Juil
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Zone 1 Chez Kino (http://www.kino.com/), de très nombreux films indispensables. Tout d’abord quelques Douglas Sirk : Lured (1947 – Des Filles Disparaissent), excellent remake de Pièges (1939, que tourna en France Robert Siodmak), d’une grande invention visuelle (la copie est très bonne) avec son tueur qui cite Baudelaire (« cet homme est un malade » dit le chef de police).Citons également La Habanera (1937) l’un de ses meilleurs films allemands avec Paramatta, Bagne de Femmes (1937). Et, bien sûr, A Scandal in Paris (1946) où George Sanders, remarquable dans Lured, campe un Vidocq inoubliable (« Je viens d’une famille pauvre et honnête…Enfin, plus pauvre qu’honnête » nous dit le commentaire qui ouvre le film, l’un des favoris de Sirk). Le scénario d’Ellis St Joseph, qui travailla avec Duvivier (Flesh and Fantasy – 1943) et, sans être crédité, avec Renoir (Le Fleuve – 1951) est très inventif avec des dialogues d’une ironie percutante : lors d’un dîner, les convives évoquent avec effroi le cadavre d’un homme égorgé que l’on a trouvé dans les environs. On demande son avis à Sanders qui déclare : « Ce qu’il y a de plus répugnant, c’est que l’individu qui a utilisé son couteau pour commettre un tel meurtre est capable de manger avec ».

Autre nouveauté chez Kino : House by the River (1950) l’un des Fritz Lang les plus rares, qui ne sortit jamais en France, sauf en 1979 à la télévision grâce à Patrick Brion… Ce film « entame la dernière période américaine de Lang, celle où le cinéaste va aller jusqu’aux limites extrêmes de son génie, dont les applications se confondent avec une exploration systématique, menée plus loin qu’aucun cinéaste ne l’a fait avant lui, des pouvoirs du cinéma » (Jacques Lourcelles). Ce DVD est présenté et commenté par Pierre Rissient.
On peut aussi voir une jolie comédie de William Wyler, The Good Fairy (1935) écrite par Preston Sturges et surtout Counsellor at Law (1933) est un Wyler exceptionnel, d’une incroyable énergie, avec une mise en scène fluide. C’est l’un des rares films où l’on sent réellement le génie de John Barrymore, tant vanté par les critiques de théâtre. À découvrir d’urgence.

Le metteur en scène Vincent Sherman (qui joue dans l’opus cité ci-dessus), vient juste de mourir à l’âge de 100 ans. Il est temps de découvrir certains des films de ce cinéaste cultivé, intelligent qui avait été, durant Roosevelt, préféré à Losey pour diriger le Federal Theatre. Il fut mis durant quelques années sur la liste grise pour ses opinions politiques très progressistes. Il faut voir Underground (1941), l’une des premières œuvres anti-nazies (je n’ai pas vérifié la qualité du transfert) et surtout ces deux réussites incontestables que sont Mr Skeffington (1944, avec sous-titres français), magnifique mélodrame sur fond d’antisémitisme superbement écrit par les frères Epstein (que dans ses mémoires Bette Davis rebaptise Mrs Skeffington) et où Claude Rains est superbe, et Old Acquaintance (1943, également sous-titré en français) avec encore Bette Davis et Miriam Hopkins. On sait que la mésentente entre les deux stars (qui sert le propos du film et provoque une réaction très violente de Davis) causa un dépassement de plusieurs dizaines de jours. Le scénario très astucieux récupère les conventions du genre et s’en nourrit avec une verve qui le rend très supérieur au remake de George Cukor, Riche et Célèbre (1981). Autre réussite, surtout dans sa deuxième partie, The Damned don’t Cry (1950, sous-titres français) avec Joan Crawford. On espère que sortira bientôt le magnifique The Hard Way (1943), le meilleur film de Sherman, brillamment écrit par Daniel Fuchs.

Dans la catégorie curiosité, on peut voir avec plaisir The Man from Planet X (1951, sous-titres français) de Edgar G. Ulmer, film de science fiction au budget plus que dérisoire, tourné en 6 jours, en utilisant des éléments de décors de la Jeanne d’Arc (1948) de Victor Fleming (la tour qui abrite le laboratoire). Ulmer parvient néanmoins à imposer une réelle dignité visuelle, noyant dans le brouillard l’absence de moyens, les maquettes qu’il filme avec des travellings et des mouvements de dolly. Les éclairages sont souvent soignés (on devrait un jour étudier ce genre d’ambition, de recherches qui s’apparente à la fierté personnelle puisque ces films n’étaient pas vus, en principe, par ceux qui pouvaient les remarquer) et Ulmer multiplie les contre-plongées pour cacher la misère des moyens. Si l’on retire quelques plans de discussion devant des photos agrandies, il ne doit pas y avoir plus de 5 lieux différents dans tout le film. Il finit par créer une atmosphère onirique, un climat de désolation très personnel et peu en accord avec les canons du genre à l’époque. L’extraterrestre, notamment, dégage une rare tristesse que décuple l’expression unique de son masque lui tenant lieu de visage. Cela dit Ulmer ne parvient pas à surmonter le point de départ et la résolution du scénario (écrit par les producteurs), moments assez benêts, même si la dernière réplique rachète ces conventions. Détail amusant, cette production minimaliste est diffusée par MGM. Le simple plan du lion doit être supérieur au budget du film.

Il faut absolument revoir d’autres Ulmer : notamment le remarquable Pirates of Capri (1949) restauré par la cinémathèque française où pour une fois il disposa de moyens importants, The Strange Woman (1946), auquel François Truffaut trouvait des accents mauriaciens, qui est couplé avec un film entièrement joué par des noirs, avec une sobriété exempte des mimiques oncletomistes en vogue à l’époque. C’est la principale et seule qualité de Moon over Harlem (1939), production misérable et bavarde – trois décors construits dans un garage et des plans d’enseigne – tournée, paraît-il, en deux jours et demi. On y entrevoit Sidney Bechet.
Viennent de sortir aussi à un prix un peu cher, deux de ses films en yiddish, The Light Ahead (1939) et Green Fields (1937) qui contiennent tous deux des moments dignes de Murnau. Une scène d’amour sur un banc, près d’un réverbère, est particulièrement inoubliable (The Light Ahead). Les premiers plans de Green Fields sont d’une mélancolie tout à fait poignante, sentiment d’ailleurs qui émane également de The Light Ahead. Le héros de Green Fields, ce jeune homme qui veut devenir rabbin, dégage une tristesse aussi grande que l’extraterrestre de The Man from Planet X. Les deux films parlent d’ailleurs du déracinement, du désir d’apprendre, de l’importance de la terre et de ce qui y pousse, des élans amoureux contrariés par des pères querelleurs, têtus et figures souvent cocasses qui sont prises à partie par leurs femmes et leurs filles.
Dans les suppléments, on peut entendre l’interview accordée par Ulmer à Peter Bogdanovich, le seul avec celui que j’ai réalisé avec Luc Moullet que l’on trouve dans Amis Américains (Collection Institut Lumière / Actes Sud).

Deux autres opus ulmeriens : Strange Illusion (1945) dont son auteur nous avait dit qu’il annonçait Psychose (1960). Je n’ai pas trouvé le moindre rapport avec le film d’Hitchcock. En revanche la trame de ce curieux petit film noir s’inspire nettement d’Hamlet. Tomorrow we Live (1942), autre œuvre criminelle est nettement plus zozo. Cette histoire de racket que subit un propriétaire de boite de nuit, située en plein désert (des années avant Las Vegas), se double d’un conflit familial gratiné. Dès qu’il y a plus de quatre figurants et trois tables, on sait qu’on a affaire à un stock-shot(1). A la fin, pour des raisons qui restent nébuleuses, l’héroïne sort du club après avoir tué le gangster et se retrouve devant un régiment de l’armée américaine avec chars et camions qui la salue. Ulmer coupe alors sur une jeep perdue dans le désert, le reste de l’armée ayant disparu entre deux collures(2), d’où émerge le jeune premier.

On peut se procurer via Internet (http://www.fnac.com/ ou http://www.amazon.fr/) The Medium (1951), à ma connaissance le premier opéra filmé par son auteur, Gian Carlo Menotti. Cela faisait des années que je voulais voir ce film qui était sorti au Vendôme. La mise en scène de Menotti est souvent brillante, avec un découpage très élaboré, une magnifique photographie d’Enzo Serafin, de beaux décors de Georges Wakhévitch. J’ai trouvé Marie Powers très puissante dans le rôle-titre, Anna Maria Alberghetti, belle et touchante dans celui de Monica (qui la double vocalement ?). Le livret de Menotti est presque aussi prenant que celui du sublime Tour d’Ecrou de Benjamin Britten. L’orchestre est dirigé par Thomas Schippers. Il n’y a malheureusement ni sous-titres ni bonus et ce qui tient lieu de fiche technique ne comporte même pas de synopsis.

I Walk the Line (1970, sous-titres français, pas de bonus) fait partie de ces œuvres personnelles, originales et fortes que tourna à une époque John Frankenheimer. Cette chronique provinciale ponctuée de plans de visages évoquant les photos de Walker Evans, rythmée par les chansons de Johnny Cash, nous raconte une histoire d’amour malheureuse. On découvre une Amérique rurale rongée par les préjugés, le racisme, le conformisme où essayent de survivre des familles de pauvres blancs bouilleurs de crus et trafiquants. Frankenheimer oppose ces solitudes à de somptueux paysages qu’il filme avec de magnifiques mouvements de grue. Il y a une telle volonté de casser les poncifs hollywoodiens, d’instaurer un climat âpre et mélancolique qu’on ne peut qu’admirer le courage quasi suicidaire des auteurs. Voilà un genre de films impensables dans le cinéma américain actuel. Excellente interprétation de Tuesday Weld, Ralph Meeker et de Gregory Peck auquel Frankenheimer aurait préféré Gene Hackman. Chef d’œuvre.

Chez VCI Entertainment (http://www.vcientertainment.com/), compagnie spécialisée dans les serials (le dernier sorti est Jungle Girl de John English et William Witney) et les westerns (on y trouve plusieurs titres majeurs de Dwan : Silver Lode, Tennessee’s Partner, Passion, Slightly Scarlet), deux raretés : High Lonesome (1950 – La Vallée du Solitaire) écrit et réalisé par Alan Le May qui traîna des années dans la revue Arts avec deux étoiles données par Truffaut. C’est un western assez bizarre qui lorgne du côté de Pursued (1947 – La Vallée de la Peur) de Walsh, des Furies (1950) de Anthony Mann, mais qui est raconté, filmé avec une absence de tension dramatique, un amateurisme, une nonchalance qui gomme les clichés, les canons, le formatage du genre. Cette apparence de liberté dut plaire à Truffaut et donne au récit une certaine fraîcheur, en dépit du jeu exécrable de John Barrymore Jr (plus supportable dans la dernière partie). On y voit pour la première fois Jack Elam qui était le comptable du producteur George Templeton. La résolution de l’intrigue est médiocre et digne d’un serial. Les extérieurs (filmés dans 6 ranchs texans cités au générique) sont marquants tout comme la photo de Winton Hoch. Certains plans nocturnes sont vraiment filmées de nuit avec une véritable audace ou inconscience.
The Sundowners (1950), de George Templeton, toujours écrit par Le May, et tourné avec la même distribution avec en plus Robert Preston, dans les mêmes ranchs, est plus classique mais mieux dirigé.

Dans la rubrique Trésors que l’on croyait disparus, signalons les deux DVD intitulés Hidden Hollywood (1997) de Kevin Burns, disponibles chez Image (http://www.image-entertainment.com/) qui contiennent des séquences coupées des films Fox dont la scène avec W.C Fields de Tales of Manhattan (1942) de Julien Duvivier.

Criterion (http://www.criterionco.com/) vient d’éditer une belle version restaurée de The Devil and Daniel Webster (1941) la réalisation la plus ambitieuse de William Dieterle, que l’on voyait auparavant dans une copie amputée de 22 minutes. Ils ont rétabli les scènes de discussions politiques, les prises de position de Daniel Webster en faveurs des paysans endettés. Walter Huston joue le diable (« appelez-moi Scratch », dit-il). Et surtout la version définitive de Mr Arkadin (1955) d’Orson Welles. En combinant plusieurs négatifs et internégatifs, trouvés en France (le négatif et l’inter qui présentaient des différences), en Espagne (avec des séquences jouées par des acteurs différents), aux USA (la version dite Corinth), nous avons le droit à la version que l’on pense être celle de Welles avec deux versions alternatives. Par exemple dans la version dite espagnole, Katina Paxinou est remplacée par une comédienne ibérique. Les amateurs de Welles se rueront sur ce trésor.

(1) Stock-shot : Images d’actualité empruntées à des documents d’archives et insérées dans un film.
(2) Collures : Joint entre deux bandes cinématographiques réalisé par collage.

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Mar
13
Tout d’abord commençons par un dvd assez exceptionnel : Les Bas-Fonds – de la misère à la dignité retrouvée, les étapes poignantes d’une métamorphose (2000) de Denise Gilliand. C’est un remarquable documentaire sur et autour de la mise en scène des Bas-Fonds de Maxime Gorki interprété par un groupe de SDF. On voit le metteur en scène les choisir, les diriger, les redresser. Au fil des jours, ces individus « irrécupérables » reprennent goût à la vie, se transforment. Ils vont jouer plusieurs fois de suite la pièce sur la scène du Théâtre National de Chaillot et le texte de Gorki prend une force incroyable dans leur bouche. Denise Gilliand les accompagne pendant les mois qui ont suivi les représentations. Plus de la moitié s’en sont sortis.

Les Bas-fonds

Cléo de 5 à 7Je regrettais la dernière fois que la seule version de Cléo de 5 à 7 (1961) soit celle de Criterion. Voilà qui est réparé. Cléo vient de sortir en zone 2, dans un coffret somptueux, une belle copie restaurée avec des suppléments remarquables comme le magnifique Daguerréotypes (1978), le plan des trajets de Cléo et de superbes dessins de Sempé. Revoir ce film m’a beaucoup ému. Il n’a pas pris une ride. Le regard que pose Agnès Varda sur son héroïne, sur tous les personnages qu’elle côtoie ou rencontre, est fraternel, chaleureux, amusé, tendrement ironique, pudique. Roger Tailleur dans un article très élogieux saluait le plus beau film français depuis Hiroshima mon Amour (1959) de Resnais et Le Trou (1960) de Becker et soulignait les « recherches narratives, le carcan temporel, les préoccupations vitales, l’élégance de ton et plastique, et, deux par deux, l’humour et l’angoisse, la gravité et la poésie ».

Tout de suite un regret. Comment se fait-il qu’Adieu Philippine (1962 – dont j’avais été l’attaché de presse comme pour Cléo) de Jacques Rozier, autre titre majeur de cette époque, soit introuvable en dvd et quand on tape Jacques Rozier, on ne nous renvoie qu’à 56 rue Pigalle (1949) film de Willy Rozier, très prisé par notre président Francis Girod, mais que je ne connais pas.
Autre admirable coffret, La Maison des Bois (1971), pour moi le film le plus bouleversant, le plus accompli de Maurice Pialat. Pierre Doris y trouvait le rôle de sa vie et Pialat lui-même était magnifique en instituteur. S’inspirant d’un sujet de René Wheeler qu’il s’appropria au point de lui conférer un vrai côté autobiographique, Pialat nous remue autant que dans L’Enfance Nue (1968) ou A nos Amours (1983), et confère à cette sublime chronique une sérénité jusque dans la douleur. Chacun des épisodes est présenté par la monteuse Martine Giordano. Question bonus justement, il est très intéressant de comparer ceux des versions américaines et françaises de Quai des Orfèvres (1947), le chef d’œuvre de Clouzot. Tous les deux partent de la même source : des entretiens filmés de Panigel avec le metteur en scène, Simone Renant, Bernard Blier, Suzy Delair. Dans les deux bonus, le montage est différent, l’ordre des questions n’est pas le même. Dans la version StudioCanal on supprime une partie des questions de Panigel et quelques échanges. On perd un peu le côté idées très arrêtées qu’avait Panigel, sa vision univoque du film, son obstination à faire dire à Clouzot qu’il méprise ses personnages, les considère comme des larves. Le cinéaste se défend avec calme, fait remarquer que le regard qu’il porte sur Pierre Larquey est chaleureux, qu’il aime le personnage de Jouvet, celui de Simone Renant et de Delair. À Panigel, qui peint le rôle de Blier de manière très péjorative, il rétorque doucement « c’est un faible ».

La maison des bois Quai des orfèvres

En tapant Claude Miller sur amazon.fr, on découvre avec plaisir que l’excellent La Meilleure Façon de Marcher (1976) va sortir prochainement (j’ai gardé un souvenir très fort de ce film et de tous les acteurs de Dewaere à Christine Pascal en passant par Michel Blanc dans son premier rôle dramatique et Piéplu avec sa boite à idées), ce qui s’ajoutera à Dites-lui que je l’aime (1977), Garde à Vue (1981 – ce dernier contient juste comme bonus un reportage médiocre, au son défectueux, sur le tournage, avec des interviews navrantes des acteurs). Le dialogue de Michel Audiard n’a rien perdu de son mordant, de son intelligence, de son invention (« certains couples sont séparés par la maladie, le divorce. Nous c’était un couloir, un couloir de 15 mètres. Un désert ». Je cite de mémoire). La mise en scène de Miller brillante et fluide sait créer une tension qui ne se relâche pas. Après ces titres, après La Petite Lili (2003), on obtient brusquement Lawrence d’Arabie !!! « Ici rien n’est suspect, tout est étrange », disait Carette dans Sylvie et le Fantôme (1946) d’Autant-Lara.

Dites lui que je l'aime La meilleure façon de marcher

La 317 ème sectionJ’ai revu récemment cette réussite exemplaire qu’est la 317ème Section (1965) Pierre Schoendoerffer, autre titre majeur des années 60, que l’on trouve chez tous les soldeurs, dans un beau transfert qui rend justice à la magnifique photographie de Raoul Coutard. Jacques Perrin et Bruno Cremer sont inoubliables et la sobriété dépouillée du ton, sa sécheresse prennent encore plus de force aujourd’hui. Malheureusement, il n’y a aucune interview de Pierre Schoendoerffer et dieu sait s’il a des choses à raconter sur ce film. Juste la bande-annonce dont je suis l’auteur. C’était mon premier travail cinématographique. Le commentaire est dit par mon monteur Armand Psenny.
Sur une autre guerre, il FAUT voir La Question (1977) de Laurent Heynemann d’après le témoignage de Henri Alleg. Notamment au moment où l’on parle des tortures américaines et anglaises en Irak. Jacques Denis y était sensationnel dans ce film très bien joué (Nicole Garcia, Jean-Pierre Sentier, Jean Benguigui, Michel Beaune…) et qui met à mal le cliché selon lequel les cinéastes français n’ont pas abordé la guerre d’Algérie. Cléo le faisait, tout comme Adieu Philippine et Muriel (1972) d’Alain Resnais, et Avoir 20 Ans dans les Aurès (1972) de René Vautier. Le vrai problème est que certains de ces films ont été peu diffusés, ou rarement sinon jamais repris par les chaînes de télé, notamment publiques. Avez-vous vu La Question sur la 2 ou la 3 ? A ma connaissance, le film d’Autant-Lara, Tu ne Tueras Point (1961) consacré à l’objection de conscience et contemporain de la guerre d’Algérie reste toujours inédit (et introuvable en dvd tout comme R.A.S. – 1973, l’un des meilleurs films d’Yves Boisset avec Allons Z’enfants – 1981).

La question Avoir 20 ans dans les Aurès Muriel

La victoireLe premier et remarquable film de Jean-Jacques Annaud, La Victoire en Chantant (1976), écrit par Georges Conchon, qui se déroulait en Afrique durant la première guerre mondiale, avait été consacré par les Américains et sous-estimé ici. Je n’ai jamais oublié le moment où le génial Jean Carmet à qui Jacques Spiesser demandait s’il avait un plan, déclarait fièrement : « Bien sûr que j’ai un plan…Oui, j’ai un plan…Ben oui, j’ai un plan » pour finalement admettre piteusement : « j’ai pas de plan ».

Coup de têteTout aussi jubilatoire est Coup de Tête (1979) sur les magouilles du monde du football, très bien écrit par Francis Veber, avec une verve satirique qui aurait plu à Jeanson. Le sujet, prémonitoire, prend encore plus de force à l’heure actuelle, tout comme cette scène d’interrogatoire dans un commissariat où Gérard Hernandez cherche sa chevalière qu’il a perdue en frappant Patrick Dewaere. « Elle a dû glisser sous un classeur » lui susurre l’un de ses subordonnées.
Parmi les autres répliques mémorables, j’adore : « C’est pas mon truc…Le viol, c’est pas mon truc » de Dewaere et de nombreuses interventions fulgurantes de Jean Bouise qui les distille dans le plus pur style Jouvet : « Je fais jouer 11 imbéciles pour en calmer 800 ».
Le commentaire audio de Jean-Jacques Annaud rend justice à tous ses collaborateurs et notamment à Francis Veber. A saluer le concept graphique du DVD. A revoir d’urgence.

En zone anglaise (chez http://www.amazon.co.uk/) 10 Rillington Place (1971 – L’Etrangleur de la Place Rillington), l’un des chefs-d’œuvre de Richard Fleischer vient enfin de sortir en dvd, sans sous-titres français (juste avec sous-titres anglais pour sourds et malentendants). Cette autopsie d’un fait divers authentique permet à Richard Attenborough de fignoler une composition hallucinante dans le rôle de John Reginald Christie. Citons Jacques Lourcelles : « Aucun film, peut-être, n’a été capable depuis les débuts du cinéma de mettre les spectateurs dans un tel état d’accablement. Quinze années de violences et d’horreurs cinématographiques n’ont pas atténué l’éclat insoutenable de ce film, au demeurant très sobre visuellement… Ici, à juste titre, on peut parler de « voyage au bout de la nuit »… Comme tous les grands cinéastes, Fleischer a d’abord le génie du lieu. Une description hyper réaliste (au sens pictural du terme, de cette ruelle londonienne, mêlant studio et extérieurs, tournés sur place) va cerner l’espace où agit le tueur… Génial dans son interprétation, dans sa recréation d’une atmosphère, le film appréhende l’espace (le gouffre), qui sépare notre monde de la civilisation. Il laisse sans garde fou le spectateur devant son propre vertige ». (Dictionnaire du Cinéma)

10 Rillington Place

En Zone 1, citons deux ressorties majeures de deux des chefs-d’œuvre du western : 7 Men from Now (1956 – 7 Hommes à Abattre) de Budd Boetticher et Ride the High Country (1962 – Coup de Feu dans la Sierra) de Sam Peckinpah. Revoir le premier, qui avait disparu depuis au moins 30 ans, a été un immense plaisir. Son ton, son style incroyablement ramassé, compact, dense, la rapidité elliptique, fulgurante des dialogues de Burt Kennedy, lui permettent, en moins de 80 minutes, d’accumuler les péripéties, de donner vie à au moins quatre personnages, extrêmement bien dessinés, de suggérer pour chacun d’entre eux un passé, des rapports relativement complexes. La séquence à l’intérieur du chariot durant laquelle Lee Marvin fait du charme à Gail Russell devant son mari et sous l’œil de Randolph Scott est exemplaire. Boetticher déclare d’ailleurs dans l’un des excellents bonus qui accompagnent le film (témoignages de Tarantino et, plus terne, d’Eastwood, interview de Boetticher, documentaire sur Burt Kennedy où l’on découvre qu’il fut un vrai héros de la dernière guerre) que c’est la scène dont il est le plus fier.

7 Men from Now Ride the High Country

7 Men lança Lee Marvin qui est inoubliable dans le film. Le voir s’entraîner à dégainer dans un saloon désert (moment ajouté par Boetticher) est jubilatoire tout comme sa mort, son air surpris, incrédule avant de tomber foudroyé. Mais lors de cette nouvelle vision, j’ai été extrêmement touché par Gail Russel. C’est John Wayne, le producteur du film, qui fit appel à elle en souvenir de Angel and The Badman (1947) de James Edward Grant (une bonne version va bientôt sortir) et du Réveil de la Sorcière Rouge (1948 – Wake of the Red Witch) de Edward Ludwig, l’un de mes films favoris. Son visage marqué (l’alcoolisme l’avait écartée des plateaux depuis au moins 5 ans et elle mourra quelque temps plus tard à l’âge de 36 ans) donne à sa beauté, à ses yeux verts une fragilité, une fêlure bouleversante. Boetticher déclare qu’elle reste la meilleure actrice parmi celles qui jouèrent dans ses westerns.

La copie est somptueuse (meilleure dit-on que la 35 mm). Les couleurs possèdent un éclat qui avait disparu de tout ce que l’on pouvait voir depuis 35 ans, qui rend justice à la photo de William Clothier. Mais pour quelles raisons Robert Gist a-t-il choisi un format panoramique au lieu du 1/33 ? J’aimerais connaître les raisons de ce choix. C’est pour lui que fut écrit Ride the High Country ; mais retenu au Mexique par le tournage de son documentaire sur Carlos Arruza, il refusa et Sam Peckinah hérita du projet. 44 ans après, Ride reste toujours éblouissant, un mélange inspiré du respect de la tradition (le film tourne autour des thèmes archétypaux du double itinéraire et de l’apprentissage) et de modernité : la course du début, gagnée par un chameau, la description du camp de mineurs, de la famille de James Drury, ce ramassis de demeurés criminels. Là encore, la copie est magnifique et rend justice à la photographie de Lucien Ballard

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Déc
26

Deux des sorties récentes les plus excitantes sont The Last Frontier (1955 – La Charge des Tuniques Bleues, sous-titré en anglais et qui vient également d’être édité en zone 2), l’un des westerns d’Anthony Mann les plus loués par la critique française et que je n’avais jamais vu en VO. J’ai été un peu déçu : malgré des beautés fulgurantes (la scène tant vantée où James Whitmore s’avance dans une clairière pendant qu’un magnifique mouvement de grue découvre les indiens en embuscades), le film paraît chaotique, inabouti. Le conflit entre la Nature et la civilisation est traité trop superficiellement malgré deux ou trois moments aigus et perçants. Victor Mature est moins bon que dans Le Carrefour de la Mort (1947) de Hathaway et dans La Proie (1948) de Siodmak.

Deuxième titre, le très méconnu Go Tell the Spartans (1978) de Ted Post que le titre français, Le Merdier, condamna lors de sa sortie et qui lui, tient très bien le coup. Il s’agit sans doute du meilleur film sur la guerre du Vietnam, magnifiquement écrit par Wendell Mayes (La Colline des Potences – 1959 de Daves, Autopsie d’un Meurtre – 1959 de Preminger). Son scénario, d’une cinglante acuité, évoque le début de la guerre en 1964 et fait de très nombreuses allusions à la présence française. Burt Lancaster y est absolument magnifique. A cette époque, il tourna plusieurs films ambitieux, curieux, qu’il est bon de redécouvrir comme The Swimmer (1968 – Le Plongeon) de Frank Perry et Castle Keep (1969 – Un Château en Enfer de Sidney Pollack, l’un des rares scénarios crédités de David Rayfiel pour Pollack). Détail marrant, le DVD de Go Tell the Spartans est sous titré en Français mais sans doute au Québec car Lancaster dit tout le temps Calice ou Tabernacle et les « bridés » sont à une centaine de verges !

Paramount vient de sortir trois des films produits par John Wayne pour Wayne Fellows, qui avaient totalement disparus de la circulation et que j’avais vu à leur sortie : The High and the Mighty (1954 – Ecrit dans Le Ciel) et Island in the Sky (1953 – Aventures dans le Grand Nord), tous deux réalisés par William Wellman dont le nom apparaît au dessus du titre. Le second est d’ailleurs très wellmanien dans sa sobriété, sa nudité dramatique, vraiment efficace et intéressante (l’atterrissage forcé de l’avion est ellipsé, Wellman ne filmant que les visages de Wayne et de l’équipage). La description du petit groupe qui les recherche nous vaut les meilleures scènes du film. Andy Devine notamment est assez épatant. La manière très neutre dont il balance ses répliques, sans aucune expression, est originale et souvent cocasse. Toutes les séquences de groupes évitent le préchi prêcha et on ressent fortement la camaraderie qui unit ces hommes. Comme le dit bien Leonard Maltin, le film frappe par son absence de cynisme, de calcul, d’astuces. Wayne est très bon et se fond dans la collectivité (il est excellent aussi dans The High and the Mighty malgré le script calamiteux).

Le film pèche curieusement par ses extérieurs (sauf les magnifiques plans aériens photographiés par William Clothier, le reste du film est dû à Archie Stout comme High) et certaines scènes avec la neige, tout comme Track of the Cat (1954) manquent de force.?
The High and the Mighty annonce tous les films catastrophe avec un avion qui prend feu où se trouvent autant de cas sociaux que de personnages. Détail curieux : on demande l’âge de chaque passager avant de l’enregistrer, je me demande bien pourquoi. Qui pourrait me renseigner à ce sujet ?
Il y a beaucoup de bonus : interviews d’acteurs, portrait du romancier Ernest K Gann, commentaire et présentation (qu’il est impossible de zapper) de Léonard Maltin.

Tout comme dans Hondo (1953 – Hondo l’Homme du Désert, sous-titré en anglais), western de John Farrow vanté par André Bazin, le premier rôle en vedette de Géraldine Page, est un choix audacieux et intelligent. Dans l’un des bonus, on nous confirme que c’est John Ford qui a tourné les trois dernières scènes. On trouve également un portrait de James Edward Grant, le scénariste attitré de John Wayne (il est à ce dernier ce que Jean Manse est à Fernandel) sauf chez Ford ou Hawks. On trouve son nom au générique de La Taverne de l’Irlandais (1963 – Donovan’s Reef) mais Ford m’avait dit qu’il n’avait rien écrit et que c’était Wayne qui l’avait glissé dans le générique. Il fut co-scénariste de beaucoup de films et il est souvent difficile de déterminer son apport quand il partage un carton avec Harry Brown (Sands Of Iwo Jima -1949 de Allan Dwan), Delmer Daves (The Last Wagon – 1956, hélas toujours inédit en DVD). Tout seul, il écrivit The Alamo (1960) que Wayne dirigea. (Ce texte est exclusivement destiné aux scénaristes qui siègent à la SACD !)

Grant dirigea deux films produits par Wayne : The Angel and the Badman (1947 – L’ange et le Mauvais Garçon) qui n’était pas mal du tout et qui, faisant partie des œuvres du domaine public, existe en DVD dans des dizaines de versions. J’espère qu’un lecteur m’indiquera la meilleure en zone 1 ou 2. Ce film fut totalement plagié par les scénaristes de Witness (1987) de Peter Weir qui, du coup, gagnèrent un Oscar. L’autre film de Grant est un policier, Ring of Fear (1954) se déroulant dans un cirque, que j’avais vu à sa sortie et qui m’avait paru très médiocre. Seule curiosité, le héros était joué par Mickey Spillane qui jouait son propre personnage, menait l’enquête et arrêtait l’assassin.

A voir en VHS Universal (que l’on peut trouver sur amazon.com) The Monster and the Girl (1941) de Stuart Heisler, film épatant, d’une grande originalité. La première partie est une intrigue à la William Irish traité avec une grande économie de moyens, une sécheresse narrative rigoureuse et elliptique. Les séquences de procès sont très réussies dans cette optique et très symptomatique du talent et du style de Heisler.
Il y a là une élégance formelle, une rapidité qui fait mouche à chaque instant et transfigure le matériau de base, distillant une inquiétude sourde. Tout le moment du mariage, pendant un orage, avec un Joseph Calleia est admirable d’onctuosité. Puis brusquement apparaissent dans le récit un savant, un singe à la fois protecteur et meurtrier mais ce brusque changement de genre est traité avec la même sobriété elliptique que ce qui précède. Heisler refuse tout l’arsenal visuel, tous les effets inhérents aux films fantastiques Universal. Il ellipse tous les meurtres (qui sont souvent éclairés comme des scènes de films noirs), ne recherche jamais le pittoresque dans les décors. Ni dans le traitement des personnages. Les péripéties les plus extravagantes sont filmées comme si elles allaient de soi, comme si elles étaient normales, évidentes, ce qui donne au film un ton très particulier qui pourrait évoquer Tourneur et Val Lewton. On retrouve ce ton qui fait l’originalité des meilleurs films de Stuart Heisler dans The Star (1952) qui vient de sortir, film très méconnu qu’adore Martin Scorcese et auquel Leonard Maltin donne trois étoiles et demi. Il s’agit d’un portrait assez décapant d’une actrice ruinée qui veut retravailler et qui, pour survivre, vend ses robes et ses meubles. Le scénario de Dale Eunson et Katherine Albert ne la glorifie jamais, ne passe pas sous silence son égocentrisme, ses aveuglements, ses maladresses. Tous ces traits sont accentués par l’interprétation dure, violente de Bette Davis, persuadée qu’elle jouait Joan Crawford. Mais elle savait aussi que ce personnage était proche d’elle (tout comme le personnage de Sterling Hayden, visiblement très autobiographique) et on a l’impression qu’elle y glisse beaucoup de détails intimes. On n’oublie pas le moment où elle réalise soudain, en visionnant son bout d’essai, qu’elle s’est totalement trompée dans son interprétation. Le film frappe par une justesse assez rare, qu’il décrive l’atmosphère d’un plateau, d’une party où les rapports mi amicaux mi sournois avec les producteurs. La mise en scène d’Heisler précise, sobre, elliptique avec de beaux élans (la course de Bette Davis dans la nuit) tire un excellent parti de certains décors naturels (le mouvement précédent Davis quand elle utilise l’escalator du grand magasin) et cette économie narrative, non exempte d’ironie ou d’amertume donne un ton original à cette œuvre aussi éloignée de The Big Knife (1955 – Le Grand Couteau) d’Aldrich que de Sunset Boulevard (1950 – Boulevard du Crépuscule) de Wilder. A noter la délicieuse présence de Natalie Wood qui sort de l’enfance et que Heisler dirigera à nouveau dans The Burning Hills (1956 – Collines Brûlantes).

Deux films de Jerry Schatzberg viennent de sortir : le sublime The Scarecrow (1973 – L’Epouvantail, sous-titré en français), l’un des trois chefs d’œuvres que Schatzberg réalisa à la suite (les deux autres sont Panique à Needle Park -1971 et toujours inédit en DVD Portrait d’une Enfant Déchue -1970). Et le très excitant Street Smart (1987 – La Rue, avec sous-titres français) qui fut desservi par la faillite (et la piètre réputation) de la société Cannon Films qui l’avait produit. Il s’agit pourtant d’un scénario assez original qui prend des résonances très actuelles avec l’emprisonnement de la journaliste du New York Times pour refus de divulguer ses sources. C’est le même genre de choix que doit faire le personnage joué par Christopher Reeve. Les points forts du film sont les extraordinaires interprétations de Kathy Baker dans un rôle très bien écrit de prostituée et surtout de Morgan Freeman en maquereau, personnage très fort, certainement l’un des plus terribles, des plus menaçants du cinéma américain contemporain.

Deux films d’Arthur Penn, parmi ses meilleurs avec The Miracle Worker (1962 – Miracle en Alabama), sont sortis en même temps que les Schatzberg avec des sous-titres français : Night Moves (1962 – La Fugue), film noir labyrinthique et paranoïaque, très bien écrit par Alan Sharp (qui signe aussi le scénario de Ulzana’s Raid [Fureur Apache] – 1972 de Robert Aldrich). Gene Hackman joue un privé qui enquête sur la fugue d’une jeune fille alors qu’il a des rapports de plus en plus difficiles avec sa femme. Toute l’histoire baigne dans une mythologie californienne et une ambiance très glauque. Four Friends (1981 – Georgia) est un beau scénario autobiographique de Steve Tesich, écrivain très talentueux qui mourut trop jeune. On lui doit Breaking Away (1979 – La Bande des 4) de Peter Yates, autre œuvre autobiographique et la très intelligente adaptation de The World According to Garp (1982) de George Roy Hill. Nous écrivions, avec Jean-Pierre Coursodon, dans 50 ans de Cinéma Américain : « Tout d’abord, le scénario de Steve Tesich, qui mérite d’être étudié comme un exemple d’adaptation intelligente, réussit à rendre une bonne partie de la richesse thématique du roman, de cet entrelacs de motifs qui, incessamment repris, transposés, modulés, donne au film sa construction musicale ».

Georgia nous parle de l’adolescence de Tesich, qui fait partie d’une famille d’émigrés yougoslaves, de la manière dont il rêve l’Amérique et s’oppose à ses parents. Des rêves, souvent déçus, qui vont habiter les 4 amis (qui donnent le titre américain de l’œuvre), les inspirer ou les meurtrir. De l’amour qu’éprouvent ces garçons pour une jeune fille qui les éblouit et qui va être aussi blessée qu’eux. Penn galvanise une troupe de jeunes interprète (où Craig Wasson mérite une mention spéciale pour l’extraordinaire diversité et la fluidité de son interprétation) et donne une très grande émotion à de nombreuses séquences..

Enfin, un film qui mérite d’être découvert, Three Came Home (1950 – Captives à Bornéo) de Jean Negulesco. En France, ce cinéaste fut rayé par l’intelligentsia lorsqu’un critique parla de « negulesconneries » à propos des productions sentimentalo touristiques qui abondent dans la dernière partie de sa carrière. ?
C’est oublier un peu vite que cet homme intelligent, qui se fit faucher sa première fiancée par Modigliani et se lança dans le cinéma sur les conseils d’Elie Faure, a signé plusieurs réalisations intéressantes jusqu’en 1951. Notamment Roadhouse (1948 – La Femme aux Cigarettes), un bon film noir avec Richard Widmark et Ida Lupino, écrit par Edward Chodorov, The Mask of Dimitrios (1944) qui n’est pas disponible en DVD, le touchant Johnny Belinda (1948), mélodrame que ne désavouerait pas Sirk et ce Three Came Home. Ce film, intelligemment écrit et produit par Nunnally Johnson, parle de la manière dont certaines femmes, prisonnières des japonais, réussirent à survivre. Johnson et Negulesco évitent pas mal de clichés, esquivent de nombreux pièges (sentimentalisme, voyeurisme) et confèrent à ce récit une grande dignité. Ils contournent adroitement les figures imposées par le genre et l’époque : un enfant se concentre sur son dessin pendant que la radio annonce le désastre de Pearl Harbour auquel il ne prête aucune attention. Sessue Hayakawa joue un officier japonais qui demande que Claudette Colbert lui dédicace un livre pendant que l’on entend les salves de pelotons d’exécutions.
Ce film étant dans le domaine public, on en trouve des dizaines d’éditions. Après avoir pris beaucoup d’avis, j’ai pris le DVD édité par Alpha Video (http://www.oldies.com/).

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