Films français : Duvivier, Decoin…

2 octobre 2014 par - DVD

QUAI DE GRENELLE comme l’écrit un contributeur anonyme de Wikipédia dont le texte sur le réalisateur Emile- Edwin Reinert est confondant de recherches, de documentation, « est avec dans les grands rôles Françoise Arnoul, Jean Tissier, Micheline Francey, Margo Lion et un Henri Vidal en chasseur de vipères assassin, un film toujours visionné aujourd’hui. Ce long métrage aborde le problème toujours actuel de la délinquance, à savoir comment certaines personnes devenues comme étrangères à leur histoire difficile, finissent par déraper, victimes d’un déterminisme implacable (prostituées, meurtriers, personnes désœuvrées), qui les pousse en glissade sur une pente savonneuse et les place en reclus au ban de la société. Mais c’est aussi en parallèle une histoire d’interactions entre deux classes sociales, le modeste quai de Grenelle d’alors et sur l’autre rive de la Seine les quartiers plus cossus du 16e arrondissement de Paris. La thématique de la fatalité, qui parcourt l’œuvre d’un bout à l’autre du film, a été mise entre autres en exergue par un critique de cinéma d’un journal suisse :

« Tel un virtuose, Reinert a libéré la mythologie fataliste grecque de sa gangue littéraire en la transposant au niveau de la réalité cinématographique de l’ici et maintenant. Même l’ambiguë question de la culpabilité humaine, qui souvent se manifeste comme une réaction réflexe dans des situations contraignantes, est ici dévoilée dans sa complexité causale. Les retombées de l’accomplissement du destin se révèlent semblables à une mélodie, tel un leitmotiv douloureux qui parcourt le film ; et même si l’origine de cette fatalité finit par se dévoiler, il est indéniable qu’il y a dans ce réalisateur un maître qui nous révèle, d’une façon éminemment artistique et presque entêtée, ce fatum à l’oeuvre dans les situations relationnelles de l’accomplissement de la vie. »

—  H.R., Neue Zürcher Zeitung, 27 mai 1951, édition du dimanche, no 1157. »

quaidegrenelleOn a l’impression de lire un article actuel du Monde et quand on regarde le film, on peut trouver ces éloges un tantinet survoltés et exagérés. Il faut dire que l’interprétation d’Henri Vidal (et l’écriture de son personnage qui ne fait que des conneries) plombe l’entreprise qui ne manque pas d’ambition. Il s’agit d’une adaptation du deuxième roman de Jacques Laurent écrit sous son nom et non plus signé Cecil Saint-Laurent et il participe au scénario. Laurent était un écrivain très talentueux, un Roger Vailland de droite (Lisez LES CORPS TRANQUILLES, son livre de souvenirs et plusieurs de ses romans à commencer par CAROLINE CHÉRIE qui est très bien écrit et divertissant malgré certains points de vue. Et il prit certaines positions, pour l’avortement, qui lui donnait une singularité. Il fut aussi le patron de Truffaut et des critiques de la Nouvelle vague). Reinert signe ici et là des plans insolites, bien photographiés, avec de vraies recherches visuelles mais l’abus des coïncidences, des péripéties mal construites finissent par avoir la peau du film. Et ce malgré une formidable création de Jean Tissier en antiquaire voyeur torve, gluant, louche, qui collectionne des chaussures et entretient des rapports tordus avec Maria Mauban. Dalban est pas mal en flic et Françoise Arnoul assez craquante même si son rôle d’appât est lourdement surligné. Parmi les nombreux autres films de Reinert, signalons RENDEZ-VOUS AVEC LA CHANCE qui bénéficia d’une super critique de Claude Mauriac, FANDANGO avec Luis Mariano et aussi des œuvres qu’il tourna en Angleterre ou en Allemagne comme l’INCONNU DES 5 CITÉS. Les qualités modestes de QUAI DE GRENELLE encouragent une curiosité précautionneuse.

cyranoetdartagnanCYRANO ET D’ARTAGNAN est, quand  on le revoit, un incroyable foutoir, tourné, filmé, monté n’importe comment (on peut penser que la coproduction et le budget sont pour beaucoup dans ces errements) : cadres approximatifs, plans très plats, raccords sidérants. Le doublage plombe la plupart des comédiens (sauf bien sûr Simon, Cassel et Noiret) et notamment Ferrer (quelle drôle d’idée de prendre un Américain dont on n’entendra pas la voix pour jouer Cyrano). Et Gance comme dans LE CAPITAINE FRACASSE ou LUCRÈCE BORGIA ne sait pas filmer l’espace. Tout reste brouillon, confus. Et pourtant le film dégage un vrai charme de par ses audaces : un dialogue souvent en vers, des chassé-croisé libertins plutôt gaillards et osés pour l’époque même si Sylva Koscina avec son inexpressivité abime son personnage (plus que Dahlia Lavi). Il y a des passages savoureux (« il est entré dans une brèche ou je ne l’attendais pas »). Le film et c’est une de ses vertus fait la part belle au Cyrano inventeur et la fin, ma foi, se révèle assez poignante et très personnelle.

LE RETOUR DE DON CAMILLO est un excellente surprise et ce film que je n’ai vu qu’à contre-cœur est un des meilleurs Duvivier. Brillamment réalisé, avec une magistrale utilisation des extérieurs (les séquences d’inondation sont étonnantes). Il y a même un  rêve qui est une séquence magistrale. Fernandel est très tenu et ses affrontements avec Gino Cervi, très savoureux et plein de bon sens. Duvivier aime les deux personnages et là, il met en sourdine son pessimisme qu’on a d’ailleurs un tantinet exagéré (cf. LE PAQUEBOT TENACITY, SOUS LE CIEL DE PARIS, MARIANNE DE MA JEUNESSE, LA FÊTE À HENRIETTE qui furent, hélas, souvent des échecs ou des films incompris). Delmont est étonnant, notamment dans la scène stupéfiante où il achète l’âme d’Alexandre Rignault. A découvrir et une fois de plus, saluons Lourcelles qui sut vanter ces deux films.

leretourdedoncamillo

VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS est le chef d’œuvre de Duvivier dans les années 50 et il n’a pas pris une ride. Magistrale évocation des Halles (recrées en studio), de la vie d’un restaurant (toutes les scènes de travail collectif peuvent rivaliser avec les meilleurs moments de GARÇON). Gabin et Delorme sont admirables. Ce film noir, avec des séquences d’une dureté inégalée (tout ce qui se passe à l’hôtel entre Delorme et sa mère) donne des airs de bluette à pas mal de films américains tant les auteurs se refusent à toute explication psychologique facile.

voiciletempsdesassassins  retouralaube

RETOUR À L’AUBE est aussi dans son genre un chef d’œuvre. Et pourtant le point de départ, ce mariage hongrois entre un chef de gare (Pierre Dux) et une très jeune femme (Darrieux au sommet de sa beauté) avec danse folklorique, fait prévoir le pire. C’est compter sans le talent de Decoin qui passe de manière furtive, invisible d’un registre à l’autre, change constamment de ton, de la comédie matrimoniale désenchantée à la rêverie lyrique. Lors du voyage à Budapest, le ton se fait plus aigu, plus âpre. Darrieux est confronté à des groupes qui veulent peser sur ses choix et la harcèlent : vendeuses qui tentent de lui faire acheter des masses d’habits et de colifichets, aristocrates esseulés qui tentent de la séduire. La séquence de la boîte de nuit où elle est soumise à toute une série de tentatives de séduction de la part de tous les soi-disant amis du comte qui la leur a présentée, étonne par son ton féministe. Et puis après un bel interlude romantique (qui n’est qu’un piège), Decoin fait basculer RETOUR À L’AUBE dans le film noir : l’arrestation de Jacques Dumesnil vu à travers une porte entrouverte est un plan anthologique et l’interrogatoire dans le commissariat (troisième groupe de personnages qui harcèle Darrieux) débouche sur trois ou quatre crises de nerfs, moment de virtuosité qui vous transperce tout comme les dernières minutes d’une dureté confondante.

Commentaires (346)

 

  1. Alexandre Angel dit :

    Vu RETOUR A L’AUBE dans une copie plus que correcte. Je ne maîtrise pas assez le sujet pour pouvoir définir le style Decoin mais de ce que j’en ressens (et au vu de ce que je lui connais), il apporte au matériau dont il a la charge une tonicité, un dynamisme dans la distinction (rehaussée par un beau noir et blanc notamment) qui empêchent la poussière de se déposer. Poussière qui menaçait de se répandre sur RETOUR A L’AUBE avec sa Hongrie de Boulogne-Billancourt et son intrigue prêtant le flanc aux résolutions enfantines de problématiques morales datées. Or, non seulement le film impulse à l’attention une discrète injonction à suivre ce qui se joue sur l’écran, mais en plus, quelque chose d’une classe discrète, investie, finit par survenir et surprendre: avec ses allures de variation sur le thème de Cendrillon, RETOUR A L’AUBE décline astucieusement les apprêts du conte (« Minuit, il est minuit »)pour mieux excuser le prétexte artificiel du décorum hongrois qui fait tant sourire pendant le premier quart d’heure. Decoin ne s’en contente pas. Son très probable goût de la noirceur rend le parcours de Danielle Darrieux (qui n’est pas très bonne lorsqu’elle joue l’ébriété mais nettement meilleure quand elle pète un nerf)plus sardonique que réellement mélodramatique.
    Et lorsque Jacques Dumesnil est en tête à tête, dans la chambre d’hôtel, avec Danielle Darrieux, la musique de Paul Misraki, dont le thème générique rime un peu avec « La Bohême » d’Aznavour (est-ce un hasard?), nous laisse imaginer qu’elle ne dépareillerait pas chez Alain Resnais, qu’elle soit orchestrée par Sondheim ou par d’autres.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alexandre Angel
      Bravo pour cette analyse percutante. Decoint parvient à passer d’un genre à l’autre, de la comédie domestique aux romantisme des premières désillusion, du conte de fées au conte social avec un point de vue féministe sur la goujaterie des hommes avant de basculer dans le film noir et on ne voit jamais les coutures. Je trouve que c’est du grand art

    • MB dit :

      à A Angel: commandé! STOP sur ma liste depuis un bail de tte façon STOP reviens sur LA FILLE DU BOIS MAUDIT découvert grâce à vous STOP bravo STOP.

  2. Jean-Luc Bernasconi dit :

    Merci pour ce Blog, Monsieur Tavernier.

    Je profite de celui-ci pour vous parlez d’un de vos films que je viens de revoir, Le juge et l’assassin. J’ai écouté avec attention l’interview accordée par vous et Philippe Noiret à propos du film, que j’apprécie beaucoup. Mais paradoxalement, et suite à la vision de cette interview, ce n’est pas pour les raisons qui semblent être les vôtres que ce film me touche. Certes, vous me direz que l’interprétation en art est infinie, et heureusement. Mais demeure toujours, pour le moins en filigrane, l’idée, le but, l’angle de l’auteur. Par-là, toute interprétation se doit aussi de comprendre adéquatement ce qu’elle interprète. Aussi, j’en viens à me demander si ma manière de voir ce film ne serait pas une erreur, une incompréhension de ma part.

    Ce qui me marque, m’intéresse et continue de m’interroger, c’est non pas l’aspect dualiste du juge et de l’assassin (aspect qui ressort fortement durant l’échange, me semble-t-il), mais davantage l’ambiguïté du juge, qui au demeurant fait tout-à-fait justement son office, face à la « sympathie » tout aussi ambiguë de l’assassin. C’est là où votre film me touche. Je me demande même si la personne qui faisait l’interview n’allait pas en ce sens, à un moment donné : « Ce juge pratique un sale jeu… avec le malheureux, avec guillemet ou sans guillemet, Bouvier ». Et Philippe Noiret de répliquer : « Nous le jugeons comme ça, maintenant… lui n’en a absolument pas conscience. » Enfin votre réplique : »Parce que l’autre et un tueur, quand même… un serial Killer »

    Or, ceci ne ferme-t-il pas le débat au sens de votre film ? Film qui paraît soulever d’abord toute la problématique du pouvoir telle qu’elle s’exprime à la même époque (Cf. Michel Foucault et son travail sur les prisons, sur le biopouvoir, et surtout le livre collectif qui reflète ce travail : « Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère… », livre qui sera adapté à l’écran par René Allio en 1976) ; et ensuite l’ambiguïté de la notion même de fou, pour le moins dans la perception que l’on peut en avoir. Car votre film ma paraît questionner la notion même de valeur à l’endroit du pouvoir, de la justice et de la folie.

    En d’autres termes, votre film me paraît mettre en avant à la fois la nécessité de la justice et la négativité du pouvoir, représenté par ce juge bourgeois qui espère la reconnaissance presque derrière chacun de ses actes : on finit de-ce-fait par se demander si la valeur de la justice ne serait pas « injuste » quand s’y mêle le vanité personnelle. Ensuite, et à l’inverse : apparaît l’évidence de la monstruosité de Bouvier en même temps que cette « sympathie » qui émane presque, comme un contre-coup, de l’agacement que l’on éprouve vis-à-vis des manières du juge. Par-là, votre film, en questionnant le pouvoir, la justice et la folie, nous oblige aussi à nous interroger sur nos propres valeurs, voire sur la relation que l’on a vis-à-vis de ces notions, qui sont d’abord des réalités du quotidien.

    Et c’est en cela que votre film me touche : parce qu’il me pousse à réfléchir sur les autres, mais d’abord sur moi (de même, pour demeurer dans la problématique du pouvoir, avec L627). Et c’est aussi cela qui m’a manqué durant l’interview.
    Mais je me rends compte aussi, en écrivant ce mail, qu’une interview ne permet pas de tout dire, et que c’est surtout pour vous adresser un remerciement sincère à l’égard de vos films que j’écris ici.
    Très chaleureusement…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Jean luc bernasconi
      Une interview n’aborde qu’une petite partie des intentions, de ce qui a motivé le film. Ailleurs, j’ai souvent fait référence au livre de Foucault

      • Jean-Luc Bernasconi dit :

        Je serais curieux de connaître votre avis sur certains films, dont les réalisateurs me paraissent peu évoqués ici : Barry Lyndon, Le Mépris, Fanny et Alexandre, Mama Roma… Simplement parce que je trouve qu’ils sont également sur la brèche : ils génèrent cette ambiguïté qui ouvre le point de vue plutôt que ça ne le ferme. Mais, et c’est une question que je vous pose : n’y a-t-il pas en chacun de ces films, comme dans les vôtres, une question, peut-être inconsciente, involontaire, mais qui s’imposerait au réalisateur : pourquoi faire un film ? A l’arrière fond du sujet traité, n’existe-t-il pas ce questionnement (ce qui semble évident pour Kubrick et Godard et peut-être moins pour Bergman et Pasolini…) ?

        Autres chose : j’ai beaucoup aimé les remarques faites sur « Le retour de Don Camillo », de Duvivier. Mais selon moi, elles valent aussi pour le premier, « Le petit monde de Don Camillo », même si le scénario du second me paraît meilleur…

        Et dans cette lignée, j’ai revu « La table aux crevés », de Verneuil : il me paraît ahurissant que ce réalisateur et pu faire ce film, ainsi que « Le Président », et même « Un singe en hiver », et puis… tout le reste… C’est comme s’il y avait deux projets en lui…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A jean-luc Bernasconi
          On a pas mal évoqué Kubrick dans ce blog et aussi Bergman mais FANNY ET ALEXANDRE n’était pas disponible.La carrière de Verneuil est erratique mais DES GENS SANS IMPORTANCE, voire MILLE MILLIARDS DE DOLLARS (malgré la photo assez moche)) sont des réussites surprenantes. Voyez aussi Maxime

  3. Rouxel dit :

    « Les vérités ne sont toujours pas révolutionnaires »tels sont les quelques mots qui clot l’excellent film-dossier »Cadavres exquis »de Francesco Rosi.Oeuvre quasiment invisible en format vhs ou dvd,le film à été diffusé à la tv française au cinéma de minuit dans un cycle de films politiques voire engagé.En pleine période de plomb,Rosi s’attelle à un projet ambitieux en nous décrivant les liens entre le parti démocrate chrétien,le parti communiste italien et les brigades rouges,tout en omettant pas la position du Vatican et le role de la mafia qui jouat « les nettoyeurs »au nom de la démocratie si chères à nos gouvernants!Ventura écrase par sa stature les autres personnages et démontre qu’il était un acteur de haute pointure.Le casting impressionne(Rey,Cuny,Vanel,Bozzufi,Salvatori,et Max von sydow)tous sont plein de crédibilité dans leurs jeux.Enfin je conseille à tous un film d’Olivier Assayas réalisé pour Canal+ »Carlos »qui brosse un portrait d’Illich Ramirez,devenu « ennemi public numero un »et qui fut donné par le gouvernement syrien aux services secrets français en 1994.Assayas s’en sort pas mal dans le portrait de ce vénézuélien qui rallia la cause palestienne durant les années 70.

    • Martin Brady dit :

      à Rouxel: CARLOS avait été conseillé dans le blog par Bertrand sinon je l’aurais jamais vu ayant un préjugé anti série Canal (c’est un film en trois parties de six ou sept heures)c’est excellent et contrairement à ce que dit le fils d’une des victimes de l’attentat du TGV ce n’est bien sûr pas à la gloire de Carlos. Il y a des gens qui croient que dés qu’un film est consacré à un personnage réel c’est pour lui rendre hommage, conception partielle du cinéma.

  4. Rouxel dit :

    On à souvent négliger le 13ème et dernier long métrage de Jean pierre Melville »Un flic »sorti en 1973(c’est bizzare car Melville commençait toujours ses tournages un 13 du mois!).L’homme au chapeau et aux lunettes de soleil cachait un visage qu’il ne supportait pas aux yeux des autres.Evidemment comme le souligne Jean françois Delon dans le supplément,la scène du train et de l’hélicoptère est assez faible(on voit bien que c’est une maquette reconstitué en studio à Boulogne)mais j’ai remarquer quelques incohérences:quand le commissaire(Delon)entre dans la boite de nuit et rend visite à Richard Crenna et Catherine Deneuve,ils vont vers le bar et commande trois whisky,qui servit une poignée de secondes après par le barman qui n’a pas oublier de verser des glaçons!!L’ambiance générale du film est lourde et tendue comme tous les polars de Melville,mais la particularité de ce film est qu’il y a très peu de dialogues entre les personnages.Melville met en avant les gros plans sur les regards qui se parlent.Enfin il est dommage que la chanson écrite par Charles Aznavour et interprétée par Isabelle Aubret en fin de générique soit coupée: »C’est ainsi que les choses arrivent ».

    • Martin Brady dit :

      à Rouxel: mais ce genre d’invraisemblances est légion, vous en avez loupé plein d’autres Melville s’en foutait et il faut garder le rythme!

  5. Rouxel dit :

    Diastème nous brosse un portrait brut de décoffrage dans son second long métrage »Un français ».D’une certaines façon,il remet les pendules à l’heure en nous secouant les consciences un peu endormies depuis 30 ans.C’est un film constat sur les dérives d’un jeune issue d’une banlieue parisienne déjà touchée par le chomage,la délinquance et l’économie souterraine qui arrange le pouvoir en place.Après la victoire du candidat Mitterrand en mai 81,le Front national à commencer à tracer ses sillons et ses discours primaires sur la place des étrangers en France,la haine des »bougnoules »et des »noirs »enfin la montée du chomage et de l’immigration de masse.Sans tomber dans le moralisme ambiant je dirais qu’il y a meme du bien dans le mal,c’est le point de vue du scénariste-réalisateur Diastème.La question que l’on doit se poser,pourquoi un film à caractère social et profondément encré dans la société française de 2015 est censuré par les cinémas Gaumont ou UGC?Le film est sorti en France avec seulement 60 copies alors que des productions hollywoodiennes sur des lézards géants inondent les écrans de toutes les grandes villes!!!Avec un peu de recul,le personnage principal est animé d’une espèce de redemption humaine qui tombe un peu dans la reliosité du bien et du mal. »Un français »reste malgré tout,un bon coup de pied dans la fourmillière politicienne.J’espère que ceux qui ont voter pour un véritable changement de société en 1981,ne sont pas tomber dans le panneau de l’extrème droite bien installer dans les médias.N’oublions pas que dans les années 70,le FN faisait un score ridicule aux élections en general.

  6. Rouxel dit :

    Bien avant »Les hommes du président »d’Alan.J.Pakula le cinéma s’est interessez à la presse et à ses liens liens avec la mafia. »les fous du roi »de Robert Rossen aborde l’histoire d’un paysan qui va accèder au poste de gouverneur en étant aidé par un journaliste qui démissionne.Au fil du film il y a une progression du personnage central qui sort des sentiers battus et va lors de sa campagne dire tout ce qu’il à sur le coeur concernant la condition de vies des paysans qui triment et sont à la botte des banques et de la mafia.La mise en scène de Rossen est nerveuse avec des plans assez rapides mais ce qui marque c’est le contenu des dialogues des personnages.

    • Rouxel dit :

      Dans la droite ligne « Des hommes du président »de Pakula,je vous conseille »Spotlight »de Tom Mac Carty sorti aujourd’hui en salles.Le film revient sur les accusations portés avec preuves à l’appui de plusieurs prètres accusés d’avoir abusés de jeunes enfants pendant une trentaine d’années à Boston.Les faits sont révélés en 2002,le réalisateur s’attache trop aux scènes interieures mais réussit les enquètes des journalistes qui déclenchèrent ce scandale alors que les USA était touché par « les attentats »de 2001 à New York.

  7. Martin Brady dit :

    VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS m’a paru meilleur qu’à la 1ère vision il y a des années à la tv et à l’époque je l’avais trouvé seulement bon! Je m’étais concentré sur les personnages de Delorme et sa mère (Lucienne Bogaert) alors que Duvivier en souligne plusieurs aussi peu recommandables. Deux mères abusives et réellement mauvaises, Bogaert mais surtout la mère de Gabin, Germaine Kerjean qui tue un poulet à coup de fouet (ça garde le sang, c’est meilleur!…) Lourcelles d’ailleurs ajoute une délicieuse mère de remplacement pour Gabin: Gabrielle Fontan « Mme Jules », à ce trio de mauvaises femmes, la taxant d’hypocrite là j’ai pas compris. Ce qu’on voit c’est que hors cette « garce » désignée jouée par Danièle Delorme on a un Gabin, restaurateur installé comme un coq en pâte dans sa fonction de chef prestigieux, qui tombe dans le panneau grossier des manoeuvres de Delorme pour le brouiller avec Gérard Blain. Gabin cauteleux dans ses rapports avec les notables, servile avec sa mère bien que protestant auprès d’elle « Je suis plus un gamin, t’occupes pas de mes affaires! » ne trouve rien de mieux quand il a enfin compris la duplicité de Delorme que de la confier à la garde de la maman au lieu de se conduire en adulte et d’affronter ça tout seul. A force de strates ajoutées patiemment par les scénaristes (il y a quatre noms dont JD pour signer histoire, adaptation et dialogues) et en même temps que Delorme se porte peu à peu vers l’ignoble (càd le meurtre spontané qu’elle commet plus par hystérie naïve ou enfantine que par machination froide, on voit plus là une enfant capricieuse désespérée qu’une salope!) inversement le spectateur se sent porté lui, à trouver de plus en plus de circonstances atténuantes en sa faveur, même si le chien César gagne un énorme capital sympathie de la part du spectateur au final!
    Petite erreur de Lourcelles: à la fin ce n’est pas Gabin qui entraîne Delorme vers l’hôtel borgne où croupit la mère de celle-ci mais Delorme qui s’enfuit pour s’y réfugier poursuivie par César tous deux poursuivis par Gabin et là on voit que c’est pas facile de défoncer une porte fermée à coups d’épaule. Le ton de ce film de 56 est plus moderne que certains films policiers plan-plan tournés dans les années 60 qui ont étés légion et je vais pas citer de titres!
    Petit détail: qui a fermé à clef la porte dans laquelle se trouvent Delorme et César et que Gabin essaie péniblement d’enfoncer? Réponse: on s’en fout!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Martin Brady
      Je crois que les principaux scénaristes sont Duvivier et Maurice Bessy. Lequel Duvivier écrit aussi la chanson du film. Avez vous remarqué que dans l’auberge, on entend Le temps des Cerise choix qui va à contrario de la scène pou qui en souligne des éléments cachés. A signaler aussi la justesse de la description des métiers. Gabin n’est pas servile vis à vis des puissants. Il est madré et diplomate comme tant de restaurateurs mais refuse de servir un coca cola. Il est attentionné avec son personnel. Il ne sait pas se débrouiller dans certaines situations

      • Martin Brady dit :

        à Bertrand: je l’ai revu une deuxième fois! Je souligne aussi la justesse des seconds rôles, Kerjean, Fontan et Bogaert que j’ai trouvée encore plus juste à la deuxième vision, elle arrive à faire passer une réplique énorme, projetant l’assassinat de Gabin: « Ah non le chloroforme c’est zéro, d’abord ça empeste et pis faut 5 minutes pour endormir le bonhomme et pis… faut lui demander la permission. Non non! ». Le personnage est très contrasté, elle aime vraiment sa fille. De même Kerjean qui est vraiment une « peau de vache » arrive par un éclair dans les yeux à signaler l’amour la joie que lui procure une visite de son fiston.
        Gabrielle Fontan est capable de capter l’attention du spectateur en se contentant d’entrer dans une pièce sans dire un mot! J’ai repéré le temps des cerises joué au piano vers la fin dans l’auberge de Lagny mais il faut que je retrouve les paroles pour comprendre votre remarque. En tout cas, l’un des meilleurs Duvivier de fin de carrière.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Martin Brady
          Tout à fait d’accord même s’il y a quelques scènes réussies dans le DIABLE ET LES 10 COMMANDEMENTS (Darrieux/Delon, Fernandel, de Funes). Le principe et la liaison des histoires est arbitraire, peu payante, voire irritante. Vecchiali adore L’HOMME A L’IMPERMÉABLE et il est très indulgent pour LA CHAMBRE ARDENTE

        • Martin Brady dit :

          à Bertrand: avez-vous revu L AFFAIRE MAURIZIUS et je ne sais pas ce qu’il en est de MARIANNE très connu et j’ai fouillé dans le blog!(les deux films tournés en Allemagne). L’avant-dernier, CHAIR DE POULE n’est pas du tout anodin MALGRE les minéraux et inexpressifs Hossein et Sorel, Rouvel est très bien et Lucien Raimbourg compose un personnage de marginal incroyable, en fait Duvivier s’est très bien adapté à un genre « noir » assez sobre de style et violent, avec celui-ci et LES ASSASSINS. Très belle chanson de générique écrite en effet par Duvivier et chantée par Germaine Montero.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Martin Brady
          Je parle de MAURIZIUS dans une prochaine chronique. Decevant après un début très prometteur et bien mis en scène. Le scénario claudique, trop explicatif, lourd sans retenir ce qui fait sans doute la force du livre et Gelin n’est pas crédible en héros tragique hanté. La trame policière parait faible. Il y a des recherches visuelles, de décor. Il faut jeter un oeil sur LES 5 GENTLEMENT MAUDITS malgré un sujet inepte (de Duvivier) et des acteurs de douzième ordre. Le Vigan avec un faux accent anglais. Seul Harry Baur est royal et fait des trucs insensés. Mais la mise en scène est souvent brillantes avec une manière de filmer les extérieurs qui coupe le souffle (travellings dans un marché marocain, dans des passages couverts, poursuite sur les remparts, dans la foule)

      • Mathieu dit :

        A Bertrand:
        Gabin refuse de servir un coca et si je me souviens bien dans la guinguette de sa mère on voit un frigo avec une grosse enseigne Coca-Cola. Est-ce voulu? les décors sont admirables dans ce film, en particulier le quartier des halles et le restaurant de Gabin (« Au rendez-vous des Innocents »!), et la photo aussi, ce qui fait que lorsque l’on quitte les décors de studio pour des plans d’extérieurs dans Paris, la jonction se fait insensiblement, ce qui est assez rare dans le cinéma français de l’époque je trouve. Je pense notamment à Melville, qui mélange souvent extérieurs réels dans Paris et décors de studio sans souci d’homogénéité. Par exemple dans LE DOULOS revu il y a quelque temps sur Arte, il y a une scène où Belmondo file Reggiani dans le métro, entre dans une cabine téléphonique qui sent le contreplaqué et la lampe tungstène alors que les plans suivants montrant Reggiani attendant puis montant dans une rame de métro sont tournés en décor et lumière naturels, le plafonnier du wagon creusant les traits de Reggiani, et avec une pellicule avec un grain beaucoup plus gros, ça empêche de croire à la continuité des plans et d’entrer dans le film.

        • Martin Brady dit :

          merci, à part ça j’ai regretté qu’il n’y ait pas plus de plans de rue, l’approche de l’hôtel borgne est superbe des étais soutiennent un mur d’immeuble qui commence à faiblir. On en voit de moins en moins de nos jours sinon jamais mais dix ans après la guerre ça devait être fréquent. L’hôtel borgne (« Le Charolais ») est très bien conçu ou choisi (studio?) avec cet escalier qui tourne à l’intérieur des appartements disposés en carré permettant de filmer Gabin en plongée et toute la cage, Bogaert écroulée sur les marches, la porte ouverte de la chambre où César s’est vengé de Delorme, et le patron remontant accompagné d’un flic croisant Gabin (sans l’interpeller d’ailleurs!).
          Le patron de l’hôtel (Maxime Fabert) est formidable, quel pète-sec insensible! j’ai quasiment éclaté de rire quand il sort « Je tiens une maison honorable, moi madame! ».

        • Mathieu dit :

          A Martin-Brady:
          Il me semble avoir vu dans les années 80 la rue de Nevers (près de la rue Dauphine, dans le VI° arr.) longtemps barrée en hauteur par de semblables étais. Pour moi l’intérieur de l’hôtel et la cage d’escalier dans VOICI LE TEMPS.. sont des décors de studio, mais ma dernière vision du film date de l’année dernière.
          Pour ceux qui s’intéressent aux extérieurs parisiens utilisés au cinéma, de Feuillade à Rivette, ce blog (en anglais):
          http://www.thecinetourist.net/

        • Edward dit :

          Pour une interprétation de la présence du Coca-Cola et de l’attitude des protagonistes à son égard dans les films français de l’après-guerre, je vous conseille la lecture de « le film noir français face aux bouleversements de la France d’après-guerre 1946-1960 » de Thomas Pillard chez Joseph K.
          N’ayant pas vécu cette époque et ne connaissant pas les motivations des scénaristes et réalisateurs cités, je me demande si la misogynie et l’anti-américanisme relevés par Thomas Pillard dans certains films de cette époque avaient les motifs et la portée que celui-ci leur attribue. Autrement dit, est-ce que ces réalisateurs et scénaristes avaient la volonté de défendre une attitude rétrograde qui leur paraissait légitime ou ne faisaient-ils que raconter une histoire ?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Edward
          Des exemples avant que je lise le livre

        • Martin Brady dit :

          à Mathieu: la cage d’escalier est sûrement du studio étant donné la rareté de ce type de construction. Je râle toujours quand on arrive pas à lire les plaques de rue dans les films. Je viens de voir UN MAUVAIS GARCON et on reconnaît très bien le mur de la prison de la Santé il a exactement le même aspect aujourd’hui! (a priori).

        • Edward dit :

          A B.T. : en ce qui concerne la misogynie qui s’expliquerait par le climat ambiant de l’après-guerre, l’auteur met en exergue MANON de Clouzot et MANEGES d’Allegret. En ce qui concerne le rejet de la modernité que l’américanisation de la société française de l’époque représenterait, il cite précisément VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, à l’inverse de TOUCHEZ PAS AU GRISBI qui illustrerait, par la scène où Max et Riton mangent des biscottes et du fois gras accompagné de vin dans l’appartement particulièrement moderne pour l’époque de Max, une domestication française possible du mode de vie américain. Ceci n’est qu’un résumé partiel et à gros traits de certains propos de l’ouvrage qui, en ce qui me concerne, ouvre à la réflexion tant sur cette époque que sur la motivation des auteurs des films cités dans l’ouvrage (qui sont évidemment plus nombreux que les 4 précités et dont les niveaux de lecture dépassent la place de la femme dans la société française de l’époque et la manière dont cette société aborde l’american way of life).

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Edward
          Difficile de faire la moindre généralisation à partir de VOIC LE TEMPS DES ASSASSINS (contrairement à MANÈGES dont la noirceur traduit le climat de l’époque et l’influence de Sartre et consorts sur Jacques Sigurd). Le Duvivier est un cas à part. A Danielle Delorme qui lui demandait des explications sur le personnages, qui cherchait des raisons, Duvivier répondit : « il y a certaines femmes qui sont blondes ou brunes ou châtains. Elle elle est méchante, comme d’autres sont brunes ». Direction lumineuse d’intelligence dans son économie. Et il me semble que Max et Riton refusent en mangeant du foie gras lamerican way of life

        • Martin Brady dit :

          à Mathieu: Je rajoute un autre site sur les lieux de tournage:
          http://www.l2tc.com/index.php

        • Edward dit :

          A B.T. Concernant la scène des biscottes, elle est présentée de la manière suivante : Max a équipé son appartement de la modernité et du confort qu’apporte l’Amérique, telles qu’une salle de bain et une cuisine qui contrastent avec ce que connaissaient les Français jusque-là mais ne renonce pas pour autant à sa francité qu’illustre la nourriture qui reste une fierté nationale. C’est en cela que l’auteur estime que Max prend l’un sans renoncer à l’autre et que le film montre qu’il est possible de profiter des apports de la société américaine qui, par contraste, met en évidence la caractère archaïque de certains aspects de la France d’après-guerre et de continuer à revendiquer sa francité dans ce qu’elle a de plus caractéristique.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Edward
          Pas idiot et cela correspond bien à la démarche de Becker

        • Mathieu dit :

          A Edward:
          Pour moi l’appartement moderne (et vide) de Gabin dans TOUCHEZ PAS AU GRISBI de même que le recours aux biscottes traduit plutôt la solitude du personnage et l’échec de sa vie malgré sa réussite matérielle.

        • Martin Brady dit :

          à M: c’est ce que j’ai ressenti: un appartement glacé et hostile, un vide une tristesse, et le foie gras c’est bon mais pas avec des biscottes, c’est tout en contrastes cette scène.

  8. Martin-Brady dit :

    Samedi dernier, Michel Ciment a reçu Raphaël Personnaz dans son émission, ça vaut la peine car on peut écouter ce jeune acteur intelligent et simple ailleurs que dans une interview éclair type émission mi variétés mi culture, bien sûr il parle de Bertrand comme ayant été le tournant décisif: il n’était pas du tout prévu pour un grand rôle pour LA PRINCESSE. « nice to see a smart kid for a change! » comme disait JT Chance dans RIO BRAVO. Espérons que Raphaël ne se laissera pas piéger par les crocodiles de Navarre et Hollywood, le succès c’est bien mais. pas de biopic, Raphaël!
    Samedi prochain (JCF, MP, yoho!), Ciment choisit John Ford sans doute pour le bouquin collectif qui vient de sortir. Ces émissions sont écoutables pendant un bail sinon je me donnerais pas la peine de les signaler (France Culture, Projection Privée).

    • Jean-charles freycon dit :

      Ah… merci pour l’info… Mais je suis très souvent dans mon canapé les samedis (et pas que les samedis) vers les 15 heures à écouter France Culture même si je ne connais pas toujours le programme à l’avance… Ah, John Ford, quand même, hein, c’est chouette…

  9. Rupert Pupkin dit :

    J’ai 15 ans et je suis en train de lire votre passionnante bible cinématographique : 50 ans de cinéma américain.
    J’ai remarqué que dans la filmographie ainsi que l’article qui concernent Martin Scorcese, vous avez orthographié son premier long métrage  » Who’that Knocking at My Door » avec un point d’interrogation. Or le titre officiel de ce film n’en possède pas.
    La présence de cette marque de ponctuation porterait malheur, selon les croyances de l’industrie du cinéma hollywoodien.
    Malheureusement, je n’ai pu trouver de source officielle en expliquant les raisons.
    Toutefois, beaucoup de réalisateurs appliquent cette règle, tel Robert Zemeckis dans son film « Who framed roger Rabbit »
    Vous préparez actuellement, on le sait, une nouvelle version de ce dictionnaire cinématographique et j’ai cru bon de vous le signaler.

  10. Gilles dit :

    En effet j’espère qu’un jour on pourra voir « le petit roi » de Duvivier, une personne m’as dit que peut etre le cinéma de minuit vas le diffuser, j’espère que ce seras le cas! Voir des acteurs comme Lynen, Le Vigan c’est toujours du bonheur!

  11. Rouxel dit :

    Il y a 50 ans Raymond Borde et une bande de fous furieux crées la cinémathèque de Toulouse.En cette fin d’année le programme est alléchant avec une retrospective sur « Les franc-tireurs »du cinéma français:Luc Moullet,Jean Daniel Pollet et Paul Vechialli à qui l’on doit l’excellent ouvrage sur le cinéma des années 30.La médiathèque José Cabanis s’associe à cet anniversaire en nous proposant une exposition d’affiches de films ainsi que des photographies noir et blanc et couleurs de réalisateurs,scénaristes,directeurs de la photos ou des portraits dédicacés d’acteurs et d’actrices.La cinémathèque met aussi l’accent sur les productions Mosfilm avec trois films à revoir: »L’obier rouge »de Choukchine, »La nuit du carnaval »de Ryazanov puis « L’assassin du tsar »de Shakhnazarov avec Malcolm mac dowell et Oleg Yankowsky(Un patient interné déclare avoir assassiné le tsar Nicolas 2 et sa famille)ces trois films sont projetés en version restaurée.Le point d’orgue est fixé au 13 décembre prochain avec la version d’Henri Fescourt des »Misérables »qui date de 1925.Jean Gallois écrivait dans Le Matin le 25 décembre 1925:En de vastes tableaux composés avec une large comprehension de l’oeuvre inspiratrice,Henri Fescourt a condensé toute la poignante beauté et toute la grandeur du gigantesque poème…Pas à pas,il suit la trame symbolique tissée par le poète et la reconstitue en une ligne sobre et vigoureuse,d’une pureté absolument classique.Une exposition est proposée jusqu’au 4 janvier prochain grace aux collections de la Cinémathèque,de la Fondation Jerome Seydoux-Pathé,de Lenny Borger et du Centre National du cinéma et de l’image animée.En janvier prochain la cinémathèque proposera un cycle aux Tourneur,père et fils suivit en février d’une retrospective sur les films de Julio Bressane.

  12. Thierry B dit :

    A Rouxel

    Je suis content de vous lire conseiller deux films du réalisateur Pierre Chenal. Je l’apprécie également et j’ai à conseiller deux de ses films :
    – Rafles sur la Ville avec Michel Piccoli, Danik Patisson et Mouloudji (il me semble croire que c’est un film que Bertrand Tavernier apprécie aussi car il en parle dans ses entretiens « le cinéma dans le sang »)
    -plus rare, je conseille aussi le très joli « Foire Aux Chimères » (46) avec Madeleine Sologne et Erich Von Stroheim. À noter qu’il s’agit de la première apparition au cinéma du comédien Yves Vincent et de Line Renaud

    Bonne suite à toutes et tous
    Thierry

  13. Rouxel dit :

    Fritz Lang disait que le film de Raymond Bernard »Les croix de bois »était le plus representatif de la première guerre mondiale.En effet grace à Pathé on retrouve une copie restaurée de qualité parfaite autant les images que le son qui à été dépoussierer au niveau du souffle.C’est l’horreur des hommes dans toute sa splendeur,avec la boue des tranchés,la pluie qui ne cesse de tomber.Dans le supplément on apprend que le film à été tourné à Verdun et ses environs et que plusieurs figurants et techniciens ont retrouvés des cadavres de soldats ensevelis sous des mètres de terre.Un film que les enseignants devraient projeter dans les collèges et lycées de France.On ne peut 100 ans après tirer un trait sur ces gueules cassés et ces fameux poilus.Bertrand nous as offert deux grands films sur le sujet,merci à lui.

    • Martin-Brady dit :

      à propos des CROIX DE BOIS, je viens de lire dans la bio de H Hawks par MacCarthy que son film de 1936, ROAD TO GLORY, reprenait beaucoup d’extraits du film de Bernard. Zanuck avait acheté les droits parce qu’il trouvait les scènes de bataille formidables et trop coûteux de les imiter! quel caviardage et quel mépris pour l’oeuvre aussi! le film de Bernard n’est jamais sorti en salles aux USA.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Martin Brady
        Exact et le film reprend aussi des scènes du film mais est très inférieur au film de Bernard, ce que personne ne voulait admettre dans les années 60/70

        • Martin-Brady dit :

          à Bertrand: oui, et bio de McCarthy absolument passionnante, analogue au McBride/Ford. Ce Hawks était quand même un drôle d’oiseau, relire ses interviews après ça et tout remettre en question car il mentait comme un arracheur de dents et se donnait toujours le beau rôle!
          McBride fait une remarque intéressante: à propos de SEULS LES ANGES, Hawks était persuadé que la réussite du film était lié à l’aspect documentaire auquel il tenait plus que tout, or le film n’est pas du tout séduisant à cause de ça mais en tant qu’étude de caractères: l’amour la mort le masculin le féminin etc.
          Par contre il ne commente pas toute la balance très futée mise en place entre la couardise et l’héroïsme avec le rôle génial de Kilgallon (idée magnifique de HH de convaincre Barthelmess de garder les cicatrices qu’il avait récoltées d’une chirurgie esthétique à Paris et de ne pas chausser ses talonettes habituelles car tout ça convenait très bien à son personnage de damné). mais si je commence avec Kilgallon… (McBride ne commente pas non plus l’idée de confier son premier rôle de dur à Grant qui venait des comédies légères, on ne sait pas comment les producteurs ont accepté ça…)
          http://actes-sud.fr/catalogue/arts/hawks

        • Martin-Brady dit :

          désolé à la fin c’est McCarthy et pas McBride.

  14. Rouxel dit :

    Il y a des films qui marque dans une vie de cinéphiles qu’ont soit athée ou croyant. »Sous le soleil de satan »de Maurice Pialat est une oeuvre forte de la part d’un cinéaste rebelle et enragé dans ses engagements d’homme.On retrouve un curé de campagne robuste campé justement par Gérard Depardieu au sommet de son art.On ressent la fragilité et les doutes de ce prètre emplit d’une force interieure qui tient le film jusqu’à la fin.La photographie magnifique des paysages et des clair-obscur apporte à l’ensemble une force incroyable aux images.Apparemment Pialat n’était un réalisateur commode avec les acteurs ou les techniciens,il lui arrivait de rentrer dans des colères noires pour des détails techniques.Je demande à Bertrand si il a croiser le chemin de Maurice Pialat ce réalisateur hors-norme.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Rouxel
      Oui j’ai croisé sa route mais ne peux répondre en qques lignes. Dans la vie, MP pouvait être exaspérant, odieux, drôle et irritant avec sa amnière de démolir tout le monde (je me moquais de lui en le comparant à Autant Lara). Il pouvait aussi se dénigrer, déclarer que la MAISON des BOIS c’était nul mais gare à celui qui approuvait ces critiques. Ses films témoignent d’une générosité qu’il n’avait pas dans la vie, ayant sans doute beaucoup dégusté

      • ballantrae dit :

        Quel cinéaste! Inclassable, comme la plupart des grands auteurs apparus après la Nouvelle Vague qui chacun dans leur genre surent s’affirmer dans leur singularité: sensibilité et subtilité chez Sautet, foi dans le langage chez Eustache, légèreté élégante chez Deville, légèreté trépidante chez Rappeneau,regard pudique,parfois ironique et documenté chez vous Bertrand, âpreté d’écorché vif pour Pialat,sens du genre chez Corneau.
        Toute une génération passionnante qui n’eut pas toujours l’heur de bénéficier de la reconnaissance critique méritée.Si Eustache et Pialat purent être adoubés assez vite, d’autres cinéastes (tous les autres!!!) durent affronter parfois la manie des classifications post Nouvelle Vague: n’entrant pas dans LA case qu’il faut, ils ne furent pas considérés par le pan de la critique qui s’avère trop influencé par les Cahiers (qui ds les 70′ étaient d’ailleurs dans une mauvaise passe marxisto-sémiotico-analytique).
        Dans votre histoire du cinéma français, je suppose que ce chapitre sera délicat à traiter dans la mesure où vous y apparaissez en bonne place en compagnie d’amis chers:Cl Sautet, A Corneau, JP Rappeneau…
        Je crois me rappeler que Scorsese dans son American journey avait fait l’impasse sur De Palma, Coppola,Spielberg soit sur les potes.Quid de votre optique????
        Et pourtant,comme le dit très intelligemment M Ciment dans son décidément indispensable Cinéma en partage « l’attitude de la presse à l’égard du cinéma français est cyclothymique. »
        La question de la taxonomie des cinéastes pour votre parcours doit être sacrément épineuse:choix chronologique? choix thématique (style: les mavericks, les classiques, l’avant garde…)? influences?
        Bref, on attend avec impatience et ce Voyage dans le cinéma français et 100 (?) ans de cinéma américain.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Je m’arrète comme Scorsese, avant de passer à la mise en scène. Je peux évoquer des cinéastes de la Nouvelle vague que j’ai côtoyé et défendu (Godard, Demy, Varda, Chabrol, Truffaut aussi) et des cinéastes un peu en dehors : Deville pour ses deux premiers films, Schoendoerffer, rappeneau, Pialat, Eustache (dont Mac Mahon distribution) a distribué le Pere Noel,Cavalier (une note très favorable dans les Cahiers. J’étais le seul à vouloir defendre le film) comme Resnais et autres

        • Rouxel dit :

          Je reconnais l’érudit qu’est Michel Ciment,lui qui à rencontrer beaucoup de réalisateurs,scénaristes ou directeurs de la photographie.J’apprécit aussi ses émissions sur France Culture qui apporte réellement une pierre à l’édifice du 7ème art.En revanche je ne comprends plus la ligne éditoriale de Positif et le fait de crier au »chef-d’oeuvre »à chaque numero.On ne peut pas comparer le cinéma asiatique qui est très fourni avec les productions made in Bollywood’L’Inde détient depuis des decennies le plus grand nombre de productions cinématographiques,il faut ajouter qu’une séance de cinéma coute l’équivalent de 10 centimes chez nous!!!Puis l’homme est assez complexe et énigmatique concernant le cinéma soviétique.Faire de l’anti-communisme primaire sans arret en omettant de reconnaitre les dégats du cinéma de l’est depuis la chute du mur et l’éclatement des pays communistes!!!

        • Mathieu dit :

          A Rouxel à propos de l’Inde et de Bollywood:
          Ca fait bien longtemps qu’une séance de cinéma en Inde coûte beaucoup plus que dix centimes d’euros. En Inde aussi les choses changent, la plupart des salles de quartier ou des petites villes ont fermé ou survivent avec du porno soft, le marché du DVD pirate (ou du VCD, film ultra-compressé tenant sur un CD) a depuis longtemps changé la donne, suivi par l’explosion des chaines privées qui passent en boucle les films des décennies précédentes mais aussi plus récents (situation analogue dans d’autres pays autrefois gros producteurs de films comme la Turquie, l’Egypte, etc…), puis maintenant le piratage sur Internet… Pourtant Bollywood continue à produire des blockbusters (pour moi effarants de nullité pour l’immense majorité d’entre eux), l’économie du cinéma en Inde reste un mystère pour moi, il y a bien sûr les luxueux multiplexes des grandes villes que fréquente la nouvelle classe moyenne et trop chers pour les pauvres, mais l’économie de Bollywood est
          aussi liée à la mafia très puissante de Bombay et sert de machine à laver l’argent sale.(J’écris ce commentaire depuis un trou perdu du centre de l’Inde où il n’ y a plus de cinéma depuis longtemps -ici on appelle les salles de cinéma « talkies » -prononcer « tokij »- mais des tas de boutiques où l’on vend des DVD pirates pour un prix du coup lui vraiment dérisoire).

        • Mathieu dit :

          Complément à mon commentaire précédent à propos des salles de cinéma en Inde:
          Je me trouve maintenant dans une ville plus grande (environ 30 000 hab.) où il y avait auparavant deux cinémas dont le dernier a fermé il y a deux mois. A quelques km. d’ici il y a une ville plus grande (env. 65 000 hab.) avec un cinéma encore en fonction. Tarifs: Orchestre: env. 0,6 euro, balcon 0,9 euro; à 80 km. d’ici, une grande ville de plus d’un million d’hab.(Kota), où me dit on on trouve 6 ou 7 cinémas avec des places allant de 2,35 à 6,35 euros (plus on est haut, plus c’est cher et luxueux). Ce sont eux les cinémas qui marchent, les autres (les bons marché des petites villes) ferment les uns après les autres alors qu’il sont exonérés d’impôts (apparemment le gouvernement est conscient du problème). Conclusion: en Inde, de divertissement relativement populaire le cinéma en salle est devenu un luxe réservé à la classe moyenne urbanisée qui n’hésite pas à payer une place de cinéma (climatisé) presqu’autant que deux jours du salaire d’un ouvrier. Un dernier chiffre: un VCD pirate coûte dans les 13 centimes d’euro…

        • Alexandre Angel dit :

          A Mathieu
          Vous êtes le premier reporter de ce blog : félicitations et bon séjour !!

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu, merci pour les précisions mais vous ne donnez pas les noms des villes, nord ou sud?… et les currys, bien pimentés j’espère?

        • Mathieu dit :

          A AA et MB:
          La petite ville où je me trouve et où le cinéma est donc à vendre – avis aux amateurs- se nomme Jhalarapatan et se situe au sud du Rajasthan (au sud de Kota). Pas très loin se trouve un bourg et une gare nommés Bhawani, à rapprocher de BHOWANI JUNCTION de Cukor (mais Bhowani n’existe pas), un film où dans la tradition anticommuniste des années cinquante, un officier britannique joué par Stewart Granger
          déjoue au dernier moment (attention DIVULGACHEUR -comme disent parait-il les Québecois pour SPOILER-) un attentat fomenté par des communistes indiens contre Gandhi. Or si à l’époque (en 1947) il y avait bien des gens en Inde pour vouloir attenter à la vie de Gandhi (il sera assassiné quelques mois plus tard), ils n’étaient pas communistes mais fondamentalistes hindous, ceux-là mêmes qui gouvernent le pays aujourd’hui (il faudrait voir ce qu’il en est dans le roman dont est tiré le film).
          Ce que je voulais dire dans mon commentaire précédent est que les films étant faits après tout pour ceux qui paient pour les voir, il ne faut pas s’attendre du cinéma actuel de Bollywood autre chose qu’une esthétique et une morale ultra-conformiste et des films de plus en plus artificiels et déconnectés des réalités  indiennes.
          Un film comme MOTHER INDIA (de Mehboob Khan,1957), avec ses qualités et ses défauts, qui réussit à conjuguer les canons du spectacle à l’indienne avec une description réaliste de la vie du peuple (pauvreté, aliénation, endettement, poids des castes, exploitation de l’ignorance, révolte individuelle sans issue autre que le banditisme, etc…), désir de changement et affirmation des valeurs traditionnelles (attachement à la terre, la femme comme dépositaire de l’honneur familial…), un tel film est inimaginable aujourd’hui. Pourtant les mêmes problèmes demeurent,plus d’autres: corruption généralisée, condition féminine parmi les pires de la planète, irrédentismes régionaux, mouvements de guerilla et de contre-guerilla, etc… Ceux qui ont essayé d’intégrer un de ces sujets dans le cadre du cinéma de Bollywood ont essuyé des échecs commerciaux. Par exemple, DIL SE sorti il y a une quinzaine d’années, avec Shah Rukh Khan, grosse vedette ici (et ailleurs en Asie), où l’on voyait une jeune femme violée par des soldats de l’armée indienne (le film brouille les pistes pour ne pas préciser où mais on pense avant tout au Cachemire) devenir terroriste et commettre un attentat suicide lors de la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance, a été un échec ici (et un succès à l’étranger), alors que des tas de films évoquant la situation au Cachemire sur un mode ultra chauvin, ultra militariste (et ultra irréaliste) et pathétiques de nullité sont des succès.

  15. Rouxel dit :

    Que vaut le western réalisé par Lamont Johnson »Bill Doolin,le hors la loi »avec Burt Lancaster et Diane Layne?J’hésite à acheter le dvd sorti chez Carlotta.

    • Alexandre Angel dit :

      Salut Rouxel
      1/ Je ne sais point
      2/ C’est chez Sidonis

    • Emmanuel Vaillant dit :

      A Rouxel

      « Si le film recèle tous les ingrédients nécessaires à une réussite honorable, sa grande faiblesse réside dans un script que ne sait jamais se renouveler et se contente de bâtir mollement quelques séquences d’actions sur une suite de situations pour le moins répétitives. … Lamont Jonhson hésite constamment entre le naturalisme, l’amertume et la dérision. Par contre il innove avec bonheur par rapport au western-spaghetti auquel il se réfère sans cesse, par la bonne humeur et la grande tendresse qu’il porte à ses personnages communs, dont les exploits, sans éclats mais magnifiés per les délires de quelques journalistes à l’imagination débordante, donnèrent naissance à une mythologie populaire. »
      Extrait du commentaire que fait R. Lecourbe dans un livre très documenté sur Burt Lancaster publié chez Edilig du vivant de l’acteur.
      Une référence, mais on n’est pas obligé de partager tous ses points de vue. D’authentiques chefs d’oeuvres tels Violence et Passion, 1900, Atlantic City, ne trouvent pas grâce à ses yeux, ainsi que Valdez, qu’on a eu le temps de réévaluer.

  16. Rouxel dit :

    Je conseillerai à tous trois films disponibles en format dvd. »Félicie Nanteuil »récemment diffusé au cinéma de minuit est surement le meilleur film de Marc Allégret, »Minuit quai de Bercy »de Christian Stengel ancien scénariste qui offre à Eric von stroheim un personnage trouble et inquiétant puis un réalisateur que j’affectionne beaucoup c’est Pierre Chenal pas assez reconnu à mon avis. »L’homme de nulle part »avec Pierre Blanchar,Ginette Leclerc et Robert Le vigan est une curiosité étrange à travers l’histoire d’un homme qu’on croit mort et qui change d’identité.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Rouxel
      J’ai plusieurs évoqué ces films surtout les deux derniers et fait une mini chronique sur le premier

    • Mathieu dit :

      Je ne sais pas si FELICIE NANTEUIL est le plus beau film de Marc Allégret (il faudrait les avoir tous vus), mais assurément c’est un très beau film. Il s’agit du dernier scénario de Curt Alexander, coscénariste de la plupart des films d’Ophuls d’avant-guerre ainsi que de MENACES de Gréville. Arrêté par les Nazis il mourra en déportation. Comme souvent chez Allégret (Marc), on est frappé par le soin et le goût apporté aux décors , aux  costumes et  à la photo. La qualité française a du bon. Il a pourtant été tourné pendant l’occupation, période de restrictions, ce qui ne se sent pas du tout à l’écran ( il y a  certes d’autres exemples). Excellente interprétation de Micheline Presle et surtout de Claude Dauphin, passant insensiblement du ridicule au tragique. Le monde du théâtre y est montré dans sa vanité et sa cruauté et on pense à Ophuls bien sûr et à Mankiewicz, n’était un ton plus léger, plus « français ».
      Un cran en dessous, du même Marc Allégret, PETRUS,  que j’ai découvert récemment, possède tout de même des qualités similaires: beaux décors et belle photo, bonne direction d’acteurs, interprétation juste de Fernandel  dans un rôle comico-sentimental, Simone Simon pour moi irritante mais pas plus qu’ailleurs, de très bons seconds rôles (Dalio, Brasseur, qui meurt de facon très crédible). Un  film gentil et léger (avec  quelques ombres tout de même pour rehausser le tableau) ce qui n’est déjà pas si mal (scénario du gentil et léger Marcel Achard). 

  17. Damien D. dit :

    Je sors à l’instant de la vision du CHEVAL DE GUERRE de Spielberg qui dans vos commentaires de la chronique de février 2013 vous avait laissé Bertrand « de marbre ». Ce film est l’archétype parfait du cinéma hollywoodien : il n’y manque ni le romanesque, ni de bons sentiments et le coucher de soleil final n’est pas loin de celui de GONE WITH THE WIND. Il est pourtant totalement Spielbergien : la naïveté de l’histoire est mis en parallèle avec son goût pour le « suspens morbide » (typique du cinéaste) : combien de fois, le réalisateur met ce pauvre cheval dans une situation de mort imminente dont il ne se sort que par miracle ! Mais on y retrouve aussi une mise en scène souvent impressionnante (eh oui, malgré tout !) et ce qui était valable dans LE SOLDAT RYAN ou LA LISTE DE SCHINDLER l’est également ici : je mentionnerai surtout l’attention portée à certains décors, aux uniformes, au matériel de guerre, admirables de précision.
    Alors oui dommage sans doute que ce talent de Spielberg pour les reconstitutions historiques soit utilisé ici dans un film au scénario improbable et somme toute bien mièvre. Et l’on se prend à imaginer ce qu’aurait pu tirer Spielberg d’un sujet plus « adulte » sur la Première Guerre Mondiale.
    En cette actualité commémorative, les références sur le sujet resteront donc toujours (pour n’en citer que quelques-uns) les Milestone, Raymond Bernard, Trumbo, Kubrick ou notre réalisateur-cinéphile préféré qu’est Bertrand Tavernier. Spielberg avec ce CHEVAL DE GUERRE ne rentrera malheureusement pas dans ce cercle-là…

  18. Burdette dit :

    Bonjour,

    Je me demandais si quelqu’un pouvait me dire ce que valait l’adaptation de Patricia Highsmith par Aurenche et Bost pour Le Meurtrier de Claude Autant-Lara, qui, à ma connaissance, n’existe pas en dvd.

    Merci!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Burdette
      A2urenche et Bost, surtout Aurenche la détestaient, détestaient le film. Aurenche me disait toujours « je ne sais pas adapter un roman policier. J’étais perdu et Lara a fait un très mauvais travail car il n’avait aucun contact avec le matériau

  19. Rouxel dit :

    « Fat City »de John Huston n’est pas un film de plus sur l’univers de la boxe aux Etats-Unis mais une chronique sur l’Amérique malade durant le conflit au Vietnam.Le personnage de Stacy Keach avec son marcel,ses cheveux mi-long et son regard ailleurs rappelle un peu le physique cabossé de Patrick Dewaere dans ses premiers films.L’interet du film vient aussi de ces individus perdus dans les vapeurs d’alcool et essaient en vain d’oublier leurs existences.La musique et la chanson du generique interprétée par Kriss Kristofferson est plein de mélancolie et d’amertume dans les textes.Une fois de plus,je dit BRAVO à Wild side de nous offrir des copies restaurés de bonne qualité ainsi qu’un ouvrage que je n’ai pas encore lu.

    • Emmanuel Vaillant dit :

      Intéressant rapprochement entre Stacy keach et Dewaere auquel j’ai également pensé au détour d’une ou deux scènes en regardant ce Huston mal connu. Même correspondance entre deux comédiens pas encore trentenaires et à qui la vie a déjà flanqué une bonne raclée (remarque valable uniquement pour le personnage qu’incarne ici Stacy Keach). A signaler que Huston dans ses mémoires nous dit qu’il aurait voulu Brando. Las d’attendre sa réponse il s’est rabattu sur Keach encore peu connu du public. L’occasion de cette sortie DVD m’a envoyé fouiller mes enregistrements VHS, FAT CITY diffusé par le cinéma de minuit lors d’un cycle Huston accolé sur mes étagères à WISE BLOOD. Deux films qu’on peut aisément atteler l’un à l’autre sans trop de raccourcis, bien que cinq ans les séparent on est dans le même environnement social, la même esthétique cafardeuse et la même désillusion quant au salut des protagonistes et peut-être même de la société américaine toute entière. Des films listés par Huston comme les plus gros échecs de sa deuxième partie de carrière mais que chacun s’accorde à dire que leur réussite artistique est sans commune mesure avec leur postérité. Au contraire de Wise Blood où on rencontre un personnage typiquement hustonien qui continue à se débattre en un milieu trop étroit pour lui, les personnages de Fat City ont déjà accepté l’étroitesse du monde, ils s’y sont conformé, ne luttant plus physiquement contre les éléments (comme le capitaine Achab) mais en ayant intégré leur défaite comme un mode d’existence propre (Bien que le personnages de Keach ressemble davantage au C. Gable des Misfits, puisqu’il a un passé de boxeur, alors que le personnage de Bridges n’essaye même pas de valoriser ses talents, s’opposant aussi au personnage de Wise Blood qui finissait par s’enrouler le torse de barbelé pour sentir la douleur physique de ne pouvoir faire exister sa révolte.) On lira dans la pertinente analyse que fait DVD classik de ce film que « c’est dans le verbe-même que les dominés trouvent motif à continuer à vivre. » Le paradoxe est que ces personnages incarnés par des acteurs très physiques sont réduits à l’impuissance et n’existent plus qu’à travers la parole. C’est un peu le problème du film, à mon sens. Un film qui enchaine les scènes dialoguées où le dialogue ne vise qu’à son épuisement total, tout en étant la seule arme à laquelle les personnages s’accrochent, comme si le fait de parler coiffait complètement l’enjeu de la scène (réminiscences cassavetiennes chez Huston sans doute.) L’exemple que je retiens est ce moment du film qu’on pourrait trouver dans un roman de Bukowski, lorsque S. Keach, crasseux, au fond de sa misère morale et physique, s’emploiera à lever une pauvre fille dans un bar minable, moment ironiquement illustré par « The Look of love » en fond sonore, et qu’il usera du verbe comme il l’aurait fait sur un ring pour faire tomber l’adversaire, jusqu’à ce que la fille lui succombe, mais lui succombe-t-elle vraiment ou s’accroche-t-elle à lui comme au premier venu tant elle est, elle aussi, minable ? J’ai cependant regretté que l’aspect prolétarien des personnages s’exprime très peu autrement que par ce combat verbal. J’aurais aimé que le film s’attarde davantage sur le travail du personnage contraint de gagner sa vie chez un maraichers exploiteur, où le travail est aussi ingrat que tout ce qui encercle notre héros. De ce labeur physique on n’a droit qu’à quelques plans, vite expédiés, Huston n’accordant que peu d’intérêt à la représentation visuelle du travail. Il nous arrive aussi d’assister à une récitation liturgique lorsque les deux personnages regardent un vieux cuisinier chinois et que l’un dit à l’autre qu’ils n’aimeraient pas finir comme lui. Sauf qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils sont déjà comme lui tout en ayant trente ans de moins, et que leur misère est d’autant plus ingrate lorsque le dit chinois leur renvoie un sourire fraternel.
      On abandonne les personnages sur un trottoir, le seul endroit où ils peuvent tenir debout à moins de trébucher vers le caniveau, et je sais que je n’aurais pas envie de reprendre de leurs nouvelles de si tôt, alors que j’en prends très régulièrement des Misfits ou de ceux de THE NIGHT OF THE IGUANA. Peut-être pour des raisons purement esthétiques et une certaine élégance qui fait défaut aux losers de Fat City.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Emmanuel Vaillant
        Très belle analyse mais vous mettez le doight sur ce qui fait la force, la spécificité du film que je trouve moins théorique, plus réellement existentialiste que les Misfits où la prose de Miller symbolise ce qui devrait être regardé comme quelque chose de quotidien. Que l’apreté du film, sidérante quand on pense aux canons hollywoodiens, laisse le spectateur blessé plaide pour la force du film qui est effet dur à revoir. Et les quelques plans d’action sont fulgurants (le boxeur noir seul dans un couloir)

        • Mathieu dit :

          Ma dernière vision de THE MISFITS m’avait beaucoup énervé, à cause de son symbolisme lourd et voyant, qui ne m’était pas apparu autrefois. Moment pénible où l’on se met à douter de la validité de ses goûts…

        • Damien D. dit :

          L’exemple même de FAT CITY ou même WISE BLOOD pose en effet la question des films réussis que l’on ne souhaite pas revoir. Certains cinéphiles diront que lorsqu’un film est bon, il y a forcément envie d’y retourner un jour. Mais que dire de quantités de films que l’on a aimé découvrir et dont nous savons intérieurement que l’on ne les reverra pas de sitôt. Et là je dois dire que dans beaucoup de cas celà tient souvent à la noirceur du fond (et souvent de la forme) laissant, comme le dit Bertrand, le spectateur « blessé ».
          A titre d’exemple, un des films récents qui m’a fait cet effet est THE GRANDMASTER où j’ai admiré le travail d’Anderson et le jeu de Phoenix et Hoffman mais quel plaisir trouverait-on à revoir le film ? les derniers films hustoniens (et j’incluerai AU-DESSOUS DU VOLCAN) font partie de ces films même si THE DEAD avec sa mélancolie et une certaine poésie visuelle peut être revu avec plaisir.
          C’est Gaspard Noë qui disait qu’après avoir vu une fois SALO de Pasolini, il n’était nullement nécessaire de le revoir une seconde fois : les scènes restant gravées à jamais dans la mémoire du spectateur.
          Je rajouterai curieusement dans ce Panthéon bon nombre de films des années 70 tels que SCRARECROW de Schatzberg ou même la plupart des films de Pakula que j’ai apprécié découvrir et dont je ne suis pas sûr d’avoir envie de les revoir…
          A contrario un film au propos même assez sombre ou existentiel de la période « hollywoodienne » comme NIGHT OF THE IGUANA ou THE MISFITS sera revu parfois avec plaisir (pour les décors, la photographie, les acteurs, etc.) donc pour un côté « vintage » et formel qui plaît encore à la re-vision…
          Curieux paradoxe des cinéphiles qui reverront parfois un film jugé « raté » pour réviser leur jugement et jamais un film qu’ils avaient trouvé « réussi » !

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Damien D
          SCARECROW se revoit avec beaucoup d’émotion

        • Damien D. dit :

          A Bertrand, j’essayerai de revoir SCARECROW que j’ai vu il y a plusieurs années et que j’ai en dvd.

        • Alexandre Angel dit :

          A Damien D.
          Question d’autant plus vaste et complexe que je ne suis pas forcément en phase avec les exemples que vous donnez.
          Crevons l’abcès du cas particulier SALO : c’est un film redoutablement intelligent, qui réussit le prodige d’être raffiné (donc goûteux esthétiquement parlant, malgré les scènes que vous savez)sans être jamais léché (écueil bertoluccien par excellence). C’est un film plus éprouvant par les idées que par les images (à mon sens mais je ne l’assénerais jamais)et qui est bien plus revisable que l’idée que je m’en faisais avant de le voir. L’intelligence de l’œuvre est aussi de s’abriter, mais de ne pas se cacher, derrière l’adaptation littéraire (celle du Marquis de Sade). Cela dit, à consommer avec modération.
          D’autre part, ce que vous développez dans votre message est affaire de subjectivité mais je pense souvent comme vous. Chez moi, ce que vous évoquez existe vis à vis de films dont les sujets me ramènent à des sentiments déprimants (LA GUEULE OUVERTE, de Pialat, par exemple, que j’aime pourtant beaucoup ou bien AMOUR, d’Haneke, que je n’ai tout simplement pas envie de voir). Vos exemples, aussi déprimantes que puissent être les voies scénaristiques qu’ils empruntent, exhalent un imaginaire et une imagerie évocateurs et attrayants(ce qui maintient le cafard à distance; et, effectivement, je revois facilement SCARECROW, qu’elle que soit mon humeur). Ce que j’ai tendance à maintenir à distance de la revoyure, par contre, sont les films dont certaines images me donnent des haut-le-cœur. ZOMBIE, de George Romero, est un grand film d’horreur, et la plupart du temps, le sang que l’on voit fait peinture (il est excessivement rouge) et je n’ai pas peur du sang au cinéma sauf que je ne supporte pas les séquences du début où les portoricains bouffent leur morts dans les caves : il y a là une horreur gustative qui m’est pénible. Je trouve ça anti-cinématographique : là où il y a de la gerbe, y a pas de plaisir..

        • Emmanuel Vaillant dit :

          A Damien D

          On est tout à fait d’accord sur le sujet. Les films qu’on revoit souvent sont en général les plus divertissants, quelles que soient leurs qualités réelles. Mon plaisir coupable est d’avoir revu une dizaine de fois Soleil rouge (à cause de Maurice Jarre et d’une très belle scène entre Bronson et Toshiro Mifune au bord d’une rivière) film à propos duquel le site Wild Wild western rapporte que John Huston aurait dit qu’il s’agissait du meilleur western qu’il ait vu de sa vie. Il faudrait vérifier la source mais on s’interroge souvent sur le degré de bonne foi du père Huston. Souvenons-nous que dans ses mémoires il renie LE VENT DE LA PLAINE alors qu’il ne tarie pas d’éloge au sujet de LA BIBLE.

        • Bertrand Tavernier dit :

          Emmanuel Vaillant
          Certaines de ces mémoires et notamment celle de huston en donne l’impression, sont dictées plus ou moins hâtivement, relues avec souvent de bons conseillers mais qui sont très rarement des cinéphiles, qui n’osent pas contredire l’auteur (d’ou le nombre d’erreurs et d’opinions à l’emporte pièce). Ce n’est pas le cas des mémoires de Powell (on trouve qques exemplaires du premier volume à l’Institut), de De Toth, voire de Fleischer, livres plus écrits surtout les deux premiers.

        • Mathieu dit :

          A AA:
          Pour ma part je trouve la vie trop courte pour se faire du mal avec des films. On peut parler de choses douloureuses, de la mort, du caractère inéluctablement éphémère du bonheur et faire du bien. Peut-être est-ce dans ce sens que Bertrand a utilisé l’adjectif « mozartien » à propos de MADAME DE… dans la chronique précédente ce que j’ai trouvé très juste.

        • Mathieu dit :

          A Damien D.:
          Pour moi THE DEAD est exactement le genre de film dont, à peine terminée la vision, on sait qu’il faudra y revenir. Puisqu’on parle de Huston, à quand une édition DVD décente de BEAT THE DEVIL ?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Un des ces jours. Film dans le domaine public

        • Damien D. dit :

          A Alexandre : « là où il y a de la gerbe, y a pas de plaisir ». Dans SALO on en est pas loin parfois : malgré le raffinement de la photo, la musique de Morriconne, etc. Ce que vous dites de ZOMBIE est juste même si le propos de Romero est malgré tout d’une grande intelligence. D’accord sur certains Pialat et sur Haneke (même si ce dernier convoque souvent des séquences oniriques ou très visuelles qui font passer la noirceur du propos) mais voyez AMOUR qui est tout de même un très beau film.

        • Alexandre Angel dit :

          A Damien D
          SALO (le film, pas vous bien sûr) est plus épouvantable par ce qu’il évoque que par ce qu’il montre. Il y a peu de gros plans; tout est tenu à distance de l’obscénité, en plan d’ensemble. Certains plans plus rapprochés sont brefs et peuvent être rattachés à la veine paillarde de Pasolini (celle de la Trilogie de la Vie). Le fameux segment du Cercle de la M….est tellement hénaurme que cette énormité crée une distance graphique, une espèce de protection psychique. De même que les séquences du dernier Cercle (celui du Sang, je crois), jouent génialement du voyeurisme des quatre dignitaires, qui regardent leurs forfaits avec des jumelles qu’ils prennent soin de retourner de temps à autre. Le génie de Pasolini est d’insuffler à ces scènes un certain humour (la farandole hédoniste des dignitaires) qui désamorce le sentiment d’horreur du spectateur mais pas la violence de la dénonciation.
          Une fois que j’ai dit cela, je reconnais que je ne visionne pas SALO tous les vendredis soirs, après le boulot.

  20. Rouxel dit :

    Je vous signale la sortie d’un cd regroupant des musiques composées pour des courts-métrages par François de roubaix.19 musiques inédites de ce prodige,créateur et inventeur de sons et avant-gardiste dans l’ame.Dire qu’en plus des musiques de films il a signé des génériques de dessins animés,documentaires,séries télévisés et meme des musiques pour la télévision nationale Sénégalaise.Enfin un vrai artiste!!

    • conrad dit :

      Pour les amateurs de musique de films et de jazz, je signale l’extraordinaire catalogue de « jazz messengers » (sur internet bien sur) qui a sorti récemment 6 coffrets (par exemple : « crime jazz », « film noir », « italian jazz on film », etc……)

      • Minette pascal dit :

        Il y avait Philippe Sarde sur France Musique, ce matin. Il disait qu’il n’hésitait pas à intervenir dans l’élaboration d’un film et qu’il donnait souvent son avis aux réalisateurs ( Mr Tavernier ? ). Par exemple, c’est lui qui aurait décidé Claude Sautet à inclure les séquences anticipatrices de l’accident dans LES CHOSES DE LA VIE. Il a l’air d’avoir un caractère bien trempé.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Minette Pascal
          Bien sur et tant Claude Sautet que moi l’écoutions avec attention. Il a donné de belles idées dans L 627, UN DIMANCHE et LA PRINCESSE DE MONTPENSIER sur des prises, sur le montage d’une scène, revenant le plus souvent au plan séquence initial, simplifiant

    • Rouxel dit :

      Signalons que ce week-end France diffuse un documentaire sur ce compositeur hors-pair qu’était François De Roubaix.A compter du 2 juin jusqu’au 28,la cinémathèque de Toulouse rend une nouvelle fois hommage à Kubrick en programmant ses 13 longs métrage.On nous annonce la venue de Michel Ciment à la librairie Ombres Blanches ainsi qu’un directeur de la photographie qui à travaillé avec Kubrick.Plus d’informations en allant sur le site de la Cinémathèque.

  21. Alexandre Angel dit :

    Notre hôte ou quelques blogueurs charitables pourraient-ils m’aiguiller quelque peu dans la jungle que constitue la filmo de Christian-Jaque. A part LES DISPARUS DE SAINT-AGIL, FRANÇOIS 1ER et FANFAN LA TULIPE (les deux derniers vieillissent-ils bien?), qu’est ce qui vaut le coup?
    J’ai vu l’autre jour VOYAGE SANS ESPOIR qui m’a paru fort poussiéreux, conventionnel et mal joué par Paul Bernard et Simone Renand malgré une direction artistique et une photographie soignées et le jeu plus moderne de Lucien Coedel.
    Merci

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alexandre Angel
      Christian Jaque reste une énigme. Il pouvait être un brillant technicien (moins qu’il le croyait, les duels et les chevauchées de FANFAN à l’accéléré, ne tiennent pas le coup) mais il y avait chez lui des idées erratiques qui l’entrainent vers des culs de sac. Après un début brillant, BOULE DE SUIF devient monotone et lourd. René Wheeler le qualifiait d’étalagiste des galeries Lafayuettees (quand il réussit quelque chose, il ne s’en rend pas compte). Ce que je préfère ce sont des oeuvres insolites comme SORTILEGES ou finalement très bien écrites et jouées comme UN REVENANT. Je n’ai pas revu l’ASSASSINAT DU PERE NOEL qui m’avait paru poussiéreux ey ses films historiques sont vides

      • Christian-Jaque, « le plus éclectique des cinéastes français » selon Jacques Lourcelles, qui analyse pas moins d’onze de ses films dans son dictionnaire, a fait l’objet, en 2004, d’un intéressant portrait documentaire édité en DVD.

        Que retenir de sa foisonnante et — terriblement — inégale filmographie (qui comporte des titres dépourvus de tout intérêt tq LE REPAS DES FAUVES [1964], LE SAINT PREND L’AFFÛT [1966] que l’on peut éviter sans grand préjudice…)?

        Je mentionnerais comme oeuvres remarquables, outre les titres déjà cités par Bertrand Tavernier — mention spéciale à BOULE DE SUIF, LES DISPARUS DE SAINT-AGIL, SORTILEGES, UN REVENANT et FANFAN LA TULIPE –, trois titres: l’assez délectable LES BONNES CAUSES [1962], méconnu malgré des dialogues pétillants de Jeanson (nectar savoureux pour Bourvil et Pierre Brasseur) et une mise en scène élégante; le divertissant MONSIEUR PERSONNE [1936] et ERNEST LE REBELLE [1938], que Jacques Siclier jugeait « surprenant » avec un Fernandel « irrésistible »…

        Bàv,

        JF Houben

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Jean Francois Houben
          J’ajouterai les Dégourdis de la 11ème pour quelques gags et la prestation de Saturnin Fabre

        • Martin-Brady dit :

          à JF Houben: en effet, je n’avais jamais remarqué que Lourcelles avait privilégié autant Christian-Jaque, ça donne à penser car dans le corps principal il ne commente aucun film qu’il n’aime pas.

        • Martin-Brady dit :

          Je me suis autorisé à retrouver 3 films de Christian Jaque défendus par Lourcelles (sans qu’il crie forcément au chef d’oeuvre) et qui ne sont pas cités jusqu’ici par les redoutables dvdbloggeurs (sauf erreur):
          COMPARTIMENT POUR DAMES SEULES, D HOMME A HOMMES et PREMIER BAL et: « il a réalisé plusieurs dizaines de films passionnants et divers ».
          PREMIER BAL m’intrigue: « petit film élégant et charmant… »etc. avec Fernand Ledoux Marie Déa et Raymond Rouleau, et Gaby Sylvia… introuvable en dvd, eh m’sieur Brion! help!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Martin Brady
          Premier Bal, je voudrais beaucoup le voir. D’HOMMES A HOMMES m’a un peu déçu

        • Rouxel dit :

          J’ai revu avec beaucoup de plaisir « François 1er »,quelle fantaisie désopilante surtout la scène de la torture par la chèvre,Fernandel était un comique dans l’ame(on m’a dit qu’il était meme interdit dans les cimétières lors d’obsèques!!!).En revanche »L’assassinat du père Noel »à un peu vieillit et le film sent le décor de studio à plein nez.Surtout la reconstitution exterieure et puis cette fausse neige qui manque totalement d’authenticité.Le coté fantastique poétique est assez poignant quand les enfants découvrent le corps du père Noel dans la neige.

      • Denis Fargeat dit :

        J’ai beaucoup aimé ce  » Revenant » à la belle atmosphère lyonnaise , et aux dialogues percutants.

      • Emmanuel Vaillant dit :

        A A Angel

        Il y a aussi LES BONNES CAUSES (1962) que je n’ai pas revu récemment, mais dont je garde un très bon souvenir. Une histoire à la Boileau Narcejac (mais qui n’est pas d’eux) où Christian-Jaque tente un exercice de style à la Clouzot, sans le copier pour autant, et en réussissant parfaitement son coup. Sa mise en scène m’avait paru très rigoureuse, et si ma mémoire ne me trahit pas, il exploitait méthodiquement le lieu quasi unique dans lequel l’intrigue se nouait et se dénouait. Brasseur qui dans ces années-là avait tendance à en faire des caisses, contient ses excès pour faire exister un personnage d’avocat flamboyant de perversité. Bourvil y campe un juge d’instruction intègre, d’une sobriété melvillienne (qui sait si Melville ne l’a pas choisi pour l’avoir vu dans ce film ?) mais dont la vision naïve à la fois de la justice et de la nature humaine lui sera fatale. Vérifiez quand même ce que je vous dis, le film existe chez Le film du collectionneur. Il est vrai qu’après ce film Christian-Jaque a tourné vraiment n’importe quoi, bien que j’aime assez LA TULIPE NOIRE, démarquage de son Fanfan la tulipe monté de toute pièce pour Delon, visuellement plus intéressant, mais Henri Decaë n’y était pas pour rien me semble-t-il.

      • Mathieu dit :

        J’ai un bon mais lointain souvenir de L’ASSASSINAT DU PERE NOEL, alors que j’avais abandonné la lecture du roman de Pierre Very, de même que de FANFAN LA TULIPE et des DISPARUS DE SAINT AGIL. J’ai vu récemment UN REVENANT que j’ai bien aimé, il y a beaucoup d’atmosphère avec pourtant peu de plans tournés effectivement à Lyon où se passe l’histoire. A un moment Jouvet traverse une traboule qui me parait (bien) recréée en studio. Un Jouvet à son meilleur et de très bons acteurs bien dirigés, avec Arthur Honegger brièvement dans son propre rôle. Il y a tout de même des invraisemblances. Dans ce film, François Périer est le fils d’un riche soyeux lyonnais, qui par chagrin d’amour pour une danseuse, commet une tentative de suicide en se jetant des cintres pendant une représentation du ballet où celle-ci danse, ballet exécuté devant le tout Lyon. Aussitôt la presse se précipite, prête à faire ses choux gras du scandale. Quelle que soit la période où est censée se dérouler l’action (comme beaucoup de films d’après-guerre -le film est de 1946- ou de l’occupation qui ne veulent pas évoquer la dite occupation, il reste vague quant à l’époque, qui pourrait être une avant-guerre pas bien définie) il me semble qu’un grand bourgeois lyonnais était à l’abri de ce genre de scandale et avait assez de relations pour contrôler la presse. On dirait que Jeanson regardait trop de films américains…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Il s’inspire d’un célèbre fait divers lyonnais qui a aussi inspiré à Beraud un de ses bons livres CIEL DE SUIE. Il a pu étouffer jadis la tentative de meurtre mais ne peux rien contre un suicide dans unthéatre. Et ces grands bourgeois ne contrôlent pas la presse. Ils trouvent un moyen de faire leur coup en douce. On est à Lyon ou ce genre de personnage agissait davantage à travers des clubs que des journaux

      • Rouxel dit :

        Revu « La chartreuse de Parme »qui est un film trop long à mon gout.Le personnage de Fabrice tenu par Gerard Philipe manque d’épaisseur puis trop de comédiens sont statiques.Autant Louis Seigner dans son role de fourbe geolier est assez crédible mais on sent trop que les personnages jouent comme si ils étaient sur les planches d’un théatre.

    • Martin-Brady dit :

      à AA: il faudrait revoir SI TOUS LES GARS DU MONDE au risque que c’est en fait horriblement sentimental et naïf (souvenir ému de mes douze ans).

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Martin
        a 15 ans j’avais trouvé cela horriblement fabriqué à la deuxième vision

        • Martin-Brady dit :

          à Bertrand Tavernier: je crois que ça l’est, c’est le sujet qui est émouvant (solidarité des marins et hommage à la radio). Je pense au Le Chanois avec Blier SANS LAISSER D ADRESSE qui joue sur la solidarité des chauffeurs de taxi parisiens. Je l’ai commandé mais c’est pareil, je crois que c’est pas génial, je m’en fous j’adore Blier dans ces années-là, l’autre Le Chanois/Blier L ECOLE BUISSONNIERE est un chef d’oeuvre (édition Doriane de qualité avec bonus historique sur la méthode Freinet et ses prolongements aujourd’hui) qu’il faut revoir et revoir: la scène du certificat d’études avec le rattrapage du cancre fait chialer certes mais est totalement justifiée dramatiquement: la force du thème -Freinet- est imposante (tout le long du film) mais dans cette scène s’autorise une goutte d’émotion, quoi.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Martin Brady
          SANS LAISSER D’ADRESSE est vraiment pas mal et les films de le Chanois de cette époque ne manquent pas de qualité.Ne pas oublier que le Chanois écrit le scénario original de EUROPE 51 et le traitement final est proche de ce qu’il avait remis (dans LE TEMPS DES CERISES) Cela se gatera plus tard avec les PAPA MAMAN et les films au budget plus conséquent qui pèsent des tonnes.

        • Martin-Brady dit :

          incroyable, pour EUROPE 51, j’aurais jamais rapproché Christian Jaque et Rossellini! d’autant plus que le scénario crédite 10 écrivains (dont Fellini et D O Stewart, émigré en Europe en 50 suite à Liste Noire) et que CJ n’en fait pas partie!…

        • Bertrand Tavernier dit :

          Martin Brady
          J’ai écrit Le chanois ce qui est plus vraisemblable. Tag Gallagher a retrouvé un contrat avec le nom mal épelé

        • Mathieu dit :

          A Martin-Brady: 100% d’accord pour L’ECOLE BUISSONNIERE, un de mes films français préférés toutes époques confondues, un film vraiment unique, et avec des enfants qui jouent bien et avec naturel, ce qui n’est pas si courant dans le cinéma français.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Tout à fait d’accord. J’en profite pour faire ce message de la très talentueuse Sylvie Pierre : « Hello les amis,
          j’ai le plaisir de vous annoncer que mon petit bouquin sur le dernier (et magnifique) long métrage de John Ford, « Frontière chinoise » (7 Women, 1965) est paru, et m^me que vous pouvez l’acquérir par internet (via « sylvie pierre ulmann frontière chinoise » dans google)

          la librairie de la Cinémathèque française m’a invitée à le signer avant la projection du film ( à 19heures)

        • Martin-Brady dit :

          oui bon, dans mon commentaire ci-dessus il vaut mieux remplacer Christian Jaque par Le Chanois qui a collaboré à Europe 51! ça se mélange, ça se mélange…

        • Martin-Brady dit :

          à Bertrand: mais c’est moi qui ai confondu Christian Jaque et le Chanois pas vous! bref

    • Martin-Brady dit :

      … et LE REPAS DES FAUVES m’avait laissé un souvenir désagréable.

    • Desages André dit :

      Dans la filmographie de Christian-Jaque, tous les films ultérieurs à 1964 (soit depuis Le Gentleman de Cocody inclu) sont assez consternants. Vous pouvez à mon sens faire l’impasse, à moins d’être un fan de ce réalisateur. Dans la période faste, j’aime beaucoup UN REVENANT et L’ENFER DES ANGES, ce dernier n’existant pas en dvd mais ayant fait l’objet d’une retransmission télévisée il y a 2-3 ans. J’aime bien aussi son adaptation de NANA. Dans l’ensemble, je trouve ses films de la période 1937-63 plaisants à regarder.

    • Mathieu dit :

      Personne ici ne parle de LA CHARTREUSE DE PARME dont j’ai un bon mais vraiment trop lointain souvenir et à l’époque je n’avais pas lu le roman. Le film n’a pas bonne réputation mais comme c’est le cas de la plupart des adaptations de classiques de la littérature…Il me semble qu’on pourrait accorder à Christian-Jaque des qualités de directeur d’acteur et il me semble que Maria Casarès dont je n’aime pas le jeu théâtral restait assez sobre dans ce film, de même Gaby Morlay , actrice facilement irritante, n’en fait pas trop dans UN REVENANT.

      • Alexandre Angel dit :

        A Mathieu et Martin Brady
        Lourcelles n’est pas tendre avec LA CHARTREUSE DE PARME quand il dit que si il n’y avait pas Gérard Philippe, bien servi, dans un registre romantique, par la photo, l’oeuvre n’aurait pas beaucoup d’intérêt.

        • Mathieu dit :

          A Alexandre Angel:
          Comme tout le monde ici je considère le livre de Lourcelles comme un des meilleurs écrits en français sur le cinéma mais je n’en fais pas pour autant un guide sûr. J’aime surtout ses analyses et son style (un seul exemple: ce qu’il dit de THE TROUBLE WITH HARRY est lumineux et m’a aidé à comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un Hitchcock mineur) et je partage son dégoût pour l’esthétisation de la violence, qui le rend très critique vis à vis de TAXI DRIVER et d’autres films de Scorcese ainsi que de BONNIE AND CLYDE si je me souviens bien. Mais je ne peux pas le suivre dans certains de ses enthousiasmes, même si j’apprécie la facon dont il les assume. Par exemple il considère que THE SOUND OF MUSIC est une « réussite complète » (si je me souviens bien, je me trouve en ce moment à plusieurs milliers de kilomètres de mon exemplaire du DICTIONNAIRE DU CINEMA…), un film que je n’ai pas pu voir jusqu’à la fin… Il place MON PERE AVAIT RAISON parmi ses 10 films préférés, et si je ne déteste pas ce film, là encore j’ai du mal à le suivre…

        • Alexandre Angel dit :

          A Mathieu
          La subjectivité forcenée de Lourcelles interdit que l’on partage ses enthousiasmes ou anathèmes de A à Z (au sens dictionnaire de la formulation), comme lorsqu’il estime que LE RAYON VERT mérite de figurer dans l’ouvrage au titre d’un des plus mauvais films jamais réalisés (moi qui l’ai aimé tout de go à sa sortie, sans même me faire prier!!!). Il y a juste des angles permettant de lui faire confiance comme en ce qui concerne Christian-Jaque (et c’est vrai que, rapport à ma question, je n’avais pas pensé à Lourcelles, mais vos conseils en ont été l’excellent complément)car l’auteur du dico, vu le nombre d’entrées consacrées au réalisateur, est acquis à sa cause. Il est donc permis de lui faire confiance lorsqu’il est plus réservé sur tel ou tel titre d’un réalisateur dont vous vous préoccupez d’explorer les entrées. J’aime notamment son attention portée à l’œuvre de Robert Wise (comme à celle de Richard Fleischer) qui restent des cinéastes au style méconnus. Et c’est presque encore plus vrai pour Wise dont la réputation n’a pas été servie par les gros budgets et les oscars, ce qui peut se révéler injuste. Réessayez LA MELODIE DU BONHEUR après lecture de Jacques Lourcelles: c’est une expérience profitable.
          Et il faut se frotter soi-même aux films, on est d’accord..

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Alexandre Angel
          Lourcelles, critique et essayiste essentiel et perçant n’est jamais meilleur – mais c’est la loi du genre – que quand il aime

        • Martin-Brady dit :

          … il ridiculise LA DAME DE SHANGHAI… Cependant, même quand il critique durement, l’attention à l’écriture et le choix de ses arguments prouve un vrai amour du cinéma.

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu et autres lourcelliens: ah quand il n’aime pas il tape sec, je propose cette citation de son approche du RAYON VERT: « (le film) pourrait être décrit comme l’histoire d’une héroïne antonionienne effectuant à travers la France des randonnées à la Wim Wenders et se retrouvant à chaque fois plongée dans l’univers de Michel Lang. Un cauchemar. » Aïe.
          mais quand il aime (99% du bouquin) il est jubilatoire, à lire avec un vieux whisky (double).

        • Martin-Brady dit :

          à AA: il ne faut pas le lire comme un guide mais comme un témoignage, il faut voir aussi les films qu’il n’aime pas. Comme dit BT, on est toujours meilleur quand on aime, mais Lourcelles même quand il n’aime pas est lisible avec plaisir, à cause de l’attention à l’écriture, qui est généreuse. Les critiques qui s’épuisent à détailler pourquoi ils n’aiment pas sont ennuyeux, Lourcelles est une exception.

        • Martin-Brady dit :

          Tout à fait par hasard, j’ai revu LA DAME DE SHANGHAI et en relisant la notice de Lourcelles, je m’aperçois que je me suis trompé sur son dédain du film, qu’il ne ridiculise pas tant que ça mea culpa: en fait, il consacre les 3/4 de sa notice à mettre bas la légende créée par OW de la mise en route du film (ce qui n’est pas essentiel), à remettre en question le fait que le film serait un très grand représentant du genre noir (non plus), que la confusion de l’intrigue, typique du genre, serait plus dû à un je-m’en-foutisme de OW (injuste mais peu importe, pour moi cette confusion relève d’un tragi-comique réussi, « une histoire à dormir debout » comme on lit dans 50 ANS qui ne pose pas ça comme un reproche réel), enfin que comparé aux chefs d’oeuvre du genre, les limites du film apparaissent, sans qu’il ne détaille plus cela. A priori, il donne l’impression que LA DAME serait un nanar selon lui. Mais surprise dans les dernières lignes, voilà Lourcelles qui donne trois qualités du film: l’ouverture sur la mer et l’espace qui accentue la moiteur du genre, la filiation avec l’expressionisme, et Everett Sloane, excellent. Moi j’y ajoute Glenn Anders formidable AVEC son jeu outré (voulu, bien sûr). Donc finalement, le film n’est pas si mal que ça selon lui! J’ai eu un plaisir fou à le revoir, éclatant de rire pour la xième fois au « You ain’t kidding! » de la jeune Asiatique au procès, l’apport « chinois » mystérieux qui intervient en final, est d’ailleurs très réussi à cause même de son mystère. LA DAME est souvent une comédie grotesque jubilatoire.
          Le film aurait pu être meilleur si on lit le Welles de Berthomé et Thomas (la musique pendant le règlement de comptes final hélas…): ce bouquin « Welles au Travail » est d’ailleurs impressionnant en infos sur la création et la production (les Cahiers qui éditent deux « Positif »!).
          Il y a une remise en question de OW assez répandue: je sais bien que OW s’est beaucoup trop comporté en enfant gâté mal compris et persécuté, mais franchement je m’en fous complètement, restons contre l’écran et les images que l’homme a créées! ne pas juger les cinéastes sur leur personne, plutôt sur ce qu’ils ont fait!…

        • Dans le cadre de l’ouvrage d’entretiens cinéphiles, « Feux croisés sur la critique », j’avais notamment interrogé Jacques Lourcelles sur sa virulence vis-à-vis de certains cinéastes (entre autres: Resnais et Rohmer) dans son dictionnaire; voici ce qu’il me répondit: « Faut-il dire hélas! Chacun exprime son opinion: je n’ai aucun goût particulier pour la polémique (…) Je sais que certains critiques expriment une autre opinion que la leur. Je connais un historien qui pense qu’il faut constamment avoir deux discours: celui qu’on dit et celui qu’on écrit; et qu’il peut y avoir de violentes contradictions… (…) Je serais personnellement incapable d’avoir ces deux discours (…) J’aurais pu éviter de parler de ces cinéastes auxquels vous faites allusion. Existe-t-il des cinéastes, réputés grands, pour lesquels il peut y avoir un doute? » 🙂

          Bàv,

          JFH.

  22. Rouxel dit :

    J’ai découvert avec curiosité »Guérillas aux Philippines »de Fritz Lang avec Tyrone Power et la gracieuse Micheline Presle.Il y a malheureusement trop de longueur dans la narration et on est vite épuisé malgré le fait que le film a été tourné qu’en exterieur.En revanche il me tarde de voir »3000 dollars en or »réalisé par Albert Green dont les bonus sont signées par Patrick Brion,Yves Boisset et notre cher Bertrand.Dans le dernier Positif le film est chroniqué dans la rubrique dvd,et le journaliste souligne que les 3 pointures ont omis de signaler que Green à été blacklistés durant les années 50.Est ce un oubli volontaire ou pas,mes chers messieurs?

    • Sullivan dit :

      Rouxel, c’est Alfred E. Green et non Albert Green, et 3000 DOLLARS MORT OU VIF et non 3000 DOLLARS EN OR. Si vous pouviez être plus attentif à ce que vous écrivez, ce serait plus simple de vous suivre.

      • Martin-Brady dit :

        on dirait un bonus de Jean jacques Dionnet faut tout reprendre derrière, heureusement qu’il a l’enthousiasme, notre Rouxel!

        • Martin-Brady dit :

          pardon je voulais dire jean-Marc bien sûr.
          (et je plaisantais)

        • Rouxel dit :

          Je reconnais humblement que je me suis un peu emméller les pinceaux.A force de regarder trois films par jour,je dérape un peu avec ce coup de froid hivernal.Comme dirait Denisot »Désolé »!!!Je renvois tous les blogueurs au dernier Positif paru concernant l’analyse de « 3000 dollars,mort ou vif »dans la rubrique dvd.

        • Martin-Brady dit :

          à Rouxel: c’est pas grave ça m’a permis de me moquer (gentiment?) de Jean-Luc Dionnet!

          Bon mais faites gaffe quand même, hein?!!!!!!!! Bon!

        • Alexandre Angel dit :

          A Martin Brady
          C’est malin : j’arrive plus à retrouver le prénom de Dionnet, maintenant !!!

        • Martin-Brady dit :

          damn! moi non plus, c’est pourtant primordial!

    • Rouxel dit :

      Oui je reviens sur le western atypique de Green qui est »3000 dollars mort ou vif ».Une des scènes marquante et drole est la traversée du désert vers le Mexique à dos de vache par Joel Mac Crea.C’est quand unique dans les annales des westerns puis le fait qu’aucun coups de feu soit donnés mais les colts sont quand meme dégainés.Très bon bonus de Bertrand et d’Yves Boisset.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Rouxel
        Alfred E Green sur la liste noire ? Première nouvelle. Il a tourné jusqu’en 1954 et a signé un des films anti rouge les plus absurde parait il à force d’économies budgétaires (les avions russes sont des avions américains filmés à l’envers pour qu’on croie à des caractères cyrilliques et les soldats ennemis ont des uniformes US « parce qu’ils ont infilté l’armée ». Il s’agit d’INVASION USA
        Liste noire ??? mais il y a une autre explication : Green had suffered for many years from arthritis, which got worse as he got older. In an interview, producer Albert Zugsmith recalled that during the filming of Top Banana (1954) Green was so crippled by the disease that he was seldom able to move from the director’s chair.

      • Sullivan dit :

        3000 DOLLARS MORT OU VIF est un titre trouvé pour l’édition DVD si je ne m’abuse, et de fait, je préfère le titre original FOUR FACES WEST. Ce film-parabole est d’une grande tendresse. Les relations qu’entretient le personnage du faux-bandit altruiste campé par Joel McRea avec Charles Bickford (un Pat Garrett paternaliste, posé, intelligent), Frances Dee (la belle infirmière dont il tombe amoureux) et surtout Joseph Calleia (Deus Ex Machina témoin de l’identité intérieure du héros, conteur de la fable), ses relations avec tous ces personnages donc, sont dépeinte avec une justesse admirable. Pas de coups de feu effectivement. La traversée du désert à dos de vache, scène assez biblique (le western rejoint durant quelques minutes le péplum) lave le personnage de tous ses « péchés » et va l’emmener vers l’ultime épreuve salvatrice : éloigner d’une mort certaine une famille mexicaine touchée par la dyphtérie. C’est un western admirable que BT rapproche très justement de TENNESSE’S PARTNER pour la ressemblance de l’amitié masculine unissant McRea/Calleia et Payne/Reagan.

        • Martin-Brady dit :

          merci pour ce résumé, Sullivan, ce western m’avait échappé, par mes bottes! Je le rajoute à ma liste. 50 n’en parle pas mais si BT a contribué au bonus, c’est forcément à ne pas louper!

        • Martin-Brady dit :

          eh Sullivan! c’est McCrea, vous allez vous faire engueuler par Rouxel, ça passe pas ces erreurs avec lui!

        • Sullivan dit :

          A MB : Oups !

    • Martin-Brady dit :

      à Rouxel: dans l’article de Positif, Hubert Niogret écrit que Green « aurait eu des ennuis avec le maccarthysme » (de mémoire), ce qui est bien différent de ce que vous dites car ne signifie pas du tout qu’il ait été sur la liste noire, c’est à dire, ne signifie pas du tout que Green fut devenu indésirable aux yeux des big bosses de la production ou producteurs exécutifs ou responsables divers etc.. Il a pu être inquiété… A part ça, je ne retrouve pas le nom de Alfred E Green dans les bouquins qui touchent au sujet (Naming Names de Navasky, l’autobio de Howard Fast, celle de Walter Bernstein, le bouquin de Thomas Wieder Les Sorcières de Hollywood). Je ne sais pas la source de Niogret, mais étant donné le sérieux qu’évoque le nom depuis un paquet d’années dans Positif, il n’a pas écrit ça à la légère.

      • Mathieu dit :

        Reste à savoir ce qu’il y a de pire, être victime du maccarthysme ou de l’arthrite…Plus sérieusement, en France on utilise le mot maccarthysme pour désigner la chasse aux sorcières à Hollywood et la liste noire alors que Mc Carthy n’est entré en scène qu’en 1950, trois ans après la création de la liste noire et les auditions de la HUAC. Le terme maccarthysme crée une confusion je trouve, ou devrait être réservé à cette deuxième phase de la maladie…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Exact. Le nom d’Alfred Green n’a jamais été mentionné par les dizaines de scénaristes, acteurs, réalisateurs blacklistés ni par Patrick McGilligan dans TENDER COMRADE. Je vais lui poser la question. Les gens qui étaient inquiétés avaient TOUJOURS été membre du PC ou d’une organisation proche. Il y a eu des histoires d’homonymie (Green confondu avec Comden et Green ????) Et il y a INVASION USA. Personne dans les gens blacklistés n’ont tournés de films anti communistes. Kazan l’a fait pour éviter un e enquête à la demande de Zanuck. Quelqu’un l’a revu ce film ?

        • Martin-Brady dit :

          Je n’ai rien sur Alfred E Green dans « Arthrose et Cinéma »! Curieux… Bon, je continue à fouiller dans ma doc, hein… on verra.

    • Mathieu dit :

      A AA:
      C’est Philippe Dionnet, vous ne vous souvenez pas de l’émission qu’il présentait avec Jean-Pierre Manoeuvre?

  23. Guy Gadebois dit :

    Une digression si vous le permettez. Un lien qui vous conduit vers un entretien avec l’intellectuel anti-sioniste Jacob Cohen, lequel dénonce entre autre la considérable influence de sayanims dans le cinéma, le danger public qu’ils représentent, au CNC et ailleurs, avec notamment la permanence BHL à l’avance sur recette, même s’il n’y est plus présent physiquement.

    http://www.agoravox.tv/tribune-libre/article/jacob-cohen-la-question-des-47458

    • Mathieu dit :

      Je pense que Jacob Cohen est un type sincère mais est-ce qu’il se rend compte qu’il dessert sa cause en s’affichant avec d’authentiques antisémites comme Alain Soral, qui lui fait le jeu des sionistes qui voudraient nous faire croire que toute critique de la politique de l’état d’Israel est de l’antisémitisme. Je viens de lire dans la revue « Les Années Laser » une interview délirante d’Alexandre Arcady, très énervé par le flop retentissant de son film sur la mort d’Ilan Halimi. Il dit que l’assassinat d’Ilan Halimi a ouvert la porte aux « pogroms de cette année » (je cite de mémoire).???? Je suppose qu’il fait allusion aux manifs contre l’agression israelienne à Gaza.Les statistiques montrent que les actes antisémites sont en diminution en france, les historiens et les sociologues sont d’accord pour dire que sur le long terme l’antisémitisme y est en longue et profonde régression, tandis qu’une islamophobie structurelle, nourrie par les élites politiques, médiatiques et culturelles se développe dangereusement. Laissons des gens comme Arcady se déconsidérer par l’outrance de leurs propos, n’ajoutons pas l’outrance à l’outrance et la parano à la parano. Le bide qu’a pris Arcady et auquel visiblement il ne s’attendait pas montre que le public n’est pas dupe. Morgan Sportès, l’auteur du livre à l’origine de L’APPAT a montré que l’antisémitisme n’était pas la motivation des membres du gang des barbares et je crois que Bertrand en a déjà parlé ici.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Mathieu
        N’était pas la première motivation, je trouve que c’est plus juste. Et quand même, quand vous parlez à des profs, on entend beaucoup dans certaines classes, des insultes, des lazzis influencés par Dieudonné et qui ont un caractère antisémite. Il faut rester vigilant tout en dénonçant les amalgames. Tous ceux qui disent que la traite des esclaves fut ignoré par l’intelligentsia devraient relire les admirables discours de Mirabeau et le cinglant, décapant et si moderne TAMANGO, du à un écrivain très officiel pourtant et qui fait preuve ici d’une lucidité incroyable. On n’enseigne plus Tamango

        • Minette pascal dit :

          Mérimée ne mérite pas sa réputation d’écrivain mineur et toutou de la famille impériale. Son œuvre fait montre d’une grande humanité et d’une vraie tendresse pour les petites gens. C’est une littérature pour tous et l’homme lui-même était intéressant, apparemment froid et distant alors que la teneur de ses livres trahit tout le contraire. Tamango est à relire comme à peu près tout le reste. LOKIS fait partie de mes préférées, excellente idée de film, d’ailleurs…

        • Mathieu dit :

          Oui bien sûr il faut être vigilant, mais il ne s’agit pas d’un antisémitisme structurel comme celui des années trente qui était diffusé dans et par les élites, et il pourrait être combattu de façon plus intelligente et efficace qu’en excluant définitivement des élèves s’étant mal comporté lors de voyages scolaires à Auschwitz comme c’est arrivé il y a quelques années. Aujourd’hui on est de nouveau dans la confrontation stérile avec le psychorigide Valls qui fait de la publicité a contrario pour les spectacles de Dieudonné et qui a parait-il fait pression sur France Télévisions pour qu’ils diffusent le film d’Arcady, ce que Pfimlin a refusé.

        • Mathieu dit :

          à Minette Pascal: oui Mérimée est un grand écrivain, et moderne et qui devrait être facilement accessible à des élèves de collège et lycée. Et assez « cinématographique », il y a du Hitchcock dans COLOMBA je trouve. Un des meilleurs nouvellistes de son temps, avec… Gobineau, pas le Gobineau de l’infamant et stupide ESSAI SUR L’INEGALITE DES RACES qui ne méritait que l’oubli, mais celui des NOUVELLES ASIATIQUES. Je mets quiconque au defi d’y trouver la moindre trace de racisme. On y trouve au contraire une absence de préjugés, une connaissance et une compréhension pour les peuples de l’Orient ( la Perse et le Caucase ) très éloignées des clichés orientalistes de son temps.

        • Minette pascal dit :

          A Mathieu : il y a aussi du Clouzot dans la VENUS D’ILLE, parfait exemple de fantastique intelligent, celui qui laisse le lecteur conclure par lui-même

        • Mathieu dit :

          A Minette Pascal à propos de LA VENUS D’ILLE: n’est-ce pas plutôt une histoire pour Jacques Tourneur? Le problème de ce genre d’histoires fantastiques où subsiste une ambiguité quant à l’apparition ou non du surnaturel, une fois adaptées au cinéma, c’est de montrer ou de ne pas montrer le surnaturel, car si l’on montre, on choisit et l’ambiguité disparait. Quand on penche vers le surnaturel, comme Mérimée dans LA VENUS D’ILLE, le mieux est d’en montrer le moins possible pour garder l’ambiguité. Jack Clayton dans THE INNOCENTS, une adaptation de THE TURN OF THE SCREW de Henry James, une histoire où la folie de la gouvernante est plus probable que l’existence de revenants mais où l’ambiguité demeure, s’en tire très bien je trouve en jouant sur des reflets et des apparitions fugaces. Peut être est-ce quand l’histoire penche vers la folie que l’on peut le plus se permettre de jouer sur l’image et son pouvoir d’illusion mais c’est un art délicat. Kubrick lui dans THE SHINING s’en tire de facon plus roublarde je trouve en accumulant toutes les pistes et en les rendant finalement toutes illisibles.

        • Minette pascal dit :

          A Mathieu : Je ne connais pas assez Tourneur pour vous répondre mais je voyais assez bien Clouzot distiller l’ambiguïté. Vous savez, la première image de l’Assassin Habite Au 21, la porte du bistrot était-elle mal fermée ou est-ce bien Monsieur Dupont qui l’a ouverte pour épier sa future victime ? Et puis, comme le style de Mérimée va manquer à l’écran, il vaut mieux mettre un génie sur le coup. Mais je crois que J. Tourneur en est un ?

      • Emmanuel Vaillant dit :

        A Mathieu

        A moitié d’accord avec vous en écoutant cet entretien d’un « dissident » dont la pensée est moins animée (même pas du tout) des ressentiments Soraliens, excessifs, visiblement dépressifs, vraissemblablement contrarié de n’avoir pas accompli sa carrière de cinéaste. Cependant, messieurs Cohen, Norman Finkelstein, Gilad Atzmon (ce dernier très influencé par La Question juive de Marx) sont des intellectuels dont la judéité sert de caution à l’antisémitisme frontal, lequel reste cependant à définir autant sémantiquement que d’un point de vue émotionnel chez les têtes de liste de la « dissidence » (puisqu’ils s’appellent eux-même ainsi) que sont Soral et Dieudonné, indépendamment du fait qu’ils mettent en lumière des sujets brûlants, et ce quelles que soient leur raison de le faire, mais, hélas, gourous et c’est tout le problème. Quant à Alexandre Arcady c’est un tout petit cinéaste qui n’a pas eu besoin de ce film-là pour être déjà déconsidéré par les cinéphiles, même les plus indulgents. D’ailleurs comment fait-il pour tourner autant alors qu’il enchaine four sur four ? Ne posons surtout pas la question à Alain (Bonnet) Soral. La vraie bonne nouvelle est le naufrage de la pièce de BHL, bien que ça me fasse de la peine pour Jacques Weber, autant qu’il soit mêlé à cette création sans doute indigente, mais parce qu’on l’a déjà vu donner du corps à bien des choses ineptes qui ne méritaient d’exister que grâce à lui, en dépit de leurs auteurs et de leurs réseaux d’influence.

        • Mathieu dit :

          Je pense que le personnage Soral est au contraire très facile à définir, c’est le facho pur sucre à conserver dans le formol pour l’édification des générations futures, avec son antisémitisme, son racisme, son machisme, son antiféminisme, son homophobie, son exaltation de la violence, sa parano , sa mégalo, etc…. Il n’y manque même pas un passé de gauche sans lequel il n’est pas de vrai facho. Quant à mettre en lumière des sujets brûlants, par exemple le phénomène BHL a été infiniment mieux analysé et dénoncé par Bourdieu, Castoriadis ou Vidal-Naquet que par cette petite tête chauve. Bon j’arrête sur Soral et consorts car on sort du sujet de ce blog.

    • mathieu dit :

      Jacob Cohen a l’air d’un type sincère mais se rend-il compte qu’il dessert sa cause en s’affichant avec un type aussi clairement antisémite qu’Alain Soral, qui pour sa part fait paradoxalement le jeu d’Israel et des sionistes qui amalgament critique de la politique de l’état d’Israel et antisémitisme. Je viens de lire dans la revue « Les Années Laser » une interview délirante d’Alexandre Arcady. Très énervé par le flop retentissant de son film sur la mort d’Ilan Halimi, Arcady affirme (je cite de mémoire): « l’assassinat d’Ilan Halimi a ouvert la porte aux pogroms de cette année ».??? Je suppose qu’il fait allusion aux manifs de cet été contre l’agression israelienne à Gaza et que certains auraient tant voulu faire passer pour des manifestations antisémites. les statistiques montrent pourtant une diminution des actes antisémites en France, historiens et sociologues s’accordent pour constater sur le long terme une profonde régression de l’antisémitisme dans ce pays, alors qu’une islamophobie nourrie par les élites politiques, médiatiques et culturelles se développe dangereusement. Laissons des gens comme Arcady se déconsidérer par leur outrance, n’ajoutons pas l’outrance à l’outrance et la parano à la parano. Le bide qu’a pris Arcady et auquel il ne s’attendait manifestement pas montre que le public n’est pas dupe.

  24. richpryor dit :

    J’ai revu La Mort en Direct, un chef-d’oeuvre sans aucun doute. Il y a quelques points communs avec un autre film sublime de science fiction plus récent Under The Skin de Jonathan Glazer et je me demande si Glazer a vu/aime La Mort en Direct. Il y a non seulement la ville de Glasgow mais aussi la manière dont elle est filmée, comme un lieu étrange et sans tous les clichées que l’on pourrait lui associer. Dans les deux films on passe du centre de la ville, aux quartiers à la nature écossaise. Les deux mettent en scène une star féminine et transforment son apparence (la même perruque noire courte dans les deux films) et la perception que le publique peut avoir d’elles. A chaque fois il s’agit d’une sorte de road movie bizarre avec un « secret » au bout (que ce soit ce qu’il y a sous la peau ou l’ancien mari perdu dans les bois). Il s’agit de deux films complètement différents bien sûr tant bien au niveau du contenu que de la forme mais les quelques points communs sont fascinants. En tous cas ce sont aussi deux films de metteurs en scène: dans la Mort en Direct on croirait que la steadycam a été inventé rien que pour la scène où Romy Schneider s’échappe au marché. Magistrale. Merci pour ce film M. Tavernier, qui m’a rappelé la ville où j’ai vécu de la plus belle des manières.

    • ballantrae dit :

      Excellente idée que ce rapprochement via Glasgow de La mort en direct et Under the skin.
      Notons que ce dernier film est un pur chef d’oeuvre vénéneux, sans cesse surprenant, à la fois très concret et par moments visionnaire.
      Il faudra y revenir plus longuement.

    • Rouxel dit :

      Je voulais rendre hommage ici à Antoine Duhamel qui à composé plusieurs musiques de films de Bertrand.Ce grand créateur nous as quitté en aout dernier dans la plus grande indifference des médias bien pensant.Le mensuel Positif lui consacre un bel article dans le numero de novembre.

    • ballantrae dit :

      Je reviens sur Under the skin de Jonathan Glazer jusqu’alors auteur de clips remarqués, d’un premier long métrage sympathique mais inégal Sexy beast ( comme un écho du rythme nonchalant de The hit de S Frears) et surtout de Birth avec N Kidman( récit étonnant d’une relation pour le moins ambigue entre une jeune veuve et un garçon qui affirme être son mari réincarné).
      Under the skin frappe fort par sa complexité comme par sa manière de dévoiler sans crier gare des scènes vertigineuses tant par leur beauté plastique que par le malaise qu’elles sécrètent.
      Le film suit les errances d’une femme mystérieuse semble t’il chargée de « lever » des hommes afin de leur faire subir un traitement qui défie l’entendement (je ne spoilerai pas sur les tenants et aboutissants car la surprise aussi minime soit elle participe du sortilège du film).
      Sachez cependant que le concret le plus quotidien ( plans volés en caméra cachée dans un van qui sillonne les rues en quête de mâle selon un dispositif semi documentaire, conversations anodines de drague qui deviennent un enjeu terrifiant qd on connaît les conséquences)rencontre la beauté abstraite des scènes finales de 2001 ou de films expérimentaux de Len Lye ou de Bill Viola sans pour autant que se fasse jour un manque de cohérence narrative ou plastique.
      Sachez cependant que le soin accordé aux sons dans ce film sensoriel me semble d’une précision enchanteresse et se place d’emblée aux côtés des bandes son les plus audacieuses de ces dernières années: Elephant de GV Sant, Hunger de S Mac Queen,A la merveille de T Malick.
      Je pense rare de voir débouler sur les écrans un film aussi radicalement singulier qui trace son chemin avec autant de force: pas de gras ( joliesses tape à l’oeil,scènes gratuites) ni de sécheresse ( par la sensualité et la sensorialité riches dont je parlais).
      A mon avis, Glazer est déjà ne serait ce que pour ce film un très grand cinéaste.

  25. Guy Gadebois dit :

    A Ballantrae

    FRANTIC est encore un remarquable Polanski avant cette mauvaise passe où s’enchainent demi-ratages et demi-réussites. Il y avait à l’époque une critique des Cahiers à laquelle je n’ai strictement rien compris mais qui gardait La Mort aux trousses en arrière plan comme élément de comparaison. Polanski ne niait d’ailleurs pas cette influence, mais pour ma part je trouve que le film ressemble autant à MALDONNE POUR UN ESPION, où Laurence Harvey avait le même regard circonspect qu’Harrison Ford, se rendant compte, l’un comme l’autre, des bouleversements culturels d’un pays d’Europe, l’Allemagne imprégnée de la pop culture des sixties, et la France de la culture punk des années 80. A cette époque-là Ford n’est encore qu’Indiana Jones, non pas le personnage mais sa symbolique populaire. C’est par lui qu’on découvre un Paris fantasmé que le regard du personnage ne cesse de chercher sans jamais le trouver. Le travail de Morricone est remarquable dans le sens où il cherche en permanence à capturer un univers sonore familier à Paris, mais qui est sans cesse noyé par des musiques de boites de nuit, de bars, d’auto-radio… Sa bande originale inclue un accordéon mélancolique symbole d’images voilées, souvenir du Paris de René Clair ou de Duvivier qu’on retrouve au détour d’une séquence sur les toits ou dans l’impasse d’un vieux quartier. Je n’y ai pas du tout entendu l’ironie Morriconienne habituelle au western. Il ne se met pas à distance du film. Il ne le commente jamais. Il respire en même temps que lui comme dans ce moment brillant où Ford court dans les escaliers d’un parking public, et où la musique se cale sur le rythme cardiaque du personnage, qui rappelons-le est cardiologue. Son rapport ambiguë avec la punk camée et androgyne qui brouille complètement ses repères est un des ingrédients du film dont le véritable sujet est celui d’un américain à Paris qui a certes perdu sa femme, mais qui a aussi perdu Paris. Mal jugé par 50 ans de cinéma, à mettre sur le dos d’un manque de recul, et pour le coup, je ne suis pas du tout d’accord avec Sarde qui avait dit à l’époque que Morricone ne s’intéressait plus à la musique de film depuis longtemps. Voilà l’exemple qui me permet de cerner un peu mieux ce que vous dites Bertrand.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      Je reverrai le film qui ne m’avait guere emballé après une première demi heure (un peu plus même) assez brillante. J’en attendais beaucoup et certaines déceptions sont à mettre en perspective par rapport à l’attente suscitée. Après des années le recul permet de prendre des distances, d’atténuer des réserves ou au contraire de diminuer les superlatifs élogieux. J’ai revu deux films de Parker qui gagtnant avec le temps ANGEL HEART et MISSIPPI BURNING et un Autant Lara qui m’a encore plus emballé que lors de sa sortie : UNE FEMME EN BLANC SE REVOLTE, prise de position stupéfiante dans son audace, son féminisme par rapport à l’époque. Sur l’avortement, ce film sobre, dépouillé, austère, est remarquable. En revanche BOPNNIE AND CLYDE m’a laissé de glace

      • Alexandre Angel dit :

        Tiens, ça faisait longtemps que je n’avais plus entendu parler d’Alan Parker. En ce qui me concerne: drôle de bilan. BUGSY MALONE, jamais vu, pas plus que SHOOT THE MOON et tous les derniers (sauf DAVID GALE aussitôt vu, aussitôt oublié). PINK FLOYD:vu une fois. BIRDY, idem. Je n’avais pas du tout aimé ANGEL HEART à sa sortie, jamais revu (mais maintenant intrigué forcément) et avait préféré MISSISSIPPI BURNING, revu à la télé.
        Alan Parker était un cinéaste qu’il ne fallait pas aimer (surtout pas) du fait d’une esthétique que l’on jugeait racoleuse.
        MIDNIGHT EXPRESS, film sottement assimilé aux « bourrins », que les bidasses érigeaient en film-culte. Film que j’ai pourtant vu (secrètement?) plusieurs fois car il est efficace, bien construit et pourvu d’une atmosphère puissante qu’appuie la musique de Giorgio Moroder, score non dénué de beauté, rappelant ou plutôt annonçant par l’esprit certaines chansons de l’anglais Marc Almond (« Mother Fist »). Et tout cela, malgré le mot « Manipulation » flottant au dessus du film, visible à 350 kms à la ronde. Avec le recul MIDNIGHT EXPRESS apparaît comme la matrice (avec DUELLISTS) d’un cinéma dont la sophistication publicitaire, épousant sans doute la sensibilité du producteur David Puttnam, lance l’esthétique de la décennie suivante pour le meilleur (les premiers Ridley Scott) et pour le pire (Adrian Lyne). D’autre part, THE COMMITMENTS m’a laissé un plaisant souvenir et Alan Parker filme bien la musique: ce qui peut expliquer pourquoi j’ai revu souvent FAME à l’énergie duquel j’ai toujours été sensible. Je suis donc un spectateur inégal du cinéma d’Alan Parker : me faut-il remettre le nez dedans?

        • ballantrae dit :

          Scott avec notamment ses quatre premiers opus ( Duellistes, Alien, Blade runner, ds une moindre mesure Legend) me semble à des coudées au dessus de Parker car il invente une plastique cohérente, synonyme de réinvention de genres ( film historique, SF, merveilleux).
          Il y a eu indéniablement une Puttnam’s touch au début des 80′ et on la retrouve à la fois dans des sujets forts (le sport dans Les chevaux de feu,l’horreur du génocide cambodgien dans Killing fields, les prisons turques, etc) et ds une esthétique chiadée, tournant parfois à vide (notamment chez Adrian Lyne , le pire de ses poulains qui soyons justes a qd même conçu un bon film L’échelle de Jacob).Sa déconfiture après qqs gros échecs artisticofinanciers (Absolute beginners, Revolution de Hudson)ne fut pas une bonne nouvelle car le bonhomme était intéressant je crois intègre.
          Notons qu’il avait aidé Kusturica pour son sublime Temps des gitans et ambitionnait de jeter son dévolu sur des cinéastes du monde entier sans chercher à bêtement les phagocyter ds le système de production américain.
          Il avait une vraie vision comme Bouygues ( je respecte le producteur/mécène pas le bétonneur)pour Campion, Lynch,Almodovar, etc…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          REVOLUTION, ce terrible film, n’est pas produit par Putnam mais par Winkler. Putnam était intelligent, cultivé, ambitieux mais il ne voulait pas (ou rechignait) travailler avec certains cinéastes trop personnels pour lui (Boorman). Et s’il a apporté quelque chose de notable (encore que les CHEVAUX DE FEU me laissent de glace), tous les cinéastes se sont épanouis quand ils l’ont quitté. Sauf Joffe qui comme d’autres n’avait pas de colonne vertébrale. Putnam a aidé des gens mais il était un peu comme Balcon qui se méfiait de Hamer, mackendrick ou Cavalcanti

      • ballantrae dit :

        Le cas Alan Parker est curieux.Le cinéaste est indéniablement habile, se coltine des sujets indéniablement forts (l’univers carcéral turc, l’analyse sauvage d’une rock star en perdition,le trauma post Vietnam, une histoire de possession réinventant le mythe de Faust,les Japaonais d’origine américaine incarcérés durant la seconde guerre mondiale, les agissements du KKK durant la bataille des droits civiques) sait s’entourer d’acteurs de talents (je retiendrai G Hackman et W Dafoe pour Mississipi burning, le duo Cage/Modine pour birdy, Finney dans Shoot the moon, un M Rourke étonnamment sobre dans Angel heart) comme de collaborateurs doués ( P Gabriel porte Birdy par sa magnifique BO, la photo de Mississipi burning comme d’Angel heart est très belle).
        Et pourtant ce cinéaste me semble assez roublard à cause d’effets très marqués qui ont tendance à surligner assez lourdement l’intention: la musique sourde lors des agissements du KKK, le montage par leitmotiv dans Birdy (les vols d’oiseaux dans un bleu forcément onirique/les pales du ventilateur dans Angel heart) sans parler du crescendo de violence dans maints titres surtout Midnight express et The wall où finalement le trop plein tue la volonté de susciter la stupeur puis la révolte du spectateur.
        Il serait facile de décréter que Parker est juste un auteur de mauvais films comme il était de bon ton de le faire durant mon adolescence mais il me semble abusif de le réhabiliter purement et simplement.
        En revanche on parle trop peu à mon goût d’Arthur Penn dont Bonnie et Clyde me semble l’un des chefs d’oeuvre.Cet artiste savait être éclectique et pliait l’expression à ses intentions avec une réelle complexité.Il fait partie de ces auteurs qui loin de creuser un sillon unique s’ingénient à aller vers des directions toujours inattendues.La ballade sauvage de Bonnie et Clyde n’a rien à voir ainsi avec l’histoire d’Helen keller dans Miracle en Alabama et Le gaucher très sec dans sa narration ne partage que peu de points communs avec l’autre western de Penn Missouri breaks à la fois nonchalant, sauvage et étrange (la scène de la mort de Lee me semble d’ailleurs annoncer There will be blood qd le faux frère est tué durant son sommeil),Four friends si tendre et émouvant ne ressemble en rien à l’enquête énigmatique d’Hackman dans La fugue.
        Après je suis d’accord sur la question du temps:nous en sommes pas les mêmes face à un livre, un film, une musique à 15, 20, ,30, 40, 50, 60 ans.Il est prudent de revérifier tel enthousiasme ou tel rejet de tps à autre ou de laisser la chance à un auteur de changer aussi: j’ai adoré Wenders ou Egoyan mais leurs trajectoires actuelles me dépitent depuis depuis des années, j’ai eu de sérieuses réserves sur Almodovar, Wong Kar Wai ou Haneke puis vinrent La fleur de mon secret, In the moood for love et Le ruban blanc qui non seulemement m’ont emballé en soi mais m’ont permis de revisiter de manière plus positive l’oeuvre antérieure.
        A propos d’Almodovar dont vous ne parlez jamais mais que vous avez reçu au dernier festival Lumière, que pensez vous de Etreintes brisées que j’ai découvert récemment et trouve assez impressionnant sur le cinéma en train de se faire et de se défaire avant de ressusciter.Almodovar me semble parvenu ( à des assez négligeables Amants passagers près) à un degré de maturité admirable qui lui permet de réussir sur des terrains sacérment casse gueule: Tout sur ma mère,Parle avec elle, La piel que habito, Volver,etc… affrontent des zones d’ombre complexes de manière étonnamment douce, pudique et ce avec le souvenir totalement intégré, digéré de cinéastes et films aimés (Cassavetes, Sirk, Franju, Jack Arnold,Powell,Hitchcock…).

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Je crois que le cas de Parker comme celui de Ridley Scott est plus complexe qu’on ne pense. Ses manques sont moins dus à une « roublardise », une trop grande habileté qu’à une confiance trop forte dans l’image qui parfois coupe l’émotion. Il y a par exemple des séquences très dures dans ANGELA’S ASHES, un portrait décapant de la dictature religieuse et du refus des hommes irlandais à affronter leurs responsabilités. Le père est un person nage charmant et terrifiant qui fait le malheur des siens et ne veux jamais changer. Et l’amant que prend la mère pour donner un toit à ses enfants est un personnage des plus répugnants Mais Parker laisse de coté l’humour du livre, sa distance et esthétisme trop certains effets. Il me disait que c’était lui qui avait ajouté toutes les notations sociales, raciales dans MISSISSIPPI, le studio ne cherchant qu’une histoire policière.
          J’adore et VOLVER et ETREINTES BRISÉES, et PARLE AVEC ELLE, TOUT SUR MA MERE sans oublier ATTACHE MOI et TALONS AIGUILLES. Je crois que je le signale dans un prochain blog

    • ballantrae dit :

      Je ne voudrais pas que vous pensiez que je n’aime pas Polanski, bien au contraire.Il me semble en fait la synthèse entre classicisme et innovation.
      J’aime autant ses grands films claustrophobes (Répulsion,Le couteau dans l’eau, Cul de sac,Rosemary’s baby,Le locataire) que sa manière de réinventer un genre (Le bal des vampires,Chinatown, the ghostwriter) et je ne minorerais pas ses adaptations littéraires les plus réussies ( Tess bien sûr, un modèle du genre mais aussi le plus méconnu Macbeth qui peut siéger tranquillement aux côtés des chefs d’oeuvre de Welles et Kurosawa).
      Je pense que le creux de son oeuvre a commencé dès les 80′ avec le ratage de Pirates , projet pourtant très longtemps rêvé qui tombait à plat malgré de très beaux décors ( le galion!!!), W Mattheau,un scénario au départ ambitieux ( G Brach, non?).Il s’est poursuivi notamment avec Lunes de fiel ou La neuvième porte.
      Frantic est un peu meilleur grâce à un début vraiment intrigant qui tombe ensuite dans des clichés certes ironiques mais pas vraiment légers.
      Il me semble pourtant que La jeune fille et la mort est un modèle d’adaptation théâtrale ( bien plus convaincant que Carnage, un brin lourdaud), qu’Oliver Twist sans effacer le film de Lean recèle de vraies beautés, que Le pianiste et The ghostwriter sont de remarquables réussites.On est loin d’une mauvaise passe absolue!!!

  26. Guy Gadebois dit :

    A Sullivan.

    Je ne sais plus qui parle de l’opposition périmée Cahiers/Positif, je n’ai pas retrouvé le message dans la liste, mais je préférais cette opposition que de les voir faire tous les deux la couverture avec La Vie D’Adèle. Les confrontations ne sont jamais stériles, et personnellement ce qui me fatigue, c’est de n’entendre qu’une seule voix (y compris dans un domaine aussi futile que le cinéma). Le suivisme sinon gare ! Le stalinisme des cinéphiles m’a toujours bien fait marrer (et leur manque d’humour aussi).

    Autre sujet. VIOLETTE ET FRANCOIS, que je n’avais jamais vu, est avec LE SUCRE une des très grandes réussites de Jacques Rouffio (passe à la télé en ce moment mais vient de sortir aussi en DVD) Les trente glorieuses s’achèvent, la société de consommation tourne à plein régime, et Violette et François, jeune couple plein d’avenir, se confronte aux problèmes de l’emploi, du logement et du pain quotidien. Leur insolente joie de vivre que n’entache pas les problèmes matériels les amène vers un un vol à l’étalage, grisant au point qu’ils y prennent goût et deviennent, une étape après l’autre, de véritables Bonnie and Clyde des supermarché. Au point que le vol s’organise comme des journées de travail, réclame des stratégies, du matériel et de la matière grise (Dutronc et ses imperméables pleins d’élastiques digne d’un Houdini). On est dans la comédie sociale légère et colorée, un appétit de vivre énorme incarné par un Dutronc impertinent et une Adjani au sommet de sa beauté, tandis que sourd la tragédie à travers l’apparition des systèmes de vidéo surveillance et des anti-vols qui présagent un avenir sécuritaire et répressif dans lequel les jeunes amoureux n’auront plus de place. Film à la fois témoin d’une époque et visionnaire, comme l’a été Le Sucre, avec une fin pleine d’espoir. Musique de Sarde, encore lui, mais assez discret sur ce coup-là.

    • ballantrae dit :

      J’aime bien aussi qu’il y ait confrontation des idées mais parfois certains films imposent une certaine unanimité que je m’explique (par exemple pour The dead de Huston il y a longtemps, plus récemment pour l’étrange affaire Angelica de M de Oliveira, pour Le conte de la princesse Kaguya de Takahata plus récemment) ou non (La vie d’Adèle n’est certes pas exempt de qualités mais il est lesté de pas mal de défauts, idem pour les Dardenne auxquels je n’accroche décidément pas sans aller jusqu’à détester leur travail, encore aussi pour Entre les murs).
      Positif n’est pas forcément synchro avec les Cahiers ( par exemple, je suis très « positiviste » mais je me reconnais dans le goût des cahiers envers deux films -Under the skin et the grand budapest hotel- que j’ai adorés cette année et que Positif traite en notules/à l’inverse , il me semble insensé de faire la fine bouche comme les Cahiers face à Winter sleep, le très grand film de Nuri Bilge Ceylan ou de jouer les blasés face au dernier Resnais).Cependant, notre époque est très consensuelle, il faut le reconnaître mais il faut se garder de confondre esprit frondeur et provoc idéologiquement rance et intellectuellement faible(cf l’ignoble Zemmour pour ne prendre que le pire du moment).

      • ballantrae dit :

        avec liberté de ton.
        Désolé , je n’avais pas achevé ma phrase!

      • Damien D. dit :

        Oui J.-Jacques, dans la confrontation d’idée, c’est aussi important d’émettre des réserves qui sont à contre courant. Pas vu UNDER THE SKIN que j’avais (à tort je pense) laissé de côté à cause de la froideur de Positif qui est ma lecture principale également. Par contre je n’avais pas compris lorsqu’ils avaient mis de côté THE GRAND BUDAPEST HOTEL : que Positif, revue dont les liens originaux étroits avec le surréalisme, laisse de côté un tel film inclassable et fantaisiste : celà m’avait posé question. Surtout qu’ils défendent toujours bec et ongle toutes les réalisations de Tim Burton qui a pourtant du mal à se maintenir qualitativement avec le temps (son ALICE échappant à toute la poésie de Lewis Caroll par exemple). Globalement , je dois avouer que j’ai du mal avec les critiques des Cahiers : WINTER SLEEP ce chef d’oeuvre est certes exigeant (la longueur ou les dialogues nombreux) mais il laisse au spectateur une grande profondeur et satisfaction à la sortie du film et cette impression de ressentir les personnages intérieurement (tout aussi magnifique était son IL ETAIT UNE FOIS EN ANATOLIE)
        Sur les frères Dardenne que j’ai récemment découverts, vous êtes peut-être un peu dur : « Le gamin au vélo » ou « l’enfant » sont des histoires simples admirablement interprétées (leur filmographie étant tout de même d’une grande noirceur, je me réserve un peu avant d’en voir d’autres…).

        • ballantrae dit :

          Pour ce qui est des Dardenne, mon manque d’affinités avec leur cinéma tient d’abord au style qui m’avait particulièrement ulcéré dans Rosetta: ce behaviourisme un peu outrancier qui consistait à ne pas lâcher d’une semelle l’errance du personnage me semblait relever d’une forme de sensationnalisme social me semblait une bonne caution pour se donner bonne conscience à peu de frais ( le « Nous sommes tous des Rosetta  » devenu vite une antienne) ce qui pourtant ne me semblait pas être dans les intentions des Dardenne qui m’apparaissent comme des gens honnêtes et droits.
          Ensuite, je ne suis pas séduit personnellement par le choix qu’ils font du constat aux antipodes de l’activisme d’un Loach qui montre que tout acte de résistance aussi infime soit-il compte, qui cherche à révéler avant tout la dignité et la lueur d’espoir inhérente à l’action collective.Là c’est moins le style qui me gêne que le traitement scénaristique du sujet;
          Après je ne leur enlèverai pas une formidable direction d’acteurs à commencer par leur révélation majeure Olivier Gourmet.
          Pour ce qui est de la défense à tout prix de T Burton, là aussi je me sens peu concerné car cela fait pas mal de temps ( à l’exception de Frankenweenie qui est tout de même le recyclage d’un cm en prise de vue réelle des 80′ avec S Duval ds le rôle de la mère) que Burton tourne en rond.Le dernier Burton qui m’a semblé digne de son grand talent me semble être Big fish qui commence à dater.
          Il y a là une forme de « politique des auteurs » même si M Ciment s’en défend dans le formidable bouquin Le cinéma en partage que je conseille à tous les blogueurs de lire d’urgence tant l’amour du cinéma, la curiosité, l’intelligence pétillante animent toutes ces pages autobiographiques pensées avnt tout comme une promenade dans les possibles d’une rencontre avec le 7ème art (voir des films, rencontrer les cinéastes, écrire et parler des films, diffuser des films, participer à des jurys, etc…).

  27. AUGELMANN Jean-Marie dit :

    A signaler la sortie chez DORIANE FILMS, ce jour, du superbe film de Jean Grémillon « Le 6 Juin à l’aube »; Doriane indique sur son site qu’il s’agit de la sortie avec la durée originelle (12 mn avaient supprimées lors de la sortie du film en salles).

  28. Martin-Brady dit :

    J’ai vu à la suite par hasard QQS HEURES DE PRINTEMPS et L ASSASSINAT DE JESSE JAMES et je n’aurais jamais deviné que Brizé ait utilisé la même musique, les ambiances ou les images changent tout (ou alors j’ai un problème d’audition gasp!), heureusement que Brizé l’a signalé dans le bonus! Après le BLEU DES VILLES et celui-ci, je vais me retourner sur les films de Brizé que j’avais négligé, encore un cinéaste dont je vais attendre les films (avec ceux de Schoeller et de Garenq pour prolonger la liste des cinéastes de ce cinéma français qui n’est RIEN! (ah! faut toujours que j’en rajoute une couche…).
    Le film de Dominik est un peu long mais parce qu’il se prolonge après l’assassinat pas parce qu’il contiendrait de ci de là plein de petits bouts en trop, et c’est heureux. Affleck en rajoute un peu trop (un héritier de l’Actors Studio qui cherchait un oscar?), Pitt est absolument formidable. Ce Dominik a fait CHOPPER et COGAN que je ne connais pas, si qqn les a vus…

    • Sullivan dit :

      A MB : Oui, en écoutant la musique de Nick Cave et Warren Ellis quand j’ai vu le beau film de Brizé, je me doutais que c’était un emprunt car j’avais déjà entendu ça quelque-part. Et effectivement, Brizé raconte dans les bonus qu’il avait écrit son film avec la B.O. de « L’Assassinat… » en boucle et qu’il lui avait paru évident que ce devait être cette musique qui devait accompagner ses images. Cave et Ellis ont été non seulement d’accord mais aussi très touchés de cette démarche et du résultat. Concernant les autres films de Dominik, je n’ai vu que COGAN et ça m’a déçu. C’est pas terrible. En revanche, on retient la tirade finale.

      • Martin-Brady dit :

        à Sullivan: vous ça vous avait frappé la musique, on reconnaît l’oreille si je puis dire! Dans JESSE JAMES l’arrivée du train la nuit est fabuleuse (photo Roger Deakins), quant à CHOPPER qu’en serait-il selon les dvdbloggeurs?

    • Rouxel dit :

      « Coogan »avec Brad Pitt est un film policier de bonne facture scénaristique avec une mise en scène tendue de début à la fin.Bien sur le point faible c’est Brad Pitt est de tous les plans car il a co-produit le film!!!

      • Bertrand Tavernier dit :

        A ROUXEL
        Pas de raccourcis précipité. Brad Pitt a produit beaucoup de films dans lesquels il ne joue pas (ou de petits rôles) ou dans lesquels il ne se dopnne pas le plus beau rôle et se laisse filmer en plan large sans voler les plans des autres
        Ultime vérification : dans son dictionnaire Lourcelles n’écrit pas ce que vous lui pretez sur CASQUE D’OR. J’ai relu hier son texte

      • Martin-Brady dit :

        à Rouxel: Brad Pitt est formidable dans JESSE JAMES, c’est un très bon acteur, c’est même un gage pour un cinéphile. Il ne joue dans rien d’insignifiant ou quasiment et Bogart est dans tous les plans de BIG SLEEP et alors? par contre j’ai pas vu COGAN (et non « COOGAN », réminiscence du Siegel). Et en ce qui concerne votre citation de Lourcelles… bref.

  29. Rouxel dit :

    Alors que »Le juge Fayard dit le sheriff »de Boisset vient enfin de sortir en dvd,voici que les fameux décideurs et producteurs français essaient de faire du neuf avec d’anciens films.En effet en décembre sortira sur les écrans »La French »avec Dujardin et ses roufflaquettes qui reprend le role de Dewaere et Lellouche dans celui du mafieux de service.Quel interet à part le coté financier de la chose de nous reservir un plat qui restera une semaine à l’affiche,malgré la présence de Dujardin pitoyable dans »Moebius »!!!Heureusement il nous reste Cédric Kahn,Klapish,Blier,notre cher Bertrand ainsi que Noémie LLovsky,Pascale Ferrand ou Anne Fontaine….

  30. Guy Gadebois dit :

    Je sors d’une vision toute fraiche d’un portrait de Philippe Sarde programmé sur Ciné Classics. Le dernier compositeur de musique de film français, après lui plus personne. D’un entretien à l’autre je ne l’ai jamais entendu répéter deux fois la même chose. Ce type ne dit jamais rien d’inutile, tout ce qu’il dit a de l’importance et c’est souvent très drôle. Et l’entendre dire que le cinéma d’aujourd’hui c’est RIEN… ouf, je me sens beaucoup moins seul.
    Pour le coup il nous en raconte une bien bonne et nous avons besoin de votre éclairage Bertrand : Montand qui ne voulait pas jouer un simple garçon de café, a demandé qu’on invente un passé à son personnage dans GARCON. Sarde nous raconte que Sautet a attendu la mort de Montand pour éliminer ce passé en question du film. Mais je n’ai pas du tout le souvenir d’avoir vu deux versions différente. De quoi nous parle-t-il au juste ?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      Il a entièrement raison : Montand avait voulu qu’on lui invente un passé de danseur de claquette bloqué par un accident ce qui avait donné lieu à plusieurs scènes toutes éliminées pae Sautet
      Et sarde a tort de penser que le cinéma français n’est plus rien. Cette rancoeur est provoquée par le fait qu’a pres la mort de Sautet, Granier Ferreri et la marfinalité de Doillon, personne ne travaille plus avec lui en dehors de moi ce qui est absurde et honteux

      • Guy Gadebois dit :

        A BT

        Pas tout à fait qu’avec vous. Ce qu’il a fait pour le dytique des frères Podalydès est ambitieux et j’ai retrouvé un peu de Claude Sautet dans sa musique des Soeurs fâchées. Il travaille régulièrement avec un autre réalisateur dont je n’écrirai pas le nom et dont les films ne méritent pas d’avoir Sarde à ses génériques. Ce qu’il a fait pour Le Grand Meaulnes a la même puissance lyrique que dans Tess, mais là c’est le film qui n’est pas à la hauteur de sa musique, réellement sublime. Et personnellement je préfère que des gens comme Kéchiche ou Beauvois le laissent tranquille. Mais c’est personnel.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Guy Gadebois
          Avec beaucoup de retard, je voudrais reprendre un de vos propos : Vous disiez en gros que c’est de Niro qui dictait tout sur RONIN. Mefiez vous de ce genre d’impression qu’on peut avoir quand on visite un plateau. J’étais venu sur le plateau des AFFRANCHIS connaissant Winkler et Scorsese. On n’entendait que De Niro qui contestait une chemise, une épingle de cravate (il emmena Marty pour parler de cet accessoire avec lui et cela dura 45 minutes alors que j’avais tout de suite vu que le plan était très large et que l’épingle ne se voyait et Marty m’avait dit que ce serait le seul plan. Geraldine Page pensait et disait que c’était Wayne qui avait dirigé Hondo. Michael Pate qui resta 11 semaines me dit que Wayne, ancien accessoiriste, se mêlait de la longueur des reines, de l’endroit ou l’on rangeait une arme, de la place d’une hache. Mais c’était Farrow qui controlait les plans, le découpage, le montage. Alan Parker nous disait qu’établir un plan avec de Niro à l’époque d’ANGEL HEART qui tient super bien le coup, pouvait prendre 80 minustes car il commençait par contester toutes ses places et ses mouvements, et à la fin en acceptait 70%. Hackman commencait par répéter ce qu’on lui demandait puis cherchait à l’améliorer tout en refusant de se servir d’accessoires pour pallier à un problème : « I don’t do Props » avait il dit à Parker. Il cherchait d’atteindre tout de suite l’os de la scène en coupant le gras quand de Niro parfois se perdait dans pyrotechnie d’accessoires

        • ballantrae dit :

          Ce que vous dites, Bertrand, sur le perfectionnisme de R de Niro ne manque pas de piquant qd on mesure ce qu’est devenue sa carrière…Il est dommage que ce magnifique acteur certes un peu trop compliqué comparativement à un Hackman en soit là.
          Je me dis souvent un peu la même chose à propos de Depardieu et m’aperçois qu’ils ont débuté ensemble dans Novecento de Bertolucci et ont tous deux décliné vers la fin des 90′.
          Je dis cela sans la joie mauvaise qui consisterait à accabler les choix de l’un ( Malavita de Besson!!!), les errances politico éthyliques de l’autre car ils furent à n’en pas douter parmi les meilleurs.

        • Sullivan dit :

          A Ballantrae : je ne suis pas sûr d’avoir compris ce que vous dites par « ils ont débuté ensemble dans 1900″… On est d’accord, De Niro n’a pas débuté en 76 mais 11 ans avant dans TROIS CHAMBRES A MANHATTAN de Carné, puis avec De Palma… Depardieu, lui, ayant démarré au cinéma en 71 avec Audiard et Deray en 71…

        • ballantrae dit :

          A Sullivan,
          J’ai été victime d’un raccourci: bien évidemment Novecento n’est ni le premier film de D Niro ni celui de Gégé mais ils étaient alors, symptômatiquement au faîte de leur gloire (De Niro sortait du Parrain 2, Mean streets, Taxi driver et s’apprêtait à enchaîner Deer hunter, NY NY tandis que Depardieu avait déjà collaboré avec Blier, Rouffio,Téchiné,Pialat)et tournaient dans une fresque politique ambitieuse aux capitaux internationaux comme savait le faire si bien l’Italie des 50′-60′-70′ (cf Sutherland dans Casanova, Lancaster chez Visconti…).
          Vous avez raison de bien souligner ce type de raccourcis dont on peut être les pourvoyeurs!

        • Alexandre Angel dit :

          A Sullivan
          Sur Depardieu et De Niro,je pense que Ballantrae, qui doit connaître les vrais débuts des deux stars, est porté par un effet trompe l’œil que je comprends. Les deux comédiens sont deux natures qui ont explosé dans les années 70,à peu près au même moment (De Niro dans MEAN STREETS, Depardieu dans LES VALSEUSES). Ils sont (presque)de la même génération et partageaient (à cette époque bien sûr) un style de jeu instinctif et intense, plus minéral chez Depardieu, plus sophistiqué chez De Niro. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. C’est un des mérites de NOVECENTO, œuvre par ailleurs inégale, voire discutable sous certains aspects, que de permettre cette rencontre tout à fait stimulante à revoir, et même émouvante. On sent une complicité qui a été, ce me semble, corroborée par d’aucuns et se serait traduite par une amitié durable (à ce que je sais). Leur jeune présence commune dans le Bertolucci provoque ce sentiment de « lâcher » de monstres sacrés qu’exprime peut-être Ballantrae.

    • Sullivan dit :

      A Guy Gadebois : Le « C’était mieux avant » est une posture qui rassure mon cher. Il y a encore beaucoup de bons et grands films aujourd’hui, il faut en revanche être curieux, car dans la jungle pléthorique, ils se dénichent moins facilement qu’avant c’est tout. Et quand vous dites de Sarde que c’est, je vous cite « le dernier compositeur de musique de film français, après lui plus personne », je me marre ! Je ne vous en cite qu’un : Alexandre Desplat. Son éclectisme vaut celui d’un Marco Beltrami. Ce dernier pouvant être considéré comme le fils spirituel de Goldsmith, et bien Desplat peut être considéré comme celui d’un Sarde. Sarde pouvait composer des partoches génialement avant-gardistes pour LE LOCATAIRE ou COUP DE TORCHON, et se lancer dans une musique ample et romantique dans TESS. Desplat peut nous faire de la musique hollywoodienne de qualité pour Polanski avec THE GHOSTWRITER et faire un truc complètement barré pour Wes Anderson et son BUDAPEST HOTEL. Arrêtez avec les poncifs, les idées arrêtées. Le talent existe toujours aujourd’hui et il existera toujours demain. La seule question à se poser est la suivante : les moyens nécessaires seront-ils donnés aux artistes pour que ceux-ci puissent s’exprimer ? Cinéphiliquement.

      • Guy Gadebois dit :

        A Sullivan

        Desplat ? Ah ah ah ! Mais vous rigolez ou quoi ? La seule chose écoutable de Desplat (qui porte bien son nom d’ailleurs) est ce qu’il a fait pour GHOST WRITER, et c’est parce qu’il a marché sur les plantes bandes de Morricone qui avait écrit la géniale musique de FRANTIC (mis en part le « main title » qui aurait mieux convenu à un Belmondo-Deray). Visiblement nos oreilles ne vibrent pas du tout sur les mêmes fréquences cher ami.
        Sarde dit que la musique de film d’aujourd’hui c’est des robinets d’eau chaude, ou d’eau froide. Où entendez-vous les successeurs de De Roubaix, de Delerue, De Jarre… des musiques qui donnent une empreinte au film, parfois une identité, et dont un grand nombre sont entrées dans le patrimoine musical. Tiens, hier soir je regardais LA CAGE de Granier-Deferre. Musique de Sarde. Qui fait ça aujourd’hui ? Qui en est capable ?
        Sarde a raison sur ces deux points (plus de cinéma, plus de musique) et bien que je ne le connaisse pas, je sais très bien qu’il dit ça en toute bonne fois. Sarde n’a pas l’air d’être un type aigri ou de mauvaise fois. Regardez le portrait auquel je fais référence, et vous vous forgerez une meilleure opinion sur le sujet. Et le « c’était mieux avant » n’est un pas un point de vue réac ni passéiste, mais un constat qui vise l’uniformisation, l’affaissement culturel et cette tendance très moderne d’élever la médiocrité au rang de grandeur. Le règne du « tout est dans tout » et du « tout se vaut ».

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Guy Gadebois
          Mais là vous délirez un peu. Quid de ses partitions très étonnantes (et je les ai écoutées 10 fois) pour Audiard. Et son travail avec Frears (THE QUEEN, TAMARA DREWE), Wes Anderson (Mr Fox), Malick, Ang Lee (la belle musique de LUST AND CAUTION), Polanski (pas CARNAGE mais LA VENUS A LA FOURRURE). Chaque fois que je sens que la musique est intelligemment conçue, placée (malgré les conventions hollywoodiennes) je sais que j’ai affaire à Desplats aussi à l’aise dans les dissonances héritées de Berg que dans les grands élans lyriques
          Quant à Philippe Sarde, je le connais très bien et n’ai pas besoin d’un film pour jauger ses immenses qualités mais aussi l’amertume et le ressentiment qui le ronge parfois dès qu’un metteur en scène cesse de travailler avec lui. Il perd tout son talent

        • Sullivan dit :

          A Guy « Gars de bois » (= Manux = Couzinet ??) :
          Sarde de bonne foi quand il dit des choses pareilles ? Peut-être, et vous aussi. Et c’est ça qui est inquiétant… fatiguant même.
          Non, nos oreilles ne vibrent pas du tout sur les mêmes fréquences, et j’en suis bien heureux.

        • ballantrae dit :

          Je vous trouve injuste envers Desplat (et le jeu de mot est d’un tel facile qu’on a dû le lui faire cent fois en CE2, sans vouloir être méchant) qui effectivement a su briller chez Audiard, Wes Anderson (Mr Fox oui mais aussi la BO superbe, hilarante ou touchante de The grand Budapest Hotel )ou Malick (même si c’était à minima et serti dans une BO empruntant à de grands compositeurs tels Preisner, Tavener).
          Sans enlever quelque mérite que ce soit à l’immense talent de Sarde, il me semble possible d’aimer le travail d’un Carter Burwell chez les Coen notamment ou d’un Danny Elfman (même si le cinéma de Burton ne va pas très bien).

        • ballantrae dit :

          Quant à la musique de Frantic, je ne suis pas sûr que c’est la meilleure partition de Morricone y compris dans les 80′ où il sut aussi bien entrer dans le travail d’un De Palma ( Untouchables mais aussi la superbe BO de Casualties of war) que dans les inspirations lyriques des chants guaranis pour Mission de R Joffé ou encore bine sûr son ultime collaboration sublime avec S Leone.
          La BO Frantic me fait le même effet que la BO pastiche de Hitchcock pour Cape fear de Scorsese: effets soulignés,prise de conscience ironique de l’exercice de style.
          A l’image d’un film de prime abord intrigant qui débouche sur une déception, un mac guffin un brin creux malgré qqs moments brillants …moins fort que Ghostwriter plus premier degré, inquiétant, topographiquement rigoureux.

        • Bien heureusement, divers compositeurs talenteux — outre ceux déjà cités dans la conversation en cours (dépassons la polémique Sarde versus Desplat)– continuent d’écrire des partitions originales pour le cinéma français; citons-en quelques-uns (alphabétiquement): Bruno Coulais, Eric Demarsan, Jean-Claude Petit, Laurent Petitgirard, Frédéric Talgorn…
          Je me permets d’attirer l’attention sur un compositeur doué malheureusement actif, à ce jour, essentiellement pour le petit écran: Stéphane Moucha.
          Bàv,
          JF Houben
          « 1000 Compositeurs de cinéma »

        • Martin-Brady dit :

          à Sullivan: si ce n’est lui c’est donc un émule, on a déjà donné, basta.

        • Sullivan dit :

          A Ballantrae : Quand vous dites « (…) la BO pastiche de Hitchcock pour Cape fear de Scorsese » –>, il faut préciser que la musique du remake scorsésien (1991) du film éponyme de J. Lee Thompson sorti en 62, est exactement la même, presque note à note. La différence étant que sur la demande de Marty, Elmer Bernstein a réorchestré la musique de Bernard Herrmann, avec notamment une utilisation accrue des cuivres, et par moment une réharmonisation.

        • Sullivan dit :

          Pour Gadebois et les autres : Pour appuyer un peu mon assertion concernant la parenté entre Beltrami et Desplat et le fait que les deux doivent, l’américain à Goldsmith, le français à Sarde (et on peut s’amuser à intervertir !) : Ecoutez ou réécoutez la B.O. de Desplat pour THE GRAND BUDAPEST HOTEL, j’ai bien dit la B.O., pas la musique dans le film. C’est une preuve éclatante du talent de ce compositeur qui même s’il s’inspire d’autres (Sarde l’a fait bien entendu, on ne vient pas de nulle part), possède une personnalité et une inventivé exceptionnelles, essentielles pour le cinéma. En remerciements à Wes Anderson, Desplat dit, je cite : « Où et quand un compositeur de musiques de films peut utiliser des cors des alpes, des sifflets, des balalaïkas, un orgue, un choeur, des cloches et un cymbalum ? Et bien, uniquement dans le monde de Wes. Bon, il brosse le réalisateur texan dans le sens du poil, c’est normal. Mais ceci-dit, le seul autre compositeur vivant qui me semble utiliser un instrumentarium aussi varié n’est autre que Beltrami, notamment (et je ne le fais pas exprès Bertrand), dans IN THE ELECTRIC MIST. Les deux exemples se ressemblent. Tavernier a demandé à Beltrami de travailler bien en amont sur son film. Même chose pour Wes Anderson, demandes précises, grande culture… etc

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Sullivan
          Et j’ai demandé à sarde d’utiliser le digeriddoo en le mélant à des saxes et à une contrebasse dans QUAI D’ORSAY. Et les compositions des orchestres de LA PRINCESSE (violoncelles, contrebasses, trombones, trois instruments anciens et des percussions), de L 627 (viole de gambe, batterie rock, pêrcussions, saxes, luth) recelent des suprises

        • Sullivan dit :

          A Bertrand, oui je connais bien-sûr ces audaces d’orchestration sardiennes pour les partitions de L.627 et QUAI D’ORSAY (je connais d’ailleurs Raphaël Didjaman, que j’avais rencontré à l’occasion de la sortie de son album « Didgeridoo Rimbaud » qui comme son titre l’indique, mêle les textes du poètes aux sonorités de ce génial instrument. Denis Lavant y donne une merveilleuse interprétation du BATEAU IVRE…)

        • Sullivan dit :

          … A B.T. : et l’utilisation (le détournement !) par Sarde, de la chanson de la renaissance « Une jeune fillette » dès le début de LA PRINCESSE DE MONTPENSIER résonne encore à mon oreille comme une des entrées en matière les plus dynamiques de tous les films visionnés ces dernières années. J’adore !

    • Martin-Brady dit :

      à Guy Gadebois: quand même le cinéma français aujourd’hui c’est RIEN??? et Isabelle Czajka, Cédric Khan, Stéphane Brizé, Ursula Meyer, Céline Sciamma, Robert Guédiguian?
      Vous poussez un peu, là… ou alors c’est par admiration aveugle pour Philippe Sarde, qui est un très grand compositeur, à la fois majestueux, grave et toujours neuf.

      • Guy Gadebois dit :

        A Martin Brady

        Oui, vous confirmez, tout ça n’est rien. Ca pourrait être quelque chose si le cinéma venait de naitre, mais en regard de ce que le cinéma a déjà produit, tout ça n’existe pas et il n’en restera rien. Je ne dis pas que c’est mauvais, c’est juste rien. Tous ces films se ressemblent, aucune personnalité, rien qui nous rendra le film inoubliable. La dictature du réalisme élevé au rang d’art. Le nouvel académisme français, et pas que français. J’ai beaucoup aimé GARE DU NORD de Claire Simon, mais je sais que je l’oublierai très vite parce que Gare du Nord ressemble à mille autres films. Encore une fois, le règne de l’uniformité, de la « conformité » qui évidemment ne touche pas que le cinéma. Tout ça s’explique très concrètement par le déracinement culturel, la dictature du marketing et du mondialisme à marche forcé. Le nivellement. Et peut-être aussi beaucoup par l’inculture des grands décideurs qui font le cinéma d’aujourd’hui. La papesse du cinéma français. Vous la connaissez ? Essayez de savoir, vous comprendrez.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Guy Gadebois
          C’est ce qu’on disait partout des films de Walsh, Mann, Decoin, Comencini dans les années 50/60 Et de milliers de cinéastes. C’est des années après qu’on sait si un film survit

  31. Guy Gadebois dit :

    J’avais un très mauvais souvenir de THE WAY WEST d’Andrew McLaglen, mais une vision plus fraiche piochée dans le catalogue Sidonis me l’a fait revoir à la hausse. L’avant goût de meringue des premières séquences est rapidement dissipé par tout ce qui vient derrière. Le sujet s’impose assez vite, les caractères s’affirment et l’histoire ne sera pas chiche en péripéties. Trois énormes stars dans le même générique laissait craindre un film divisé en temps de paroles, eh bien non, le scénario les a bien servis par des personnages réellement construits.
    Kirk Douglas qui est toujours allé très loin dans l’exploration de ses rôles n’en fait pas moins ici que dans d’autres films plus ambitieux. Sénateur mégalomane à la tête de ces pionniers de l’Oregon, tyrannique, à moitié fou, sans pitié, il n’en expose pas mois ses faiblesses, sa lâcheté autant que ses élans de coeur. Le personnage de Mitchum n’est pas moins fouillé, pisteur à toute épreuve qui a déjà vu cent fois tout ce que le convoi rencontrera en morts cruelles, attaques d’indiens et autres dangers, des évènements qu’il absorbe sans broncher mais qu’il somatise en perdant la vue. Widmark pâtit quant à lui des coups de ciseaux infligé à un film dont on sent que la durée naturelle devait être plus longue d’une bonne demi-heure. Les personnages secondaires sont sacrifiés mais subsiste tout de même quelques très bonnes séquences, notamment celle où les indiens viennent réclamer la mort de celui qui a tué son fils, coupable qui doit être exécuté pour sauver l’ensemble du convoi. McLaglen beaucoup mieux inspiré que dans ses véhicules pour le Duke se montre digne de William Clothier, soucieux de l’esthétique, du cadre et des enchainements. Il faut dire qu’il a un producteur audacieux, Ben Maddow à la plume et sûrement aussi que Douglas s’est mêlé de pas mal de choses. Un film qui, s’il était signé Gordon Douglas, aurait inspiré des commentaires plus généreux.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      Les quelques qualités que vous trouvez sont uniquement dues au roman de AB Guthrie. Ben Maddow a écrit ce film sans conviction et il suffit de comparer son dialogue avec celui incisif, perçant, plein de notations fortes du roman

      • Guy Gadebois dit :

        Il ne s’agit pas non plus de réhabiliter McLaglen (Bon Gordon Douglas j’exagère OK) mais reconnaissez l’interprétation de Douglas, et celle de Mitchum, surtout quand il dit à Douglas effondré sur la tombe de son fils que de toute façon des loups le déterreront pour le dévorer. Et tout ces moments où Mitchum reste en retrait, observateur de faits et d’actions qu’il laisse faire, en face d’un Douglas colérique et agité.
        Et il y a aussi des plans magnifiques (bravo à Sidonis pour la copie) qui ne sont pas uniquement dus à Clothier, alors que Les Géants de l’Ouest n’est regardable que grâce à Clothier.

  32. Alexandre Angel dit :

    « Même l’ambiguë question de la culpabilité humaine, qui souvent se manifeste comme une réaction réflexe dans des situations contraignantes, est ici dévoilée dans sa complexité causale. »
    « ..et même si l’origine de cette fatalité finit par se dévoiler, il est indéniable qu’il y a dans ce réalisateur un maître qui nous révèle, d’une façon éminemment artistique et presque entêtée, ce fatum à l’oeuvre dans les situations relationnelles de l’accomplissement de la vie. »

    euh..dîtes donc, il faut se les faire les critiques suisses de cinéma du début des années 50 !!

  33. Guy Gadebois dit :

    TCM programme THE YOUNG SAVAGES, film qui appartient au cinéma progressiste que produisait le tandem Hecht et Lancaster, lesquels sont allé chercher le jeune Frankenheimer pour la mise en scène. Pari audacieux pour un sujet qui ne l’est pas moins, tourné vers la question sociale, la misère économique et le mal vivre de la jeunesse américaine d’après guerre. Tourné la même année que West Side Story on est dans le même contexte d’affrontements des communautés dans les quartiers New-Yorkais sensibles. Lancaster enquête au sujet de l’assassina d’un jeune portoricain aveugle, trouve vite les coupables et s’obstine à vouloir les envoyer sur la chaise électrique, sans pitié à l’égard de ceux qui instaurent la terreur dans le quartier dont il est lui-même issu, et et dont il est sorti par le haut. Evidemment les choses ne sont pas aussi simples que Lancaster le voudrait, la victime s’avère ne pas être un ange, et les circonstances atténuantes des coupables s’éclairent au fur et à mesure que l’enquête progresse. Thriller social qui plonge les comédiens dans un Harlem filmé au naturel, avec sa faune et ses trottoirs jonchés de détritus, des images assez inédites pour l’époque qui font du film un héritier direct du Boys of the road de Wellman. Toutefois, contrairement à ce qu’affirme Roland Lacourbe, le film ne baigne pas complètement dans son jus. Les raccords studio en sont d’autant plus voyants (pans de rue entiers refaits en studios, transparences grossières) de plus, abâtardi par des trucs de mise en scène d’un Frankenheimer constamment le cul entre deux chaises. Défauts qui s’aggraveront dans ses films à venir et qui l’auront éternellement placé dix échelons en dessous de Lumet. Ce film est pourtant selon moi ce qu’il aura fait de mieux avec The Gypsy moths. Il me semble pourtant avoir entrevu la sortie prochaine de ce film dans le commerce, mais je ne trouve plus la source.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      Pas du tout d’accord. Et I WALK the LINE et SECONDS et the MANCHURIAN CANDIDATE et PATH TO WAR qui sont des films incroyablement audacieux ET jamais piégés par les raccords en studio. Quand il aborde la politique JF égale ou dépasse Lumet

      • Guy Gadebois dit :

        SECONDS est vraiment noyé par des effets visuels qui s’interposent entre nous et le sujet au point qu’on s’en désintéresse totalement. Rock Hudson roupille ferme. Et si on apprécie Frankenheimer et Lumet à travers toute leur oeuvre, Lumet est quand même gagnant sur toutes les longueurs (malgré ses navets). Après I WALK THE LINE Frankenheimer sombre corps et âme. Ce qui n’est quand même pas le cas de Lumet ! Vous me direz qu’il y a FRENCH CONNECTION 2, bien que Jacques Saulnier m’ait raconté que le film devait tout à Gene Hackman et à Claude Renoir.
        Quand frankenheimer tourne des navets comme RONIN ou L’ile du Dc Moreau, Lumet nous éblouit avec Jugez-moi coupable, ou 7H58, en renaissant (une fois de plus de ses cendres).

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Guy Gadebois
          J’ai longuement parlé de Frankenheimer sur ce blog et dans 50 ANS nous lui avons consacré un très long texte où nous signalions son premier énorme passage à vide (mort de Kennedy, menaces d’alcoolisme) et sa reprises avec des petits films qui ont sur site trouvé aussi des défenseurs, ces petits polars teigneux (52 pick up) qui l’ont remis en selle ainsi que ses téléfilms sur lequel vous faites l’impasse et dont beaucoup sont aussi ambiteux que réussis : ANDERSONVILLE, WALLACE, BACK TO THE WALL en attendant le magnifique PATH TO WAR qui marquait une renaissance complete et lui même me disait avoir décidé de ne plus JAMAIS revenir à des films comme RONIN ou L’ILE DU DOCTEUR MOREAU. Sa mort a été prématurée. Outre ses films de télé dont beaucoup aboprdent des sujets sociaux ou historiques que Lumet n’a jamais voulu traiter, ne se sentant en sécurité que dans le New York contemporain, ses chroniques provinciales (encore toute une Amérique absente des films de Lumet. Il ne s’agit de déterminer le talent d’un cinéaste à l’étendue des terrtoires qu’il explore mais juste de signaler la largeur de l’ambition américaine de Frankenheimer et de le créditer de cette audace et de cette imagination, tout en disant que Lumet sur son terrtoire a été souvent ultra inspiré mais souvent dans le même genre. Frankenheimer est plus près d’Akldrich que de Lumet.. Il ne s’est jamais risqué sur le terrain de la politique et n’a jamais voulu non plus tenter des fables, genre difficile, périlleux comme SECONDS que je trouve absolument magistral avec une forme totalement intégrée au propos (il n’y a guère que l’orgie vinicole que je conteste) et les courtes focales disparaissent dès que le monde autour d’un Rock Hudson qui ne sommeille (je déteste ces appréciations tapageuses qui ne reposent sur rien : il tient dans la deuxième partie des longs plans ou l’on sent que ses certitudes se fissurent, que le masque n’était qu’un masque, pari ultra courageux de sa part qui mérite un peu de respect) : la segregation dans le Sud, le portrait accéré des démocrates sudistes, un camp de concentration durant la guerre civile. Et vous faites l’impasse aussi sur tous ses films de prison, THE BIRDMAN OF ALCATRAZ, THE FIXER. Cette opposition est d’ailleurs stérile et stupide tant leurs personnalités diffèrent. Lumet aussi a commis des films accablants (LE RENDEZ VOUS) ou decevants (M 15 DEMANDE PROTECTION) ou tres conventionnel Comparez les deux textes que nous leur consacrons et vous verre à quel point ils sont différents viscéralement

        • Guy Gadebois dit :

          a BT
          En effet j’oubliais THE FIXER dont je ne me souviens que lors de sa diffusion interrompue par la mort de Pompidou ! Moi aussi j’ai vu Frankenheimer (qui était d’ailleurs un type très gentil) sur le tournage de Ronin et je dois dire que j’ai eu presque de la peine de le sentir d’évidence co-réalisateur d’un film où De Niro faisait autorité sur à peu près tout (et Jean Reno… mon dieu !) On pourrait aussi le comparer à Penn, qui le dépasse, même avec ses chroniques provinciales, même avec THE CHASE, que vous détestez et qui est pour moi un très grand film. Pour continuer à travailler Frankenheimer a dû se servir à la cantine Golan et Globus qui curieusement lui ont offert de bons sujets, qu’il a complètement gâchés. THE HOLCROFT par exemple, et 52 avec ce final digne de Walter Hill. Peut-être aurait-il dû rester définitivement à la télé, car s’il vous a dit ne plus vouloir faire ces films-là, après PATH il replonge pourtant la tête la première avec ce PIEGE FATAL qu’aurait pu signer Richard Donner. Et il est mort tandis qu’il préparait un énième Exorciste repris par… Renny Harlin.

        • Guy Gadebois dit :

          … et j’attends depuis longtemps de voir L’IMPOSSIBLE OBJET (repris à Losey) et THE ICEMAN COMETH.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Guy Gadebois
          Il me semble bien que PIEGE FATAL qui contient quelques moments visuels réussis a été tourné avant PATH mais sorti après car il y a eu des remontages et des coupes. IMPOSSIBLE OBJECT est très décevant sauf pour la séquence en mer. C’est un trop européen, figé, académique, mal écrit par Nicholas Mosley qui signera le très médiocre scénario du Trotski de Losey. Et je maintiens pour THE CHASE qui est un des films les plus amphigouriques, pesants, sur dialogués de l’époque. Il y avait une grande différence entre Penn qui avait peu de connaissances et de maitrises visuelles (son talent consistait plus dans la direction d’acteur et la manière d’imposer une atmosphère). Il pouvait avoir quelques ambitions (fragmùenter les plans de BONNIUE AND CLYDE, filmer la mort des deux héros comme celle de Kennedy) mais il était moins un cinéaste que Frankenheimer ou Lumet, plus proche de Ritt et tout dependait de son rapport avec son chef opérateur. Frankenheimer imposait un style qu’il avait décidé quel que soit le chef op. Il vira John Alton de BIRDMAN parce qu’il se livrait à des recherches expressionnistes que le cinéaste refusait et il prit un vieux de la vieille qui sut s’adapter au style vériste du film

        • richpryor dit :

          D’accord avec Bertrand Tavernier, Frankenheimer à son heure était un grand cinéaste et je ne comprends pas votre jugement à l’emporte pièce (Seconds est un film incroyable). Ce n’est que mon avis et il est toujours un peu ridicule de faire des concours de mérite entre deux cinéastes doués mais je préfère largement Frankenheimer à Lumet. Frankenheimer est simplement un metteur en scène plus ambitieux et plus talentueux visuellement que Lumet.
          Je ne pense pas que Birdman of Alcatraz aurait aussi bien veilli si il avait été mis en scène par Lumet et ce dernier n’aurait jamais pu aborder un sujet fou de mise en scène pure comme celui de The Train. Il a moins de gros ratés dans sa filmographie que Frankenheimer par contre. Et comment dire que les qualités de French Connection 2 ne viennent pas de son réalisateur?

        • Mathieu dit :

          Tout à fait d’accord avec Bertrand sur THE CHASE, pour moi l’exemple même de ce que je déteste dans un certain cinéma américain « libéral » où la thèse et les intentions ne donnent aucune chance aux personnages d’exister par eux-mêmes. Mais j’avoue qu’adolescent je l’avais bien aimé. Revu plus tard je l’ai franchement détesté, peut-être maintenant je lui trouverais des vertus comiques. J’ai essayé de voir il n’y a pas longtemps WATCH ON THE RHYNE d’après une pièce de Lillian Hellman, la scénariste de THE CHASE. Je ne suis pas arrivé à le voir jusqu’à la fin (d’autant que le dvd Warner anglais n’a pas de sous-titres français), c’est un film grotesque qui tourne complètement à vide et qui pourrait être involontairement drôle par moments s’il n’était pas désespérément ennuyeux.

        • Alexandre Angel dit :

          A Bertrand Tavernier
          Juste un petit désaccord à propos d’Arthur Penn, non pas sur THE CHASE que j’aime moins qu’avant pour les raisons que vous dîtes mais par rapport à votre résumé de son talent qui me paraît un peu expéditif. Il me semble, à partir de BONNIE AND CLYDE, que la fragmentation des plans que vous mentionnez devient sa marque de fabrique et qu’il la maîtrise assez bien, rendant son cinéma plus technique et virevoltant que vous le laissez supposer. Ses montages sont dynamiques, parfois étourdissants, comme arrachés à un chaos (un peu à la façon d’Aldrich, ce côté « truelle ») qu’il aura quand même su orchestrer. Je pense à la bataille finale de LITTLE BIG MAN, au pastiche de STAGECOACH scandé par John Hammond dans ce même film, à de nombreuses séquences d’ALICE’S RESTAURANT ou bien à la scène finale, très brillante, de NIGHT MOVES. mais il y a encore d’autres exemples.
          Je suis par contre entièrement d’accord sur Frankenheimer et vous me donnez envie de voir les téléfilms que je ne connais absolument pas.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Alexandre Angel
          On est toujours sommaire mais l’un des chefs d’oeuvre de Penn sinon son chef d’oeuvre est GEORGIA qui est au contraire coulé, tourmenté mais fluide et si émouvant

        • Alexandre Angel dit :

          GEORGIA : encore un grand absent des catalogues « zone 2 ». Qu’attendent-ils pour le sortir avec un appareil éditorial conséquent ?? Pas revu depuis longtemps mais grand souvenir.

      • Sullivan dit :

        Oui, on trouve GEORGIA en import suédois… Mais quoi Alexandre Angel, vous ne lisez pas la langue d’Andersen, de Bergman ou de Runeberg ? Vous me décevez…

        • Alexandre Angel dit :

          Kära Sullivan, vet att jag behärskar svenska.
          Non mais..

        • Alexandre Angel dit :

          Slut

        • Sullivan dit :

          Mon cher Alexandre Angel : Permettez-moi de douter de votre maîtrise du suédois, puisque vous avez écrit « Kära » (Chère) en lieu et place de « Käre » (Cher) devant Sullivan.

          Alors, Slut ! (Moi aussi j’ai vu LE DICTATEUR)

        • Alexandre Angel dit :

          Bing m’a trahi

    • ballantrae dit :

      Limiter Franhenheimer à ces deux opus me semble un peu court tant des modèles de thrillers parano tels que Manchurian… et Seconds sont éludés de même que le décidément merveilleux Birdman ou encore I walk the line.
      Pourquoi confronter Lumet et Frankenheimer? Le style éminemment réaliste du premier n’a rien à voir avec l’expressivité parfois baroque du second.Lumet ne réussissait justement pas ses incursions dans le fantasme ou l’étrange comme dans Daniel, Equus: son domaine de prédilection est une comédie humaine fouillée,ambigue, documentée.

      • Annette dit :

        A Ballantrae

        Il me semble qu’il s’agit là de comparer des réalisateurs d’une même génération, de même formation, la télé, et qui ont orienté leur cinéma vers des questions de société. Ils sont donc comparables. Tout comme ils le sont selon des critères de valeur en fonction du nombre de réussites et de ratages. Tout ne se compare pas, mais ce qui l’est doit l’être.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Anette
          Mais leurs centres d’intérêts diffère. L’ancrage new yorkais et moderne de Lumet est primordial et quand il en sort (EQUUS, RENDEZ VOUS), il perd tout style
          Frankenheimer parcourt l’Amerique et les époques. Il se plante totalement quand il aborde la farce (tout comme Lumet) mais son interet pour la politique et ses répercussions sociales unit un grand nombre d’oeuvre (la vision de PATH TO WAR témoigne du meme engagement démocratique que SEVEN DAYS IN MAY. Les convictions de Frankenheimer sont intactes – d’une certaine manière, celles de Lumet, moins larfes, le sont aussi et c’est assez rare – et son énergie nullement amollie par les experiences désastreuses, les mauvais choix de sujet (la séparation avec le producteur Edward lewis qui fut aussi associé avec Douglas sur SPARTACUS et LONELY ARE THE BRAVE) dut jouer un rôle. Il le quitta pour retrouver le Costa de MISSING)

      • Guy Gadebois dit :

        A Ballantrae

        Euh pardon, je ne le « limite » pas à 2 titres, loin de là. Je cite ce qui est pour moi le plus intéressant. Ce qui ne veut pas dire que le reste ne vaut rien. Condenser les propos les réduit souvent sur ce genre de forum.

        • ballantrae dit :

          Je viens de revoir 7 days in may et confirme la dextérité absolue de Frankenheimer sur un sujet voisin de celui de Docteur Folamour.A l’analyse implacable du premier répond la maestria cocasse du second et la confrontation des deux vaut les meilleurs essais historiques sur la Guerre froide et ses angoisses.
          Je ne chercherais pas à défendre en revanche Ronin ou pis encore L’île du docteur Moreau ( nous en parlâmes longuement dans ce blog il y a qqs temps) mais suis gré à Frankenheimer d’avoir su se montrer aussi libre.
          On a trop tendance à oublier les grands cinéastes qui ont précédé le Nouvel Hollywood ( Penn,Frankenheimer, Peckinpah,Lumet,Mulligan…) et qui l’ont certainement rendu possible par leur liberté de ton, leur célectisme, leurs nouvelles méthode de travail parfois héritées de la TV.

      • Martin-Brady dit :

        de toute façon comparer les cinéastes est un jeu souvent stérile et sans intérêt.

      • Sullivan dit :

        Pour le coup, entièrement d’accord avec vous Ballantrae. Et puis il me semble qu’on a déjà eu une longue discussion à plusieurs sur ce blog concernant les mérites de Frankenheimer, qui n’est pas un cinéaste à défendre. Ses films le font pour lui. Et franchement, lui opposer Lumet, c’est comme opposer Wise à Fleischer. Mince, les talents s’additionnent, ils ne s’annulent pas, ne s’annihilent pas les uns les autres ! C’est fini ça, le temps de la guèguerre Cahiers / Positif appartient à l’histoire. Il faut avoir un regard certes érudit, mais également naïf et libre sur les films.

  34. Cipriano Castro dit :

    au Webmaster: au-secours! ça passe plus! pitié! etc.

  35. Bonjour,
    Dans le doute, je vous renvoie un portrait de Duvivier, en complément de votre critique…
    Bonne lecture !
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/entre-ciel-et-terre-le-cinema-de-julien.html?view=magazine

  36. Rouxel dit :

    « Psy »est une comédie attachante et méconnue dans la filmographie de Philippe de broca.Outre Patrick Dawaere,on retrouve débutant Jean pierre Darroussin,Jennifer et meme le célèbre agent et acteur Dominique Besnehard.La musique est composée par Mort Schuman dans l’esprit »Hotel de la plage »de Michel Lang.Film que j’ai découvert récemment.Je signale au passage la sortie pour le 21 Octobre de deux oeuvres décadentes: »Le grand embouteillage »de Comencini puis »La propriété c’est du vol »de Pétri,tous les deux chez Tamasa avec des bonus en prime.

  37. Mathieu dit :

    Il me semble avoir envoyé un message i l y a quelques jours qui n’apparait pas dans les commentaires. S’est-il évaporé dans le cyberespace ou aurais-je rêvé ? Je signalais l’existence d’un livre que je suis en train de lire sur Duvivier, «Julien Duvivier, le mal aimant du cinéma français » d’Eric Bonnefille, en deux volumes chez L’Harmattan, très solidement documenté, accordant pour chaque film beaucoup de place aux critiques de l’époque et je m’étonnais de la persistance des critiques à sempiternellement employer les mêmes mots pour définir Duvivier : « technicien », « artisan », voire « tâcheron » alors que la qualité d’auteur de Duvivier paraît aujourd’hui évidente, et que lui-même l’a toujours revendiquée. Je disais également que MARIE OCTOBRE était jugée « rien moins qu’un chef-d’œuvre » par Philippe Roger, et ce jugement m’avait intrigué, Philippe Roger étant l’auteur du brillantissime commentaire audio du dvd Wild Side de LETTER FROM AN UNKNOWN WOMAN.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Mathieur
      D’autant que si on prend la définition d’auteur dans son sens le plus littéral et aussi le plus scolaire et restrictif, Duvivier a co écrit nombre de ses films et écrit seul le scénario de plusieurs dont DAVID GOLDER, L’AFFAIRE MAURIZIUS et autres. Il faudrait que je revoie MARIE OCTOBRE qui m’avait énervé et que trouvais proche du theatre de boulevard

  38. Guy Gadebois dit :

    Par ce lien vous ouvrez un entretien d’une heure avec Olivier Dazat et Richard Millet au sujet de Gérard Depardieu. Drôle, profond et revigorant. On y parle aussi de vous Bertrand.

    http://www.tvlibertes.com/?s=la+france+de+gérard+depardieu

  39. Guy Gadebois dit :

    Quand le tuyau est bouché mon effet Destop est le changement d’identifiant. Je dois jongler avec 3 ou 4 au grès des réseaux wifi et du fait sans doute que je ne sois pas en métropole. Bref. Message pour signaler en complément des propositions de cette page un coffret Jacques Brel dans une série Gaumont pack 3 DVD consacré à un même acteur. Très envie pour ma part de revoir LES RISQUES DU METIER, mais aïe aïe aïe, ouh la la… ça grince de partout dans ce film découpé au massicot, où tous les éléments du dossier sont exposés l’un après l’autre comme si nous étions dans un prétoire plus que devant un écran. Les seconds rôles sont bien distribués (surtout Jacques Harden) mais le jeu des gamines est marqué de toutes les intentions possibles et imaginables (et je refais bien ce qu’on m’a montré en répétition) tandis que la plaidoirie est très exactement celle d’un homme de robe dans tous ce qu’il y a de démonstrativement lourdingue, et vas-y que je t’en remets une couche au cas où tu douterais. Je ne peux qu’être d’accord avec Truffaut en revoyant les derniers Cayatte, tous corrodés, vermoulus, alors que ses films plus anciens sont davantage frappés par l’injustice des volées de bois vert qu’on avait envoyé à ce brave homme.
    A l’inverse MON ONCLE BENJAMIN est un délice, de légèreté, de bonne humeur, impertinent, électrique, enraciné dans son époque tout en restant intemporel, époque qui est aussi celle du Benjamin de Michel Deville, deux films jumeaux au point que je cite toujours le Deville à la place du Molinaro est inversement. Je ne m’y ferai jamais. J’ai lu sur d’autre forums qu’on reprochait au film sa mise en scène foutraque, et en effet on a l’impression d’un film tourné sur le vif, presque à l’arrache, fait de gros plans décentrés à la longue focale, de zoom italiens et de raccords brouillons. Mais c’est parfaitement en accord avec le ton du film, sa verve, son énergie, son insolence, bien que celle-ci soit plus relative qu’elle ne l’était à l’époque. En tout cas un film à la gloire du bien vivre accompagné d’une musique Delurienne qui n’est pas de Delerue (mais de Brel) acteur de génie, frustrés que nous sommes de l’avoir si peu vu. J’en suis ressorti avec l’envie de boire un coup, de courir après les filles et de chanter. De la saine, et rare, influence du cinéma sur le comportement humain. Un hymne à la joie, comme le dit Molinaro, et qui regrette que le cinéma (français) célèbre aussi peu la joie de vivre. Comme je suis d’accord. Les suppléments on déniché aussi un dialogue entre Brassens et René Fallet au sujet du roman de Tillier. Document très rare qui donne envie de lire le bouquin.
    Le coffret comprend aussi L’Emmerdeur. Mais bon, l’Emmerdeur…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      LES RISQUES DU METIER après un premier plan qui fait illusion est épouvantable et je ne peux qu’être d’accord avec vous

    • Minette pascal dit :

      L’Emmerdeur, c’est pas mal non plus. Ne serait-ce que pour entendre Lino Ventura dire : »Je bois mon café et j’arrive. »

  40. Rouxel dit :

    Actuellement j’essaie de revoir tous les films de Jacques Becker.Quel ravissement et enthousiasme de revoir »Rendez-vous de juillet »qui pourrait s’appeler « La joie de vivre »car le film déborde d’énergie,de bons sentiments et d’un casting survitaminé(Gélin,Auber,Courcel,Trabaud….)forme une sacré équipe baigné par la musique jazz de Claude Luter et son groupe.Louis Seigner dans le role du professeur de théatre est un peu caricatural mais je pense que Becker ne l’a pas choisi par hasard,ni son vieux complice Gaston Modot qui à un réelle présence malgré les seconds roles auquel on l’a souvent cantonné.Dans »Rue de l’estrapade »il faisait chanté Daniel Gélin une chanson de Brassens,dans »Casque d’or »on entends deux clochards fredonnés »Le temps des cerises ».Dans toutes ces oeuvres il y a de la nostalgie voire un peu de mélancolie sur le temps qui passe.Bon courage pour le prochain festival Lumières à Lyon.

    • Jean-Sylvain Cabot dit :

      J’ai revu récemment trois Becker.Rue de l’Estrapade m’a dèçu, trop fade, emprunté. Antoine et Antoinette est un pur enchantement, grâce à la vivacité du récit,la spontanéité des acteurs (la verve d’un Noel Roquevert en épicier lubrique !)et pour la valeur documentaire d’un Paris populaire disparu. Rendez-vous de juillet (quel casting !) est un film plein d’espoir et d’énergie, en effet, qui parle aussi du temps des copains et du passage à l’age adulte, du temps qui passe, comme vous dites..

    • Martin-Brady dit :

      à Rouxel: oui, c’est absolument magnifique. Tous ces visages inconnus de seconds rôles dans la cave club de jazz avec l’arrivée de Rex Stewart sont parmi les plus beaux plans de personnes que j’ai vus (1er film de Pierre Mondy en silhouette!). On ne sait qui louer le plus dans la distribution: Pierre Trabaud ou Brigitte Auber ou Maurice Ronet magnifique en trompettiste amateur (1er film), et Gélin bien sûr. Dans les bonus, B Auber explique quelques petites choses sur l’ambiance et l’état d’esprit des jeunes juste après la victoire, qui sont bien éclairantes, elle est d’ailleurs radieuse et dans le film et dans le bonus quelques petites années plus tard! L’un des plus beaux films que j’ai vus de ma vie (osons!)!
      Il me semblait que Seigner forçait un peu son jeu avec délices et pas par oubli, quant à Modot, regarder sa filmo donne le tournis: des petits rôles mais des grands films (L’AGE D OR, LA REGLE DU JEU que sais-je encore…)

  41. Desages André dit :

    Bonjour, pour info, je signale que FOLIE-FOLIE de Stanley Donen est sorti en DVD chez Elephant. Je viens de revoir pour la Xième fois l’ultra célèbre Chantons sous la Pluie et c’est toujours un ravissement. A noter que Beau Fixe sur New York, presque aussi excellent, existe en dvd zone 1 avec vost français.
    Concernant le débat sur Duvivier, je pense aussi qu’il doit être considéré comme un des plus grands cinéastes français. Je suis ravi que BT trouve excellent les 2 Don Camillo car lorsque j’évoque cette opinion on passe volontiers dans certain milieu pour un néanderthalien. Je me sens moins seul !
    Parmi les films postérieurs à VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, je trouve que son seul grand film est POT BOUILLE. Le film avec Delon est raté et celui avec Bardot ne vaut guère mieux. Pourtant le sujet aurait pu l’inspirer.
    MARIANNE DE MA JEUNESSE est un ultime avatar du courant fantastique français; le thème comme le traitement apparaissent comme surannés et académiques. Il y a toutefois une très belle photo due (si ma mémoire est exacte) à Burel.
    A propos de VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, j’ai constaté que plusieurs cinéastes de l’ancienne génération ont réalisé dans les années 56-59 des films sur la jeunesse alors que la Nouvelle Vague pointait le bout de son nez. Outre le Duvivier, on a Autant Lara avec En cas de Malheur, Carné avec les Tricheurs et Terrain Vague et Clouzot avec La Vérité. Pour ne citer que les plus connus. Hasard ?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A André Desages,
      On pourrait trouver dans lmeurs films ultérieurs des pêrsonnages de jeunes comme héros : tous les Lara avec Odette Joyeux et même le DIABLE AU COPRS ou c’est Gérard Philippe qui est trop vieux pour le rôle.Idem pour Duvivier avec SOUS LE CIEL DE PARIS, les jeunes pensionnaires d’AU ROYAUME DES CIEUX, Marianne de ma Jeunesse. L e seul Duvivier qui semble faire une référence directe à la Nouvelle Vague est BOULEVARD qui est raté. C’est plus vrai pour Clouzot et Carné sans que, les films y gagnent

      • Mathieu dit :

        Gérard Philippe se trouvait lui même trop vieux pour le rôle de François dans LE DIABLE AU CORPS. Ca ne l’a pas empêché d’accepter sept ans plus tard (après des réticences) le rôle de Julien Sorel dans LE ROUGE ET LE NOIR, qui a si je me souviens bien dix huit ans au début du roman et en parait moins.

      • A. Bracadabra dit :

        MARIANNE DE MA JEUNESSE
        Je me souviens l’avoir vu la première fois à la télévision, around midnight (merci Patrick Brion !). J’ai été subjugué du haut de ma quinzaine d’années par l’idéalisme qui s’en dégage. Peut-être est-ce un film qu’il faut voir quand on est très jeune car, à la revoyure, je l’ai trouvé plutôt ampoulé. Mais Pierre Vaneck était pas mal quand même. Cela dit, étant un marcelophulsien intégral, je trouverai toujours de l’intérêt à ce film ! (Tonton Marcel a été ici assistant de Duvivier).

  42. Rouxel dit :

    « Rue de l’estrapade »de Jacques Becker est un film d’une grande sentimalité au niveau des personnages.Anne Vernon est lumineuse,Daniel Gélin dans son role de chanteur perdu est plein d’empathie,quand à Louis Jourdan lui qui a souvent joué des hommes à femmes se trouve tromper par sa femme.J’ai revu avec une grande émotion »Casque d’or »qui reste une oeuvre forte dans la descrition sociale des personnages.Simone Signoret est d’une beauté incroyable,Serge Reggiani essaie de se racheter une conduite en travaillant comme menuisier.Puis la musique de Georges Van Parys ponctue cette histoire plein de rebondissement,sans temps mort.Lourcelles souligne quelques plans inutiles comme la grand-mère qui vide des seaux d’urine dans la rigole ou le cocher qui satisfait un besoin avant le transfert de Manda et Raymond à la prison.Que nenni,il faut savoir que le film se déroule à la fin du 19ème siècle et que Becker décrit une société française ou il n’y avait pas d’eau courante dans les appartements et encore moins de sanitaires.Mention spéciale à tous les « seconds roles »:Gaston Modot,Bussières,Roland Lessafre,Paquerette…

    • Martin-Brady dit :

      à Rouxel: « Lourcelles souligne quelques plans inutiles comme la grand-mère qui vide des seaux d’urine dans la rigole ou le cocher qui satisfait un besoin avant le transfert de Manda et Raymond à la prison. »
      Lourcelles? Il a écrit ça? dans un article de Présence du Cinéma que je ne retrouve pas alors, pas dans son dico ni dans son bouquin sur Preminger!
      ce qui m’étonne aussi c’est que je me souviens pas de tels plans, mais là, je peux me planter.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Martin Brady
        Pas sur Preminger, on peut chercher ces plans qui sont dans CASQUE D’OR. Trop de turf ?

        • Martin-Brady dit :

          à Bertrand Tavernier: non, je voulais dire que je voyais pas où Lourcelles avait pu écrire un truc pareil (par contre, les plans sont bien là dans CASQUE D OR).
          d’où ma question à Rouxel.

        • Cipriano Castro dit :

          à B Tavernier: je m’étonnais surtout que Lourcelles ait pu écrire un truc pareil, et où. Pas dans son dico ni dans son bouquin sur Preminger (!), il ne me reste qu’un article dans présence du Cinéma, peut-être aurais-je une réponse de Rouxel, ça m’intéresse.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Cipriano Castro
          Il n’a jamais écrit cela

        • Cipriano Castro dit :

          Le changement de pseudo est pour tromper les forces noires du blog, selon le conseil de Guy Gadebois.
          MB.

        • Martin-Brady dit :

          à Bertrand Tavernier: à vrai dire, je m’en doutais un peu!
          à Rouxel: qui vouliez-vous dire à la place de « Lourcelles »: « Lourcelles souligne quelques plans inutiles etc », est-ce que vous vérifiez un peu ce que vous tapez ici avant d’appuyer sur « Envoyez »? Passe pour l’orthographe des noms propres mais si vous nous faites dans les fausses citations, maintenant, ça va plus!
          attention, je suis un admirateur de Maître Jacques qui a écrit l’un des 3 plus grands livres de cinéma de ces 50 dernières années (un autre étant les 3 Craignos Monsters de JP Putters, et tout le monde ici connaît le 3ème! et j’ai pas de cirage sous la main, donc…)

      • Rouxel dit :

        Cette citation est extrait du dictionnaire de Jacques Lourcelles,en fin de commentaire sur »Casque d’or »dans une édition des années 2000.

  43. Jean-Sylvain Cabot dit :

    Ca fait déjà quelques années qu’on redécouvre et que l’on reparle de Duvivier, après une longue et injuste période de purgatoire. Merci à Patrick Brion et à Mr Tavernier entres autres. Julien Duvivier est, indubitablement, un des plus grands cinéastes français, mais cela on commence à le savoir. Le faire savoir est chose plus ardue face au mur des préjugés et des conventions bien établies. Le nombre de ses réussites et de ses chefs-d’œuvre dépasse très largement, à mon sens, ceux de Jean Renoir, auquel on le compare souvent. Il ne s’agit pas d’ouvrir un débat, j’adore Renoir aussi. Les plus grands films de Duvivier résistent au temps (Pépé le Moko, la belle équipe, la fin du jour..) La plupart sont cités ici sous la plume des uns et des autres, avec raison. Je n’y reviendrai pas. Je suis content qu’on parle de Marie Octobre, montré très souvent à la télévision, ou encore de Chair de Poule, vu récemment, est une bonne surprise, surtout dans une fin de carrière très inégale et malgré son démarquage du facteur sonne toujours 2 fois. Je trouve la Charrette fantôme très réussi, entre réalisme social et fantastique, et malgré un côté un peu mélo. Les acteurs sont très bons (Fresnay, Jouvet dans un rôle court mais poignant, Micheline Francey irradie le film de sa présence). Quant à Marianne de ma jeunesse et Golgotha, Brion nous les avait fait découvrir et leur souvenir ne m’a pas quitté…J’ai vu récemment le muet Au Bonheur des dames, film regorgeant d’idées visuelles. Bref, la redécouvert de Duvivier continue.. . il le mérite plus qu’aucun autre mais espérons qu’un jour viendra aussi le tour d’Edmont T. Gréville, cher à Mr Tavernier.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A jean Sylvain cabot
      Voyez tous LE PAQUEBOT TENACITY qui vient de sortir chez Chateau dans une copie qui n’est pas pire que celle de Brion. Le film a des audaces, une utilisation du hors champ, des scènes collectives où on ne cadre pas toujours celui qui parle, un début avec une film dans le film et une chaleur humaine qui est la part secrete de Duvivier

    • Jean-Sylvain Cabot dit :

      Merci de votre conseil pour le paquebot Tenacity. Au fait,savez-vous pourquoi il n’existe pas d’édition dvd de La Belle équipe en France ? J’ai dû acheter une copie (cd gravé) en Angleterre..avec les deux fins, bien sûr..

      • Bertrand Tavernier dit :

        A jean Sylvain cabot
        Il y avait une bataille popur les droits entre René Chateau qui disait les avoir et Christian Duvivier qui le contestait. La BELLE EQUIPE sera restaurée par Pathé comme la FIN DU JOUR

        • Jean-Sylvain Cabot dit :

          Bonne nouvelle. Merci.

        • Mathieu dit :

          Très bonne nouvelle, Pathé fait de l’excellent travail (cf. l’édition Blu-Ray des MISERABLES de Bernard ou le coffret Maurice Tourneur).

  44. Emile C dit :

    L’antisémitisme de l’Herbier m’a sauté au visage dans L’AFFAIRE DU COLLIER DE LA REINE (1946) à travers les deux joailliers. Ce qui n’empêche pas le film d’être un chef d’oeuvre, en tout cas un des rares films historiques (avec ceux de Guitry) à donner une vraie profondeur à la lecture de l’histoire.

  45. Rouxel dit :

    Les éditions Montparnasse ont racheté le catalogue de la célèbre RKO mais je conseille à tous de voir ou revoir les films dans leurs versions originales car ils ont refait les doublages français.J’ai revu’La vie facile »de Jacques Tourneur,Victor Mature à une voix qui ne correspond pas du tout à son physique ainsi que tous les autres personnages qui ont des voix de »trentenaires »!!!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Rouxel
      Mais c’est le contraire, ils viennent de perdre ce catalogue repris par Warner et quand même voyez les films en VO

    • Martin-Brady dit :

      à Rouxel: vous êtes sûr qu’il vaut mieux voir les films en vo?

      • Mathieu dit :

        Une fois récemment j’ai essayé de voir un film en VF. C’était PATHS OF GLORY de Kubrick et j’étais énervé à la fois par d’horribles sous-titres inscrits dans des cartouches noirs et par le dialogue très rapide et abondant qui fait que les sous-titres ne sont plus une traduction mais une adaptation, et j’ai été surpris par la qualité de cette VF, mais je crois que c’est une exception. Un autre défaut de ce dvd MGM video (comme beaucoup d’autres de cet éditeur- qui édite les films United Artists et pas MGM, qui sont eux édités par Warner, allez comprendre…)est que ce film manifestement conçu pour le format large est présenté en 1:33.

        • Michael Rawls dit :

          To Mathieu: Kubrick shot PATHS OF GLORY in open matte 1.33.1, to be matted for theatrical presentation at 1.66:1. It must be remembered, alas (trebly),that Mr. Kubrick died in 1999. The video equipment of those times was, compared to the home theatres of today, not far above « the pitiful portable picnic players » which Alex assumed his music shop pick-ups were besmirching their ears with. So, other than the has to be widescreen spectacle SPARTACUS ( an assignment that Kubrick did not enjoy, witness the lithping,lisping « I am Thspartucuth, thcome to free the slaves » of Peter Sellers in LOLITA), Kubrick preferred to have his films appear on home video in aspect ratios which would occupy as much of the screen as possible, without deforming the composition. Even with Laserdisc and the early DVD, those black bars, back in the nineties, would really deprive the viewer of detail. I love widescreen, and would accept that deprivation to maintain the original theatrical composition, but some viewers , not me, when presented with the Laserdisc of Jack Webb’s PETE KELLY’S BLUES (2.65:1) on a less than 27 inch screen, would complain about the few inches of picture they were vouchsafed. PATHS OF GLORY and THE KILLING look better at 1.66 to 1 than they do at 1.33 to 1 or 1.78 to 1, but I don’t think the viewers’ impression of the films is significantly damaged. In a perfect world, ratio choice would be included in the menu of your disc player and/or TV. But we don’t live in…
          Kubrick seemed to have a rather fluid attitude toward varying aspect ratios. I have read that the CRITERION Laserdisc of LOLITA had 3 different ARs, one (open matte) which sort of just bled into the darkness, but I have never seen this. And the negative of DR STRANGELOVE varies between 1.37 to 1 (the bomber) and 1.66 to 1, as appropriate. Best, Michael Rawls

        • Martin-Brady dit :

          à M Rawls:
          « In a perfect world, ratio choice would be included in the menu of your disc player and/or TV »: ce serait bien sûr tout à fait possible, pour dévier un tout petit peu à partir de celà je remercie encore les fabricants de lecteurs récents hdmi d’avoir prévu (a priori tous) une option en général dénommée: « vision en 4/3: choisissez Normal ou 16/9 » (ils ont chacun leur langage) qui permet avec le choix « Normal » de voir les films tournés en 1:37 ou 33, en sortie 4/3.

        • Martin-Brady dit :

          à M Rawls (2):
          C’est comme ça que je me suis rendu compte que je manquais une partie de la « circonférence » de l’image de LA CHARGE HEROIQUE avec mon vieux lecteur avec connection Péritel, depuis des années! ça sortait bien en 4/3 mais « bouffé » autour (le dvd Montparnasse doit dater d’il y a 10 ans).

        • Mathieu dit :

          To Michael Rawls:

          It’s not only PATHS OF GLORY but a large part of the american cinema from 1954 onwards (until?) that was shot in 1.37 to be matted for theatrical presentation in 1.66 or 1.85, except for CinemaScope and Vistavision pictures. Je continue en français (sorry):
          D’après le site dvdbeaver (cf. notamment les chroniques des Blu-Ray de HONDO et de MARTY ) à partir de 1954, même s’ils sont tournés au format 1.37, les films hollywoodiens sont conçus pour le format large (1.66 ou 1.85), toutes les grandes salles des Etats-Unis projetant ainsi les films.
          Pourtant beaucoup de films de cette époque sont sortis en DVD au format 1.33. C’est notamment le cas de MGM video qui édite (mal) les films United Artists: MOBY DICK ( 1956 ), THE KILLING (1956), PATHS OF GLORY (1957) déjà cité, NIGHT OF THE HUNTER (1955) (problème résolu grâce au formidable Blu-Ray de Wild Side) sont sortis en 1.33, mais c’est aussi le cas d’éditeurs français indépendants : Wild Side avec par exemple ODDS AGAINST TOMORROW (1959), MEN IN WAR (1957), SHOCK CORRIDOR (1963) (trois films UA), WIND ACROSS THE EVERGLADES (1958), THE BIG COMBO (1955), BAC video avec 3 films de Kazan (Warner): A FACE IN THE CROWD (1957), BABY DOLL (1956), AMERICA AMERICA (1963), Sidonis avec MAN WITH A GUN (1955, encore un film UA , décidément…), MAN WITHOUT A STAR (1955) et JOE DAKOTA (1956), tous les deux Universal , etc… C’est aussi le cas de Warner France avec les DVD de LAFAYETTE ESCADRILLE (1958), VERBOTEN! (1959) ou THE HANGING TREE (1959). ARTE a diffusé ce film il y a quelques mois dans le format 1.78 pour moi beaucoup plus satisfaisant, avec en plus une définition et surtout des couleurs d’une qualité nettement supérieure au DVD. Dvdclassik justifie le format 1.33 pour THE HANGING TREE, qui mettrait en valeur la conception verticale de l’espace qu’a Daves dans ce film. Ca me parait bien oiseux, THE LAST WAGON est aussi «vertical» que THE HANGING TREE (nombreux plans en plongée , une caractéristique du style de Daves) et il est (admirablement) tourné en Scope. Tout aussi oiseux l’argument (toujours de Dvdclassik) que WIND ACROSS THE EVERGLADES doit être montré en 1.33 parce que c’est ainsi qu’il a été projeté à sa sortie à Paris. Pour certains films la question peut se poser, notamment ceux tournés aux commencements de l’écran large, fin 1953 et 1954. Paramount a sorti le Blu-Ray de SABRINA (1954) en 1.78 aux Etats-Unis et en 1.33 en Europe. Certes SABRINA est un film en avance sur son temps puisqu’on y voit Humphrey Bogart acheter des places pour THE SEVEN YEAR ITCH, film qui ne sera tourné que l’année suivante!, mais pour moi le film fonctionne parfaitement en 1.33. L’année 1954 a dû je pense être une année de transition où cadreurs, chefs op et réalisateurs ont dû progressivement s’adapter. Mais ensuite les films ont continué à être tournés en 1.37 parce que les caméras étaient ainsi conçues, mais les réalisateurs, cadreurs etc… sachant que leurs films seraient diffusés dans un format large ne pouvaient pas ne pas en tenir compte. Que les cinéastes, sachant que leurs films seraient diffusés dans les salles de quartier ainsi qu’à l’étranger ou à la télévision au format 1.33, se soient assuré au tournage que ce cadre plus grand en haut et en bas de l’image ne pose pas de problèmes ( micros, câbles etc.. dans le champ ) ne veut absolument pas dire qu’ils préféraient ce format au format large. Je pense que ce que Kubrick préférait, c’est que, puisque de toutes façons son film serait diffusé en 1.33 (à la télé, en video), autant qu’il soit présenté dématté plutôt que de nouveau recadré en 1.33 à partir de la version mattée en 1.66 ou 1.85.

      • Rouxel dit :

        Oui mon cher Martin,je pense en tant que cinéphile qu’énormement de films étrangers ont été dénaturés par leurs doublages ainsi que les sous-titrages qui sont pas fidèles à la version originale.Pourtant 90% des gens vont voir les films en version française sans connaitre la voix de John Wayne,Marylin Monroe ou Lauren Bacall…Puis regardez les oeuvres de Kubrick comme »Orange mécanique »ou »Les sentiers de la gloire »ou la traduction malgré le droit de regard qu’avait Kubrick sur ces films n’est pas fidèle à l’oeuvre originale et au contenu des dialogues.

        • Martin-Brady dit :

          ça alors, c’est un monde qui s’écroule…

        • Mathieu dit :

          Evidemment qu’il faut voir les films en VO. Mais la traduction des sous-titres est parfois problématique.Un exemple:le dvd(Paramount)du film THE DESPERATE HOURS de William Wyler. Au début du film,un dialogue d’exposition décrit la relation entre Frederic March et sa fille, montrant de façon concise et spirituelle à la fois leurs désaccords (au sujet du petit ami de celle-ci)et le fait que ceux-ci ne sont pas vécus sur un mode pathologique, puisqu’ils s’expriment ouvertement et avec humour. Je cite et traduis de mémoire  :
          March: Ca n’a pas l’air d’aller.
          Elle: Je me suis disputée avec John.
          March: Rien d’insignifiant, j’espère?
          Elle: Rien de grave, je suis désolée…
          Que les sous-titres français traduisent par  :
          March: Rien de grave, j’espère  ?
          Elle: Non, rien de grave.
          La traduction est un contre-sens qui nous empêche de comprendre la nature de leur relation et nous prive d’un échantillon d’esprit dans la tradition anglo-saxonne à la Oscar Wilde et qui est un des charmes de la «qualité américaine« pas encore trop frelatée.
           

      • Mathieu dit :

        A Martin-Brady au sujet de l’intégrité de l’image des DVD:
        Parfois ce n’est pas un problème de lecteur mais de téléviseur: certains (comme le mien) sont réglés par défaut en « surbalayage » (overscan en anglais), réglage qu’il faut désactiver sinon l’image est légèrement zoomée.
        Pour ce qui est du respect des formats (aspect ratio) je pense que dans l’avenir les éditeurs sortiront tous leurs dvd (si le dvd a un avenir) anamorphosés y compris les films en 1.37 ce qui permet d’ailleurs de les voir vraiment en 1.37 et pas 1.33 ou moins large encore. C’est ce que fait Pathé par exemple avec JUSTIN DE MARSEILLE sur le coffret Maurice Tourneur.

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu: oui j’ai oublié de préciser qu’il fallait AUSSI entrer dans la config de sa tv.
          « les éditeurs sortiront tous leurs dvd (si le dvd a un avenir) anamorphosés » attendez! ce n’est pas « anamorphosés » que vous voulez dire! plutôt « windowboxed » = repris en sortie 16/9 dans un cadre 16/9 avec les bandes noires latérales incluses dans l’image, ce qui peut respecter le format original si l’éditeur n’est pas un jean-foutre, et a veillé à ce respect au départ. Dans une tv pas 16/9 ça fait timbre-poste bien sûr.
          Quand le film est un 1:78 à l’origine la sortie 16/9 ne propose pas de bandes noires et l’image remplit complètement l’écran (donc le format est aussi respecté).
          attendez que Marc Salomon ou JC Freycon passe par là pour me reprendre…
          ou j’ai mal compris mais vous êtes assez précis habituellement pour que je m’interroge quand vous parlez de « anamorphosé »… qui signifie que l’image est déformée au tournage par une lentille adéquate (concave ou convexe?) comme dans la galerie des glaces de la fête foraine, pour être reformée par une autre lentille à la projection, mais l’édition dvd là-dedans je comprends plus.

        • Mathieu dit :

          A Martin-Brady:
          Je n’ai peut-être pas employé le bon terme et je n’y connais pas grand chose. Mais il me semble les DVD qui présentent un film en format large utilisent un procédé d’anamorphisme numérique pour utiliser tous les pixels dans le sens de la hauteur. Du coup c’est un film qui n’est pas « anamorphic widescreen » qui fait « timbre poste » sur un écran 16/9. Ce lien vers dvdbeaver bien que ça doit dater un peu:
          http://www.dvdbeaver.com/film/Misc/anamorphic_dvd.htm.

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu: donc « anamorphique » pour l’image numérique est justifié! une découverte pour moi, m’en vas regarder ce lien de près merci…

          (il est incollable, ma parole…)

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu: on utilise dans ce lien comme ailleurs le terme « anamorphique » de façon impropre puisqu’il n’y a pas de déformation et encore moins d’optique mais je comprends la différence avec les dvds des années 90 qui prévoyaient le passage sur une tv 4/3, alors que là on s’adapte à la tv 16/9. Parlons à la place de « anamorphic widescreen » plutôt de « enhanced for widescreen tv » ou « … for 16/9 tvs » (et en français?) bref.
          Il se trouve que je viens de revoir LES SACRIFIES de Ford dans le dvd Warner z2 et ai constaté qu’après 1′ de film l’image est engoncée dans deux bandes grises (je parle pas des bandes noires habituelles mais en plus de celles-ci) à gauche et à droite (pas en vertical!), en mesurant ça donne un rapport de 1,30 au lieu de 1,33, il me semble bien que les visages de Wayne et autres sont allongés et j’ai donc mesuré sur l’écran. Le film commence d’ailleurs dans un cadre noir qui entoure toute l’image, puis ce zoomage avec bandes grises latérales intervient 10″ après la fin du générique. Aucune idée de savoir pourquoi ils ont fait ça. En +, l’image est mauvaise, pas trouvé de test dvdbeaver ou dvdclassik, sur ce film, c’est juste bizarre comme procédé. De toute façon ce film mérite un br. Voilà pour les petites misères du cochon de payant de dvds.

        • Mathieu dit :

          A Martin-Brady à propos du dvd de THEY WERE EXPENDABLE: il y a en fait des tas de dvd qui présentent les films 1.37 dans un format un peu moins large que le 1.33 du format dvd (avec de minces bandes supplémentaires à gauche et à droite). On pourrait penser que c’est du pinaillage mais moi ces quelques centimètres perdus je les sens et j’étouffe dans ce cadre plutôt 1.28 que 1.33. Et effectivement l’image de THEY WERE… est vraiment pas terrible, molle et pas contrastée, surtout comparée à d’autres titres de la collection Warner Légendes du cinéma, qui avait l’avantage de présenter des films inédits en dvd même sur le marché américain. Quant à espérer une édition Blu-Ray…Dommage car c’est vraiment un grand Ford, et très personnel, cette errance de refuge en refuge, ce sentiment d’une chose à la fois infiniment fragile et forte, qu’il faut constamment recréer, constamment préserver et qu’on peut appeler la civilisation si on n’a pas peur des grands mots…

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu: c’est la 1ère fois que je remarque ces foutues ?!%@@?? bandes grises!

          au fait, depuis que j’ai lu votre lien dvdbeaver, j’hésite à acheter des dvds qui ne sont pas signalés comme « anamorphic » surtout s’ils ont antérieurs à 2007 (pour peu qu’on puisse faire confiance à la description sur le site)! Là j’hésite pour ISLANDS IN THE STREAM/L ILE DES ADIEUX de Schaffner, rien sur ce film dans dvdclassik et beaver, et DVDfr ne s’intéresse pas à ce genre de subtilité! Bon, je prends le risque, je crois, il n’y a pas d’édition + récente.

        • Mathieu dit :

          A Martin-Brady:
          Je n’ai pas souvenir d’un dvd Paramount d’un film en Scope qui ne soit pas « Anamorphic Widescreen ». Les pires c’est MGM video qui gardent leurs vieilles éditions sans les améliorer. Carlotta vient de ressortir MAN OF THE WEST de Mann en Blu-Ray , leur précédent dvd n’était pas « anamorphic ». Le problème avec ces dvd est que non seulement la définition en pâtit, mais si vous zoomez, vous perdez une partie des sous-titres ou alors ils sont énormes.

        • Martin-Brady dit :

          à Mathieu: ah, ok, merci pour la précision! je croyais que les « anamorphic » dataient de la généralisation des tvs 16/9 vers 2006-2007 (?)… c’est juste plus compliqué comme toujours! J’ai commandé ISLANDS on verra bien au prix où il était!

    • ballantrae dit :

      Oui, il suffit comme d’habitude de voir le film en VO.
      Je n’ai pas en mémoire une VF qui éclipserait la VO…

      • Alexandre Angel dit :

        A Ballantrae
        « Une VF qui éclipserait une VO » : cela ne doit pas exister. Cela dit, il faut rendre justice à toute une époque (je dirais les années 60, 70 et encore un peu 80) au cours de laquelle les films étaient bien doublés dans l’ensemble. C’était une sorte d’âge d’or, et particulièrement dans les années 70. Je crois qu’à ce moment-là, les « voxographes » (ça se dit Rouxel?)étaient des comédiens chevronnés du cinéma, de la télévision et du théâtre qui étaient sans doute mieux rétribués que maintenant et qui devaient de plus être stimulés par une époque internationalement effervescente. Bon nombre de voix collaient parfaitement à leur créature (Serge Sauvion était FAIT pour Peter Falk)et parfois même la dépassaient (La voix de Michel Roux que de nombreux internautes préfèrent à celle de Tony Curtis dans AMICALEMENT VOTRE). Et que dire des post-synchro supervisées avec amour (Gérard Brach pour CHINATOWN). J’ai personnellement toujours eu un faible pour le sommet que représente la version française de VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER : immersive, empathique, fondu dans l’univers sonore du film.
        A part cela, il faut inlassablement rappeler que la VO, c’est mieux pour la vérité des voix mais aussi des ambiances (un écho, un craquement de parquet, un gazouillis d’oiseau)que la post-synchro tend à étouffer.

        • Rouxel dit :

          Je vous renvois à un ouvrage que j’ai co-écrit en 2006″Rencontre autour du doublage au cinéma et à la télévision »toujours disponible sur le site »Objectif cinéma.J’ai assuré la partie historique du livre ainsi que des portraits d’acteurs qui ont exercer longtemps dans le doublage.Ensuite je rapelle qu’il ne faut pas confondre la post-synchronisation d’un film et le doublage.Je vous renvois à l’ouvrage pour toutes les questions techniques:piste de la version originale avec bruits de fond et ambiances…Puis Claude Chabrol ne pouvait pas voir un film avec Kirk Douglas sans la voix de Roger Rudel.En effet lors du doublage de »Spartacus »à Epinay sur seine,Kirk et sa femme française de passage à Paris rencontrèrent Roger Rudel en pleine action.Kirk lui tapa sur l’épaule et lui dit dans un français parfait »Vous,vous avez les memes tripes que moi ».C’est Roger Rudel en personne qui me confia cette anecdote pas très courante dans le milieu.

        • Mathieu dit :

          Je pense quand même que la plupart des acteurs qui faisaient des doublages n’étaient pas de bons acteurs et qu’il venaient du théâtre. les VF d’époque de films américains des années 30-40-50 théâtralisent le jeu et embourgeoisent les personnages. J’ai revu il n’y a pas très longtemps (dans un avion) un bout de AN AFFAIR TO REMEMBER en VF. La voix française de Cary Grant, virile et grave, efface toute ambiguité et en fait un personnage unidimensionnel et pas drôle. Une garce dans un film noir devient en VF l’idée qu’une bourgeoise se fait d’une garce. De même un Américain devient l’idée qu’un Français se fait d’un Américain. Et il faut coller à une traduction littérale et au mouvement des lèvres. « It’s awfully nice of you Ma’am », ça se dit ou ça se disait autrefois. Quel Français a jamais dit: « c’est rud’ment chouet’ de vot’ part m’dame » ailleurs que dans une VF de film américain?
          Mais LA CLASSE AMERICAINE DE Michel Hazanavicius nous venge tous.

        • Minette pascal dit :

          Il y a des voix françaises qui surpassent les voix originales en talent de comédie et ajoutent quelque chose au rôle.
          Je viens de revoir les DENTS de la mer dans une version redoublée. On se demande pourquoi car les voix premières manquent terriblement. Quelque chose d’étrange pourtnt : la voix française de Robert Shaw (Quinn) était idéale à l’origine et renforçait le caractère du personnage. Là, elle paraît complétement fadasse et pourtant, c’est celle-là qui ressemble le plus à la vraie voix de l’acteur, plus distinguée qu’on pourrait croire.
          J’ai du mal aussi avec la vraie voix de John Wayne, qui me semble parfois jouer faux, mais c’est peut-être parce que je ne maîtrise pas la langue…

        • Alexandre Angel dit :

          Ne parvenant pas à envoyer ce qui suit, je m’en vais tenter la chose en le tronçonnant!
          1/A Rouxel
          Ce que vous dîtes sur Claude Chabrol par rapport à Roger Rudel renvoie à l’ exemple de Michel Roux et l’anecdote sur le compliment adressé par Kirk Douglas à Roger Rudel est sympa et représentatif d’une époque où le doublage (où la post-synchro du coup je sais plus moi) s’améliorait.
          A Mathieu
          Et donc, justement, la nostalgie doit se justifier : comme vous le soulignez, les doublages des année 30 et 40 sont le plus souvent calamiteux. Une nette amélioration se fait sentir lorsque des Roger Rudel imposent quelque chose (et j’ignore comment cela se passe dans les autres pays) même si ça rame encore pas mal (j’ai le souvenir d’une voix horrible de Lauren Bacall dans THE COBWEB).

        • Alexandre Angel dit :

          Suite du précédent tronçon
          A Pascal Minette
          Il y a quelques temps sur ce blog, j’avais fait mention du DVD Warner de LA TOUR INFERNALE (film que j’aime bien) en m’interrogeant sur l’absurdité de ces re-doublages qui envoient aux oubliettes ceux d’origine. LA TOUR INFERNALE a aussi son effet JAWS: on aime bien revoir ces films avec leur voix françaises si évocatrices car les doubleurs s’appellent Marcel Bozzuffi, Roger Rudel ou Claude Dauphin. Ça a une autre classe que ces doublages contemporains, régressant non pas vers l' »embourgeoisement » des années 40-50 pointé par Mathieu, mais vers une virilisation des voix toute contemporaine aussi uniforme que torve.

      • Mathieu dit :

        Bien sûr mais il y a le cas de certaines productions franco-italiennes où pour entendre la véritable voix de tous les acteurs il faudrait écouter à la fois la VO et la VF…

        • Sullivan dit :

          A Mathieu : Sauf que dans le cas ces co-prod italo-françaises, il n’y avait pas souvent de vraie V.O. ! Sinon, on entendrait parler italien, allemand, français, anglais… et j’en passe…

        • Martin-Brady dit :

          Sur certains plateaux de westerns italiens, il y avait de l’allemand, de l’italien de l’espagnol qui se croisaient sur le plateau mais le son n’était pas gardé. En fait, vo ne veut rien dire dans les films italiens, tout est redoublé du moins jusqu’à une certaine époque, je sais pas si c’est toujours le cas mais ça l’a été jusque dans les années 70.

  46. Emile C dit :

    Postérieurement à VOICI LE TEMPS… il faut aussi retenir MARIE OCTOBRE, autre chef d’oeuvre, d’unité de temps, de lieu et d’action où Duvivier jetait un voile sombre sur la résistance l’année précise où naissait la 5eme république. Alors que dans PANIQUE il l’avait un peu facile de venir faire le procès de la délation après être allé se planquer aux Etats-Unis. La démarche de Noël-Noël et de René Clément était un cran au-dessus sur l’échelle des valeurs morales.
    CHAIR DE POULE, défendu par Brion, est aussi un grand Duvivier. La noirceur du sujet contraste avec l’environnement provençal ensoleillé du cadre, direction d’acteur au cordeau qui donne de l’épaisseur à l’insipide Jean Sorel et Lucien Raimbourg fabuleux dans un rôle à la Walter Brennan. Catherine Rouvel y tient le rôle de sa vie. Son dernier film est largement regardable et il me semble bien que Duvivier avait accepté que Philippe Sarde en compose la musique avant que Delon ne vienne fourrer ses grosses pattes là dedans.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Emilke C
      Je trouve qu’il y a des mots honteux et insultants. Parler de se planquer quand on refuse l’offre de travailler pour le régime de Vichy et les Allemands (Duvivier contrairement à Renoir n’a pas fait d’offre de service à Tixier Vignancourt), qu’on abandonne sa maison, ses biens, une carrière pour redémarrer dans une langue qui n’est pas la votre, est fort de café. Duvivier en a bavé à Hollywood où il s’est beaucoup emmerdé même s’il était protégé par sa réputation. Un de ses films, écrit par Ellis Saint Joseph, a été massacré au montage, un autre était une commande entreprise faute de pouvoir faire aboutir un sujet plus personnel. Seul demeure TALES OF MANHATTAN. Et quand on revient en France où la majorité des gens ont pactisé, on se fait traiter de planqué, comme Clair, Leonide Moguy par des gens qui n’avaient pas la conscience propre (Hitchcock a subi le même traitement en Angleterre quand il est revenu faire UNDER CAPRICORN). Cela explique la violence de PANIQUE

      • Emile C dit :

        Alors je n’ai pas la bonne grille de lecture au sujet de LAISSEZ PASSER. Vous y montrez ceux qui sont restés, non pour collaborer servilement, mais pour résister en essayant de continuer à faire vivre le cinéma français. A la libération ils ont autrement morflé que ceux qui étaient partis à Hollywood, où ils ont de toute façon très bien gagné leur vie en faisant de mauvais films… Je ne vois pas, en cette période, de film qui fasse ouvertement allégeance à l’occupant, mais des films, parmi ceux qui restent, qui au contraire sont parmi les plus forts que le cinéma ait produit. Il faudrait voir ce qui se passerait aujourd’hui en une situation similaire.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Emile C
          Il n’y a AUCUN JUGEMENT sur ceux qui sont partis dont beaucoup on eu une conduite irréprochable, de Gabin qui a racheté son contrat pour s’engager et trouver au retour sa ferme pîllée par les paysans, à René Clair, à Annabella et à d’autres dont Moguy qui se sont battus pour luttedr contre l’isolationisme américain.Annabella, Boyer et d’autres ont lutté pour de Gaulle. J’ai parlé dans LAISSEZ PASSER du courage quotidien de ceux qui sont restés mais j’ai de l’admiration pour tous ceux qui ont abandonné une carrière sure et , pour beaucoup d’entre eux, n’ont jamais proféré la moindre opinion anti sémite (Clair, Duvivier contrairement même à Carné, Feyder, Lherbier et d’autres, ce qui heureusement ne se voit pas dans les films). Opposer les deux attitudes est uyne erreur

        • Sullivan dit :

          Opposer les deux attitudes est non seulement une erreur, mais au sens large, faire le jugement après-coup de ceux qui ont collaboré, et je ne parle pas que des cinéastes ou des acteurs, est une erreur également. C’est tellement facile de se projeter en résistant, en bon type. On ne sait jamais quelle attitude va être la notre dans une pareille situation. Collaborer avec l’occupant fut dans des milliers de cas, une manière de sauver sa femme, son mari, ses enfants, ses amis, d’une mort certaine. Et je me fiche d’enfoncer des portes ouvertes, ça fait du bien quand c’est dit.

        • Mathieu dit :

          Je ne pense pas que la vie à Hollywood a été très facile pour les exilés français malgré la solidarité de quelques autres exilés comme Charles Boyer (qui a co-produit FLESH AND FANTASY avec Duvivier ) ou Marlene Dietrich. En plus les Américains qui avaient attendu Pearl Harbor pour entrer dans le conflit avaient tendance à faire l’équation: Français = pétainiste. Et ils n’ont pas tourné que des mauvais films, I MARRIED A WITCH par exemple est une petite merveille.

        • ballantrae dit :

          A Matthieu,
          Désolé pour mon erreur concernant Lubitsch que je pourrais remplacer par Wilder qui me semble avoir quitté l’Allemagne vers 1933 et je pourrais aussi ajouter De Toth qui quitte la Hongrie vers 1939.
          Bertrand a raison de rappeler que Clair (quel grand cinéaste tout de même: Paris qui dort, A nous la liberté, sous les toits de Paris, Le million,etc …là aussi il faut absolument le réhabiliter dans votre docu!!!!) tellement honni par la nouvelle Vague n’a pas à se reprocher des propos similaires à ceux de Renoir en matière d’antisémitisme.Et ce n’est pas faire offense aux immenses qualités de Renoir tant artistiques qu’humaines que rappeler ce type d’errances…
          Mais sommes nous là en 2014 pour distribuer les bons/mauvais points sur la bonne attitude à adopter (partir/rester ?) en 1933-1939?
          Ne vaudrait-il pas mieux observer avec plus d’attention l’amoncellement orageux que signifie pour l’avenir le TAFTA et autres dérégulations voulues par les marchés financiers, sûrement ferments de bien des malheurs encore difficiles à deviner???Et tout faire pour éviter la banalisation, la visibilité de certaines idées dangereuses ,héritières des heures les plus noires de notre pays???

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Le passé et le présent sont liés. Il ne s’agit surtout pas de distribuer de bons ou mauvais points mais de dire les faits. Renoir demeure un génie malgré ses lettres prises de position

        • Mathieu dit :

          A Ballantrae:
          Oui, Wilder a quitté l’Allemagne en 1933 et réalisé son premier film en France en 1934: MAUVAISE GRAINE. Pour lier le passé au présent, il faudrait réfléchir à ce que serait aujourd’hui l’équivalent de l’antisémitisme des années trente. Pour moi le réponse est évidente.

      • ballantrae dit :

        Entièrement d’accord avec vous, Bertrand: les choix de chacun doivent être considérés avec nuance.
        Déconsidérer le départ de Duvivier équivaudrait aussi à condamner celui de Lang, Lubistch ou Douglas Sirk.
        Parmi les écrivains qui ont fait le choix de l’exil, un romancier tel que Bernanos me semble des plus courageux de même qu’à sa façon Aragon a été courageux de rester et il y a pléthore d’exemples!!!

        • Mathieu dit :

          Lubitsch a quitté l’Allemagne en 1923 en pleine république de Weimar, aucun rapport donc avec la situation politique où l’antisémitisme. Beaucoup de cinéastes (juifs) ont quitté l’Allemagne où la France pour sauver leur vie et certains comme Ophuls ont failli la perdre à trop tarder.

        • Martin-Brady dit :

          de toute façon, quand certains ont quitté leur pays, c’est qu’ils savaient qu’ils ne pouvaient plus travailler et qu’il leur fallait gagner leur vie. Et la situation n’était pas si claire, elle était incertaine et c’est ça qu’ils fuyaient, l’incertitude, l’épouvantable incertitude.
          Il est facile et stupide de donner des leçons 80 ans après quand on sait en 2000 etc. tout ce que l’histoire nous a appris. On n’est pas des gamins et on peut comprendre ça, quand même! Et qui est-on pour juger pour finir?

      • Martin-Brady dit :

        à Emile/Manux: « ceux qui étaient partis à Hollywood, où ils ont de toute façon très bien gagné leur vie en faisant de mauvais films… » vous délirez complètement!
        … et les méchants à Hollywood les gentils à Paris c’est ça? Tout est simple avec vous! vous êtes autrement plus subtil quand vous abordez les Pagnol revus par Auteuil.
        (Je ne voulais pas en rajouter une couche derrière mais vous allez trop loin.)

        • Martin-Brady dit :

          … vous allez trop loin… ou trop bas.

        • Emile C dit :

          A M. Brady

          Je plaide pour que votre zèle bienpensant soit élevé au grade de modérateur du site mister Brady.

        • Martin-Brady dit :

          à Emile/Manux: pourquoi pas ça doit être cool comme boulot, il doit pas y avoir grand chose à faire! bref, gardez le sourire surtout!

    • Mathieu dit :

      Toujours à propos du Duvivier postérieur à VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, POT BOUILLE (1957) dont apparemment beaucoup de gens disent du bien, à commencer par Truffaut le contempteur patenté de la « qualité française », m’avait déçu et je l’ai trouvé très inférieur au GERVAISE (1956) de Clément, autre adaptation de Zola, dont beaucoup de gens disent du mal (les mêmes). Mais pour moi justement POT BOUILLE souffre du syndrome qualité française : Zola + Duvivier + Jeanson + Gérard Philippe + Danielle Darrieux = forcément un film de qualité. Sauf que le résultat est à la fois académique et vulgaire.Ajoutons un bon décorateur et un bon chef opérateur. Mais les décors de l’immeuble et des appartements me paraissent démesurés pour la moyenne bourgeoisie montante qui y habite et c’est l’époque où la photo des films devient de plus en plus précise et froide, inondant tout de lumière (mais ce n’est pas le cas de LA TRAVERSEE DE PARIS ni de EN CAS DE MALHEUR, comme quoi quand on veut on n’est pas obligé de suivre la mode). POT BOUILLE est une dénonciation de la vulgarité de la bourgeoisie qui n’échappe pas à cette même vulgarité et en 1957 ressemble beaucoup à de l’enfonçage de porte ouverte. Dans le genre règlement de compte avec la bourgeoisie, je préfère de loin Jeanson dans UN REVENANT de Christian-Jaque, par ailleurs filmé de façon plus inventive et poétique. Mais j’ai tendance à avoir une certaine indulgence avec le cinéma des années trente et quarante, voire début cinquante, beaucoup moins après…

  47. ALAIN31 dit :

    Merci Monsieur pour vos analyses qui font mouche.
    Je vous trouve un peu sévère avec la dernière partie de la carrière de Duvivier. Ses films sont inégaux mais « La Chambre Ardente » est remarquable, « Chair de Poule » est un polar qui retrouve la sensualité ( en partie grâce au trio d’acteurs) des adaptations reconnues du « Facteur sonne toujours deux fois » de James Cain auquel il fait penser tandis que « Diaboliquement Vôtre », imparfait mais réel succès qui a permis de produire les meilleurs Sautet, contient des moments réussis.
    J’ai enfin revu « l’Affaire Maurizius » dont j’ai pu apprécier la très bonne direction d’acteurs -même si la grande Madeleine Robinson est sous-employée- et la réflexion sur la justice ne manque pas d’intérêt. Le pessimisme de l’auteur s’y exprime d’une manière confondante.
    J’ai justement beaucoup parlé d’acteurs mais chaque fois ils sont remarquablement mis en scène. N’est-ce pas aussi cela la marque de Duvivier ?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Alain 31
      J’avais aimé chair de poule mais je ne l’ai pas revu. Duvivier lui même regrettait que ce soit une copie du Facteur. Il détestait le sujet de DIABOLIQUEMENT VOTRE qu’il n’a accepté que parce qu’on ne lui offrait rien d’autre. J’ai dit sur ce blog mon sentiment mitigé sur la CHAMBRE ARDENTE mais aussi mon enthousiasme pour LE RETOUR DE DON CAMILLO

      • ballantrae dit :

        Il est un Duvivier qu’il faudrait revoir avec attention, c’est son adaptation de Au bonheur des dames de Zola qui possède un vrai dynamisme et l’ironie nécessaire.Je pense qu’il s’agit d’une des toutes meilleures adaptations du romancier avec les opus de Renoir (Nana et La bête humaine), Lang ( Human desire) ou Clément ( Gervaise trop souvent sous estimé à mon avis).
        Le cinéma français pour le meilleur comme pour le moins bon a apparemment su très tôt faire son miel des adaptations littéraires y compris de chefs d’oeuvre réputés difficiles. Ruiz/Proust, Bresson/Pialat/Bernanos, B Tavernier/Mme de Lafayette, Flaubert/Renoir/Chabrol, Simenon/ Duvivier/B Tavernier/Leconte etc…
        Celui que j’aurais bien aimé voir mais qui hélas ne verra pas le jour c’est le projet de Stévenin partant d’un roman de Céline ( je ne me rappelle plus si c’était Mort à crédit ).
        La transposition de l’univers de Gracq à l’écran pourrait aussi faire des merveilles y compris une nouvelle comme La presqu’île ou l’incroyable La route (qui n’a rien à voir avec le génial roman de C Mac Carthy).
        Et c’est sans compter sur les adaptations d’auteurs moins centraux et reconnus: HP Roché, Vercel, …
        Et ni bien sûr sur les adaptations de romans étrangers:Bradbury,Thompson,Moravia, Von kleist…
        Le cinéma français loin d’être assujetti à la littérature comprend qu’elle est un tremplin idéal, une matière première de premier choix.

  48. Martin-Brady dit :

    Je viens de voir LE CRI DE LA BATAILLE de Walsh en découvrant une actrice formidable: Nancy Olson, dont j’ai examiné la filmo pour ne pas y retrouver beaucoup de films notables (sauf SUNSET BLVD). Elle sauve de la banalité toutes ses parties de dialogues en prenant un temps de pause avant que de débiter sa réplique (scène de conversation mémorable avec Van Heflin sur la terrasse, dialogues écrits par Uris ou sortis de son roman?), je veux dire qu’elle affiche d’abord par la mine son état d’esprit avant de l’exprimer par la parole, elle donne de la respiration et du calme au film. Walsh a dû l’adorer car il a finalement fait là un film d’amour plus que de guerre (d’ailleurs, c’est un peu fordien ce régiment condamné à la réserve et qui ne s’illustre qu’en manoeuvres, jusqu’aux 20 dernières minutes…), donnant aux femmes un rôle positif y compris à la semi-prostituée jouée par Anne Francis dont Walsh montre qu’elle a ses raisons. Une serveuse de bar oppose à Aldo Ray qui la drague avec insolence, un rempart d’intelligence et d’esprit et de fermeté sereine (comme signalé dans 50). Pour revenir à Olson, c’est une veuve digne et intimidante bien que jeune et attrayante (ce qui fait exception, a priori les veuves sont moches au cinéma) qui tient notre Aldo le dragueur à distance, l’accepte, le repousse et accepte finalement de l’épouser. Plus tard elle le raisonne et le fait changer d’idée dans sa volonté de déserter pour partir avec elle et là, surprise: ce n’est pas par patriotisme mais par bon sens qu’il doit renoncer: ils devraient changer de nom tous les mois, leur fils devrait s’appeler « John Smith », et ils seront toujours en fuite et c’est pas une vie. C’est pourtant elle qui signale clairement son trop plein de dégoût de la guerre. Aldo Ray est formidable comme dans LES NUS ET LES MORTS qui persiste à ne pas se montrer en dvd (son rôle y est beaucoup plus noir et nuancé). Seul Walsh a donné à cet acteur des rôles où il pouvait jouer sur des tons de tendresse ou de faiblesse, mais ses apparitions furieuses et quasi bibliques au début de WELCOME TO HARD TIMES de Burt Kennedy restent dans ma mémoire!

    • Martin-Brady dit :

      Damned! C’est LE CRI DE LA VICTOIRE pas de la BATAILLE (ou BATTLE CRY!)

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Martin Brady
      Nancy Olson a été comme Donna Reed une actrice sous employée. Elle était fort juste dans UNION STATION et dans un Michael Curtiz sur la guerre. Bravo pour votre analyse du Walsh

      • Martin-Brady dit :

        à Bertrand Tavernier: merci, et c’est juste, pour Donna Reed: comme Olson, pas de physique accrocheur ou éblouissant mais simplement un mélange professionnel de sobriété de modestie et de sérénité, qui donne du souffle à une scène, calme sans doute l’acteur en face, lui tend la main etc. Ces mêmes qualités participent sans doute de leur manque d’ambition quant à faire une carrière de gagnante. Elles voulaient juste être actrices. Reed est magnifique dans LES SACRIFIES (elle faisait peur à Ford ou du moins l’intimidait terriblement (McBride)).

    • Alexandre Angel dit :

      LE CRI DE LA VICTOIRE-LES NUS ET LES MORTS : deux films qui dialoguent.. Mais question DVD, c’est vrai que c’est rageant! Le DVD Warner du CRI DE LA VICTOIRE est, dans mon souvenir, irréprochable. Pour LES NUS ET LES MORTS, le cinéphile français traîne sa misère car, sauf erreur de ma part (et je ne demande qu’à être corrigé), la dernière fois que ce Walsh devenu rarissime a été diffusé à la TV, c’était au Cinéma de Minuit en 1989 dans une copie tristement célèbre pour être sombre et en contre-jour, dégueulasse en un mot. On est nombreux à espérer une résurrection qui n’en finit plus de se faire attendre.

      • Martin-Brady dit :

        à AA: les deux se complètent, car le personnage du sergent Croft par Aldo Ray dans LES NUS est au contraire, complètement tragique, suicidaire, à la fois brutal et primaire -il faut le voir meugler comme une vache avec Barbara Nichols qui en fait autant, dans une meule de paille- mais qui n’aspirait qu’au bonheur. Trompé par Nichols, trop blessé et complexé pour se faire aimer de ses hommes (quand il décide illégalement de fabriquer un alambic pour se saoûler avec eux, il boit trop et devient triste et agressif), il recèle une blessure qui intéresserait le premier psy venu. Il est toujours sur la défensive et ça en fait un très bon guerrier jusqu’à un certain point. Il est fasciné par la mort plus que courageux (je pique cette idée à Bertrand Tavernier, ne pas confondre les deux). Et à la fin, il disparaît dans le néant au grand soulagement de ses hommes, s’exposant au danger au mépris du manuel (le gradé doit veiller à moins s’exposer), car il veut mourir. Le film est trop démonstratif et théorique dans sa conclusion avec ces affrontements ennuyeux entre deux acteurs trop lourds et raides, Cliff Robertson et Raymond Massey mais il y a Aldo Ray! Quel dommage en effet que ce film aussi chez Warner pour les droits comme BATTLE CRY n’ait jamais été numérisé, ça se vendrait tout seul depuis le temps qu’on l’attend!

        • Alexandre Angel dit :

          A Martin Brady
          Je le verrais bien dans la collection des Introuvables de Wild Side avec une intervention peaufinée de vous savez qui en bonus.
          J’en ai un bon souvenir. La scène de l’alambic que vous évoquez m’avait marqué. L’alambic, si je ne m’abuse, explose, ce qui est très walshien. Ah Walsh.. Il me faudra un jour délirer sur ces moments d’énergie pure, de mise en scène qui s’emballe, de tempo qui cavale :James Cagney qui apprend la mort de sa mère (WHITE HEAT), George Raft qui estourbit des gus dans un bar sous l’œil perclus de désir de Marlène Dietrich (MANPOWER), les mats qui tombent sur la gueule des marins (CAPITAINE SANS PEUR), Errol Flynn qui enivre Arthur Kennedy (LA CHARGE FANTASTIQUE)et…ça suffira pour l’instant.

        • Martin-Brady dit :

          … en attendant PURSUED, celui-là il joue avec nos nerfs à se cacher comme ça!

        • Martin-Brady dit :

          correctif: il y a eu une édition US quand même…

    • Michael Rawls dit :

      Nancy Olson’s career may have been in part derailed by her choosing to concentrate on husband and children during her marriage to Alan Jay Lerner (MY FAIR LADY, GIGI, and LOLITA, MY LOVE among others and is there a pattern here?). In the time of her seven year hitch (1950-1957), she did mostly television, and after she returned to cinema circa the age of 30, most of her movie work consisted of live action Disneyana. And yes, that was Nabokov’s LOLITA which Lerner conspired to musicalize with John Barry. Closed out of town, burning up 900,000 dollars of backers’ money. Lo was played by Denise Nickerson, who that very same year enacted the perpetually gum chewing girl in WILLIE WONKA AND THE CHOCOLATE FACTORY. Olson still looked quite good in one of the supplements to the SUNSET BOULEVARD DVD of not so many years ago. Thank heaven for little and bigger girls.

  49. Lucien dit :

    What about the greatest Duvivier film of all – Lydia?

  50. ballantrae dit :

    Je dois avouer, malgré mon admiration pour maints Gance muets, que ses films parlants surtout dans l’après guerre ont un intérêt assez discutable à commencer par ce Cyrano et d’Artagnan effectivement saturé de défauts.Même son Austerlitz bien aimé qd j’étais gamin m’a semblé assez lourd et peu excitant lors d’une revoyure relativement récente.Mieux vaut revoir Steiger dans le Waterloo des 70′ que Mondy dans cet opus.
    Quant à Duvivier, j’avoue avoir des rapports complexes avec son cinéma mais qd il est au mieux de sa forme comme Voici le tps… ou dans Panique, il frappe fort indéniablement.
    Dans le côté un peu misanthrope et pessimiste, je crois que je lui préfère Clouzot à mon avis bien plus constant.
    Reste qu’ il me faudrait revoir bon nombre de ses films comme La belle équipe, La tête d’un homme , Carnet de bal dont je n’ai que des souvenirs confus.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      L’oeuvre de Duvivier est à revoir, à reconsidérer et plusieurs fois il atteint les sommets. Il s’égare parfois en se lançant dans des projets insauvables (mais cela on le réalise en le voyant) : MARIA CHAPDELAINE, des remakes inutiles qu’il accomplit sans doute par admiration (LA CHARETTE FANTOME, LE GOLEM). Et évidemment la plus grande partie des films qu’il tourne après l’extraordinaire VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS. Mais la première partie de la BANDERA (bien analysée par Lourcelles), POIL DE CAROTTE, DAVID GOLDER, LA BELLE EQUIPE, LA FIN DU JOUR, LE PAQUEBOT TENACITY ce n’est pas tien. Il y a une audace formelle et dramaturgie étonnante (et revers de la médaille, des recherches visuelles qui tombent à plat : le sketch en cadrage oblique de CARNET DE BAL. Alors que le demarrage du flash back est formidable). Il y a deux ou trois épisodes forts dans TALES OF MANAHATTAN et DESTINY aurait du être meilleur s’il n’avait pas été massacré par Universal. Oublions le film avec Gabin pour s’attarder sur PANIQUe, magistral film sur l’exil; SOUS LE CIEL DE PARIS est attachant comme AU ROYAUMES DES CIEUX. Et jetez un coup d’oeil sur la scène de PEPE LE MOKO où Frehel s’écoute chanter : la manière dont la caméra de Duvivier la cadre en un seul plan, longuement traduit une compassion bouleversante et nous fait toucher du doigt au thème secret qui unit ses meilleurs films : l’exil, le déracinement

      • Mathieu dit :

        Je serais plus un peu indulgent avec LA CHARRETTE FANTOME, où on retrouve cette façon qu’a Duvivier de nous rendre familier un décor par de longs mouvements d’appareils (comme dans PANIQUE, mon Duvivier préféré). Dans TALES OF MANHATTAN (en français SIX DESTINS) on dirait qu’il veut montrer à Hollywood toute l’étendue de son talent. Dans le premier sketch il y a un très long travelling latéral montrant Charles Boyer allant chercher son smoking dans sa loge suivi du même travelling dans l’autre sens qui est un moment de pure virtuosité, peu après un autre travelling nous montre dans le même plan la voiture de Boyer entrant dans la propriété de sa maitresse qui donne une soirée sur la terrasse , puis cette même maitresse (Rita Hayworth), qui a remarqué la voiture, ne semble pas du tout apprécier l’intrusion de son amant, rentre dans la maison en passant devant celui qu’on comprend être son mari (Thomas Mitchell) que l’on devine largué et alcoolique, ça fait beaucoup de choses dans un seul plan. Comme beaucoup de films à sketches le film est inégal, mais l’ensemble est plutôt réjouissant, les meilleurs sketches étant pour moi celui avec Laughton et celui avec Edward G.Robinson, assez capraesque mais au dénouement finalement moins invraisemblable que la plupart de ceux des films de Capra. Le film est sorti en dvd au début de cette année et comprend un sketch qui avait été supprimé, avec W.C.Fields (dont le nom n’apparait pas au générique).

        • Mathieu dit :

          J’ajoute à propos de Duvivier que LE PAQUEBOT TENACITY est sorti il n’y a pas longtemps chez René Château.

        • demachy dit :

          Bonjour,
          La carrière muette de Duvivier serait aussi à redécouvrir. En dehors de l’excellente version 1925 de POIL DE CAROTTE et de AU BONHEUR DES DAMES (1929), disponibles en DVD, ses films muets sont très peu connus. Or, dans ceux que j’ai pu voir, il y a souvent des qualités visuelles, des idées, qui les rendent très intéressants et démentent complètement la thèse selon laquelle il ne se serait révélé qu’avec le parlant. Par exemple, LA DIVINE CROISIERE (esthétiquement très séduisant, avec des plans rappelant le cinéma soviétique), LE TOURBILLON DE PARIS (avec Lil Dagover), LA VIE MIRACULEUSE DE THERESE MARTIN (dont la noirceur et le point de vue sur la dureté du carmel et sur le personnage se rapprochent davantage du THERESE d’Alain Cavalier que de l’image sulpicienne que la grandiloquence du titre laisse craindre), LE MYSTERE DE LA TOUR EIFFEL (comédie imitant le serials américains, inégale mais avec des plans étonnants filmés sur la Tour Eiffel), LE REFLET DE CLAUDE MERCOEUR (film sur les faux-semblants et les désillusions, thèmes chers à Duvivier) valent tous le détour.
          Parmi les films des années 30 – qui restent quand même sa grande décennie – il ne faut pas oublier certains titres parfois négligés comme L’HOMME DU JOUR avec Maurice Chevalier, où un naïf électricien devient vedette éphémère avant un retour de flamme qui, sans avoir la noirceur de PANIQUE, en anticipe la méchanceté. Il faut aussi redécouvrir GOLGOTHA, typiquement le film dont on s’est beaucoup moqué sans l’avoir vu ou revu. Le parrainage catholique « officiel » dont il a bénéficié en son temps et les bons mots de Jeanson (« Pour Duvivier, la montée au calvaire n’est pas une tragédie, c’est un travelling ») ont collé au film une image complètement fausse. Pas du tout une bondieuserie (au contraire, pourrait-on dire), c’est là encore un film qui anticipe PANIQUE en montrant la méchanceté et la force aveugle d’une foule (cf. les plans des visages réjouis contemplant Jésus fouetté en prison). L’ampleur et l’énergie de la mise en scène lors de l’arrivée de Jésus à Jerusalem (dont des plans en caméra sujective) sont étonnantes. Et Le Vigan (dont on ne voit le visage que près d’une demi-heure après le début du film) n’a pas du tout les excès qu’il déploie dans d’autres films.
          N’oublions pas non plus LA FIN DU JOUR où se lit à la fois la légendaire noirceur de Duvivier mais aussi sa tendresse.
          Quelqu’un exhumera-t-il LE PETIT ROI (1933),totalement invisible depuis très longtemps ? Et il est dommage que la version de UNTEL PERE ET FILS (1940) sortie en DVD (celle passée au Cinéma de Minuit il y a une douzaine d’années) soit une version courte, alors qu’il existe une version plus complète. Film mineur mais pas dépourvu d’intérêt. Il y a (dans la version « longue ») une belle scène humaniste où Raimu reproche à un garçon d’étage (Maupi) ses préjugés xénophobes, rappelant que la France est une terre d’accueil…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Demachy
          Merci et bravo pour votre analyse super documentée

      • ballantrae dit :

        Je peux d’ores et déjà imaginer combien votre voyage dans le cinéma français va être stimulant, essentiel et empli d’amour sans pour autant renoncer à de nécessaires révisions qui lui permettront d’échapper à bien des doxas.
        Vivement!!!

      • Tout à fait d’accord sur ces choix parmi l’oeuvre de Duvivier, n’ayant jamais oublié ses époustouflants travellings dans POIL DE CAROTTE. Je suis heureux de l’éloge concernant VOICI LE TEMPS DES ASSASSINS, l’un de mes films préférés, saisissant de noirceur, en particulier dans ses séquences finales. Danièle Delorme y est parfaite de diabolisme. J’ajouterai ALLO BERLIN, ICI PARIS, vraiment amusant même s’il est imparfait, ne serait-ce que pour son principe digne d’une rencontre sur Internet avant l’heure ! Et puis aussi POT-BOUILLE; même si on peut lui reprocher parfois quelque académisme, qui est une oeuvre extrêmement brillante et parfaitement maîtrisée. A redécouvrir aussi LA CHAMBRE ARDENTE, très fou et quasi-surréaliste, ce qui il faut bien le dire est assez peu courant dans le cinéma français. La séquence de l’enterrement avec fanfare où chacun se voit dans l’obligation de danser est un morceau d’anthologie. Même si dans le film la sauce ne prend pas toujours, il faut y souligner aussi les savoureuses compositions de Claude Rich, de Piéplu et de Balpêtré.

      • Mathieu dit :

        Pour moi un des thèmes principaux de l’œuvre de Duvivier est la désillusion. Duvivier lui-même est un désillusionné qui aurait voulu rester dans son rêve, son amertume face à la réalité en est d’autant plus grande, et faute de pouvoir la surmonter il s’en délecte. D’où l’équation (pas originale, surtout dans le cinéma français, cf. Clouzot, Yves Allégret) réalité = laideur et réalisme = pessimisme, d’où les bouffées de nostalgie, quelques personnages idéalement purs (et mièvres) comme la femme de l’armée du salut dans LA CHARRETTE FANTOME ou des films comme MARIANNE DE MA JEUNESSE que tout le monde s’accorde à trouver raté et le sujet ne convenant pas du tout à Duvivier alors qu’il s’agissait je crois d’un projet très personnel. D’où aussi la misogynie qui est à la hauteur de la désillusion. Après tout la désillusion pourrait être vécue sur un mode positif, comme un moyen d’émancipation et d’appropriation d’une réalité plus riche et plus pleine que tous les rêves, mais c’est une attitude plus rare dans le cinéma français (et dans la culture européenne du XX° siècle en général), et c’est dû je pense à une certaine éducation bourgeoise de beaucoup de metteurs en scène et d’auteurs.

        Toujours à propos de Duvivier, j’ai revu POIL DE CAROTTE, version parlante de 1932 avec Harry Baur en Mr Lepic, excellant plus encore dans son mutisme que dans ses très modérés épanchements de la fin. Par contre Mme Lepic est vraiment caricaturale et joue pour le dernier rang. Malheureusement le jeu extraverti de Robert Lynen en Poil de Carotte ne me convainc pas vraiment non plus (mais j’ai relu ensuite quelques pages du livre de Jules Renard et Poil de Carotte n’est pas non plus le taiseux qu’on croit parfois). Dommage car plastiquement le film est très beau, la nature rendue de façon très sensible( décors naturels superbement photographiés – le village de Collonges en Corrèze- le transfert du dvd René Château assez sombre et peu contrasté mais aux très beaux dégradés). La scène où Poil de Carotte conduit la charrette à bride abattue est particulièrement réussie. A Hollywood certains auraient utilisé des transparences (peut-être pas en 1932…). De même la scène de l’élection de Mr Lepic et le mariage qui suit, aux mouvements de caméra complexes comme souvent chez Duvivier. Quand on pense que cette année-là Duvivier a tourné trois films… (mais en 1933 sortaient 7 films de Wellman, dont HEROES FOR SALE et WILD BOYS OF THE ROAD… -tous garantis sans transparences).
        En 1938 Robert Lynen sera de nouveau le fils de Harry Baur dans MOLLENARD de Robert Siodmak (où Harry Baur est affublé d’une épouse également impossible, mais beaucoup mieux interprétée -par Gabrielle Dorziat).
        Robert Lynen et Harry Baur seront tous les deux victimes des nazis. Robert Lynen tôt entré dans la résistance (membre du réseau Alliance), fusillé le 1° avril 1944 à l’âge de 23 ans. Harry Baur, mort le 8 avril 1943, des suites de sa détention de quatre mois par la gestapo en 1942 (à la suite de dénonciations, les Allemands soupçonnaient – à tort- cet acteur ayant incarné un Allemand pour la Continental d’être juif, sans doute parce qu’il avait interprété le rôle de DAVID GOLDER, de Duvivier…).

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Merci pour l’analyse. J’évoque la fin de Harry Baur dans LAISSEZ PASSER. Cela dit, il y a maintenant beaucoup de défenseurs de MARIANNE DE MA JEUNESSE et je vais voir le film. Et Duvivier s’est moqué de sa propre noirceur ( que son fils conteste absolument) dans la FETE À HENRIETTE. Et vous trouvez que le personnage de la petite bonne dans POIL DE CAROTTE est filmé de manière misogyne ?

    • Mathieu dit :

      A Ballantrae:
      Avez vous vu LA FIN DU MONDE (de Gance)? Ce film aurait ses chances pour concourir au palmarès des films les plus nuls de l’histoire du cinéma (à vrai dire je ne l’ai pas vu jusqu’à la fin, contrairement à PLAN 9 FROM OUTER SPACE, lui aussi très surfait: il y a plus nul, ne serait-ce que GLEN OR GLENDA?)

      • ballantrae dit :

        J’ai malheureusement vu La fin du monde qui effectivement s’avère pitoyable…où est alors passé le génie visionnaire de La roue, J’accuse ou Napoléon?
        Il est absent et Gance fut alors atteint d’ une » hypertrophie de la parabole », maladie bien connue qu’ont pu subir des cinéastes aussi divers que Boorman (Zardoz) ou Lynch (Sailor et Lula).

      • ballantrae dit :

        Il en va de même de la nullité comme du génie, il semble fait pour être dépassé par une oeuvre à découvrir.
        Si vous avez envie de trouver des bouses pour établir un FLOP 20, tentez de voir des films de Bruno Mattei, de Jess (ou Jesus) Franco, de notre Jean Rollin national ou encore les « comédies » de Max Pecas ou Philippe Clair.
        Au moins on sent chez Ed Wood, une forme d’enthousiasme bizarre alors que chez les auteurs cités semble dominer une bonne dose de cynisme.
        Tous ces auteurs ont des héritiers en la personne des producteurs de Sharknado.
        Comme moi à l’origine, vous vous demanderez ce que cela peut signifier…il s’agit d’un mot valise Shark + tornado: en gros une tornade se forme au dessu de l’océan accueillant en son sein des requins qui àl’occasion vont surgir de la tornade pour dévorer les malheureux habitants d’une petite station balnéaire.

        • Martin-Brady dit :

          Pour Jean Rollin: pas si vite, ne jetez pas aux orties LA FILLE DE DRACULA avec son couvent de nonnes complètement chtarbées, et ce film qui commence avec deux jeunes filles qui s’échappent d’un orphelinat déguisées en clowns!

      • Martin-Brady dit :

        mais GLEN OR GLENDA a un thème central qui le soutient! Le film le plus nul de l’histoire du cinéma on ne s’en souvient pas, car il n’y a rien derrière. Le statut décerné à PLAN 9 est usurpé: j’y ai même ri (rarement certes, hein? parce que… faut pas charrier non plus c’est souvent énervant): le fameux travelling qui échoue à suivre correctement la voiture du shérif, la perd et la recadre, vous ne le retrouvez nulle part, l’échec du caméraman égaré, mal payé (et distrait) à cadrer cette voiture rejoint avec brillance le thème du film: l’errance sans but, l’échec sans objet, le pessimisme total. S’il y a un thème, comment le qualifier de « nul »? Non, le film le plus nul de l’histoire du cinéma a disparu peu à peu dans la sieste torve de nos consciences qu’il a lui-même abruties, il nous a engourdis, assomés, dans nos fauteuils et nous a quittés sans bruit… le film inconnu vogue… là-bas… là-bas… sur l’océan mou de nos oublis. Bref, je conteste que le titre de « film le plus nul… » soit signé Edward D Wood Jr. Dés que j’arrive à remettre un titre dessus, je vous le communique, sauf que si je m’en souviens, c’est qu’il est pas si nul que ça bref on s’en sort pas.

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