Nov
09

En zone 2

La sortie de l’excellent film de Stéphane Brizé, Je ne suis pas là pour être aimé, coup de cœur de la SACD, nous conduit à revoir son premier film, très prometteur, le drôle et touchant Le Bleu des Villes (1999). Il confirme le goût de Brizé pour donner à ses héros des métiers ingrats : dans Le Bleu des Villes, Mathilde Seigner était contractuelle, dans Je ne suis pas là pour être aimé, le formidable, magnifique, bouleversant Patrick Chesnais, est huissier. Brizé sait nous rendre avec intelligence le poids que font peser ces métiers sur ceux qui les exercent et en tire des moments de comédie ou d’émotion tout à fait remarquables.
Dans ce même film, on remarque la talentueuse Anne Consigny que j’avais repéré dans L’Equipier (2004), le très bon film de Philippe Lioret.

Bonne occasion de revoir ce film ainsi que Mademoiselle (2001) tout en regrettant l’absence en DVD de Tombés du Ciel (1993), le premier film de Lioret, tout aussi personnel, et réussi. Lioret signe film après film une série d’œuvres discrètes, attachantes, originales, enracinées dans un vrai milieu populaire, qui méritent d’être examinées de plus près.
Le DVD permet parfois de réhabiliter des injustices, de revoir des films qui n’ont pas connu le succès qu’ils méritaient. Je pense à Noble Art (2004), ce beau documentaire de Pascal Deux sur Fabrice Bénichou qui renvoie, dans son émotion, son portrait de perdants, à Nous Avons Gagné ce Soir (1949) de Robert Wise ou plus encore, à Fat City (1972) de John Huston.
Dans la même collection, chez Blaq Out (52, Rue Charlot – 75003 / http://www.blaqout.com/), on peut revoir Une part du Ciel (2002) de Bénédicte LiénardSéverine Caneele est bouleversante et Triple Agent (2004) d’Eric Rohmer que j’aime beaucoup pour sa liberté de ton, son audace, ses partis pris d’austérité. Le DVD offre plusieurs bonus dont une interview de 20 minutes d‘Irène Skobline (que j’avais dirigée dans Coup de Torchon –1981) qui donne des précisions historiques et familiales sur le personnage principal qui fait partie de sa famille.

Autre sortie capitale, la sublime Maison des Bois (1971), peut être le film de Maurice Pialat que je préfère, disponible pour le moment dans un coffret très bien dirigé par Serge Tubiana, qui comprend ses courts-métrages – fascinants – et quelques sommets dont Loulou (1980) et surtout L’Enfance Nue (1968) qui reste toujours aussi bouleversant et novateur. En revanche, Le Garçu (1995)…

En rendant justement hommage à Harold Pinter, Pascal Rogard dans son Blog a oublié l’un de ses scénarios les plus complexes, les plus aboutis : The French Lieutenant’s Woman (1981 – La Maîtresse du Lieutenant Français) superbement dirigé par Karel Reisz dont vient de sortir le passionnant Dog Soldiers (1978 – Les Guerriers de L’Enfer), thriller « hustono-sartrien », d’après le beau livre de Robert Stone, qui traitait de la gangrène morale, de la corruption engendrée par la guerre du Vietnam. Dans ses deux films, Reisz offrait à Meryl Streep, Jeremy Irons, Nick Nolte, Tuesday Weld des rôles inoubliables

Sony vient de restaurer et de ressortir aux USA Major Dundee (1965) de Sam Peckinpah. Ils ont retrouvé et incorporé 12 minutes, à savoir ce qui avait été coupé après la seconde projection. Les coupes, plus abondantes, qui avaient été effectuées après la première projection test ont pratiquement disparu : ne subsistent que quelques rushes muets que l’on peut voir dans les bonus, notamment le premier plan de la légendaire séquence d’ouverture montrant le massacre de 135 soldats américains par les Indiens, durant la nuit d’Halloween. Ce qui a été restauré améliore le film, diminue certains défauts, éclaire des manquements. On sait enfin ce qui arrive au Scout Indien dont Charlton Heston questionne la loyauté pendant tout le film et souligne la remarquable ambition de ce western qui voulait faire exploser le genre. Durant cette expédition suicide, les frontières entre Bien et Mal s’estompent. Tout le monde est en guerre contre tout le monde : les soldats contre les Indiens (et chez les Indiens ceux qui sont soumis contre les rebelles), les sudistes contre les nordistes, les prisonniers contre le reste du régiment, les Noirs contre les Blancs, les Mexicains contre les Français (et les juaristes (1) contre les autres mexicains), les soldats et les américains contre les Français qui se battent aussi contre les Indiens. Et Charlton Heston contre le reste du monde !!!
Mais les faiblesses persistent : progression chaotique (normal, disent ses défenseurs, c’est un film sur le chaos !), personnages mal développés ou abandonnés : la situation des noirs, par exemple, ne donne lieu qu’à une seule scène et une réplique. Faiblesses dues certainement au re-montage mais aussi à l’indifférence de Peckinpah pour certains éléments narratifs. Et aussi aux bouleversements qu’il fit subir au script durant le tournage (Senta Berger déclare que son rôle, absent du scénario original, fut écrit sur le plateau avec Peckinpah). Le scénario original était, paraît-il, tout aussi mal construit durant le dernier tiers. Quand démarra la réalisation, il n’était pas terminé et les auteurs, pour aller vite, empruntèrent certaines séquences à Lawrence D’Arabie.
Le point positif de cette nouvelle version est la musique. Celle de Daniele Amphiteatroff avait été imposée à Peckinpah par le producteur Jerry Bresler qui voulait édulcorer le film : des flopées de violons inondaient les scènes, des airs martiaux étaient plaqués sur des séquences sombres, pessimistes. La nouvelle partition inspirée par les déclarations de Peckinpah améliore le film. Les deux musiques sont disponibles, sans que l’on puisse passer de l’une à l’autre. Mais Je me demande finalement si ce n’est pas Aldrich qui a réussi, sur ce même genre de sujet, l’œuvre rêvée par Peckinpah avec le splendide Fureur Apache (1972 – Ulzana’s Raid), meilleur western des années 70. Un film qui est tenu de bout en bout.

Justement de Robert Aldrich est édité Hustle (1975 – La Cité des Dangers). Touchant et curieusement retenu, ce film a un ton, un rythme plutôt tranquille, presque méditatif. De très nombreuses scènes se déroulent dans des intérieurs, soit luxueux (l’appartement de Burt Reynolds), soit assez glauques (le bureau de Reynolds, la maison du couple Hollinger) auxquels Aldrich confère systématiquement un côté étouffant, claustrophobique. Ceci donne l’impression que le personnage de Reynolds se mure, se replie sur lui-même comme le Charlie Castle de The Big Knife (1955) se réfugie dans ses souvenirs (« Je suis l’étudiant des années 30 »).
Par des moyens diamétralement opposés à ceux de Kiss Me Deadly (1955), Aldrich fait voler en éclat les conventions du genre, les subvertit de manière moins explosive, plus insidieuse. On retrouve bien sûr toute la haine et le mépris qu’il éprouve pour les hommes de pouvoir même si le ton est moins exacerbé, plus retenu : Ernest Borgnine campe un responsable policier veule, lâche. Mais ce n’est rien à côté d’Eddie Albert , son acteur fétiche, qui est là incroyable de fourberie cauteleuse (2), de fausse bonhomie suintante, s’appuyant sur un fort sentiment d’impunité. Hustle est l’une de ses meilleures interprétations.
Ben Johnson, géniale idée de distribution, est absolument formidable tout comme Catherine Deneuve, radieuse, très vivante et extrêmement touchante. C’est l’une des call girl les moins déshabillées de l’histoire du cinéma.
Le scénario de Steve Shagan (qu’a-t-il écrit à part Save The Tiger ? ) très introspectif, contient des idées fortes, des répliques audacieuses ou cinglantes (« Ce pays, c’est le Guatemala avec la télévision en couleur » en phase avec la hargne aldrichienne) mais aussi une nostalgie passéiste qui ne colle pas toujours avec la rage d’Aldrich, lequel se définissait comme un homme légèrement à gauche du parti démocrate). Ce dernier dit s’être heurté plusieurs fois à Shagan qui ne voulait rien changer à son dialogue. Aldrich a réussi à imposer la nationalité européenne de la prostituée, la fin pessimiste et forte et la scène où Deneuve dit qu’elle est prête à tout arrêter si Reynolds lâche lui aussi son métier ou plus exactement la manière dont il l’exerce, ce qu’il ne fait pas. Il y a d’ailleurs des maladresses de construction, sans doute à cause de cette mésentente.
Détail amusant, Deneuve écoute Aznavour, entraîne Reynolds voir Un Homme et une Femme, Reynolds regarde Moby Dick (allusion un peu appuyée).

Dans un registre très différent, signalons la sortie du très roboratif (3) Mondovino (2004) de Jonathan Nossiter, magnifique illustration de la diversité culturelle, au sens propre.
Et aussi de deux films que je vais revoir : Quand Passent les Cigognes (1957) de Kalatozov sorti chez MK2 dont j’ai un souvenir ému, et le remarquable Main Basse sur la Ville (1963) de Francesco Rosi aux Editions Montparnasse dont je vous parlerai plus tard.

En Italie j’ai trouvé de très bonnes versions avec sous-titres anglais ou français, du Christ s’est arrêté à Eboli (1979) l’un des grands Rosi et de deux des chefs-d’œuvre de Germi Divorce à l’Italienne (1962) et de Séduite et Abandonnée (1964). Mais je ne connais pas de site permettant de les commander.
Et évidemment les deux coffrets des films de Simone Signoret que vient de sortir Studio Canal (le premier contient : Manèges – Casque d’Or – Thérèse Raquin – L’Armée des Ombres et le second : Le Chat – La Veuve Couderc – Police Python 357 – L’Etoile du Nord).

Dans la rubrique curiosité, sortie de deux des premiers films de Georges Lautner (le premier étant la Môme aux Boutons datant de 1958 avec Lucette Raillat et Serge Davri), Marche ou Crève (1960) et Arrêtez les Tambours (1960), tous deux produits par la Compagnie Lyonnaise du Cinéma à qui l’on doit les inoubliables On Déménage le Colonel (1955) et Le Colonel est de la Revue (1957) de Maurice Labro avec Noël Roquevert.
Le premier, Marche ou Crève, une coproduction belgo-lyonnaise, est un policier où Lautner fait feu de tout bois pour dynamiser le récit et lutter contre un budget étriqué (zooms, cadrages recherchés, plans chocs). Découvrant le film avec bonheur, le critique du Nouvel Obs dans ses louanges va jusqu’à créditer Lautner des dialogues, oubliant un peu vite Pierre Laroche dont l’esprit très anar imprègne le film. On lui doit le réjouissant « N’oublie pas que nous nous aimons », hurlé par Bernard Blier à Juliette Mayniel. Je me souviens avoir voulu interviewer Lautner après avoir vu ce film.
Nous avions d’ailleurs présenté au Nickel Odéon, l’opus suivant, plus ouvertement ambitieux, Arrêtez les TamboursLautner et Laroche évoquent, à travers le personnage d’honnête homme que joue Blier, la collaboration, les résistants de la 11ème heure.

Encore plus rares, voilà que sortent deux films de Henri Calef (cinéaste que je ne connais pratiquement pas en dehors du célèbre Jericho – 1946), qui ont une assez bonne réputation : La Maison sous la Mer (d’après Paul Vialar, « mais nous avons beaucoup changé le roman et introduit une description sociale », dit Calef) et Les Eaux Troubles (1949).
Ces deux oeuvres très rares (et donc chères) sont parues dans une collection insensée aux dire de Jean Ollé-Laprune, dite « les documents cinématographiques » : « dans laquelle tu trouves – à des prix assez élevés effectivement – des films pour le moins improbables.

Exemple : SOS Noronha (1957) de Georges Rouquier avec Jean Marais, film d’aventures qui se déroule dans les années 30 dans une île au large du Brésil. Marais dirige une base de l’aéropostale et affronte une révolte de bagnards pendant que Mermoz qui passe au dessus de lui, a besoin de ses services. Tourné en Corse avec Jacques Demy comme assistant.
J’ai aussi trouvé un curieux film de Paul Mesnier, Le Septième Jour de Saint-Malo, une histoire de résistance avec Roland Lesaffre et Jean-Pierre Kérien, avec des otages coincés dans le fort de Saint-Malo en Août 1944. Et dans le rôle du prêtre… Jean-Pierre Kalfon, authentique ! (Le film date de 1960 tout de même !)
Dans la même collection, tu trouves aussi Après Mein Kampf mes Crimes (1940) d’Alexandre Ryder, des films de Jean-Paul Paulin comme Le Chemin de l’Honneur (1939). Je n’ai pas vu Les Eaux Troubles dont on me dit du bien (je ne te ferai pas l’article sur Roger Vercel !) et je conserve un bon souvenir de La Maison sous la Mer que nous avions passé sur Ciné Classics dans une mauvaise copie. Il y avait un problème d’interprétation, à cause de Clément Duhour, mais Viviane Romance était formidable dans l’un de ses derniers bons rôles ! ».

Enfin tous ceux qui ont été subjugués par le charme et l’engagement de Moon So-Ri pour la diversité culturelle, la retrouverons avec plaisir dans ces films magnifiques que sont Une Femme Coréenne (2003) de Img Song-Soo et dans les deux chefs-d’œuvre de Lee Chang-Dong, Peppermint Candy (2000 – dont une nouvelle vision renforce la poignante acuité) et Oasis (2002) que tous les membres de la Commission SACD doivent avoir vus. Il faut lire aussi le roman de Lee Chang-Dong, Nokcheon, paru au Seuil.

Parmi les imports anglais assez rares, signalons Zulu Dawn (1979) dont l’action se situe avant Zulu (1964), écrit mais pas dirigé par Cy Enfield pour cause de maladie. Il fut remplacé par Douglas Hickox. Il s’agit de la terrible défaite subie par les troupes britanniques, victimes de la stupidité arrogante et raciste de leurs chefs (Peter O’Toole est délectable). Une bonne moitié du film est occupée par la bataille, assez impressionnante.
Signalons aussi Christmas Holiday (1944) de Robert Siodmak avec Deanna Durbin et Gene Kelly, histoire criminelle d’après Somerset Maugham. Vous pouvez trouver ce DVD sur http://www.amazon.co.uk/.

Petit Lexique :

  1. Juaristes : Benito Juarez, homme politique mexicain. Président de la République (1861), il lutta en 1863 contre l’intrusion française au Mexique et fit fusiller l’empereur Maximilien d’Autriche (1867).
  2. Cauteleuse : Qui manifeste à la fois de la méfiance et de la ruse.
  3. Roboratif : Fortifiant
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Sep
28

Enfin il est sorti, je parle du DVD de La Règle Du Jeu (1939), comme annoncé dans le blog précédent. Depuis des années, il fallait se reporter à la belle édition américaine établie par Criterion. Les éditions Montparnasse ont mis fin à ce scandale et leur version s’accompagne de très nombreux bonus, commentaires et études sous la direction d’Olivier Curchod.
Ce DVD sort au même moment que divers coffrets Renoir qui permettent de revoir certains films muets avec des musiques de Marc Perrone (Tire-au-Flanc – 1928) ou parlants : Le Fleuve (1951), Le Carrosse d’Or (1953) et le sublime Une Partie de Campagne (1936).

Renoir a plus de chance que Varda. Si on veut voir Cléo de 5 A 7 (1961) ou Sans Toit Ni Loi (1985), il faut se reporter à l’édition Criterion (Cleo from 5 to 7 et Vagabond). En attendant une sortie que l’on espère prochaine de Cléo, il faut relire le sublime article que lui consacra Roger Tailleur que l’on peut trouver dans le volume Vi(v)re le Cinéma publié par Actes Sud et l’Institut Lumière. Ce texte et celui sur Le Trou (1960) de Jacques Becker sont peut être les plus belles critiques consacrées à des films français.

Autre belle sortie, celle de L’Acrobate (1976) de Jean-Daniel Pollet chez Opening. Ce film touché par la grâce nous permet de revoir le génial Claude Melki, hélas disparu, d’entendre la très belle musique d’Antoine Duhamel. Signalons que le co-scénariste est Jacques Lourcelles, auteur de l’indispensable guide des films parus chez Bouquins et qui fut aussi le co-scenariste, entre autres de Confidences pour Confidences (1979), Le Chaud Lapin (1974) et La Dilettante (1999) de Pascal Thomas.


J’ai revu avec énormément de plaisir, voire de jubilation, Le Trio Infernal (1974), décapant, cynique, réjouissant, de notre Président Francis GirodMichel Piccoli et Romy Schneider sont géniaux. Quel plaisir aussi de voir des acteurs comme Pierre Dac, Jean Rigaux….

Aux éditions Montparnasse, sortie de plusieurs films qui comptent parmi les chefs d’œuvre du cinéma américain : La Fille de la Cinquième Avenue (1939) formidable comédie de Gregory La Cava, l’un des maîtres de la comédie américaine qui fut longtemps sous estimé en France. Ses méthodes de tournage révolutionnaires lui valurent de nombreux affrontements avec les studios. Obsédé par la spontanéité, il réécrivait le scénario au jour le jour, donnait le dialogue la veille ou en arrivant sur le plateau (ce qu’adoraient Katharine Hepburn, Ginger Rogers ou Joel McCrea), ce qui perturbait le Front Office. D’autant qu’il imposait des principes de jeu très en avances sur son époque. Dans Stage Door (1937 – Pension d’Artistes), la simultanéité, le chevauchement des dialogues anticipe sur les recherches d’un Robert Altman. Dans La Fille de la Cinquième Avenue (co-écrit par son complice habituel Allan Scott), il donne un ton extrêmement original à cette comédie sociale sur la lutte des classes, demandant à Ginger Rogers de dire toutes ses répliques sans les jouer ni les dramatiser, sans ajouter d’expressions, de sourires. Ce qui nous vaut sans doute le personnage le plus renfrogné, le plus ronchon de l’histoire de la comédie américaine. Et le résultat, hilarant, renouvelle nombre de situations classiques. Dans ses meilleures réussites (Stage Door, Primrose Path – 1940, La Fille de la Cinquième Avenue, My Man Godfrey – 1936), La Cava retourne les situations archétypales, les principes, tels qu’ils ont été définis par Capra ou McCarey et leur donne un sens nouveau.

Autre classique, La Septième Victime (1943) de Mark Robson est l’un des chefs d’œuvres produits par Val Lewton (Cat People, La féline – 1942, I Walked with a Zombie, Vaudou – 1943 de Tourneur, The Curse of the Cat People, La Malédiction des Hommes-Chats – 1944 du regretté Robert Wise). Ce film fantastique moderne annonce étrangement Rosemary’s Baby (1968) de Polanski et, comme l’écrit Jacques Lourcelles, compte « parmi les œuvres les plus hantées de l’histoire du cinéma. Le film impressionne d’abord par son incroyable richesse en personnages, séquences, détails étonnants. Richesse nullement handicapée par la très grande modicité du budget et un métrage assez bref de 71 minutes…Ce sens aigu, pour ne pas dire obsessionnel qu’avait Lewton de la litote, se manifeste constamment dans le film et culmine avec le bruit final de la chaise renversée qui atteint, dans l’expression de la morbidité, une limite extrême et quasi indépassable ». Lewton est co-auteur du scénario avec De Witt Bodeen, sous un pseudonyme.
Dans la même collection, tout amateur se doit de posséder Le Garçon aux Cheveux Verts (1948) de Losey, La Maison dans L’ombre (1952) de Nicholas Ray, Berlin Express (1948) de Tourneur, Blood on the Moon (1948 – Ciel Rouge) de Robert Wise.

La sortie de l’excellent Bombon El Perro de Carlos Sorin nous permet de rappeler à ceux qui ne l’ont pas vu Historias Minimas (2002), une réussite originale et émouvante.

Deux films muets à signaler : le génial Dr Mabuse (1933) chez MK2 l’un des plus grands films de Lang de cette époque avec les Trois Lumières (1921).
Et beaucoup moins connu mais passionnant Piccadilly de Ewald-André Dupont.

Deux films français plus récents qui méritent une redécouverte, le très émouvant Haut les Cœurs de Solveig AnspachKarin Viard était magnifique et le très fort Violence des Echanges en Milieu Tempéré (2003) de Jean-Marc Moutout sur le dégraissage et la restructuration des entreprises, donc l’actualité est hélas de plus en plus évidente. Laurent Lucas est excellent dans les deux films.

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Août
04

Si on voulait faire enrager Claude Sautet, il suffisait de lui demander de nous montrer son premier film, Bonjour Sourire (1955). Il explosait alors immédiatement : « Arrêtez de m’emmerder. J’ai été forcé de faire ce film, de remplacer le metteur en scène dont j’étais l’assistant et qui était tombé malade juste avant le tournage« .
Maintenant on va enfin pouvoir juger cette œuvre et regarder si on ne trouve pas des aspects « sauteriens ». Bonjour Sourire, joué par Henri Salvador et Annie Cordy sort en DVD chez René Château.

Le même René Château sort aussi via TF1 vidéo Cet Homme est Dangereux (1953) de Jean Sacha, le meilleur Eddie Constantine avec les deux John Berry, Ca va Barder (1955) et Je suis un Sentimental (1955) – disponibles semble-t-il uniquement en VHS – avant Alphaville (1965) de Godard et la période Fassbinder.
Cet Homme est Dangereux (qui aurait dû être le premier Lemmy Caution mais La Mome Vert de Gris – 1953, l’un des rares films visibles de Bernard Borderie est sorti avant) bénéficie d’une belle photo de Marcel Weiss (marquée par le film noir), d’une mise en scène nerveuse et inventive de Sacha qui fut le monteur de Werther (1938) d’Ophüls et d’Othello (1952) d’Orson Welles. On y sent l’influence de ce dernier dans les nombreux plans au 18,5, l’utilisation des courtes focales, de la caméra au ras du sol. Le dialogue de Marcel Duhamel est souvent très marrant et l’on retiendra cette réplique anthologique de Constantine, qui lance à une américaine : « Ne parlez pas anglais, les gens n’aiment pas les sous-titres « .
Fait curieux, les DVD de René Château ne sont pas référencés sur les sites de la Fnac ou d’Amazon France.

Pour notre président Francis Girod, signalons la sortie tant attendue de Tricoche et Cacolet de Pierre Colombier (qui signait parfois Pière Colombier) sorti en 1938, l’année de Trois Artilleurs à l’Opéra de André Chotin, Trois Artilleurs en Vadrouille de René Pujol, Son Oncle de Normandie de Jean Dréville, Le Prince Bouboule de Jacques Houssin, Ma Sœur de Lait de Jean Boyer, Eusèbe Député de André Berthomieu et l’inénarrable Sommes-nous Défendus ? de Jean Loubignac. On voit qu’il s’agissait, comme on l’écrit souvent, de l’âge d’or du cinéma français.
Tricoche et Cacolet est un scénario du stakhanoviste René Pujol d’après Meilhac et Halévy et on y retrouve Fernandel, Duvallès, Elvire Popesco, Saturnin Fabre et, dans mon souvenir, une savoureuse utilisation de la Marseillaise.

Dans un registre différent les Editions Montparnasse annoncent la sortie prochaine de La Règle du Jeu (1939) avec beaucoup de bonus, une interview de Renoir faite au moment de la sortie et des analyses d’Olivier Curchod, grand exégète du film et du cinéaste.
En attendant, on peut enfin revoir Nana (1926) dans une belle version, la VHS précédemment sortie était médiocre, film souvent intéressant, qui trahit l’influence de Stroheim et qui est desservi par le jeu de Catherine Hessling. Rappelons que les décors étaient de Claude Autant-Lara.

Certains cinéastes continuent à être scandaleusement absents des catalogues DVD : c’est le cas d’Alain Cavalier. Il faut aller aux USA pour voir La Chamade (1968). On ne trouve nulle part Le Combat dans l’Ile (1962), Mise à Sac (1967), L’Insoumis (1964). Thérèse (1986) doit sortir chez Arte en Septembre…Enfin.

Idem pour Christine Pascal. Sa seule réalisation disponible est Adultère, Mode d’Emploi (1995) dans sa version intégrale du moins on l’espère. La télévision ayant le plus souvent passé, même tard, une version censurée d’une séquence sado masochiste. Mais où sont Zanzibar (1989), Le Petit Prince (1992) ?

Pour trouver une version correcte de certains classiques français (Les Enfants du Paradis – 1945) et de certaines œuvres récentes, mieux vaut aller aux USA.

Il faut donc saluer d’autant plus fort la sortie (en Novembre 2005 chez Arte) de l’autre coffret Robert Bresson qui comprend Mouchette (1967) et Au Hasard Balthazar (1966), deux incontournables.
Egalement, le formidable coffret consacré par MK2 aux films de Alain Resnais avec de remarquables bonus. Belle occasion de revoir une dixième fois Mélo (1986) et de redécouvrir L’Amour à Mort (1984).

Et, plus près de nous, l’indispensable coffret édité par Arte consacré à Emmanuel Finkiel avec le splendide Voyages (1999) qu’il faut voir et revoir, le très émouvant et original Madame Jacques sur la Croisette (1997) et Casting (2001).

Le cinéma israélien devient de plus en plus excitant. Je disais (cf chronique n°3 du 13/06/05) tout le bien qu’il faut penser de Mon Trésor (2004 – l’interview de la réalisatrice constitue un magistral bonus). Il faut ajouter deux réussites, Avanim (2004) de Raphaël Nadjari et Tu Marcheras Sur L’eau (2005) de Eytan Fox. Le premier est un miracle d’acuité, de perception, de justesse. Le second une chronique très ironique et savoureuse qui raconte les aventures d’un agent du Mossad, chargé d’une déconcertante et improbable mission.

Autre film essentiel et qu’il était impossible de se procurer. MK2 sort, à l’initiative d’Isabelle Huppert, Wanda (1971) de Barbara Loden qui fut la compagne de Kazan. On peut la voir dans les sublimes Splendor in the Grass (1961 -La Fièvre dans le Sang) et Wild River (1960 – Le Fleuve Sauvage disponible en Angleterre). Chronique âpre et désolée d’un amour sans espoir entre une jeune femme ballottée, meurtrie par la vie et un voleur de troisième zone. Amour sans communication, ni tendresse apparente, Wanda anticipe sur les chroniques existentielles de Monte Hellman et Terence Malick.

TF1 vidéo vient de sortir cinq Hitchcock anglais dont le merveilleux et délectable Une Femme Disparaît (1938), remarquable scénario de Launder et Gilliatt (les personnages de Charters et Caldicott sublimement joués par Basil Radford et Naunton Wayne influenceront, m’a dit Sidney Gilliatt, Harold Pinter). Les copies sont tellement soignées que l’on a l’impression de redécouvrir les films. Ce coffret contient également Les 39 Marches (1935), Quatre de l’Espionnage (1936), Agent Secret (1936), Jeune et Innocent (1937).

Restons un peu dans le cinéma anglais qui fut si sous estimé pour saluer un auteur qui n’est pas encore reconnu à sa juste valeur : Robert Hamer, cinéaste francophile, co-scénariste de tous ses films, qui s’intéressait « aux gens qui font des choses bestiales dans le noir » dont on peut enfin voir le très noir, très désenchanté Il Pleut Toujours le Dimanche (1948).
Autre auteur toujours méconnu, Alexander Mackendrick. Il faut revoir Whisky à Gogo (1949 – où l’on retrouve le génial Basil Radford), L’homme au Complet Blanc (1951) cette fable voltairienne tellement en avance et prémonitoire sur la société de consommation, Tueurs de Dames (1955), cette parabole sur l’Angleterre où Alec Guinness se fit la tête de Kenneth Tynan, le critique dramatique. Tous ces titres sont sortis en coffret chez Studio Canal (Collection Ealing).

Et découvrir pour beaucoup Le Grand Chantage (1957 – Sweet Smell of Success), l’une des œuvres phares du cinéma américain des années 50, produite et jouée par Burt Lancaster. Sans mésestimer le rôle important du scénariste Ernest Lehman, il faut reconnaître que le film doit beaucoup aux dialogues stylisés, syncopés, brillants, rageurs de Clifford Odets et à la manière dont Mackendrick les filme.
Autre chef d’œuvre tout aussi méconnu A High Wind In Jamaica (1965 –Un Cyclone à la Jamaïque) film sur l’enfance, la perte de l’innocence (disponible en zone 1 sur amazon.com, sans sous-titres français).

Autre cinéaste que j’adore, Delmer Daves dont on peut voir la trilogie westernienne avec Glenn Ford : le savoureux et passionnant Cow Boy (1958), écrit en fait par Dalton Trumbo, le génial et bouleversant 3:10 To Yuma (1957 – 3h10 Pour Yuma), pour moi l’un des 10 meilleurs westerns. Daves me raconta sa surprise et sa joie quand il découvrit le scénario d’Halsted Welles : « C’est le genre de chose qui arrive une fois dans votre vie : un scénario où vous n’avez rien envie de changer « . Welles et la mise en scène de Daves améliorent nettement la nouvelle originale d’Elmore Leonard, en transformant le héros de marshal en fermier qui doit faire œuvre de policier pour sauver sa ferme, sa famille (ce qui change totalement le personnage). Ils inventent également les deux admirables personnages de femmes (ah ! la scène d’amour dans le bar) qui expriment la morale du film.

Enfin Jubal (1956 – L’homme de Nulle Part), cette semi transposition d’Othello, aux paysages magnifiques, est disponible en zone 1.

Sortie également (chez Carlotta Films) de plusieurs films noirs mémorables : Cry of the City (1948 – La Proie) de Robert Siodmak, qui comme tous ses meilleurs films, tourne autour de l’obsession. En l’occurrence, celle d’un flic qui cherche à faire condamner son ancien ami d’enfance. A part deux ou trois séquences avec la petite amie de Richard Conte qui n’intéressent guère, le film n’est pas loin d’égaler ses meilleures réussites. On n’oubliera pas le personnage de l’énorme masseuse criminelle jouée par l’imposante Hope Emerson. Précisons que José Giovanni fit en 1971 un remake de ce film, Un Aller Simple.

Dans la même collection à côté du célèbre Carrefour de la Mort (1947), signalons Appelez Nord 777 (1948) l’un des meilleurs Henry Hathaway, Crime Passionnel (1945 – Fallen Angel) d’Otto Preminger. Il est passionnant de voir comment par des moyens totalement opposés, Preminger et Hathaway font tous deux des œuvres de stylistes, imposent, dans un univers codifié, une vision personnelle. Les deux films trahissent le même désir d’opposer ou de lier les personnages au décor, Preminger par de constants mouvements d’appareil, Hathaway par un découpage aigu, une sublime photographie de Joe MacDonald.

Dans Fallen Angel, Preminger retrouve Dana Andrews, interprète idéale pour ces œuvres où l’on est sans cesse sur la corde raide, dans un monde crépusculaire, entre le bien et le mal, la lumière et l’ombre. On est surpris en revoyant cette œuvre de son âpreté, de son ambiguïté morale. Il y a là, comme dans Mark Dixon Detective (1950) et plus encore que dans Laura (1944), une dureté, une noirceur chez les personnages masculins qui ont tous un côté luciférien.

Enfin Gaumont vient de sortir deux Lautner : On Aura Tout Vu (1976) et La Valise (1973) avec en bonus une interview choc de Philippe Sarde qui profite de La Valise pour vider son sac.

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