Sep
28

Enfin il est sorti, je parle du DVD de La Règle Du Jeu (1939), comme annoncé dans le blog précédent. Depuis des années, il fallait se reporter à la belle édition américaine établie par Criterion. Les éditions Montparnasse ont mis fin à ce scandale et leur version s’accompagne de très nombreux bonus, commentaires et études sous la direction d’Olivier Curchod.
Ce DVD sort au même moment que divers coffrets Renoir qui permettent de revoir certains films muets avec des musiques de Marc Perrone (Tire-au-Flanc – 1928) ou parlants : Le Fleuve (1951), Le Carrosse d’Or (1953) et le sublime Une Partie de Campagne (1936).

Renoir a plus de chance que Varda. Si on veut voir Cléo de 5 A 7 (1961) ou Sans Toit Ni Loi (1985), il faut se reporter à l’édition Criterion (Cleo from 5 to 7 et Vagabond). En attendant une sortie que l’on espère prochaine de Cléo, il faut relire le sublime article que lui consacra Roger Tailleur que l’on peut trouver dans le volume Vi(v)re le Cinéma publié par Actes Sud et l’Institut Lumière. Ce texte et celui sur Le Trou (1960) de Jacques Becker sont peut être les plus belles critiques consacrées à des films français.

Autre belle sortie, celle de L’Acrobate (1976) de Jean-Daniel Pollet chez Opening. Ce film touché par la grâce nous permet de revoir le génial Claude Melki, hélas disparu, d’entendre la très belle musique d’Antoine Duhamel. Signalons que le co-scénariste est Jacques Lourcelles, auteur de l’indispensable guide des films parus chez Bouquins et qui fut aussi le co-scenariste, entre autres de Confidences pour Confidences (1979), Le Chaud Lapin (1974) et La Dilettante (1999) de Pascal Thomas.


J’ai revu avec énormément de plaisir, voire de jubilation, Le Trio Infernal (1974), décapant, cynique, réjouissant, de notre Président Francis GirodMichel Piccoli et Romy Schneider sont géniaux. Quel plaisir aussi de voir des acteurs comme Pierre Dac, Jean Rigaux….

Aux éditions Montparnasse, sortie de plusieurs films qui comptent parmi les chefs d’œuvre du cinéma américain : La Fille de la Cinquième Avenue (1939) formidable comédie de Gregory La Cava, l’un des maîtres de la comédie américaine qui fut longtemps sous estimé en France. Ses méthodes de tournage révolutionnaires lui valurent de nombreux affrontements avec les studios. Obsédé par la spontanéité, il réécrivait le scénario au jour le jour, donnait le dialogue la veille ou en arrivant sur le plateau (ce qu’adoraient Katharine Hepburn, Ginger Rogers ou Joel McCrea), ce qui perturbait le Front Office. D’autant qu’il imposait des principes de jeu très en avances sur son époque. Dans Stage Door (1937 – Pension d’Artistes), la simultanéité, le chevauchement des dialogues anticipe sur les recherches d’un Robert Altman. Dans La Fille de la Cinquième Avenue (co-écrit par son complice habituel Allan Scott), il donne un ton extrêmement original à cette comédie sociale sur la lutte des classes, demandant à Ginger Rogers de dire toutes ses répliques sans les jouer ni les dramatiser, sans ajouter d’expressions, de sourires. Ce qui nous vaut sans doute le personnage le plus renfrogné, le plus ronchon de l’histoire de la comédie américaine. Et le résultat, hilarant, renouvelle nombre de situations classiques. Dans ses meilleures réussites (Stage Door, Primrose Path – 1940, La Fille de la Cinquième Avenue, My Man Godfrey – 1936), La Cava retourne les situations archétypales, les principes, tels qu’ils ont été définis par Capra ou McCarey et leur donne un sens nouveau.

Autre classique, La Septième Victime (1943) de Mark Robson est l’un des chefs d’œuvres produits par Val Lewton (Cat People, La féline – 1942, I Walked with a Zombie, Vaudou – 1943 de Tourneur, The Curse of the Cat People, La Malédiction des Hommes-Chats – 1944 du regretté Robert Wise). Ce film fantastique moderne annonce étrangement Rosemary’s Baby (1968) de Polanski et, comme l’écrit Jacques Lourcelles, compte « parmi les œuvres les plus hantées de l’histoire du cinéma. Le film impressionne d’abord par son incroyable richesse en personnages, séquences, détails étonnants. Richesse nullement handicapée par la très grande modicité du budget et un métrage assez bref de 71 minutes…Ce sens aigu, pour ne pas dire obsessionnel qu’avait Lewton de la litote, se manifeste constamment dans le film et culmine avec le bruit final de la chaise renversée qui atteint, dans l’expression de la morbidité, une limite extrême et quasi indépassable ». Lewton est co-auteur du scénario avec De Witt Bodeen, sous un pseudonyme.
Dans la même collection, tout amateur se doit de posséder Le Garçon aux Cheveux Verts (1948) de Losey, La Maison dans L’ombre (1952) de Nicholas Ray, Berlin Express (1948) de Tourneur, Blood on the Moon (1948 – Ciel Rouge) de Robert Wise.

La sortie de l’excellent Bombon El Perro de Carlos Sorin nous permet de rappeler à ceux qui ne l’ont pas vu Historias Minimas (2002), une réussite originale et émouvante.

Deux films muets à signaler : le génial Dr Mabuse (1933) chez MK2 l’un des plus grands films de Lang de cette époque avec les Trois Lumières (1921).
Et beaucoup moins connu mais passionnant Piccadilly de Ewald-André Dupont.

Deux films français plus récents qui méritent une redécouverte, le très émouvant Haut les Cœurs de Solveig AnspachKarin Viard était magnifique et le très fort Violence des Echanges en Milieu Tempéré (2003) de Jean-Marc Moutout sur le dégraissage et la restructuration des entreprises, donc l’actualité est hélas de plus en plus évidente. Laurent Lucas est excellent dans les deux films.

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Août
04

Si on voulait faire enrager Claude Sautet, il suffisait de lui demander de nous montrer son premier film, Bonjour Sourire (1955). Il explosait alors immédiatement : « Arrêtez de m’emmerder. J’ai été forcé de faire ce film, de remplacer le metteur en scène dont j’étais l’assistant et qui était tombé malade juste avant le tournage« .
Maintenant on va enfin pouvoir juger cette œuvre et regarder si on ne trouve pas des aspects « sauteriens ». Bonjour Sourire, joué par Henri Salvador et Annie Cordy sort en DVD chez René Château.

Le même René Château sort aussi via TF1 vidéo Cet Homme est Dangereux (1953) de Jean Sacha, le meilleur Eddie Constantine avec les deux John Berry, Ca va Barder (1955) et Je suis un Sentimental (1955) – disponibles semble-t-il uniquement en VHS – avant Alphaville (1965) de Godard et la période Fassbinder.
Cet Homme est Dangereux (qui aurait dû être le premier Lemmy Caution mais La Mome Vert de Gris – 1953, l’un des rares films visibles de Bernard Borderie est sorti avant) bénéficie d’une belle photo de Marcel Weiss (marquée par le film noir), d’une mise en scène nerveuse et inventive de Sacha qui fut le monteur de Werther (1938) d’Ophüls et d’Othello (1952) d’Orson Welles. On y sent l’influence de ce dernier dans les nombreux plans au 18,5, l’utilisation des courtes focales, de la caméra au ras du sol. Le dialogue de Marcel Duhamel est souvent très marrant et l’on retiendra cette réplique anthologique de Constantine, qui lance à une américaine : « Ne parlez pas anglais, les gens n’aiment pas les sous-titres « .
Fait curieux, les DVD de René Château ne sont pas référencés sur les sites de la Fnac ou d’Amazon France.

Pour notre président Francis Girod, signalons la sortie tant attendue de Tricoche et Cacolet de Pierre Colombier (qui signait parfois Pière Colombier) sorti en 1938, l’année de Trois Artilleurs à l’Opéra de André Chotin, Trois Artilleurs en Vadrouille de René Pujol, Son Oncle de Normandie de Jean Dréville, Le Prince Bouboule de Jacques Houssin, Ma Sœur de Lait de Jean Boyer, Eusèbe Député de André Berthomieu et l’inénarrable Sommes-nous Défendus ? de Jean Loubignac. On voit qu’il s’agissait, comme on l’écrit souvent, de l’âge d’or du cinéma français.
Tricoche et Cacolet est un scénario du stakhanoviste René Pujol d’après Meilhac et Halévy et on y retrouve Fernandel, Duvallès, Elvire Popesco, Saturnin Fabre et, dans mon souvenir, une savoureuse utilisation de la Marseillaise.

Dans un registre différent les Editions Montparnasse annoncent la sortie prochaine de La Règle du Jeu (1939) avec beaucoup de bonus, une interview de Renoir faite au moment de la sortie et des analyses d’Olivier Curchod, grand exégète du film et du cinéaste.
En attendant, on peut enfin revoir Nana (1926) dans une belle version, la VHS précédemment sortie était médiocre, film souvent intéressant, qui trahit l’influence de Stroheim et qui est desservi par le jeu de Catherine Hessling. Rappelons que les décors étaient de Claude Autant-Lara.

Certains cinéastes continuent à être scandaleusement absents des catalogues DVD : c’est le cas d’Alain Cavalier. Il faut aller aux USA pour voir La Chamade (1968). On ne trouve nulle part Le Combat dans l’Ile (1962), Mise à Sac (1967), L’Insoumis (1964). Thérèse (1986) doit sortir chez Arte en Septembre…Enfin.

Idem pour Christine Pascal. Sa seule réalisation disponible est Adultère, Mode d’Emploi (1995) dans sa version intégrale du moins on l’espère. La télévision ayant le plus souvent passé, même tard, une version censurée d’une séquence sado masochiste. Mais où sont Zanzibar (1989), Le Petit Prince (1992) ?

Pour trouver une version correcte de certains classiques français (Les Enfants du Paradis – 1945) et de certaines œuvres récentes, mieux vaut aller aux USA.

Il faut donc saluer d’autant plus fort la sortie (en Novembre 2005 chez Arte) de l’autre coffret Robert Bresson qui comprend Mouchette (1967) et Au Hasard Balthazar (1966), deux incontournables.
Egalement, le formidable coffret consacré par MK2 aux films de Alain Resnais avec de remarquables bonus. Belle occasion de revoir une dixième fois Mélo (1986) et de redécouvrir L’Amour à Mort (1984).

Et, plus près de nous, l’indispensable coffret édité par Arte consacré à Emmanuel Finkiel avec le splendide Voyages (1999) qu’il faut voir et revoir, le très émouvant et original Madame Jacques sur la Croisette (1997) et Casting (2001).

Le cinéma israélien devient de plus en plus excitant. Je disais (cf chronique n°3 du 13/06/05) tout le bien qu’il faut penser de Mon Trésor (2004 – l’interview de la réalisatrice constitue un magistral bonus). Il faut ajouter deux réussites, Avanim (2004) de Raphaël Nadjari et Tu Marcheras Sur L’eau (2005) de Eytan Fox. Le premier est un miracle d’acuité, de perception, de justesse. Le second une chronique très ironique et savoureuse qui raconte les aventures d’un agent du Mossad, chargé d’une déconcertante et improbable mission.

Autre film essentiel et qu’il était impossible de se procurer. MK2 sort, à l’initiative d’Isabelle Huppert, Wanda (1971) de Barbara Loden qui fut la compagne de Kazan. On peut la voir dans les sublimes Splendor in the Grass (1961 -La Fièvre dans le Sang) et Wild River (1960 – Le Fleuve Sauvage disponible en Angleterre). Chronique âpre et désolée d’un amour sans espoir entre une jeune femme ballottée, meurtrie par la vie et un voleur de troisième zone. Amour sans communication, ni tendresse apparente, Wanda anticipe sur les chroniques existentielles de Monte Hellman et Terence Malick.

TF1 vidéo vient de sortir cinq Hitchcock anglais dont le merveilleux et délectable Une Femme Disparaît (1938), remarquable scénario de Launder et Gilliatt (les personnages de Charters et Caldicott sublimement joués par Basil Radford et Naunton Wayne influenceront, m’a dit Sidney Gilliatt, Harold Pinter). Les copies sont tellement soignées que l’on a l’impression de redécouvrir les films. Ce coffret contient également Les 39 Marches (1935), Quatre de l’Espionnage (1936), Agent Secret (1936), Jeune et Innocent (1937).

Restons un peu dans le cinéma anglais qui fut si sous estimé pour saluer un auteur qui n’est pas encore reconnu à sa juste valeur : Robert Hamer, cinéaste francophile, co-scénariste de tous ses films, qui s’intéressait « aux gens qui font des choses bestiales dans le noir » dont on peut enfin voir le très noir, très désenchanté Il Pleut Toujours le Dimanche (1948).
Autre auteur toujours méconnu, Alexander Mackendrick. Il faut revoir Whisky à Gogo (1949 – où l’on retrouve le génial Basil Radford), L’homme au Complet Blanc (1951) cette fable voltairienne tellement en avance et prémonitoire sur la société de consommation, Tueurs de Dames (1955), cette parabole sur l’Angleterre où Alec Guinness se fit la tête de Kenneth Tynan, le critique dramatique. Tous ces titres sont sortis en coffret chez Studio Canal (Collection Ealing).

Et découvrir pour beaucoup Le Grand Chantage (1957 – Sweet Smell of Success), l’une des œuvres phares du cinéma américain des années 50, produite et jouée par Burt Lancaster. Sans mésestimer le rôle important du scénariste Ernest Lehman, il faut reconnaître que le film doit beaucoup aux dialogues stylisés, syncopés, brillants, rageurs de Clifford Odets et à la manière dont Mackendrick les filme.
Autre chef d’œuvre tout aussi méconnu A High Wind In Jamaica (1965 –Un Cyclone à la Jamaïque) film sur l’enfance, la perte de l’innocence (disponible en zone 1 sur amazon.com, sans sous-titres français).

Autre cinéaste que j’adore, Delmer Daves dont on peut voir la trilogie westernienne avec Glenn Ford : le savoureux et passionnant Cow Boy (1958), écrit en fait par Dalton Trumbo, le génial et bouleversant 3:10 To Yuma (1957 – 3h10 Pour Yuma), pour moi l’un des 10 meilleurs westerns. Daves me raconta sa surprise et sa joie quand il découvrit le scénario d’Halsted Welles : « C’est le genre de chose qui arrive une fois dans votre vie : un scénario où vous n’avez rien envie de changer « . Welles et la mise en scène de Daves améliorent nettement la nouvelle originale d’Elmore Leonard, en transformant le héros de marshal en fermier qui doit faire œuvre de policier pour sauver sa ferme, sa famille (ce qui change totalement le personnage). Ils inventent également les deux admirables personnages de femmes (ah ! la scène d’amour dans le bar) qui expriment la morale du film.

Enfin Jubal (1956 – L’homme de Nulle Part), cette semi transposition d’Othello, aux paysages magnifiques, est disponible en zone 1.

Sortie également (chez Carlotta Films) de plusieurs films noirs mémorables : Cry of the City (1948 – La Proie) de Robert Siodmak, qui comme tous ses meilleurs films, tourne autour de l’obsession. En l’occurrence, celle d’un flic qui cherche à faire condamner son ancien ami d’enfance. A part deux ou trois séquences avec la petite amie de Richard Conte qui n’intéressent guère, le film n’est pas loin d’égaler ses meilleures réussites. On n’oubliera pas le personnage de l’énorme masseuse criminelle jouée par l’imposante Hope Emerson. Précisons que José Giovanni fit en 1971 un remake de ce film, Un Aller Simple.

Dans la même collection à côté du célèbre Carrefour de la Mort (1947), signalons Appelez Nord 777 (1948) l’un des meilleurs Henry Hathaway, Crime Passionnel (1945 – Fallen Angel) d’Otto Preminger. Il est passionnant de voir comment par des moyens totalement opposés, Preminger et Hathaway font tous deux des œuvres de stylistes, imposent, dans un univers codifié, une vision personnelle. Les deux films trahissent le même désir d’opposer ou de lier les personnages au décor, Preminger par de constants mouvements d’appareil, Hathaway par un découpage aigu, une sublime photographie de Joe MacDonald.

Dans Fallen Angel, Preminger retrouve Dana Andrews, interprète idéale pour ces œuvres où l’on est sans cesse sur la corde raide, dans un monde crépusculaire, entre le bien et le mal, la lumière et l’ombre. On est surpris en revoyant cette œuvre de son âpreté, de son ambiguïté morale. Il y a là, comme dans Mark Dixon Detective (1950) et plus encore que dans Laura (1944), une dureté, une noirceur chez les personnages masculins qui ont tous un côté luciférien.

Enfin Gaumont vient de sortir deux Lautner : On Aura Tout Vu (1976) et La Valise (1973) avec en bonus une interview choc de Philippe Sarde qui profite de La Valise pour vider son sac.

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Juin
13

Le DVD permet de revoir des films rares que l’on n’ose pas rééditer et qui ne sont plus visibles que dans les cinémathèques (et encore souvent dans de mauvaises copies) et sur le câble.

En zone 1, par exemple, est sortie toute une série d’œuvres que nous traquions dans les années 60, pour finalement les découvrir en Belgique ou en Angleterre.

Ainsi Beachhead (1954 – La Patrouille Infernale) de Stuart Heisler, aventures guerrières très joliment mises en scène (on a presque envie de dire chorégraphiées) par un réalisateur prisé par les néo macmahonniens et Martin Scorcese et dont Claude Chabrol louait la grande élégance stylistique (« Heisler est le cinéaste qui réussissait les raccords les plus élégants à Hollywood « ). Les travellings du début ne dépareraient pas une comédie musicale. (sous-titres français).

The Purple Plain (1954 – La Flamme Pourpre) est une des grandes réussites de Robert Parrish d’après un scénario excellent du romancier Eric Ambler. Film de guerre, belle histoire d’amour inter raciale, (pour la première fois dans un film américain parlant, l’héroïne est jouée par une autochtone et la fin heureuse brise deux tabous avec une grande élégance). La Flamme Pourpre est l’un des meilleurs rôles de Grégory Peck. Parrish nous raconte comment un pilote suicidaire va reprendre goût à la vie grâce à cet amour. (Sous-titres français).

Monkey on my Back (1957 – Quand La Bête Hurle) d’André De Toth est un bon film sur les ravages de la drogue, tourné en même temps que L’homme au Bras d’Or (1955) de Otto Preminger. Mais il faut surtout voir l’extraordinaire chapitre 10, hallucinante suite de scènes de guerre se déroulant dans la jungle, sous des trombes d’eau, SANS UNE NOTE DE MUSIQUE. On a rarement aussi bien rendu la notion de carnage, de massacre. (Sous-titres français).

Ajoutons un quatrième film plus mineur, mais qui ne manque pas de qualité Beach Red (1967 – Le Sable était Rouge) au message très pacifiste, joué et réalisé par Cornel Wilde (on espère voir un jour The Naked Prey – 1966 – La Proie Nue) une vraie réussite et un remake inavoué des Chasses du Comte Zaroff (1932 – The Most Dangerous Game). Beach Red est une œuvre extrêmement sincère jusqu’à l’ingénuité, qui nous montre, ce qui est rare, l’autre camps (les Japonais comme des êtres humains qui ont des enfants, qui souffrent, qui se souviennent de leur femme). Wilde utilise une multitude de petites voix of (« est-ce qu’il y aurait toujours des guerres si on n’avait pas inventé les montres ? »), des flash-backs, des flash forwards traités en photos fixes, des plans d’insectes et de fleurs. La chanson du générique est chantée par sa femme, l’actrice Jean Wallace (qui n’a joué que dans ses films) et que l’on voit dans un bref retour en arrière. Le premier affrontement entre deux personnes n’intervient qu’après quarante minutes de film consacrées uniquement à la progression des troupes américaines qui ont débarqué sur la plage sans qu’il n’y ait aucun autre conflit ou aucune autre intrigue parallèle.
Dans le livre Feux Croisés (Institut Lumière / Actes Sud), Oliver Stone écrivait : « Tôt ou tard, on reconnaîtra Cornel Wilde comme le cinéaste original et personnel qu’il était . The Naked Prey est un regard sans complaisance sur la réalité de la nature, humaine et non humaine…Beach Red est un film de guerre sans concessions qui m’a secoué par sa sauvagerie et ses scènes de batailles brutales… »

Un autre film de guerre encore plus méconnu, Go Tell the Spartans (1978) de Ted Post doit sortir incessamment. C’est une des œuvres majeures consacrée à la guerre du Vietnam à laquelle on donna un titre français stupide qui l’anéantit (Le Merdier) ! Et aussi l’un des meilleurs scénarios de Wendell Mayes à qui on doit La Colline des Potences (1959 – The Hanging Tree) de Delmer Daves, Autopsie d’un Meurtre (1959 – Anatomy of a Murder) de Otto Preminger.

Aventures plus exotiques, The Wind and the Lion (1975 – Le Lion et le Vent) le meilleur film écrit et réalisé par le tonitruant John MiliusSean Connery joue un seigneur de la guerre arabe, Brian Keith interprète Teddy Roosevelt et où certains moments évoquent Fuller.

Justement en parlant de Fuller, on annonce la sortie imminente en zone 2 de The Big Red One (1980 – Au delà de la Gloire) de Samuel Fuller que l’on pourra enfin voir dans sa version intégrale, qui vient d’être restaurée.

Placer Kurosawa parmi les cinéastes méconnus est quelque peu exagéré. Pourtant ses films noirs ne me semblent pas être mis à leur vraie place. Chien Enragé (1949), Entre le Ciel et l’Enfer (1963), ce dernier d’après un roman d’Ed McBain, sont pourtant tout aussi puissants, âpres et inventifs que ses chefs d’œuvres historiques ou que Vivre (1952) ou Dodeskaden (1970). La description du Japon de l’immédiate après guerre (Chien Enragé), une très longue scène de suspense dans un train (Entre le Ciel et l’Enfer), la fin dostoïevskienne de ce dernier film comptent parmi les grandes réussites de Kurosawa.
Je rappelle l’indispensable coffret consacré par ARTE à ce cinéaste et qui comprend entre autres Sanjuro (1962), La Forteresse Cachée (1958), Le Château de l’Araignée (1957). Attention, ces titres sont uniquement disponibles chez Arte /www.arteboutique.com/ et ce jusqu’au 31 Juillet 2005.

Tout aussi indispensables, les coffrets consacrés par OPENING à Mizoguchi. Il faut voir et revoir L’Intendant Sansho (1954), Les Contes de la Lune Vague (1953), Les Amants Crucifiés (1954), La Rue de la Honte (1956).

Signalons aussi la sortie d’un autre chef d’œuvre qui passa trop inaperçu l’année dernière : Memories of Murder (2003) de Joon-Ho Bong, l’un des meilleurs films policiers de ces dernières années.

D’autres films marquants du cinéma coréen sont disponibles. Plusieurs films magnifiques de Im Kwon-Taek : Le Chant de la Fidèle Chunyang (2000 – chez Arte vidéo) avec d’excellents bonus et Ivre de Femmes et de Peinture (2002).
Et ceux, tout aussi fascinants, de Hong Sang-Soo : deux coffrets essentiels. Le premier (distribué chez TF1 vidéo) comprend trois chefs d’œuvres : Le Jour où Le Cochon est Tombé dans le Puits (1996), La Vierge Mise à Nu par ses Prétendants (2000), Le Pouvoir de la Province de Kangwon (1998). A travers des récits totalement libres, chaotiques, percutants, Hong Sang-Soo nous décrit des personnages déboussolés, des scènes d’amour incroyablement franches, fortes (notamment celles qui mêlent ivresse et pulsions sexuelles) et pourtant dépourvues de voyeurisme. Le deuxième coffret (édité chez MK2) contient ce film magnifique, à la fin percutante : Turning Gate (2002).

Tout aussi dur, un très beau film israélien, Mon Trésor (2004) de Keren Yedaya avec Ronit Elkabetz (Prendre Femme) qui avait obtenu la camera d’or à Cannes en 2004. En bonus, interview de la réalisatrice et de la comédienne. Court métrage, Lulu (1999) de Keren Yedaya.

Et enfin, deux films français très originaux, produits par Les Films Jean Giono, à redécouvrir absolument : Crésus (1960), écrit et réalisé par Jean Giono, fable drôle et noire sur l’argent qui ne fait pas le bonheur (un film qui doit être réhabilité). Et Un Roi sans Divertissement (1963), œuvre inclassable, insolite de François Leterrier avec une magnifique photo de Jean Badal, une belle chanson de Brel et une adaptation très libre, par Giono lui même, de son roman. Remarquables bonus qui analysent très finement les rapports entre Giono et le cinéma.

Autre film qui passa injustement inaperçu Travail d’Arabe (2003) de Christian Philibert, excellente comédie sociale dans la lignée des meilleures réussites italiennes de Dino Risi (saviez vous que l’on vient enfin d’éditer le roman de Giovanni Arpino d’où est tiré Parfum De Femme). Avant Brigitte Roüan, Philibert nous décrit avec verve et compassion les escroqueries commises par des entreprises de travaux qui saccagent l’intérieur de la maison d’une vieille et très savoureuse mamie sous prétexte de respecter les normes européennes. Ce qu’il nous fait toucher du doigt, c’est le lepénisme ordinaire, quotidien qui imprègne notamment le sud est de la France. Un film à découvrir..

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