Déc
21
Il faut absolument consulter le site d’une société de distribution qui s’est spécialisée dans les titres français rares ou oubliés, Les Documents Cinématographiques : http://www.lesdocs.com/. On y trouve de quoi faire saliver les cinéphiles amateurs de curiosités, de raretés.Parmi les VHS Le Triangle de Feu (1932), policier d’Edmond T. Gréville au scénario branquignolesque mais qui recèle des plans extrêmement curieux, Rouletabille Aviateur (1932) de Steve Sekely (rebaptisé ici Etienne Székely), metteur en scène hongrois, fin et cultivé qui fera par la suite une carrière aux USA (on lui doit un très bon film noir The Scar – 1948 Le Balafré écrit par Daniel Fuchs que l’on trouve en zone 1 chez VCI Entertainment : http://www.vcihomevideo.com/ dans une copie passable sans sous-titres. Dans le même dvd The Limping Man (1953) polar anglais signé Charles de Latour qui se révèle être Cy Endfield qui était black listé à l’époque).
Autres titres : Echec au Roi (1945) de Jean-Paul Paulin, où Gabrielle Dorziat joue Mme de Maintenon et Maurice Escande Louis XIV (!), Napoléon à Sainte-Helène (1929) de Lupu Pick, que Langlois programmait cinq fois par an. Et surtout le sublime Marie Légende Hongroise (1932) de Paul Fejos, qui je l’espère sortira bientôt en DVD.

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En DVD, on peut se procurer L’Espoir (1939) de Malraux, Mais où est donc Ornicar (1979) de Bertrand Van Effenterre, Farrebique (1946) et Biquefarre (1983) de Georges Rouquier ainsi que Lourdes et ses Miracles documentaire de 1955 en trois parties.

L’Esclave Blanc (1936) de Jean-Paul Paulin adapte un scénario de Dreyer que l’on découvre, illustré et « joué » dans les bonus. Lors du prologue Henri de Monfreid vante l’authenticité du film, tourné en Somalie Italienne en 1934. Mais lorsque après 20 minutes, Jeannette Ferney se met à roucouler une ritournelle près d’un lac où se baigne l’homme qu’elle convoite, le réalisme prend un coup plutôt rude… En dehors d’une ou deux séquences bien filmées (un repas entre les protagonistes, et de quelques beaux plans de panique dans un village attaqué par les nomades), le traitement paraît conventionnel et terne, le dialogue parfois ridicule, le jeu guindé. Le meilleur vient de quelques scènes intimes avec la jeune indigène qui évolue avec un grand naturel. On la voit nue, ce qui est impensable dans les films Hollywoodiens de l’époque traitant de ce genre de sujet. Ce que l’on entend et voit du scénario de Dreyer nous révèle un ton plus âpre, plus noir avec des personnages d’Italiens ; mais dans la deuxième partie, le dialogue semble identique et le regard porté sur le contexte racial tout aussi discutable.

Les Otages (1939) figure parmi les réussites de Raymond Bernard. C’était même l’un de ses films préférés. Le scénario, co-écrit par Victor Trivas (auteur du pacifiste No Man’s Land) et Jean Anouilh, porte la marque de ce dernier jusque dans l’histoire des deux jeunes amoureux, prisonniers de la rivalité entre leurs familles, celle du maire (Charpin) et du hobereau (Saturnin Fabre). On est en août 1914. Le ton évoque d’abord Pagnol puis devient, après l’assassinat d’un militaire allemand, plus dramatique, plus grinçant. Le village doit fournir 5 otages s’il ne veut pas être rasé. Vont alors ressurgir toutes les mesquineries, les lâchetés et aussi les petits actes d’héroïsme. Charpin est splendide et Saturnin Fabre éblouissant. Il faut le voir demander, parlant des exigences allemandes « Est ce qu’ils vont soulever les lames de parquets ? » – « Pourquoi » – « Pour rien… Cela m’intéresse ». Il donne à ces quelques mots une portée vertigineuse tout comme au « Ne m’appelle pas Kiki dans un moment pareil ».

Dans la première séquence de La Table aux Crevés (1952) d’Henri Verneuil d’après Marcel Aymé, Fernandel trouve sa femme pendue et se borne à constater : « Je ne savais pas que la poutre était aussi solide ».
On peut aussi trouver, en DVD, plusieurs films d’Henri Calef et enfin commencer à se faire une idée sur ce metteur en scène français peu étudié, oublié. Il connut pourtant un moment de célébrité avec Jéricho (1946) que Jacques Lourcelles salue comme l’un des rares exemples de film épique français, ajoutant « Calef a le sens du portrait individuel autant que celui de l’action collective ».
Qualités que l’on trouve de manière différente dans les quatre films que j’ai vus : La Maison sous la Mer, tourné en 1946 est un intéressant, mélange de chronique prolétarienne antérieure au Point du Jour, ce documentaire formaliste (photo de Claude Renoir) sur les mines sous marine de Diélette et de l’éternelle intrigue sentimentale tournant autour du ménage à trois. Il y a de très beaux plans (le début entièrement muet), des recherches stylistiques (abondance de plafonds) et de moments un peu éculés, accentués par la présence de Clément Duhour. Les maquettes de Wilcke sont impressionnantes (la mine avait fermé au moment du tournage), mais les transparences laissent à désirer de même que les deux ou trois moments d’action (la chute du chien, la fin). Dialogues talentueux de Georges Neveu (« elle se promène, elle a peut-être un cousin ; c’est gentil les cousins, c’est comme les moustiques, cela fait de la musique la nuit »)… Il y a des bonus nous montrant un Calef très chaleureux, très sympathique et – summum du bonus de DVD – une pittoresque conversation téléphonique avec Viviane Romance, laquelle est magnifique dans le film. Saluons aussi le premier rôle d’Anouk Aimée qui a 14 ans, créditée Anouk au générique. Elle me confirma que c’est Calef qui la repéra dans la rue.

Plus réussi encore est L’Heure de la Vérité (1965). Le scénario est d’Edgar Morin et l’adaptation de Morin, Maurice Clavel et Calef qui signe aussi le montage. Cela explique parfois le ton un peu emphatique, rhétorique, mais le sujet est tellement fort et original que ces défauts ajoutent à l’originalité d’un propos peu abordé dans le cinéma français de l’époque, plus tourné vers l’autobiographie que vers le monde. Calef et Morin nous racontent l’histoire d’un nazi qui, après s’être fait tatouer un numéro de déporté sur le bras, est devenu citoyen israélien et va être rattrapé par son passé qu’on lui demande d’évoquer en tant que victime, d’un autre point de vue… La mise en scène témoigne d’une réelle invention (au début notamment) avec de belles trouvailles de découpage (le recadrage sur Corinne Marchand dans la jeep), de plan (la sortie de la classe de Corinne Marchand qui court vers Karl Heinz Boehm, filmée à travers la fenêtre sur les enfants et en reflet). Même le formalisme des cadrages qui paraît bloquer certains acteurs renforce le côté personnel, insolite, non naturaliste du film…
Les extérieurs israéliens donnent une vraie force au propos (malgré une bande son maigrelette et une post-synchronisation typique année 60). Bonne musique d’Henri Sauguet.

La première demi-heure de Les Eaux Troubles (1949 – d’après une nouvelle de Roger Vercel) confirme le talent de Calef : le choix des extérieurs, le refus du dialogue, la direction d’une Ginette Leclerc tout en retenue imposent un ton original. Avec une belle photo de Claude Renoir (le film selon Calef est entièrement tourné en décors réels, près du Mont Saint-Michel). Delmont joue un marin breton dont le fils est Mouloudji. Le propos se dilue et devient pâteux, défaut de certains films français ambitieux de cette époque. Et les moments d’action (l’arrivée de la marée qui risque d’engloutir les personnages) sont toujours aussi maladroitement filmés.
Les Violents (1957) est une histoire policière avec de beaux plans (le début une fois de plus) dilués dans une intrigue aussi nébuleuse voire incompréhensible que peu intéressante. Certains coups de théâtre sont évoqués hors champ – problèmes de budget -, dans des titres de journaux, des annonces radiophoniques et le retournement final trahit une rouerie qui laisse rêveur. Françoise Fabian, très belle en danseuse nue, domine la distribution.

Quelques films majeurs viennent de sortir : L’Epouvantail (1973) de Jerry Schatzberg qui n’a pas pris une ride et reste toujours aussi bouleversant, All Fall Down (1962 – L’Ange de la Violence), chronique familiale de John Frankenheimer, très bien écrite par William Inge (La Fièvre dans le Sang d’Elia Kazan) et filmée avec une grande sensibilité. Comme toujours chez Frankenheimer, l’interprétation est formidable, de Warren Beatty à Eva Marie Saint, d’Angela Lansbury à Brandon de Wilde. Ce film qui fut très sous estimé lors de sa présentation à Cannes est à redécouvrir et il annonce les magnifiques chroniques provinciales que sont The Gypsy Moths (1969) et I Walk the Line (1970), tous deux disponibles en zone 1.

Le Fleuve Sauvage (1960), d’Elia Kazan est une œuvre bouleversante qui nous fait toucher du doigt, nous permet de comprendre de manière concrète, intime, profonde tout ce qui sépare l’Amérique de Bush de celle de Kerry. C’est dire la force, la modernité de cette histoire qui se passe à l’époque de Roosevelt, pendant le New Deal. Le scénario qui s’inspire notamment d’un livre de William Bradford Huie (auteur dont on devrait lire les livres) évoque l’affrontement entre ces deux Amériques : celle qui privilégie l’état, l’individualisme, les préjugés raciaux, la tradition, la bigoterie, l’attachement – parfois héroïque comme c’est le cas ici – à certaines valeurs contre celle qui met en avant l’Etat Fédéral, le progrès, l’éducation, le Service Public.
Ce sujet inspire à Kazan ses plus belles scènes d’amour, entre Montgomery Clift et Lee Remick, tous deux admirables, miracle de lyrisme, d’émotion fiévreuse où abondent faux pas, hésitations, trébuchements, moments de culpabilité et d’abandon.

Autre œuvre essentielle et très méconnue, Promenade avec l’Amour et la Mort (1969) de John Huston. Jacques Le Goff le considère comme l’un des plus beaux films sur le Moyen Âge, l’un des plus justes aussi. Cette histoire d’amour lyrique, passionnée entre un jeune étudiant qui quitte Paris en plein hiver (« l’encre gelait encore dans les encriers ») et la très jeune fille d’un seigneur dans une France ravagée par la guerre, la misère, les épidémies, donne lieu à une évocation âpre, qui paraît extrêmement réaliste, de la Guerre de Cent Ans. On assiste à des quantités d’affrontements. Tout le monde se bat contre tout le monde sauf les anglais et les français : soldats contre les gens du peuple, mercenaires contre les pillards et les villageois, seigneurs contre les paysans sans oublier tous les clans religieux qui s’étripent et s’excommunient…Le ton fait penser à Bunuel (on sait que Huston admirait passionnément Nazarin). Certains moments sont des sommets de l’œuvre de Huston : Assaf Dayan découvrant que la personne qu’il a tuée est un très jeune garçon et marchant en titubant, hébété, dans la rivière ; Anjelica Huston envahie par une peur panique qui balaie sa fausse assurance et qu’elle avoue brusquement en se serrant contre le jeune homme.

Opening vient également de sortir Les Gens de Dublin (1987 – The Dead), miraculeuse adaptation de Joyce, tournée dans un hangar californien par un Huston sous perfusion, sur une chaise roulante et qui pourtant maîtrise totalement son film d’une incroyable liberté de ton, et Mamma Roma (1962) de Pasolini. Tandis que les Editions Montparnasse sortent en même temps Le Pont des Arts (2004) et Le Monde Vivant (2003) pour moi le film le plus intéressant de Eugène Green.

Dans le livre remarquable, passionnant, riche en découvertes et en surprises (Editions Léo Scheer) que Tag Gallagher a consacré à Roberto Rosselini (Les aventures de Roberto Rossellini), on découvre que La Prise du Pouvoir par Louis XIV (1966 – Mk2) est le seul film que ce fondateur du néo-réalisme tourna en son direct. A son habitude, il abandonna certaines séquences qui furent dirigées par ses assistants ou des membres de sa famille. Ce sont les plus statiques, les plus conventionnelles (les scènes de chasse), ce qui conforte la politique des auteurs. Il dirigea de très près la plus belle scène du film, la mort de Mazarin, moment très fort, bouscula le scénario pour réussir cette formidable partie de cartes, digne du Renoir de la Marseillaise (1938). Je continue à regretter la singulière bévue qui a amené l’auteur de Paisa (1946) à choisir Katarina Renn qui a un fort accent allemand pour jouer Anne d’Autriche dont tous les lecteurs de Dumas savaient qu’on la surnommait l’Espagnole. C’est regrettable quand on veut mettre en avant le pouvoir didactique du cinéma.

En Angleterre le BFI vient de restaurer Sons and Lovers (1960) de Jack Cardiff d’après D.H. Lawrence que je n’ai pas eu le temps de voir mais qui a une excellente réputation, et Brighton Rock (1947) l’un des meilleurs films des frères Boulting. Le scénario, d’après le roman de Graham Greene, est signé Greene et Terence Rattigan dont on a pu voir une pièce mise en scène par Didier Bezace, La Version de Browning.
C’est Roy Boulting qui signe Thunder Rock (1943) d’après la pièce de Robert Ardrey où l’on voit Michael Redgrave se cloîtrer dans un phare, dégoûté par la mollesse de ses concitoyens qui n’ont pas réagi à ses cris d’alerte sur la montée du fascisme. Dans ce phare, il se confrontera à des fantômes : des hommes et des femmes qui ont péri dans un naufrage plus de deux siècles auparavant. Cette œuvre statique, féministe et très engagée serait, selon son auteur, la première où l’on passe du présent au passé dans le même plan.
La plupart des DVD anglais n’ont pas de sous-titres même pour sourds et malentendants mais Sons and Lovers nous offre une interview de Jack Cardiff.

Autre adaptation de Graham Greene que je vais enfin voir, The Heart of the Matter (1953 – Le Fond du Problème) du mystérieux George More O’Ferrall.
Rayons série B, une compagnie sans doute hollandaise (pirate ?) vient de distribuer Machine-Gun Kelly (1958), l’un des meilleurs Roger Corman avec Charles Bronson, et The Bonnie Parker Story (1958) de William Witney (le metteur en scène favori de Quentin Tarantino), très intéressante version de l’histoire de Bonnie (sans Clyde) très bien jouée par Dorothy Provine qui insiste sur les origines prolétariennes du personnage, la manière dont elle domine les hommes qui l’entourent. Le ton est sec, dépourvu de lyrisme, d’une grande rapidité avec un premier plan très réussi. Bonne musique de Ronald Stein. Malheureusement le format n’est pas respecté et les acteurs sont souvent décadrés. On a le droit en bonus à une interview audio de Sam Arkoff, l’un des dirigeants de American International qui énumère les recettes des films.
L’événement de ces derniers mois est la sortie en version restaurée de The Savage Innocents (1960 – Les Dents du Diable avec sous-titres anglais pour sourds et malentendants) de Nicholas Ray écrit par le cinéaste d’après une adaptation de Franco Solinas et Hans Ruesch du livre de ce dernier. La photographie est d’Aldo Tonti avec de nombreux plans de seconde équipe et des raccords épineux en studio. On se moqua de la distribution cosmopolite qui regroupait plusieurs nationalités : Anna May Wong y côtoyait Yoko Tani. Mais Anthony Quinn m’a paru très bon et Peter O’Toole fait des débuts fracassants.
Signalons la version anglaise de Mon Oncle (1958) de Tati, assez étonnante, ne serait-ce que dans son principe d’aller au bout de la logique. Tati fait des prises alternatives français-anglais, adaptant chaque fois le décor (le panneau « école » devient « school »), plaçant un livre en anglais dans les mains du petit garçon, parfois des choses très apparentes, d’autres beaucoup moins. Il adapte surtout certains gags. Par exemple tout ce qui concerne la satire de l’hygiène au foyer est plutôt occulté dans la version française que nous connaissions. Dans la version anglaise, la mère passe de longs moments dans sa cuisine à nettoyer les verres avec des machines extravagantes qui font des bruits singuliers, ce que nous n’avions pas vu.

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Oct
16
Aux Editions Montparnasse (http://www.editionsmontparnasse.fr/), saluons l’admirable Des Paysans (1978) de Jean-Claude Bringuier, documentaire bouleversant sur le monde paysan. Certains échanges, certaines déclarations ont une forme prémonitoire, une émotion en prise avec tous les problèmes actuels qui devraient toucher José Bové.
Tout aussi passionnant The Staircase (2004 – Soupçons) de Jean-Xavier de Lestrade, formidable autopsie d’un procès criminel se déroulant en Caroline du Nord et du système judiciaire américain. En partant d’un fait divers, Jean-Xavier de Lestrade met en valeur le rôle de l’argent, analyse les différences entre le Nord et le Sud, le monde rural et intellectuel, l’univers de Bush et celui de Kerry. 

Toujours aux Editions Montparnasse, Le Décalogue (1989) de Krzysztof Kieslowski vient de sortir dans un beau coffret de 4 DVD (avec en compléments des analyses et le court-métrage Le Guichet), ainsi qu’un coffret consacré à Robert Kramer avec notamment Route One Usa (1989).
Dans la célèbre collection bleue, plusieurs classiques de la RKO : je recommanderai particulièrement Assassin sans Visage (1949 – Follow me Quietly ) de Richard Fleischer, policier modeste sur un sujet d’Anthony Mann qui contient deux ou trois scènes inoubliables (les rapports entre le policier et le mannequin, portrait robot du serial killer). On peut y voir l’ébauche des futurs chefs d’œuvres que sont La Fille sur la Balançoire (1955), et L’étrangleur de Rillington Place (1971).

Crossfire (1947 – Feux Croisés) de Dmytryk d’après un roman de Richard Brooks mérite d’être revu. Le meurtre à caractère homophobe du livre devient un crime antisémite, sujet plus « abordable » à l’époque que l’homosexualité (et plus proche des convictions politiques du producteur Adrian Scott et du scénariste John Paxton qui furent des victimes de la liste noire). Robert Ryan y est une fois de plus exceptionnel et la photographie de J. Roy Hunt, souvent inspirée, est un des points forts du film comme dans d’autres Dmytryk de l’époque.

Deux autres films très intéressants de Dmytryk, tous deux tournés en Angleterre alors qu’il était sur la liste noire, et avant qu’il dénonce ses anciens amis (après avoir purgé sa peine de prison de un an) : Christ In Concrete ou également intitulé Give us this Day (1949 – Donnez nous Aujourd’hui), écrit par Ben Barzman sur les maçons italiens dans l’Amérique de l’entre deux guerre. Œuvre forte, émouvante, avec une fin inoubliable, c’est l’un des meilleurs films sociaux tournés par un cinéaste américain. Sa conviction, son énergie le rendent toujours actuel. Dans un autre registre, Obsession (1949 – également produit par Nat Bronsten) est un curieux film noir écrit par Alec Coppel (scénariste de Vertigo) d’après son roman où l’on voit un mari jaloux kidnapper l’amant de sa femme, le garder prisonnier pour le dissoudre dans l’acide. Robert Newton distille chaque réplique avec une suavité sarcastique, ego maniaque. Loin d’être une victime, sa femme jouée par Sally Gray se révèle un adversaire de taille. La dernière scène, surprenante, bafoue les règles du happy end et trahit une certaine misogynie dans son écriture. Musique de Nino Rota.

Toujours aux Editions Montparnasse, L’Ile des Morts (1945) de Mark Robson n’atteint pas la force de Bedlam (1946) ou l’originalité de La Septième Victime (1943), mais la dernière demi-heure, que saluait James Agee, provoque un véritable effroi.
Signalons également le très divertissant Pavillon Noir (1945) de Frank Borzage (dont les chefs-d’œuvre muets sont hélas inédits) film de pirates qui permet à Walter Slezak de faire l’une des compositions les plus pittoresques, les plus réjouissantes de sa carrière en vice-roi corrompu, paresseux, froussard, menteur. Il faut le voir répliquer à un traître qui s’étonne de recevoir 2000 doublons au lieu de 10 000 : « j’avais dit 10 mais je pensais 2 » (dialogues d’Herman Mankiewicz et George Worthing Yates). Signalons que beaucoup de plans de ce film se retrouvent dans le décevant Barbe Noire le Pirate (1952) de Walsh.
Mais Pavillon Noir ne s’élève pas au niveau de la sublime Flibustière des Antilles (1951) de Jacques Tourneur, que grâce à Carlotta (http://www.carlottafilms.com/) on peut enfin voir en version originale dans un beau transfert. Ce qui fut un des films de chevet du Nickel Odéon et des néo macmahonniens, conserve au fil des ans son éclat, son incroyable raffinement visuel, son élégance formelle.

Toujours chez Carlotta, le coffret Billy Wilder composé de deux films relativement rares : Uniformes et Jupons Courts (1942 – The Major and the Minor) qui est très amusant – Ginger Rogers y est étourdissante – et Les 5 Secrets du Désert (1943 – Five Graves to Cairo).

Quittons les USA pour signaler cinq coffrets consacrés à des metteurs en scène extrêmement importants :
Celui consacré par MK2 à Lucian Pintilie, cinéaste majeur qui mérite un vrai hommage. J’ai pu voir au Festival de Telluride son dernier opus, un moyen-métrage, Tertium non Datur (2005), extraordinairement drôle et original, une fable totalement absurde et cinglante sur le nationalisme où des soldats roumains et allemands chantent du Trenet et dissertent sur la valeur d’un timbre, durant un repas en Ukraine. J’espère que ce résumé vous donnera envie de découvrir Le Chêne (1992), Un Eté Inoubliable (1994), Trop Tard (1996), Terminus Paradis (1998). Voilà un auteur à qui la SACD devrait rendre hommage.

Toujours chez MK2, deux films de Shohei Imamura qui gagna deux fois la Palme d’Or à Cannes, La Vengeance est à Moi (1998) et Eijanaika (1980). Le premier est peut-être le chef d’œuvre de Imamura et comme le dit Jacques Lourcelles, « l’un des rares films que l’on puisse qualifier de Faulknerien ». Il y a bien sûr tout un appareil critique auquel a collaboré Hubert Niogret.

Troisième coffret, chez Wild Side celui-là, sur Mikio Naruse, cinéaste aussi important que Ozu et Mizoguchi. Précipitez vous pour découvrir Le Repas (1951) et Nuages d’Eté (1958), deux chefs-d’œuvre absolus, deux chroniques familiales et conjugales dépouillées, retenues, bouleversantes ainsi que Nuages Flottants (1955) un peu moins abouti mais très émouvant.

Dans les beaux coffrets consacrés à Jacques Doillon, je recommande tout particulièrement Le Petit Criminel (1990), Ponette (1996), Le Jeune Werther (1993), La Vie de Famille (1985), La Drôlesse (1979). Chacun de ses films est présenté par MK2 dans de belles copies avec le maximum de soins et d’excellents bonus.

Bach films (http://www.bachfilms.com/) auxquels on doit la sortie de The Intruder (1962), le film le plus ambitieux de Roger Corman sur un « instigateur de haine » (joué par William Shatner de Star Trek) qui vient prêcher, distiller le racisme dans une petite ville du Sud, a sorti un certain nombre de films soviétiques. Je n’ai pas pu vérifier les copies (celle de The Intruder est bonne). Le cinéma soviétique étant abandonné par le dvd, il est bon de signaler les titres les plus importants, les grands classiques du cinéma :

Arsenal (1928) d’Alexandre Dovjenko (Accompagné du bonus Le Petit Fruit de l’Amour qui est le premier film de Dovjenko, un burlesque de 15 minutes – 1926).
Le Bonheur (1932) de Medvedkine (accompagné du bonus La Demoiselle et le Voyou de Vladimir Maïakovski – 31mm – 1918).

La Jeune Fille au Carton à Chapeau (1927) merveilleux film du grand Boris Barnet. La Nouvelle Babylone (1929) de Kozintsev & Trauberg (film dédié à la Commune de Paris) sans, je crois, la musique de Shostakovitch.

Yvan le Terrible I (1944) et Yvan Le Terrible II (1958) de S. Eisenstein.
Et dans les titres moins connus, le spectaculaire : La Bataille de Berlin – Le Dernier Assaut de Yuri Ozerov (5ème volet du film Libération – 1979).

Je cite pour mémoire Alexandre Nevsky (1938) de S. Eisenstein que je n’aime guère, que j’ai toujours trouvé ennuyeux et guindé, très inférieur au Cuirassé Potemkine (1925).

Sortie de nombreux westerns, certains assez méconnus comme The Bravados (1958) d’Henry King qui mérite d’être réhabilité pour l’audace, l’originalité de son sujet (un homme croyant venger une injustice, va tuer des innocents), la force lyrique de la mise en scène, la splendide photographie de Leon Shamroy. Le retournement final mêle amertume et compassion. D’autres qui furent très célèbres puis oubliés comme L’Etrange Incident (1943) cette autopsie d’un lynchage, de William Wellman, belle adaptation du roman de Van Tilburg Clark que le cinéaste imposa à Zanuck. En relisant ce livre, je me suis aperçu que les dialogues décapants et originaux de la première scène, que j’attribuais au scénariste Lamar Trotti, ont été repris par Wellman mot pour mot dans le roman.
Autre western qui fut très célèbre et qui changea l’idéologie du genre, La Flèche Brisée (1950) de Delmer Daves, premier western ouvertement pro indien. Certes il y avait eu des précurseurs au temps du muet : en 1920, Le Dernier des Mohicans de Maurice Tourneur et Clarence Brown, dans les années 30 : Massacre d’Alan Crossland, (inédit en Dvd) ou 40 : l’excellent Massacre de Fort Apache de John Ford qui vient enfin de sortir dans une bonne version collector aux Editions Montparnasse. Mais La Flèche Brisée connut un retentissement plus durable. Comme l’écrit Jacques Lourcelles : « C’est le plus important des films ayant contribué à ce que soit reconsidéré, avec respect et dignité, le traitement du problème indien. Qu’une telle œuvre émane de Delmer Daves est aussi naturel que logique. Les mérites du film sont en effet la résultante de la profonde honnêteté morale de l’auteur et de sa connaissance intime du sujet. Le lyrisme de Daves et son immense talent plastique expriment concrètement la dualité du sujet traité ; ce qui aurait pu être (le bonheur parfait des deux héros ayant franchi tous les obstacles s’opposant à leur union) et ce qui a réellement été (l’extrême fragilité et la destruction de ce bonheur) ». Rappelons que le scénario fut écrit par Albert Maltz, (qui avait travaillé en 1945 avec Daves sur le magnifique Pride of the Marines et en 1943 sur Destination Tokyo, plus terne) adaptant la première partie du beau roman de Elliott Arnold. Mis sur la liste noire, il se dissimula derrière Michael Blankfort qui signe le film.

Autre redécouverte majeure, celle du Jardin du Diable (1954 – Garden of Evil), l’une des grandes réussites d’Henry Hathaway. On redécouvre l’œuvre de ce cinéaste que l’on traitait très superficiellement, malgré l’admiration que lui témoignait Jacques Becker. Ses films noirs sont considérés comme des classiques, notamment Niagara (1953 – beau scénario de Charles Brackett) où son regard, son découpage est d’une acuité sèche souvent digne de Lang (la mort de Marilyn Monroe), l’excellent Appelez Nord 777 (1948 – la photographie de Joe MacDonald devrait être étudiée à la FEMIS,) où le réalisme de façade (celui du scénario) est subtilement récupéré par une mise en scène qui réintroduit le romanesque. Le Carrefour de la Mort (1947) tient remarquablement le coup. Widmark dont c’est le premier rôle et qui fut découvert et imposé par Hathaway est toujours aussi époustouflant et James Agee qui ne s’y était pas trompé, soulignait son style « dur, froid et clair ». Trois adjectifs qui décrivent parfaitement le style du metteur en scène. On ne peut oublier son petit ricanement sadique. Tout aussi remarquable, L’Impasse Tragique (1946 – The Dark Corner) au dialogue époustouflant (« je déteste l’aube. On dirait que l’herbe a passé toute la nuit dehors ») et qui réorchestre avec retenue et élégance tous les grands thèmes du film noir.

Ses westerns méritent qu’on s’y attarde, surtout La Fureur des Hommes (1958 – Manhunt), hélas inédit en Dvd, et ce Jardin du Diable, très bien écrit par le talentueux Frank Fenton à qui l’on doit les dialogues très inventifs de La Cité de la Peur (1948) de Sidney Lanfield (aux Editions Montparnasse) et des deux premiers tiers de Fini de Rire (1951 – His Kind of Woman, trouvable en VHS et dans un coffret américain Film Noir Vol.3) et le script de deux films proche du Hathaway, La Rivière sans Retour (1954) de Preminger et Au Pays de la Peur (1952) de Andrew Marton.
Les ambitions morales de Jardin du Diable sont évidentes. Elles sont sensibles dans l’écriture du personnage féminin, très éloignés des archétypes habituels, que joue Susan Hayward, dans les signes et symboles qui ponctuent le trajet des personnages. Elles n’étonneront que ceux qui ignorent que Faulkner dédia un de ses romans, Paraboles, à son ami Henry Hathaway qui lui avait suggéré le sujet du livre. Quant à son sens de l’espace, il est sidérant. Sans frime ni recherche d’effets. Peu de mouvements d’appareil mais un découpage acéré qui communique un sentiment d’oppression à des extérieurs très bien choisis : la chapelle, la mine abandonnée, l’arbre où tombe Cameron Mitchell. Comme toujours les moments de violence sont d’une brutalité inattendue, soutenue par la magnifique musique de Bernard Hermann.
En revanche, je reste toujours réticent devant Le Dernier Train de Gun Hill (1959) de John Sturges que je n’avais pas aimé lors de sa sortie. Le film ne se bonifie pas avec l’âge. Le scénario de James Poe m’est apparu encore plus empesé, statique, inerte que dans mon souvenir, les personnages sont encore plus schématiques. Ils sont définis une fois pour toutes dès leur première scène. Poe n’ajoute aucune couleur, aucune ambiguïté et John Sturges ne parvient pas à animer ces marionnettes.
On est très loin de la réussite absolue de La Colline des Potences (1959 – qui n’est pas sorti en zone 1) l’un des chefs d’œuvres de Delmer Daves avec 3h10 pour Yuma (1957) et La Dernière Caravane (1956 – The Last Wagon) qui vient de sortir aux USA. Il retrouve avec ce film, le scénariste de Yuma, Halsted Welles qui avec le très talentueux Wendell Mayes (Autopsie d’un Meurtre, Tempête à Washington, Go Tell the Spartans) adapte une longue et belle nouvelle de Dorothy Johnson. Il en résulte un western ténébreux, histoire de rédemption et de possession, dont le romantisme, le lyrisme évoquent certains romans noirs anglais du XIXème siècle. Les magnifiques mouvements de grue qu’il affectionne tant et qui n’ont aucune valeur stratégique (contrairement à Mann) lui servent à dilater les émotions, à les intégrer au paysage, à faire communier le spectateur avec ce dernier. « Révolutionnaire plus tranquille qu’Aldrich ou Mann mais non moins obstiné, Daves malmène les genres autant qu’un Ray ou un Fregonese, pulvérise le manichéisme traditionnel et, à travers le désordre formel que sa nature bouillonnante et féconde sème un peu partout, renouvelle profondément le cinéma hollywoodien » (Jacques Lourcelles).
On peut noter que ce western magistral, l’un des grands rôles de Gary Cooper et le meilleur de Maria Schell, reprend en inversant les rapports hommes femmes, la figure de la maison refuge, du lieu matriciel qui va provoquer une seconde naissance, qui était au cœur des Passagers de la Nuit (1947).

Je viens de revoir aussi La Veuve Couderc qui tient superbement le coup et reste l’une des grandes réussites de Pierre Granier-Deferre avec Le Chat (1971), Le Train (1973), Une Etrange Affaire (1981). Et accessoirement deux des plus beaux rôles de Signoret et Delon. Un jour on rendra justice à Granier.

Tous les spectateurs qui ont adoré, à juste titre, The Secret Life of Words (2005) d’Isabelle Coixet et son court dans Paris je t’aime (2006 – l’un des meilleurs avec celui de Bruno Podalydès, de Walter Salles et surtout celui d’Olivier Assayas et d’Alexander Payne, le seul qui traite le sujet) doivent se ruer sur Ma Vie sans Moi (2003) avec la sublime Sarah Pauley qui est presque aussi réussi.
Idem pour les amateurs de Je ne suis pas là pour être aimé (2005) de Stéphane Brizé qui découvriront avec plaisir sa réalisation précédente : Le Bleu des Villes (1999).

Dans un autre registre, je voudrais souligner les qualités des Mauvais Joueurs (2005) premier film très prometteur de Frédéric Balekdjian, extrêmement bien joué par Pascal Elbé, Isaac Sharry et Simon Abkarian et qui explore un milieu, un monde rarement abordé par le cinéma français : ce no man’s land où les asiatiques côtoient le monde du Sentier, les arnaques, voire les pratiques criminelles, le monde des fringues et des fast-foods. On revoit avec plaisir Linh-Dan Pham (De Battre mon Cœur s’est Arrêté – 2005).

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Juil
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Zone 1 Chez Kino (http://www.kino.com/), de très nombreux films indispensables. Tout d’abord quelques Douglas Sirk : Lured (1947 – Des Filles Disparaissent), excellent remake de Pièges (1939, que tourna en France Robert Siodmak), d’une grande invention visuelle (la copie est très bonne) avec son tueur qui cite Baudelaire (« cet homme est un malade » dit le chef de police).Citons également La Habanera (1937) l’un de ses meilleurs films allemands avec Paramatta, Bagne de Femmes (1937). Et, bien sûr, A Scandal in Paris (1946) où George Sanders, remarquable dans Lured, campe un Vidocq inoubliable (« Je viens d’une famille pauvre et honnête…Enfin, plus pauvre qu’honnête » nous dit le commentaire qui ouvre le film, l’un des favoris de Sirk). Le scénario d’Ellis St Joseph, qui travailla avec Duvivier (Flesh and Fantasy – 1943) et, sans être crédité, avec Renoir (Le Fleuve – 1951) est très inventif avec des dialogues d’une ironie percutante : lors d’un dîner, les convives évoquent avec effroi le cadavre d’un homme égorgé que l’on a trouvé dans les environs. On demande son avis à Sanders qui déclare : « Ce qu’il y a de plus répugnant, c’est que l’individu qui a utilisé son couteau pour commettre un tel meurtre est capable de manger avec ».

Autre nouveauté chez Kino : House by the River (1950) l’un des Fritz Lang les plus rares, qui ne sortit jamais en France, sauf en 1979 à la télévision grâce à Patrick Brion… Ce film « entame la dernière période américaine de Lang, celle où le cinéaste va aller jusqu’aux limites extrêmes de son génie, dont les applications se confondent avec une exploration systématique, menée plus loin qu’aucun cinéaste ne l’a fait avant lui, des pouvoirs du cinéma » (Jacques Lourcelles). Ce DVD est présenté et commenté par Pierre Rissient.
On peut aussi voir une jolie comédie de William Wyler, The Good Fairy (1935) écrite par Preston Sturges et surtout Counsellor at Law (1933) est un Wyler exceptionnel, d’une incroyable énergie, avec une mise en scène fluide. C’est l’un des rares films où l’on sent réellement le génie de John Barrymore, tant vanté par les critiques de théâtre. À découvrir d’urgence.

Le metteur en scène Vincent Sherman (qui joue dans l’opus cité ci-dessus), vient juste de mourir à l’âge de 100 ans. Il est temps de découvrir certains des films de ce cinéaste cultivé, intelligent qui avait été, durant Roosevelt, préféré à Losey pour diriger le Federal Theatre. Il fut mis durant quelques années sur la liste grise pour ses opinions politiques très progressistes. Il faut voir Underground (1941), l’une des premières œuvres anti-nazies (je n’ai pas vérifié la qualité du transfert) et surtout ces deux réussites incontestables que sont Mr Skeffington (1944, avec sous-titres français), magnifique mélodrame sur fond d’antisémitisme superbement écrit par les frères Epstein (que dans ses mémoires Bette Davis rebaptise Mrs Skeffington) et où Claude Rains est superbe, et Old Acquaintance (1943, également sous-titré en français) avec encore Bette Davis et Miriam Hopkins. On sait que la mésentente entre les deux stars (qui sert le propos du film et provoque une réaction très violente de Davis) causa un dépassement de plusieurs dizaines de jours. Le scénario très astucieux récupère les conventions du genre et s’en nourrit avec une verve qui le rend très supérieur au remake de George Cukor, Riche et Célèbre (1981). Autre réussite, surtout dans sa deuxième partie, The Damned don’t Cry (1950, sous-titres français) avec Joan Crawford. On espère que sortira bientôt le magnifique The Hard Way (1943), le meilleur film de Sherman, brillamment écrit par Daniel Fuchs.

Dans la catégorie curiosité, on peut voir avec plaisir The Man from Planet X (1951, sous-titres français) de Edgar G. Ulmer, film de science fiction au budget plus que dérisoire, tourné en 6 jours, en utilisant des éléments de décors de la Jeanne d’Arc (1948) de Victor Fleming (la tour qui abrite le laboratoire). Ulmer parvient néanmoins à imposer une réelle dignité visuelle, noyant dans le brouillard l’absence de moyens, les maquettes qu’il filme avec des travellings et des mouvements de dolly. Les éclairages sont souvent soignés (on devrait un jour étudier ce genre d’ambition, de recherches qui s’apparente à la fierté personnelle puisque ces films n’étaient pas vus, en principe, par ceux qui pouvaient les remarquer) et Ulmer multiplie les contre-plongées pour cacher la misère des moyens. Si l’on retire quelques plans de discussion devant des photos agrandies, il ne doit pas y avoir plus de 5 lieux différents dans tout le film. Il finit par créer une atmosphère onirique, un climat de désolation très personnel et peu en accord avec les canons du genre à l’époque. L’extraterrestre, notamment, dégage une rare tristesse que décuple l’expression unique de son masque lui tenant lieu de visage. Cela dit Ulmer ne parvient pas à surmonter le point de départ et la résolution du scénario (écrit par les producteurs), moments assez benêts, même si la dernière réplique rachète ces conventions. Détail amusant, cette production minimaliste est diffusée par MGM. Le simple plan du lion doit être supérieur au budget du film.

Il faut absolument revoir d’autres Ulmer : notamment le remarquable Pirates of Capri (1949) restauré par la cinémathèque française où pour une fois il disposa de moyens importants, The Strange Woman (1946), auquel François Truffaut trouvait des accents mauriaciens, qui est couplé avec un film entièrement joué par des noirs, avec une sobriété exempte des mimiques oncletomistes en vogue à l’époque. C’est la principale et seule qualité de Moon over Harlem (1939), production misérable et bavarde – trois décors construits dans un garage et des plans d’enseigne – tournée, paraît-il, en deux jours et demi. On y entrevoit Sidney Bechet.
Viennent de sortir aussi à un prix un peu cher, deux de ses films en yiddish, The Light Ahead (1939) et Green Fields (1937) qui contiennent tous deux des moments dignes de Murnau. Une scène d’amour sur un banc, près d’un réverbère, est particulièrement inoubliable (The Light Ahead). Les premiers plans de Green Fields sont d’une mélancolie tout à fait poignante, sentiment d’ailleurs qui émane également de The Light Ahead. Le héros de Green Fields, ce jeune homme qui veut devenir rabbin, dégage une tristesse aussi grande que l’extraterrestre de The Man from Planet X. Les deux films parlent d’ailleurs du déracinement, du désir d’apprendre, de l’importance de la terre et de ce qui y pousse, des élans amoureux contrariés par des pères querelleurs, têtus et figures souvent cocasses qui sont prises à partie par leurs femmes et leurs filles.
Dans les suppléments, on peut entendre l’interview accordée par Ulmer à Peter Bogdanovich, le seul avec celui que j’ai réalisé avec Luc Moullet que l’on trouve dans Amis Américains (Collection Institut Lumière / Actes Sud).

Deux autres opus ulmeriens : Strange Illusion (1945) dont son auteur nous avait dit qu’il annonçait Psychose (1960). Je n’ai pas trouvé le moindre rapport avec le film d’Hitchcock. En revanche la trame de ce curieux petit film noir s’inspire nettement d’Hamlet. Tomorrow we Live (1942), autre œuvre criminelle est nettement plus zozo. Cette histoire de racket que subit un propriétaire de boite de nuit, située en plein désert (des années avant Las Vegas), se double d’un conflit familial gratiné. Dès qu’il y a plus de quatre figurants et trois tables, on sait qu’on a affaire à un stock-shot(1). A la fin, pour des raisons qui restent nébuleuses, l’héroïne sort du club après avoir tué le gangster et se retrouve devant un régiment de l’armée américaine avec chars et camions qui la salue. Ulmer coupe alors sur une jeep perdue dans le désert, le reste de l’armée ayant disparu entre deux collures(2), d’où émerge le jeune premier.

On peut se procurer via Internet (http://www.fnac.com/ ou http://www.amazon.fr/) The Medium (1951), à ma connaissance le premier opéra filmé par son auteur, Gian Carlo Menotti. Cela faisait des années que je voulais voir ce film qui était sorti au Vendôme. La mise en scène de Menotti est souvent brillante, avec un découpage très élaboré, une magnifique photographie d’Enzo Serafin, de beaux décors de Georges Wakhévitch. J’ai trouvé Marie Powers très puissante dans le rôle-titre, Anna Maria Alberghetti, belle et touchante dans celui de Monica (qui la double vocalement ?). Le livret de Menotti est presque aussi prenant que celui du sublime Tour d’Ecrou de Benjamin Britten. L’orchestre est dirigé par Thomas Schippers. Il n’y a malheureusement ni sous-titres ni bonus et ce qui tient lieu de fiche technique ne comporte même pas de synopsis.

I Walk the Line (1970, sous-titres français, pas de bonus) fait partie de ces œuvres personnelles, originales et fortes que tourna à une époque John Frankenheimer. Cette chronique provinciale ponctuée de plans de visages évoquant les photos de Walker Evans, rythmée par les chansons de Johnny Cash, nous raconte une histoire d’amour malheureuse. On découvre une Amérique rurale rongée par les préjugés, le racisme, le conformisme où essayent de survivre des familles de pauvres blancs bouilleurs de crus et trafiquants. Frankenheimer oppose ces solitudes à de somptueux paysages qu’il filme avec de magnifiques mouvements de grue. Il y a une telle volonté de casser les poncifs hollywoodiens, d’instaurer un climat âpre et mélancolique qu’on ne peut qu’admirer le courage quasi suicidaire des auteurs. Voilà un genre de films impensables dans le cinéma américain actuel. Excellente interprétation de Tuesday Weld, Ralph Meeker et de Gregory Peck auquel Frankenheimer aurait préféré Gene Hackman. Chef d’œuvre.

Chez VCI Entertainment (http://www.vcientertainment.com/), compagnie spécialisée dans les serials (le dernier sorti est Jungle Girl de John English et William Witney) et les westerns (on y trouve plusieurs titres majeurs de Dwan : Silver Lode, Tennessee’s Partner, Passion, Slightly Scarlet), deux raretés : High Lonesome (1950 – La Vallée du Solitaire) écrit et réalisé par Alan Le May qui traîna des années dans la revue Arts avec deux étoiles données par Truffaut. C’est un western assez bizarre qui lorgne du côté de Pursued (1947 – La Vallée de la Peur) de Walsh, des Furies (1950) de Anthony Mann, mais qui est raconté, filmé avec une absence de tension dramatique, un amateurisme, une nonchalance qui gomme les clichés, les canons, le formatage du genre. Cette apparence de liberté dut plaire à Truffaut et donne au récit une certaine fraîcheur, en dépit du jeu exécrable de John Barrymore Jr (plus supportable dans la dernière partie). On y voit pour la première fois Jack Elam qui était le comptable du producteur George Templeton. La résolution de l’intrigue est médiocre et digne d’un serial. Les extérieurs (filmés dans 6 ranchs texans cités au générique) sont marquants tout comme la photo de Winton Hoch. Certains plans nocturnes sont vraiment filmées de nuit avec une véritable audace ou inconscience.
The Sundowners (1950), de George Templeton, toujours écrit par Le May, et tourné avec la même distribution avec en plus Robert Preston, dans les mêmes ranchs, est plus classique mais mieux dirigé.

Dans la rubrique Trésors que l’on croyait disparus, signalons les deux DVD intitulés Hidden Hollywood (1997) de Kevin Burns, disponibles chez Image (http://www.image-entertainment.com/) qui contiennent des séquences coupées des films Fox dont la scène avec W.C Fields de Tales of Manhattan (1942) de Julien Duvivier.

Criterion (http://www.criterionco.com/) vient d’éditer une belle version restaurée de The Devil and Daniel Webster (1941) la réalisation la plus ambitieuse de William Dieterle, que l’on voyait auparavant dans une copie amputée de 22 minutes. Ils ont rétabli les scènes de discussions politiques, les prises de position de Daniel Webster en faveurs des paysans endettés. Walter Huston joue le diable (« appelez-moi Scratch », dit-il). Et surtout la version définitive de Mr Arkadin (1955) d’Orson Welles. En combinant plusieurs négatifs et internégatifs, trouvés en France (le négatif et l’inter qui présentaient des différences), en Espagne (avec des séquences jouées par des acteurs différents), aux USA (la version dite Corinth), nous avons le droit à la version que l’on pense être celle de Welles avec deux versions alternatives. Par exemple dans la version dite espagnole, Katina Paxinou est remplacée par une comédienne ibérique. Les amateurs de Welles se rueront sur ce trésor.

(1) Stock-shot : Images d’actualité empruntées à des documents d’archives et insérées dans un film.
(2) Collures : Joint entre deux bandes cinématographiques réalisé par collage.

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