Decoin, Duvivier et des films américains pré-Code

7 janvier 2015 par - DVD

CHEFS D’ŒUVRE FRANÇAIS

VIOLETTE de Martin Provost est une biographie de Violette Leduc, très grand écrivain (dont le parcours fut des plus violents), que les deux actrices, Emmanuelle Devos et Sandrine Kiberlain, rendent prenante car elles ne cherchent jamais à adoucir leur personnage.

violette

FILMS DE DUVIVIER
golderVoici ce que m’envoie mon ami Jean Ollé-Laprune sur DAVID GOLDER, premier film parlant de Julien Duvivier, œuvre d’une rare audace mais qui demande – vu son sujet qui n’a pas les mêmes résonnances en 1930 que maintenant – une introduction historique, ne serait ce que pour préciser que Duvivier est l’un des cinéastes français qui, avec René Clair et des scénaristes comme Jeanson, Prévert, Aurenche, Bost, Spaak, n’émit jamais la moindre opinion antisémite. Le scénario de Duvivier (qui signe aussi les dialogues) adapte le roman d’Irène Némirovsky dont on connaît le destin tragique ; la France malgré ses succès littéraires ne lui accorda pas sa protection, ni même la nationalité française et elle périt dans les camps et nul doute que le cinéaste trouva que ce sujet présentait des ressemblances avec le Père Goriot : « Il faut toujours revoir les films ! Je me suis remis hier soir DAVID GOLDER dont je ne conservais pas un très bon souvenir, à cause d’Harry Baur, à cause du son un peu balbutiant, à cause de l’ambiance limite en matière d’antisémitisme du quotidien… J’avais tort, et je trouve le film très impressionnant, bien joué, sec, direct… La scène entre Harry Baur et sa femme dans l’hôpital est parfaite, elle s’arrête juste quand il faut. De même que le passage soviétique avec les oligarques dans le bureau est hallucinant. Même Lubitsch ne l’a pas suivi dans NINOTCHKA ! Mais je trouve que les scènes de mondanités à Biarritz sont assez bien vues (l’addition qui traîne sur la table vide) et même le dialogue sur les quais entre Golder et son vieux copain se révèle empreint d’humanité, si l’on fait abstraction des détails « pittoresques » qui comme tu le dis, n’avaient pas la même signification en 1930 qu’aujourd’hui, mais bon… Golder, c’est vraiment la description de la solitude et de l’isolement dans tous ses paradoxes, PANIQUE n’est pas très loin en fait.»

LE PAQUEBOT TENACITY, sorti récemment chez René Château (les éléments de départ étant médiocres, je pense que la qualité du transfert ne doit pas être maximale mais peu importe, le film est tellement rare, tellement important) est un des chefs d’œuvre méconnus de Duvivier, l’un de ses plus beaux films. C’était celui qu’il préférait. Sa narration témoigne d’une liberté tout à fait moderne (qui lui valut des critiques stupides lors de la sortie), d’une chaleur qui bat en brèche l’idée convenue qui veut que Duvivier fasse toujours preuve de noirceur. Très belle musique de Wiener et début surprenant avec ce film dans le film. Ne manquez cette œuvre sous aucun prétexte.

paquebottenacity

DECOIN (bis)
Revu au Festival Lumière, le splendide AU GRAND BALCON est un des meilleurs films de Decoin, un de ses plus personnels (on le sent présent dans de nombreuses scènes et répliques). Il avait été aviateur (11 victoires homologuées je crois) et l’hommage qu’il veut rendre aux pionniers, aux créateurs de l’Aéropostale, est bouleversant de sincérité. Pierre Fresnay est absolument génial et on sent que ce qu’il dit contient beaucoup de notations autobiographiques et que Decoin parle de lui, de sa conception de son travail, à travers ce personnage. Magnifique musique de Joseph Kosma et le meilleur rôle de Georges Marchal. Lisez le bel éloge de ce film qu’écrit Paul Vecchiali.

augrandbalcon

cafeducadranRené Château a eu la bonne idée de sortir LE CAFÉ DU CADRAN signé Jean Gehret mais en fait tourné par Decoin qui était interdit de générique à cause de ses film pour la Continental. C’est une remarquable comédie dramatique et unanimiste qui décrit la vie d’un café tenu par le toujours excellent Bernard Blier et Blanchette Brunoy, entre l’Opéra et la Bourse. Le scénario vif, bien écrit, avec des dialogues très en mouvement est dû à Pierre Bénard, directeur du Canard Enchaîné qui, dans la clandestinité, travailla pour Combat et les Lettres Françaises. Signalons que la musique, un joli morceau de jazz, est écrite par l’immense Henri Dutilleux qui  écrivit également la partition d’un autre film de Decoin (il dit beaucoup de bien de leur collaboration dans 1895 et se montre fier de ce qu’il écrivit pour lui). Voilà qui éclaire différemment Decoin, seul cinéaste avec Jean Gehret (LE CRIME DES JUSTES que Dutilleux revendique fortement alors qu’il veut oublier ses premières compositions), Grémillon (L’AMOUR D’UNE FEMME) et plus tard Pialat,  qui prendra une œuvre déjà écrite, à avoir fait appel à ce compositeur de génie.

assassinsdelordreJe ne partage pas complètement l’enthousiasme de Paul Vecchiali sur LES ASSASSINS DE L’ORDRE. Le scénario m’a paru trop linéaire, trop clair (pensez à des portraits de flics violents chez Ray, Preminger ou de Toth) à l’image de la photo de Badal qui, dans ce DVD, parait plate, sans relief mais sans non plus une vérité documentaire que pouvait amener Coutard. Il y a des qualités réelles, un refus des compromis, une fin peu réconfortante avec cependant une magnifique scène finale entre Denner et Brel, le choix de la musique de Maurice Henry et parfois des bonheurs de distribution : plus que Lonsdale, excellent, mais dans un rôle d’une seule couleur, sans arrière-plan, on peut louer Pierre Maguelon ainsi que Catherine Rouvel, presque trop lumineuse, et même la charmante Paola Pitagora. Bien sur la palme revient à Brel, probe, fragile avec un sourire craquant,  dont Vecchiali, prenant un bel angle de défense, vante l’humilité tant du jeu que la démarche du personnage, humilité qui coïncide avec celle du travail de Carné. Denner est aussi magistral et dans la dernière scène, très belle, qui résume la conviction citoyenne de l’œuvre qui est indiscutable. Carné retrouve le ton libertaire d’HÔTEL DU NORD, film à revoir absolument tant on l’a réduit à quelques répliques fastueuses de Jeanson. Le scénario d’Aurenche et Jeanson comprend des scènes formidables : le repas au début où l’on comprend que le gamin est un orphelin récupéré à Barcelone, la première séquence entre Jouvet et Arletty, l’interrogatoire de Jouvet (« du 6.35, j’ai l’oreille musicienne ») avec une intervention fracassante d’Arletty : « Il est peut être pas très observateur. » Vecchiali vante à juste titre la sublime musique de Jaubert et deux des plus belles scènes d’amour de l’histoire du cinéma. Et le décor de Trauner….

14juillet14 JUILLET  de René Clair (totalement supplanté dans Wikipédia par la FILLE DU 14 JUILLET) fut une excellente surprise. Le film possède un charme qui tient le coup et se place dans les vraies réussites d’un cinéaste qu’on a trop méprisé comme le confirme la vision récente de BREAK THE NEWS avec Dick Powell, remarquable comédie. Là encore, la musique de Jaubert, géniale, galvanise littéralement plusieurs séquences, soulignant la beauté de certains travellings (cette arrivée dans un restaurant aux trois-quarts désert) sans parler des variations autour de « A Paris dans chaque Faubourg », d’abord orchestrales, puis fredonnées et enfin peu à peu chantées (parole de Clair). J’ai trouvé Annabella tout à fait excellente, moderne, très sexy, soldant les effets. Elle est aussi meilleure qu’on l’a dit dans HÔTEL DU NORD même si ses scènes avec Aumont sont plus pesantes. Elle possède une grâce, une vérité physique qui inspire Clair : tous les plans tournant autour de sa fenêtre ou de ce qu’elle voit par cette fenêtre. Certains personnages secondaires sont croqués avec quelque insistance mais Aimos et une partie de ce petit monde de concierges, boutiquiers, cafetiers sonnent justes. C’est ce monde populaire qui a disparu du cinéma actuel (et de l’angle de vision des politiques). Ce milliardaire qui distribue sa carte et devient le chauffeur de Raymond Cordy pourrait figurer dans un film de Blake Edwards.

PARADIS PERDU est un mélodrame et un des seuls Gance que le même Vecchiali critique avant les désastres de LA TOUR DE NESLES et d’AUSTERLITZ. Il faut dire que le scénario entasse les moments de chantage affectif et les décisions étranges. Fernand Gravey est remarquable et les deux premiers tiers sont touchants.

paradisperdu  lentraineuse

L’ENTRAINEUSE est une œuvre d’une rare originalité. Un mélodrame avec de nombreux rebondissements mais que le traitement retenu, sobre, sans débordements superflus dépouille de tout arbitraire. Le scénario de Charles Spaak fait preuve d’une rare liberté, introduisant des digressions, des personnages secondaires qui prennent au détour d’une séquence, une force considérable. La vision des personnages reste néanmoins tranchante, d’un pessimisme calme mais affirmé. Michèle Morgan est exemplaire de justesse et de dignité dans son jeu

DU CÔTÉ DE L’EUROPE

Revu SOURIRES D’UNE NUIT D’ÉTÉ de Bergman avec ravissement surtout durant les deux premiers tiers. Un vrai ravissement devant ces actrices éblouissantes de beauté et de talent. Mais je n’ai pas éprouvé le même choc que lors de la découverte, où je l’avais vu 3 fois en une semaine.
Je vais aussi enfin revoir FANNY ET ALEXANDRE très demandé sur ce blog.

souriresdunenuitdete  fannyetalexandre

Pathé a regroupé dans un excellent coffret plusieurs titres de Pedro Almodovar dont des œuvres majeures comme ÉTREINTES BRISÉES, cet hymne au cinéma et à son pouvoir rédempteur, VOLVER, le poignant TOUT SUR MA MÈRE, PARLE AVEC ELLE. Des heures de bonheur.

coffretalmodovar

FILMS AMÉRICAINS PRÉ-CODE

BOMBSHELL est peut être le chef d’œuvre de Victor Fleming. Une comédie trépidante, extrêmement noire, superbement dialoguée par John Lee Mahin, le complice de Fleming et l’un des meilleurs scénaristes américains. La description de la famille de Jean Harlow – splendide – qui l’exploite, la vole, vit à ses crochets, est traitée avec une rapidité, une acuité étonnante. Mahin et Fleming transformèrent un scénario tragique en comédie et donnent à Lee Tracy un de ces personnages d’attaché de presse sans scrupule qu’il porta à la perfection. Il ment à la star qu’il est censé protéger, il l’espionne, piétine ses désirs de maternité (scènes très audacieuses) le tout à une vitesse stupéfiante.

bombshell  reddust

RED DUST (Warner Archive) est une autre grande réussite de Fleming et l’un des titres majeurs de la période Pré-Code, pourtant si riche. En s’inspirant de quelques conseils donnés par Hawks, Fleming et le scénariste John Lee Mahin détruisent la pièce qu’ils étaient censés adapter qui n’osait même pas parler d’adultère, selon Michael Sragow dans « Victor Fleming an American Movie master », pour en faire une histoire de sexe, d’amour, de trahison et de respect. Ils ajoutent l’ouverture où l’on voit Gable se battre avec les éléments pour récolter son caoutchouc, bouleversent la construction et réécrivent le script sur le plateau. Le film, déborde de vitalité : les personnages n’arrêtent pas de marcher, de travailler, de s’affronter dans une jungle balayée par des pluies, des orages incessants (Fleming utilise à merveille les décors du TARZAN de Van Dyke et les rend oppressants). Ils sont trempés, couverts de boue (on ramène d’ailleurs la culotte de Mary Astor, touche hyper audacieuse, dans un piteux état), assaillis par les insectes : l’un d’eux atterrit même sur la lèvre de Gable. Il déborde aussi d’énergie sexuelle et cela dès la première et spectaculaire apparition de Harlow : on jette le corps d’un ivrogne dans une chambre plongée dans l’obscurité et on entend un cri. Il y avait une femme dans le lit : « Polyanna, fille de joie ». Une énergie sexuelle que dégagent tous les personnages, à commencer par celui de Gable qui fut repéré pour ce rôle par Mahin et remplaça John Gilbert, Mary Astor, qui traduit mieux que quiconque la naissance du désir, de l’érotisme et bien sûr Jean Harlow, « une merveille, dont le jeu repose très peu sur cette séduction aguicheuse que les déesses hollywoodiennes sont censées incarner ; sa sexualité est franche, directe, évidente ; elle bouge comme un athlète » (Gerald Weales). Elle ne l’empêche pas d’avoir un code et des sentiments qui lui permettent de faire comprendre à Gable qu’il se comporte comme un salaud. On peut penser que Fleming et Mahin s’inspirent pour la deuxième partie du film, d’un épisode biblique, celui où le roi David allait faire tuer son rival en amour, pour mieux le retourner. Ce chef d’œuvre de chorégraphie érotique, aux personnages relativement complexes (il y a des côtés noirs dans la brutalité virile de Gable qui traite Vantine de manière odieuse), est formidablement dialogué par Mahin : quand on suggère d’appeler un docteur pour soigner le mari de Mary Astor, Harlow répond : « Ces docteurs français, ils vont venir prendre le pouls, vous offrir du cognac, se plaindre du gouvernement, boire le cognac et s’endormir sous le lit. » Ou bien, elle lance au perroquet : « Qu’est-ce que tu as mangé ? Du ciment ? » Certains moments, la fin notamment (la dernière scène fut écrite par Donald Ogden Stewart) ne sont pas exempts de mélancolie. Et ce film tourné en studio paraît plus dense, plus concis, plus tendu et sonne plus juste que le remake, plutôt léger, que Ford filma en extérieurs.

mindreaderTHE MIND READER est l’un des 6 films que Roy Del Ruth tourna en 33, qui méritent tous d’être vus notamment BUREAU OF THE MISSING PERSONS, LADY KILLER, un des titres majeurs de James Cagney, THE LITTLE GIANT, comédie très amusante qui permet à E.G. Robinson de se moquer de son interprétation dans LE PETIT CÉSAR. On peut sans doute expliquer cette série de réussites (l’année d’avant il y avait eu TAXI, WINNER TAKE ALL) par la qualité des scénaristes travaillant à l’époque à la Warner, les exigences du studio en matière d’économie, de rapidité narrative, l’esprit subversif qui régnait durant la période Pré-Code,  il n’en demeure pas moins que le travail de Roy Del Ruth est plus fluide, plus dégraissé, plus efficace que celui de nombreux autres réalisateurs maison comme Archie Mayo, William Keighley, voire Lloyd Bacon, sa direction d’acteur moins lourde. THE MIND READER (Warner archive), sans doute vendu aux partisans du Code Hays comme une histoire de rédemption,  biaise avec ces prémisses et se révèle souvent caustique, incisif, voire cruel (les victimes d’un faux magicien, le Grand  Chandra sont le plus souvent stupides). Warren Williams joue un des ces escrocs affables, mielleux, impitoyables qui étaient sa spécialité : faux docteur, faux dentiste, il devient un faux mage. Le scénario tendu de Robert Lord et Wilton Mizner (ils écrivirent ensemble ONE WAY PASSAGE, FRISCO JENNY et la carrière de Mizner s’arrêta en 1934) mêle la comédie cynique (« au tribunal, les filles ont toujours moins de 16 ans », déclare Allen Jenkins), la romance sentimentale, vite soldée, et des touches assez noires sur une Amérique déboussolée après la Dépression et Roy Del Ruth le filme avec sa concision, son sens du rythme habituel.  Il utilise remarquablement bien chaque décor (avec une gare, il en crée cinq ou six), trouve ici et là des plans assez marrants (les verres d’alcool filmés au grand angle qui filent sur le comptoir). Mayo Mathot, qui fut la femme de Bogart et n’est connue que pour cela, est très touchante dans une des meilleures scènes où elle vient s’en prendre à Chandra qui a ruiné sa vie et la dernière réplique d’Allan Jenkins (dans un personnage plus complexe que d’habitude qui, sous ses allures bonasses, n’éprouve aucun scrupule, aucun doute, aucun remords quant aux délits qu’il commet) est anthologique : regardant Warren Williams partir en prison, il constate,  « dur d’aller au trou au moment où la bière est en train de revenir ».

EMPLOYEES’ ENTRANCE, tourné la même année est le meilleur des 6 et doit figurer parmi les titres majeurs de la période. Il est extrêmement emblématique des qualités, de l’audace mais aussi de la complexité dont témoignent beaucoup d’œuvres durant cette brève période de liberté. Peut être que le fait de sentir justement que ce moment risquait d’être bref, qu’il était menacé, a dopé l’énergie, la vitalité des scénaristes et des metteurs en scène, a insufflé une urgence à certains de ces films. L’audace dans EMPLOYEES’ ENTRANCE évidemment concerne en premier lieu tout ce qui touche au sexe. Warren Williams, inoubliable en directeur d’un grand magasin qu’il gère avec une énergie, un cynisme impitoyable, rencontre la très jeune Loretta Young (sublime de beauté, inoubliable en innocente pervertie) qui recherche du travail. Il l’invite et le même soir couche avec elle : « Je vais réfléchir toute la journée à ce que vous m’avez dit », murmure-t-elle. – « Nous avons toute la nuit. » Fondu au noir. Le lendemain, elle est engagée. Plus tard, Williams qui a appris qu’elle a épousé son assistant (il lui avait interdit de se marier), va s’ingénier à détruire leur mariage. En la faisant boire, il couche de nouveau avec elle. Mais le film est tout aussi fort et tout aussi actuel dans sa description du contexte économique. Les méthodes de Williams, la manière de se comporter avec ses sous-traitants, évoquent avec une vérité criante les procédés de la grande distribution en France, de Wall Mart aux USA. La peinture des actionnaires, du patron qui ne s’occupe de rien, passe son temps sur son yacht et se fait appeler Commodore et des banquiers clairement désignés comme des parasites qui s’engraissent sur le dos des travailleurs a des échos rooseveltiens. Même si, dans un louable souci de complexité, on nous montre que Williams refuse de licencier, préférant diminuer les salaires, y compris le sien. On le voit aussi pousser un de ses anciens employés au suicide (filmé de manière très elliptique, ce qui en décuple la force).

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Ce film figure dans un coffret Forbidden Hollywood 7  qui comprend aussi le passionnant SKYCRAPER SOULS, toujours avec Warren Williams dans un rôle quasi identique. Ses rapports avec sa femme très bien jouée par Hedda Hopper qui vient sans cesse lui réclamer de l’argent avec un détachement souverain comptent parmi les meilleures séquences du film. Ici, il séduit, entre autres, la délicieuse Maureen O’Sullivan (dont la scène d’ivresse est anthologique) qui accepte très facilement cet état de fait et semble heureuse d’être la maîtresse de Williams. Le moment où ce dernier la fait boire et est interrompu par le financier dont il a besoin et qui, littéralement, prend sa place auprès de la jeune fille, constitue l’un des sommets du film. Et bien sûr, il trahit les banquiers puis son nouvel associé pour faire monter artificiellement la Bourse, créer un krach, posséder son gratte-ciel au prix une fois encore d’un suicide. Contrairement au film précédent, il sera puni. Une de ses anciennes maîtresses lui tire dessus, ce qui le plonge dans un état de stupéfaction (Williams est formidable quand il réalise ce qu’il lui arrive). Le futur réalisateur Norman Foster joue le jeune premier qui fait une cour frénétique et maladroite à Maureen O’Sullivan : il passe son temps à trébucher, à se cogner dans les objets, les étalages, les gens, provoquant chutes et  collisions et ce fut peut être une des sources d’inspiration pour le personnage de Fonda dans LADY EVE. Sa réconciliation avec sa fiancée ne convainc qu’à moitié. La mise en scène d’Edgar Selwyn, un scénariste qui réalisa aussi MEN MUST FIGHT qu’on dit polémique, est plus lourde, moins fluide que celle de Roy Del Ruth. Certains intermèdes comiques sont un peu insistants et l’espace est moins bien utilisé surtout dans la première partie et Selwyn parvient moins bien à mettre en valeur la multiplicité des couples qui se déchirent, se séparent même s’il réussit un beau plan quand Helen Coburn, ayant découvert que Wallace Ford est enfermé dans la chambre forte, l’abandonne et part avec un autre homme dans le lobby du gratte-ciel.

AUTRES FILMS AMÉRICAINS

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SEE NO EVIL (TERREUR AVEUGLE) de Fleischer est une déception après un premier tiers plutôt bien mis en scène (quelques zooms insistants), assez tenu, avec des plans réellement impressionnants (la découverte des différents cadavres filmée avec élégance et style). Mais le scénario s’enlise et devient même carrément absurde. L’héroïne, en bonne protagoniste de films d’horreur, fait tout ce qu’elle ne devrait pas faire. Le coup de théâtre final est accablant et on se demande s’il n’est pas un peu dû à Fleischer qui, par souci démocratique, aurait voulu éviter qu’on charge les gitans.

ledernierdesgeantsAvec THE SHOOTIST (LE DERNIER DES GÉANTS), la déception est encore plus grande comme si le sujet dans son ambition autobiographie (Wayne joue un célèbre gunfighter atteint de cancer, comme la star) avait littéralement pétrifié Siegel et la plupart des acteurs, qui ressemblent tous à des figures de cire de James Stewart à Lauren Bacall (une mentions spéciale pour cette dernière qui est incroyablement raide, incapable de donner la moindre sincérité, le moindre frémissement à son personnage) et ne véhiculent aucune émotion. Il faut dire que le scénario aseptise totalement le beau roman de Glendon Swarthout, « Le Tireur », qui vient de paraître chez Gallmeister. Mais même quand il reprend presque mot pour mot une scène, la mise en scène de Siegel est tellement plate que rien ne passe. Et les scènes d’action sont d’une mollesse sidérante. La comparaison avec une autre adaptation d’un roman de Swarthout, THE HOMESMAN, fait apparaître de façon éclatante les qualités, l’invention de Tommy Lee Jones. Et son respect intelligent vis- à-vis du roman.

ANGEL HEART est peut être le chef d’œuvre d’Alan Parker. Une nouvelle vision prouve non seulement que le film tient remarquablement le coup (les affrontements entre Mickey Rourke, bluffant, et De Niro sont toujours aussi spectaculaires) mais qu’il se bonifie et que beaucoup de réalisateurs de films d’horreur pourraient en prendre de la graine. L’atmosphère de la Nouvelle Orléans, la présence vaudou, sont formidablement rendues : une poursuite à pied dans les ruelles se révèle beaucoup plus intéressante que la plupart des scènes similaires en automobile.

angelheart

Commentaires (275)

 

  1. MB dit :

    THE MIND READER absolument formidable! Cet acteur Warren William que je jugeais jusqu’ici emprunté et raide montre un éventail de la comédie au drame parfaitement analogue au film. ss doute la liberté du pre-code ne s’applique-t’elle pas que sur les moeurs sexuelles ou la réalité sociale brutale mais à la conception même des films, et peut-être les petits budgets de ces films courts (ici, 67′) les affranchissent-ils de diktats d’unité de style ou de respect des convenances sur tous les tableaux, mise en scène inclus. Et tiens je me lance: c’est même sûr!
    Je ne sais que louer pour ne pas être trop long: la veine comédie avec dialogues percutants (cette partie est lèguée à Allen Jenkins), la discrétion de certaines idées osées: la place tenue par l’acteur noir Clarence Muse est certes secondaire mais il n’est jamais filmé dans le rôle du benêt lié souvent à sa couleur de peau, l’irruption en douceur du drame reflété par le visage soudain torturé de W William y compris lorsqu’il décide de retourner à sa vie malhonnête, le personnage de son acolyte est très riche: comme dit Bertrand il n’a aucun état d’âme mais révèle un vrai sens de l’amitié qui le mène d’ailleurs à réentraîner Warren sur la délicieuse pente du crime!
    Bertrand vous notez la formidable dernière ligne offerte à Allen Jenkins ci-dessus, qui date adroitement l’époque du cadre du film, la fin de la prohibition, j’en vois deux autres juste avant lors de ces adieux à Warren: l’une qui touche à ce qui est arrivé à son copain lors de sa petite enfance, plus drôle en traduction française du ss titreur (qui l’a peut-être piquée ailleurs car je la connaissais), et surtout sa réponse à Warren lorsque celui-ci, le « liseur de pensées » lui demande en partant en prison combien on peut obtenir pour bonne conduite!

    • Mathieu dit :

      à MB:
      Décidément il faut que je voie THE MIND READER d’autant plus que les films de Roy Del Ruth disponibles en dvd avec stf sont rares. Question annexe, si vous l’avez visionné dans l’édition française de la collection Forbidden Hollywood, qu’en est-il de la qualité de l’image, je veux parler d’un problème d’aliasing (crénelage) qui me gâche la vision de certains titres de la collection comme A FREE SOUL, THREE ON A MATCH ou BOMBSHELL (et qui disparait quand le dvd est visionné sur un PC) alors que d’autres titres de la collection n’ont heureusement pas ce défaut et bénéficient parfois de transferts excellents comme 42ND STREET.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Mathieu
        Les qualités sont erratiques et j’ai eu des rendus différents selon les lecteurs de dvd

      • MB dit :

        à Mathieu: pas de problème d’image avec MIND READER dans la collec Forbidden Hollywood d’ici en France, je n’en avais pas vu avec BOMBSHELL, les lecteurs de dvd ont des performances différentes, je veux pas jouer au richard mais il faut opter pour une bonne marque (sans aller jusqu’au Oppo à 1000€!). Je me souviens que je ne peux voir PIRATES OF CAPRI ed.Black Horse que sur un pc avec VLC et l’option « désentrelacer » j’en ai déjà parlé, sur le lecteur de salon effet peigne avec raies horizontales dés que mouvement, travelling etc. Est-ce pareil que l’effet crénelage ou aliasing? Je vous mettrai des cop d’ec du Del Tuth.

        • Mathieu dit :

          à MB:
          Merci pour la capture d’écran, l’image a l’air très bien. Mais c’est souvent en mouvement qu’on voit les défauts ou les qualités d’un dvd (un bon dvd étant meilleur en mouvement qu’à l’arrêt). J’ai revu hier A FREE SOUL et la situation n’est pas catastrophique, il ne faut pas être trop prêt de son écran. Mais je suis assez sensible à ce genre de défaut, plus qu’à la propreté des pellicules sur laquelle pinaillent souvent les rédacteurs de dvdclassik.
          Un mot sur A FREE SOUL:
          Le film est pour moi un peu décevant eu égard à sa réputation, et je lui préfère de beaucoup FASCINATION (POSSESSED) disponible dans la même collection. Le défaut principal vient de l’interprétation, en particulier du jeu pour moi pas convaincant et daté de Norma Shearer. Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer ce qu’aurait fait une Stanwyck de ce rôle.
          Lionel Barrymore est un avocat veuf, alcoolique et anticonformiste qui a élevé seul sa fille (Norma Shearer) dans le même esprit de liberté et de mépris des convenances bourgeoises qu’il professe notamment vis-à-vis des autres membres de sa famille, très soucieux de respectabilité. Quand sa fille tombe amoureuse d’un voyou (Gable) qu’il a fait acquitter les problèmes commencent. La fille, qui aime son père plus que tout lui propose un marché : elle rompra avec le voyou s’il arrête de boire. Il n’y parvient pas… Il s’agit on l’aura compris d’un mélodrame, mais contrairement à beaucoup d’œuvres du genre, de La Dame aux camélias à Madame X, il ne s’agit pas de sacrifier le bonheur et la liberté individuelle sur l’autel de la réputation (celle de l’être aimé, pour ne pas compromettre son bonheur futur) ou plutôt il s’agit aussi de cela mais d’une façon moins conventionnelle, plus complexe, et moins masochiste que souvent. C’est l’histoire d’une double déchéance, et Lionel Barrymore chute d’ailleurs –physiquement, et symboliquement- plusieurs fois dans le film, mais il s’agit moins de déchoir vis-à-vis de la société que vis-à-vis de soi-même et des êtres aimés, et de son idéal de liberté et d’indépendance, montré comme moralement plus exigeant que la simple conformité à l’ordre social.
          Le ton, par sa franchise ou au contraire par ses ambigüités est typiquement pre-code. La première scène du film nous montre la matinée d’un couple et tout nous laisse croire qu’il s’agit d’un mari et de sa femme (ou de sa maitresse) jusqu’au moment où l’on comprend qu’il s’agit d’un père et de sa fille. Plus tard le gangster joué par Gable explique au fiancé de sa maitresse que celle-ci n’est plus vierge avec une expression argotique qui m’a échappé mais que les traducteurs des sous-titres ont rendu par « elle a gagé son bijou depuis des mois ». Quand on pense que 20 ans après ce film Preminger s’attirait les foudres de la censure (du Kansas) pour THE MOON IS BLUE, principalement à cause de l’utilisation du mot « virgin »…
          Il y a de très belles idées de mise en scène, que je ne décrirai pas d’autant qu’elles sont souvent liées à des surprises dans le déroulement de l’histoire. Brown a une grande maitrise du rythme, accélère parfois subitement un tempo généralement plus lent que certains films typiques de l’époque. Il n’hésite pas non plus à filmer des moments dramatiques en plans généraux, et à couper un plan quand il le devient trop (dramatique).

        • MB dit :

          à Mathieu: je me suis fait la même réflexion que c’était un plan fixe! mais je copie souvent des plans après avoir vu un film et c’est tout ce que j’avais, ah! comme vous êtes sympa je vais vous trouver un travelling dés que j’ai une seconde, va!

        • MB dit :

          à Mathieu: j’ai bien regardé en accéléré, j’ai rien vu de gênant dans les travellings ou les mouvements…

        • Mathieu dit :

          à MB:
          Ne vous dérangez pas, l’image a l’air très bien et je vais acquérir le dvd. Je ne parlais pas d’effets de peigne dans les mouvements, phénomène que je rencontre heureusement très rarement (à part dans des bonus), mais de crénelage pas résolu par le mouvement et qui demande de ne pas regarder l’écran de trop près.(par exemple sur le Blu-ray de RED RIVER, certains plans provenant d’une source SD pâtissent de ce défaut dans la version « director’s cut » reconstruite par Wild Side). Certains dvd Columbia zone 2 ont aussi ce défaut et j’espère que Sony continuera à éditer des films de Capra en Blu-ray, en particulier MR DEEDS GOES TO TOWN, et de façon plus satisfaisante que celui de MR SMITH GOES TO WASHINGTON qui a été édité apparemment sans stf…

        • Alexandre Angel dit :

          A Mathieu
          Qu’appelez-vous « crénelage »?

        • MB dit :

          à AA: ayant posé la question à Mathieu qui a dû la zapper j’ai cherché et vous livre une expli subjective: c’est quand y’a trop de pixels et que du coup, on les voit ou du moins on peut en distinguer certains. Les pixels étant des point de définition de l’image de forme carrée, désespérément carrée, (j’allais mettre « numériques » mais il me semble qu’on les retrouve en imprimerie classique, quand on regarde une image de trop près) forme que la nature ignore la plupart du temps, eussent rendu fou Leonard ou Rodin. Quand il n’y en a pas assez de pixels, ils doivent se partager l’image en de plus grosses parties pour chacun, d’où leur forme carrée apparaît mieux à l’oeil humain. Si deux pixels fournissent chacun une zone de couleur très contrastée (ex. l’un du noir l’autre du blanc!) la forme carrée apparaît mieux. Plus on va vers la hd plus il y a de pixels et + les carrés s’estompent à un oeil humain heureusement pas assez perçant, peut-être un aigle distinguerait-il les carrés là où un homme ne verrait encore bque des courbes. Je ne sais pas ce que ça donne dans la représentation de formes rectilignes par contre sur les courbes entre deux parties contrastées ils se révèlent mieux. C’est l’avantage d’un manque de performances de l’oeil humain! De même s’il n’y avait pas la persistance rétinienne il n’y aurait pas de mouvement, d’où l’origine du cinéma est biologique, pas chimique! (donc, Dieu a autorisé le cinéma sans rancune pour les films athéistes qu’il produira)
          Vous avez un exemple, mal illustré en fait selon moi dans la chronique BR de RED RIVER chez dvdclassik:
          http://www.dvdclassik.com/test/blu-ray-la-riviere-rouge-wild-side-combo-blu-ray-dvd
          avec expli et captures à la fin du 2ème paragraphe, mais j’ai du mal à voir la diff entre les 2!
          C’est l’effet « escalier » dit-on.
          Voyez Wikipédia bien sûr + précis ou d’autres sites techniques:
          « Trois facteurs contribuent à la visibilité des pixels :

          leur taille ;
          le contraste entre deux pixels consécutifs ;
          le temps pendant lequel l’image reste fixe. »
          (ah! je zappais sur ce dernier élément, plus le temps est court moins l’effet escalier se fait sentir je suppose?)
          cet article ridiculisera ma contribution mais je m’en fiche bien tralala!

        • Alexandre Angel dit :

          A MB
          Très bien votre contribution (il y aura moins d’humour sur Wikipédia) et merci!
          En fait, le crénelage, c’est de la pixellisation, si j’ai bien compris. Chez Papa Maman, j’ai souvent, depuis 2-3 ans, maté des films en replay. J’en suis revenu car les films étant des enregistrements de définition médiocre, ça pixellise à tout va, surtout quand il y a de la flotte : dès que quelqu’un plonge dans une piscine, ce sont les pixels qui éclaboussent.

        • MB dit :

          pixellisation, voilà: si on distingue la forme carrée des pixels c’est pas bon…

        • Mathieu dit :

          à Alexandre Angel:
          Pardon je n’ai pas pu accéder à Internet ses jours-ci. Le crénelage c’est quand une ligne diagonale apparait avec un effet d’escalier. Les bons dvd peuvent présenter de tels crénelages à l’arrêt et les faire disparaitre par le mouvement, d’autres dvd non . Il me semble que la pixellisation c’est autre chose, c’est quand les logiciels de compression (ou leurs utilisateurs), pour alléger le poids du fichier numérique, réduisent des pixels voisins à la même valeur, ce qui donnent des blocs de pixels identiques et donc voyants. Les dvd et même les Blu-rays sont compressés par rapport aux scans de départ, et c’est plus ou moins bien fait, la vod et le streaming sur le Net, c’est encore plus compressé, d’où divers défauts comme la pixellisation ou sa variante la postérisation (quand une gradation progressive de valeurs est réduite à quelques valeurs, avec passage brusque de l’une à l’autre (surtout visible dans les surfaces presqu’unies comme un ciel bleu)…

        • MB dit :

          à Mathieu: Merci pour ces précisions.

        • Alexandre Angel dit :

          Merci Mathieu!

  2. Alexandre Angel dit :

    PAQUEBOT suite car envoi intempestif
    ..avec laquelle ils jouent, disais-je.
    L’aisance moderne du PAQUEBOT relève de l’épluchage, de l’effeuillage de poupées russes : chaque étape narrative, toujours légère, virevoltante (flottant entre fantaisie à la René Clair et Front Populaire) amène l’étape suivante ou plutôt, l’induit. Paris est le lieu du mesquin franchouillard, des guichetiers revêches (« C’est à c’t’heure-ci que vous arrivez? ») aux « intermittents » désobligeants comme celui qui, s’adressant aux figurants d’un tournage pour lequel Ségard a postulé, leur rappelle qu’ils seront contrôlés à la sortie parce qu' »il y a de l’argenterie ». Le port où tout est possible, sauf échapper à un départ fatal sans cesse procrastiné, est le lieu de l’entre-deux, de la rencontre, de l’amitié, de l’amour.
    Dans PAQUEBOT, rien n’est définitivement à sa place, Préjean, héros programmé, s’avère falot et pusillanime. Marie Glory, actrice qui s’améliore au fur et à mesure du film, nous touche par sa présence tout juste sexy, amoureuse, au minois suspendu quelque part entre Simone Simon et Marianne Denicourt. Pierre Laurel, en Père Hidoux, est le « chœur » du film, sa caution morale, hantant de sa présence bon nombre de beaux plans, souvent en duo avec Prélier, comme dans cette séquence portuaire pluvieuse, mâtinée du blues de Jean Wiener.
    Ce même Père Hidoux qui injecte au film une contemporanéité que les plans moyens, encore une fois, qu’il partage avec Prélier, viennent attester tels celui où, abandonné par sa nana potentielle qui lui aura préféré Bastien (Albert Préjean), moins timide (à méditer), Ségard demande à son confident si Marie Glory a ri lorsqu’il lui a annoncé qu’il partait. Et le Père Hidoux de répondre : « ..et, j’en sais rien, et si je l’ savais, j’irais pas te le dire ».
    Réalisme non pas spécialement poétique, mais comportemental.
    Fin ni tragique, ni mélodramatique, ni dramatique, ni même amère ou douce-amère, tout juste cafardeuse.
    Avec le PAQUEBOT TENACITY, partir, c’est mourir beaucoup..

  3. Alexandre Angel dit :

    Le sortir du PAQUEBOT TENACITY m’a posé souci. J’ai inlassablement cherché à quoi me faisait penser cette fin cafardeuse qui avait marqué des copains lorsque le film avait été diffusé chez Brion au milieu des années 80. J’ai essayé des trucs ici ou là : le point final en noir et blanc de BONJOUR TRISTESSE, d’Otto Preminger, mais cela ne collait pas. J’ai pensé à Jean Gabin, tétanisé par le départ des catins à la fin de « La Maison Tellier », segment vertébral du PLAISIR, de Max Ophüls, sans conviction. Las, penaud, j’ai opté, faute de mieux pour, éventuellement, la fin, déchirante, de MODEL SHOP, de Jacques Demy, qui montre Gary Lockwood, s’arrachant à une impasse sentimentale en se jetant dans une guerre en terre vietnamienne dont on subodore qu’il n’en reviendra pas.
    Hubert Prelier, dans le rôle de Ségard, est le grand sacrifié de PAQUEBOT TENACITY et mes cogitations ont eu au moins le mérite de me fourrer le nez sur l’originalité, la singularité même, du film de Duvivier.
    D’abord le film dans le film qui ouvre le film donne la mesure de l’agilité de Duvivier, capable de vivre son époque, tout en la mettant en perspective. Ce machin kitsch, à base d’exotisme tahitien, de vahinés et de transparences, pourrait très bien être le début d’un film de 1934. Sauf que non, il s’agit de la projo d’un film qui se termine. Tout, dans le PAQUEBOT (où l’on embarque pratiquement jamais), participe d’une mise en perspective des clichés de l’époque. Cela va des clichetons véhiculés par Albert Préjean (« Au Sud du Canada, il y a des Peaux-Rouges et des Nègres », et aussi l’évocation des « Cob-Boilles », indigènes à cheval), clichés débridés, formulés à la cantonade, au « second degré » de Préjean, lorsque, fin bourré , chantant, interpellé par la taulière qui lui lance qu’il chante presque aussi bien qu’Albert Préjean, il répond: « Y-a-pas de mal!! » Tout dans le PAQUEBOT ramène à une imagerie dont les auteurs ont conscience, avec laquelle ils jopuent

  4. Rouxel dit :

    Bertrand,je suis entièrement d’accord avec vous sur le commentaire du film »Le journal d’une femme en blanc »de Claude Autant-Lara.Pourtant Tulard écrit que c’est une oeuvre médiocre mais qu’il revoit certains films.Il y a des scènes d’une grande tristesse,comme vous l’évoquez quand Marie se rend dans l’hotel minable ou vit misérablement ce jeune couple,on se demande à quelle époque on vit.Puis le jeu tout en douceur et délicatesse de Marie José Nat donne à ce film une force incroyable au personnage.Il m’a fait penser à »Hypocrate »sorti l’an dernier et qui décrit avec justesse le manque de personnel et de moyens financiers dans le milieu hospitalier public.Quand on sait que l’assistance publique des hopitaux de Paris n’existe quasiment plus ainsi que les services d’urgence dans plusieurs villes françaises sont engorgés de patients qui attendent quelquefois plus que 4 heures!!!Que fait cette fameuse »gauche »qui est sensée gouverner ce pays?

  5. Rouxel dit :

    Quel veritable bonheur de revoir »La vie de chateau »de Jean Paul Rappeneau,comédie dynamique,vivifiante et plein d’energie dans la mise en scène et les dialogues.On apprend de la bouche du réalisateur qu’au départ c’est Louis Jourdan qui devait incarner ce gentleman farmer à la française,finalement c’est l’immense Philippe Noiret qui à été choisi pour sa non-chalance ,sa démarche chaloupé et son regard éternel réveur.Mary Marquet grande dame de théatre apporte avec son élégance le personnage de la chatelaine »amoureuse »du fermier incarné par Pierre Brasseur.Catherine Deneuve évoque la fameuse scène de la grenade ou Pierre Brasseur était éméché car il aimait bien boire et bien manger.Puis la beauté lumineuse de Marie tout en légereté et en nuances donne une épaisseur au personnage de Catherine Deneuve.L’ensemble est servie par une musique à la fois mélancolique et sentimentale,signée de Michel Legrand.Dans le bonus,il y a un court entretien avec Philippe Noiret qui été à mon avis déjà malade.C’était un etre attachant,genereux dans ses propos et d’une grande humilité sur lui meme.Un homme rare comme on dit,qui osait meme se moquer de haute taille,son grand nez et son coté falot.En revoyant ce film,j’ai pensé au »Vieux fusil »ou là,il donne de sapersonne.Enfin revoyez »La vie de chateau »ainsi que toutes les oeuvres de Rappeneau.

  6. Guy Gadebois dit :

    Au cas où l’info vous aurait échappé, Ciné Classics donne l’intégrale Roberto Rossellini de Janvier à Juin. Et l’intégrale ça veut dire l’intégrale.
    En supplément, le documentaire que Carlo Lizzani lui a consacré, dans lequel, de mémoire, on entend Rossellini dire « Considérer les gens de cinéma comme des demi-dieux, me donne envie de vomir. » Certains d’entre nous peuvent méditer là-dessus.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      Attention aux propos de Rossellini qui était un grand roublard. Il a commencé à mettre en cause le cinéma quand il ne parvenait plus à monter de films. Dans sa grande période créatrice, il tenait des propos très différents et souvent passionnants (et aussi pendant ses films fascistes, son discours était aussi dans l’air du temps). Se méfier des idées fracassantes, des théories exprimées par les metteurs en scène. Pagnol demanda à Ducreux ce qu’il pensait de sa Théorie du Cinématographe. Ducreux lui dit que c’était passionnant mais que cela ne concernait pas tous les films. Et Pagnol de répondre : « cela ne concerne que les miens ». Il y a des cabots, des gens odieux dans le cinéma (Lang, Ford, Huston, Renoir ont tous leurs zones d’ombre. Rossellini aussi) mais aussi des individus généreux, passionnés, modestes

      • Minette pascal dit :

        Ford n’avait-il pas aussi une forme de modestie ?
        Il n’avait pas peur de dire qu’il faisait des westerns. (Sydney Pollack par exemple se défendant d’en avoir fait un avec Jeremiah Johnsson comme si c’était une honte);
        Dans ses rares interviews, il élude les questions qui pourraient lui donner l’occasion de faire valoir son côté intello. Il ne cède jamais, comme indifférent à l’image qu’il donne. Ou peut-être pensait-il que le mystère est plus attirant que tout chez un être humain ?

      • Guy Gadebois dit :

        A BT

        Certainement mais face aux propos des jeunes cinéastes d’aujourd’hui qui, à peine-on-t’ils fait deux films, se répandent dans les médias pour réciter des platitudes, tout ce qu’on entend de la bouche de ces vieilles ganaches, ne peut que nous régaler. Et leur filmographie les absout de toutes les roublardises et mauvaise humeur.

      • ballantrae dit :

        Les écrits de Mac Kendrick semblent provenir d’un cinéaste généreux et jamais pontifiant dans sa manière très pragmatique d’aborder son art de la mise en scène.
        Des tas d’auteurs passionnants sont généreux et de magnifiques êtres humains: Powell, De Toth pour ne prendre que des cinéastes qui furent vos amis.
        Et pour Lang, Ford,Rossellini,Renoir regardons le meilleur: les moments de génie de leurs filmographies respectives!

  7. Guy Gadebois dit :

    Une adaptation de Maigret intitulée L’HOMME DE LA TOUR EIFFEL m’a littéralement vissé sur mon canapé, en dépit du fait que Charles Laughton fasse partie (avec Albert Préjean) des Maigret les moins crédibles de l’écran. Le film est curieusement réalisé par Burgess Meredith (un peu par Laughton aussi) produit par Irving Allen, mais ni l’histoire, ni même Maigret lui-même ne constituent le véritable sujet. Il s’agit d’un film sur Paris. Un film qui se distingue du cinéma français (ou américain en France) de l’époque, du fait que pratiquement tout se passe en extérieur. Les scènes d’intérieur sont rares et vite expédiées pour revenir dans les rues de Paris, Saint Germain, les Deux Magots, les quais, la Santé, les toits sur lesquels se déroulent une incroyable poursuite, pour se terminer à la tour Eiffel. Le film à pour principal intérêt de nous emmener faire une ballade, en couleur, qui aurait sans doute ravi Léon-Paul Fargue, à travers des images documentaires aussi précieuses que ETUDES SUR PARIS d’André Sauvage. Pas un pied de pellicule n’est imprimé en studio, et la scène finale où un personnage tente de fuir la police en escaladant la tour Eiffel, puis chute pour se raccrocher aux câbles d’un ascenseur, ne doit rien aux transparences. Burgess Meredith a tourné la majorité de ses plans pour l’image, et peu pour l’intrigue, mais le résultat est assez unique avec une volonté réelle de se démarquer des conventions du studio.
    Tout est tourné sur place, et on se demande comment on pourrait faire ça aujourd’hui, sans l’appui du numérique. René Château nous garantit une « image et son restaurés », on veut bien le croire, mais il n’a rien pu faire contre l’uniformité sépia que le temps a imposé au film. Ca ne retire rien à l’étonnement provoqué par l’extrême rareté de ces images.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Guy Gadebois
      J’ai du mal à juger ce film toujours vu dans des copies horribles, avec des couleurs horribles qui ne doivent pas rendre justice à la photo de Stanley Cortez. Mais il m’a semblé très mal écrit, pauvrement joué (curieux pour un film dirigé par un acteur) et d’une rare mollesse dans la réalisation. J’ai du mal à m’intéresser à des plans qui ne me semblaient jamais organiques par rapport à l’histoire. Et il faut lutter contre le souvenir de la TETE D’UN HOMME

  8. Rouxel dit :

    A signaler pour le mois de mars,la réedition de trois films réalisés par Bertrand(en blu ray)ainsi qu’un film de Michael Mann »Le solitaire » puis un classique anglais des années 50″Les briseurs de barrage »vu à la tv il y a longtemps.Question pour Bertrand.Connaissez vous deux films de Fortuny »Ce soir les souris dansent »avec Franck Willard puis »Les délinquants » enfin « Le cave piégé » réalisé par un certain Merenda?Merci,à bientot de vous lire.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Rouxel
      Les titres que vous citez ravivent de pénibles souvenirs : ce sont des productions de série ternes, mal mises en scènes, à peine écrites. Les bas fonds de la production

      • Rouxel dit :

        J’ai acheté par simple curiosité »Le cave est piégé »et effectivement le film ne tient pas du tout la route.Mise en scène inexistante,dialogues surjoués,acteurs pas crédible du tout.C’est vrai que Franck Villard à eu une carrière assez surprenante:il fait meme une courte apparition dans »Apocalypse now »de Coppola à la fin du film.

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