Films muets, cinéma français et d’Europe de l’est

26 juillet 2018 par - DVD

MUETS

LE ROI DES ROIS a déjà suscité des commentaires élogieux et, du coup, je l’ai revu : sa réalisation avec ses folles exigences faillit ruiner DeMille qui dut à la fin s’associer avec Pathé, ce qu’il considérait comme un déshonneur. Il faut dire qu’il utilisa une partie de l’argent qu’il avait récolté pour moderniser ses studios (le coût réel de fabrication était moitié moindre que celui annoncé, écrit Scott Eyman). Le résultat est parfois moins poussiéreux que nous l’écrivions et on a trouvé ici et là des moments inspirés : la première apparition du Christ filmée du point de vue d’un enfant aveugle à qui il vient de rendre la vue, un travelling suivant la croix que porte le Christ qui traîne sur le sol, le début de la crucifixion, le décor stylisé de l’arbre où se pend Judas. Et quelques intertitres juteux, ponctuant les ordres de Marie Madeleine : « Apportez moi mes parfums les plus riches, harnachez mes zèbres, cadeaux du roi de Nubie ! Ce Charpentier apprendra qu’’il ne peut pas voler un homme à Marie Madeleine. » L’attelage est étonnant et l’utilisation des animaux sauvages surprend. Il faut dire que DeMille imagine que Judas est passionnément amoureux de Marie Madeleine et que sa conversion va provoquer sa trahison, idée assez colorée. Quand on lui dit que Jésus a guéri des aveugles, elle répond avec superbe : « J’en ai aveuglé plus qu’il n’en a guéri. » Jacqueline Logan en fait malheureusement des tonnes dans ce rôle et l’interprétation générale, en dehors de H.B. Warner, (comédien qu’il fallait sans cesse empêcher de boire et de séduire les filles) dans le rôle de Jésus, est souvent théâtrale (même si les visages sont bien choisis) et les plans parfois sulpiciens. Mais on a récemment découvert grâce a David Pierce les scènes en Technicolor, procédé qu’il utilise pour l’ouverture, flamboyante, luxuriante avec ce chatoiement inouï des étoffes et des costumes qui transfigure la séquence, ce repas donné en l’honneur de Marie Madeleine, et pour la Résurrection, dont seule la première partie provient de la copie d’origine. La seconde a été restaurée numériquement. Au début, les couleurs sont plus sombres, plus retenues, plus dramatique jusqu’à l’apparition du Christ où certains plans frôlent le chromo mais l’ensemble reste tout aussi spectaculaire et on doit remercier Lobster de ces découvertes. Dans les bonus, on découvre des images magnifiques où l’on voit Griffith rendre visite à DeMille à côté de Jeanie McPherson, une des maîtresses du cinéaste qui écrivit 34 de ses films.

SHOES vu sur Arte donne envie de découvrir d’autres films de Lois Weber comme THE BLOT (disponible en zone 1) et HYPOCRITES, le premier film à montrer une femme nue de face (Kino Lorber).

 

SORTIES ET RESSORTIES

FILMS FRANÇAIS
En France, Gaumont a sorti en Blu-ray LE MARIAGE DE CHIFFON, film que j’adore et que j’ai revu des dizaines de fois. Dialogue étincelant, délicat, cocasse, tendre de Jean Aurenche avec cette sublime réplique lancée par Claude Marcy qui refuse de croire que les aéroplanes puissent voler puisqu’ils sont plus lourds que l’air, ce à quoi Jacques Dumesnil répond avec bon sens que les oiseaux aussi sont plus lourds que l’air : « Les oiseaux plus lourds que l’air ? Quelle sottise ! », admirable condensé de bêtise auto-satisfaite et d’ignorance revendiquée. (Bonne occasion pour signaler aussi la biographie magistrale de Jean-Pierre Bleys sur Autant-Lara chez Actes Sud).

Sortent aussi LE FRANCISCAIN DE BOURGES que je vais essayer de revoir (musique d’Antoine Duhamel) même si j’en ai un très mauvais souvenir ; UN HOMME À ABATTRE de Philippe Condroyer, un beau film dont j’ai parlé (là encore, musique d’Antoine Duhamel) ; ADHEMAR OU LE JOUET DE LA FATALITÉ de Fernandel, écrit par Sacha Guitry, et torpillé par Fernandel dont la mise en scène aplatit toutes les trouvailles cocasses de Guitry comme cette fausse et cocasse tragédie classique perturbée par le souffleur ; CARTES SUR TABLES, une sorte de serial de Jésus Franco, adapté et dialogué par Jean-Claude Carrière avec tueurs robotiques auxquels des lunettes donnent une force surnaturelle, extermination des chefs d’état, vamp ténébreuse. Difficile de dire s’il y a un VRAI second degré allant au-delà des Constantine à la Borderie. La mise en scène respire souvent sinon le bâclage, du moins le tournage très rapide tant les raccords, l’enchaînement des plans semble incertain. Constantine s’en sort plutôt pas mal (quand on lui demande son poids, il répond toujours 318 kilos, ce qui n’étonne personne ; est-ce un clin d’œil de Carrière ?). Le son est typique des VF, tous les acteurs espagnols dont Fernando Rey étant doublés. La charmante Sophie Hardy (qu’on avait vu dans 3 HATS FOR LISA de Sidney Hayers) exécute un numéro assez suggestif en collant chair moulant, révélant des formes agréables mais ses plans de réaction sont surlignés. Certains parlent de chef d’œuvre improbable.

Je recommande très chaleureusement TUMULTES de Robert Siodmak qui fut tourné en double version, allemande avec Emil Jannings et Anna Sten qui reste difficilement trouvable et française avec Charles Boyer et Florelle dans une adaptation d’Yves Mirande. La mise en scène de Siodmak regorge d’inventions, de trouvailles, tant dans les mouvements d’appareils que dans les cadrages très composés (beaucoup de plongées, d’angles inhabituels) sans que cela fige le récit. Elle impose un ton grinçant, noir, caustique qui par moment tire le propos – un truand qui risque de replonger après être sorti de prison – vers un apologue à la Brecht, celui de Baal. Boyer saisissant de gouaille populaire, d’ironie donne une couleur mélancolique à son personnage (on pense au LILLIOM de Lang) et Florelle, toujours d’une justesse confondante (souvenez vous du CRIME DE MONSIEUR LANGE) apporte une fragilité, une vulnérabilité à ce qui n’aurait pu être qu’un archétype de la garce manipulatrice. Elle a une manière si poignante de dire « Mon cœur » à tous ses amants qu’on finit par croire à ses sincérités successives. Elle chante de manière sublime la magnifique goualante « Qui j’aime », écrite par Friedrich Hollander et Jean Boyer. Oui Jean Boyer, parolier très talentueux (« Un Mauvais Garçon », « Prends la route », « Comme de Bien Entendu », « Totor t’as tort, tu t’uses et tu te tues’). Il faut la voir parler entre deux vers, plaisanter puis reprendre la chanson avec un naturel foudroyant. Essayez de l’écouter chanter du Kurt Weil : « le Roi d’Aquitaine », sublime chanson dont elle donne une version quasi définitive même si j’aime bien celle de Marie Desgranges dans LAISSEZ PASSER, « Le Grand Lustucru » tout aussi magnifique, « Les Filles de Bordeaux » (c’étaient des airs tirés de MARIE GALANTE écrit par Jacques Deval),  « La chanson de Barbara », « J’attends un navire ». Vive Florelle !

Je n’avais eu que peu de retour sur des Siodmak que j’avais défendus sur ce blog à commencer par MOLLENARD, un de ses deux ou trois plus grands films et l’un des plus grands rôles de Harry Baur, l’acteur français le plus sous-estimé. Je consacre un long passage à ce film, voulu, imposé par Siodmak (musique de Darius Milhaud) ainsi qu’à PIÈGES, plus mineur mais où on doit saluer la première interprétation dramatique de Maurice Chevallier et la présence mutine de la délicieuse Marie Dea dont le charme, le piquant, le jeu très moderne gomment ce que son personnage peut avoir d’improbable.

  

Vu les commentaires élogieux et justifiés écrits ici même sur plusieurs Cayatte, après de nouvelles visions, je me contenterai de rappeler ces titres presque tous chez Gaumont : AVANT LE DÉLUGE (le personnage joué par Balpétré prend un relief très actuel, hélas et Marina Vlady est hyper craquante) ; l’excellent et très original PASSAGE DU RHINJUSTICE EST FAITE que défendait Lourcelles ; NOUS SOMMES TOUS DES ASSASSINS ; sans oublier son sketch de RETOUR A LA VIE, d’une audace glaçante. Bonne occasion aussi de saluer Charles Spaak.

    

Dans la même collection rouge, TO de Guitry est une plaisante surprise bien que le budget ait dû être ultra-serré et la caméra semble presque plus paralysée dans l’appartement de l’auteur que dans le décor sur scène censé le représenter. Mais le sujet, cette variation ironique sur la vie et le théâtre (un écrivain est pris à partie par une femme qui s’estime diffamée et pense le tuer), est si original, si drolatique qu’on est constamment charmé.

CLUB DE FEMMES, premier film de Jacques Deval, vaut pour son sujet (cet hôtel réservé aux femmes), son ton un peu féministe et surtout pour l’interprétation exquise de Danielle Darrieux.

    

Pathé vient de sortir l’une des grandes réussites de Henri Decoin, merveilleusement écrite par Henri Jeanson, LES AMOUREUX SONT SEULS AU MONDE, où, comme on l’a dit ici même, Jouvet et la merveilleuse et fine Renée Devillers sont éblouissants (Dany Robin en paraît étriquée). Comme l’écrit Clara Laurent, la biographe de Darrieux sur le site L’Oeil du Témoin :

« Le 15 septembre 1948 sort sur les écrans un nouveau film d’Henri Decoin, Les Amoureux sont seuls au monde. La critique fait alors la fine bouche, le public boude le film. Didier Decoin, romancier et fils du réalisateur, se souvient pourtant que son père aimait beaucoup ce film avec Louis Jouvet, Renée Devillers et Dany Robin. Une œuvre profonde et très personnelle, dont la nouvelle édition Blu-ray chez Pathé (avril 2018) permet la redécouverte et la réévaluation. Analyse d’une pépite.
Un titre programmatique, une phrase prononcée par un des personnages du film, Monelle, incarnée par la jeune Dany Robin: « Les amoureux sont seuls au monde ». D’amour, il est bien question de bout en bout dans ce film qui débute comme une comédie sophistiquée et finit en tragédie. C’est Henri Jeanson qui est crédité au scénario mais il semble, d’après les recherches de Christophe Moussé, qu’Henri Decoin ait mis plus que la main à la pâte pour concocter cette histoire solidement charpentée. Il faut dire que Jeanson était plus doué pour les dialogues (brillants, parfois trop…) que pour la structure narrative des scénarios. Il faut remarquer aussi qu’Henri Decoin avait de quoi nourrir cette histoire de sa sensibilité et de son expérience personnelle. »

    

Sortie aussi de SYMPHONIE POUR UN MASSACRE de Jacques Deray, coécrit avec José Giovanni et Claude Sautet. Revu à Lyon, avec à coté de moi, Michelle Mercier qui insultait Jean Rochefort dès qu’il apparaissait sur l’écran. Il avait dit ou écrit que c’était une des plus mauvaises actrices avec qui il avait tourné, faisant allusion non à ce film où son rôle est minime mais à un des Angélique.

Lobster vient de sortir un fascinant coffret : CLOUZOT AVANT CLOUZOT dans lequel je vais me plonger.

FILMS DE L’EUROPE DE L’EST

Malavida a tant fait pour le cinéma tchèque (voyez ou revoyez L’AS DE PIQUE, LES AMOURS D’UNE BLONDE en hommage à Milos Forman, DU COURAGE POUR CHAQUE JOUR, TRAINS ÉTROITEMENT SURVEILLÉS, ALOUETTES, LE FIL A LA PATTE de Jiri Menzel, ce cinéaste funambule, ECLAIRAGE INTIME) et hongrois (le remarquable JOURS GLACÉS, 10 000 SOLEILS, LES GARÇONS DE LA RUE PAUL de Zoltan Fabbri, L’AGE DES ILLUSIONS et LES FAUCONS de Gaal et tant d’autres). Et l’éditeur vient de faire ressortir – en tout cas chez Gibert (car je n’arrive pas à les trouver sur leur site qui n’est pas très pratique) – plusieurs films du grand cinéaste polonais Jerzy Kawalerowicz dont MÈRE JEANNE DES ANGES et TRAIN DE NUIT que j’ai vanté ici-même et qu’il est bon de découvrir, ainsi qu’AUSTERIA que Philippe Haudiquet considérait comme un chef d’oeuvre.

On peut aussi trouver ces trois films restaurés en coffret dont voici la description : 1. TRAIN DE NUIT – Une place dans un wagon-lit à destination de Varsovie achetée à la sauvette lie d une manière inattendue une jeune femme et un homme. Martha cherche à rompre tandis que Jerzy, chirurgien, est bouleversé par la mort d’une adolescente sur sa table d’opération. La nouvelle d’un meurtre et de la présence de l’assassin dans le train vont venir troubler leur voyage… L’obsession plastique de Kawalerowicz se marie à merveille à une trame policière quasi hitchcockienne. Le huis clos est manié avec virtuosité, Zbigniew Cybulski trouve une nouvelle fois un rôle à sa mesure, et la copie restaurée permet d’apprécier un travail fabuleux sur le noir et blanc. 2. MÈRE JEANNE DES ANGES – Dans un cloître aux confins de la Pologne du XVIIIème siècle, Mère Jeanne et d’autres sœurs sont possédées par des démons. Le Père Suryn est envoyé au couvent pour les exorciser. Naît alors entre lui et Mère Jeanne une violente passion qu’aucun d’eux ne peut, ne sait et ne veut reconnaître. Sans doute le film le plus connu et le plus abouti de Kawalerowicz. Malgré sa condamnation par le Vatican à sa sortie, il ne concerne que très peu les problèmes de la foi. Ce qui intéresse Kawalerowicz, c’est la nature humaine, la liberté individuelle, les contraintes imposées ou acceptées volontairement. Une interrogation exprimée sous une forme assez virtuose et fascinante. 3. AUSTERIA – Le premier jour de la 1ère Guerre Mondiale, les Juifs d’une petite ville de Galicie, fuyant les Cosaques, passent par l’auberge du vieux Tag, juif lui aussi, esprit libre et frondeur, mais qui ne veut pas fuir une nouvelle fois. Mais dans cette nuit de tous les dangers, les réfugiés d’origines diverses qui arrivent successivement ont de plus en plus de mal à cohabiter entre eux… et avec le corps sans vie d’une jeune femme victime d’une balle perdue.

Parmi les autres films polonais, je veux encore rappeler LE DÉPART et FAUX SEMBLANT de Skolimowski.

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Commentaires (43)

 

  1. Segundo de V. ( Espagne ) dit :

    A Dumonteil et B.T.

     » They shoot horses … » Dans le roman est Frank Borzage, pas Mervin le Roy.

  2. SERVANT Jean-Pierre dit :

    Quelques découvertes ou redecouvertes vidéo en ce début d’été.

    CRISIS de RICHARD BROOKS (50) où CARY GRANT, chirurgien américain en vacances avec son épouse dans un pays d’Amérique Latine est pris en otage pour sauver le dictateur local (JOSÉ FERRER), atteint d’une tumeur au cerveau. Virtuose, superbement interprété, je le reçois souvent.

    LE REPAS DE NOCES (encore BROOKS, 59) d’après PADDY CHAYEFSKY. BETTE DAVIS et ERNEST BORGNINE, chauffeur de taxi qui veut se mettre à son compte, résiste tant bien que mal à son épouse DAVIS qui souhaite organiser un somptueux mariage pour leur fille. J’aime beaucoup.

    LE SECRET MAGNIFIQUE/TOUT CE QUE LE CIEL PERMET deux somptueux mélodrame en Technicolor de DOUGLAS SIRK agrémentés d’entretiens avec le réalisateur dans les années 80 à Lugano, sur les belles éditions Carlotta.

    BOULE DE SUIF de CHRISTIAN -JAQUE (1945), remarquable adaptation de deux oeuvres de MAUPASSANT où MICHELINE PRESLE est ahurissante de beauté, éclairée par CHRISTIAN MATRAS. Une distribution savoureuse. Le rôle de Fifi (LOUIS SALOU) aurait pu échoir à STROHEIM, mais il était juste sur le point de regagner Paris. Il faut revoir les films de CHRISTIAN-JAQUE…

    LE CHIEN JAUNE de JEAN TARRIDE (1932) de JEAN TARRIDE est je trouve une assez belle surprise avec son père, ABEL dans le rôle du commissaire Maigret, bien qu’il soit très en dessous des compositions de HARRY BAUR (on y revient !) ou même de PIERRE RENOIR. Pourtant il y a dans ce CHIEN JAUNE de très beaux extérieurs filmés à Concarneau (le port, la criée) qui apportent une réelle authenticité au récit. Et ROBERT LE VIGAN, fiévreux à souhait, annonce déjà ses futurs grands rôles.

    LA SEPARATION (MAURICE CAZENEUVE, 1968). Bien qu’il s’agisse d’un film tourné pour la télévision je le signale pour la qualité de son scénario (un vieil homme qui vient de perdre son épouse, sa moitié, sa raison d’être, ne trouvera de repos qu’en se laissant mourir sur sa tombe) et l’interprétation magistrale de CHARLES VANEL. (INA)

    COMANCHE STATION / THE TALL T deux des remarquables Westerns de la collaboration BOETTICHER / SCOTT. Admirables.

    THE WONDERFUL COUNTRY (ROBERT PARRISH, 1959) Martin Brady (MITCHUM) en quête d’une patrie. JULIE LONDON lumineuse et juste. Un de les films de chevet…

    SUMMERTIME / BRIEF ENCOUNTER / PASSIONATE FRIENDS
    Trois DAVID LEAN que je ne me lasse pas de revoir.

    THE LUSTY MEN (NICHOLES RAY, 1952) Cinquante ans que je n’avais pas revu ce film exceptionnel, découvert dans mon enfance un soir de programme minimum à la télévision en 1968.
    J’avais juste le souvenir de MITCHUM rampant sous la maison de son enfance à la recherche d’une vieille boîte en fer qui contenait un vieux pistolet déglingué, un illustré et quelques pièces de monnaies…
    C’est plus que celà. La vie dangereuse de ces hommes qui, pour de l’argent vite obtenu’obtenu’ risquent leurs vies en participant à des rodéos. C’est aussi l’envers du décor où les gagnants dilapider leurs gains en alcool et femmes faciles. C’est aussi les douloureux portrails de leurs femmes, resignees, angoissees, qui les suivent de ville en ville, s’attendant chaque jour au pire.
    Les stocks shots de rodéos (images souvent impressionnantes) se mêlent adroitement aux prises en studio.
    Tellement heureux de le redécouvrir sur DVD (merci l’Italie !)

    WILD BOYS OF THE ROAD (WELLMAN, 1933) court mais dense, sur une certaine jeunesse américaine en quête d’un emploi alors que leurs aînés sont déjà au chômage, lors de la crise économique des années trente. Dur, nerveux, juste.

    MANHATTAN MELODRAMA (W,S.VAN DYKE, 1934) Les trois dernières scènes du film sont admirables grâce aux interprétations de GABLE, POWELL et MIRNA LOY.

    THE MASK OF DIMITRIOS de JEAN NEGULESCO (1944) dormait sur mesétagères depuis (trop) longtemps. Quel régal! SIDNEY GREENSTREET et PETER LORRE (vieux complices) y sont savoureux, de même que le trop négligé ZACHARY SCOTT. Une sacrée belle découverte, manquée en son temps chez PATRICK BRION.

    Pour terminer, découverte hier soir de L’HOMME QUI REGARDAIT PASSER LES TRAINS (HAROLD FRENCH, 1953) d’après GEORGES SIMENON. Assez captivant et surtout dominé par l’interpretation de CLAUDE RAINS, toujours formidable. Quelques extérieurs parisiens en Technicolor plaisant et l’apparition fugitive d’ANOUK AIMÉE créditée Aimée ANOUK au générique de début et ANOUK au générique de fin.
    Un DVD espagnol de bonne qualité globale m’a permis enfin de le découvrir.

    Bon dimanche.

    • Dumonteil dit :

      WILD BOYS OF THE ROAD (WELLMAN, 1933) Un film poignant ,que j’ai déjà vu deux fois! il comporte des scènes sublimes :le jeune qui fait la roue sur le trottoir et réalise que son pote ne pourra plus jamais le faire ; le superbe plaidoyer devant le juge (VO obligatoire),aucun avocat de cinéma ne pourra égaler la même intensité ;la solidarité dans la misère ;c’est sublime je vous dis!!

      et « HEROES FOR SALE » (la même année) tout aussi grand ;dernière réplique bouleversante d’Aline McMahon : »il a tout donné et rien gardé pour lui » ;très proche de « I’m a fugitive from a chain gang  » de Mervyn Leroy *,il le surpasse presque

      l’oeuvre de Wellmann est un coffre au trésor qu’on n’a pas fini d’épuiser

      Et merci pour « le franciscain  » et Hardy Kruger !à deux,on est moins seul..

      *A Monsieur TAVERNIER :dans l’impressionnant film de POLLACK « they shoot horses don’t they ? »,Mervyn LeRoy assiste à ce « spectacle » ;cela est-il historiquement exact?J’ai dû le voir au moins 4 ou 5 fois et à chaque fois je me pose la question.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Dumonteil
        Je crois que c’est dans le roman. C’est plausible, vu les sujets qu’on abordait à la Warner où quelques films font allusion à ces marathons de danse

        • Dumonteil dit :

          à Monsieur TAVERNIER

          Je l’ai lu et McCoy ne cite pas de metteur en scène dans mon souvenir;mais votre explication est plausible ;merci.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Dumonteil
          Il me semble qu’il citait Borzage

  3. Dumonteil dit :

    « les pirates du rail » de Christian Jacque est certainement un des plus mauvais films d’une carrière pourtant riche.
    puisque l’on parle de Von Stroheim ,il faut le voir grimé en Asiatique-ayant-étudié- à -West- Point qui veut être gouverneur à la place du gouverneur !par respect pour ce grand homme ,évitez!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Dumonteil
      Et qui surtout manipule un nombre extravagant d’accessoires dans un temps très limité. Dans mon souvenir des jumelles, un porte carte, un monocle, un stick, une gourde de whisky ou d’alcool, un sabre et un révolver. Cela fascinait Noiret et on s’y referait constamment. Je pense que c’est lui qui a imposé toutes ces actions

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      A Dumonteil (STROHEIM) Nobody is perfect ! Justement moi, je me régale de ces « fantaisies vestimentaires et d’origine », souvent imposées par lui d’ailleurs. Dans un entretien donné au défunt magazine CINÉMATOGRAPHE dans les années 80, CHRISTIAN-JAQUE revenait sur ces idées parfois saugrenues d’Erich. Il racontait que pour les DISPARUS DE SAINT-AGIL,WIil voulait pour son rôle de professeur, porter une soutane agrémentée d’une immense croix dans le dos. JAQUE lui fit remarquer que dans un collège laïque, l’idée n’était pas heureuse. C’est lui qui lui a suggéré les deux paires de lunettes (une sur le nez, l’autre sur le front) et les cheveux coupés « en brosse », coupe que d’après CHRISTIAN-JAQUE, « il ne connaissait pas ». Emoustille par ces nouvelles propositions, STROHEIM avait rangé la chacun le ecclésiastique au placard.
      CHRISTIAN-JAQUE avait un très bon souvenir de sa collaboration avec lui.
      LES PIRATES DU RAIL n’est pas mauvais du tout à mon goût.
      Mais peut-être que ma profonde admiration pour l’auteur de GREED fait que je m’égaré…
      Au début des années 70, le ciné -club proposait un cycle STROHEIM (realisateur). Je me souviens que passant mon certificat d’études le lundi matin, mes parents n’avaient pas voulu (une des rares fois) que je veille pour regarder son film BLIND HUSBANDS. J’avais fait le forcing auprès de ma soeur plus jeune pour qu’elle le voit a ma pkace et m’en fasse un compte-rendu PRÉCIS. Nous en parlons encore en riant.
      Il compte tellement dans mon univers cinéphile.

      • Dumonteil dit :

        à JPS

        j’ai peut-être été un peu sévère pour ces pirates ;il y a de bonnes scènes :le train rempli de cadavres ,Simone Renant entrant chez le gouverneur et le trouvant mort , la folie de Suzy Prim….
        mais tout ce qui concerne VS ,franchement….et la Chine des années 30 ,Hergé la décrit mieux (aidé par un étudiant chinois ,il est vrai) dans »le lotus bleu » ,un guide chinois me l’a confirmé!

        Je pense cependant que « les disparus de saint-agil  » lui a laissé un meilleur souvenir (à VS)(et au cinéphile moyen aussi)

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Dumonteil : oui LES DISPARUS DE ST AGIL c’est d’un autre niveau. Découvert dans ma petite enfance (à la télé toujours), il fait partie ou même il est LE film qui m’a fait tomber « dans le chaudron de la passion du cinéma ».
          Je le revois toujours avec tendresse, émotion. Les répliques y sont magnifiques, TOUS les comédiens formidables. Il y a une scène qui m’avait fait « gamberger », c’est celle où STROHEIM assis derrière son bureau dans la chambre qu’il occupe au collège examine la carte « envoyée d’Amérique ». Il y a sur le bureau un cadre, avec la photo d’une femme et d’une fillette. Sa femme. Sa fille.
          Et là on peut essayer de retracer sa vie, l’absence de ses proches. A-t-il fuit son pays ? Il attend tout les jours une lettre qui n’arrive jamais.
          Il est très émouvant dans ce film. Il n’en fait pas trop. Il y paraît même d’une grande sincérité.
          La question que je me suis toujours posée c’est de savoir si dans le privé cet homme se prenait au sérieux. Malgré son abord froid, je n’en suis pas si sûr. Et je me souviens d’un commentaire du photographe ROGER CORBEAU dans un livre de portraits d’acteurs, qui disait en amorce d’une photo de STROHEIM : « Il paraissait hautain, et pourtant, qu’est-ce-qu’il était gentil ».
          Oui il y a beaucoup d’invraisemblances dans LES PIRATES… mais je m’y amuse énormément.

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Dumonteil : (BAUR). Bon sang j’oubliais sa composition du juge Porphyre face à Raskolnikov/PIERRE BLANCHAR dans le CRIME ET CHÂTIMENT de PIERRE CHENAL (1935), dans lequel je le trouve formidable (et BLANCHAR aussi d’ailleurs).

        • Bertrand Tavernier dit :

          A ERVANT Jean Pierre
          Vous avez raison et me donnez envie de revoir VOLPONE

      • Henri Patta dit :

        a SERVANT jean-pierre
        Merveilleuse anecdote au sujet de votre jeune soeur.
        Nous avons tous des souvenirs de films vus a la Tv « par ruse » car la diffusion était trop tardive par rapport a notre age.
        J ‘ai en mémoire en particulier le film FRIC FRAC avec Fernandel , Arletty , et michel Simon , regardé par un trou de serrure.
        Suite a la réplique de fernandel s ‘adressant a arletty : « j ‘eusse preferé que vous vinssiez seule « . Arletty se tournant vers michel Simon , dit:  » tu vois , je t ‘avais bien dit qu ‘il était intélligent , il parle méme les langues étrangéres. »
        Je fûs trahis par mes éclats de rire qui suivirent ce dialogue…..
        Pour en revenir a Harry Baur j ‘admire cet acteur.Et j ‘adore VOLPONE .Comment ne pas aimer un film ou Baur , Jouvet et Dullin sont réunis ?

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Henri Patta : nous avons tous ce type de souvenirs je crois.
          Curieusement pour VOLPONE j’avais lu – mais je ne sais plus où ! – des commentaires assez désagréables sur le film. C’est pourtant d’une finesse, d’une richesse ! De plus je l’ai revu il y a trois jours et l’édition René Chateau, annoncée « son et image d’origine » sur le boîtier, propose au contraire une rutilante copie image et son. Pas un scratch, pas une raillure et un son au top. Et là j’ai vraiment apprécié la prestation de BAUR et de ses prestigieux partenaires. Quels talents !

      • Denis Fargeat dit :

        A JPS
        Merci également pour ce souvenir d’enfance, l’occasion pour chacun de faire revenir les siens.
        Votre remarque sur le goût du déguisement de Stroheim – j’ignorais cet aspect, gaguesque dans ce que raconte Bertrand- me rappelle que Mocky fut son secrétaire… je me demande si le goût de ce dernier pour les défroques , postiches, dentiers improbables ne vient pas un peu de son aîné…. le rapprochement en tous cas me plaît bien.

  4. Julia-Nicole dit :

    Oui, Harry Baur est un immense acteur et, de plus, sa filmographie ne compte que peu de scories. Le Jean Valjean des MISERABLES de Raymond Bernard est peut-être son rôle le plus marquant, mais il est aussi impressionnant en Maigret dans LA TETE D’UN HOMME, ou en homme d’affaires blessé dans le formidable SAMSON de Maurice Tourneur. Même des compositions qui pourraient sembler outrancières à la première vision (LE PATRIOTE) sont en fait en parfaite adéquation avec l’esprit du film. Et dans la farce, il excelle aussi, comme son rôle de VOLPONE le prouve (je suis d’accord avec vous, Jean-Pierre Servant).
    A Denis Fargeat: vous faites erreur, LURED n’est jamais passé au Cinéma de minuit. PIEGES est passé 2 fois, en 1981 dans un cycle Robert Siodmak, et en 1995 dans un cycle Patrimoine français.
    A Bertrand Tavernier: Merci d’attirer l’attention sur LE ROI DES ROIS, que j’ai découvert récemment sur Arte, et qui m’a littéralement transportée. Il est difficile d’être insensible au souffle de ce film, et pourtant je ne suis guère portée sur les bondieuseries! SHOES, découvert aussi sur Arte, est une vraie réussite, très moderne.

    • Dumonteil dit :

      à JN

      je n’ai jamais vu « lured » qu’en VO ,mais peut-être est-il passé sous son titre français , »des femmes disparaissent » ? où peut-être Denis l’a-t-il vu sur une chaîne satellite genre ciné + classic?.Il me semble l’avoir vu sous ce titre dans les programmes.

      • Denis Fargeat dit :

        Merci à Dumonteil et Julia Nicole ( saperlotte, vous m’épatates! D’où tirez vous vos infos?)Et pourtant j’ai vu les deux à peu d’intervalle… en DVD peut-être. ( Attention , le titre français fait disparaître des filles, les femmes, c’est chez Molinaro en 1959, et la femme toute seule, Hitchcock en 38 … le temps passe et tout fout le camp…)

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      A Julia-Nicole : (HARRY BAUR) j’ai sûrement vus LE PATRIOTE et SAMSON, mais ils se sont évanouis dans ma mémoire.
      Par contre j’ai enfin découvert DAVID GOLDER de DUVIVIER (1930) et la destinée de son personnage, bien qu’issu d’un autre milieu social, m’a fait instantanément penser à celle de MOLLENARD. Il faut revoir ce DUVIVIER où BAUR est LE SEUL (à mon avis) à avoir un jeu d’un grand modernisme, ses partenaires étant eux, encore empêtrés dans les tics gestuels et vocaux du muet. Ça saute aux yeux dès le début du film.

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      BAUR : « tics gestuels et vocaux du muet ». Je me suis mal exprimé. Par « vocaux », ce n’est bien sûr pas lié au cinéma muet, mais au théâtre. Ils ont tendance à « déclamer ». BAUR, lui, assure !

  5. Dumonteil dit :

    bricoles (suite)

    j’avais oublié de dire combien j’appréciais « tumultes  » le meilleur Siodmak français ,qui soutient la comparaison avec les deux derniers :la lutte entre Boyer et son rival sur fond de feu d’artifice ,qui devient partie prenante de l’histoire ,à la manière du manège de « strangers on a train » ;et cette scène où Boyer tire un couteau devant sa maîtresse terrifiée….et s’en sert pour déguster une pomme!

    Et je le redis un coup : essayez de voir « les SS frappent la nuit » ,le sommet de la deuxième carrière allemande de Siodmak;ce que Litvak a à mon avis raté dans « night of the generals » ,RS le transcende ici.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A DUMONTEIL
      TUMULTES est un Siodmak allemand, la version française d’un film allemand. Une co production et il y a en effet d’autres Siodmak allemands fort bons, AU TOUR D’UNE ENQUETE et ABSCHIED, remarquable (scénario d’emeris pressurer). Je n’ai jamais vu LA VIE PARISIENNE et je suis d’accord avec vous sur MISTER FLOW, CARGAISON BLANCHE. Siodmak en avait marre de ces films de commandes et c’est pourquoi il a acheté lui même les droits de MOLLENARD

      • Dumonteil dit :

        à M.Tavernier

        C’est vrai;on pouvait tourner dans les deux langues;j’ai deux versions des « 5 gentlemans maudits »(1931) dans mes archives ;on retrouve ça beaucoup plus tard avec « Marianne de ma jeunesse  » qui existe en deux versions,dont seules les deux stars féminines sont communes aux deux.

  6. Dumonteil dit :

    quelques bricoles …

    « les amoureux sont seuls au monde » a deux fins ,je n’ai vu que la triste ,mais je suppose que le dvd doit offrir les deux,n’est-il pas vrai? Bien que ce ne soit pas un de mes Decoin préférés ,c’est un Decoin!Le prologue (ou le musicien « sérieux » joue des airs populaires et l’épilogue (le triste) sont mes moments préférés ; il y a des jolies scènes dans la forêt et ,à une époque où tous les films français (ou presque) optent pour des morceaux en anglais ,il est agréable d’entendre notre vieille chanson « à la claire fontaine  »
    Et si vous voulez savoir où M.TAVERNIER a trouvé la phrase d’introduction digne de Perrault ou des 1001 nuits de chaque épisode de son voyage,ne cherchez pas plus loin.à voir bien sûr

    « Adhémar  » est une fausse bonne idée (et j’aime Guitry,ne le prenez pas mal);l’idée de réunir les gens laids dans un lieu ,fût-il un château ,n’est-ce pas les couper du monde ,les « concentrer »
    ?Il y a une aimable parodie d’ Andromaque (Oreste et Pylade),c’est peu.

    « club de femmes  » j’en ai déjà parlé à propos de son remake ;le 1er film avec un casting 99% féminin ;le 1% vient du petit ami de Darrieux travesti pour entrer dans un pensionnat (de luxe ,avec piscine): « elle marche drôlement la cousine de Claire  » dit la directrice ;une audace quand même : une lesbienne qui a le malheur de tomber amoureuse de l’andouille de service à laquelle elle donne des leçons d’Aurtaugraphe ;elle aura le sort habituel des inverti(e)s;Darrieux est chouette et l’irrésistible Betty Stockfeld (qu’il faut aussi voir dans « Edouard et Caroline  » de Becker se moquer de l’anglais de l’oncle snob qui a étudié à Oxford)trop souvent oubliée.

    Siodmak : (à Denis) il y a bien un remake de Sirk de « pièges  » , »lured »;et je suis d’accord : Sanders c’est un plus par rapport à Chevalier,Karloff un moins par rapport à Von Stroheim
    j’ai dit que les bandes françaises de Siodmak d’avant « MOLLENARD  » sont peu enthousiasmantes ;oui par rapport à ses deux films finaux ;mais ils sont regardables (enfin certains)

    « le chemin de rio » ou « cargaison blanche » le second titre donne le sujet ; je sais que Aumont Jean-Pierre a peu de fans sur le blog ;j’en ai retenu deux lignes de Jeanson « pourquoi me réveilles-tu toujours quand je dors?/-Si tu ne dormais pas,je ne pourrais pas te réveiller « et un père de famille honorable « fournisseur de marchandises »; film conventionnel qui hésite entre la comédie et
    le film noir et perd sur les deux tableaux.

    « Mister Flow  » d’après Leroux ,avec Jouvet et Feuillère évoque plutôt Arséne Lupin (cité dans le film) ; c’est le plus connu des Siodmak français car un habitué des cinema de minuit et cine club.
    Scénario peu excitant .

    « la crise est finie » est une comédie agréable (quasi -musicale) avec Darrieux et Préjean ; un theâtre menacé par un escroc ;

    « le sexe faible » m’a laissé peu de souvenirs.

    Le film qui me tient le plus à coeur de ce message:
    « Le Franciscain de Bourges « :j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de ce film ,alors pourquoi changer d’avis?Oser ,en 1968,montrer un soldat nazi (et qui plus est un écclesiastique , pour un metteur en scène qui avait fait « l’auberge rouge » !),un  » saint « boche  » dans un enfer vivant , c’était presque aussi hardi que l’objecteur de « tu ne tueras point » ou la femme en blanc du « journal « ;et Hardy Kruger qui s’est investi dans le film au point de ne pas être payé (à vérifier) force le respect dans sa composition d’une sobriété exemplaire (sur ce plan il n’est pas très loin du Terzieff de « tu ne tueras point »);je serai sûrement le seul à défendre ce film ,mais s’il n’en reste qu’un…..

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      A Dumonteil : (LE FRANCISCAIN DE BOURGES) Tout à fait d’accord avec vous. Et HARDY KRUGER y est remarquable. Je le ressort pour ce soir du coup…

  7. Denis Fargeat dit :

    A Dumonteil
    Il me semble avoir vu « Pièges » il y a longtemps, dans un cycle « remakes » du cinéma de minuit , où il était confronté au « Lured » de Douglas Sirk, qui reprenait , outre le scénario, la musique de Michel Michelet – fait remarquable, à vérifier sur pièces. Effectivement , Stroheim était impressionnant, Karloff était plus dans l’auto parodie me semble-t-il. Je ne me souviens pas avoir vu Maurice Chevalier dans un rôle aussi trouble, chez Sirk le choix de Sanders amenait de l’ambiguité dès le départ … pardon si je dérive, mais on retrouve le même côté crépusculaire dans « Scandal in Paris », le Vidocq du même couple acteur-réalisateur tourné l’année précédente.
    Désolé si le post apparaît plusieurs fois, comme MB mon message est viré par le serveur à la façon d’un gorille de « Who framed Roger Rabitt » …

    • MB dit :

      à D Fargeat: ah bien je commençais à devenir parano… ce que je vois c’est qu’il semble que c’est publié avec retard.

  8. MB dit :

    « Je n’avais eu que peu de retour sur des Siodmak que j’avais défendus sur ce blog à commencer par MOLLENARD,  »
    Bertrand, sur la page du 26 juillet 2016 vous trouvez 3 retours sur le film de Siodmak (Rouxel, Ballantrae et JC Freycon), je recite JC Freycon qui a disparu des radars du blog:
    « Mollenard est un film fabuleux, d’une noirceur absolue, sans fioritures, brut pour ne pas dire brutal, entré dans mon panthéon depuis une trentaine d’années quand Brion (gloire à Brion) l’avait proposé au cinéma de minuit. Je m’étais jeté dessus lors de sa parution en dvd. »

    • Bertrand Tavernier dit :

      A MB
      Oubli

      • MB dit :

        à Bertrand: certes, ça me faisait surtout plaisir de re-citer JC Freycon, dont la présence manque.
        Autre chose: je ne retrouve pas si vous avez parlé de MAIGRET VOIT ROUGE de Grangier, qu’en pensez-vous? Les deux Delannoy … TEND UN PIEGE et L AFFAIRE ST FIACRE sont excellents vous l’avez dit.

  9. Damien D. dit :

    A Bertrand, merci pour cette chronique estivale

    THE BLOT (1921) de Lois Weber est désormais diponible en zone 2 chez Lobster dans un coffret réunissant les films des pionnières du cinéma. De la même Lois Weber on y découvrira aussi DISCONTENT (1916).
    Dans le même coffret des films américains d’Alice Guy Blaché, des films de Germaine Dulac entres autres… Encore une bien belle sortie !

    Disponible sur leur site ici :

    http://shop-lobsterfilms.com/fr/home/337-les-pionnieres-du-cinema.html

  10. SERVANT Jean-Pierre dit :

    Oui MOLLENARD de SIODMAK (1938) est un très grand film que je revois souvent. Qualité du scénario, de la mise en scène, de la photographie, des décors, de la musique et bien sûr de l’interprétation générale ou HARRY BAUR est exceptionnel dans le rôle titre, où il passe allègrement du commandant d’équipage vigoureux au « légume » terrassé par un accident cardiaque, sous la coupe d’une épouse froide qui le déteste,
    liguantmême ses enfants contre lui (GABRIELLE DORZIAT formidable). La deuxième partie du film (le retour à Dunkerque et les événements qui vont suivre) me semble être la plus forte, la plus intense, jusqu’au dénouement où Mollenard retrouve son véritable foyer, son navire, son équipage et l’océan.
    Pourquoi HARRY BAUR « acteur sous-estimé ? »
    Ne serait-ce plutôt pas « acteur oublié?  »
    Je l’ai personnellement découvert quand j’avais une dizaine d’années lors d’une diffusion à la télévision des MISERABLES de RAYMOND BERNARD (34) et il m’a marqué pour toujours. Il est le Jean Valjean de référence, inégalé à ce jour à mon avis.
    Je l’ai découvert récemment dans DAVID GOLDER de JULIEN DUVIVIER (1930), où je le trouve là encore exceptionnel.
    Souvent formidable comme sa composition de Monsieur Lepic très nuancée dans le POIL DE CAROTTE de DUVIVIER (32).
    Même sa création de VOLPONE de MAURICE TOURNEUR (39), qui ne fait pas toujours l’unanimité, m’enthousiasme toujours autant.
    Après Il y a quelques films où parfois il en fait des tonnes, comme dans ces productions à consonance russes, très en vogue dans les années 30. Pourtant j’aime beaucoup son Raspoutine dans le film de MARCEL L’HERBIER ou son TARASS BOULBA de GRANOVSKI (36) assez réjouissant à mon goût.
    Si on regarde sa carrière cinématographique « parlante » elle s’étend de 1930 (DAVID GOLDER) à ce triste SYMPHONIE D’UNE VIE (1942), tourné en Allemagne et qui est sa dernière création.
    Soit douze ans. En 43 il meurt. On l’oublie ?
    Malgré son immense talent, et il faut le reconnaître la rediffusion télévisée de ses films (plus beaucoup aujourd’hui c’est sûr), peut-être n’est-il plus vraiment connu que par les cinéphiles purs et durs.
    Dans son livre consacré à JEAN GABIN, ANDRÉ BRUNELIN rapportait que GABIN avait une vive admiration pour BAUR, qu’il plaçait bien au-dessus de RAIMU.
    Dans les films où je trouve BAUR formidable il y a aussi son rôle de dominicain dans le segment du CARNET DE BAL de DUVIVIER. Il y a cette longue scène où face à MARIE BELL, il revient sur ce qui l’a décidé à devenir ecclésiastique. Je revois souvent le film pour SON apparition. Il y est admirable.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A SERVANT jean Pierre
      Merci et Bravo. Oui harry saur est scandaleusement oublié et il est mort ASSASSINÉ sur une dénonciation française (voir le chapitre formidable que lui consacre Christine Le deux)

      • SERVANT Jean-Pierre dit :

        A Bertrand Tavernier : oui, le magnifique livre de Christine Leteux consacré à la CONTINENTAL, lève enfin le voile sur les circonstances de sa mort.
        Gageons que sans cette terrible fin, BAUR aurait eu encore des rôles formidables !

    • Dumonteil dit :

      à tous les deux :

      « pièges » ,qui est presque structuré comme un film à sketches , car il comprend en gros quatre parties ,est certainement le meilleur Siodmak français après « Mollenard,capitaine corsaire « ;contrairement à BT je trouve que Maurice Chevalier est déplacé dans un thriller (comment pourrait-on croire que celui qui chante « elle pleurait comme une madeleine » puisse être un criminel potentiel?)
      Par contre la courte apparition de Von Stroheim en couturier qui fait son défilé de mode devant un public inexistant est celle qui m’a le plus marqué ;un autre avatar du futur Max Von Mayerling ?Beaucoup de rôles de VS en France sont ingrats ,humiliants (voir « la foire aux chimères  » et « la danse macabre »);Pierre Renoir aussi est impressionnant.Et la scène avec le tic-tac wow!

      Quand on parle de Siodmak ,on pense souvent à ses grands films noirs américains ;le reste est oublié sauf « les hommes le dimanche » peut-être ;et pourtant en dehors il y a des oeuvres à redécouvrir: » autour d’une enquête » (voruntersuchung) « tumultes » que vous citez , »Brennendes Geheimnis  » (qui n’a pas de titre français ,lit .secret brûlant )sont de sa première période allemande ;les deux films français cités ,plus « mister flow » (tentative lupinesque que je trouve assez ratée,mais ce n’est pas l’avis de tous) et d’autres bandes moins enthousiasmantes sont le pre-hollywood ;il retrouve l’Allemagne en 1955 avec « les rats  » que surpassa cependant ‘Nachts ,wenn der Teufel kam  » (« les SS frappent la nuit  » étonnamment moderne ;la fin évoque « Monsieur Klein »,il y a des flashbacks subjectifs et une composition mémorable de Mario Adorf ) ; »l’affaire Nina B  » mériterait aussi une vision:son générique montre une carte de l’Allemagne déchirée .

      Harry Baur était l’acteur favori de Duvivier .Je n’ai pas grand chose à ajouter au passionnant texte de JPS . Il y a aussi « les 5 gentlemen maudits  » , »la tête d’un homme » ,d’après Simenon, »Golgotha « – ces 3 films sont abordés dans le voyage de BT- et le seul franc échec de leur collaboration « le golem » ;ceux cités par JPS sont la crème.

      • Denis Fargeat dit :

        A Dumonteil
        Il faut que je revoie « Pièges », je crois bien que ma dernière vision remonte à un cycle « remakes » du cinéma de minuit , où il était confronté au « Lured » de Sirk … qui outre le scénario, reprenait la musique de Michel Michelet, fait assez remarquable – à vérifier cependant , en comparant sur pièces. Stroheim était en effet assez impressionnant, il me semble que Karloff dans le même rôle était plus dans l’auto-parodie. Et je ne me souviens pas avoir vu Maurice Chevalier dans un rôle aussi trouble – drôle de héros , et chez Sirk, Sanders est un choix creusant cette ambiguité-là… je dérive, mais le même couple a engendré un « Vidocq » tout aussi crépusculaire.

      • SERVANT Jean-Pierre dit :

        A Dumonteil : (PIÈGES). Je n’ai qu’un souvenir vague de ce film, sauf le segment avec STROHEIM justement qui m’avait épaté. Sans doute aussi le fait que je suis un inconditionnel du bonhomme depuis l’enfance là encore. De mémoire, la prestation de CHEVALIER n’était pas mauvaise du tout d’ailleurs, et je rejoins l’avis de BERTRAND TAVERNIER sur MARIE DEA, comédienne rare, lumineuse, de grande classe!
        Je sais qu’il existe chez Gaumont Découverte sur DVD. Il faut que je le redécouvre.
        Vous citez « Les rôles ingrats » de STROHEIM et je veux en profiter pour dire encore tout le bien que je pense de cette FOIRE AUX CHIMERES (CHENAL, 1946) que pourtant son auteur n’aimait guère si j’en crois la présentation de PATRICK BRION lors de l’unique (?) diffusion du film au CINÉMA DE MINUIT il y a quelques années. Il y a dans cette FOIRE… une atmosphère particulière, un climat poétique indéniable, servi par STROHEIM et MADELEINE SOLOGNE et la photographie de PIERRE MONTAZEL. Je le revois une fois par an… parfois deux.
        Je n’ai à regret jamais pu voir cette DANSE DE MORT de MARCEL CRAVENNE dans laquelle – parait -il – STROHEIM aurait participé pour l’élaboration du scénario. A ma connaissance il n’existe pas d’édition DVD de ce film et je désespère le voir un jour.
        Des rôles ingrats, oui, mais avec quel panache !
        STROHEIM me ramène à BAUR (bien qu’ ils n’aient jamais travaillé ensemble), pour souligner sa magistrale interprétation de Maigret que vous rappelez dans votre commentaire.

      • Mathieu dit :

        A Dumonteil:
        Moi j’avais trouvé Chevalier très crédible dans un rôle dramatique, en particulier lors de la scène de l’interrogatoire à la PJ.

    • Pierrick Lafleur dit :

      Bien sûr vous avez tous les deux mille fois raison pour Mollenard. Il y aussi à côté de Baur Gabrielle Dorziat et dans un moindre rôle Robert Seller que j’aime beaucoup, en general dans des rôles de personnages veuls.

      Je trouve aussi Baur bien supérieur à Raimu ou disons qu’il est toujours intéressant, surprenant, quand Raimu peut être parfois en roues libres.

      Le scénario d’Oscar Paul’Gilbert, d’après son livre est très bien. Ce romancier-journaliste -reporter est aussi une personne intrigante, même si certaines de ses œuvres (du moins leur adaptation) sont pleines de clichés (les pirates du rail de Christian Jacque)

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