Eloge de Coppola

4 décembre 2019 par - DVD

Voici le discours prononcé le 18 octobre 2019 à l’Institut Lumière à Lyon, lors de la remise du Prix Lumière 2019 à Francis Ford Coppola.

Quand on demandait à Alphonse Allais, le Mark Twain français, s’il connaissait Francisque Sarcey, célèbre critique dramatique, Allais répondait : « Je l’ai vu deux ou trois fois, rue de Douai, sur le balcon du 4ème étage de son appartement. Il battait ses tapis. Honnêtement, je n’appelle pas cela connaître. »

Eh bien moi, toutes proportions gardées, cher Francis Coppola, je pourrais dire la même chose vous concernant. A deux exceptions près :

1) il est impossible de vous comparer à Francisque Sarcey, anti-dreyfusard notoire et auteur du retentissant : « les paysans bretons sont si ignorants qu’ils croient à l’influence de la lune sur les marées », montrant qu’un critique pouvait ignorer Aristote, Galilée et Newton.

2) je ne vous jamais vu battre de tapis.

Je vous ai bien croisé à deux ou trois reprises, tout d’abord en 63, à Los Angeles, lors d’une party organisée par Roger Corman pour remercier Robert Benayoun, son premier défenseur que j’accompagnais. Corman nous présenta des acteurs, des collaborateurs, Jack Nicholson, Monte Hellman, Dick Miller parmi lesquels, un jeune homme de 24 ans, vous, son ingénieur du son, son assistant et réalisateur de seconde équipe pour THE YOUNG RACERS.

Vous veniez de tourner DEMENTIA 13 et il ne tarissait pas d’éloges sur vous.

La seconde fois, ce fut un dimanche soir, à Paris, au restaurant L’ami Louis où je retrouvais le producteur Irwin Winkler. Vous étiez attablé avec des amis, des membres de votre famille, autour de ces énormes platées de foie gras, spécialité de l’endroit, d’un poulet rôti ou d’un gigot.

Et je me suis retrouvé à vos côtés avec Martin Scorsese mais seulement sur une feuille de papier pour servir de garant à Michael Powell auprès des assurances pour un film tiré d’un opéra de chambre de Philip Glass, THE JUNIPER TREE.

Honnêtement, je n’appelle pas cela connaitre.

Et pourtant, j’ai l’impression d’en savoir pas mal sur vous, de vous avoir souvent côtoyé. C’était à travers vos films qui faisaient naitre en moi des émotions très fortes, très intimes. Je sentais vibrer la personne qui les avait réalisés et vibrais avec elle. J’épousais ses passions, vos passions, je partageais vos doutes, admirais vos audaces narratives ou visuelles, m’identifiais à vos personnages rebelles ou désillusionnés, bravaches, colériques, meurtris par la vie. A travers eux, vous parliez de l’Amérique mais aussi de vous. Tout cela me rendait admiratif. J’étais impressionné. Je le suis encore plus ce soir. Il est difficile de partager une admiration en public. On a peur d’être grandiloquent ou trop sentimental. On a peur d’admirer mal.

Je viens de passer ces dernières semaines à me promener à travers votre œuvre et ce furent des moments exaltants que de revoir un bon nombre de ces films même certains que l’on considère comme des commandes. Ainsi L’IDÉALISTE (THE RAINMAKER) m’a paru tenir formidablement le coup. Cette charge contre la dictature des compagnies d’assurance avec cette fin hustonienne prend encore plus de force, d’urgence après la crise des subprimes.

Rassurez vous je ne vais pas les évoquer tous. Simplement en choisir quelques-uns qui me touchent ou que je trouve méconnus comme ce JARDINS DE PIERRE, un des rares films américains sur le Vietnam à n’évoquer que les conséquences plutôt que la guerre sur le terrain, à travers ces soldats chargés d’enterrer les morts au cimetière d’Arlington. Les opérations militaires étaient juste entrevues à la télévision, des images d’actualité en fond de plan. Cette suite de rituels, enterrements, défilés, hommages, commémorations où prime le poids du deuil et des souvenirs accompagnés par le beau lamento de Carmine Coppola en fait votre film le plus Fordien. John Ford qui même dans ses documentaires de propagande s’attardait sur les morts, les blessés, le prix à payer. « Faites que l’ambulance arrive à temps », s’écriait Jane Darwell dans LA BATAILLE DE MIDWAY. Supplique bouleversante qui me renvoie aux larmes toutes aussi bouleversantes de Marie Stuart Masterson, la jeune héroïne de JARDIN DE PIERRE. Comment oublier cette histoire d’amour si adulte, si mélancolique, si exempte d’effets de maniérismes entre Anjelica Huston et James Caan, celle qui croit que le Vietnam est un génocide et celui qui croit que c’est une atroce erreur mais qu’on n’a pas le droit de la critiquer.

James Caan qui était déjà présent, avec Robert Duvall dans LES GENS DE LA PLUIE. Et cher Francis Coppola, je crois que je vous ai aimé dès ce film, dès ce road movie géographique et moral, cette quête entreprise par une femme que jouait Shirley Knight, à la fois égoïste et généreuse, arrogante et peu sure d’elle, instable et décidée, sincère et affectée (elle aime parler d’elle même à la troisième personne), naturelle et artificielle. Qui plaque tout et tombe en chemin amoureuse d’un homme de prime abord aussi simple qu’elle est complexe. Comme certains « innocents » de Faulkner, il est fragile, perdu mais d’une grande intégrité morale. Ce film, nous l’avions passionnément défendu, Jean Pierre Coursodon et moi-même dès sa sortie et voilà ce que nous écrivions : « Coppola a toujours voulu que ses films ressemblent à ce dont ils parlent (c’est sa propre expression) et la méthode de production adoptée pour THE RAIN PEOPLE reflète déjà ce principe. Le tournage lui-même fut un itinéraire, une quête au cours duquel le cinéaste tenta d’élucider son personnage au jour le jour, au fil du voyage… Cette ouverture, cette disponibilité donnait au film une liberté d’allure très rare dans le cinéma américain de l’époque… ».

Pourtant la mise en scène, en dehors de moments documentaires (qu’on retrouvera dans de nombreuses œuvres, les scènes de fête des PARRAINS) n’est pas toujours celle qu’on pourrait attendre d’un film en partie improvisé. Un bon nombre de séquences sont rigoureusement structurées et ce mélange de liberté narrative et de recherches formelles annonce aussi bien CONVERSATION SECRÈTE, APOCALYPSE NOW, RUSTY JAMES, que COUP DE COEUR, OUTSIDERS et bien sûr les PARRAIN 1 et 2 avec ces va-et-vient dans le temps et les lieux, ces montages parallèles, ces époustouflantes ellipses temporelles si bien analysées par un Steven Spielberg qui déclare avoir voulu abandonner le cinéma tellement il était impressionné par ces films. Il cite ce moment où l’on passe avec un CUT de la Sicile à Diane Keaton, laquelle tombe brusquement sur Al Pacino, apprenant qu’il est rentré depuis un an. Rien n’est expliqué mais par cette ellipse, cet interstice entre deux plans, le visage de Pacino, on comprend qu’il est devenu le Parrain.

Nous avions donc vu dans LES GENS DE LA PLUIE un film matrice, fondateur qui impose d’emblée toute une série de principes, de paris qui peuvent rivaliser, question audace, avec ceux de Michael Powell et d’Emeric Pressburger. Des paris, non seulement sur le courage des financiers mais aussi sur la curiosité, l’ouverture d’esprit du public.

Audace qu’on retrouvera dans le choix et la diversité des sujets mais aussi dans leur traitement avec ces brusques bifurcations narrative, ces fins en suspension, ce désir constant de transcender, de dépasser le réalisme.

La dramaturgie se veut ouverte, la structure éclatée, truffée de parenthèses, longues scènes de fêtes, d’anniversaire, de cérémonies religieuses refusant la dictature de l’intrigue pour mieux avoir l’air de s’inventer au fur et à mesure du récit. Une liberté paradoxalement confortée par des parti pris visuels flamboyants.

Ainsi, CONVERSATION SECRÈTE s’ouvre sur un plan anthologique, ce long travelling avant au dessus d’une foule qui repère puis isole Gene Hackman, lequel fait le même boulot que la caméra : il suit et espionne un couple dont il enregistre les conversations et le scénario tourne entièrement autour de l’interprétation d’une phrase captée clandestinement dans une foule – « he’d kill us if he got a chance » – et de la manière dont elle est prononcée, qui doit déterminer si on a affaire à la victime ou au meurtrier. Dans cette histoire de paranoïa et de culpabilité, Walter Murch, votre sound designer et vous, révolutionnez tout un type de rapports au son avec des années d’avance sur la technologie de l’époque. J’ai toujours eu un faible pour les moments où Hackman (que Jean-Pierre Marielle tenait alors pour le plus grand acteur du monde), joue du saxophone dans son appartement rajoutant ses solos à des disques notamment sur To Each his own. Moment de solitude et de répit. Dès ce film, vous bousculez bien des archétypes, des mythes américains comme le héros chamboule à la fin son appartement, dénonçant, avec des années d’avance, l’intrusion illicite de la vie privée par une technologie non contrôlée. Ce qui a pris une nouvelle urgence avec les révélations de Snowden sur les pratiques de la NSA, des Gafa.

Et vous allez continuer. Parfois de manière oblique, ironique : la première phrase du magistral monologue qui ouvre LE PARRAIN « Je crois en l’Amérique. L’Amérique a fait ma fortune » est prononcée par quelqu’un qui demande à Don Corleone de liquider les deux salopards qui ont tabassé et violé sa fille et que le tribunal a libéré dans un jugement inique.

CONVERSATION SECRÈTE traite aussi d’un thème que l’on retrouvera souvent chez vous jusque dans OUTSIDERS, RUSTY JAMES : le conflit entre une vie privée jalousement protégée (familiale dans les PARRAIN, solitaire dans THE CONVERSATION) et une activité violente ou criminelle, celle-ci finissant par parasiter celle-là. La famille joue un rôle capital dans votre œuvre, la famille de cinéma si soudée (Walter Murch, Dean Tavoularis, Gordon Willis, John Milius, Nicolas Cage, Tom Waits, Carmine et Roman et Sofia Coppola, la liste est longue) et la famille de fiction déchirée parfois par des jalousies, des fissures, des rancoeurs mais où ou abondent des détails sans doute autobiographiques comme la recette des boulettes et saucisses italiennes à la tomate du PARRAIN, certaines réactions qui sonnent si justes, (James Caan qui se mord la main pour réprimer une crise de violence), ces scènes de danse ou de repas, tous les moments avec les enfants.
C’est particulièrement vrai du PARRAIN 2, chronique familiale shakespearienne sur la manière dont le crime organisé détruisait une famille.

  

Le monde de la Mafia y était décrit comme un univers laborieux, petit bourgeois, gangrené par la suspicion, la paranoïa, la trahison. Les femmes n’y avaient aucune place. C’est votre regard, cher Francis Coppola et lui seul qui nous bouleversait en arrachant à ce monde de violence, des émotions, des sentiments, un moment d’espoir – le sourire d’une jeune sicilienne, un enfant qui joue avec un vieillard dans un jardin – ou d’échec (cette porte que Pacino claque sur Diane Keaton vous cloue le cœur), en s’arrêtant quelques secondes sur un paysage de Sicile sublimé par la géniale partition de Nino Rota.

Tout cela nous paraît maintenant aller de soi. Et pourtant, vous avez dû vous battre pour imposer ces idées et ce soir, je voudrais saluer cette exigence tenace. Face à des dirigeants de studio qui ne voulaient ni de Brando, ni de Pacino, ni de la Sicile. Qui exigeaient de couper dans COTTON CLUB et dans d’autres films qui ressortent maintenant dans des versions plus longues (vous battez même Ridley Scott sur ce terrain). J’admire votre énergie qui vous fit produire des films de Caroll Ballard, Barbet Schroeder, Sofia Coppola comme l’ETALON NOIR, MISHIMA, BARFLY, SOMEWHERE, soutenir Kurosawa et Abel Gance, faire exister envers et contre tout LE PARRAIN III, dont j’adore le dernier tiers somptueusement rythmé par l’opéra de Mascagni et la description au vitriol d’un Vatican assimilé à la Mafia et peut-être à Hollywood. Admirer stimule, vous ouvre l’esprit. Oui cher Francis Coppola, j’ai aimé admirer vos films. Victor Hugo écrivait « Il y a dans l’admiration je ne sais quoi de fortifiant qui dignifie l’intelligence », ajoutant : « Il faut dire, Monsieur, que j’ai pour principe d’admirer l’admirable et de m’en tenir là. »

Et puis il y a eu cette fin de matinée sur les Champs-Élysées. On sortait du Gaumont Ambassade où avait eu lieu la projection presse d’APOCALYPSE NOW. On était sonné. Moi en tout cas et une bonne partie de mes amis. Je savais que ce film allait faire partie pour toujours de ma vie, de ces œuvres qui vous collent à la peau, s’incrustent dans vos souvenirs. Dont l’ambition folle, la vision si ample transforme à chaque pas le réel en mythe. On avance sur un sol qui paraît se dérober sous nos pas, sous ceux des personnages, où la violence surgit comme par mégarde. A chaque instant, on a l’impression de côtoyer l’éternité, de longer de vertigineux abîmes, d’assister à des atrocités plus réelles que la réalité. Bref de s’enfoncer physiquement, moralement au cœur des ténèbres pour paraphraser le roman dont vous vous êtes inspiré. Et la plupart des personnages, Willard, Kurtz (cette version noire de Lord Jim), Kilgore, Hicks pourraient reprendre à leur compte ce qu’écrivait Robert Penn Warren dans L’ESCLAVE LIBRE (BAND OF ANGELS) : « Nous ne vivons pas notre vie, c’est notre vie qui nous vit. Nous ne sommes au bout du compte que ce que l’Histoire nous fait. »

A côté de ces films qu’on pourrait qualifier d’épiques qui brassent le monde, à travers la guerre, le crime organisé, il y a ces chroniques sentimentales intimistes, fragiles, qui dansent sur un fil comme Nastassja Kinsky dans COUP DE CŒUR. Que vous situez, ultime provocation, dans un cadre totalement artificiel, Las Vegas. Un lieu qui ressemble déjà à une parodie toc de décor hollywoodien que Dean Tavoularis recrée génialement en studio en le magnifiant, synthétisant par l’artifice cette ville improbable que Vittorio Storaro illumine comme de l’intérieur. C’est par la lumière que l’on passe d’un lieu dans un autre, que l’on navigue dans le temps. Les personnages évoluent dans une suite de décors gigognes qui s’ouvrent les uns sur les autres au hasard des souvenirs : intérieur de Teri Garr que l’on retrouve dans ses vitrines, appartement enchâssé dans un autre appartement comme ces boites de Joseph Cornell. COUP DE CŒUR qu’on dirait aux antipodes d’APOCALYPSE NOW, partage les mêmes ambitions intransigeantes. L’un et l’autre imposent une même construction musicale, une même méfiance de la psychologie et du réalisme. Les cadrages, les mouvements d’appareil, les jeux avec la lumière, la musique transcendent le canevas, jusqu’à faire partie intégralement du sujet comme d’ailleurs dans TUCKER. Et font surgir comme par magie, dans ce cadre baroque, ostentatoire, des moments de pure intimité tout à fait uniques.

Plus modeste, OUTSIDERS me touche encore plus. Tout parait murmuré dans cette chronique mélancolique où l’on est brusquement ému par une discussion sous un arbre, la lumière d’une fenêtre sous un porche. Des notations subtiles nous font sentir le décalage, les interrogations des personnages, un lien familial fragile, ténu mais auquel peuvent se raccrocher ces ados trop pauvres pour s’intégrer dans une Amérique du succès, trop rêveurs pour surmonter les handicaps de leur classe. A la suite d’une bagarre, deux d’entre eux après une longue cavale se réfugient dans une église abandonnée et cette errance panthéiste constitue l’un des sommets de cette œuvre.

Albert Camus, quand il reçut le prix Nobel écrivit et ces mots, cher Francis Coppola me semblent si bien s’appliquer à tout ces films que j’ai cités. Il suffit de remplacer romancier par cinéaste : « Le romancier doit être vulnérable mais entêté, injuste et passionné de justice, construisant son œuvre sans honte ni orgueil à la vue de tous, toujours partagé entre la douleur et la beauté… Qui après cela pourrait attendre de lui des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. »

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Commentaires (181)

 

  1. Aigle Bleu dit :

    Cher Bertrand, une petite anecdote: Regardant a la tele une emission de brocante: Affaires conclues, je vois presenter une superbe vasque en verre,digne de Lalique,mais realisee par un maitre verrier tres cote a l’epoque et ayant sa boutique sur les Champs Elysees: Andre Hunebelle !!!.A la liberation, il a laisse tomber le verre pour se tourner , helas, vers le cinema, avec les resultats que l’on sait et qui en font pour moi,le plus mauvais realisateur du cinema francais. Incroyable!.

    cote a l’epoque

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Aigle Bleu
      Je savais qu’il avait été maître verrier, ce qui ne voit pas, hélas, dans son cinéma

    • Denis Fargeat dit :

      A Aigle bleu
      Ah ben forcément, quand on laisse tomber le verre, ça fait quelques dégâts…
      ( sans rouvrir un sujet clivant, il y a quelques films de Hunebelle que j’aime bien. Grandir avec, ça crée des liens…)

      • Damien D. dit :

        A Denis « Grandir avec ça crée des liens » : c’est exactement ça avec Hunebelle dont mes madeleines de Proust sont sa série des Fantomas.

  2. Denis Fargeat dit :

    Rien à voir avec Schrader ou Coppola, ou avec aucun sujet récent, ceci : https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/la-nuit-revee-de-pierre-assouline-211-qui-etes-vous-georges-simenon-1ere-diffusion-20041952-chaine
    … bel entretien de 1951, plein d’humanité, Simenon au milieu de sa carrière. Un certain nombre de propos sont toujours bons à entendre…

    • MB dit :

      à D Fargeat continuez à nous signaler des bonnes émissions merci, je loupe plein de trucs, incapable d’éplucher les programmes radio de A à Z!

      • Yves Rouxel dit :

        A MB.Je vous conseille vivement d’aller jeter un œil sur le site de France culture car dans les programmes radios de Télérama il manque beaucoup d’émissions de nuit qui ne sont pas mentionner.L’avantage de se coucher tot c’est qu’a 3 heures du mat on peut réecouter les voix de Jouvet,Raimu et dernièrement j’ai suivit pendant 2 heures l’enfance et l’adolescence de Michel Simon .Moment magique ou le jeune Michel qui était né en 1895 à vu ses premiers films muets à 13 ou 14 ans.Il y a aussi des conférences intéressantes proposé par le collège de France qui nous permet de comprendre les différents mouvements sociaux dans le monde depuis le 18ème siècle mais également des débats entre intellectuels.J’espère que les nuits de FC vont perdurer dans le temps car l’horizon s’annonce bien noir pour la culture avec des coups de ciseaux énorme au sein de Radio France ou France TV.

      • Yves Rouxel dit :

        A MB.En dehors des chaines dites classiques tels France culture,Musiques,vous pouvez écouter de très bonnes émissions sur binge radio,arte radio ainsi que les radios francophones(RSR en Suisse,Radio canada international puis les stations africaines qui diffusent des émissions consacrées au cinéma et la littérature.

  3. MB dit :

    Je viens de découvrir FIRST REFORMED/SUR LE CHEMIN DU RENIEMENT (sous-titre: « pardonnez-nous nos B.A. »)que vous avez cité rapidement, c’est un très grand film le dvd est approximatif question qualité d’image et pourtant… Je ne savais pas qu’une histoire aussi loin de mes préoccupations a priori aurait pu autant retenir mon attention. J’ai pensé au CURE DE CAMPAGNE de Bresson avant que je ne lise ce que disait Schrader de ses influences. Entre autres, cette façon de filmer les dialogues est louable, à ne révéler des gros plans des acteurs que quand ils ont eu le temps de suffisamment parler. Le film comporte beaucoup de dialogues et retient l’attention de seconde en seconde. L’austérité n’est pas ennuyeuse, et c’est un choc quand elle se heurte à un soudain mouvement de caméra final. Ethan Hawke est remarquable, l’un des quelques acteurs américains qui ne joue pas dans la cour des vedettes à la poursuite du plus gros cachet.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A MB
      Je vous suis à 100%. C’est un film remarquable, tranchant qui parle de sujets importants et grave sans être jamais solennel ou donneur de leçon. J’aime énormément ce film.

      • MB dit :

        à Bertrand: FIRST REFORMED/ je suis très heureux de votre avis.

        J’ai été frappé de ne jamais avoir pensé à ça: la position des églises sur la situation écologique mondiale qui a la rigueur et le tranchant d’une asperge trop cuite. Enfin quand même: Dieu nous a donné cette terre et voilà ce que nous en faisons? Bah, j’exagère… je suppose qu’à un moment François a bien dû dire dans un micro: « le réchauffement climatique c’est pas joli-joli! ».

        • Yves Rouxel dit :

          A MB et Bertrand.Je vous suis entièrement quand on voit la situation catastrophique en Australie.Tous ces koalas,ses kangourous pris dans les flammes.Pendant ce temps la, le premier ministre se tait et fait la sourde oreille.Plus j’avance dans l’existence tout en étant d’une nature positive je me rend compte que l’espèce humaine aura laisser une trace noire sur notre mère la terre nourricière.

      • Ballantrae dit :

        Schrader est en ce moment mis à l’honneur à Paris et bien des films meconnus sont diffusés: Light sleeper (vu il y a longtemps ) qui n’est pas sans lien avec Taxi driver dans le registre de l’errance et de la dereliction mais aussi des films non distribués tel un tres intrigant L’épreuve d’Adam avec J Goldblum recommandé par le très intéressant site Chaos reigns.
        On a aussi oublié qu’il fut l’auteur d’une très belle adaptation de Russel Banks Affliction.
        Un cinéaste complexe et ambitieux qui a ses hauts et ses bas mais a construit un riche parcours outre son travail remarquable de scénariste avec Scorsese entre autres.

        • Alexandre Angel dit :

          Quelques films de Schrader me sont passés au dessus de la tête, à tort peut-être, comme TOUCH ou PATTY HEARST.
          MISHIMA m’avait impressionné à sa sortie (je n’ai jamais retrouvé par la suite la belle sensation du film tel qu’il se révélait à l’écran). L’ambiance de COMFORT OF STRANGERS était intéressante. Je ne déteste pas le remake de LA FELINE et je me demande ce que vaut AUTOFOCUS qui trône sur mon étagère, toujours sous cellophane
          Je suis content d’apprendre que son dernier film vaut le coup.

        • Alexandre Angel dit :

          …et oui, j’aimais beaucoup AFFLICTION

        • MB dit :

          à Ballantrae: je crois que je vais revoir tout Schrader, il est temps.

        • MB dit :

          à AA: COMFORT OF STRANGERS est peut-être un minimum conventionnel dans son cynisme ou son pessimisme, ou son sens du tragique au choix, mais je l’aime bien à cause de la rigueur de sa réalisation (qu’on retrouve bien sûr dans FIRST REFORMED). La convention se fait trop voir au final avec la répétition par Walken de la fameuse relation de la vision de son père avec la façon délicate dont il traitait sa moustache! Est-ce sensé expliquer éclairer le fait que Walken est sérieusement atteint niveau ciboulot, son père l’avait complètement perturbé? (il lui eût fallu un « docteur pour la tête » comme disait Widmark dans SERGENT LA TERREUR!) cet éclairage psy est commode et simpliste, sinon vous me direz le personnage de Helen Mirren est gravement atteint aussi et elle est excellente dans sa passivité même. Deux cinglés en couple: l’un entreprend, organise, l’autre contemple et approuve. Le moment où tout dérape (le coup de poing de Walken dans l’estomac de R Everett!) est marquant…
          Tout en rechignant devant la fin, j’ai beaucoup de tendresse pour cette histoire de soufre, de mort, de cynisme, de confrontation entre deux couples: le jeune couple qui commence à se lasser et l’ancien, laminé, qui est parti dans la folie, curieux, cet attachement.

          et Natasha Richardson est morte après un accident de ski en 2009. C’était la fille de Tony R et Vanessa Redgrave.

  4. Yves Rouxel dit :

    « Fucking Fernand »est une farce picaresque et grinçante tiré d’un livre et qui devait etre réalisé par Paul Vechialli qui s’est brouiller avec Vera Belmont.C’est donc Gerard Mordillat cinéaste de »Vive la sociale »qui a pris les choses en main.Finalement c’est un film plaisant a souhait grace au tandem que forme Thierry Lhermitte et Jean Yanne dont tout oppose et qui vont traverser villages et collines en pleine guerre.Il y a aussi le personnage de Martin Lamotte qui est le chef de la milice qui irristible de malice et de flair.Si vous vouler rire sans vous prendre la tète,n’hésiter pas une seconde,vous m’en direz des nouvelles sur ce blog.

  5. MB dit :

    Plus de dvds en attente? pas de panique! on plonge dans sa dvdthèque et on tombe sur L ETE DU DEMON de Yoshitaro Nomura! WTF! j’ai acheté ça moi? et on se rafraîchit la mémoire avec un chef d’oeuvre (grâce à Wildside qui a ouvert bien des brèches sur le cinéma asiatique), Ken Ogata génial, et le génial petit garçon, et la géniale ignoble épouse… il faut voir aussi LE VASE DE SABLE.
    (hum… on peut aussi re-revoir LE PARRAIN 2…)

  6. ballantrae dit :

    Ce qui me semble particulièrement formidable dans votre éloge de Coppola est la manière de louer un cinéaste qui tout en étant un auteur remarquable a su jouer la carte de la diversité, l’aptitude à se couler dans des sujets, des formes et des registres divers.
    L’idée d’une invention de films prototypes amoureusement conçus qu’ils visent une grande forme classique ( les Parrains, Outsiders, Gardens of stone…) ou des échappées plus nettement expérimentales ( Conversation secrète, Apocalypse now, Rumble fish…) me séduit .

  7. Yves Rouxel dit :

    A Bertrand. »The laudramat »de Soderbergh est sorti sur netflix en 2019 et ne sera pas visible dans les salles de cinéma comme « Irishman »de Scorsese.Je voulais revenir sur »Le poison »de Billy Wilder vu il y a très longtemps au cinéma de minuit sur FR3.Chef d’œuvre absolu qui nous plonge (c’est le cas de l’écrire)dans l’univers chaotique d’un écrivain alcoolique qui se racroche à la bouteille comme un marin à une bouée.Ray Milland est convaincant du début à la fin.Mais revenons sur l’aspect technique et les plans minitieux de Wilder,notamment au début du film on voit de l’exterieur une bouteille de whisky accrochée à une ficelle dans le vide.Au plan suivant les scènes d’intérieurs sont pensés et cadrés de façon précise.Tous les mouvements de cameras filment afin d’expliquer et comprendre le comportement du personnage avec ses angoisses,son mal de vivre et surtout son addiction qui augmente de jours en jours.Pour ceux qui ne connaissent pas ce petit chef d’œuvre,c’est vraiment du grand art.

    • Julia-Nicole dit :

      A Yves Rouxel
      LE POISON n’est jamais passé au Cinéma de minuit.
      Le seul film de Billy Wilder diffusé par Patrick Brion, cinéaste dont il avoue ne pas être passionné, est MAUVAISE GRAINE.

      • Denis Fargeat dit :

        Bravo julia-Nicole, je n’avais jamais entendu parler de ce Wilder-là, bien rare et coréalisé par Esway… Paris au milieu des années 30 était une étape pour beaucoup de gens qui ont fait carrière plus tard à Hollywood… vous êtes hyper calée en Patrick Brion, j’aimerais connaître vos secrets.
        Peut-être ce « Poison » est-il passé chez CJ Philippe, qui, lui, aimait bien Wilder, je me souviens avoir découvert chez lui « Kiss me stupid » qui pour être populaire avait plutôt mauvaise presse à l’époque. En tous cas ce « Poison » est un cauchemar dont la diffusion convient bien à une heure avancée de la nuit…
        Ah, et excellente année à tous!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Denis Fargeat
          Patrick Brion a publié un livre très utile qui recense toute sa programmation du cinéma de minuit. Et je voudrais nuancer l’assertion de Julie Nicole : Patrick Brion quand il était programmateur du service public a diffusé plusieurs Wilder et notamment EMBRASSE MOI IDIOT et il écrit dans son anthologie du film noir des textes louangeurs sur ASSURANCE SUR LA MORT

        • Denis Fargeat dit :

          A Bertrand Tavernier
          Merci, je n’avais pas pensé à ce livre, aperçu pourtant. C’est aux éditions Télémaque, et ça fait une Madeleine de poids pour toute une génération d’apprenti cinéphiles. Ré si sol ré soool…

      • Yves Rouxel dit :

        A Julia nicole.En effet ce film de Wilder a été diffusé au ciné-club par Claude jean Philippe sur Antenne 2.Dans le même registre je conseille une oeuvre forte réalisé par Blake Edwards »Le jour du vin et des roses »en 62 avec Jack Lemmon et Lee Remick.Le film est encore plus sombre sur l’addiction à l’alcool ou un homme chargé de communications dans une grande société va rencontrer une jeune et jolie femme et va l’entrainer dans le tourbillon de la bouteille.Interprétation exemplaire de la part des deux acteurs et mise en scène efficace de la part de Blake Edwards.

        • Jacques Maltais dit :

          Sur le même thème, Stuart Heisler a réalisé en 1947 « Smash Up : story of a woman » avec Susan Hayward.

      • Jacques Maltais dit :

        Patrick Brion a publié un livre sur Billy Wilder en 2012.

    • MB dit :

      à Y Rouxel: je n’ai rien compris à THE LAUNDROMAT comme à aucun des films qui traitent de la haute finance LE LOUP DE W ST, THE BOILER ROOM/LES INITIES etc. bien sûr le film se voit aisément et si Soderbergh a parfaitement maîtrisé cette forme en patchwork, très brillante, ça risque de ne convaincre que des déjà convaincus, beaucoup seront fatigués par ce mélange de doc et fiction avec échappées dans l’absurde. Mais Soderbergh ne peut s’empêcher de tenter de surprendre le spectateur par une brillance de montage ou de brillance tout court qui me passe un peu au-dessus de la tête. Je crois que ça ne convient pas à ce genre de sujet qui a une tonne d’infos à fournir, j’ai compris 5% du mécanisme des Panama Papers. Sur la forme ou le style, que vient faire là cette histoire avec la riche famille où un scandale éclate entre deux amies, ça dure ça dure et à la fin on obtient juste l’idée que certains gestionnaires de fonds peuvent très facilement faire chuter la valeur d’une action. Trop de style nuit, j’avais déjà remarqué ça dans le polar d’après Elmore James avec Clooney.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A MB
        Pas du tout d’accord mais pas du tout. Je ne suis pas très calé en finance mais là j’ai tout compris et le style, la brillance cela donnait encore plus de saveur, de goût à ce démontage de tous les mécanismes qu’on a soigneusement déréglés : emboitage des sociétés les unes dans les autres, dilution des responsabilités (on le voit dans l’affaire Servier et autres scandales pharmaceutiques), inopérante des contrats comme le montre génialement l’histoire du black riche : Soderbergh montre qu’il n’épargne pas les minorités et que ce potentat se conduit comme les compagnies d’assurance (il est tout aussi drastique avec les Chinois et refuse le politiquement correct) et je trouve que le moment où l’épouse découvre que son compte est passé de plusieurs millions de dollars à 37 est un rebondissement euphorisant. C’est une analyse au scalpel qui contrairement au LOUP DE WOLF STREET, s’en prend aussi à l’Etat Américain, en fait le symbole des Etats Voyous. Et on sent le clair pris par le cinéaste à désarticuler ces mécanismes, plaisir qui se mêle à la colère. Pour moi un très grand film

        • MB dit :

          à Bertrand: THE LAUNDROMAT/ on y arrivera pas vous et moi, mais je respecte Soderbergh et son travail de mise en scène ce n’est pas QUE de l’esbrouffe d’accord. Cette forme est très bien maîtrisée mais tout en l’étant, je ne vois pas comment elle peut servir le côté pédagogique et il me semble que LE LOUP DE WALL ST avait le même défaut, à étourdir avec le montage on perd la transmission de l’information.
          D’autre part, je suis heureux de ce lapsus bluesien qui m’a fait écrire Elmore James au lieu de Elmore Leonard! So I’ll dust my broom!

      • Alexandre Angel dit :

        A Bertrand et MB,
        Je m’étais assez récemment exprimé sur Soderbergh que j’aime beaucoup et que j’ai revisité de manière quasi-complète courant premier semestre 2019.
        Je n’ai pas ressenti THE LAUNDROMAT comme un si grand film sur le moment. Peut-être parce que Soderbergh semble filmer vite, à l’économie. C’est un peu, depuis déjà quelque temps, le système formel auquel il carbure, se chargeant lui-même de la photo et du montage sous les pseudonymes respectifs de Peter Andrews et Mary Ann Bernard. On trouve dans THE LAUNDROMAT le côté, sinon choral, du moins unanimiste de TRAFFIC, la gravité romanesque en moins, l’ironie décapente en plus. La forme, toujours élégante, brillante, renoue ici avec une espèce de modestie un peu bricolo, indé, « sundance », qui, couplée à la logorrhée pédagogico-économique du verbe, pourrait générer un sentiment de superficialité, de prêt-à-consommer sur Netflix.
        C’était déjà le cas, en plus austère, du film précédent, HIGH FLYING BIRD, qui démontait les manipulations financières de la NBA (et partant, on pourrait avoir à faire à un ENFER DU DIMANCHE « du pauvre »).
        Pourtant, et là je réponds à MB, il y a beaucoup de classe, d’intelligence et de cinéma savamment distillé dans ces films. Dans HIGH FLYING BIRD, cela passe par le dynamisme des dialogues qui obligent à se concentrer pour mieux en saisir les enjeux mais aussi la musicalité. THE LAUNDROMAT est plus facile d’accès, il me semble, avec ses démonstrations un peu naïves formellement (Gary Oldman et Banderas en maîtres de cérémonie) mais aussi ses morceaux de cinéma, fulgurants et furtifs (l’électrocution d’une passante dans les rues de Panama City et surtout, le prodigieux accident de ferry qui est sidérant).

        • MB dit :

          à AA: et je ne suis peut-être pas très doué pour piger qqch au monde des finances!

          (THE KNICK est la meilleure série que j’ai vu en remontant loin, c’est vous qui me l’avez signalé d’ailleurs)

        • Alexandre Angel dit :

          A MB,
          Croyez-moi, je suis pas non plus doué pour la finance et l’économie et d’ailleurs, si vous me demandiez de vous décrire le fonctionnement d’une société « off shore  » sur la base de ce qu’on entend dans le film, je serais en souffrance et ne ferais pas le malin.
          Disons que j’ai compris en gros. Mais Soderbergh a aussi cette propension aux écheveaux complexes parce qu’ultra-documentés : THE INFORMANT, par exemple, c’était coton pour ma part.

        • MB dit :

          à AA je vais voir THE INFORMANT! pour me rattraper auprès de Bertrand et de mon attaque inique contre THE LAUNDROMAT! (si j’aime pas je dirai rien, veux pas me fâcher, moi)

  8. Aigle Bleu dit :

    Cher Bertrand, meilleurs voeux en attendant de vous lire cette nouvelle annee, connaissez-vous ce classique de la contre- culture: Le gang de la clef a molette, d’Edward Abbey, reparu chez Gallmeister avec preface de Robert Redford et illustrations de Crumb? . Un regal qui ferait un excellent film.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Aigle bleu
      Bien sur que je le connais et sa suite aussi. Mais j’ai une édition sans la préface de Redford. Edward Abbey avait aussi écrite BRAVE COWBOY dont on a tiré SEULS SONT LES INDOMPTÉS et qui est aussi paru chez Galmeister

  9. Christophe dit :

    A A. Angel et Pierre, sur l’immoralité

    Mais c’est très différents d’autres films de gangsters qui pouvaient choquer par leur violence physique. Chez Coppola, il y a tout de même assez peu de violence… mais l’immoralité me paraît tout à fait réelle tout de même !

    D’abord parce que les activités mafieuses des Corleone sont complètement évacuées (les trafics en tous genres), ce qui contribue à en faire de respectables hommes d’affaires. En plus ils refusent de toucher à la drogue !
    Ensuite parce que ce que le film montre de leurs activités, ce sont des services rendus à d’autres, que le scénario s’ingénie à systématiquement justifier, sinon légalement, du moins par la loi du talion, cette bonne vieille et inusable ficelle…
    Enfin c’est ce même cordage qui va justifier le massacre final : à force d’avoir été victimes des autres mafieux, il faut bien survivre et dans ce monde hostile, ça veut dire tuer pour ne pas être tué.

    Vous ne trouvez pas suspect qu’un film sur la Mafia soit adoré de la Mafia ? Je trouve que cela devrait nous interpeler bien davantage !

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Christophe
      Cet argument (CELUI DE LA MAFIA DONT ON CONNAIT MAL LES CRITIQUES CINEMATOGRAPHIQUES), improuvable, ne tient pas la route. Capone dit on avait été fasciné par SCARFACE qui le montrait quand même comme un tueur impitoyable. A l’extreme limite, ce que vous dites pourrait concerner le PARRAIN 1, Coppola l’ayant centré sur le famille (mais on voit bien que l’avidité prédomine, que les traitres pullulent ainsi que les coups en douce. Ce n’est pas un monde exaltant. On se trahit continuellement) mais le 2 est systématiquement tourné pour inverser le propos. On voit que la Mafia soutient Batista et les crimes qu’elle commet provoque et une enquête parlementaire et un rejet absolu du personnage féminin, représentant la morale traditionnelle et la solitude de Pacino montré d’ailleurs comme quelqu’un de machiste. Le PARRAIN 2 mettait en cause toute la société américaine. Il faut aussi voir L’HONNEUR DES PRIZZI que Huston tourna contre le premier PARRAIN (mais pas le second disait il)

      • Pierre dit :

        A Christophe sur Le Parrain

        Je ne partage pas vos arguments, qui sont intéressants, mais dont je pense qu’ils ne résistent pas à l’analyse.

        Les activités mafieuses sont évacuées ? Oui et non. C’est d’abord une question de point de vue. Les films de Coppola adoptent celui des chefs de l’organisation, qui sont peu en contacts avec « la rue ». On sait très bien que leurs activités sont illégales, mais les personnages eux-mêmes n’y participent pas. Le scénario n’a donc pas de raison de nous les faire voir.

        Ils refusent de toucher à la drogue ? C’est inexact. Vito, après avoir refusé (non pas sens moral, souligne-t-il, mais parce qu’il pense que c’est un mauvais business), finit par accepter que les cinq familles participent de ce trafic (pour pouvoir faire revenir Michael de Sicile).

        Des services rendus à d’autres ? Mais c’est précisément la base du pouvoir. On ne peut pas faire un film sur ce sujet en omettant cela. C’est pour cette raison, précisément, que l’empire de Corleone est si important. Ne pas le montrer, c’est juste passer à côté du sujet.

        Les héros tuent uniquement pour survivre ? C’est inexact aussi. Les exécutions des Corleone vont largement au-delà de la nécessité de survie. Michael fait tuer son beau-frère à la fin du 1er, qui était un personnage misérable, insignifiant, ne présentant plus aucun danger. Ne parlons pas de Frédo dans le 2. On voit très bien que la vengeance des Corleone s’exerce sur tout ce qui bouge de près ou de loin.

        Un film adoré par la mafia ? Cela a été le cas de tous les grands films de gangster.

        Au final, les trois épisodes sont de grands films, complexes, sur des personnages complexes. Mais je ne vois pas en quoi ils sont immoraux !

        • Christophe dit :

          A Pierre

          Les activités mafieuses évacuées

          Je vois ce que vous voulez dire mais je ne suis pas d’accord. Les films adoptent le point de vue des chefs mais les chefs aussi discutent stratégie, réussites et échecs, dans leurs trafics, ils font des plans, combien il faut faire venir de filles de Puerto Rico, qui arroser en Arizona, etc. On aurait tout à fait pu entendre parler de cela.

          Ensuite si on veut vraiment parler de la Mafia, il faut parler de tout le système. Sans parler des films italiens, je repense à CASINO, où on voyait un grand nombre de mafieux, des emplois différents, la circulation de l’argent, etc. et pas seulement des chefs reclus.

          Dans LE PARRAIN, malheureusement, on ne risque pas d’apprendre grand chose. Je suis d’accord qu’on sait que leurs activités sont illégales mais comme leurs affaires quotidiennes sont invisibles, il est très facile de les oublier et si on connaît mal ou qu’on ne s’y intéresse pas plus que ça, alors ce n’est plus du tout un problème. Vous avez lu Tim Adler où il raconte les pressions de la ligue fondée par Colombo pour que le film ne fasse pas l’amalgame entre Italiens et gangsters ?

          La drogue

          Oui je parlais du moment où Vito refuse le trafic de drogue (je ne me souvenais plus qu’il acceptait, merci de me corriger). Le refus est plutôt à son honneur, même pour une mauvaise raison et le distingue des autres mafieux. Et la raison du mauvais business est sacrément fausse, ok tout le monde peut se tromper mais faire dire devant des spectateurs de 1972 à ce digne homme d’affaires que la drogue ne rapporte rien (ou quoi que veuille dire l’expression « mauvais business »), c’est d’une fausseté hallucinante. A la date du film, la drogue est déjà un fléau et on dit merci qui ?

          Vous savez, je trouve le film tellement timide. Vito n’est pas convaincu d’accepter le trafic par pure cupidité mais par souci d’apaisement (il est le seul à faire royalement ce pas) et pour ne pas bouleverser la vie de son fils. Bref, il fait une concession à ses adversaires, alors même que les Corleone ont subi les pertes les plus douloureuses.

          Des services rendus à d’autres

          Regardez comme le scénario justifie soigneusement ces services, tout en minorant les dégâts.

          Pour la fille du premier demandeur violée par deux hommes : il faut carrément que la justice les libère, rien que ça ! qu’est-ce que le spectateur du film aurait pensé de cette vengeance s’ils avaient été condamnés à 15 ans ? à 8 ans de prison ? Là, avec leur libération, au moins c’est clair : il faut se venger ! Et en plus le film fait l’impasse sur la sanction elle-même, si ça se trouve, ils les torturent et les laissent en vie, etc. Mais le spectateur est d’accord !

          Pour la tête de cheval, c’est encore plus simple : ce n’est même pas un être humain que l’on tue et son propriétaire était vraiment antipathique, alors c’est bien normal.

          Le beau-frère

          Là je vous crois sur parole pour son insignifiance, je ne me souviens plus. Après vous savez qu’il faut aussi envoyer le signal à tous les traîtres éventuels à venir, puisqu’il n’y a pas de moyens légaux de leur faire peur…
          Pour Fredo, je ne me souviens plus bien, il me paraissait tellement faible et influençable qu’il devenait dangereux pour la famille. C’est une branche pourrie qui menace l’arbre tout entier, donc à couper !
          Vous avez vu LEA et LES CENT PAS de Marco Tullio Giordana ? Là il y a un vrai personnage de traître avec la tragédie qui s’ensuit. Dans LE PARRAIN, le scénario ne s’attache à comprendre aucun traître.

          La vengeance

          En revanche, Barzini, le traître (je ne sais plus qui c’est) Moe Green sont effectivement dangereux et leur conspiration a failli coûter la vie de Vito et de Michael. Les tuer est le moyen le plus simple de s’assurer qu’ils ne vont pas recommencer, puisque malgré tous les efforts de Vito, la diplomatie non violente a échoué. Le massacre final m’apparaît comme la solution de dernier recours mais justifiée comme la seule possible.

          « Un film adoré par la mafia ? Cela a été le cas de tous les grands films de gangster. »

          Même ceux de Huston, Petri, Rosi, Lattuada, Damiani ?? C’est sûr que non, vous ne croyez pas ? Des films américains seulement, sans doute.

          L’immoralité du PARRAIN

          Je parle toujours du premier film mais je le pense en partie des deux autres…

          D’abord, ne pas montrer les trafics des mafieux mais seulement des réunions d’affaires, c’est faire une impasse impardonnable sur la souffrance et la violence faite à la société (en plus Michael va défendre son pays à la guerre !). C’est faire comme Michael Lonsdale dans BAISERS VOLES qui définit Hitler comme un petit peintre paysagiste. C’est pas faux mais c’est pas tout non plus…

          Ensuite vous n’allez pas être d’accord, parce que vous n’êtes pas d’accord sur une prémisse : que les Corleone sont des hommes d’affaires LOYAUX qui sont toujours CONTRAINTS à la violence en dernier ressort. Admettez-la un instant.

          Le problème, c’est que c’est juste un mensonge éhonté (voir Pileggi chez Adler ou dans ma critique), car ça n’existe pas dans la réalité. Mais cela, leur beauté physique évidente et beaucoup d’autres choses dans le film les rendent RESPECTABLES (je ne crie pas, je souligne !) aux yeux du spectateur alors que les autres mafieux sont des sales types violents avec une sale tête. Je ne dis pas que le film devrait nier leur humanité mais montrer leur nuisance énorme. Or non, le film dit qu’il existe des mafieux respectables. Et dire cela, c’est immoral, vu la réalité de la Mafia. (Et Scorsese et Huston ne tombent pas dans ce travers, sans parler des films italiens).

          Je crois comprendre que vous ne les trouvez pas du tout respectables et tant mieux que vous preniez ce recul mais le scénario fait tout pour cependant…

          Merci pour la discussion prise au sérieux, en tout cas, cela fait plaisir.

      • Christophe dit :

        Bien sûr que ce que je dis concerne le premier PARRAIN depuis le début.

        Le goût de la Mafia pour LE PARRAIN semble assez répandu si on lit Tim Adler : d’abord pour le roman et ensuite pour le film, puisque les mafieux se sont mis à utiliser le mot « parrain » qu’ils n’utilisaient pas et ont remis au goût du jour la coutume du bisou sur la bague du chef. D’ailleurs, à propos d’Adler, ce qu’il dit du film est passionnant (sur l’irréalisme), ses citations de Nicholas Pileggi aussi, et les anecdotes sont souvent marrantes (et pas glorieuses pour le roman et le film). Ceux qui ne l’ont pas lu peuvent y aller, c’est vraiment pas mal. (Ma préférée : le commentaire de mafieux sur le tournage de l’attaque de Vito devant l’étal de légumes, c’est gratiné).

        Cependant ce goût pour le film n’était pas un argument, c’était pour provoquer un peu… Ce que je déteste dans le film, c’est ce dont je parlais avant (entre autres).

        J’avais bien lu vos arguments dans le billet, oui, mais là où vous voyez de l’avidité, j’ai surtout entendu parler d’affaires par-ci, d’offres par-là, etc. Bref, un vocabulaire d’hommes d’affaires respectables. Je ne me souviens pas de scène(s) où on aurait vu des Corleone (les 4 principaux) se montrer cupides ou plus cupides que les autres mafieux. Y en a-t-il ?

        Je suis d’accord le monde peu exaltant et rempli de trahisons mais justement, c’est là un des problèmes du film. Les 4 principaux (Tom, Michael, Sonny, Vito) qui constituent le noyau dur des Corleone font toujours preuve d’une loyauté à toute épreuve les uns envers les autres. Même Kay ne trahit pas, bien qu’elle désapprouve (alors que l’héroïne de LEA et le héros des CENT PAS le font et là c’est tragique). Le beau-frère qui trahit est lui un sale type antipathique et les autres familles mafieuses aussi.

        Or Pileggi cité par Adler explique que justement la trahison est permanente et c’est Scorsese et Huston qui font preuve de réalisme sur le sujet, puisque ce sont leurs HEROS qui trahissent.

        Les Corleone sont de dignes mafieux, séduisants et serviables. Ils se font attaquer avec une violence inouïe par les autres (Luca Brasi, les deux attaques contre Vito, la bombe contre la fiancée qui n’aura pas son permis), ces 4 là sont TOUT LE TEMPS victimes des autres (alors qu’eux les pauvres avaient juste refusé de partager des juges et de tremper dans le trafic de drogue). Le spectateur est fermement amené à penser que s’ils ne font rien, ils vont tous se faire tuer, donc la vengeance finale n’est que de la légitime défense et c’est cela qui constitue l’aspect commercial du scénario.

        Le seul prix que paie Pacino, c’est sa rupture avec Kay et sa solitude, ce n’est pas cher payé pour tout ce qu’il fait…

    • Alexandre Angel dit :

      A Christophe,
      Il me semble que les gangsters ont toujours aimé les films qui les représente, à partir du moment où les films en question en montre inévitablement le côté pittoresque. Ce n’est pas propre au PARRAIN et cela a souvent été dit qu’on ne sait plus si les gangsters se reconnaissent ou cherchent à imiter leurs modèles cinématographiques. L’ambiguïté est au cœur du genre.

    • F.F. dit :

      A Christophe

      J’ai pris le temps de lire vôtre article dans son intégralité. Si je veux bien comprendre une difference d’opinion sur certains points, le reste de vôtre charge anti-Parrain, a mon humble avis et sans intention aucune de vous vexer, ressemble plus à un papier à scandale qu’à une interprétation objective du sujet, mais je peux me tromper. Si je respecte le débat, j’y trouve ici de nombreuses erreurs d’appreciations dont je n’évoquerai que quelques unes ici:

      « il nous révèle qu’il y a les bons mafieux et les mauvais mafieux » non, il nous révèle que les mafieux ont différents motus operandi, mais surtout qu’un mafieux établi aura moins recours à la violence qu’un autre qui voudrait s’octroyer son territoire. C’est le cas ici ou l’on voit à travers leurs actions différentes approches au pouvoir.

      « ils sont honnêtes en affaires » avons-nous vu le même film ?

      « les bons mafieux rendent des services qui semblent d’une justice éclatante. » il est evident (sauf pour vous apparemment) qu’il n’est pas ici question de justice mais de credit de service contre protection ou vengeance, du b.a.ba de comportement mafieux organisé.

      « Un producteur hollywoodien est agressif et grossier avec eux ? On lui apprendre les bonnes manières et quoi de mieux que la célèbre blague de la tête de cheval ? » la encore votre analyse est incorrecte. La tête de cheval n’est pas une conséquence de son agressivité envers Tom Hagen mais de son refus de donner le rôle a Johnny. Sans omettre que l’acte représente justement toute la cruauté dont peut-être capable ce parrain.

      « Non, la drogue ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas m’associer avec vous » il est notoire et documenté que nombreuses familles mafieuses étaient résolument contre le trafic de drogue.

      « Enfin pour le chef, ils n’y arrivent pas, même à bout portant avec cinq balles. Visiblement, en plus d’être violents, ils sont nuls » si vous saviez combien de victimes survivent a des tirs de Kalachnikov a cinq mètres, imaginez avec une artillerie de l’époque…

      « Premier problème : l’existence des bons mafieux. De qui s’agit-il ? C’est très clair : il s’agit de Vito, Michael, Sonny et Tom. Ils constituent le noyau dur de la famille Corleone et la représentent aux yeux des autres mafieux et du spectateur. Pourquoi sont-ils de bons mafieux ? » vous mettez dans un même sac grossier des personnages qui ont tous une raison différente de faire ce qu’ils font. Il n’y a pas de caractères si diamétralement opposés que ces quatre-là.

      « Eux ne tuent que des gens qui sont effectivement coupables de les avoir attaqués » vous oubliez le contexte. Ils tiennent le haut du pavé, et sont soumis à des attaques de conquête du pouvoir.

      « Sans doute que certaines familles ont moins de sang sur les mains que d’autres. Et alors ? Toute hiérarchie selon ce critère serait absurde. » bien sûr que si : Coppola/Puzo ont choisi de nous montrer une tranche de vie, qui commence avec les Corleones tenant le haut du panier, le sommet de la hiérarchie. Eussent-il choisi de montrer leur ascension, le sang aurait-été de l’autre côté, le défenseur une autre famille.

      Ce ne sont que quelques commentaires mais votre article en est rempli, et qui créent de nombreuses inconsistances dans votre approche, empêche toute logique dans vos conclusions. Mais encore une fois, ça n’engage que moi.

      • Christophe dit :

        A F.F.
        Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ce que j’avais écrit, je crois que vous êtes le premier ici… 😊 Ma critique ne se veut pas un papier à scandale, le ton agressif n’est pas censé masquer mes arguments contre le film. C’est une interprétation des intentions du film, nécessairement en partie subjective, mais il me semble que suffisamment de faits (des détails du film) viennent l’étayer.

        « il nous révèle qu’il y a les bons mafieux et les mauvais mafieux » non, il nous révèle que les mafieux ont différents motus operandi, mais surtout qu’un mafieux établi aura moins recours à la violence qu’un autre qui voudrait s’octroyer son territoire. C’est le cas ici ou l’on voit à travers leurs actions différentes approches au pouvoir.

        Cette distinction faite par le film en douce entre bons et mauvais mafieux est à mes yeux capitale. Tout dans le film essaie de redorer le blason des Corleone (et y arrive). Je ne suis pas du tout d’accord avec votre expression « son territoire » : il s’agit de faire accepter quelque chose aux Corleone, pas de leur prendre des parts de marché (celui du trafic de drogue dont il ne veulent pas). Les attaquants des Corleone sont une famille qui semble tout aussi établie qu’eux (Barzini invité au mariage, ils discutent d’égal à égal lors des négociations). Pas de raison de distinguer entre les familles. Quand bien même les Corleone auraient moins de sang sur les mains, ça vous paraît intéressant et sérieux de la part du film de faire une hiérarchie des familles selon un critère de violence ? On pourrait tout aussi bien supposer qu’il faut maintenir une certaine violence pour conserver le pouvoir (mais je n’en sais rien).
        Vous vous rendez compte qu’on ne voit jamais les Corleone s’en prendre à des innocents ? Ce sont toujours des mafieux qui les attaquent ou bien des gens qui ont fait le mal par ailleurs (voir ci-dessous). On ne voit jamais aucun trafic avec toute la violence antisociale qui en découle ! C’est bien le premier film sérieux sur la Mafia à accomplir cet exploit et ce n’est pas franchement typique de la Mafia, je pense que vous êtes au moins d’accord avec cela ? Alors ne pas le montrer, c’est faire des Corleone de bons mafieux, en plus d’être d’une grande malhonnêteté intellectuelle.

        « ils sont honnêtes en affaires » avons-nous vu le même film ?

        Malheureusement oui. Je veux dire que les Corleone sont loyaux avec les autres familles et ne les trahissent jamais. Ils discutent d’abord, font de royaux gestes d’apaisement (Vito sur le trafic de drogue) et ne se résolvent à la violence qu’en dernier ressort. Oui, ils font des trafics illégaux sans nuire aux autres familles. A leur manière illégale, ils sont honnêtes.

        « les bons mafieux rendent des services qui semblent d’une justice éclatante. » il est evident (sauf pour vous apparemment) qu’il n’est pas ici question de justice mais de credit de service contre protection ou vengeance, du b.a.ba de comportement mafieux organisé.

        Pas du tout d’accord, vous ajoutez des choses qui ne sont pas dans le film, sans essayer de voir ses intentions. Le coup des violeurs au début, c’est absolument de la justice, non légale mais légitime aux yeux des spectateurs (Bertrand Tavernier parle des salopards qui ont violé une fille et c’est bien le sentiment que veut communiquer le film au spectateur à mon avis). Aucun service n’est demandé en échange dans la scène, il me semble. Vous dites que l’homme devra plus tard en rendre un et peut-être que ce que vous savez de la Mafia vous autorise à le dire mais cet homme ne paraît pas être en mesure de le faire (vu la puissance des Corleone) et la seule difficulté que fait Vito, c’est que l’homme l’a oublié !! On croirait un ami délaissé et Vito ne parle que d’amitié. S’il pense vraiment à un service, donc à quelque chose d’illégal, c’est complètement flou et le spectateur ne risque pas d’en tenir rigueur à Vito. Vous avez raison que c’est peut-être ce qu’il se passerait dans la réalité mais le film n’en évoque pas le tiers du quart, gardant une pudeur effarouchée sur cette réalité.

        « Un producteur hollywoodien est agressif et grossier avec eux ? On lui apprendre les bonnes manières et quoi de mieux que la célèbre blague de la tête de cheval ? » la encore votre analyse est incorrecte. La tête de cheval n’est pas une conséquence de son agressivité envers Tom Hagen mais de son refus de donner le rôle a Johnny. Sans omettre que l’acte représente justement toute la cruauté dont peut-être capable ce parrain.

        Oui, quand je disais « eux », c’était envers les Corleone et leurs proches, dont le chanteur. J’ai le souvenir d’un personnage de producteur très antipathique… (j’ai lu qu’il était pédophile dans le bout-à-bout télévisé). Oui, c’est cruel mais ce n’est pas un être humain qui est tué, faisons la différence avec les innocents subissant la violence de la Mafia. Le cheval est le seul innocent victime des Corleone (et Coppola regrettait d’avoir tourné la scène !). Là non plus, il n’est question d’aucune contrepartie (chanter au prochain mariage ?) et d’ailleurs les Corleone sont sûrement juste ravis d’être liés à un chanteur célèbre (qui évoque Sinatra sans le dire, on n’est jamais trop prudents, comme une foule de détails du roman de Puzo qui n’attaque personne, pas fou) et Tim Adler raconte le goût bling-bling de la Mafia pour les stars…

        « Non, la drogue ça ne m’intéresse pas, je ne veux pas m’associer avec vous » il est notoire et documenté que nombreuses familles mafieuses étaient résolument contre le trafic de drogue.

        Bien sûr et comme par hasard, ça tombe sur les Corleone, les seuls à refuser !!

        « Enfin pour le chef, ils n’y arrivent pas, même à bout portant avec cinq balles. Visiblement, en plus d’être violents, ils sont nuls » si vous saviez combien de victimes survivent a des tirs de Kalachnikov a cinq mètres, imaginez avec une artillerie de l’époque…

        Ce n’était pas un argument sérieux, bien sûr, même si cinq mètres, ce n’est pas à bout portant…

        « Premier problème : l’existence des bons mafieux. De qui s’agit-il ? C’est très clair : il s’agit de Vito, Michael, Sonny et Tom. Ils constituent le noyau dur de la famille Corleone et la représentent aux yeux des autres mafieux et du spectateur. Pourquoi sont-ils de bons mafieux ? » vous mettez dans un même sac grossier des personnages qui ont tous une raison différente de faire ce qu’ils font. Il n’y a pas de caractères si diamétralement opposés que ces quatre-là.

        « Grossier », merci, vous y allez fort. Evidemment que les caractères sont opposés (et c’est caricatural à mon avis : le fils réfléchi, le fils bourrin, etc. mais ce n’est pas le problème). Je parle uniquement de leur LOYAUTE les uns envers les autres, lisez-moi bien, je vous prie. Ces quatre-là ne se trahissent jamais.

        « Eux ne tuent que des gens qui sont effectivement coupables de les avoir attaqués » vous oubliez le contexte. Ils tiennent le haut du pavé, et sont soumis à des attaques de conquête du pouvoir.

        Dans mon souvenir, les 5 familles (on en parlait ainsi à New York) se partagent le pouvoir. Et à nouveau, vous ignorez les effets sur le spectateurs : le résultat, c’est que les Corleone sont des VICTIMES aux yeux du public, les pauvres chous.

        « Sans doute que certaines familles ont moins de sang sur les mains que d’autres. Et alors ? Toute hiérarchie selon ce critère serait absurde. » bien sûr que si : Coppola/Puzo ont choisi de nous montrer une tranche de vie, qui commence avec les Corleones tenant le haut du panier, le sommet de la hiérarchie. Eussent-il choisi de montrer leur ascension, le sang aurait-été de l’autre côté, le défenseur une autre famille.

        Enfin prenons un peu de recul ! Coppola fait un film sur la Mafia (tout en insistant que le terme ne soit pas utilisé, voir Tim Adler) mais ne montre ABSOLUMENT RIEN de ce qui est typique de la Mafia. Il nous montre une famille dont le noyau dur est, je le répète, d’une loyauté à toute épreuve (contraire à la réalité selon Nicholas Pileggi), qui sont tout le temps victimes des autres, qui rendent une forme de justice (désintéressée car sans aucune contrepartie visible), qui commencent par refuser le trafic de drogue et s’y résolvent contraints et forcés par leur diplomatie à toute épreuve. Ca existe, une famille pareille ? Dire que oui, comme le fait le film, c’est faire des Corleone des hommes dignes et respectables (et esthétiquement tout concourt à cette respectabilité). Mais donc il existe des mafieux respectables et il n’en faut pas plus pour que le film soit d’une grande lâcheté intellectuelle et morale. Sérieusement, vous diriez que LE PARRAIN est un film contre la Mafia comme tous ceux que je cite, notamment les grands films italiens ?

        Je pense que Puzo a écrit un scénario très commercial, assez feuilletonesque, en voulant rendre des mafieux sympathiques (la Mafia a adoré son roman et là c’est sûr aussi, voir les anecdotes super drôles de Tim Adler) pour faciliter l’identification et l’adhésion du spectateur et que Coppola l’a enrichi de scènes de rituels mais n’a pas changé le point de vue sur les Corleone.

        Ce ne sont que quelques commentaires mais votre article en est rempli, et qui créent de nombreuses inconsistances dans votre approche, empêche toute logique dans vos conclusions. Mais encore une fois, ça n’engage que moi.

        C’est peu dire que vous ne m’avez pas convaincu mais ça n’engage que moi aussi ! Les lecteurs courageux se feront leur avis, c’est pour cela qu’on en parle.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A FF et Christophe
          Moi aussi J’ai lu votre critique et cela ne m’a pas convaincu. A lia fin des trois films, les Corleone sont une famille détruite, Pacino a tout perdu (Déjà dans le deux ses rapports sentimentaux étaient effrayants et le film donne raison à Diane Keaton) et surtout au passage on aura croisé plein d’univers maffieux tout aussi impitoyables. La vision de la papauté, de la politique américaine est noire et pessimiste. A vous lire on a l’impression que tout reviendrait par exemple à se demander si les tragédies grecques ne sont pas un peu trop pro Atrides. En fait c’est ramener le cinema, la problématique d’une film à la seule notion d’être pour ou contre ce que dénonçait Manny Farber. Est ce que tel film était pro flic ou anti, pro guerre ou anti, pro système ou anti (en corollaire on recensait le pourcentage de flics, de militaires, de sénateurs qui avaient aimé ou détesté le film). Cela reste pour beaucoup la seule grille critique (on efface tous les autres thèmes du film) comme on peut encore le lire sur FORT APACHE, COTE 465 OU THE NEW CENTURIONS. Je préfère de beaucoup ce qu’écrivait Chesterton : »les seules romans vraiment révolutionnaires sont ceux qui défendent leur personnages ». Bien sur il parlait de Dickens qu’on a accusé être anti sémite, pro sémite, pro capitaliste. Et comme le montre le documentaire épatant de Moscou CORLEONE, il y a eu différents courants chez les maffieux siciliens. Certains ont aidé le débarquement américain d’autres ont été des tyrans sanguinaires impitoyables comme Toto Riina. Et tous étaient en fait des êtres pitoyables ce qui pour moi ressort des films

        • Ballantrae dit :

          Meilleurs voeux 2020 à tous et d’abord à Bertrand. Que cette année soit passionnée, heureuse et sereine.
          Pour en revenir au Parrain, je vous ai lu Christophe et ne partage pas votre point de vue: Coppola a conçu son film comme une tragédie qui certes crée un mythe mais sans glorifier spécialement comme cela a été dit plus haut très justement: tout n’est que jeu de dupes, la famille elle-même est détruite, la décrépitude d’un système pourri plus forte que les individus.
          Rosi, Scorsese et récemment Bellochio sont réalistes , Huston et Jarmusch sont caustique avec les Prizzi et Dead man.
          On est dans une question de registre différent non de qualité.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Exact et point final

        • Ballantrae dit :

          Je rectifie juste un détail: je voulais bien sûr parler de Ghostdog de Jarmusch qui revu récemment tient remarquablement la route.

        • Pierre dit :

          A Christophe

          Moi aussi je vous ai lu. Et à force d’échanger avec vous et de lire les posts, je vais vous surprendre : je pense que vous avez, dans une certaine mesure, raison, mais je n’en tire pas les mêmes conclusions que vous.

          Je dis « dans une certaine mesure », car tout ce que vous dites n’est pas exact. Par exemple : quand vous dites que le « noyau dur » des Corleone est d’une loyauté sans faille, ce n’est pas juste. Rien que dans le premier épisode, Michael est confronté à la trahison de son beau-frère et d’un des lieutenants historiques de la famille (Tessio).

          Mais là n’est pas l’essentiel de ce que je voulais ajouter.

          D’abord, et c’est tout à fait personnel, je n’attends pas d’un film qu’il soit « moral ». Il est bien évident que je ne pourrais pas aimer ou accepter un film qui appellerait à la haine à l’égard de tel groupe d’individus, qui véhiculerait des idées affreuses /discriminantes etc (étant précisé qu’il faut aussi faire l’effort de contextualiser les choses). Mais sous cette réserve fondamentale, je n’ai pas d’exigence morale quand je regarde un film – en particulier d’un auteur comme Coppola. Et j’ajouterais : je me méfie instinctivement de ce type d’approche, qui est de surcroît très subjective. Comme spectateur, j’aime bien qu’on me respecte – et donc que ne m’impose pas de lecture pénale ou pédagogique des sujets.

          Mais aussi – et c’est là que je vous rejoins en partie : je n’exclus pas que les Corleone soient présentés comme plus sympathiques que les autres gangsters du film. Ce sont les héros et cela créée, par définition de l’empathie. Le film les présente aussi sous un jour peut-être plus favorable que les Tattaglia ou Barzini – certes. Mais ça ne veut pas dire DU TOUT qu’ils sont plus excusables d’un point de vue moral. Cela peut même être précisément une manière de nous dire que, tout Corleone soient-ils, leurs actes n’en sont pas moins répugnants que ceux des autres.

          Je vais prendre un exemple pour illustrer ce que je veux dire. Regardez CRIMES ET DELITS de Woody Allen. Dans ce film, un grand médecin fait assassiner sa maitresse pour préserver sa famille et sa réputation. Mais il est clair que l’auteur, non sans une certaine perversité, fait tout ce qu’il peut pour nous rendre ce personnage de la maitresse insupportable. Elle est odieuse, incohérente, idiote, folle, incontrôlable, insensible à tout argument raisonnable, voire méchante. On en viendrait presque à comprendre le personnage de Martin Landau. Est-ce que cela l’excuse pour autant ? Jamais. Le personnage de Landau est répugnant, ce qu’il fait est insupportable. Mais l’auteur nous a rendu plus proche de lui, nous l’a fait comprendre, nous a amené dans cette zone de nous-mêmes que nous n’aurions pas vu autrement. C’est pour ça que c’est de l’art.

          Idem pour les parrains. Oui, les Corleone sont plus « glamours » que les autres familles siciliennes. On se sent plus proche d’eux, on est amenés à les comprendre, à partager leurs tourments. Parfois, ils font même des choses correctes ou admirables – c’est toute la complexité de la chose. Mais jamais je n’ai trouvé que Coppola voulait les excuser.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          Au point où on en est dans cette discussion qui piétine, j’ai presque envie de dire qui si le film avait été ouvertement pro maffia, je l’aurais troué aussi passionnant et courageux parce que ne prenant pas un point de vue consensuel. Coppola a toujours répété qu’il détestait les gansgsters et que ce qui l’intéressait (sur tout dans le 2) c’est de faire une fable sur le capitalisme et ses pratiques mais ont peut répondre aussi que Tout le sel du film (et Coppola l’a répété dans tous ses entretiens) est de montrer une vraie famille qui vit comme telle (avec une certaine solidarité et loyauté malgré les inévitables disputes) et qui gère son activité comme une entreprise capitaliste (jusqu’aux réunions entre clans filmées comme des conseils d’administration), alors que ce sont d’abominables mafieux qu’on ne souhaiterait pas côtoyer de près dans la vraie vie
          Même si donc le but de Coppola n’est pas de montrer la réalité sanglante de leurs activités au quotidien, sur le fond, le sens, la nature et l’horreur de qu’ils font ne laisseaucun doute. Et il n’y a pas besoin d’attendre le bain de sang final pour comprendre comment ils règlent leurs comptes. Et pas seulement quand on les attaque
          La scène d’ouverture explique bien tout le principe d’un Parrain qui, en échange de sa protection, réclame dévotion et entière disponibilité. Ce service qu’on ne pourra pas lui refuser quel qu’il soit, le jour où il vous le demandera
          Et la scène de la tête du cheval décapité (glissée au fond du lit comme un viol supplémentaire de l’intimité) a suffisamment horrifié pour qu’on ne puiise ignorer l’extrême cruauté du geste et de sa représentation
          Son cheval étant ce que le personnage préfère au monde, il n’existait guère de moyen plus terrible de lui faire regretter son refus à la demande qui lui avait été faite. Aucun sacrifice d’être humain de son entourage ne l’aurait autant marqué.
          Sur la dimension shakespearienne, qu’il conteste, c’est déjà ce que racontait Jean-Pierre Mellville de ses personnages de gangsters. cette idée « du tragique au coin de la rue », sans aller dans le chateau de Macbeth ou à la cour de Richard III. Mais avec l’idée que les personnages, dazns leurs costumes de truands stylisés, sont emportés dans une dimension tragique plutôt que de se livrer juste à de vulgaires règlements de comptes entre truands
          Que tout cela ne soit pas documentaire, certainement. Je veux bien croire que Lino Ventura (si poignant) dans Le Deuxième Souffle était aussi loin du vrai Gu (que je n’aurais pas souhaité connaître) qu’Al Pacino chez Coppola est loin d’un vrai Parrain maffieux.
          Et alors ? Coppola,comme Melville, n’a jamais prétendu donner une vision documentaire comme a pu le faire Rosi dans ses films de mafia (que j’adore aussi mais pour des raisons opposées)
          Il suffit d’ailleurs de regarder la photo de Gordon Willis qui a expliqué vouloir « donner aux scènes un sens rétrospectif et mythique »
          Comme toi, j’aime deux Parrains et demi. Mais justement parce que c’est du grand cinéma. Pas comme un témoignage sur la mafia italo-américaine au XXe siècle.
          Moi j’aime qu’un cinéaste tente de défendre mordicus ses personnages plutôt que de les rejeter souvent en se sentant supérieur. Ce qui émane des propos d’Adler super content de lui et qui prend un instrument de mesure qui réduirait en cendre 98% des westerns, des films historiques et des films noirs. On a mentionné Melville mais Sautet, Becker, Dassin ont transformé des monstres ou des minables en héros

        • Pierre dit :

          À Bertrand Tavernier

          Cela fait vraiment plaisir d’être celui à qui l’on répond que « la conversation PIÉTINE  ». L’année commence bien, quoi ! Je n’attendais certes pas le cesar du meilleur post, mais si on peut éviter le sentiment d’avoir rasé ses lecteurs, c’est toujours plus sympathique.

          Moi ça m’intéressait plutôt, à titre personnel, cet échange sur le parrain – et je trouvais mon message drôlement bien, mais bon, je ne veux pas faire plus PIÉTINER que ça la conversation. On est sur votre blog ici, donc on fait ce que vous dites, sinon ça serait impoli. Ceci dit, quand on invite des gens chez soi et que leur conversation vous ennuie, on est pas obligé de leur dire directement de la boucler parce qu’on se fait suer, on peut changer de sujet l’air de rien, comme ça personne ne se vexe.

          Moi, je dis ça en passant et j’arrête avant que cet échange ne se mette de nouveau à PIÉTINER.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          Exact et je le retire. Vous n’étiez pas en cause. Je trouvais simplement qu’on commençait à tourner en rond en répétant les mêmes arguments pour et contre après plusieurs interventions enrichissantes

        • Pierre dit :

          À Bertrand Tavernier

          Un grand merci pour votre réponse. Bonne année à vous et au blog.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          C’était aussi réaction sur le fait que tout tournait autour du PARRAIN et de DRACULA et qu’on oubliait comme toujours JARDINS DE PIERRE et le film avec Shirley Knight

        • Ballantrae dit :

          Vous avez raison Bertrand Gardens of stone est un beau film trop méconnu.
          Par delà l’histoire douloureuse du film ( mort du fils de Coppola sur le tournage d’un film qui parle de « pères » qui voient mourir de trop jeunes gens) j’y avais vu au second visionnage le ton elegiaque des films de cavalerie de Ford plus qu’un succédané de Sergent la Terreur et autres films montrant l’entraînement de soldats.
          Le couple mûr formé par Caan et Angelica Huston est un travail d’orfevre sur le plan de la construction de personnages, idem pour l’amitié entre le sergent et son ami joué par J Earl Jones.
          Un film secret et subtil mais pas un petit Coppola.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Exact. C’est un film qui me touche davantage chaque fois que je le revois

        • Ballantrae dit :

          Lors de sa sortie il y a bien longtemps j’avais été étonné par la coïncidence entre sa sortie et celle de The dead de Huston soit deux films très émouvants sur ce que nous conservons de ceux qui nous ont quittés. A Huston avait été LA figure féminine lumineuse des deux oeuvres , choix étonnant par sa gravité pour une femme assez jeune.
          Avez-vous eu l’occasion Bertrand d’en parler avec elle?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          Je l’ai juste croisée deux ou trois fois

        • Ballantrae dit :

          Autre point sur Gardens of stone: Coppola offre un contrepoint parfait à tout ce que signifiait Apocalypse now et du coup decevait sciemment ceux qui auraient pu espérer un retour de la maestria du film de 1979.
          Gardens of stone sortait après Platoon, Full metal jacket et je crois un peu avant Hamburger Hill.
          Le point de vue adopté reste exceptionnel à ma connaissance même si Casualties of war ou Good morning Vietnam, Né un 4 juillet ou Entre le ciel et l’enfer compléteront le tableau à leur manière avec des bonheurs divers.
          Coppola refermait sa propre parenthèse avec tact et émotion.
          Il faudrait que ce film soit disponible en dvd pour le revoir dans de bonnes conditions.

  10. Christophe dit :

    Très bel éloge de Francis Ford Coppola, tout à fait mérité, sauf en ce qui concerne sa trilogie des Parrain à mon avis.

    Je trouve ces films absolument scandaleux du point de vue moral et politique, à cause d’un scénario dont Coppola ne peut jamais (mais qui pourrait ?) transcender l’aspect commercial et bas du front.

    Comme je n’arrive pas à écrire de commentaire, je renvoie à celui que j’ai modifié il y a quelques semaines :

    https://www.senscritique.com/film/Le_Parrain/critique/21768387

    Je serais très curieux d’avoir votre avis si vous avez le courage de lire ça…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Christophe
      LE PREMIER EN TOUT CAS REPRÉSENTE UN CAS TYPE DE « FILM COMMERCIAL » QUI CONNY NOMBRE D’AVANIES DANS SA PRODUCTION, VU LA VISION DU RÉALISATEUR, SON CHOIX D’ACTEURS, LES EXTÉRIEURS EN SICILE. IL Y A DES EXEMPLES PLUS PROBANTS DE PROJETS COMMERCIAUX. Pour le reste une opinion n’est pas un fait et la revision des deux premiers épisodes et de la deuxième partie du 3 m’a comblé. Mais je connais des gens qui trouvent que LA SOIF DU MAL c’est Branquignol et que LA PRISONNIÈRE DU DESERT, c’est un sous western. Tous les avis peuvent s’exprimer

      • michèle dit :

        « Mais je connais des gens qui trouvent que LA SOIF DU MAL c’est Branquignol et que LA PRISONNIÈRE DU DESERT, c’est un sous western. Tous les avis peuvent s’exprimer. »

        J’en ai déjà parlé, mais j’y reviens car ce problème ne cesse de ressurgir sur le blog (dont c’est d’ailleurs la fonction) : les opinions divergentes venant de personnes tout à fait légitimes à les exprimer librement. Hier la discussion avec Yves Rouxel à propose de Terrence Mallick, aujourd’hui celle-ci sur Le Parrain de Coppola.
        Est-il vraiment nécessaire de démolir un film qui a occupé un réalisateur pendant une année, un réalisateur qui a tout fait (j’espère !) pour que le film soit aussi bon que possible.
        Si vraiment on déteste un film, ne vaut-il pas mieux l’ignorer. L’affront me semble suffisant. Par exemple, je trouve déplaisant le carré orange qu’affiche Télérama pour certains films. Les priver du T rouge me semble un châtiment suffisant sans lui ajouter le bonnet d’âne. Un carré orange, pffff !
        Je m’aperçois qu’une certaine critique est de plus en plus « générationnelle », des journalistes plus jeunes admirent des auteurs plus jeunes qui ne le méritent peut-être pas encore. Sans compter les artistes qui « ont la carte » et ceux qui ne l’ont pas. On pourrait d’ailleurs s’amuser à dresser la liste de chaque catégorie. Cette liste aurait peut-être des couleurs politiques : Loach, Guédiguian, … d’un côté et X ou Y de l’autre (je vous laisse compléter) et, par avance, je vous souhaite à tous une très Bonne Année 2020. 2020 ! On se croirait dans un film de SF !

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Michèle
          Je vous suis entièrement. Il y a des cinéastes parfois admirés qui me sont étrangers et je n’en parle jamais. En règle générale, ceux qui aiment ont souvent davantage raison sur la durée que ceux qui détestent. Et votre autre point est juste aussi. Il y a des jeunes critiques qui ne sont sensibles qu’aux films qui leur semblent contemporains

        • MB dit :

          je ne dis jamais du mal d’un film spontanément, c’est par réaction: Quand je vois que Sidonis met en avant Winner et le JUSTICIER quand tant de films attendent, ça m’agace et je me crois obligé de critiquer Winner et ses films mais c’est parce que j’ai fini par en voir 90% et qu’aucun ne m’a plu, mais j’ai peut-être tort il est plus intéressant de parler de ce qu’on aime on est mieux inspiré.
          Je trouve que BT a raison d’omettre de parler de ce qu’il n’aime pas.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Sidonis parfois ne peut distribuer que ce qu’on lui permet d’acheter. Je sais qu’ils essaient depuis des années d’obtenir les FURIES. Les Studios sont erratiques, leur politique incohérente et change selon telle ou telle nomination

        • Christophe dit :

          Pour Michèle : En fait je suis en partie d’accord avec vous. Je n’essaie pas de démolir le film (qui aurait ce pouvoir sur ce classique ?), j’essaie d’énoncer des arguments (non des opinions) pour faire réfléchir sur des aspects très problématiques du film. Je ne veux pas l’ignorer parce que ça me surprend et me choque que peu de gens en parlent. Je le fais d’autant plus que Coppola a fait nombre de films exceptionnels. Je viens de voir TUCKER, L’HOMME ET SON REVE et l’intensité dramatique et émotionnelle est magnifique, le portrait du visionnaire très original (il construit une famille bien avant ses 50 voitures, l’exact opposé du génie solitaire du REBELLE).

          Pour Ballantrae : Comme le sujet du film en lui-même (la Mafia) est un problème moral et politique (je pense que personne n’en disconviendra !), il me paraît normal de considérer le film sous cet aspect et voir comment il le traite. Eh bien, il s’en lave les mains… Coppola aurait fait une nouvelle adaptation des GRANDES FAMILLES, ça aurait été tout différent !

      • Christophe dit :

        Oui, j’ai lu les efforts immenses de Coppola pour imposer ses choix. Ils sont tout à fait dignes d’admiration en eux-mêmes. Quand je parle d’un aspect commercial du film (et non d’un projet commercial), c’est un problème de scénario, de point de vue et d’écriture des personnages (j’en parle dans la critique).

        Les gens qui pensent autant de mal de LA SOIF DU MAL et de LA PRISONNIERE DU DESERT ont-ils pour autant des arguments ? Tous les avis peuvent s’exprimer mais on peut s’en tenir aux avis un peu réfléchis… Ma critique contient des arguments contre LE PARRAIN mais encore une fois personne n’est obligé de la lire.

      • Gilles dit :

        Depuis longtemps LA PRISONNIERE DU DESERT doit être considéré aussi à travers le commentaire de Lindsay Anderson. Loin de démolir le film (il n’est quand même pas dingue) je dirais qu’il argumente à rebours. Cette critique que je connaissais par coeur à une certaine époque, je m’y appuyais dessus, mais seulement auprès des 3 cinéphiles que je connais à Castelsarrasin (14000 habitants, 3 cinéphiles. Pas mal). Cette ouverture et fermeture en forme de serre-livre où Ford semble devenir conscient de lui-même… tout est dans le texte, qui n’est bien sûr pas définitif. A part des clampins, je pense que personne d’autre n’a osé depuis. On a cependant assez de recul sur certains cinéastes, au hasard Jarmush, au hasard Wenders, dont les détracteurs me semble-t’il sont en passe de gagner la partie. Bertolucci est en lice.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Arrétez, Ford subit des attaques constantes. De Tarantino qui le traite constamment de supremaciste blanc, de toute une jeune critique de fanzine, de tous les critiques politiquement corrects qui attaquent sa vision des Indiens et des Noirs.Je me suis retrouvé dans des débats avec des écrivains américains qui accumulaient les contre sens et le descendait en flèche. Cette ouverture et conclusion était tellement peu consciente et planifiée qu’elle a été improvisée, en ce qui concerne la seconde, sur le plateau. Le scénario de tournage s’arrêtait aux deux cavaliers arrivant en vue du ranch. Ford avait pris un peu d’avance et une après midi, il a ajouté tout le retour, les retrouvailles au ranch. Pour moi ce sont LES DEUX CAVALIERS, en tout cas la deuxième partie sauf la sequence de lynchage que je trouve surfait et bâclé et dans mon souvenir une partie des Cheyennes avec des choix d’acteurs catastrophiques et qui n’avaient pas été imposés par le producteur ni par le studio mais par Ford lui même. Le commentaire d’Anderson n’est pas faux mais un peu trop terre à terre et en vrai esprit peu ouvert au lyrisme et davantage à la sobriété, passe à coté des beautés les plus profondes

        • Gilles dit :

          A BT

          Anderson qui a sans doute écrit sa critique avant la mort de Ford ne connaissait peut-être pas ces éléments. Les auraient-ils connus que sa vision du film devrait-elle être changée ? Le résultat est là, soumis à tous les commentaires. Artistiquement ils sont soumis à toutes les subjectivités de bonne foi. Techniquement,

        • Gilles dit :

          Anderson a écrit son commentaire sans doute sans avoir les informations que vous mentionnez. Avant 1973. Mais doit-on donner son avis sur le plat qu’on nous sert en fonction de ce qui s’est passé en cuisine ? Pas si sûr. Sur LES DEUX CAVALIERS, en revanche, il sait comment on a préparé la recette, et c’est en fonction du commentaire d’Anderson que j’ai revu le film, sans doute pour la dixième fois, pour me rendre compte que dans la scène du tribunal en effet, à travers la fenêtre, on voit l’espace d’un instant des véhicules de tournage. Seraient-ils présents au premier plan que l’intensité dramatique les aurait gommés ( voir LUCKY LUCIANO de Rosi entre autres). Et ce que Tarantino pense de Ford a autant de conséquence sur moi que ce qu’il pense d’Umberto Lenzi.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Il ne s’agit pas de re recettes mais d’une part Anderson qui avait été un des premiers à parler intelligemment de Ford, à louer des films oubliés, éprouvait un ressentiment face à de jeunes critiques américains qui ne lui rendaient pas toujours justice. D’autre part quand il écrit sur les derniers films, il les a moins revus, laissé murir et sa vision est parfois pertinent mais moins fouillée que sur THEY WERE EXPENDABLE et WAGON MASTER. D’atre part, je pense que Glenn Frankel va plus loin que lui (Anderson n’a jamais lu le roman de Le May) en lisant le roman de Le May, en le comparant avec le fait divers dont il s’inspire puis il met en perspective le scénario de Nugent et For et finalement le modifie qui modifie fortement le scénario. Son analyse est plus approfondie, plus fouillée. Elle n’est pas toujours laudative. Il est, comme moi, générale par le traitement de la sqaw de Martin. Anderson sent un léger laisser aller dans the SEARCHERS (l’âge mais aussi un détachement de Ford vis à vis de certaines règles) qui à mon avis n’a rien à voir avec la fatigue, le désintérêt qui soudainement plombe LES DEUX CAVALIERS. Charles Lawton m’avait dit que tout à coup Ford a prétendu qu’il ne voulait jamais faire ce ce film et l’a tourné le plus rapidement possible. Ce qui n’était pas le cas des premières séquences

  11. Ballantrae dit :

    Deux autres noms que j’adule: Wes Anderson et PT Anderson.
    Le premier réussit à inventer un univers dans un registre comique ce qui est peu evident au vu de la médiocrité formelle du genre ces derniers temps.
    Le second est tout simplement à la fois imprévisible et perfectionniste. There will be blood et Phantom thread sont deux chefs d’oeuvre selon moi.

    • MB dit :

      à Ballantrae: PT ANDERSON/grands films! mais MAGNOLIA me stupéfie à chaque révision, je crois que le film sur l’évangéliste était loupé?

      • Ballantrae dit :

        The master est très réussi à mon sens et c’est plus un alter ego du fondateur de la scientologie Ron Hubbard qui est croqué qu’un évangéliste. Joaquin Phoenix y est bien plus impressionnant que dans Joker à mon humble avis.
        J’avais moins accroché pour le suivant Inherent vice mais je dois le revoir pour me faire un avis plus structuré.

      • Yves Rouxel dit :

        A MB.D’accord avec vous sur »Magnolia »qui est à mon humble avis l’un des meilleurs films avec Tom Cruise,avec aussi « Rain man »ou »Le dernier samourai »d’Ang Lee qui avait descendu à sa sortie.Pour revenir à « Magnolia »il y a aussi la présence de Philip Seymour hoffman acteur protéiforme qui manque énormément au cinéma.

      • Alexandre Angel dit :

        A MB,
        Je crois sincèrement que PHANTOM THREAD est le plus beau Paul Thomas Anderson de par son élégance, son mystère, l’originalité de son sujet (avec quelque chose qui pourrait évoquer Cronenberg mais sans gore).
        Et je vous jure, depuis ce film, je ne goûte plus les omelettes aux champignons de la même manière.

        • MB dit :

          « c’est plus un alter ego du fondateur de la scientologie Ron Hubbard qui est croqué qu’un évangéliste. »
          exact
          INHERENT VICE: trop compliqué pour moi, rien pigé!
          à AA: j’avais oublié PHANTOM THREAD qui est très impressionnant mais j’ai un faible pour MAGNOLIA à cause de cette pluie improbable et de la musique en fond de Jon Brion.

        • Pierre dit :

          Sur PT Anderson :

          Je dois dire que je ne comprends pas grand chose à son évolution. Ses premiers films, HARD EIGHT, BOOGIE NIGHTS puis MAGNOLIA, l’ont placé à mon sens en tête de pont des réalisateurs de sa génération. Il se situait, clairement, dans la continuité de Scorsese et d’Altman, l’un et l’autre étant cités de manière évidente, avec une vitalité débordante, une grande virtuosité. Ces trois films forment un ensemble cohérent, du point de vue des thèmes et aussi d’un point de vue formel, qui va crescendo.

          Après MAGNOLIA, on a l’impression qu’Anderson a repensé sa manière de faire. Il a aussi renouvelé sa troupe d’acteurs. Il en est ressorti plus sérieux, confiant, sur de lui – et pas forcément dans le bon sens du terme en ce qui me concerne. Ses films après MAGNOLIA me sont opaques, sentencieux. Autant j’avais l’impression de parfaitement saisir ses premiers films, autant je dois reconnaître ne rien comprendre à ce dont parlent THE MASTER ou PHANTOM THREAD (cette histoire d’empoisonnement volontaire me parait alambiquée et ces personnages tout à fait débiles, mais je suis sans doute trop terre à terre). Ne parlons pas d’INHERENT VICE, dont la vision m’a parue interminable.

          En ce qui me concerne, j’ai l’impression qu’Anderson, qui a un grand talent c’est évident, a néanmoins succombé à l’esprit de sérieux, comme avant lui Ferrara ou Cronenberg au milieu des années 90. Mais je sais être si minoritaire sur le sujet que je suis tout à fait prêt à croire que je suis dans l’erreur.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          Vous n’avez pas tout à fait tort en ce qui concerne INHERENT VICE, voire même the MASTER. Il y a une certaine prétention qui se fait jour, un désir de brouiller que je trouve transcendé ici et là dans les deux films et totalement dans PHANTOM THREAD

  12. Ballantrae dit :

    Le dernier Schrader est First reformed avec Ethan Hawke. Un film passionnant autour du poids du religieux aux USA.
    Pour mémoire: Elmer Gantry est sorti dans une très belle édition.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      Tout à fait d’accord. FIRST REFORMED est un film personnel et passionnant et ELMER GANTRY un chef d’oeuvre qui se bonifie avec le temps

  13. Ballantrae dit :

    Vous évoquiez les productions de Coppola. Mishima tient fort bien le coup avec la géniale partition de Phil Glass et sa construction en puzzle. Un film un peu démesuré qui montre les ambitions de Schrader qui a su devenir un vrai cinéaste mais inégal.
    Son dernier opus sorti en dtv est d’ailleurs une très belle réussite.

  14. Gilles dit :

    « Je n’ai évoqué aucun des films qui m’avaient déçu »

    Auxquels pensez-vous ? Personnellement en dehors de JACK que j’ai vu hier soir, dont on pourrait dire du bien s’il était signé Chris Colombus, je ne vois pas de ratage dans cette filmographie qui me concerne peu, mais qui oblige au plus grand respect. Le Fred Astaire peut-être ?
    Mon baromètre étant François Forestier dans Le Nouvel Obs, je me précipite sur tout ce qu’il nanardise. Grâce à lui j’ai découvert des perles, Albert Serra, la révélation de la décennie que ce crétin sur pattes démolit systématiquement. Sa critique de TWIXT relevée sur Allociné m’a mis la puce à l’oreille. Coppola m’a plongé dans un univers auquel lui seul a accès, le sentiment de voir un Carpenter sans Carpenter, d’une esthétique visuelle et sonore absolument sublime, Val Kilmer bon pour la seule et unique fois de sa vie, dans un film qu’on analysera peut-être plus tard comme on analyse Rio Lobo, vu l’inquiétante maigreur de notre homme, et que j’ai vu comme une offrande à celui qui l’a adoubé, celui-là toujours en vie à 93 ans. J’ai le même sentiment au sujet de L’HOMME SANS AGE, auquel je ne comprends strictement rien, mais que je lis comme un poème visuel, et sonore, j’insiste. Il est intéressant de se pencher sur les résultats stupéfiants que Coppola obtient dans ses bandes sons, CONVERSATION SECRETE n’étant qu’un film là-dessus. Le End title co-composé avec son père pour Apocalypse me donne toujours le frisson.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Gilles
      Puisque j’ai dit que je n’en parle pas, je n’en parle pas sinon j’en aurai parlé. Et il y en a certains sur lesquels nous faisions des réserves déjà dans 50 ans. Mais vous avez raison sur plusieurs titres

    • Yves Rouxel dit :

      A Gilles.Pas d’accord avec vous concernant la carrière de Val Kilmer.Revoyez quand même »The doors »de Stone.Il compose un Jim Morrison tout à fait crédible puis il y a aussi »Coeur de tonnerre »ou il incarne un policier indien qui va enquèter sur une série de meurtres dans une réserve.Le film tient bien la route.Je rajouterais bien sur « Heat »de Michael Mann ou il excelle au coté du duo Pacino-De niro.Ensuite c’est vrai que « Top gun »et certains films des années 80 sont faibles au niveau des personnages qu’il campe.

  15. Gilles dit :

    Le CHE ! de Richard Fleischer vient de sortir en dvd. Film renié par son metteur en scène et par son acteur principal, classé parmi les 50 plus mauvais films de tous les temps. Rien que ça. Fleischer raconte à Stephane Bourgoin que le producteur, fou, l’a menacé d’un révolver sur le plateau, l’obligeant à tourner un banal film de commando, Fleischer ayant d’autres ambitions.
    J’ai pourtant vu un excellent divertissement, brillamment réalisé, Omar Sharif et Jack Palance sont tout à fait remarquables, pas du tout risibles comme l’écrit Bourgoin dans son livre, dans un film qui (peut-être involontairement) se range du côté de la révolution cubaine, donnant une image positive, quasi christique du Che, qui se voit complètement lâché par Castro dès que celui-ci atteint le pouvoir. L’image des américains n’est pas reluisante. Je l’ai trouvé même un peu court (1H20) on passe rapidement sur certains évènements qui méritaient d’être creusés. Illustré par une belle composition de Lalo Schiffrin qui amorce ce que fera Goldsmith plus tard pour Under Fire, un film, comme d’autres Fleischer, INCREDIBLE SARAH, THE JAZZ SINGER, qui permet d’avoir une vision plus exhaustive de la filmographie de ce brillant metteur en scène tout terrain.

  16. Denis Fargeat dit :

    Cette année, le sapin a pondu le volume 3 de Midi-minuit fantastique, la belle réédition par Nicolas Stantzick. Puisqu’on parle parfois ici de ce drôle de poisson qu’était Mocky, je ne résiste pas au plaisir de partager un extrait d’entretien paru en juin 1967 ( dont la teneur générale est conforme à ce qu’on a retenu du personnage: vif, truculent, parano, folklo…) Et, donc, vers la fin , une pièce de plus pour le musée des films qui ne se firent jamais.
    « J’ai un sujet de science-fiction qui se déroule de nos jours et qui est prêt, il s’appelle DOLL. Je l’ai écrit avec le scénariste de Richard Lester, Marc Behm. Il est actuellement terminé, nous avions écrit ce scénario depuis longtemps et c’était Alec Guiness qui devait l’interpréter. Le film traîne parce qu’il coûte très cher…. c’est un film qui coûtera deux milliards. C’est l’histoire d’un monstre, un monstre qui terrorise Paris d’une manière extrèmement curieuse : il empoisonne l’eau et il réduit les gens à l’impuissance. Ce monstre est électrique, c’est un robot humain inventé par un professeur et qui possède une apparence humaine. Il a simplement des petits rivets très légers sur le visage pour joindre la peau qui est en plastique, mais contrairement au monstre de Frankenstein, il est d’une beauté à la Jean Marais, si l’on peut dire. Une des caractéristiques de ce film, c’est que, à l’inverse de tous mes autres films, tous les gens y seront beaux. C’est à dire jusqu’au moindre figurant, celui qui passe dans la rue, le concierge, le garçon d’ascenseur, tout le monde est beau. Je me rapproche un peu de la bande dessinée, si vous voulez… J’avais toujours eu envie de faire des films de science-fiction, et, au lieu encore une fois de puiser dans Bradbury ou dans Locecraft, j’ai préféré m’adresser à Behm qui m’avait été recommandé par Lester. Behm avait fait HELP avec lui, et aussi CHARADE, avec Donen. C’est un garçon très bien. Et puis, il a eu cette idée et moi je l’ai adaptée, j’y ai rajouté de nouveau tous mes personnages délirants. Behm avait trouvé l’idée du monstre qui terrorisait Paris (…), moi j’y ai rajouté le Skating de la Mort… Ce sont des types en patins qui persécutent une fille sur une patinoire. Alors ils se baladent sur les patins, les yeux bandés, armés de pics à boeufs électriques, s’électrocutant entre eux… c’est une séquence délirante… Il y a aussi le Muret de la Mort et un type en caoutchouc qui se désintègre, sans oublier le crabe malais à éperons et la baignoire transparente ! Enfin, il y a des gendarmes qui perdent leurs jambes et un savant qui transforme l’eau de mer en eau douce, , vêtu d’un slip de bain et fumant avec un porte-cigarettes en ivoire… C’est un film spectaculaire par excellence, mais l’importance du film vient des nombreux trucages. Sur ce film de deux milliards, il y en a pour un milliard de trucages… On s’est lancé dans une opération gigantesque. Le scénario a été accepté par plusieurs maisons américaines, il a même été annoncé par certaines de ces maisons comme devant être produit cette année. Finalement nous sommes en train de le faire financer par les pays de l’Est… Nous allons tourner en studio en Tchécoslovaquie ou en Roumanie parce que tous ces trucages devront être exécutés par des marionnettistes genre Trnka. »
    J’abrège, mais le montage financier devient de plus en plus délirant et Mocky semble s’étonner du désengagement des américains. Un texte qui est, je trouve, un fidèle portrait du cinéaste, et une occasion de rêvasser – pour les amateurs bien sûr. Un peu en retard donc, Joyeux Noël!

    • MB dit :

      à D Fargeat/MMF/ beau cadeau, et le vol 3 est sorti en 2018 ce qui fait que le 4 devrait sortir en 2020, avec 100Ans ça va faire des kilogs de papier à se mettre dans les prunelles.

      • MB dit :

        « ça va faire des kilogs de papier à se mettre dans les prunelles. »
        euh… je ne suis pas sûr de la justesse de cette image finalement, glissons… glissons…

      • Yves Rouxel dit :

        A MB.Je suis curieux et impatient de lire la nouvelle mouture de »100 ans ».Va t-on retrouver des cinéastes tels Soderbergh,Mann,et bien d’autres?Bon courage à Jean pierre et Bertrand.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Bien sur et aussi de nombreux films muets et des années 30 qui n’étaient pas cités. On a rajouté des cinéastes comme Dorothy Arzner et bien sur Soderbergh, Mann, Gus Van sant, PT et Wes Anderson, Oliver Stone, Kathryn Bigelow, des scénaristes commeFrances Marion, Tom Reed Grover Jones, Eric Roth, Stephen Zailian et refondu entièrement des dizaines de textes

        • Ballantrae dit :

          J’espère que figureront des notules sur Steve Mac Queen ( le cinéaste), Jeff Nichols, D R Mitchell.
          En revanche trop tôt peut-être pour S Craigh Zahler, Ari Aster ou Robert Eggers: 2 ou 3 films.
          Un cinéaste très doué tel que Rob Zombie mais officiant dans un genre que ni Jean Pierre Coursodon ni vous n’aimez me semble avoir peu de chances d’ y figurer.
          Je pense que la trajectoire américaine d’un Paul Verhoeven mérite une analyse sans pour autant crier au génie pour chaque film.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          La règles est qu’ils aient fait cinq ou six films notables avant 2014

        • Ballantrae dit :

          Avant 2014! C’est fichu pour les cinéastes cités du coup.
          Je pensais aussi à Todd Haynes qui a su évoluer d’une manière remarquable: ses derniers films Carol et Le musée des merveilles sont à mon sens des splendeurs, idem pour sa miniserie tirée de Mildred Pierce qui n’ pas à rougir face au film qu’en tira Michael Curtiz.
          Alexander Payne, l’un de vos plus récents « amis américains  » sera de la partie, j’en suis sûr!
          J’attends avec une impatience prononcée certains textes: le Murnau americain, Von Stroheim,Gray, B Keaton, Sjostrom,les Coen, Burton,Ferrara ( malgré leur évolution tres decevante)…et les rallonges sur Chaplin, Malick, Eastwood, Scorsese entre autres.
          Avez-vous déjà une date de sortie?

        • Gilles dit :

          A B. Tavernier

          Et j’espère aussi que vous aurez abandonné vos griefs contre Michael Winner qui, avant d’être broyé par les Go-Go boys, fut un brillant réalisateur. J.C Missiaen et O. Père lui rendent un hommage très argumenté dans la nouvelle édition de Scorpio.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Je ne parle pas de Michael Winner

        • Ballantrae dit :

          Scorpio n’est pas un excellent film, c’est un euphémisme.
          Que l’on essaie de sauver Le corrupteur ( sorte de prequel aux Innocents de Jack Clayton/ Le tour d’ecrou) ou le très dérangeant La sentinelle des maudits pourquoi pas?
          Mais celui-là est assez mal bâti, parfois incohérent et sans vraie personnalité.
          Winner est un cinéaste curieux loin d’être absolument négligeable mais tombé dans des facilités assez mornes avec Bronson.
          Jack Lee Thompson a eu un peu le même genre de destin.

        • Gilles dit :

          LA SENTINELLE DES MAUDITS est un navet infâme sur lequel J.B Thoret a pas mal déliré. Winner utilise de vrais infirmes pour incarner des créatures de l’enfer. Au secours Tod Browning ! DEATH WISH que vient de ressortir Sidonis est toujours aussi racoleur et malsain. Bronson est une erreur de casting dans ce film qui faillit avoir Sidney Lumet et Jack Lemmon à son générique. On rêve. FIREPOWER est aussi brillamment réalisé que SCORPIO ou STONE KILLER. L’industrie pharmaceutique y est montrée comme un organisation mafieuse, Sophia Loren parfaitement cynique. Ne parlons pas de Death Wish 2 au sujet duquel le scénariste du film raconte ( docu sur la Canon) comment les Go-Go Boys ont accouché de ce film ignoble depuis le scénario intéressant qu’il avait écrit.
          J. Lee Thompson (qui pourtant, lui, figure dans le Tavernier-Coursodon, comprends pas) est dix étages en-dessous de Winner, alors que certains de ses films anglais tels ICE COLD ALEX, TIGER BAY, pouvaient laisser penser à une carrière à la David Lean.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Lee Thompson a fait beaucoup plus de films américains que Winner et on n’était pas particulièrement tendre. Ni moi ni Jean Pierre Coursodon n’avions envie d’écrire sur Winner

        • Ballantrae dit :

          Ni l’un ni l’autre ne sont des cinéastes importants mais Le corrupteur est bon et Les nerfs à vif possède de solides atouts.
          Quant à la trilogie du Parrain je suis soufflé que cette splendeur puisse être remise en cause pour des raisons « politiques  » ou  » morales ». C’est du grand cinéma romanesque et lyrique.

        • MB dit :

          Winner n’a jamais fait un film à la hauteur de ICE COLD ou YIELD TO THE NIGHT (merci Bertrand) ou TIGER BAY. Et Sidonis sème le n’importe quoi en offrant une édition Br+dvd à cette sottise de JUSTICIER DANS LA VILLE. Même Olivier Père qui s’y met, malgré sa légendaire lucidité (il lui sera tout pardonné) il me conseille ce nanar de THE MECHANIC que j’ai acheté pas dans l’édition de luxe encore heureux et que je n’arrive pas à trouver un gogo pour lui revendre!
          les éditeurs ont une lourde responsabilité dans la formation des goûts, regardez l’éditeur Artus qui veut nous refiler n’importe quoi sous l’emblême « LES Classiques »! et on est loin du 1er avril.
          par COntre en dvds, s’annoncent LE TEMPS DU CHATIMENT (Frankenheimer) et DRIVE A CROOKED ROAD de R Quine avec Mickey Rooney, ça c’est bien ça compense.
          Bertrand au fait avez-vous réévalué HIGH NOON ou est-ce une erreur que vous soyez annoncé dans les bonus?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          J’avais déjà commencé à la réévaluer dans AMIS AMÉRICAINS. Mais même la critique de 50 ANS n’était pas totalement hostile

        • MB dit :

          à Bertrand/ HIGH NOON exact, j’avais oublié. Ce film m’a toujours laissé une impression de faux western, les trois bandits m’ont l’air aussi dangereux que des boy-scouts, mais ado, Katy Jurado m’avait fait rêver, je me demandais pourquoi Coop ne partait pas avec cette femme magnifique plutôt qu’avec la Kelly un peu oie blanche (mais elle a été meilleure ailleurs)
          Ce film a une réputation incroyable: en voyant la série JUSTIFIED (tournée 60 ans après le Zinnemann) j’ai entendu un personnage dire « to high-noon somebody » pour « provoquer qqn en duel! ».

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          En le revoyant, j’ai beaucoup mieux apprécié certains éléments : la manière dont sont écrits les deux personnages de femme, le respect exempt d’emphase témoigné par la mise en scène envers Kathy Jurado, la qualité de l’interprétation, la beauté de la ballade surtout dans la version du film chantée par Tex Ritter. Et je suis devenu de plus en plus admiratif face au combat que durent mener Foremand, Zinneman aidé par Cooper qui se conduisit avec une formidable élégance (Zinneman me disait que c’était l’acteur le plus loyal et plus intègre avec qui il avait travaillé) contre une coalition de journalistes buveurs de sang, coalition aiguillonnée par Howard Hughes et John Wayne l’un des plus farouches opposants au film dès le tournage. Il pensait que chaque scène piétinait des valeurs américaines. Ajoutons que Kramer joua un double jeu des plus discutables, que le publiciste du film alla le dénoncer à la Commission, que Lloyd Bridges dénonça Foreman et vous aurez une idée du climat et des tensions

        • Alexandre Angel dit :

          A Ballantrae,
          Concernant LE PARRAIN, l’accusation d’immoralité pour cause de complaisance fascinée vis-à-vis la Mafia qui serait vue de façon romanesque date de la sortie du film. Et la condescendance de la critique pour le dyptique qui ne serait que « cinéma commercial » également. Je me souviens avoir lu il y a longtemps une notule de Freddy Buache dans une anthologie de textes publiée chez L’Age d’Homme (sauf erreur)où il faisait montre d’un quasi-mépris pour LE PARRAIN 2 dans le genre : « C’est bien foutu mais c’est fait pour remplir le tiroir-caisse ». Il parlait de meurtres perpétrés sous les flons flons de la fête (il devait songer à la mort de Fanucci alors que Little Italy fête la Madone).
          Quand à l’immoralité, j’ai aussi entendu que GOODFELLAS faisait de la publicité pour les gangsters.

        • MB dit :

          à Bertrand: HIGH NOON/ c’est vrai que les deux personnages féminins sont traités sobrement et sans clichés, le regard porté sur Jurado est très digne et assez original pour l’époque, merci pour les précisions sur le contexte.

        • Pierre dit :

          Oui, ces polémiques sur l’amoralité supposée des films de gangsters sont quasiment aussi vieilles que le cinéma lui-même.

          mais j’ajouterais, sur THE GODFATHER, que penser qu’il s’agit d’un film « sur la mafia » est aussi une erreur sur le sens exact de cette histoire. Il y a un dialogue entre Michael Corleone et son épouse Kay qui est à mon sens au cœur du sujet du film :

          Michael : My father is no different than any powerful man, any man with power like a president or Senator
          Kay : Do you know how naive you sound Michael, Presidents and senators don’t have men killed
          Michael Oh Who’s being naive Kay

          En d’autres termes : selon Coppola, le film parle de pouvoir d’une manière générale, pouvoir qui n’est pas si éloigné que cela du gangstérisme. C’est une vision beaucoup plus large que celle d’un film « de mafia » classique.

        • Pierre dit :

          Sur Michael Winner

          C’est amusant que ce cinéaste continue d’alimenter la polémique, si longtemps après. Je suis stupéfait d’en lire tellement de mal – même si je sais qu’il s’agit d’une des bêtes noires de notre hôte.

          THE MECHANIC est un excellent thriller, avec des accents melvilliens.

          DEATH WISH, le premier, me parait irréprochable. C’est vraiment un excellent film. Le cas de Bronson y est décrit pour ce qu’il est, à savoir une situation pathologique. C’est un personnage dangereux et le film le dit clairement. Winner n’est pas Lumet, c’est certain, mais son film n’a pas à rougir face aux autres classiques de l’époque.

          Les 2 et 3 sont complètement différents. Ce sont des bêtises, qui n’ont rien à voir, sur la forme et sur le fond, avec le premier. Mais des bêtises bien faites, devant lesquelles on a bien le droit de passer un bon moment.

          L’édition Sidonis du 2ième épisode est excellente – avec un bonus d’une heure, dont je recommande la vision.

          Bref : que Winner ne soit ni Coppola, ni Lumet, ça tombe sous le sens. Mais je n’ai jamais compris pourquoi lui se faisait souvent agonir de sottise ou critiquer pour être soi-disant immoral. Un homme qui a tant fait jouer Bronson ne peut pas être un mauvais bougre.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          Parce que dans de multiples domaines, il s’est montré odieux vis à vis de nombreuses actrices (c’était pas encore me too), terriblement misogyne, un propriétaire implacable sur ses loyers, capable de casser le testament de son père en faveur d’oeuvres charitables pour récupérer l’argent (cela c’est le producteur de the Mechanic qui me l’avait dit). Et tout en reconnaissant un savoir faire, je n’aime pas sa manière de filmer la violence. Mais rassurez vous je n’y pense pas très souvent. THE MECHANIC était d’abord un bon scénario de Lewis John Carlino et la mise en scène ne rend pas justice à sa complexité contrairement à ce qu’avait réussi Frankenheimer dans SECONDS

        • MB dit :

          « selon Coppola, le film parle de pouvoir d’une manière générale, pouvoir qui n’est pas si éloigné que cela du gangstérisme. C’est une vision beaucoup plus large que celle d’un film « de mafia » classique. »
          à Pierre: 100% d’accord, c’est exactement ça! on ne reproche pas à Eschyle ou je ne sais quel tragédien grec de faire dans l’immoralité en mettant en scène des héros immoraux. Il s’agit d’examiner un mécanisme, de l’illustrer.

        • MB dit :

          à Pierre/sur Winner peut-être exagérez-vous un peu? Je me retrouve souvent en porte-à-faux avec vous quand vous défendez des acteurs ou cinéastes « injustement » sous-estimés mais quand même vous citez deux films de l’homme pour défendre le cinéaste qui a tourné 20 films ou plus. Admettons que le JUSTICIER 1 ou LE FLINGUEUR m’ait échappé je devais être grippé, j’ai vu plus de MW que ça: jamais il n’établit un lien avec ses personnages, il a le don de créer une distance avec ceux-ci qui pourrait être un projet sérieux (comme un accent kubrickien?) mais qui ne débouche sur rien, qui ne laisse à ses acteurs que leur apparence physique pour s’exprimer: L HOMME DE LA LOI par exemple où Lancaster est absent, dans LES COLLINES Bronson est absolument impensable en Indien (ce qui n’est pas grave en soi mais là ça va un peu trop loin) et commet le prodige de provoquer l’action en s’en détachant complètement (c’est quand même le meilleur MW). D’autre part, je connais le côté personnel de MW que BT souligne et il ne me surprend pas mais je ne vais pas le prendre en compte, séparons le film et l’homme si on doit considérer que l’homme est condamnable mais ce que raconte BT paraît être en parfaite harmonie avec ce que l’on ressent à voir ses films: on est dans l’ère de la glaciation, on dirait qu’il ne s’intéresse qu’à la préparation de ses ingrédients de mise en scène, ce qui est un travail de producteur exécutif pas de cinéaste, pas de vision d’ensemble, parle-t’il seulement un peu de leur personnage avec ses acteurs? Il ne peut avoir que des « accents » d’autres cinéastes, melvilliens ou autre, mais où sont les accents winneriens? Même Carpenter a plus de personnalité, d’ailleurs JC est l’exemple parfait de ce que vous dites de cinéaste de petits films devant lesquels on peut passer un bon moment. Il faudrait revoir LE CORRUPTEUR. Eh oui je le critique parce qu’il est, en gros, immoral mais aussi, vide de sens. Et les meilleurs films de Bronson sont plutôt signés Fleischer ou Hill ou Siegel (TELEFON convenu mais pas mal).
          « Un homme qui a tant fait jouer Bronson ne peut pas être un mauvais bougre. »
          alors là, je reconnais et salue votre sens de l’humour!

        • Pierre dit :

          A Bertrand Tavernier et MB :

          Merci pour vos messages. Je n’avais pour ma part aucune idée de la personnalité de Winner. Je comprends mieux certaines préventions à leur lecture.

          S’agissant strictement des films et pour répondre plus spécifiquement à MB, je ne veux pas me retrouver dans le rôle de « défenseur de Michael Winner », ce serait excessif par rapport à mon opinion. Je dis juste qu’il a fait quelques bons films à mon sens, ou en tous cas que j’ai plaisir à regarder, films qui ne méritent pas certaines critiques violentes dont ils ont fait l’objet.

          Oui, il ne peut avoir que des accents et il n’est ni Melville ni Carpenter – loin de là.

          En revanche, je suis obligé de réagir en lisant « même Carpenter a plus de personnalité, d’ailleurs JC est l’exemple parfait de ce que vous dites de cinéaste de petits films devant lesquels on peut passer un bon moment ». Pour moi, Carpenter est un immense cinéaste et ses films sont, pour moi, très très loin d’être « petits ». Mais cela fait parti je crois des sujets dont on a déjà abondamment discuté, et donc je ne veux pas retenir l’antenne avec ça.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Pierre
          J’ai salué le film de Winner sorti par Jean Baptiste Thoret. Par ailleurs, je me méfie des adjectifs disproportionnés. Si Carpenter est immense, quel adjectif appliquer à Ford, Ozu, Mizoguchi, Naruse, Henry King, Lubitsch, Renoir, Becker. Chabrol faisait déjà remarquer de Carax comparé dès ses deux premiers films à Godard, Renoir, Murnau, Stroheim, Griffith. Et il ajoutait, qu’est ce qu’il va lui rester pour son sixième film. Talentueux, doué me suffit

        • MB dit :

          à Pierre: OK vous ne dites pas que MW est un génie méconnu loin de là, c’est vrai! Je voudrais juste donner un petit exemple qui m’avait frappé et qui éclaire mieux que ma théorisation ci-dessus, l’absence d’épaisseur ou de moralité ou de justification des personnages de la part de l’homme. Dans LAWMAN/L HOMME DE LA LOI Lancaster quitte la ville à cheval, alors qu’il passe devant elle, une femme dont on sait qu’il l’aime ou qu’il a dit l’avoir aimée auparavant, le regarde désespérément et l’appele pour tenter de le retenir, Lancaster impassible, passe sans la regarder ni s’arrêter. Pourquoi? pour rien, il n’y a aucun ressenti qui raccorderait avec une scène antérieure qui annoncerait une rupture amoureuse par exemple, une certaine cruauté de la part du héros pourrait se faire jour et résonner avec autre chose dans le film, mais non même pas y’a rien, c’est juste pour le plaisir de montrer un héros viril aux mâchoires serrées qui ne va pas s’attendrir devant une femme. Je me demande comment Lancaster qui a de l’épaisseur, a pu accepter de tourner ça.

        • Pierre dit :

          A Bertrand Tavernier

          Merci pour votre message. Vous avez raison. C’est moi qui aime Carpenter immensément !

          J’en profite pour souhaiter une très bonne année.

          Avec un regret sur 2019 : aucun de mes films préférés cette année n’a eu droit à une sortie au cinéma en France, mis à part dans des festivals. THE IRISHMAN (un classique instantané), MARRIAGE STORY (l’un des films les plus érudits, sensibles, de Baumbauch, peut-être le seul successeur de W. Allen), DRAGGED ACROSS CONCRETE (le film qui perpétue cette année l’esprit du cinéma américain des années 70), MY NAME IS DOLEMITE (une réussite, drôle et émouvante, dans la lignée d’ED WOOD, avec un des tous meilleurs rôles d’Eddie Murphy). C’est peu dire qu’ils auraient mérités d’être vus en salle. On en arrive à ce statut paradoxal de grandes œuvres de cinéma, qui n’y passeront jamais.

          Mais aussi un espoir : 2019 a été une très belle année, extraordinairement riche en films passionnants. AD ASTRA (le film le plus épuré et en même temps expérimental de Gray), PARASITE (une superbe palme d’or, capable de réunir tous les publics), mais aussi THE MULE, VICE et même STAR WARS.

          Espérons que 2020 sera à la hauteur !

        • Bertrand Tavernier dit :

          A PIERRE
          ET vous oubliez plein de films français de J’ACCUSE à ROUBAIX, de GLORIA MUNDI à la fort bonne comédie de Nicolas Bedos, des MISERABLES à LA VIE SCOLAIRE sans parler du Sciamma, de documentaires comme M ou NOUS LE PEUPLE
          Et dans les films américains le magistral et décapant THE LAUNDROMAT (Brecht plus Wilder avec un zeste de Bernard Maris), LITTLE WOMEN, THE REPORT et des documentaires comme le plaisant MAIDEN ou AMERICAN FACTORY sur la reprise d’une usine General Motors par des Chinois (le propos est signa) FORD VS FERRARI, le Malick
          Et des films russes, roumains

        • MB dit :

          à Bertrand: ROUBAIX m’a laissé sans voix (pour paraphraser Scorsese évoquant WAKE IN FRIGHT)! pour moi c’est la pierre blanche de l’année mais je n’ai pas tout vu.

        • MB dit :

          « La règles est qu’ils aient fait cinq ou six films notables avant 2014 »
          Bertrand, 3 chefs d’oeuvre avant 2014 ça vaut 5 ou 6 films notables? Il faut inclure Jeff Nichols… bon ya assez de boulot comme ça ok.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Un texte dans la partie dictionnaire demande qu’on rajoute une biographie, une filmographie et on limite les noms parce que cela prend tellement de place et donne tellement de travail. On a écrit de longues notules sur tous les films de Nichols mais je ne sais pas si cela suffira pour un texte

        • MB dit :

          à Bertrand: JEFF NICHOLS, je suis influencé pour avoir revu SHOTGUN STORIES et TAKE SHELTER à la suite! je comprends que la place est chère, si vous faites toujours une revue des évènements par année, je pense que vous vous rattraperez sur les films de JN, merci.

  17. Yves Rouxel dit :

    Allez tournons nos regards sans baisser les yeux vers la collection qu’a lançer il y a peu la société Luna parks qui propose des pépites de la télévision française à l’époque ou il existait que 3 chaines. »Le moustique »est un film de Maurice Frydland venu du documentaire et qui a réaliser ce film en 1980 juste avant les élections.Il nous décrit le duel télévisé entre un candidat conservateur de droite bien en chair incarné par Jacques Monnod puis par un homme plutôt progressiste campé par le regretté Jean Bouise.Le propos du film est alléchant car on retrouve les journalistes Daniel Billalian ou Philippe Gildas dans leurs propres roles.Mais le scénarste Claude Klotz nous décrit l’envers du décor des campagnes électorales avec reportage sur la vie de famille du second candidat.Sa femme intervient et raconte les passions de son mari avec leur jeune fils.Mais je ne revelerais pas ici pourquoi le titre et en quoi un simple moustique va jouer un role capital dans cette œuvre à découvrir pour beaucoup ou oublier pour certains.En complément vous retrouverez un portrait attachant sur Jean Bouise ami de Roger Planchon et de tant d’acteurs,de techniciens ou de réalisateurs.On le voit en 68 donner des pièces de théatre au sein d’usines en grèves afin que les ouvriers s’intéressent et viennent pousser les portes des salles de théatre.Jean Bouise fait partie de ces seconds roles du cinéma et de la tv a avoir marquer par son physique tous les films dans lesquels il a tourner.Il est parti juste après ses 60 ans.

    • Denis Fargeat dit :

      A Yves
      Merci de signaler ce « Moustique »…
      Avec le même Jean Bouise ( et Gérard Desarthe, Hugues Quester…) Frydland avait fait pour Antenne 2 un merveilleux « Mysterieux Dr Cornelius », excellente adaptation de Gustave Lerouge, un miracle d’adaptation: aussi fidèle et infidèle que nécessaire.
      Il y a des trésors chez Luna Park, comme « Les Idoles » déjà mentionné ici. ( Dans le genre Curiosités).

  18. Dumonteil dit :

    Monsieur Tavernier avait déjà évoqué « prends la route » , un film Tabet /Pills fort drôle .
    Sur youtube , »la cinémathèque François Vinneuil « propose « toi c’est moi  » un autre film avec le duo , une histoire abracabrante mais pleine de rebondissements et de situations tordantes (et de racisme, Pauline CARTON demandant à son régisseur de faire travailler son neveu « comme un nègre » ).Le plaisir coupable par excellence .

    Chaque mois ,cette « cinémathèque » propose jusqu’à 4 films rares français des années 30-40!

    Joyeux Noel à tous!

    • demachy dit :

      A Dumonteil
      Montrer des films rares des années 30/40, très bien, mais êtes-vous réellement allé voir le contenu de la chaîne en question? On ne peut pas faire comme si on ne savait pas qui était François Vinneuil (pseudo de Lucien Rebatet), critique certes assez talentueux, mais épouvantable personnage, férocement pro-fasciste, antisémite et collaborationniste, dont cette chaîne youtube emprunte le nom et entend visiblement redorer le blason puisqu’elle est essentiellement constituée de courtes vidéos où sont lues les critiques de Vinneuil extraites de « Je suis partout » (un des pires journaux de la collaboration, faut-il le rappeler ?) et de « L’Action française ». Dans les quelques-unes que j’ai tenté de regarder avant d’être pris de nausée, la personne s’occupant de cette chaîne ne cherche d’ailleurs pas à masquer ses intentions puisqu’il indique que la critique qu’il va lire est parue dans le « toujours excellent » (sic !!!) « Je suis partout »… Il ne s’agit pas de censurer la lecture des textes de Vinneuil (qui, je le répète, ne sont pas dénués de talent), mais cela nécessite pour le moins de rappeler la nature des journaux qui les publièrent et la personnalité de leur auteur. Et si l’on a encore des doutes sur cette chaîne, sa vidéo de présentation où est évoquée la « résistance au grand remplacement » est sans ambiguïté.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A demachy
        Je me disais aussi…Vinneuil/Rebatet fut aussi un talentueux critique musical mais qui continuait à afficher ses opinions antisémites dès qu’il s’agissait d’un musicien juif. Son dictionnaire avait reparu à peine expurgé et l’édition critique des Décombres est accablante

        • Dumonteil dit :

          Les films montrés sont soit des oeuvres connues (quai des brumes,l’atalante ,madame bovary vers.Renoir) soit surtout des raretés (toi c’est moi,rapt, la garçonne 1ere version, les grands ,l’affaire lafarge);je n’ai jamais lu aucune des critiques « parlées » ,je préfère lire celles d’internet (quand il y en a).

          Je ne savais rien (je suis loin d’être un érudit) de l’idéologie de ce monsieur-je me suis renseigné depuis sur wikipedia qui vous donne raison- et je m’ excuse si j’ai offensé certains usagers .Je pense que ,expurgés de leur « présentation  » ,qu’on n’est pas obligé de regarder (je répète que je ne l’ai jamais fait ),ces films permettent d’explorer notre patrimoine.

          Refuserions -nous de regarder « tu ne tueras point » « douce » ou « l’auberge rouge »?

          joyeux noel quand même!

      • Denis Fargeat dit :

        A Demachy
        Merci pour votre réaction, merci à Bertrand pour votre habileté à présenter toutes les contradictions du bonhomme… j’aimerais avoir un seau d’eau à côté de moi, pour prévenir tout risque de polémique incendiaire…
        Dumonteil: « Je ne suis pas un érudit » allons donc… comme beaucoup ici, si ce n’est tous, vos connaissances me font baver d’admiration – je parle bien sûr des connaissances des rédacteurs . Rebatet-Vinneuil était passé sous vos radars, on a tous nos points aveugles. Et la plupart du temps, vous savez bien que ce blog est un lieu où on sait faire la part des choses. Pour varier un éternel refrain, je dirais bien pour ma part qu’un monde iréniste, partagé entre le bien d’un côté, le mal de l’autre, est bien peu intéressant : il ne concerne finalement personne. Un youtubeur manie l’ambiguité avec apparemment une certaine maladresse, tant pis, tant mieux ; pour ma part je passerai mon chemin, il faut un historien de la taille de Pascal Ory pour aborder ces sujets.
        De mon côté j’avais eu connaissance de Rebatet-Vinneuil grâce à l’encyclopédie Atlas du cinéma. Il faut que je l’exhume (l’examen d’une bibliothèque s’apparente parfois à l’archéologie, voire la géologie, et cette encyclopédie se trouve dans des couches anciennes.) Faute de mieux ce fut à l’époque, au fil des fascicules achetés, presque mon seul ouvrage de référence. Mais il me semble que c’était un ouvrage équilibré, bien illustré ; dès le milieu des années 80, on y consacrait autant de pages à Michael Powell qu’à Huston je crois. Du moins, quand j’achetais l’Histoire de la Musique de Rebatet, étais-je prévenu, grâce à l’article d’Atlas.
        Bon, désolé, ça part un peu dans tous les sens et je ne voudrais pas éteindre un départ d’incendie avec de l’essence -ma vue baisse… En tous cas je souhaite à tous un bien joyeux Noël.

    • MB dit :

      à Dumonteil: je ne suis pas friand des films youtube que vous rappelez de temps en temps, la qualité d’image me décourage.
      En dehors de toute considération politique, la façon dont ce youtubeur du Vinneuil Fan Club lit les critiques de FV est assez décourageante aussi, il lit mal, sabote certaines liaisons etc.: l’admiration doit l’étrangler, il aurait dû publier au lieu de lire.

    • Lafleur dit :

      Le film avec Pauline Carton est disponible chez René Château ce qui est tout de même mieux que cette chaîne YouTube un peu borderline du point de vue légal (sans parler de l’aspect idéologique dont vous avez déjà débattu). Il me semble que Philippe d’Hugues a fait reparaître il y a quelques années les critiques de Vinneuil / Rebatet sous forme de livre.

  19. Pierre dit :

    Comme beaucoup, je partage en tous points l’éloge à Coppola et j’ai été très heureux notamment d’y lire un passage sur THE RAINMAKER, qui le méritait.

    Mais je voudrais défendre ici le film qui est LE grand absent de cet éloge : DRACULA. Comme souvent, c’est le film fantastique qui trinque, ce que je trouve ici très injuste.

    Je pourrais tenter d’expliquer pour quelle raison ce film-là s’insère dans la filmographie de Coppola (on y retrouve à de nombreuses reprises la figure de l’ange déchu – cf Motorcycle Boy ou Kurtz). Mais on m’objectera que ce n’est pas parce qu’un film est personnel qu’il est réussi. Et c’est vrai.

    La réussite du film tient à qu’il s’agit, pour moi, d’une forme de fête visuelle. On a l’impression qu’en se demandant quelle référence il allait utiliser, Coppola a décidé de ne pas choisir et de les prendre toutes à la fois. On trouve absolument tout dans ce film : du Kobayashi, de la Hammer, des couvertures de comics Marvel, des passages en muet, et mille autres choses. Les rôles principaux sont confiés à Oldman et Hopkins, qui sont tous les deux, à l’unisson de la mise en scène, dans une sorte d’hyperbole permanente. C’est vrai, à coté, Reeves et Ryder sont falots, mais il faut bien un contrepoint.

    Il n’empêche qu’au final, ce film transmet une sorte de plaisir communicatif. On sent que Coppola a l’assurance d’avoir trouvé un bon sujet, à la fois usité et inédit, à savoir être le premier à transposer l’histoire de Dracula telle qu’elle a été écrite par Bram Stocker, ce qui en réalité avait été peu fait auparavant (c’est peut-être Jess Franco qui en avait été le plus proche ). On voit qu’il est à l’aise et qu’il y a une joie ludique, et de la jeunesse, dans son approche.

    Comme dans tous les films qui essayent beaucoup de choses, tout n’est pas réussi. Mais il y a des images inoubliables là-dedans : un voile qui passe sur une statue, la tenue rouge et le visage blanc de Oldman au début, et j’en passe. Ca méritait bien un peu d’éloge non ?

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Pierre
      La seule raison pour ce silence sur DRACULA c’est que je n’ai pas eu le temps de le revoir dans une bonne copie. Les journées n’ont que 24 heures. Y lire autre chose est tout à fait erroné. De plus, je ne pouvais pas parler de tous les films et ne le voulait pas. Il s’agissait d’un éloge général. J’ai revu depuis le film qui est très beau à voir, brillant mais ne m’aurait rien inspiré de plus

      • Pierre dit :

        A Bertrand Tavernier

        Toutes mes excuses d’avoir mal interprété l’absence de DRACULA dans l’éloge. C’est toujours très casse-gueule d’interpréter le silence.

        J’aime aussi ce film pour une dernière raison : j’avais aimé que Coppola focalise l’attention avec ce film, qui avait été un grand succès public. C’est le dernier de ses films qui a vraiment marché. On a d’ailleurs l’impression qu’il marque le pas après – ses films suivants sont moins ambitieux. Il y a des réussites (THE RAINMAKER, TETRO), mais plus de film ayant l’ambition folle, la démesure, dans laquelle on sait que Coppola doit s’épanouir.

        Joyeux Noël à tous et merci à notre hôte pour l’année, très vivante et passionnante, que nous avons vécue (en partie) ici

        • Yves Rouxel dit :

          A Pierre.Rassurez vous mon cher les cinémas pathé-gaumont resortent en version restaurée(coté sons et images)le « Dracula »de Coppola en janvier avec une présentation flamboyante de Philippe Rouyer toujours aussi concis dans ses propos.Voilà une bonne nouvelle dans ce fracas de catastrophes et de malaise social!!!

        • Ballantrae dit :

          Un peu comme vous, il me semble que Coppola a refermé une parenthèse ( enchantée) avec les excès généreux de Dracula.
          La reprise est une bonne nouvelle même si j’ai dû le voir une bonne dizaine de fois malgré mes réticences initiales.

  20. Ballantrae dit :

    Relisant la chronique je vois évoqué le projet unissant MPowell et Phil Glass qui ne vit jamais le jour.
    Un autre opéra singulier Le château de Barbe Bleue de Bartok fut adapté par Powell et vous me dites un jour que ce devait être édité en dvd. Avez-vous des nouvelles car j’en rêve adorant cette oeuvre singulière?
    Sinon je conseille vivement Une vie cachée de T Malick, un film impressionnant de beauté et d’ampleur. Malick renoue avec l’expressivite absolue du cinéma muet, jouant avec les flux de conscience, avec la richesse sensorielle des plus grands des 20 ‘ Murnau, Sjostrom, Vidor, les meilleurs Gance.
    Sa période expérimentale initiée avec Tree of life est intégrée dans sa veine elegiaque antérieure.
    Un film inactuel par son refus du cynisme, du recyclage de recettes.
    Un grand et beau film

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      Je souscris à cette opinion malgré un léger abus des grands angles. Ajoutons que ce film fut magistralement défendu par Michel Ciment et Eric Neuhoff en réponse à des attaques dégradantes. Neuhoff fut inspiré et se montra passionné et lyrique

    • Denis Fargeat dit :

      A Ballantrae
      C’est vrai que cette affaire de Barbe Bleue ( Kerszakallu je crois en VO, nom hongrois et néanmoins cocasse)donne envie, quand on voie les envolées baroques des Contes d’Hoffman… (je vois que Hein Heckroth a été production designer dans les 2 cas, ainsi que sur les Chaussons Rouges et La Renarde, ce qui rassure : en voyant que le film est coproduit par la télé allemande, ça fait un peu peur… mais peut être Tatort.)

      • Ballantrae dit :

        Quand je dis que j’adore cette oeuvre, je parle de Bartok car je ne connais pas le film…mais pense bien sûr aux extraordinaires Contes d’ Hoffman.

    • Yves Rouxel dit :

      a ballantrae.Pas d’accord avec vous sur le dernier Mallick,on se perd complètement dans ses méandres de la conscience humaine.Ce cinéaste qui avait bien commencer durant les années 70 s’enlise dans un cinéma intellectuel et ennuyeux.Rythme lent,mise en scène en roue libre puis c’est d’une tristesse absolue.Comment Positif peut il mettre en couverture ce film au lieu des »Miserables »ou le superbe « Gloria mundi »de Robert Guédiguian et même « Joker »qui est pour moi le film qui décrit le mieux la psychologie d’un ètre écrasé par la société égoiste dans laquelle on est obliger de « vivre ».Je souhaite à tous les visiteurs de ce blog une bonne santé mais pas de joyeux noel(fète commerciale et débile ou des millions de français tombent chaque année dans le piège des cadeaux et des achats inutiles au bonheur).Ca c’est mon avis qui n’engage que ma propre personne.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Yves Rouxel
        Les cadeaux cela fait plaisir. Et le film de Malick est avant tout sensoriel, lyrique et j’ai été touché par la beauté des plans de nature et l’émotion des scènes finales. Cet entêtement dans la vertu qui a été celui des resistants non violents

        • Yves Rouxel dit :

          Vous déformez tous mes écrits.Je n’ai jamais comparer les œuvres de Mallick qui reste un cinéaste à part entière avec le film de Robert Guédiguian qui à un aspect social qui me touche fortement moi qui vient d’un milieu ouvrier ou le mot solidarité ne résonnait pas qu’a noel mais toute l’année.Quand à « Joker »il y a rien de comparable avec les personnages de Scorsese.Mème si on déteste les comics adaptés au cinéma ce film m’a bouleverser pour la montée en puissance du protagoniste qui déraisonne c’est un fait mais c’est le climat general de l’œuvre qui prouve que même aux usa on peut ètre toucher par la réalité et la vie quotidienne de milliards d’éres humais sur notre planète.Quand à Ken Loach je tiens une nouvelle fois à saluer ses positions personnelles sur la situation sociale en France avec d’autres comme Josiane Balasko,Jean marie Bigard(qui à fait un chèque de 10.000 euro pour les grévistes cheminots et traminots)Stéphane Brizé dont on connait ses convictions à travers ses films…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Je ne déforme rien mais on ne gagne pas à mettre dans un même sac des films différents et que j’aime notamment le Loach qui est très fort et le Guediguian qui m’a beaucoup touché.C’est vous qui les avez inclus dans une même phrase

        • Ballantrae dit :

          Cher Yves,
          Ne vous en prenez pas à Bertrand car c’est bien moi qui ai répondu à votre association entre le Malick et les films de Ladj Ly, Guediguian et Joker.
          La question sociale m’importe aussi et je ne comprends pas ( je ne peux approuver) qu’au nom de celle ci soit évacuée la richesse plastique, spirituelle et poétique du cinéma de Malick qui n’entre pas dans ce champ.
          On peut aimer et Sokourov et Pialat, et Powell et Rosselini bon sang.
          Entendre dire que le cinéma ne peut qu’ être social et politique m’agace d’autant plus que je suis très sensible à ceux qui portent haut cette exigence tels Ken Loach, Stéphane Brize ou Bertrand…
          Positif a le courage d’affirmer l’ampleur du cinéma de Malick au moment où tout le monde le dégomme. Bravo car la facilité eut été de mettre en couv ( comme tout le monde) Les misérables.
          Yves acceptez que l’on vous répondre de manière différente 😉

      • Ballantrae dit :

        Comment pouvez-vous porter au pinacle un film simplement très efficace mais confus idéologiquement ( Les misérables), un Guediguian intéressant mais très sage, le Joker qui est un pompage assez visible de Scorsese face à l’absolu que cherche à capter Malick?
        J’ai une réponse: Malick n’est pas dans l’air du temps. Son héros n’a que son refus non violent à brandir face à l’ignominie. Et formellement bon sang quelle puissance! Loin des petites formes type Joker…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Ballantrae
          On ne gagne rien à opposer des films entre eux. Je trouve les MISÉRABLES fort et captant avec une rare justesse ce que c’est qu’un embrasement irraisonné, non prévu ce qui est très difficile à traduire. Beaucoup de points soulevés dans ce film figuraient dans DE L’AUTRE COTÉ DU PERIPH. Et on ne peut pas les comparer avec les recherches spirituelles, panthéistes de Malick

        • Ballantrae dit :

          Oui vous avez raison Bertrand.Yves via la couverture de Positif m’a poussé vers un parallèle peu adéquat.
          Les misérables est un bon film qui évoque plutôt le Spike Lee de Do the right thing…mais je crois qu’il y a qqs brouillages un peu comme chez Spike Lee entre constat et positionnement.
          Le film a l’énergie du meilleur de la série B.
          Joker en revanche me semble un peu frelaté et opportuniste.
          Le vrai grand film social de ces dernières semaines demeure le Ken Loach selon moi.
          Yves le problème dans vos assertions est celui d’une condamnation des choix formels de Malick que je trouve vertigineux. Le cinéaste s’est inventé une forme complexe, subtile musicale qui me semble aussi passionnante – et plus ouverte- que les hypothèses godardiennes.
          Sinon belles fêtes à notre maître de cérémonie et à tous.
          2020 sera la grande année de sortie de 100 ans de cinéma américain…et ça c’est une sacrée promesse😉

        • Damien D. dit :

          A ballantrae, je souscris à Bertrand sur ces comparaisons illusoires. Comparer aussi le splendide film de Malick au subversif et brillant JOKER est inutile. Car oui ce dernier est lui aussi très intéressant dans sa portée sociale et psychologique du « héros » en revisitant les mythes batmaniens : j’en avais dit du bien dans un message précédent. Ce n’est pas qu’un cinéma des « petites formes » : si seulement ce film pouvait justement réorienter transitoirement les goûts des aficionados des films de super héros dont on attend désespérément que la mode prenne fin…

        • Damien D. dit :

          Et sur le Malick, j’ajouterai que c’est sans doute mon film préféré du réalisateur de ces dernières années revenant enfin à raconter une vraie histoire même si les grands angles sont toujours là… TREE OF LIFE j’étais passé à côté et pas revu depuis. J’avais bien aimé À LA MERVEILLE film plus simple que le milieu du paraître et du show biz de KNIGHTS OF CUP voire SONG TO SONG…

      • Gilles dit :

        A Rouxel

        Camarade prolétaire, le prix du panier de légumes étant devenu trop cher pour un autre usage que le potage, je ne suis allé voir ni Les Misérables ni Le Joker, mais je vous invite à écouter cette vidéo, dans laquelle il est question de ces deux films, sous un angle quelque peu radical, me rappelant, parbleu ! ce que disait Salvador Dali d’un certain cinéma.
        https://www.youtube.com/watch?v=vJ2buD-g2j4

        • Yves Rouxel dit :

          A Gilles(et John à l’occasion).Tout d’abord j’ai toujours défendu ici sur ce blog les films qui dénoncent,qui remettent les pendules à l’heure enfin qui dérangent comme disait Yves Boisset à propos de son projet avorter « Barracuda »sur la vente d’armes par La France à quantités de pays dans le monde.Personne n’a citer le dernier Gavras en dehors de moi. »A adults in the room »est une œuvre constat sur les ravages du liberalisme qui a toujours pactiser avec les forces de la finance et des grandes banques qui font la pluie et le beau temps partout dans le monde.Comment un gouvernement d’un pays en crise sociale s’est fait rouler dans la farine par la bce,les ministères de l’économie de l’Allemagne,La France et même l’Italie.On a préter plus de 300 milliards d’euro a cet état en leur imposant des concessions lamentables sur la vie quotidienne de millions de Grecs.40%de baisse des salaires et des retraites avec une hausse de 15% de tva sur tous les produits alimentaires ainsi que les carburants,les livres,les places de cinéma,de théatre..Pourtant la grande Europe si chère à Mr Macron et consort n’ont pas toucher à la haute finance des armateurs grecs,russes ou chinois qui possèdent en toute illégalité des iles privées sans compter les aéroports et ports qui ont été privatisés.En 2020 en dehors du film de Sam Mendes qui sort en janvier puis le nouveau Spielberg sur »Le magicien d’oz »je me m’attends pas à de grandes surprises avec le dernier Bond avec Daniel Craig ou une nouvelle version de Pinocchio signée Benignini!!!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Je suis entièrement d’accord avec le traitement honteux de la Grèce et en cela le film de Costa est important et utile (même si certains jugent que Varoufakis qui s’attribue le beau rôle fut cassant et joua les gros bras, face il faut le dire à un horrible ministre allemand et à la couardise française). Il faut quand même rappeler avant de justement charger les armateurs et l’Eglise que la Grèce n’avait pas en quarante ans réussi à obtenir un cadastre, que la perception des impots était totalement minée par la fraude, l’évasion fiscale, les paiements en espèce et que les différents gouvernements loin de réguler obtenaient la paix en embauchant encore plus de fonctionnaires. En 2020 vous oubliez THE LAUNDROMAT fulgurant pamphlet économique dirigé par un Soderbergh en grande forme, the REPORT sur l’enquête de sénateurs démocrates sur les tortures pratiquées par la CIA, DARK WATERS, une attaque en règle de l’industrie chimique par Todd Haynes, AMERICAN FACTORY sur le rachat d’une usine de General Motors par les Chinois, The EDGE OF DEMOCRACY sur la manière assez scandaleuse dont on a renversé Lula même s’il n’était pas blanc bleu. Et j’oublie bien d’autres titres

        • MB dit :

          à Yves/ »puis le nouveau Spielberg sur »Le magicien d’oz » »
          WEST SIDE STORY?

  21. Denis Fargeat dit :

    Il y avait beaucoup de monde hier à l’Institut Lumière, pour la signature d' »Amis Americains » et de sa préface (un poids mi-lourd, un poids léger). J’en suis ravi pour l’Institut et pour le cinéma, un peu déçu pour moi, mais ce n’est pas important. La signature a pris la -vive- allure d’une chaîne de montage que n’eût pas reniée Ford (Henry), et j’imagine que, tel Chaplin dans les Temps Modernes, vous avez dû, Bertrand, continuer à signer tout ce qui se trouvait sur votre passage, jusqu’à une heure avancée.
    Si ce n’est déja fait je rebondis sur une question, page 50 de la préface. J’ai vu « The bat whispers » qui est important à sa façon, et assez décevant. Le film fait partie des tentatives d’écran large du début des années 30 (avec « The big trail » de Walsh, procédé Fox Grandeur, 70mm ; The Bat , Magnifilm, 65 mm. ). Tel quel, une curiosité pour les amateurs de formats – et il y en a, j’ai des noms! On dit aussi qu’il a influencé Bob Kane pour la création de Batman – certains plans le prouvent indéniablement. Mais j’ai le souvenir d’un film déchiré en deux : d’une part une grande ambition dans les mouvements d’appareil, et un statisme de plomb lors des scènes dialoguées – c’est à l’origine une pièce de théâtre, déja adaptée par le même West en 1927, puis par Crane Wibur en 1959 – film très modeste, mais plus plaisant si on goûte le cabotinage de Vincent Price.
    Sur le plan technique, le film n’a pas la fluidité de beaucoup de ses contemporains – sans même parler du Walsh. L’emploi des maquettes a un certain charme, mais le passage à l’échelle humaine n’a pas la virtuosité, par exemple, de ce qu’on trouve dans « Baby Face » d’Alfred Green ( trois ans plus tard il est vrai.) Mais il reste des images fortes et des moments étranges. L’intrigue est jetable ; à la fin, un moustachu en smoking demande aux spectateurs de ne pas révéler qui est « The Bat », parce que ça lui ferait de la peine! Cute, isn’it?
    Je n’ai pas vu la version muette ; tel quel, « The bat whispers » est un film qui donnerait raison à ceux qui pensent le passage au parlant comme une perte – le contr’argument qui me vient à l’esprit, est Rouben Mamoulian, avec tellement de solutions inventives, mais ceci est une autre histoire, comme disait, je ne sais plus qui? Pling.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Denis Fargeat
      Entièrement d’accord avec votre analyse et on peut la reprendre, en la nuançant pour d’autres Roland West

  22. Denis Fargeat dit :

    Belle archive des « Nuits de France Culture », le « Bon plaisir » de Jean Rochefort.

    • Yves Rouxel dit :

      A Denis.Les programmes ont repris sur Culture,Musiques et Inter malgré le gout amer de trois semaines de grève.Madame Veil n’a pas levé le petit doigt quand à Franck Riester le ministre de la culture il préfère faire partie des »visiteurs du soir »à l’élyzée et accompagner Mr Macron en Afrique qui annonce qu’il ne pervevra pas de retraite pour son mandat.Comme disait feu Jean Yanne »J’me MARRE »!!!!!

      • Ballantrae dit :

        Oui facile de renoncer à sa retraite de président quand on mesure ce qui a été gagné en 18 mois en travaillant pour un groupe d’affaires…cela relativise la teneur du « sacrifice » qui est un coup médiatique pour épater les neuneus. Et on peut imaginer l’ampleur de ce que seront les subsides autres.

        • MB dit :

          « cela relativise la teneur du « sacrifice » qui est un coup médiatique pour épater les neuneus. »
          oui, enfin, c’est surtout une bonne chose en ce que ça crée un précédent.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Mais pendant cela les sénateurs ont verrouillé un peu plus leur retraite. Plus encore que les députés

        • MB dit :

          à Bertrand: Macron fait de la communication, mais ça ne peut que jouer contre les privilèges des politiques. Comment le prochain président va-t’il gérer ça après, osera-t’il garder sa retraite? Le truc qui me scandalise aussi c’est les trois personnes et le bureau et le budget alloué à l’épouse du président. L’épouse? mais elle n’a pas été élue que je sache? Mais en quoi a-t’elle droit à un statut officiel? Bizarre… et en Allemagne ils doivent se poser la question style « ils sont pas un peu féodaux ces Français? », on n’a jamais entendu parler de Mr Merkel, il reste dans l’ombre du monde public, comme de juste.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Oui mais aux USA, la First Lady est mise en avant et disposait d’un budget conséquent. Maintenant parlons de Cinéma

  23. Gilles dit :

    A l’origine Coppola avait commandé la musique du Parrain à son beau-frère, mais pendant qu’il faisait le montage il a vu Fantôme à Rome. Tombé amoureux de la bande originale du film, il a contacté Rota pour lui en demander une adaptation. En voyant ce film fantastico-Viscontien disponible chez SNC les grands maitres italiens, on peut se rendre compte qu’en effet le thème du Parrain fut composé en 1961 pour ce film oublié.

  24. Gilles dit :

    « trop rêveurs pour surmonter les handicaps de leur classe »
    J’ignore si c’est de vous. C’est une phrase impitoyable, parce qu’elle touche à une vérité fort douloureuse. Je n’avais pas du tout cette grille de lecture en voyant le film.

    Un échange entre Spielberg et Lucas, l’un craignant auprès de l’autre qu’Hollywood n’accepte jamais leurs ambitions au sujet d’un film commun, l’autre répondant à l’un « mais Hollywood c’est nous ! » Que Coppola ait lutté, je n’en doute pas, mais les verrous n’étaient pas fermés à double tour comme au temps de leurs aînés. L’âge d’or c’est quand même les barbus qui l’ont connu. Ils ont tournés les films qu’ils voulaient, et certains encore aujourd’hui. J’ai quand-même été étonné de lire dans un positif de 1975, Robert Aldrich (autre génération, ayant peut-être moins de pouvoir dans le nouvel Hollywood) dire à Michel Ciment ne pas avoir le final cut sur HUSTLE.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Gilles
      Coppola s’est battu bec et ongle pour faire le PARRAIN 1 comme il voulait. APOCALYPSE a été refusé par plusieurs studios et a été sauvé entre autres par Coppola et Paul Rassam qui décident de le prendre pays par pays après que Steve McQueen ait quitté le projet. Il a mis son propre argent dans pas mal de films jusqu’à ce que one from the heart ruine American Zoetrope. Le final cut a été un long combat avec des échecs, des victoires. Le principe même a été anéanti par Camion et les Portes du Paradis. C’est à partir de là qu’on voit apparaitre le fait que Paramount ou XX sont les auteurs du film. Aldrich a du avoir le final cut après ses succès et le perdait après un ou deux échecs

      • ballantrae dit :

        Quand vous parlez, Bertrand , de Camion s’agit-il de Sorcerer?
        Je doute que vous pensiez au Camion de Duras du coup c’est devenu une énigme!
        Pour en revenir à Coppola, il est un film que vous ne citez et qui je pense vous avait déçu: Dracula. A sa sortie, j’avais moi-même eu du mal à adhérer à un film que je jugeais surchargé, trop référentiel, jouant aussi sur le factice.
        C’est au fil des revisionnages que j’ai appris à l’aimer pour sa folie baroque, comme un ultime pied de nez au système du Coppola mégalo que l’on aime tant incluant dans un film de genre des hypothèses excitantes ( Dracula/ création du cinéma, esthétique de studio/muet, choix des effets spéciaux à l’ancienne alors que surgit le numérique) au risque de la surcharge.Pas un film parfait mais un film généreux qui ose de vrais paris.
        Il faudra que je revois Rain people qui est repris de même que The rainmaker que j’avais trouvé trop « simple », bâti sur le seul aspect dramatique des dialogues et personnages sans flamboyances visuelles mais qui doit recéler autre chose certainement…mais je ne l’ai pas revu depuis sa sortie.
        Sinon-hors sujet absolu- je ne peux que conseiller aux habitués de non seulement voir Trainé sur le bitume de S Craigh Zalher mais aussi de lire ses trois romans traduits chez Gallmeister: un polar tendu et réaliste Executions à Victory + 2 westerns qui renouent avec l’inspiration de la fabuleuse collection initiée par Bertrand L’ouest le vrai Une assemblée de chacals ( où Peckinpah croiserait High noon) et Les spectres de la terre brisée ( on pense aux univers de Huston ou Aldrich voire aux Professionnels de Brooks).
        Un artiste complet à suivre de très près qui n’est pas sans évoquer la polyvalence d’un Fuller.

  25. ballantrae dit :

    Texte superbe dont l’entame m’a beaucoup amusé!
    Oui, Coppola est l’un des derniers des géants aux USA et doit être célébré pour avoir su continue à créer malgré toutes les difficultés.
    En revisitant cette riche filmographie avec vous, je me demande si nous aurons droit à un nouveau film de Coppola un jour. Twixt ne m’avait pas trop convaincu, Tetro beaucoup plus.Je me rappelle mal L’homme sans âge qu’il me faudrait revoir.
    Il devient difficile de créer pour nombre de cinéastes et le cas Scorsese avec The Irishman (ou Cuaron avec Roma etc…)est éloquent. Je ne suis pas encore netflixé et ne comptais m’y mettre mais la frustration est grande avec ce type de titres.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      Je n’ai évoqué aucun des films qui m’avaient déçu

      • Alexandre Angel dit :

        Je ne l’ai pas revu depuis un certain temps mais TETRO m’avait aussi fait une impression favorable : noir et blanc capiteux, travail sur le son, format scope, ampleur funèbre d’une des dernières séquences, cette patte stylistique en équilibre entre sophistication et naturel, maîtrise et improvisation.Avec aussi cette mélancolie que vous évoquez Bertrand au sujet de OUTSIDER.

        Et ce goût de Coppola pour un certain funambulisme qui traverse ce film et une partie de l’oeuvre, un je-ne-sais-quoi de forain : les séquences de cabaret de TETRO, Nastassia Kinski dans COUP DE COEUR, les déambulations noctures de Matt Dillon et Mickey Rourke dans RUMBLE FISH, les GI noirs livrés à eux-mêmes qui tiennent, de nuit, un pont dans APOCALYPSE, le mime dans CONVERSATION SECRETE et aussi, dans quelques films, cette présence signifiante de Tom Waits, artiste baroque, déglingué, vacillant.

  26. Voilà un très bel éloge, subtil et élégant. Généreux aussi, qui donne envie de revoir certains films. Jardin de pierre compte ausi parmi mes favoris. Et je n’ai jamais vu dementia 13

  27. Aigle Bleu dit :

    Cher Bertrand,merci pour ce bel eloge qui vous honore. A propos de votre collection L’ouest le vrai,un juste eloge vous est randu par Frederic Mercier dans Positif de decembre,ce qui me fait vous demander si Sidonis envisage une edition des Furies d’Anthony Mann,livre tant vante par vous.On aimerait bien aussi voir un autre Mann rarissime: Du sang dans le desert avec H.Fonda et A.Perkins. Enfin toujours dans votre collection, est-il possible de reediter La colere des justes de Raoul Walsh paru naguere chez Belfond. En attente de vous lire, merci d’avance.

  28. MV dit :

    Bonjour Bertrand,

    Je revoyais justement « Rumble Fish/Rusty James » l’autre jour. Outre le fait que que je souscrive entièrement à votre avis de « 50 ans de cinéma américain », j’ai été très impressionné par la prestation de Mickey Rourke. Sa mélancolie sourde (quelle voix !) ainsi que sa présence quasi-spectrale et allégorique(magnifiée par la photographie très stylisée) en fond une des meilleurs prestations de l’acteur, donc on se dit qu’il aurait mérité une carrière plus flamboyante (ou disons plus homogène). Son personnage est inoubliable et éclipse celui de Matt Dillon. Mais peut-être est-ce délibéré ?. Rusty mourrait de vivre dans l’ombre de son ainé, et pour cause. Le film parvient à créer un univers esthétique propre sur une durée modeste (90 min). Le dernier plan voyant Rusty atteindre la mer est inoubliable.

    D’autre part, je suis très heureux de vous voir citer L’Idéaliste/the Rainmaker en exergue de votre discours. Le film fut mal accueilli à l’époque (où les critiques n’y avaient vu qu’une énième adaptation hollywoodienne de Grisham, l’auteur en vogue). A réévaluer d’urgence. Matt Damon y trouve son premier rôle majeur(avant « Will Hunting »). Le reste du casting est assuré par un pléiade de « gueules ».

  29. Gilles dit :

    Votre éloge donne envie de revenir vers un cinéaste qui est loin de faire l’unanimité chez les cinéphiles. On est plus d’un à le trouver profondément ennuyeux, dépourvu d’humour, la comparaison à Ford dans Garden of stone a ses limites (comme avec Cimino), Ford aurait trouvé le moyen d’y glisser un sergent ivrogne. Un parallèle avec Vidor sur la page précédente, je m’y risque avec prudence au sujet de TUCKER, pas vu depuis 20 ans au moins, dont les enjeux étaient similaires à ceux de The Fountainhead. L’histoire tournée à la fin des années Reagan et qui en fait le désastreux bilan, raconte les déboires d’un industriel visionnaire qui se débat dans un monde étroit, précisément l’année où Vidor tournait son film. D’ailleurs Tucker est un personnage tout aussi Vidorien qu’Hustonien, enserré dans des carcans qui étranglent sa folie. C’était aussi (mais souvenir lointain) son film le plus divertissant avec Peggy Sue. Cinéaste intimiste et universel que la critique a fini par lâcher, et je la comprends un peu à la vision de Tetro que j’ai vu comme un film de famille au sens littéral du terme.

  30. Yvon dit :

    Après un tel discours que pourait on ajouté saufs bravos mr Tavernier quel belle analyse de ce grand cinéaste

  31. Sullivan dit :

    A Bertrand,
    Là vous me tirez la larme…
    Cela fait longtemps que j’ai envie de vous remercier pour votre carte blanche à Radio France, les 11 et 12 janvier derniers. J’ai pu assister au concert du samedi soir à l’Auditorium « MUSIQUES DE FILM : DE LA BELLE ET LA BÊTE AUX ENFANTS DU PARADIS ». Ce fut un bonheur de tous les instants, notamment quand arriva la musique de Grunenwald pour LA VERITE SUR BEBE DONGE, amoureusement retranscrite en un temps record par le compositeur Louis Dunoyer qui travailla à partir du seul DVD, car la partition n’existait pas ! Même plaisir au moment de la suite de Dutilleux pour LA FILLE DU DIABLE du même Decoin. Musique dont vous avez parlé à plusieurs reprises sur ce blog et qui vaut vraiment la peine d’être écoutée ne serait-ce que pour découvrir une autre facette de ce grand compositeur français.
    Me restera en souvenir la présentation vivante, intelligente et enlevée, au début de chaque oeuvre, par le chef d’orchestre Philippe Béran. Krivine fait souvent cela notamment au moment du bis, lors de ses soirées de concerts. Et c’est bien.

    LE PROGRAMME:
    https://www.maisondelaradio.fr/evenement/concert-symphonique/serieux-ils-font-leur-cinema

    DIFFUSION SUR FRANCE MUSIQUE (on ne peut plus réécouter le concert, mais il y de nombreux extraits des films) :
    https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/musiques-de-film-de-la-belle-a-la-bete-aux-enfants-du-paradis-69490

  32. MB dit :

    bravo! tous ses films sont à revoir.

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