piste d’envol, puis recule, vaste mouvement de grue, pour faire rentrer dans le champ l’énorme avion. Le choix de la contre-plongée qui augmente les différences entre la taille minuscule de la voiture, des hommes sur la piste et celle, majestueuse du bombardier, l’immensité du cadre, l’intelligence du travelling font exploser les conventions de la séquence et lui donnent une magnifique dynamique visuelle. On retrouve ces qualités dans la dernière partie du film, quand Efrem Zimbalist Jr cherche Karl Malden. Douglas avec l’aide de William Clothier utilise remarquablement le décor de studio qu’on lui a alloué, place sans cesse des broussailles, des branches devant sa caméra pour brouiller les perspectives.
Mais la vraie surprise vient  de Karl Malden et des scènes domestiques, traitées avec une délicatesse, une sobriété inattendue même si Nathalie Wood est souvent coiffée très mémère. La Warner voulait visiblement la sortir des rôles de jeunes filles et le résultat n’est guère convaincant. Marsha Hunt donne de la dignité à un personnage impossible. Quant à Malden, il est vraiment étonnant dans un rôle inhabituel, faisant preuve d’une grande retenue, sensible, chaleureuse. Il solde tous les effets prévisibles, utilise à merveille l’espace et désamorce la plupart des clichés inhérents à son personnage. Il m’avait dit qu’il avait adoré Gordon Douglas et cela se voit. A lui seul, il justifie l’existence du film et donne une de ses interprétations les plus inhabituelle, originales et fortes.

Return to paradiseRETURN TO PARADISE que je voulais voir depuis des décennies, après avoir rêvé devant les photos du cinéma Monte-Carlo, se révèle extrêmement médiocre malgré un générique commençant  par « Mark Robson et Robert Wise présentent », laissant espérer une vraie production indépendante. Le scénario inspiré d’un de ces livres pâteux de James Michener est – comme beaucoup d’adaptations de cet auteur – statique, chaotique, dépourvu de progression dramatique et de personnages intéressants. Le montage est haché. Il n’y a pratiquement aucun enjeu dans le film, le pasteur que joue Barry Jones n’étant jamais un adversaire réel pour Cooper. Sa brusque évolution est absurde, comme si on avait condensé dix chapitres en une séquence.
Certains plans, voire des scènes se terminent abruptement et la dernière partie – le fameux retour du titre – est totalement dépourvue de dynamique émotionnelle. La photo de Winton Hoch m’a semblé terne, en dessous de celle de BIRD OF PARADISE. De plus la narration est alourdie – High Noon oblige – par une horrible sirupeuse chanson de Dimitri Tiomkin et Ned Washington. À l’actif du film une certaine franchise dans la description des relations sexuelles et l’interprétation assez délicate de Roberta Haynes. On cherche les raisons qui ont pu pousser Wise et Robson à la production d’un tel film.

Une découverte majeure : BARDELYS THE MAGNIFICENT (1926) (zone 1)

Bardelys the magnificentOn croyait ce film de King Vidor  définitivement perdu en dehors de quelques scènes. Grâce aux efforts de Flicker Alley et de Lobster, il vient  de ressurgir et l’on découvre une œuvre tout à fait remarquable. La MGM n’avait pas voulu renouveler une première fois les droits du livre de Rafael Sabatini (Scaramouche, l’Aigle des Mers, Capitaine Blood) qui les avait cédés pour 10 ans.  Ces commerçants myopes trouvaient idiots de dépenser de l’argent pour préserver un film muet et avaient fait détruire les copies.
Mais on sous-estime souvent le bordel qui existait dans ces grands studios et en 1955, sans regarder s’il existe des éléments et des copies, un bureaucrate renouvelle les droits.
En 2006, 70 ans après le tournage, une copie nitrate en mauvaise condition est retrouvée par Serge Bromberg. Il manquait la 3ème bobine et les intertitres étaient en Français. Une restauration digitale fut entreprise par Eric Lange en utilisant des photos de la collection MGM de l’Academy et de la bibliothèque Margareth Herrick. Divers plans ont été retrouvés dans les films annonce.
BARDELYS est un film de cape et d’épée délicieux, tendrement ironique, somptueux visuellement. Une variation amusée, ironique sur les films de Fairbanks. La seule séquence visible pendant des décennies est la splendide scène d’amour filmée dans une barque dérivant entre les branches et le feuillage de saules pleureurs, décor trouvé le jour du tournage par Vidor  qui remplaça la prairie qu’il trouvait conventionnelle. Il faut dire que ce tunnel dans les feuilles qui éclaire ou assombrit le visage des amoureux change le ton, le style de la séquence que Vidor cite dans SHOW PEOPLE.
The CrowdEleanor Boardman, alors mariée au metteur en scène, est absolument remarquable. Tout comme dans THE CROWD, ce chef d’œuvre que je conseille à tous de voir et de revoir. John Gilbert est tout à fait séduisant. Il a le panache que réclame le rôle. Pendant très longtemps on propagea une rumeur selon laquelle cette immense vedette (Voyez-le dans THE BIG PARADE de Vidor, dans THE FLESH AND THE DEVIL de Clarence Brown) avait sombré parce qu’il ne pouvait s’adapter au parlant. La récente vision de plusieurs films contredit cette légende.  Rumeur propagée par le Studio et par Louis B. Mayer qui cassèrent sa carrière parce que John Gilbert avait cogné sur Mayer après une réflexion horrible de ce dernier sur Garbo. Selon Eleanor Boardman, il s’arrangea pour déformer la voix de l’acteur pour la rendre aiguë.

Commentaires (114)

 

  1. Edward dit :

    La fin de SHOCKPROOF ne me paraît vraiment pas dans le ton du film Ca ressemble à un fin tournée par après sur demande de producteur(s); une autre fin avait-elle été tournée ?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Edward
      Oui Fuller en parle dans ses entretiens et Sirk aussi. Le propos a été édulcoré. Je crois que j’en parlais dans le blog

  2. Florian dit :

    Au sujet de Karl Malden (que je connaissais surtout par les films de Kazan et Birdman of Alcatraz), je viens de le découvrir dans une production européenne (Suton/Twilight Time de Goran Paskaljević, 1982). C’est d’ailleurs à cette occasion que j’ai appris quelles étaient exactement ses origines européennes.
    Je ne sais que dire du film qui m’a pourtant beaucoup plu notamment grâce au comédien. Je voulais le signaler pour confirmer tout le bien qui a été dit de l’acteur dans votre article et dans les commentaires.

    • Martin-Brady dit :

      Très rare, comme film, vous avez eu de la chance de le voir! Malden a voulu le faire pour renouer avec ses origines, par amitié pour un ami serbe, restaurateur à Los Angeles, du nom de Dan Tana. Il y consacre 3 pages dans son autobio, mais plus pour parler des Yougoslaves et de la Yougoslavie d’après Tito. On y voit aussi Jodi Thelen qui fut Georgia dans le film de Penn et n’a pas eu la carrière qu’on aurait pu espérer. Malden n’en parle pas ni du tournage ni de rien qui touche au film, mais plutôt d’une vieille dame qu’il a rencontré là-bas, qui l’intriguait et qui coupait du bois très dur pour fumer de la viande. Si, il écrit quand même qu’il s’inspira de son père pour jouer ce personnage de vieil homme.
      BOMBERS 52 n’est visible que dans un coffret Natalie Wood, dommage! Bertrand Tavernier m’a donné envie de le découvrir…

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Martin brady
        Non je crois qu’il est visible dans Warner Archive

      • Florian dit :

        @ Martin-Brady : Merci de votre réponse et pour tous ces renseignements. Je tâcherai de me procurer cette biographie.

        En fait, je ne suis pas si chanceux : je réside à Belgrade où beaucoup de ces films sont encore accessibles malgré une qualité parfois déplorable. J’ai par exemple vu celui-ci dans une version pirate qui m’a appris qu’il n’en existe pas dans le commerce de version restaurée. Celle qu’on trouve dans le commerce reprend une pellicule mouchetée qui donne l’impression de voir ce film à la cinémathèque de Belgrade (où les films sont laissés dans un état d’abandon alarmant).

        Après y avoir réfléchi, je pense que j’ai aimé « Twilight Time » car il m’a rappelé les séances de cinéma au collège à l’occasion des quelles j’avais pu voir des films que « Suton » m’a rappelé et qui étaient « Papa est en voyage d’affaire », « Cinema Paradiso » et surtout « Un enfant de Calabre ». Je ne les ai pas revus depuis, mais ils m’auront marqué.

        • Martin-Brady dit :

          A Florian: à Belgrade, ah, tout s’explique… j’étais curieux de savoir où vous aviez bien pu dénicher ce Suton/Twilight Time… J’ai piqué toutes les infos dans l’autobio de Malden, très amusante à lire: « Where Do I Start? », si vous lisez un peu l’anglais… C’était un type adoré de tous, grand ami de Brando et Kirk Douglas, sauf de Steve McQueen qui n’aimait pas Karl pour une vieille histoire racontée dans le bouquin.

  3. joubaud didier dit :

    Monsieur Tavernier,

    le volume 3 Powell Presburger arrivera-t-il 1 jour?

    Ayant été subjugué par le contenu des 2 premiers coffrets,

    j’attends depuis,la suite.

    Sincèrement.

    Mr joubaud

  4. OLLIVIER ALAIN dit :

    bonjour Monsieur TAVERNIER.
    je m’intéresse au parcours de Irène SKOBLINE l’actrice qui joua le rôle de l’institutrice dans votre film culte COUP DE TORCHON et dans 2 films du regretté Eric ROHMER Rayon Vert 1986 et L’amour l’après midi 1972
    Ele fut interwievée en 2004 en qualité de nièce du général STOKLINE a propos du film Triple Agent d’éric Rohmer depuis plus rien.
    je ne suis malheureusement pas étonné que comme beaucoup de bons acteurs ou actrices, elle disparaisse en vieillissant des écrans. vit-elle encore ?.
    je m’étonne qu’aucun site (à l’état d’ébauche sur WIKIPEDIA) ne mentionne sa bibliographie avec au moins sa date de naissance et son lieu de naissance
    Pouvez vous réparer cet oubli de la profession.L’interprète de la petite institutice plein de charmes le mérite bien.

    un de vos admirateurs.
    Alain Ollivier

    • Bertrand Tavernier dit :

      A OLLIVIER Alain
      La délicieuse Irène n’a été qu’une actrice intermittente car des milliers d’autres choses l’intéressaient. Et elle a collaboré de près en tant que documentaliste historique au TRIPLE AGENT de Rohmer, sujet qui la touchait de près et sur lequel elle a beaucoup de connaissances. Je lui communiquerai votre opinion..

  5. conrad dit :

    Bonjour Bertrand,

    Gaumont a sorti le 4 décembre « 2 hommes dans manhattan » de melville, (pas toujours bien noté par la critique mais dont l’mabiance nocture est géniale) en copie « non remasterisée » ; l’avez-vous visionné ? que vaut-elle ?
    Cordialement

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Conrad
      Je n’ai pas revu cette copie car j’avais été atrocement déçu par le film en le revoyant, il y a de cela 4 ou 5 ans. Scénario à la mord moi le noeud, très peu de plans de NEW YORK (les meilleurs sont de Reichenbach), l’essentiel du film étant tourné autour de la rue Jenner. Et je ne parle pas de l’interprétation (Grasset, Monique Hennessy, voire l’amateurisme amusant de Melville lui même) ni des dialogues. Revoyez à coté LE GRAND CHANTAGE…Je pense qu’on a déliré sur ce film dont je continue à aimer la chanson (scène tournée sur le grand plateau de la rue Jenner), quelques plans fugaces et l’idée de faire un film à New York. Mais Melville ne se donnait jamais les moyens de ses ambitions americaines. Il tournait quelques plans de passage (parfois avec des doublures comme dans l’AINÉ DES FERCHAUX) et trouvait des décors soi disant americains en France

  6. Rodolphe I. dit :

    Vous citez “Return to Paradise”, et immédiatement après “Bird of Paradise”. S’agirait-il du film qui m’avait fait une extraordinaire impression, de Delmer Daves, en 1951, avec Louis Jourdan et Debra Paget ? Je n’avais guère que 12 ans, à l’époque, et j’aimerais bien vérifier si mes raisons d’aimer ce film étaient dues à autre chose que mon âge. Pour l’avoir constaté bien des fois, je crois que oui… Jamais un film ne m’a plus jamais donné cette sensation d’évidence et de présence indiscutable de l’amour. J’ai cherché, je ne trouve pas de DVD. Je rappelle que Louis Jourdan, acteur méconnu, trop souvent cantonné à des rôles que lui valait son physique de beau garçon séduisant, avait parfois une présence prodigieuse, une justesse de ton unique et bouleversante : voir la “Lettre d’une inconnue” d’Ophuls”.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Rodolphe L
      Oui il s’agit du Daves qui reste un beau film, somptueux visuellement, malgré des clichés que Daves contestait et dont il n’a pas pu se débarasser, à cause de la Censure et des conventions liées à l’époque. Il n’existe pas de dvd. Je parle longuement de ce film dans mon article sur Daves repris dans AMIS AMERICAINS

      • pounit dit :

        bonjour Bertrand,

        je viens de voir « from this day to forward » de J Berry, maintenant disponible. Bonne chronique sociale new yorkaise. J Fontaine magnifiquement photographiée (gros de plans de son visage, je pense aux portraits de dora mar par man ray). Elle capte toute al lumière du coup, F Stevens, un peu palot, non ? Dernier plan du couple sur le pont: travelling arrière vertical en studio avec surrimpression du décor ?
        Bien cordialement.

  7. Alex33 dit :

    Bonjour Monsieur Tavernier,

    Depuis quelques semaines déjà, je souhaitais laisser un petit commentaire sur votre remarquable blog, concernant vos impressions après le visionnage de « Retour au Paradis » de Mark Robson. Je sais que ce dernier ne compte pas parmi vos cinéastes de prédilection (encore que vous m’ayez un jour confié – à l’occasion de votre venue à l’IEP de Bordeaux en 2004 – avoir beaucoup apprécié des œuvres telles que « Bright Victory » et « Trial »). Néanmoins, je trouve que le regard que vous portez sur « Retour au Paradis » est par trop sévère. En effet, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un film « romantique », où la tendresse et l’humanisme (une constante dans le cinéma de Robson, dont la plupart des longs métrages s’achèvent sur une note amère et désenchantée et, en même temps, toujours emplie d’espérance) le disputent à la profonde sincérité du propos. Je suis convaincu qu’il y avait en Mark Robson (metteur en scène parmi les plus sous-estimés de son époque) une « bienveillance », un « lyrisme » et une « humilité » authentiques, qui impriment à son cinéma une épaisseur morale inaltérable. Il n’est que de revoir « Je suis un nègre », « Plus dure sera la chute » ou « Du haut de la terrasse » pour s’en convaincre pleinement. Dans le cas de « Retour au Paradis », œuvre résolument (et, qui sait, peut-être même « volontairement ») mineure, la compassion de Robson pour ses personnages force l’estime : il n’y a pas de « bons » et de « méchants » dans ce petit film élégiaque, seulement des êtres qui évoluent, cahin-caha, dans leur rapport « à l’autre » (et qui, au final, tendent à devenir « meilleurs »). C’est pourquoi parler d’une œuvre « dépourvue de progression dramatique et de personnages intéressants » me paraît assez injuste et contribue – fût-ce inconsciemment – à perpétuer la « mauvaise réputation » d’un cinéaste par trop brocardé depuis des décennies (mais dont les réalisations ont pourtant connu, en leur temps, un très grand succès public [ceci n’étant probablement pas étranger à cela !]).

    • Bertrand Tavernier dit :

      J’ai aimé plusieurs Robson, notamment la SEPTIEME VICTIME et BEDLAM, mais je trouve RETOUR AU PARADIS totalement inerte même et surtout en tant que film romantique

      • Milhat Alexandre dit :

        Tous les goûts sont dans la nature et vous avez « plus que le droit » de ne pas apprécier ce film. Après tout, je suis peut-être moi-même trop sentimental à l’égard du cinéma de Robson. Nonobstant, je crois qu’une seconde vision pourrait (j’emploie le conditionnel à dessein) faire évoluer votre regard sur cette œuvre délicate et touchante.

      • Bonjour,

        Un grand remerciement pour votre blog.

        Vive Robson !

  8. Fuller dans les années 70-80 est resté mythique: je n’oublierai jamais ces moments où il apparaissait avec son barreau de chaise vissé entre les dents, crinière blanche un peu échevelée dans tel ou tel film ( retenons surtout the last movie de Dennis Hopper effectivement un film un peu fou , deux wenders majeurs tels que L’ami américain et l’état des choses) ou dans des émissions de cinéma.
    Quant à son cinéma, il connut de vrais hauts ( big red one et white dog) mais aussi des bas ( avouons que les voleurs de la nuit-celui-là m’était apparu comme carrément mauvais mais j’en ai un souvenir vague- et Street of no return ne sont pas des sommets même si je suis gré à J Bral d’avoir permis à Fuller de tourner ce dernier, histoire de ne pas mourir sans avoir mis en scène une dernière fois fin 80′).
    Pour tous les amateurs, il faut absolument lire il était une fois S Fuller , entretiens avec Narboni et Simsolo chez Ramsay poche cinéma.

  9. Cher Bertrand,
    Le hasard est parfois curieux… De correction de bac, j’ai rencontré mercredi les membres de ma commission et il se trouvait parmi eux une dame enseignant à Bergerac qui vous a reçu il y a trois semaines (via l’un de ses collègues cinéphiles) et en était encore toute enthousiaste.
    J’espère ne pas être désagréable en vous proposant de revenir en Dordogne lors de la promotion de la Princesse de Montpensier:parallèlement à l’enseignement d’exploration cinéma, je veux monter un cinéclub (tout à fait bénévolment … mais c’est une sorte de passation nécessaire car des enseignants m’avaient sinon transmis au moins entretenu le virus lors de ma scolarité) sur le lycée où j’ai été affecté à la dernière rentrée et créer éventuellment , si cela fonctionne, une option cinéma avec un collègue.Si cela est possible, je ferai diffuser un Tourneur dans le cadre d’un cycle « fantastique » qui sera un bon viatique pour susciter l’intérêt de nos petits lycéens injustement écartés de la culture (il y a du boulot à faire en zone rurale, autant qu’en banlieue! ).
    Nous travaillerons avec le cinéma de Ribérac qui est une salle chaleureuse et active.
    Je vous en reparlerai si cette perspective est envisageable.
    Si le canal de ce blog n’est pas le bon pour ce type de messages, veuillez m’en excuser mille fois!Je ne voudrais pas être un « fâcheux » ou un casse-pied pour reprendre le titre d’une comédie à sketches dont j’ai oublié le réalisateur!

  10. Mercure dit :

    Cher Monsieur Tavernier

    Nous avons échangé lors de votre présentation de Holly Lola à Marly Le Roi il y a quelques années. J’aimerais échanger avec vous qq minutes sur le risque de destruction du Théâtre de Villepreux dans les Yvelines qui émeut déjà Guy Bedos, Pierre Richard, Claude Rich et Didier Porte.

    Auriez-vous la gentillesse de revenir vers moi? Je ne vous prendrai que quelques minutes. Merci
    R Mercure -VP de l’asso de defense du Théâtre de Villepreux 06 74 41 94 74

    • Bertrand Tavernier dit :

      a Mercure : contactez surtout certaines associations, la SACDà travers son président, Laurent Heynneman et la commission théâtre. François Hurard au Ministère de la Culture

      • conrad dit :

        Cher Bertrand T,

        Désolé de vous déranger : Nouveau sur le blog, j’ai posté un message le 2/7 dernier sur « from this day to forward  » de J. Berry.
        Il n’apparait nulle part. L’avez vous reçu ? encore bloqué par le modérateur ?

  11. Harry Lime dit :

    J’ai vu LA FUREUR DES HOMMES. On comprend mal que ce western magnifique ait été si longtemps méconnu, peu visible et même pas tellement cité dans les histoires du genre. Par sa thématique, ce western d’Hathaway semble se rapprocher de certains films d’Eastwood. On y retrouve en effet le thême de la violence et de son engrenage fatale, de la difficulté d’y mettre un terme (pardonner ?) comme dans Impitoyable ou Mystic River. Il y a même quelques scènes des 2 films que l’on pourrait rapprocher: celle du film d’Hathaway où l’on voit arriver un charriot avec Don Murray et Flippen à son bord à travers les fenêtres d’une maison dans laquelle se trouve RG Armstrong et D.Hopper me fait penser à celle d’Impitoyable (le train dans le lointain dans lequel se trouve R.Harris alors que le shériff parle avec le maquereau). On peut juste regretter dans la FUREUR quelques scènes où l’emploi de transparences n’est pas très heureuse (celle du charriot avec Jay C. Flippen) et le fait que l’édition DVD « oublie » de traduire quelques phrases. (Ah ! si les traducteurs étaient payés au mot comme les écrivains de pulps autrefois, cela n’arriverait pas!). Mais, ces péchés sont véniels au regard de la beauté du film.
    J’ai vu aussi LA PLUME BLANCHE, une découverte également. Sans valoir LA FLECHE BRISEE, c’est quand même un grand western. La photo de Lucien Ballard est magnifique.

  12. Tom Lennox dit :

    J’ai vu, lors du Festival de Cannes, annoncé dans le numéro spécial du Journal du Dimanche, la sortie à l’automne de deux gros volumes de textes de Pauline Kael. La nouvelle est excellente, il me semble que c’est la première traduction française de ses chroniques. Quelqu’un en saurait-il davantage sur cette publication? Et si oui, s’agit-il de la traduction de deux des six ou sept recueils sortis aux Etats-Unis, ou simplement d’un choix parmi celles-ci? Je me souviens de très jolis textes sur Cary Grant, Welles, le cinéma des années 70, etc.

  13. Jeanpop2 dit :

    Bonjour,

    J’ai lu dans mon livre de chevet (« 50 ans de cinéma américain », écrit par deux messieurs dont l’enthousiasme et la connaissance semblent sans borne) une page fort alléchante sur Leslie Stevens, cinéaste qui semble être représentatif de ces fascinantes et peu étudiées années de la fin du Code. J’ai réussi à me procurer l’envoûtant « Incubus » réédité par Canal + dans l’excellente série « Cinéma de quartier », mais je meurs d’envie de voir « Propriété interdite » et surtout « Hero’s island »… Savez-vous sur une réédition de ces deux films est à l’ordre du jour quelque part ?

    et merci encore pour votre travail colossal (je me dis souvent qu’entre l’activité d’encyclopédiste et celle de cinéaste, à succès qui plus est, vos nuits doivent être bien courtes…)

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Jeanpop 2
      Merci pour vos éloges. Leslie Stevens a tourné des films quasi impossibles à voir en dvd. Je m’étais occupé de INCUBUS sorti par Pierre Rissient. On peut trouver des dvd de la série qu’il a initié, OUTER LIMITS dont il a réalisé certains épisodes

      • Clément dit :

        Leslie Stevens, co-créateur de l’excellente série télé OUTER LIMITS (AU-DELA DU RÉEL – Verison 1963-65), n’a en fait écrit et réalisé que 4 épisodes de la série, qui ne se distinguent pas vraiment au niveau de la réalisation (pour cela, voir plutôt les délirants épisodes filmés par Conrad Hall et réalisés par Gerd Oswald (THE FORMS OF THINGS UNKNOWN, IT CRAWLED OUT OF THE WOODWORK, THE INVISBLES, DON’T OPEN TILL DOOMSDAY et O.B.I.T), caractérisés par une impressionnante surenchère expressionniste). Stevens, lui, est plutôt fasciné par des récits scientifiques dénonçant la difficulté pour l’homme de comprendre l’univers qui l’entoure (THE GALAXY BEING, PRODUCTION AND DECAY OF STRANGE PARTICLES, THE BORDERLAND). Il est aussi responsable du seul épisode “comique” de la série, soit le très redondant CONTROLLED EXPERIMENT (avec Barry Morse et Carroll O’Connor).

        C’est suite à la fin de la série qu’il réalisa l’étonnant INCUBUS en s’assurant la collaboration de Conrad Hall à la photo et de Dominic Frontiere à la musique (qui reprend en fait les plus beaux thèmes qu’il avait composés pour OUTER LIMITS).

        La présence de William Shatner et Allyson Ames (qui avaient tous deux joué dans la série) donnent l’impression de voir un épisode de OUTER LIMITS particulièrement tordu dans lequel Stevens peut finalement aller jusqu’au bout de sa vision, n’étant pas limité par la censure associée à la télé américaine des années 60s. L’utilisation du noir et blanc, les sous-titres, la protagoniste blonde aux allures suédoises parlant une langue étrangère (esperanto), les nombreuses scènes tournées près de la mer, tout donne à ce film américain tourné dans la région de Big Sur un cachet “européen” rappelant fortement Bergman.

        Bizarrement, appelons que le film INCUBUS fut longtemps considéré comme “maudit” : peu de temps après sa sortie, toutes les copies américaines du film furent “accidentellement” détruites, l’acteur Milos Milos assassina sa copine et se suicida et l’actrice Ann Artmar s’enleva elle aussi la vie !

        Autres détails et extraits d’INCUBUS ici : http://filmscultes.blogspot.com/search/label/INCUBUS%20%281965%29

  14. AUGELMANN dit :

    Carlotta annonce en sortie pour le 22/09/2010 :

    – VITTORIO DE SETA

    « LE MONDE PERDU » (10 Courts Métrage)

  15. AUGELMANN dit :

    Concernant le film muet de John Ford « UPSTREAM » retrouvé, j’ai oublié de mettre le lien pour accéder à l’article :

    http://www.spiegel.de/kultur/kino/0,1518,699126,00.html

  16. Clément dit :

    Le coffret Fuller vient juste de paraître ici au Québec. Ah ! La joie de découvrir de nouveaux Fuller ! Je viens tout juste de voir UNDERWORLD USA. Superbe ! On parle toujours de l’AUDACE de Fuller (audace dans les thèmes abordés, dans la mise en scène, etc.) mais ce qui me frappe ici, encore une fois, c’est son audace vis à vis la censure de l’époque ! Les premières secondes du chapitre 8 du DVD de UNDERWORLD USA nous montre le personnage de Cuddles (Dolores Dorn) assise dans un parc, en état d’ébriété et suçant un morceau de glace de façon extrêmement suggestive ! Comment diable Fuller pouvait-il réussir à faire passer des scènes de ce genre au nez de la censure américaine de l’époque ?? Étonnant ! (Bravo aussi à Fuller d’avoir si souvent réussi à établir un lien de confiance avec ses actrices afin de les amener à tourner des scènes de ce genre ! (ex : Numéro de danse lascive de Constance Towers dans SHOCK CORRIDOR, et Towers qui accepte de se raser le crâne pour son rôle dans NAKED KISS). Sacré Fuller ! Un talent de persuasion à toute épreuve …

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Clement
      Ces scènes sont non seulement suggestives, ce sont aussi de très belles scènes d’amour. Celles de UNDERWORLD USA sont les plus fortes. Il suffit de voir Fuller trois minutes pour sentir qu’il devait être très persuasif

  17. AUGELMANN dit :

    L’hebdomadaire allemand « Der Spiegel » annonce sur son site en ligne ce jour, qu’un film muet de John Ford (considéré comme perdu) »Upstream » de 1927 vient d’être retrouvé dans les archives du film néo-zélandais (ça ne s’invente pas); il devrait être restauré.

  18. goossens dit :

    Bonsoir Mr Tavernier,

    Dans votre ouvrage 50 de cinéma américain, je vous trouve bien sévère sur le film « Beau Geste » de W. Wellman. Je l’ai revu il y a peu de temps en VHS et franchement j’ai vraiment apprécié l’adaptation du cinéaste.Je n’y ai rien trouvé « d’académique » ou « d’affligeant » (sic). Je trouve cette histoire très émouvante et les acteurs de Cooper à Donvely y sont franchement remarquables. La fin entre autre est un grand moment de cinéma. J’ai hâte de voir une sortie DVD en zone 2. Bien à vous.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A GOOSSESN
      J’ai toujours eu du mal avec cette histoire que je trouve conventionnelle. Je vais le revoir

      • Harry Lime dit :

        D’accord avec GOOSSESN. Beau Geste, malgré certaines conventions assez « normales » pour un film sur la Légion, est le meilleur film sur la Légion étrangère avec La Bandera. Je trouve la mise en scène de Wellman très réussie.

  19. goossens dit :

    Bonjour Mr Tavernier,

    Encore un très bon choix dans l’ensemble sur la dernière fournée des westerns de légende. Hathaway y étant sensiblement mis à l’honneur (ce qui n’est que légitime vu la grandeur de ce réalisateur).
    S’agissant des westerns Paramount qui ne sont plus directement distribués en zone 2 en France, Carradore et Calysta auront-ils dans un proche avenir l’occasion d’obtenir des droits pour les intégrer? Je pense à des bons westerns de Hawks (la rivière rouge), Gordon Douglas (chuka), Robert Parrish (l’aventurier du Rio Grande), 7 hommes à abattre ( qui avait été distribué pourtant mais avec une bande doublage son altérée sur les versions VO et VF rendant la vision du film impossible..) ou encore le moins connu sorcier du rio grande de C.M.Warren? UN Western que j’aimerais revoir aussi est Custer, l’homme de l’ouest. Mais je crois que celui-ci est produit par M.G.M.?

    En tout cas la collection propose à nouveau de très bons westerns ce qui est très précieux pour tous les amateurs du genre…Bien à vous.

    • Bertrand Tavernier dit :

      Cher GOOSSESN, vous vous mélangez un peu dans les studios : LA RIVIERE ROUGE était un film UA comme l’AVENTURIER DU RIO GRANDE (dont il y aurait un dvd en Espagne), 7 HOMMES A ABATTRE avait été sorti par la Warner et CUSTER était une production de Yordan pour Cinerama

      • goossens dit :

        Re bonjour Mr Tavernier,

        Certes sur la productions des films, mais moi j’ai bien vu ses DVD édités en zone 1 sous le label M.G.M pour Custer et Paramount pour 7 hommes, la rivière rouge et l’aventurier…Alors?? Bien à vous…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gnossens,
          Les studios peuvent revendre ou s’associer. Vous avez raison pour È MEN FROM NOW : cette production de Batjac pour Warner est distribué dans certains territoires par Paramount qui distribue des dvd Warner

  20. Michael Rawls dit :

    I know I’m not commenting on anything in this particular entry (yet,again), but I’d like to make a suggestion for the subject of your next column: your favorite film books. This suggestion is prompted by the absence of 50 ans de cinema americain from Sight and Sound’s list of best film books and from your own absence from the list makers contributing thereto. Other notable omissions include Michel Ciment’s le livre de Losey/Conversations with Losey and John Simon’s Private Screenings and Something to Declare , the former covering the 60’s when films were at their best and Simon was part of some sort of critical community ( Vernon Young, Dwight Macdonald, Charles Thomas Samuels )and the 80’s and 90’s ( when film began its slow descent into the 21st century and most of that critical community achieved death or senescence), respectively. And as long as I’ve mentioned Vernon Young, no critic ,ever, could make you clearly see in your mind films which you were quite unlikely to ever see with your eyes ( which not living in Stockholm or somewhere in Italy you were probably not going to see with the aforesaid eyes ). And what about Bogarde’s Snakes and Ladders and A Short Walk from Harrods ? Bjorkman , Manns, and Sima’s Bergman on Bergman ? Walker’s Hollywood U.K. ? Hitchcock/Truffaut , yes, Bresson’s Notes on Cinematography, yes, but where are Elda Tattoli and Marco Bellocchio’s screenplay for China is Near ( the best script for a film that I’ve never seen that I’ve ever read, and where, by the way, is the film ?) and Harold Pinter’s Proust Screenplay ( perhaps the greatest un-produced script)? And what about your diary I Wake Up , Dreaming in Projections 2 ? Hoping this finds you , I beg to remain, Michael Rawls

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Michael
      Good Idea but I do not have time now for such a list. Send your comments to Sight and Sound. They are very articulate

  21. AUGELMANN dit :

    Pour rester sur Henry Hathaway, Universal a prévu la sortie d’un autre film rare : La fille du bois maudit en zone 2 pour le 7/10/2010.

    Olivier Eyquem m’a gracieusement signalé 2 autres films rares en zone 1 pour le 27/07/2010 :

    – Dark City et surtout

    – Midi Gare Centrale

  22. Harry Lime dit :

    Je viens de voir LA MAISON SOUS LA MER, de Henri Calef, dont vous parliez dans un billet datant de quelques années maintenant (editions les documents cinématographiques) et j’ai découvert un film effectivement très intéressant. Tourné en 1946 en décors naturel, adapté d’un roman à succès de Paul Vialar, ce film s’inscrit dans le bref courant du cinéma français qui, dans l’immédiat après guerre, tenta de marier le réalisme poétique des années 30 avec le néo-réalisme à l’italien. En effet, il me semble qu’on y retrouve les thêmes principaux du réalisme poétique (amours impossibles, rêve d’un ailleurs, climat populiste), mais par son tournage en décors naturel le film s’éloigne de l’univers fabriqué (studio) d’un Marcel Carné et s’approche des films néo-réalistes italiens ou des quelques films français qui s’inscrivirent dans ce mouvement (Au delà-des Grilles, de Clément, Un Homme marche dans la ville, de Pagliero, Une si jolie petite plage d’Allégret, etc…). Le film fut mal accueilli à sa sortie, mais le temps l’a indiscutablement bonifié. Non seulement la photo de Claude Renoir est une réussite, mais l’interprétation de Viviane Romance, dégagée de ses rôles habituels de vamp, est de première force. Il faut lui rendre cette justice car la critique de l’époque ne l’épargna pas. Quant à Henri Calef, il réalisa une poignée de films dont la revision vaut indiscutablement la peine. On a eu l’occasion de parler de LES CHOUANS récemment, mais je garde un bon souvenir de JERICHO. Cette « Maison sous la Mer », longtemps invisible, ne peut être tenu pour négligeable; c’est une indiscutable réussite. Le dvd présente également une version pour malentendants ainsi que de nombreux et intéressants bonus, dont cette longue conversation téléphonique avec Viviane Romance.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A HARRY LIME
      Entièrement d’accord et JERICHO est un film remarquable, qu’il faut absolument voir. Dave Kehr du NY TIMES à qui je l’ai envoyé a été époustouflé par l’audace narrative. Ne pas oublier aussi aux DOCUMENTS CINEMATOGRAPHIQUES le passionnant HEURE DE VÉRITÉ co écrit avec Calef et Maurice Clavel par…Edgar Morin. A voir absolument. Tout comme L’HOMME DE NULLE PART de Pierre Chenal que je ne cesse de recommander.

      • Harry Lime dit :

        Je viens justement de voir L’HEURE DE LA VERITE. C’est surtout la photo de Claude Renoir que j’ai trouvé être le point fort du film. Quant à Karl Heinz Boehm, son physique bien sous tous rapport et son visage poupin semble l’avoir prédisposer à tourner des personnages douteux (Le Voyeur).

  23. Cher Bertrand,
    Je viens de lire sur le site de télérama votre beau texte sur l’hommage à Tourneur… l’info n’est pas passée et j’en suis bien triste car j’habite à côté de Périgueux et me serais fait une joie de revoir ces films sur grand écran comme de vous entendre en parler! Partie remise…
    En tout cas, je veux bien m’atteler à la réhabilitation de ce grand monsieur sur ses terres et si des membres de sa famille veulent que se crée une sorte d’association du type « les amis de J Tourneur » (comme cela se fait souvent pour réhabiliter de grands écrivains), n’hésitez pas à me le dire: je pense pouvoir être efficace!
    Au sein de l’association cinécinéma de Périgueux – où je pense me réinvestir après des années où la vie personnelle et professionnelle m’ont imposé de m’en détacher- nous pourrions créer un événement annuel Tourneur sans mal car nous diffusons des reprises désormais régulières ( ce qui avait été impossible à imposer au cinéma partenaire du temps de monique Laugénie): cela pourrait donner lieu à deux ou trois séances liées thématiquement, à une ou deux conférences, à une rencontre avec un cinéaste admiratif de l’oeuvre de tourneur et à l’édition d’un bulletin annuel relatant-tel les actes d’un colloque- contributions, analyses, entretiens et documents… le tout au profit d’une mise en valeur de sa mémoire (sous différentes modalités).
    J’avais, lorsque je fus muté en Dordogne, l’idée de contacter la famille de JT m’avait traversé l’esprit quand j’avais appris qu’il était originaire de Bergerac mais en même temps avais eu scrupule à le faire de peur de les importuner. Si réhabiliter la mémoire de JT leur semble important alors pourquoi pas?
    Maintenant que j’ai obtenu mon agrégation, je pensais me mettre à réécrire sur le cinéma notamment pour un travail universitaire (cinéma ou lettres/cinéma… mais pour le pur plaisir de parler de cinéma pas pour un plan de carrière: je ne suis qu’un petit prof de lycée cinéphile de 40 ans…beaucoup trop vieux pour mettre ne serait-ce qu’une patte à la fac!) , pourquoi pas sur JT si le champ des études « tourneuriennes » est encore libre?
    Par son caractère -un peu trop- personnel, ce message que j’espère convenable et pas trop déplacé n’a pas forcément vocation à être diffusé bien sûr!
    Merci pour cet hommage touchant quoi qu’il en soit!!!

  24. Vincent dit :

    Merci à tous!

  25. Cyrille Bray dit :

    Mr Tavernier,
    Voici le lien de l’ Interview donné par James Lee Burke, sur le site Rue 89, sur la marée noire….
    http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/2010/06/01/james-lee-burke-obama-na-rien-compris-a-la-maree-noire-153077-0

  26. « And now for something completely different! »
    J’ai eu l’impression de faire un voyage dans le temps à plusieurs titres en découvrant The countess de J Delpy:
    -le film est très réussi dans son refus des concessions au gothique et instille d’emblée l’impression d’être immergé dans un univers à mi chemin entre barbarie et raffinements
    -la reconstitution très métonymique est parlante qu’il s’agisse de faire ressentir le froid, les trajets…
    -Julie Delpy à l’évidence se rappelle avoir illuminé La passion Béatrice il y a 23 ans déjà en portant l’interprétation de la comtesse Bathory vers une synthèse impossible entre Béatrice et son père.
    Je ne sais si vous avez conservé des contacts assidus avec JD mais vous devriez découvrir son film si n’est déjà fait: à mon sens, elle est devenue une vraie cinéaste en plus de rester l’immense actrice qu’elle est depuis ses débuts! Elle pourrait bientôt affirmer un talent aussi impressionnant que celui de la trop rare Patricia Mazuy!
    Et en plus , elle a composé la belle BO du film!!!! Mais que ne sait-elle pas faire?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae, bien sur je l’ai vu et je lui trouve beaucoup de qualités, d’originalité, surtout dans les deux premiers tiers. Vers la fin, elle change brusquement de point de vue, rejoute un monologue féministe peu crédible.
      Mais elle se utilise très adroitement un budget qu’on devine minuscule, dirige bien les acteurs et actrices. Elle même est magnifique, troublante, terrible, touchante, atroce. Elle a un talent fou et la musique est bonne.

      • L’actrice de caractère qu’est J Delpy mérite à mon sens de faire un parcours à la « huppert »: elle sait se mettre en danger, parvient à franchir le cap de la quarantaine avec superbe et nouvelles cordes à son arc. Sa stratégie qui consiste à établir un pont europe/ USA est singulière et devrait payer.
        Le budget devait être très contraignant mais elle a réussi à transformer la contrainte en choix stylistiques et c’est toujours un gage de signature forte!

  27. Vive Fuller! Il est toujours excitant d’apprendre la sortie de titres du vieux Sam même si-honte sur moi- je suis toujours tributaire du zonage. Je n’ai jamais vu Underworld USA et Crimson kimono tout comme House of bamboo me semble seulement traversé fugitivement par les fulgurances fulleriennes.
    J’aimerais vraiment revoir deux Fuller en particulier: Park row vu il y bien des années et run of the arrow seulement découvert à la TV.
    Hasard des programmations, deux films récents m’ont rappelé par leur concision, leur âpreté, leur sens du plan marquant ou du raccourci scénaristique génial : Lebanon de l’Israelien Samuel Moaz (la guerre depuis un tank à l’orée des 80′) Démineurs de K Bigelow ( cela ne m’attirait pas du tout-cette dame ne m’a jamais pleinement convaincu!- mais je fus bien inspiré de le découvrir lors d’une séance de rattrapage la semaine dernière). On retrouve intacte la manière des films de guerre de Fuller, explicable dans le premier cas par le statut d’ancien combattant du cinéaste, plus mystérieusement dans le second (apport d’un scénariste qui « y est allé »?).

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      HOUSE OF BAMBOO me semble supérieur à CRIMSON KIMONO que j’ai vu il y a longtemps même si la vision du Japon parait assez touristique.
      DÉMINEURS est un film très intéressant, bien écrit, très documenté (je ne connais pas le scénariste) et qui bénéficie d’un principe dramaturgique assez rigoureux (être toujours au coeur de l’action). Même s’il lui manque, contrairement à WARRIORS, un ou deux moments qui permette aux personnages et donc au public, de prendre un peu de recul

      • Cher Bertrand,
        Votre référence à Warriors me semble très judicieuse: j’avais été impressionné par ce (télé)film de P Kosminski qui possédait une rare âpreté et parvenait à rendre lisible l’essence d’une guerre civile. Je me rappelle un montage percutant, une interprétation superbe (je n’ai retenu que le nom de D Lewis, acteur de Keane mais toute la distribution était au diapason) et une musique sublime.
        La fin étrangemnt similaire à celle de démineurs était bien plus impressionnate et il était difficile de ne pas pleurer de rage comme le « héros ».

    • AUGELMANN dit :

      Wild Side a prévu sur 2011 la sortie de Run of the arrow qui plus est dans sa collection Classic Confidentials.

  28. Vincent dit :

    Bonjour et tout d’abord merci à Mr.Tavernier ainsi que tous les intervenants de ce blog que je consulte souvent et qui est pour moi en tant que jeune cinéphile un véritable guide du 7ème art. J’ai vu qu’on parlait de Fritz Lang l’autre jours. J’ai hâte de découvrir LA CINQUIEME VICTIME et L’INVRAISEMBLABLE VERITE que je ne connais pas du tout. J’aurais une question concernant non pas un de ses films mais une interview. Lorsque j’avais acheté LE MÉPRIS en Blue-Ray (STUDIO CANAL COLLECTION) j’avais découvert dans les bonus « le Dinosaure et le bébé », la fameuse entrevue entre Jean-Luc Godart et Fritz Lang qui fut pour moi une leçon de cinéma. Aujourd’hui, je cherche désespérément « Fritz Lang interviewed by William Friedkin » enregistré en 1974. Paraîtrait-il que l’interview dépasserait les 2heures!!! Apparemment elle n’existe pas en dvd. Il me reste le faible espoir de la trouver en bonus dans une édition d’un film de F.Lang. Quelqu’un (Mr.Tavernier ou les fidèles intervenants de ce blog) pourrait-il me renseigner davantage? Et si vous avez déjà vu cette interview qu’en avez-vous pensé? Merci d’avance

    • Bertrand Tavernier dit :

      Cher Vincent, je ne sais pas où trouver cette interview dont j’ignorais même l’existence. Je pense que tout le monde ici connait l’interview de Jacques Tourneur par Jacques Manlay

    • Catherine dit :

      Bonjour Vincent

      L’interview de Fritz Lang par William Friedkin est présente en bonus de « House by the River » édité par Wild Side.

    • Damien DOUSSIN dit :

      A Vincent et Bertrand Tavernier : l’interview de Lang par friedkin est disponible sur le deuxième DVD bonus du film « House by the river » édité par wildside (double DVD disponible en France sur le site de la FNAC au prix de 15 euros)
      L’ensemble de l’entretien de Jacques Tourneur par Jacques Manlay est également disponible dans un DVD accompagnant le livre « écrits de Jacques Tourneur » présenté par le même Jacques Manlay (éditions Rouge Profond, 2003).

      • Bertrand Tavernier dit :

        Merci Damien

      • Catherine dit :

        Bonjour

        J’ai eu la chance de trouver ce petit livre par hasard, dans une librairie. Il contient des projets de scénarios, de belles photos de tournage et aussi des propos courts, genre aphorismes ou pensées…Quand à l’entretien de Jacques Tourneur avec J.Manlay (pour FR3 à l’époque), quel dommage qu’il soit si court, et surtout que celà soit le seul !! Quand on pense que Mr Manlay a découvert par hasard que le grand Jacques habitait à Bergerac, et que personne n’avait pensé à l’interviewer auparavant (ni après d’ailleurs), c’est dingue. Bon, peut-être aussi que J.Tourneur recherchait la discrétion, mais quand même, quel dommage, et quelle frustration…

    • Vincent Colot dit :

      Bonjour

      On peut voir cet interview, ou à tout le moins un large extrait de 47 minutes, ici :

      http://vimeo.com/9600390

      On la retrouverait également sur l’édition française du DVD « House by the River ».

      Bien à vous !

    • Je confirme qu’elle figure en bonus de l’édition de House by the river qui fut pour moi un éblouissement: je ne connaissais pas ce Lang à l’atmosphère lourde, poisseuse et dont l’économie narrative et plastique est tout bonnement impressionnante. Il faudra un jour qu’on m’explique comment Lang, Tourneur ou Fuller arrivaient à atteindre cette incroyable puissance dans des formats aussi brefs que 1h 15mn 1h 25mn: revoyons Vaudou, Stars in my crown ou encore Fury, Big heat, Shock corridor,Pick up…quelle densité! pas une once de graisse!!!!
      Cela ne m’empêche pas d’adorer les films très longs comme Heaven’s gate, Andrei Roublev, Heimat, Barry lyndon… mais je suis sidéré qu’on puisse dire autant en si peu de temps!

  29. Ouf! Merci de remettre à sa place LE PETIT FUGITIF, film de photographe insignifiant, poussiéreux, niais et appliqué, dont je ne comprends toujours pas qu’il puisse être considéré comme un « chaînon manquant » dans l’histoire du cinéma américain. À sa ressortie, 90% des critiques ont cité comme vérité d’Évangile une déclaration bien trop généreuse de Truffaut faisant du film d’Engel une sorte d’ancêtre des 400 COUPS, sans chercher à voir si elle avait le moindre fondement. Elle était pourtant facile à démonter, mais c’est tellement plus confortable de laisser se perpétuer les mêmes âneries d’une décennie à l’autre…

    • Bertrand Tavernier dit :

      Olivier
      Entièrement d’accord et je pense la même chose des autres films de Morris Engels

      • Damien DOUSSIN dit :

        Eh bien vous ne me donnez pas l’envie de voir ce film et les autres films de Engel ! (j’essayerai tout de même, en me forçant un peu…)

        Pour en revenir à Rogosin, ses films sont parfois poussifs également et si Bertrand Tavernier à raison de parler d’importance politique, la réalisation n’est pas toujours à la hauteur et l’ennui parfois perceptible (en dehors de plusieurs scènes déjà mentionnées dans mon message précédent). J’ai vu « GOOD TIMES WONDERFUL TIMES » de 1965 ce week-end dont le message est intéressant (l’indifférence et l’ignorance de la bourgeoisie anglaise des années 1960 face à la guerre et au fascisme). La superposition d’images d’archives et de prise de vue de la « party » est souvent efficace à défaut de convaincre totalement). Toutefois ce dernier film est une assez bonne surprise. Les interviews de Rogosin dans les bonus montrent en tout cas sa volonté de faire des films engagés et indépendants, qui aujourd’hui conservent toute leur importance historique.

        • Bertrand Tavernier dit :

          Mais Damien, ne trouvez vous pas ces « oppositions » un peu faciles et on pourrait en trouver de semblables dans toutes les classes, tous les partis…

        • Damien DOUSSIN dit :

          Oui, vous avez raison : d’autant que l’utilisation formelle qu’en fait Rogosin est parfois facile. Après, Rogosin dénonce surtout l’indifférence et l’ignorance d’une certaine classe. Que ce soit restrictif (et assez démagogique), sans doute, mais le message a le mérite de passer et le film est loin d’être désagréable (bons acteurs « non professionnels » dont un équivalent à Peter Sellers plein d’humour)

          Je viens de découvrir « LE PETIT FUGITIF » d’Engel et je vous rejoins assez : le mieux que l’on puisse en dire c’est que la photo est léchée et agréable. Le scénario est plus que limité et convenu. Pourtant, sur l’ensemble et pour une première vision, je l’ai trouvé agréable. Il est vrai qu’il faut retrouver son âme d’enfant pour se laisser convaincre ! On pourra observer la même chose pour certains Disney…
          Pour le coup, Engel et Rogosin ne se rejoignent pas dans cette époque fertile du début du cinéma indépendant américain. L’un (Engel) se complaît dans une description convenue de « l’american way of live » et l’autre (Rogosin) se réfugie quant à lui dans une approche (assez convenue également) libérale et progressiste. Finalement cette soit-disant « nouvelle vague américaine » reprend des schémas assez éculés et traités souvent de manière plus convaincante dans plusieurs films de studios.

  30. Le scénario de MURDER BY CONTRACT est crédité non à Philip Yordan, mais à un certain Ben Simcoe, nom qu’on retrouve seulement sur un film de 1961 et six épisodes de la série « Lux Video Theatre ». Cela sent légèrement le prête-nom (Ben Maddow?) ou le pseudo, mais qui sait?
    Le coffret Sony 2 devrait permettre, avec l’édition totalement inespérée de CITY OF FEAR, de se faire une opinion plus précise des qualités d’Irving Lerner à ses débuts. J’en ai gardé le souvenir (très flou après plus de 40 ans) d’un film assez proche par son esprit de MURDER BY CONTRACT, mais infiniment moins novateur.

    • Bertrand Tavernier dit :

      Olivier, je me suis basé sur les interviews de Ben Maddow qui revendique entièrement la paternité du film qu’on attribuait lors de sa sortie à Yordan qui doit l’avoir aussi produit et qui a continué à faire tourner Lerner (ou le faire travailler comme monteur, LE ROI DES ROI si je m’abuse) jusqu’au film sur les conquistadors et à des secondes équipes cafouilleuses (CUSTER OF THE WEST, A TOWN CALLED BASTARD) où ce qu’il tournait avait la particularité de n’avoir aucun rapport avec le reste du film.

  31. AUGELMANN dit :

    Un internaute sur DVDCLASSIK vient de confirmer les sorties de WILD SIDE (CLASSIC CONFIDENTIAL)avec les dates :

    – 5 OCTOBRE 2010
    MENACES DANS LA NUIT DE JOHN BERRY

    – 2 NOVEMBRE 2010

    LA FORÊT INTERDITE DE NICHOLAS RAY

    – 7 DECEMBRE 2010

    LA CINQUIEME VICTIME et L’INVRAISEMBLABLE VERITE de FRITZ LANG en Coffret de 2 DVD

    Nous serons en avance sur les USA notamment pour les 2 LANG

    A noter pour attendre la sortie le 6 JUILLET de LA CHEVAUCHEE DES BANNIS de ANDRE DE TOTH

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Augelman
      Rien que des bonnes nouvelles.MENACES DANS LA NUIT est un film magnifique (écrit par Dalton Trumbo qui ne put signer et Hugo Butler) et la Foret Interdite est un des Ray majeurs bien que Budd Schulberg en ait tourné une bonne partie. LA CHEVAUCHÉE DES BANNIS est un de mes westerns fétiches.
      Bientot chez SIDONIS la FUREUR DES HOMMES que j’adore. Un très grand Hathaway.

      • D’accord pour Wind accross the Everglades vraiment splendide sur tous las plans (scénario, interprétation, montage, photographie…).
        Ray est un cinéaste passionnant que je connais trop peu: Bitter victory m’avait aussi beaucoup plu et me semble peu cité dans les dossiers critiques…il a dans mon souvenir un air de famille avec Play dirty par sa sécheresse sans concessions, son récit troué. Curd Jurgens y était plus convaincant que d’habitude et Burton est majestueux.

      • AUGELMANN dit :

        Merci pour toutes ces informations que je ne connaissais pas.
        Suite à votre message j’ai suivi votre conseil et j’ai réservé « La Fureur des Hommes ».
        Merci aussi pour la défense de la mémoire de Jacques Tourneur, totalement oublié aujourd’hui; nous comprenons encore mieux pourquoi Jean Renoir s’est exilé et a pris un passeport américain.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Augelman
          J’espère que vous aimerez le Hathaway. Dans mon texte, je voulais moins défendre la mémoire de Tourneur dont l’oeuvre a suscité des livres, des études (j’en ai écrit une des premières + une interview dans AMIS AMERICAINS) que secouer une municipalité paresseuse.

      • Damien DOUSSIN dit :

        Je viens d’acheter et de visionner dans la foulée « La fureur des hommes » d’Hathaway. Je suis entièrement d’accord avec ce que vous en dites dans les bonus. Vous avez souvent mentionné(dans « 50 ans… » ou « Amis américains ») qu’Hathaway avait eu du mal à s’adapter au format cinémascope au début. Pour le coup, dans « la fureur des hommes » il semble avoir pris la mesure de ce nouveau format. Comme vous l’avez souligné : la mise en scène du gunfight dans le décor aride et rocheux est exemplaire (on pense effectivement parfois à certains plans d’Anthony Mann). Quand Don Murray constate la mort de son adversaire après ce duel, il y a aussi ce très beau plan où l’on distingue le cheval à l’arrière plan, tout au bout de l’enfilade de rochers : ce qui renforce le pathétique de la scène.
        Et puis là encore (comme dans le « jardin du diable »), la violence est rare dans ce western, mais quand elle surgit, elle nous apparait d’autant plus brutale : je pense à la scène où Amos Bradley (joué par Chill WILLS) est criblé de trois balles à bout portant sur le perron de son hacienda.
        Bref un magnifique western dont on remercie Calysta-Sidonis de l’avoir édité. Seul petit bémol : la qualité de la copie dont la compression est assez moyenne avec des couleurs parfois ternes (peut-être est-ce dû aussi au procédé de tirage DELUXE de la Fox qui a viré quelque peu avec le temps…). En tout cas cela ne m’a aucunement gâché le plaisir de voir ce film.

      • Notre association avait programmé La Forêt interdite, à Angers, la semaine prochaine, et nous avons fait un gros travail de promotion pour l’annoncer. La Warner qui avait enregistré la commande nous annonce subitement que la copie ne peut pas sortir ! Est-ce à cause de la sortie prochaine de ce DVD (qui manquait effectivement) ? Et pensez-vous qu’il y ait un moyen de convaincre la Warner de nous permettre de le diffuser ? C’est urgent !

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Cinelégende
          Je ne connais personne à la Warner et il est de plus possible que le film vienne de Londres via Hollywood Classics…Je me renseigne

    • Quel programme à tomber! Une inquiétude cependant: qu’en est-il de l’édition de Man in the wilderness annoncé il y a quelques mois dans la même collection? J’ose espérer qu’il est toujours question de donner à ce film puissant l’écrin qu’il mérite!
      La carrière de Deran Sarafian est bizarre comme nombre de cinéastes du nouvel Hollywood (on excluera Scorsese ,Coppola et dans une moindre mesure De Palma): un, deux ou trois titres imposants puis les déceptions s’enchaînent plus ou moins inexplicablement.Retenons ce titre digne des meilleurs romanciers américains du XIXème versant Melville ainsi que Vanishing point, film jumeau du Monte Hellman Two lane blacktop… films existentiels qui sculptent l’espace américain par le trajet fou de bolides sans but. et dire que certains osèrent rapprocher le piètre boulevard de la mort de QT de ces joyaux proches du geste d’un Antonioni dans Zabriskie point!

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Ballantrae
        Vous pourriez ajouter Altman qui a survécu plus que d’autres à tous ses passages à vides pour terminer sa carrière en beauté. La dégringolade de Sarafian peut – je dis bien – peut s’expliquer par l’échec de ses deux meilleurs films. S’ajoutent je pense un manque de rigueur, un mauvais choix de projets, une absence de volonté et de rigueur. On a l’impression qu’il est ballotté d’un film à l’autre sans pouvoir s’emparer vraiment d’un scénario (était il un bon scénariste ?). Ne pas négliger la piste d’un mauvais agent

        • Bien évidemment , il était injuste d’oublier Altman et sa capacité à rebondir malgré quelques échecs cuisants commercialement parlant (Quintet, Popeye, Buffalo bill je suppose) d’abord en mineur ( de Jimmy Dean à The player en passant par Fool for love… j’excluerais de ces années d’errance Tanner 88 et Secret honor plus pour leur précision politique que pour leurs qualités proprement cinématographiques) puis en majeur (de Shortcuts à Cookie’s fortune, … y compris le méconnu Gingerbread man, avec un bémol pour les faciles doctor T et Prêt à porter). Quelle aptitude à monter les projets les plus divers, les plus ambitieux! Sa prétendue froideur misanthrope (je crois avoir lu ce genre de verdict dans les cahiers) me semble participer du même esprit que Flaubert!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Tout à fait d’accord. Cela relève du cliché le plus superficiel, du cliché qu’on se refile sans le vérifier, sans jamais douter, tout pénétré qu’on est de sa propre importance qu’on ne saurait remettre en cause. Relisez l’approche prudente, les revirements de Bazin. Le style incroyable de Cournot. Avez vous relu son article, son essai sur la 317ème Section. Quelle leçon. Il n’y a pas d’anathème, d’idées générales mais un écrivain qui se confronte à un film dont il rend compte avec exactitude, précision en restant toujours concret.

      • AUGELMANN dit :

        A Jean-Jacques,

        WILD SIDE m’a précisé que les sorties prévues auront bien lieu mais seront étalées dans le temps sur 2011; donc pas d’inquiétude pour le coffret double de SARAFIAN avec le Convoi Sauvage et le Fantôme de Cat Dancing; il en est de même pour la Collection « Les Introuvables »;des titres se sont ajoutés comme pour le 15/07/2010 « Prince Vaillant » et « Le capitaine de Castille »; « La Rue de la Mort » et « Incident de Frontière » de Mann et « Libre comme le Vent » de Parrish veront le jour en 2011 (après l’été).

    • Autre inquiétude me permettant de relier votre intervention et le texte de BT: à quand la parution dans cette collection du formidable Northwest passage de vidor annoncé l’an passé?
      King vidor est un sacré cinéaste que ce soit dans sa période muet (je connais bien sûr The crowd à placer aux côtés de Sunrise de Murnau, du Vent de Sjostrom ou des Borzage de la même période … mais notons aussi Big parade et Show people)ou dans son passage vers le parlant ( Hallelujah,The fountainhead, Duel in the sun surtout!).
      Je rêve de voir Our daily bread dont je n’ai vu que des extraits dans un docu sur Vidor diffusé sur TCM et c’était beau à pleurer, lyrique et droit!

      • AUGELMANN dit :

        Pour le Grand Passage, la sortie chez Wild Side est aussi prévue sur 2011 et toujours dans Classic Confidential.

  32. Harry Lime dit :

    Concernant BARDELYS THE MAGNIFICENT, qui avait passé au cinéma de Minuit sur FR3 il y quelques années, je signale qu’il existe également cette édition qui semble être ALL ZONE (pour ceux qui ne peuvent pas lire la zone 1):

    http://www.edition-filmmuseum.com/product_info.php/info/p103_John-Gilbert–Bardelys-The-Magnificent—Monte-Christo.html/XTCsid/39ece40d39d525c44695fdf9522cdfda

    Ces éditions du film museum (qui sauf erreur de ma part sont lié à la cinémathèque allemande) proposent d’ailleurs un grand nombre de tîtres muets comme LA FEMME AU CORBEAU de Borzage ou BERLIN SYMPHONIE D’UNE GRANDE RUE, de Rüttman, que j’ai eu l’occassion de voir récemment et qui est excellent.

  33. Stagger Lee dit :

    Bonsoir,
    Le film de Mann « Desperate » a bien fait l’objet d’une sortie en France chez Montparnasse, dans la collection RKO l’année dernière. Parmi les 10 titres sortis en même temps, on trouve aussi « Bodyguard » et « Le pigeon d’argile », deux séries B énergiques et rondement menées (comme d’habitude) par Richard Fleischer (puisque vous évoquez son « Armored Car Robbery »).

    Bravo M. Tavernier pour ce blog passionnant et bravo aussi aux intervenants qui rivalisent d’érudition cinéphilique !

  34. Pierre dit :

    Oui, UNDERWORLD USA est un film coup de poing, sommet de l’esthétique brutale du génial Sam qui filmait comme Weegee photographiait ses bas-fonds à lui. Et Cliff Robertson y est (comme presque partout dans sa carrière) impeccable. Je crois qu’il s’agit d’un des acteurs américains majeurs les plus méconnus ou sous-évalués alors qu’il est de la trempe d’un Dana Andrews ou d’un Glenn Ford (même si je suis d’accord avec votre avis sur HUMAN DESIRE).

    Je n’ai pas revu CRIMSON KIMONO depuis un bail mais il m’avait époustouflé par son originalité et une approche en avance sur son temps. Je me demande si il ne serait pas d’une certaine façon, un des premiers « buddy movie » tels qu’on le conçoit aujourd’hui (hélas plus souvent pour le pire que pour le meilleur)…

    Vous m’avez bien fait rire avec l’intertitre Chin de Dah ! Difficile de faire mieux. Le meilleur texte parlé du cinéma muet restant le « Non ! » prononcé par le Mime Marceau dans LA DERNIERE FOLIE DE MEL BROOKS.

    Sur Karl Malden, j’ai entendu une anecdote tout récemment. J’ignore son authenticité mais elle est bien bonne. Malden aurait projeté de réaliser un biopic sur son ami Brando et quand il le proposa à un producteur, celui-ci lui demanda qui il voyait dans le rôle principal. « Mais, Brando lui-même, bien sûr ! » répond Malden. Ce à quoi le producteur (en Mr Jourdain faisant du Lubitsch sans le savoir) lui aurait rétorqué, droit dans ses bottes « Impossible, il est trop petit ! »

    Très intéressante, l’explication concernant John Gilbert, acteur que j’ai toujours trouvé très bien dans le peu de ses films que je connaisse. Comme quoi, une fois encore, la fameuse sentence finale de L’HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE se vérifie.

  35. juventor dit :

    Desperate est sorti dans la collection RKO des éditions Montparnasse

  36. Damien DOUSSIN dit :

    D’accord avec vous sur « Bardelys the magnificent » de Vidor qui est effectivement très plaisant. Quel joie de découvrir ces films muets considérés comme disparus depuis longtemps !
    Le coffret Fairbanks est alléchant…

    Dans le rayon raretés, concernant le cinéma américain indépendant, je vous signale le coffret Lionel ROGOSIN sorti ce mois-ci chez Carlotta dont les films avaient été restaurés par la cinémathèque de Bologne. L’occasion de découvrir (ou redécouvrir) « On the bowery » (1956) sur les marginaux de New-York ou encore « Come back Africa » sur la vie des noirs sud-africains en 1957. Je n’ai pas encore vu « Good Times wonderful times » (1965).
    Le parti pris de ROGOSIN de faire du docu-fiction limite parfois la spontanéité mais des moments d’improvisation et de naturel donnent de grands moments (la scène de beuverie dans « on the Bowery » ou encore la réunion d’intellectuels dans le township dans « come back Africa » avec la grâce de la chanteuse Miriam Makeba, qui deviendra par la suite la muse de Belafonte et de Marlon Brando). Inutile de dire que ces films ont une grande importance historique pour le cinéma indépendant américain, influençant Cassavetes notamment.
    Un coffret Morris ENGEL est également sorti avec son film le plus connu « Le petit fugitif » (1953).

    PS vous souhaitant une pleine réussite avec « la princesse de Montpensier » que nous découvrirons avec plaisir en salle en novembre.

    • Bertrand Tavernier dit :

      Merci de signaler le coffret Rogosin. L’importance politique de ces films est grande et je me souviens de la scène de discussion que vous mentionnez dans COME BACK AFRICA, sommet d’un film que je trouvais parfois rigide. J’ai revu LE PETIT FUGITIF qui m’avait ébloui (j’étais môme) quand je l’avais découvert au Broadway, cinema d’art et d’essai en bas des champs Elysées (la bande annonce était celle du MÉTÉORE DE LA NUIT) et j’ai été atrocement déçu. Je l’ai trouvé à la fois mièvre et léché.

  37. JLS dit :

    Merci pour ce que vous dites sur Malden. Cet acteur attachant est souvent considéré comme un balourd plein de tics. Je le trouve souvent subtil et précis (La Colline des Potences, une scène dans Nevada Smith face à McQueen…). Il a une façon de danser, indécis, d’un pied sur l’autre, qui relève plus de la légèreté que de la lourdeur… Ne confondons pas la lourdeur et la comédie de la lourdeur!
    Celui qui connaît un peu l’anglais doit lire son autobiographie.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Jls. Entièrement d’accord. C’était un homme chaleureux, intelligent, passionné. Un vieux démocrate et j’ai passé 10 merveilleux jours avec lui à Sundance.

  38. Belle sélection une fois encore permettant d’alterner découvertes ou revoyures…mais j’y reviendrai plus tard!
    Juste un mot pour vous dire que je mesure combien le passage à Cannes peut donner des impressions « mélangées » entre exaltation d’être sélectionné,attente angoissée de la présentation, dépit face aux réactions violentes qui peuvent recéler un je ne sais quoi d’outré, récompense d’un accueil chaleureux. Ne tendez pas trop l’oreille vers les mécontents habituels et ce malgré votre aptitude à l’écoute: leur avis importe peu! Votre film existe bel et bien et nous serons nombreux à vouloir le découvrir en novembre si je ne m’abuse (il va falloir attendre et fermer les écoutilles pour le découvrir sereinement loin des rumeurs cannoises.Voyez des films, rencontrez des personnes intéressantes, partagez avec votre équipe la joie d’être arrivé « au bout « de l’aventure! Bon rétablissement à L Wilson.
    Bon courage jusqu’à dimanche!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      la presse, si on prend en compte l’internationale a été plus que positive de Variety au Los Angeles Times en passant par la Republica et le Daily Mail .Le reste n’est que broutille

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