Cinéma américain : Gordon Douglas, Clarence Brown et Oliver Stone

3 avril 2019 par - DVD

Revu enfin dans une belle copie, HE WALKED BY NIGHT nous a semblé meilleur que dans notre souvenir. Grace à la photo très inventive d’Alton et à l’interprétation de Richard Basehart qui arrive à préserver l’opacité de son personnage tout en le rendant intéressant. On ne sait pas très bien ce qu’il cherche, sinon de l’argent, ni ce qui le motive vraiment. Le scénario ne se préoccupe guère de psychologie ni pour lui ni pour les flics. Aucun effort n’est fait pour approfondir le personnage de Scott Brady et le film y gagne car on nous épargne les habituelles séquences de vie domestiques. Le récit procède par brusque à coups que relie un commentaire pléonastique et solennel, asséné plutôt que lu par Reed Hadley. Les scènes nocturnes sont les plus réussies. On a beaucoup glosé sur les séquences se déroulant dans les égouts où Alton exécute une série de variations sur des lampes torche sans doute très renforcées qui s’éloignent ou se rapprochent dans les conduits très obscurs, créant de spectaculaires effets, notamment dans les plans très larges : on voit la lumière cascader puis décroître sur les murs. Mais nous avons été davantage impressionné par toute la scène où Basehart arrive en avance au rendez-vous fixé par Mr Reeves, déjouant le piège tendu par les policiers. Là, plus que dans la scène célèbre où il s’opère lui même, on se dit que le découpage, les angles, les rapports des personnages dans l’espace portent la trace (l’influence ?) d’Anthony Mann. Mais John Alton, au festival de Telluride, avait maintenu que la part de Mann avait été minime contrairement à ce qui a été écrit ici et là.

GORDON DOUGLAS
LE FAUVE EN LIBERTÉ – Les pressions sans doute de la censure et le choix de James Cagney transforment le Ralph Cotter du roman : du jeune lettré devenu psychopathe criminel, les auteurs ne retiennent que le psychopathe, assez proche du héros de WHITE HEAT. Mais le film surprend encore par sa violence dès la séquence d’évasion où Cagney tue son compagnon blessé, d’une balle dans la tête. Douglas réunit une distribution mythique, qui comprend des piliers du film noir, dans des rôles juteux qui les mettent particulièrement en valeur : Neville Brand, le compagnon d’évasion, Steve Brodie, John Litel. La palme revient au spectaculaire couple de flics véreux et assez stupides que forment Ward Bond et Barton McLane et à Luther Adler qui fignole un des avocats corrompus les plus marquants du genre. La mise en scène nerveuse, précise, utilisant à merveille l’espace (dans les meilleurs moments on pense à Walsh même si le film n’a pas la grandeur, la démesure cosmique de WHITE HEAT), ne flotte que dans deux ou trois scènes du dernier tiers même si Helena Carter se tire honorablement d’un personnage conventionnel. Il est intéressant de voir comment les rapports de Cagney avec Barbara Payton qui est ici excellente, sexy et crédible, inversent les schémas traditionnels du film noir. Cagney joue plutôt le rôle de la femme fatale qui sème le trouble et le mal et Payton représente celle que l’on corrompt. Une séquence, particulièrement remarquable, constitue un sommet du genre : Holiday (Payton) furieuse de la conduite de Ralph, lui lance un couteau qui érafle son oreille. Il surgit dans la salle de bain, mouille une serviette et nettoie sa plaie, puis se rue sur elle la battant sauvagement avec la serviette mouillée. Acculée contre le mur, le suppliant d’arrêter, elle se jette dans ses bras, se sentant seule après la mort de son frère, ignorant que c’est lui qui l’a tué. Douglas filme avec fluidité ce changement d’attitude et le rend crédible.

Mais Douglas s’est essayé à tous les genres. On connaît ses succès dans le western (LA MAÎTRESSE DE FER, RIO CONCHOS, LE GÉANT DU GRAND NORD, FORT DOBBS) mais beaucoup moins dans le film sentimental, voire le mélodrame et la comédie musicale, deux genres qui co existent dans l’inclassable YOUNG AT HEART qu’Olive a enfin restauré (DVD zone 1 sans sous-titres). Ce dernier film, remake de l’excellent FOUR DAUGHTERS de Michael Curtiz, a la sagesse de rester très fidèle à l’original (les scénaristes sont les mêmes, Julius Epstein et Lenore Coffee), bien que les quatre filles soient, sans dommage appréciable, réduites à trois. Le choix de Frank Sinatra pour le rôle du musicien malchanceux et fataliste qui avait lancé John Garfield est judicieux, mais les chansons, excellentes (on y entend de bonnes versions de « Just One of Those Things »et de « Someone Watched Over Me » sans parler de la chanson titre qui triompha) ou médiocres, sont la cerise un peu encombrante sur un gâteau déjà très riche au départ. Refusant les conventions du musical, Douglas s’efforce de justifier diégétiquement les intermèdes musicaux mais il faut alors accepter une convention différente : Sinatra chante et joue du piano dans un restaurant-bar (c’est son gagne-pain), dans le vacarme et l’indifférence totale des clients, ce qui paraît plausible. Saisi par l’interprétation intérieure et poignante de « One For My Baby », Douglas décide d’isoler Sinatra, d’oublier tous les bruits d’ambiance, transformant la chanson en une sorte de monologue dramatique qui deviendra un des moments phares de tous les futurs récitals de Sinatra. Sans avoir l’énergie de la mise en scène de Curtiz, celle de Douglas organise efficacement les évolutions de nombreux personnages dans un espace restreint. L’usage de la couleur, les cadrages, souvent derrière une fenêtre, font parfois penser à Sirk (impression peut-être renforcée par le fait que Robert Keith et Dorothy Malone sont père et fille comme dans WRITTEN ON THE WIND). Ainsi, à l’arrivée, YOUNG AT HEART, écrit Rauger, est sans doute un des films hollywoodiens les plus authentiques et les plus conscients jamais fait sur la dépression. C’est Sinatra qui imposa une fin heureuse contestable même si elle donne lieu à au seul duo entre Sinatra et Doris Day durant les dernières 16 mesures de « You My Love » de Jimmy Van Heusen.

YOUNG AT HEART n’est pas un accident isolé dans la carrière de Douglas. Il a dirigé plusieurs autres drames féminins (« women’s pictures ») comme le rappelle Dave Kehr dont HARLOW qui nous avait laissé de glace. Quand on assigna Douglas à SINCERELY YOURS (DVD Warner on demand zone 1), premier film de fiction joué par Liberace, le pianiste virtuose dont Soderbergh évoqua la personnalité tourmentée dans le remarquable BEHIND THE CANDELABRA, il dut se dire mauvaise pioche, tant le scénario d’Irving Wallace commence par juxtaposer une série de séquences prétexte qui permettent au héros d’étaler une virtuosité purement technique, passant de Chopin à une chanson sud-américaine, de Tchaikovsky à une polka sans oublier une variation assez réjouissante sur « Pinetop’s Boogie Woogie » de Pinetop Perkins. La trame connaissant la personnalité du pianiste flirte avec l’imaginaire en brodant autour d’une rivalité amoureuse, entre Joanne Dru la fidèle secrétaire et une Dorothy Malone (que Douglas sait une fois encore très bien photographier et diriger), corsetée et boutonnée jusqu’au cou mais qui irradie une vivacité, une sexualité tout à fait improbables quand on connaît le contexte. On a le droit à des répliques gratinées comme « Vous ne pourrez pas rivaliser avec un concerto ». Le propos bascule ensuite dans le mélodrame quand Harry Warren/Liberace devient sourd, apprend à lire sur les lèvres et sauve un petit garçon handicapé et une femme âgée méprisée par sa fille. Ce film a une réputation catastrophique aussi bien chez Maltin (Bomb), chez  les Medved qui l’incluent dans leur liste infamante que chez Paul Mavis dans DVDTalk qui se moque des gros plans ridicules d’un Liberace avec des mèches crantées murmurant « merci mon Dieu » en pleurant après son opération. Il est vrai que le pianiste avec ses yeux globuleux, son allure onctueuse est un acteur calamiteux (notamment dans cette séquence) mais même dans ces péripéties kitsch, on finit par comprendre que son ingénuité calculée ou réelle, sa bonhomie chaleureuse ait attiré des milliers de fans Nous avons néanmoins trouvé le film non pas meilleur (un tel adjectif ne conviendrait pas) mais plus regardable, plus gracieux qu’on l’aurait pensé. Certains plans sont joliment coloriés par William Clothier et Douglas utilise avec élégance la couleur rouge, celle du manteau que porte Joanne Dru quand elle part qui renvoie à la robe rouge de Dorothy Malone, rappel élégant qui unit les deux femmes. On pense à Sirk tout comme dans la scène où Liberace incite à retrouver Alex Nicol qui l’attend dans le parc. L’échec commercial bloqua la seconde réalisation, Warner préférant payer son contrat à Liberace plutôt que de produire le film. A noter, preuve que c’est une œuvre de fiction, que l’on ne voit jamais le célèbre candélabre.

On retrouve Max Steiner au générique de THE SINS OF RACHEL CADE qui sortit dans un double programme très Nickel Odéon avec GOLD OF THE SEVEN SAINTS et sa musique épouse frontalement les péripéties, voire les conventions du scénario d’Edward Anhalt d’après un roman obscur, notamment lors des dernières scènes où un contrepoint religieux vient se fondre dans le thème d’amour. Rachel Cade est en effet une missionnaire venue du Kansas pour soigner et bien sûr évangéliser les habitants d’une région perdue du Congo Belge. Elle va tomber amoureuse de deux hommes, l’officier agnostique qui administre le district (Peter Finch reprend un personnage qu’il avait joué dans A NUN’S STORY) et un jeune et brillant aviateur (Roger Moore). Disons le tout de suite, l’histoire d’amour même traitée avec sobriété et concision est ce qu’il y a de moins intéressant dans le film. Comme l’écrit le rédacteur de Coffee, Coffee and more Coffee : « Ce film doit être aimé et chéri pour les gros plans d’Angie Dickinson… On ne parle pas seulement des plans très serrés mais de ceux où ses lèvres délimitent le bas du cadre et ses sourcils le haut. Et où les couleurs sont comme adoucies, peut-être à cause du tirage, mais cela marche. Je n’ai jamais vu Angie Dickinson aussi amoureusement photographiée que dans ce film. » Nous sommes assez d’accord avec cet admirateur enthousiaste. On a l’impression que Gordon Douglas et son chef opérateur Peverell Marley sont tombés amoureux d’Angie Dickinson et avec elle, son visage avec quelques gouttes de sueur, on accepte avec un certain plaisir pervers ce Congo Belge reconstitué à Burbank, ces rebondissements éculés qui auraient pu être beaucoup plus gênants (l’enfant malade qu’on va sauver, les rivalités avec le sorcier local joué par Woody Strode, la pseudo malédiction des dieux) d’autant que Douglas les traite avec une vraie conviction, une franchise dans l’approche, le regard, glissant ici et là de petites surprises, une fin de scène occultée, une maladie qu’on ne peut guérir, un échec qui fait douter l’héroïne. Il filme plusieurs scènes sous la pluie, dans la brume, ce qui les rend plus denses, plus réalistes ou de nuit, pour casser le côté trop poli du décor en studio et le crédibiliser, fait parler les acteurs doucement, ce qui convient parfaitement à Peter Finch. Rachel Cade affiche certes ses convictions mais sans les imposer et plusieurs fois on lui oppose des arguments recevables : la paix que prétend imposer le christianisme est mis à mal par cette guerre (l’action se passe durant le conflit de 39-45) entre des nations chrétiennes. Le film réunit de très nombreux acteurs noirs, de Rafer Johnson à Errol John (remarquable de force) en passant par Juano Hernandez, Scatman Crothers que Douglas filme avec plus d’empathie et de respect que le scénario le laissait supposer. Revenons à Coffee, Coffee and more Coffee : « On pourrait couper tout le reste et obtenir un poème visuel encore plus beau que ce qu’avait réussi Joseph Cornell en supprimant tout ce qui était superflu dans EAST OF BORNEO pour ne garder que Rose Hobart. »

Revu aussi AIR FORCE et la séquence qu’écrivit William Faulkner (le reste du scénario est de Hawks et Dudley Nichols) – la mort du commandant de la super forteresse – se remarque par sa puissance dramatique. La première moitié du film où l’on prend peu à peu conscience de la raclée subit par les Américains, où l’on passe d’un aérodrome dévasté à un champ de ruines, vous empoigne et n’a pas pris une ride. Malheureusement le dernier tiers bascule dans la fiction la plus extravagante et l’on a du mal à s’intéresser à des péripéties qui même à l’époque passaient les bornes de la propagande. Le scénario n’avait pas été achevé et toute cette fin fut bâclée parfois sans Hawks qui reconnaît ces manques. La vision du film est quand même moins ample, moins généreuse, moins humaniste que celle de Ford dans les SACRIFIÉS.
J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de A 23 PAS DU MYSTERE de Henry Hathaway, intrigue policière traitée avec une sèche rigueur, un découpage tranchant.

Parmi mes découvertes dans les films Pré-Code, je tiens à signaler CENTRAL AIRPORT, un Wellman de tout premier ordre (Warner on demand), jamais cité quand on parle de ses films d’aviation. Pourtant la séquence de sauvetage finale dans la nuit, dans le brouillard et en hydravion, justifie à elle seule la vision de ce film mené à cent à l’heure.

LE BARBARE ET LA GEISHA a été réhabilité ici et là, ce qui me paraît incompréhensible. Certes, il ne fait pas partie des quelques films que Huston a ouvertement bâclés parce qu’il s’en désintéressait dès le début ou qu’il perdait foi dans le projet (SINFUL DAVEY). Il y a de vraies recherches visuelles, inspirées par les estampes et la calligraphie japonaise, un travail parfois intéressant sur ces murs en papier et les ombres portées. La photographie de Charles Clarke est fort belle mais tout cela n’anime pas une dramaturgie amorphe, léthargique pointée par le producteur Buddy Adler et par John Wayne qui envoya dix pages de notes que Huston ne regarda pas. Elles paraissaient pourtant assez sensées. Le film est totalement dépourvu de tension dramatique. On admire des plans et on baille.
Mieux vaut voir IN THIS OUR LIFE (WARNER ARCHIVE), sa seconde mise en scène, mélodrame décrié qui vaut mieux que sa réputation. Certes, l’intrigue est prévisible mais Howard Koch dont le script est parfois lourd, signe ici et là des séquences fortes, âpres, bien écrites : toutes celles qui opposent Bette Davis qui en fait des tonnes (mais campe finalement un terrifiant personnage d’égoïste, irresponsable, psychopathe) et un splendide Charles Coburn, oncle gâteau qui la pourrit, lui passe ses caprices en lui expliquant cyniquement comment il a ruiné son père. Portrait aigu d’un capitaliste doucereux et impitoyable, réactionnaire et aveugle. Ces scènes riches en sous entendus troubles sont fort bien dirigées par Huston qui impose un ton rapide. A l’actif du film, un personnage de jeune noir, intelligent, éduqué qui veut devenir avocat qui bat en brèche tous les stéréotypes raciaux et racistes. Il s’agit de l’un des personnages les plus progressistes, les plus audacieux du cinéma américain de l’époque. Il faut voir aussi comment Huston filme avec décence, dignité sa mère (Hattie McDaniels à des années lumière d’AUTANT EN EMPORTE LE VENT) en éliminant tous les maniérismes raciaux si gênants. Tous les moments où il est accusé d’avoir écrasé une mère et son enfant par Bette Davis, qui est la vraie coupable, sont extrêmement forts. Et notamment quand il déclare dans la prison que la parole d’un jeune noir ne sera pas prise en compte par les jurés blancs. Ernest Anderson est excellent dans ce rôle. Olivia de Havilland est fort belle (Huston avait une romance très forte avec elle) et Dennis Morgan est correct dans un personnage de convention. Beaucoup d’excellents seconds rôles dont Billie Burke et Frank Craven.

FILMS PRÉ-CODE : VOYAGE SANS RETOUR (Warner)
Une des plus belles histoires d’amour qui se perpétue après la mort, un sujet de mélodrame traité en comédie romantique, ONE WAY PASSAGE tourne le dos à tous les clichés du genre dès son scénario relativement épuré des gags redondants comme parfois chez Garnett. Le personnage de Powell n’a pas de rival, la jalousie ne vient jamais entraver l’amour qu’éprouvent les deux personnages principaux. La mise en scène fluide, inventive, avec une caméra extrêmement mobile, impose un ton léger, intime alors que le destin des deux protagonistes est tragique : William Powell songe souvent à se débarrasser du policier qui le surveille, Kay Francis (dont la sexualité élégante ne survécut pas à l’imposition du Code) se sait condamnée par la maladie. Garnett transcende ce que le sujet pouvait avoir de morbide en lui insufflant un optimisme qui semble aller de soi. Le premier plan donne le la : on y voit des chanteurs de bar récupérer des pièces jusque dans le crachoir (le pianiste a coincé une cigarette entre les touches) et s’interrompre pour désigner les toilettes. Un régal et ceux qui le boudent doivent abandonner ce site.

CLARENCE BROWN
Je ne crois pas que l’on ait beaucoup évoqué ce réalisateur dans ce blog et c’est un peu dommage car on lui doit pas mal de films réussis ou importants (il fut pendant des années un des réalisateurs de prestige de la MGM). Je me souviens de la rétrospective que lui consacra la Cinémathèque. En l’inaugurant, il rendit un long hommage émouvant à Maurice Tourneur qui lui avait tout appris. Et quand, vers la fin de sa vie, Tourneur connut des difficultés financières, Brown, nous apprend Christine Leteux, vint plusieurs fois à son secours. C’était un homme généreux et loyal, bienveillant, ce qui se traduit dans ses meilleurs films dont le très émouvant JODY ET LE FAON (THE YEARLING) (DVD Warner en France), œuvre beaucoup plus dure et noire qu’on l’aurait cru, piégé par le côté chronique familiale.
En le revoyant, j’ai été frappé par la maturité de la description du personnage de Jane Wyman, cette femme meurtrie par la mort prématurée de ses enfants et qui s’est réfugiée derrière un mur d’indifférence. Les scènes de chasse sont foudroyantes avec des travellings à couper le souffle et un nombre considérable de véritables extérieurs (arrachés par Brown) pour une production Metro. Le film sobre, tenu, subtil (Peck est très juste même s’il ne fait pas très sudiste) est de plus d’une très grand beauté visuelle avec un lyrisme qui vous prend le cœur.

  

Ce que l’on retrouve dans le très puissant INTRUDER IN THE DUST (DVD Warner ARCHIVE sans sous-titres) adaptation fidèle du roman de Faulkner, qui gagne à chaque révision. Brown et Ben Maddow se contentent d’élaguer les longues digressions (passionnantes) de Gavin Stevens sur la métaphysique du Sud. L’interprétation de Juano Hernandez est inoubliable et le romancier noir Ralph Ellison pouvait écrire qu’INTRUDER IN THE DUST était « le seul film qu’un public de Harlem pouvait prendre au sérieux, le seul qui contenait l’image d’un Noir avec qui on pouvait s’identifier ».

Parmi les autres Brown on peut se procurer en zone 1 WIFE VERSUS SECRETARY, une très bonne comédie écrite par John Lee Mahin et Norman Krasna où Jean Harlow joue une fille intelligente, rapide, efficace, secrètement amoureuse de son patron Clark Gable. Le film semble une réponse morale aux audaces des productions Pré-Code mais le ton est intelligent, vif et l’interprétation du trio (Myrna Loy a le moins bon rôle) est magistrale. On frôle quand même le drame et les changements de ton sont négociés avec brio et un vrai sens des nuances par Clarence Brown : les séquences dans les chambres d’hôtel à Cuba dégagent une vraie tension sexuelle et la dernière confrontation entre l’épouse et la secrétaire est filmée avec une retenue, une délicatesse rare.

En zone 2, on peut se procurer des vrais films Pré-Code : la période semble avoir été bénéfique pour Brown et A FREE SOUL (ÂMES LIBRES) en est une nouvelle preuve. L’intrigue et la morale fondée sur le rachat, l’expiation de deux (ou trois) transgressions peuvent paraître datées mais le traitement réserve bien des surprises. Le ton rapide, la narration nerveuse, le dialogue souvent brillant et inventif mettent en valeur de nombreux détails audacieux à commencer par la première scène où une jeune femme exhibe ses sous-vêtements avec un dialogue osé devant un homme qui se révèle être son père. La dernière intervention de Barrymore au tribunal lui fit, dit-on, gagner l’Oscar. Cette scène mérite de figurer parmi les péripéties judiciaires les plus extravagantes : Barrymore reprend à la dernière minute la défense du fiancé de sa fille, interroge cette dernière afin qu’elle avoue sa liaison cachée avec Gable, qu’il a accepté, inconscience décuplée par l’alcool, ce qui lui permet d’endosser la responsabilité de tout ce qui est arrivé.

  

SADIE MCKEE, comédie sociale souvent incisive est du même niveau et Edward Arnold est formidable en milliardaire ivrogne. Nous défendions fortement déjà FASCINATION (POSSESSED) dans 50 ANS, louant les extraordinaires premières séquences, la confrontation entre Joan Crawford, modeste ouvrière et un train de luxe qui passe lentement devant elle. Ce mélodrame inspiré contenait des plans quasi-wellesiens. Je signale parmi ses films muets le fort bon TRAIL OF 98 (zone 1), LA CHAIR ET LE DIABLE avec Garbo et John Gilbert, LE DERNIER DES MOHICANS qu’il co-réalisa avec Maurice Tourneur et chez Kino, LORNA DOONE dont il dirigea l’une des premières séquences, la poursuite d’un carrosse sur une plage.
En revanche je reste toujours assez réticent devant une bonne partie de CAPITAINE SANS LOI, récit figé, académique, pourtant l’un des très rares consacré aux pèlerins du Mayflower dont on peut sauver pourtant une fort belle scène de tempête, très réussie et bien filmée. Mais l’histoire d’amour rajoutée et fausse historiquement entre Spencer Tracy et Gene Tierney, peu convaincante plombe le film.

Parmi mes découvertes dans les films Pré-Code, je tiens à signaler CENTRAL AIRPORT un Wellman de tout premier ordre (Warner on demand), jamais cité quand on parle de ses films d’aviation. Pourtant la séquence de sauvetage finale dans la nuit, dans le brouillard et en hydravion, justifie à elle seule la vision de ce film mené à cent à l’heure.

OLIVER STONE
Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de parler d’Oliver Stone dont j’ai revu pourtant avec une vraie émotion PLATOON qui tient très bien le coup et les deux autres volets de sa trilogie vietnamienne. Avec HEAVEN & EARTH (ENTRE CIEL ET TERRE, d’après l’autobiographie de l’héroïne, Le Ly Hayslip), Stone se lance de nouveaux défis : centrer son récit non plus autour d’un monde d’hommes mais sur un personnage féminin, une petite paysanne vietnamienne, Le Ly, que l’on va voir grandir durant toute cette guerre ce qui oblige à prendre un angle diamétralement opposé. Ce film est, à notre connaissance, le seul, qui donne le point de vue des Vietnamiens, décrivant la vie de l’héroïne, de sa famille (un frère part rejoindre les Viet Cong QUI SONT TOUT AUSSI DOGMATIQUES, L’UN D’EUX VIOLERA L’HÉROÏNE) et de son village durant toute la première partie (ce qui nous vaut des plans élégiaques, un montage calme). Une vie saccagée par la guerre, les violences commises par les deux camps, les bombardements, les attentats. Stone montre que si le jour le pays appartient aux Américains, la nuit ce sont les Nord Vietnamiens qui contrôlent la situation. On sent que la stratégie américaine est vouée à l’échec malgré ces irruptions tonitruantes, ces hélicoptères. ENTRE CIEL ET TERRE souffre durant la première moitié de ce que tout le monde s’exprime en anglais (diktat du studio). Dans la seconde partie, avec l’arrivée de Tommy Lee Jones, remarquable, tout s’arrange et plusieurs séquences sont très puissantes. NÉ UN QUATRE JUILLET est le plus polémique, le plus engagé et il contient des scènes inoubliables, une dénonciation terrible du traitement des blessés dans des hôpitaux sans moyens, sans matériel avec un personnel débordé. L’accusation porte fort. Tom Cruise est magnifique.

Dans TALK RADIO, surgit au fil des appels radiophoniques une Amérique pleine de rancœurs antisémites, suprémacistes, où fleurissent les pire discours extrémistes. Avec le recul, on s’aperçoit que Stone et son scénariste Eric Bogosian avaient repéré de manière prophétique la naissance de tout un électorat populaire, frustré, abruti par la télévision, oublié par les politiques, qui allait se venger 25 ans plus tard en faisant élire Trump.

  

L’ENFER DU DIMANCHE
Voilà une des œuvres les plus révélatrices du talent réel, des qualités évidentes d’Oliver Stone, autant sinon plus que WALL STREET, BORN ON THE 4th of JULY, THE DOORS et aussi de ce qui mine parfois certains films, effets visuels voyants, idées préconçues, symbolisme appuyé avec risques de manipulation, les deux étant parfois indissociables comme les deux faces d’une même pièce. Ici, on retrouve surtout les qualités, la fureur – il n’y a pas d’autres mots – narrative, kinésique avec lesquels il plonge dans certains milieux, la Bourse, la politique. Le regard qu’il pose sur le football américain est évidemment des plus décapants. Il n’épargne rien ni personne, pointe la publicité qui a tout gangrené (« La TV a changé notre manière de penser, tout a été ruiné dès la première interruption publicitaire. C’est notre concentration qui comptait pas celle d’un connard vendant des corn flakes », dit le coach Tony D’Amato que joue Al Pacino), les autorités sportives qui couvrent les pires malversations, le côté épouvantablement machiste de cet univers, cette débauche de testostérone aussi bien durant les matches, festivals d’injures raciste et homophobes, que dans les fêtes où l’alcool et la drogue coulent à flot, l’obsession de l’argent qui transforme les joueurs en prima donna obsédées par les primes et pousse Christina Pagniacci (Cameron Diaz), la propriétaire de l’équipe, à vouloir la vendre comme une franchise, la médecine sportive totalement corrompue au point de renvoyer sur le terrain un joueur qui peut y laisser sa peau. Le tout filmé avec une énergie incroyable.

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Commentaires (207)

 

  1. Alexandre Angel dit :

    VOYAGE SANS RETOUR, de Tay Garnett, appartient à cette catégorie de films, en effet, où l’amour entre deux protagonistes est si fort qu’il transcende l’espace et le temps de telle sorte que le spectateur se sent entrainé là où il pourrait basculer dans le fantastique.
    Ici, seul le dernier plan laisse transparaître cette possibilité. Je suis très content d’avoir enfin découvert ce film dont ce dernier plan était vanté comme quelque chose de fameux dans bon nombre d’encyclopédie ou de dictionnaire du cinéma. Il est vrai qu’il est particulièrement efficace (ce mouvement d’appareil qui contourne le bar, passe devant Frank McHugh et s’arrête enfin devant deux barmans)et nous bouleverse de sa brutalité faussement badine.
    Le film correspond également à une veine plus spécifique qui est celle des films d’amour se déroulant à bord d’un paquebot. ELLE ET LUI (x2) bien sûr, mais aussi ce film de Frank Borzage avec Charles Boyer et Jean Arthur : LE DESTIN SE JOUE LA NUIT. Jusqu’au TITANIC de James Cameron dont l’aspect « amour fou » se jouant de l’espace et du temps est présent quoique de manière plus programmatique et calculée.
    Le film de Tay Garnett est aussi une « comédie de paquebot » qui, soyons fous, préfigurerait presque LES HOMMES PREFERENT LES BLONDES notamment au vu du couple qui se forme entre le flic Warren Hymer et la très élégante (dans sa vulgarité) Alice MacMahon (qui ressemble un peu, je trouve, à Anjelica Huston).
    Que ce tout tienne en 64 minutes de vivacité roborative, de spontanéité jaillissante, de charme (je suis amoureux de Kay Francis) et de renouvellement formel incessant (il y a même un zoom en contreplongée, ce qui doit être rarissime à l’époque) garantit, je le confirme, la qualité du plaisir que l’on a à découvrir cela.

    • MB dit :

      à AA: « une « comédie de paquebot » qui, soyons fous, préfigurerait presque LES HOMMES PREFERENT LES BLONDES  »
      si on est pas fou, pas la peine de faire de l’exégèse de cinéma! bravo

  2. MB dit :

    et j’aurais pas voulu être à la place de quiconque se trouvait dans le voisinage d’ailleurs!

  3. MB dit :

    à Yves Rouxel: avez-vous été victime de l’accident de l’usine AZF? J’ai vu un article de La Dépêche à qui un « Yves Rouxel » a donné un interview. Si c’est vous, j’aurais pas voulu être à votre place!…

  4. Henri Patta dit :

    L ‘actualitè me donne envie de voir NOTRE DAME DE PARIS de JEAN DELANNOY.
    Film vu lors de mon enfance et dont je n ‘ai plus aucun souvenirs si ce n ‘est les  » belle » de Quasimodo et la poèsie dèclamee par ROBERT HIRSCH sans cesse interrompue.
    Quelqu ‘un peut il en dire plus ?
    A conseiller ? A èviter ?

    • Damien D. dit :

      Pas vu le Delannoy depuis un moment mais sur l’adaptation du roman d’Hugo, revoyez plutôt le QUASIMODO de Dieterle qu’arte a diffusé mercredi et qui m’avait paru supérieur. (on peut cependant préférer Gina Lollobrigida plus crédible peut-être que Maureen O’Hara en Esmeralda).

    • Gilles dit :

      A Henri Patta

      Paul Vecchialli en dit le plus grand bien mais personnellement je ne partage pas du tout son avis. Delannoy encombré par son budget ne tire aucun parti de ses décors. Caméra lourde, découpage scolaire. Gina Lollobrigida fidèle à elle-même, s’exhibe au lieu de jouer. Les personnages secondaires sont survolés, Delannoy ne tirant absolument rien du potentiel de Philippe Clay. Le film a une petite valeur grâce à Anthony Quinn, qui n’a rien à envier à Charles Laughton dans le film de Dieterle, lequel a sans doute signé la meilleure adaptation du roman. J’aime aussi beaucoup la version hilarante de Patrick Timsit, non dépourvue de qualité visuelles.

      • Denis Fargeat dit :

        A Gilles
        Merci de rappeler ce « Quasimodo d’el Paris », un de ces films qui jouent avec l’idée du pays imaginaire, reconstruit… Richard Berry en fait des wagons mais il a le physique parfait pour le rôle. Adaptation marrante de Jean François Halin – je dois avouer un faible pour les transpositions de roman, parfois très astucieuses comme le « O’brother » des Cohen , où on s’amuse à retrouver les péripéties de l’Odyssée – Goodman en cyclope, le KuKluxKlan en moutons.

      • demachy dit :

        Et n’oublions pas la version de Wallace Worsley de 1923, THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME, qui sans être un chef-d’oeuvre, fut une très ambitieuse production d’Irving Thalberg pour la Universal, avec reconstitution de rues de Paris et du parvis de Notre-Dame (il me semble que seule la partie inférieure de la cathédrale avait été construite, complétée par des effets spéciaux), qui permit à Lon Chaney de réaliser l’une de ses grandes compositions « à transformations », avec maquillage et prothèses éprouvantes pour l’acteur. Et l’on revoyait ce décor de la partie inférieure de Notre-Dame dans une scène du FANTOME DE L’OPERA avec le même Chaney en 1925.

    • Denis Fargeat dit :

      A Henri Patta
      Le film m’avait impressionné enfant, j’avais voulu le revoir mais le DVD studio canal était assez atroce et j’ai jeté l’éponge après 30 mn… pourtant il y a du beau monde : scénario d’Aurenche et Prévert, Boris Vian raide mais c’est bien lui ( imposé par Prévert?) , Marianne Oswald, chorégraphie de Leonid Massine ! Cuny très impressionnant en Frollo ; d’après ce que j’ai lu Delannoy a dû batailler pour rendre au personnage d’ecclésiastique son caractère sulfureux, évacué des précédentes versions.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Denis Fargeat, Prévert imposa je crois surtout Tissier qui fait Louis XI mais Aurenche qui déclare n’avoir pratiquement rien écrit, jugeait que Delannoy avait tout glacé, réfrigéré

        • Denis Fargeat dit :

          A Bertrand, merci ; c’est assez récurrent, ces accusations de froideur chez Delannoy. Pour un sujet tel que « Notre Dame », c’est vrai que ça pêche un peu…. mais il me semble que cette froideur devient une qualité dans certains films, ses « Maigret », « L’éternel retour »… Pour revenir à « Notre Dame » c’est peut-être une réaction devant les enjeux et la lourdeur de la production – sans doute , d’autres réalisateurs s’en seraient tiré avec plus d’inventivité.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Denis Fargeat
          La froideur, la distance que prend Delannoy avec ses sujets se révèle un atout pour les Maigret, LE GARÇON SAUVAGE, MACAO mais ankylose certains autres titres dont LA PRINCESSE DE CLEVES, MARIE ANTOINETTE et ses comédies

      • Henri Patta dit :

        Merci a tous pour vos rèponses.
        Boris vian dans le film, j ‘avoue que c’est une dècouverte pour moi.
        De mème j ‘avais oubliè que jean tissier que j ‘adore , joue louis Xl.
        Je crois que je vais me laisser tenter.

  5. Yves Rouxel dit :

    C’est avec une immense joie que j’ai revu dans une version restaurée « L’africain »de Philippe de broca qui reste un cinéaste à part.On est pris dans l’aventure de ce défenseur des animaux et de la nature au Kénya.Philippe Noiret compose un personnage facétieux et drole avec sa femme qui débarque un jour pour monter un projet de village de vacances.Elle est affublé de son assistant(Jean françois Balmer)qui à un coté lunaire et décalé juste ce qu’il faut.Comment ne pas rire quand on voit Jean Benguigui qui joue un grec trafiquant de défenses d’éléphant qui est une veritable fripouille.Les paysages du Kénya sont magnifiquement filmés avec des couleurs rouge-orangé qui donnent un coté vitaliste et enchanteur.On apprend dans le bonus les difficultés pour l’équipe des techniciens d’avoir tourner dans des conditions de chaleurs extremes.Georges Delerue signe une musique distrayante et enjouée qui donne à l’ensemble une comédie virevoltante.

    • Marc Salomon dit :

       » On apprend dans le bonus les difficultés pour l’équipe des techniciens d’avoir tourner dans des conditions de chaleurs extremes.  »

      Bigre !
      Quelle info… On en apprend des choses grâce aux bonus…
      Merci…

    • Gilles alias Yves Remords dit :

      A Yves Hernage

      Désolé de vous contredire, mais vous citez là ce qui est avec PSY, un des plus grands ratages de De Broca. Claude Berri a procédé à un appariement contre nature, l’univers trouble de Gérard Brach, et la folie De Broquienne, pour accoucher d’une mauvaise du copie du Sauvage. Il y a tellement d’autres titres à évoquer pour saluer la mémoire de ce génie de la comédie.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Gilles
        C’était un peu mon impression, mon souvenir

        • Yves Rouxel dit :

          A Bertrand.Quel sont vos impressions sur »Quasimodo »de William Dieterle avec Charles Laughton dans le role du sonneur de cloches(histoire de coller avec la chaude actualité)?merci à vous.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Dans mon souvenir, il est très réussi et visuellement étonnant

        • Denis Fargeat dit :

          A Yves
          Il est visible sur le site d’Arte en ce moment , hélas dans une VF avec passages en VO bizarrement…. Quasimodo en VF imite parfois Michel Simon, pas eu le temps de vérifier si c’est lui, mais ça c’est un sujet pour vous ! Laughton est vraiment très bien, à la fois humain et quelque peu distant. L’archidiacre est blanc comme neige, c’est Frollo (Hardwicke, raide et glaçant) le sale type , comme dans la version de 1923. Louis XI curieusement débonnaire. Beaux mouvements de foule, beaux décors (Van Nest Polglase, quelques décors de 1923 réutilisés), et le thème musical d’Alfred Newman pour Esmeralda est curieux et émouvant.

        • Yves Rouxel dit :

          A Denis.Non ce n’est pas Michel Simon qui double Charles Laughton dans »Quasimodo ».Vu hier soir l’oeuvre est réussit grace à des décors incryables pour l’époque.Puis je mettrai l’accent sur le maquillage de Laughton qui est remarquable.Le seul point faible est le choix Maureen o’hara pour le role d’Esmeralda qui n’a pas du tout le physique d’une gitane.Enfin c’est mon avis.Sinon les scènes d’attaques par les misérables contre la cathédrale sont réussit.

      • ballantrae dit :

        Dans mon souvenir L’Africain n’était pas une franche réussite avec un manque de rythme évident et des situations téléphonées.On est loin de l’impeccable tempo de L’homme de Rio ou de la folie douce de Le roi de coeur, sûrement son chef d’oeuvre.
        Quant à la chaleur , je veux bien croire que ce fut compliqué pour un tournage en Afrique mais pas un scoop je suppose!Cela ressemble au commentaire poli quand on n’a rien de spécial à dire.

      • Yves Rouxel dit :

        A Gilles alias yvesremords.Diantre mais un peu de légereté dans ce genres de films ne fait pâs de mal.C’est sur que l’on est à des années lumières des »Tribulations d’un chinois en Chine »qui est une oeuvre enlevée et tordante.

      • Mathieu dit :

        A Denis Fargeat:

        On trouve en Espagne le film de Dieterle en Blu-Ray Warner, bien sûr en VO et avec des STF, je ne l’ai pas encore visionné, juste quelques minutes, et l’image est superbe. En Espagnol, ça s’appelle ESMERALDA LA ZINGARA, en France le film est ressorti en DVD seulement (Collection « Patrimoine » de Warner, consacrée essentiellement à des titres RKO, avec une qualité d’image souvent à peine supérieure aux DVDs Montparnasse, et des STF forcés). Le Blu-Ray Warner est aussi disponible en Angleterre dans une édition plus luxueuse (et plus chère).

        Je dois dire que je n’ai pas beaucoup aimé la version Wolsey/Chaney, pour laquelle vous avez composé une musique (peut-être l’aurais-je mieux aimé avec votre musique, j’ai visionné le DVD Arte/Lobster).

        • Mathieu dit :

          J’ai revu le film de Dieterle grâce au BR Warner qui rend justice au film, à sa beauté plastique : mise en scène, photo, décors, costumes, figuration, tout l’aspect visuel du film est très beau, chose plutôt rare à Hollywood quand il s’agit de représenter le passé lointain et le Moyen Age en particulier, et l’opulence des moyens est justifiée par la mise en scène et la direction artistique. La représentation du passé est bien sûr stylisée mais on sent un effort d’authenticité comme de montrer par exemple l’intérieur de la cathédrale sans chaises ni bancs.
          Pour ce qui est du scénario, THE HUNCHBACK OF NOTRE DAME offre une vision de l’histoire typiquement libérale-progressiste-protestante américaine, où Ancien Régime et vieille Europe n’ont de valeur et de signification que dans la mesure où ils contiennent en germe les développements futurs à savoir la démocratie libérale américaine (j’écris cela alors que n’ayant pas lu le livre de Victor Hugo, je ne peux que deviner ce qui est la part des scénaristes dans cette adaptation du roman). Comme beaucoup de films hollywoodiens de l’époque, le film projette assez clairement dans le passé des problèmes du présent (la persécution des Tsiganes renvoie à celle des Juifs). En fait le XV° siècle du film fait plutôt penser au XVIII° siècle prérévolutionnaire, avec sa noblesse oisive et décadente, ses intellectuels aux idées nouvelles éduquant le peuple… Et comme dans tant de films hollywoodiens de l’époque, la vision politique est finalement assez incohérente, en présentant comme positives non seulement la religion en la personne de l’archevêque mais aussi la monarchie dans celle d’un Louis XI étonnamment sage et bon.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Voici l’avis super bien documenté de Hervé Dumont
          Tourné au moment où éclate la Deuxième guerre mondiale, en août 1939, « The Hunchback of Notre Dame » de William Dieterle est non seulement l’adaptation de loin la plus aboutie du roman sur le plan cinématographique, mais aussi une œuvre à part dans la mesure où elle véhicule un message sciemment politique et progressiste qui influe sur le déroulement de l’intrigue. Depuis la version muette de l’Universal (cf. supra), les droits du roman ont passé entre plusieurs mains, notamment à la MGM en 1937 qui voit Peter Lorre en Quasimodo. La RKO les acquiert pour George Stevens, cinéaste bientôt écarté en raison de ses dépassements de devis chroniques. C’est son confrère germano-américain William Dieterle, farouchement antifasciste et féru d’art gothique, qui hérite du projet ; depuis « The Story of Louis Pasteur » (1935) et « The Life of Emile Zola » (1937), tous deux oscarisés, Dieterle passe en Californie pour l’expert numéro un ès histoire et culture française. Il confie l’adaptation à son ami exilé Bruno Frank, auteur dramatique interdit sous Hitler, et une cohorte de victimes du nazisme végétant à Hollywood participent à titres divers à la production. Après avoir hésité entre Bela Lugosi, Claude Rains, Orson Welles et Lon Chaney Jr. pour interpréter le bossu, la société fait venir d’Angleterre Charles Laughton qui, à son tour, suggère d’engager l’Irlandaise Maureen O’Hara, sa jeune partenaire de « Jamaica Inn/L’Auberge de la Jamaïque » (Hitchcock), 19 ans, en Esméralda. Un autre Anglais, Sir Cedric Hardwicke, campe Frollo, Basil Rathbone n’ayant pas pu se libérer. Le budget est à nouveau considérable pour l’époque (1’833’000 $, dont 250’000 $ seulement pour la réplique de Notre-Dame), du jamais vu à la RKO. C’est à San Fernando Valley, au ranch de RKO-Pathé à Encino, que Perry Ferguson – qui réutilisera l’année suivante des éléments de ce décor pour « Citizen Kane » d’Orson Welles – fait édifier par trois cents ouvriers tout un quartier médiéval avec ses ruelles étroites, l’immense place du parvis bordée de maisons à colombages et son pilori, le porche et la façade de Notre-Dame jusqu’à la hauteur de la rosace ; le reste de la cathédrale, la partie supérieure de la nef et la vue générale de Paris en 1482 sont une illusion optique due aux remarquables peintures sur verre de Chesley Bonestell (grand illustrateur de science-fiction), sans parler de l’inévitable maquette réduite en volume. On investit la tour de style prérenaissance du « Mudd Hall of Philosophy » de l’University of Southern California (Los Angeles) pour les scènes rapprochées du clocher.

          .
          Laughton est défiguré, pratiquement méconnaissable sous un maquillage surpassant en réalisme même celui, plus horrifique, de Lon Chaney. La publicité RKO dissimule toutes les photos le représentant de face et interdit le plateau aux visiteurs. Perc Westmore l’affuble de lentilles déformantes, d’une bosse de deux kilos et de douloureuses prothèses en caoutchouc autour des bras et des jambes, afin de suggérer une grande force physique ; de la cire dans les oreilles le rend réellement sourd. Èquilibrant magistralement pathos et délicatesse, le comédien parvient à suggérer les tourments, mais aussi la supériorité morale de ce « borgne, bossu, cagneux, monstre difforme au cœur sensible » (Hugo) qui fait corps avec la cathédrale. Son Quasimodo est plus poignant, plus humain, moins bestial et caricatural que celui de Lon Chaney. Lors d’une séquence déchirante, baignée dans un silence presque irréel, Esméralda apporte de l’eau au malheureux enchaîné : le son devient subjectif, la foule n’existe plus, une simple complainte au violon amène l’instant magique. La scène a une connotation christique, c’est l’humanité entière qui souffre à travers lui. Plus tard, confronté à la beauté étincelante de la gitane, il murmure, honteux, la tête baissée : « Je n’ai jamais réalisé jusqu’à présent combien je suis laid… », puis éclate d’un gros rire désespéré, la gueule de travers. Ailleurs, l’acteur, devenu pantomime, sautille comme un enfant, cabriole sur la corniche, jouit, l’œil torve, de l’effroi que sa difformité suscite parmi la populace.

          Le gothique flamboyant transmuté par l’expressionnisme allemand
          D’entrée, l’œuvre de Dieterle séduit moins par son étalage matériel que par son opulence visuelle. L’action baigne dans un clair-obscur oppressant qu’accentuent des décors torturés et sinueux à souhait. Ce Moyen Âge gothique marqué par Gustave Doré et Luc-Olivier Merson (l’illustrateur de l’édition de 1889) se présente comme une orgie de chimères grotesques, l’étrangeté du propos rivalisant avec la laideur des foules égrillardes et stupides qui, ça et là, surgissent de l’ombre. La photo « low key » de Joseph H. August fait merveille quand Esméralda est poursuivie de nuit par le monstre, dans ces ténèbres où rampent d’inquiétants éclopés. Cette évocation tourmentée, à mi-chemin entre l’expressionnisme (les grands dessins géométriques formés par la troupe en armes, prise en plongée devant le porche de la cathédrale) et un romantisme « noir » typiquement germanique, dénote le double parrainage artistique de Max Reinhardt et de F. W. Murnau, les mentors de Dieterle à Berlin. Les déplacements des 3500 figurants, leur savante chorégraphie baroque, sont orchestrés pour créer des tableaux particulièrement puissants : ainsi, la fuite dans tous les sens de la populace effrayée quand Quasimodo, enfin libre après l’atroce flagellation, gagne en claudiquant le portail salvateur de la cathédrale. La fête populaire au début, avec ses coupe-jarrets, ses jongleurs et sa danse macabre ou la terrifiante Cour des Miracles, avec sa galerie de hères bouffons et crasseux et ses mégères qui se grattent, possèdent des résonances breughéliennes. Le film débute au ras du sol, plongeant le spectateur dans la cohue des fêtards ou l’opacité des bas-fonds, puis, à mesure que la tragédie se dessine, l’objectif s’élève, accompagne le nabot transfiguré par l’amour dans la flèche de Notre-Dame pour révéler la dimension du décor ; le travelling arrière final montre enfin la cathédrale dans son intégralité, au cours d’une apothéose mémorable : sur la galerie, Quasimodo est terrassé par la douleur en observant le départ joyeux de la gitane et du poète. « Pourquoi ne suis-je pas fait de pierre, comme toi ? » se lamente-t-il, pitoyablement accoudé à une gargouille. À mesure que la caméra s’éloigne dans un crescendo musical, sa silhouette diminue et finit pour ainsi dire avalée par la façade même de l’édifice.

          La remarquable place du parvis de Notre-Dame, complétée par la peinture sur verre de Chesley Bonestell (1939).
          Porte-parole d’un cinéaste antifasciste, Gringoire dénonce les pogroms de 1939
          On l’a dit, l’intérêt de ce film ne s’épuise pas avec des considérations d’ordre esthétique. Car la dramaturgie des éclairages, qui se traduit par une lutte symbolique entre la clarté et l’obscurité, illustre ici non des enjeux métaphysiques mais, métaphoriquement, la lutte entre l’obscurantisme brutal (à savoir la barbarie nazie) et la lumière de la culture et de la tolérance. À chaque occasion, Dieterle exprime son dégoût des foules manipulées, de la masse hurlante et déchaînée ; une plèbe sadique applaudit hystériquement le bourreau qui fouette le « déviant » Quasimodo, jusqu’à ce que le geste de compassion d’Esméralda l’ébranle. De fantomatiques cortèges aux flambeaux – pareils à ceux de la SA en Allemagne – montent à l’assaut de Notre-Dame. Le scénario oppose fanatisme et tyrannie à la liberté de pensée. Le prologue parle d’un peuple français qui « peut enfin rêver de progrès, quoique superstitions et préjugés demeurent une sérieuse menace pour le pays. » Le message humaniste se cristallise sur deux personnages historiques qui ne jouent qu’un rôle épisodique – et fort différent – dans le roman. D’abord Louis XI, auquel le film attribue des allures paternalistes et joviales réminiscentes de Roosevelt, une récupération positive du monarque allant à l’encontre de tous les clichés. L’autre est Gringoire, poète raté et rêveur chez Hugo, mais qui fut en réalité un pamphlétiste politique dont les textes satiriques s’attaquaient fortement au Vatican comme à Martin Luther. Le roi de France apparaît six fois, dans toutes les scènes importantes du film. En ouverture, il examine avec bienveillance la nouvelle invention de Gutenberg. L’imprimerie, dit-on, est le moyen de communication des temps nouveaux, la cathédrale est celui du passé, véritable livre de pierre. « Ceci détruira cela », affirmait déjà Hugo, la presse éliminera l’Église.
          Dieterle reprend le dédoublement du personnage de Frollo opéré par la version muette de 1923, entre Claude, archevêque de Notre-Dame (1), et son frère maléfique Jehan. Ce dernier n’est cependant plus un quelconque laïc, mais carrément le ministre de la Justice du roi. Politicien réactionnaire, il traite l’imprimerie d’« invention du diable », sa puissance subversive pouvant couler un système politique, car « l’opinion publique est dangereuse. » L’imprimeur travaille justement au dernier ouvrage du poète Gringoire dont le titre, anachronique pour le XVe siècle, est De la liberté de pensée ! Frollo jure de préserver la France des dangers de cette invention, tout comme il souhaite protéger son pays des bohémiens, cette « race maudite » qui envahit l’Europe et qu’« il faudrait anéantir ». Chez Dieterle, les gens du voyage servent de prétexte à dénoncer la discrimination raciale et l’intolérance xénophobe ; ils sont interdits de séjour dans la capitale et fouettés par la soldatesque. Vouée au gibet, Esméralda est leur porte-parole. Rappelons que chez Hugo, Esméralda est une Française, de son vrai nom Agnès, fille de Paquette la Chantefleurie ; enfant, elle a été volée par des gitans à Reims. Devenue à demi-folle, la mère naturelle retrouve sa fille quelques heures avant son exécution et périt d’une crise cardiaque en tentant de l’arracher au bourreau. Dieterle transforme Esméralda en bohémienne pure souche et Gringoire s’épuise à demander autour de lui « pourquoi faire des distinctions de race ? », de sorte que les allusions aux pogroms dans le Reich sont manifestes.
          Frollo exige bientôt la peine capitale pour des milliers de « libre penseurs et d’agitateurs » et organise des autodafés. Un tract de Gringoire révèle que « des innocents disparaissent jour après jour. Certains finissent à la potence, d’autres sont enterrés vivants… » Quant au tribunal, il n’offre qu’une parodie de justice : on interroge des sourds-muets, des chèvres sont citées comme témoins et la torture fait le reste. Le juge lui-même est sourd comme un pot. Mais il ne s’agit pas ici de dénoncer les excès d’un Moyen Âge agonisant (celui de Hugo n’a du reste que fort peu à voir avec la vérité historique), ni d’illustrer l’anticléricalisme viscéral du XIXe siècle ou la critique sociale du grand romancier. L’obscurantisme dépeint par Dieterle est une réalité de 1939.
          L’Eglise ne peut protéger Esméralda (Maureen O’Hara), elle sera sauvée par un intellectuel progressiste (1939).
          Comment est née l’opinion publique
          Face à l’arbitraire des dictateurs, le cinéaste, en disciple de l’idéaliste Schiller, place donc le poète engagé. C’est grâce à ses écrits interdits que cet « hérétique » de Gringoire (incarné par Edmond O’Brien, du « Mercury Theatre » d’Orson Welles), d’abord amoureux malchanceux d’Esméralda mais nullement ridicule, parvient à alerter les Parisiens et les incite à sauver la gitane persécutée (2). Dieterle l’investit d’un véritable pouvoir d’action, en fait son porte-parole, lui qui clamait en vers sur la place de Grève : « Le vieux ne peut pas durer / le neuf réclame sa place ». La population et les exclus de la Cour des Miracles s’unissent en une vague de solidarité, mais la voie de la violence que choisit Clopin est vouée à l’échec (il est écrasé par un madrier que lance le bossu). C’est le plaidoyer imprimé de Gringoire qui finit par intéresser le gouvernement « rooseveltien » au sort des opprimés. « Il crée l’opinion publique qui impose ses décisions même aux monarques », constate Louis XI avec un étonnement amusé. C’est l’émergence du peuple démocratique dans l’Histoire, une prise de conscience collective enclenchée à partir du supplice de Quasimodo. Par conséquent, le happy-end qui clôt le récit, propre à toutes les adaptations américaines du roman (et qui a irrité plus d’un spectateur lettré), n’est dans ce film pas un compromis à la Hollywood pour consoler Margot, mais une nécessité dramaturgique. Compte tenu du message politique qui sous-tend cette version – et celle-ci uniquement -, il est impératif d’ignorer le dénouement tragique de Hugo. Dans le livre, Gringoire s’enfuit à la fin avec la chèvre Djali, « seul rescapé dans la compromission de la littérature avec le pouvoir » (Hugo). À l’écran, au petit matin, quand l’obscurité s’est enfin dissipée, Esméralda, de « race inférieure » mais toujours vivante, quitte Notre-Dame sous la protection de l’intellectuel progressiste acclamé par la foule : grâce à ce représentant des Lumières avant l’heure, le soleil de la tolérance a vaincu. Frollo-Hitler s’est écrasé au sol, le roi a pardonné et les bohémiens sont désormais « autorisés à s’établir où ils veulent en France. » On peut rêver.
          S
          (1) – Promu archevêque, Dom Claude Frollo n’a ici qu’un rôle très secondaire. Ayant pris Esméralda sous sa protection à la cathédrale lorsqu’elle était poursuivie par les sergents du roi tout au début du film, il lui explique qu’« être gitane n’est pas une honte, mais un acte de Dieu ». Plus tard, il renie son frère Jehan qui, confronté au roi, avoue son crime. Louis XI ordonne son arrestation, mais le scélérat s’enfuit et gagne Notre-Dame où Quasimodo lui règle son compte.
          (2) – Dans le premier canevas de son roman, conçu avant 1830, Hugo aussi donnait à Gringoire un rôle positif. Il y était le sauveur d’Esméralda, pour laquelle il se sacrifiait : s’étant substitué à elle dans la geôle de Louis XI, il finissait pendu à sa place, avec la chèvre (cf. Delphine Gleizes, « Manifestations populaires : la représentation du peuple chez Marcel Bluwal et William Dieterle », in : CinémAction no. 119/2006 , p. 180).

        • Mathieu dit :

          A Bertrand:

          Merci pour cet article passionnant. J’avais également pensé à Roosevelt en voyant le Louis XI paternel et débonnaire incarné par Harry Davenport.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Mathieu
          Mais allez consulter l’encyclopédie du film historique de Hervé Dumont et ses livres sur Napoléon et le cinéma, les Chevaliers de la Table Ronde, l’Antiquité au cinéma sans oublier son sublime livre sur Borzage (actes Sud)

        • Denis Fargeat dit :

          A Mathieu
          Merci ! Le Worsley est assez vieillot, même pour 1923, et la copie est dans un sale état malgré les efforts de Lobster ; dommage pour les superbes décors, qui ont survécu jusqu’à un incendie en 1967 ! Le DVD permet de les admirer dans quelques stereoscopes faits par Worsley je crois. Mise en scène statique, mais quelques atouts: Chaney bien sûr, dont le jeu est impossible à comparer avec celui de Laughton – même si ce dernier semblait tenir à faire également de ce rôle une performance physique – je me base sur quelques anecdotes glanées sur IMDB. Et Ruth Miller est une Esmeralda pleine de fraîcheur, au jeu assez moderne. Son ascendance noble est bien reprise dans le film, j’en veux un peu à Hugo pour ce cliché mélodramatique.
          Merci à Bertrand pour ce beau texte du toujours excellent Hervé Dumont. Je ne lui reproche qu’une chose : les intentions politiques sont portées au seul crédit de Dieterle ( IMDB nous apprend que la scène des cloches fut tournée le jour même de l’invasion de la Pologne, et Dieterle, dévasté, ne put dire « Coupez », Laughton continuait de lancer ses cloches…). Mais la scénariste est Sonya Levien, née dans un shtzetl lituanien, que la situation devait toucher de près… et l’adaptation est de Bruno Frank, grand ami de Klaus Mann, qui avait fui l’Allemagne après l’incendie du Reichstag.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Denis Fargeat
          Dumont cite Bruno Frank, auteur interdit en Allemagne. Je crois que j’ai oublié de copier ce paragraphe. Reportez vous à l’article où il énumère TOUTES LES ADAPTATIONS de Notre Dame de Paris. Dieterle était connu pour son engagement politique

        • Ballantrae dit :

          Analyse passionnante du film de Dieterle qui me semble la meilleure adaptation du roman malgré un final qui s’en écarte résolument. Interprétation remarquable, photo savamment expressionniste, sous texte riche.
          Hugo n’est pas si facile à adapter mais mériterait qu’on s’y penche à nouveau
          Je pense d’abord à quatre vingt treize mais aussi et surtout au fabuleux travailleurs de la mer.

        • Denis Fargeat dit :

          A Bertrand
          Oui, désolé, je viens de relire le passage en question.

        • Alexandre Angel dit :

          Ce texte de Dumont effectivement passionnant provient-il de « L’Encyclopédie du film historique »?

        • Bertrand Tavernier dit :

          a Alexandre Angel
          Oui bien sur et je vous conseille de vous y référer souvent. C’est gratuit, acte très généreux d’un passionné. Achetez donc ses livres en compensation comme celui sur les Chevaliers de la Table ronde et sur Borzage ou…Dieterle

        • Denis Fargeat dit :

          A Bertrand (et tous)
          Un grand merci pour avoir indiqué le site d’Hervé Dumont, j’ai cru jusqu’à hier à un gros livre que je me promettais d’acquérir un de ces moments… je viens d’y passer un moment, et Bertrand a tout à fait raison. Générosité, passion, érudition – et parfois il ne mâche pas ses mots, ce qui est de bonne guerre… Pour les versions de Notre Dame, c’est ici : http://www.hervedumont.ch/page.php?id=fr10&idv=2&idc=833
          Je pense qu’il n’y a pas de problème à partager ce lien ici.

        • MB dit :

          à AA: on peut le lire en ligne, c’est effectivement généreux:
          http://www.hervedumont.ch/page.php

        • Alexandre Angel dit :

          Merci à MB et à Denis Fargeat pour les liens!

  6. ballantrae dit :

    Aparté pour Yves Rouxel et cette fois kje suis le seulcoupable de digressions:ouvrant de vieux cartons lors d’un rangement chez moi, j’ai exhumé des fanzines auxquels je partcipai durant les années 80′ et 90′.Quelle ne fut pas ma surprise quand, les feuilletant , je tombai sur les Voix off (on ne manquait pas d’air!) celui qui fut conçu par une petite bande de Toulousains. A la fin d’un numéro, je tombe sur un papier consacré au doublage de films où apparaît votre nom et celui de deux comparses (réels ou fictifs? Je me méfie car nous aimions gonfler nos effectifs à coups de pseudos!)Pierre Bréfeil et Maurice Leborgne. Je ne peux croire à une homonymie mais ne me rappelle pas du tout de la manière dont ce texte était arrivé dans notre n°5 avec un dossier Cassavetes en 1992.Les copains de l’époque (pour ce fanzine là) se nommaient Pascal Prunet, Bruno Dienot et Stéphane Brami entre autres, totalement perdus de vue!
    Est-ce une bonne intuition? Est-ce vous?Je le pense compte tenu de votre « obsession » pour les questions de doublage.

    • Yves Rouxel dit :

      A Ballantrae.Oui c’est moi même ainsi que Pierre Brefeil qui vit toujours à toulouse et Maurice le borgne à bordeaux.Au départ nous avons proposé un article sur les voix françaises de la série « Les mystères de l’ouest »,alors rediffusée sur feu FR3.Ayant rencontrer à Paris Jacques Thébault(Robert Conrad)et Roger Rudel(pour Ross Martin)nous nous sommes dit,envoyons ce papier à »La revue du cinéma », »Télérama », »Première ».Un jour j’ai reçu une lettre de Gerard Pangon rédacteur à Télérama qui à été emballer par notre fougue et notre obsession pour le doublage(discipline décriée par beaucoup de puristes du 7ème art).C’est en juin 92 que l’article est paru.Ensuite nous avons été contacter par un libraire bordelais Francis Valery qui souhaitait un projet de recueil plus approfondit sur le sujet avec l’aspect historique puis l’évolution du doublage depuis les années 30,ainsi que de courts entretiens avec des comédiens de l’ombre dont beaucoup ne connaissait le visage en dehors de Jean Piat,Dominique Paturel ou Martine Sarcey connus grace à des roles à la télévision.Le projet à capoter et ne s’est pas fait.Concernant les fanzines ,quels sont les titres svp?merci à vous pour ce retour vers le passé.

      • Denis Fargeat dit :

        A Yves
        Je vous souhaite de pouvoir reprendre ce projet, le doublage est un sujet passionnant à plusieurs titres ; une certaine histoire du cinéma peut s’écrire à travers lui, et il y a ce côté affectif, tous ces comédiens de l’ombre qui ont été de grands passeurs, à leur façon ( on peut pour la 100ème fois parler de Michel Roux apportant un relief inattendu au personnage joué par Tony Curtis, et « La classe américaine » qui va au-delà de la blague potache grâce aux talents des doubleurs; c’est après tout un bel hommage.)
        A Ballantrae, Gwynplaine vous sourit toujours, par l’intermédiaire du livre des visages. Je me nomme comme je m’appelle.

        • Yves Rouxel dit :

          A Denis.Il faut savoir qu’un certains doublage français ont fait appel à des réalisateurs afin d’assurer le choix et la direction des comédiens.Je pensais à Michel Deville qui a contribuer à la vf de »1900″de Bertolucci.En revanche je ne méprise pas la version doublée du »Parrain »mais reconnait humblement qu’il faut voir le film dans sa version originale car Brando prend un léger accent italien puis surtout marmonne abondemment.Jean louis Trintignant colle de façon magistrale sur Nicholson sur »Shining »ou Raymond Loyer sur John Wayne.Enfin je terminerais sur Chabrol que j’avais rencontrer sur »L’enfer »tourner près de toulouse qui m’avait dit qu’il ne pouvais pas voir un film avec Kirk Douglas sans la voix métallique de Roger Rudel(les deux acteurs se rencontrèrent à Paris durant le doublage de »Spartacus »,Douglas lui aurait glisser en français »Vous avez les mèmes tripes que moi ».

      • ballantrae dit :

        Ce petit fanzine s’intitulait comme je vous l’ai dit Voix off.
        Mais je pense que vous étiez passé par Pascal Prunet ou Bruno Dienot pour le faire publier car je ne me souviens pas vous avoir rencontré directement.

        • ballantrae dit :

          C’est bizarre car en ce moment je ne cesse de renouer avec des morceaux de vie de mes 20-25 ans au gré des rencontres de ces derniers mois.

    • Yves Rouxel dit :

      A Ballantrae.On se connait peut ètre,à moins que vous n’habitez pas sur toulouse?

  7. Yves Rouxel dit :

    Malgré son coté un peu théatral »L’habit vert »de Roger Richebé est un film épatant pour sa mise en scène.Jules Berry dans le role du pianiste est siderant.On reconnait l’homme de théatre qu’il était avec sa gestuelle particulière,son éloquence et son phrasé si singulier qu’il en devient un personnage attachant et désinvolte.Elvire Popesco avec son accent roumain est juste ce qu’il faut.Ne ratez pas la scène ou elle déclare: »Je suis en état de prostitution au lieu de prostation »et c’est la que son mari le vieux duc la reprend en rajoutant « Oui mais elle est étrangère ».Concernant Berry je vous renvois à l’unique biographie qui existe et signée par olivier Barrod(malheureusement l’ouvrage est épuisé depuis des lustres).J’ai aussi découvert »L’équipage »de Litvak.Là aussi c’est une réelle réussite.Les plans de bataille dans les airs sont bien réglés,ensuite Litvak nous montre malgré la guerre l’amour entre les ètres est toujours présent.Le personnage de Vanel à le regard noir et sait pertinnement que sa jolie femme lui cache quelque chose.Puis il y a le frère de Jean pierre Aumont,ce gamin qui joue de façon superbe.Il y a une grande émotion qui se dégage à la vision de ce film qui à été restauré par Pathé.Pensez à voir dans le bonus la courte interview qu’a accorder Charles Vanel à armand Panigel.L’acteur passe en revue les débuts de sa carrière grace à des albums de photographies.Quel bonhomme ce Vanel!!!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Yves Rouxel
      Là Bravo, vous être tout à fait juste et je vous suis à 100%. J’ajouterai Victor Boucher dans l’Habit vert

  8. Bruno dit :

    Bonjour Mr Tavernier,
    Merci pour votre blog que je lis régulièrement avec beaucoup de plaisir. Permettez-moi de vous faire part de mon chagrin (oui, vraiment) au sujet de votre collection « L’Ouest le vrai ». J’avais acheté et lu tous les ouvrages parus jusqu’à récemment et j’en étais vraiment ravi. J’attendais toujours avec impatience les nouvelles parutions que je guettais sur le site d’Actes Sud et me réjouissais par avance de ces lectures passionnantes.
    J’aimais beaucoup aussi les couvertures dont le charme était vraiment en ligne avec l’intention de cette série. Mais depuis ces derniers mois, je me sens vraiment triste et déçu par les nouvelles couvertures agressives et désagréables. J’ai arrêté d’acheter votre collection à mon grand regret, car je n’arrive pas à me procurer et à conserver un livre dans ma bibliothèque dont je n’apprécie pas la couverture.
    Si vous partagez ma peine (oui, vraiment!), serait-il possible de revenir sur le format précédent ? (il se peut que je sois le seul a me plaindre… dans ce cas, oubliez ce message peu aimable et acceptez toutes mes excuses!)
    Très cordialement,
    Bruno

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Bruno
      Je transmets à Actes Sud. Ils tentent de se renouveler. Moi j’aimais les anciennes couvertures mais aussi beaucoup celle du VENT DE LA PLAINE. Vous ratez quelques titres remarquables mais je voir ce qu’ils répondent

      • Bruno dit :

        Oui, je suis tout a fait d’accord, celle du Vent de la plaine était encore très bien, j’ai d’ailleurs acquis ce volume. Mais les deux derniers, Lune pale et Les Furies, non vraiment, ce n’est pas joli.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Quel sont les titres à venir dans la collection western chez actes sud,car sur le site je n’ai pas trouver d’informations?merci à vous.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Il y a prochaine LES FURIES de Niven Busch, roman magnifique avec un personnage féminin très fort, qui est le moteur de l’histoire. Ce roman fut admirablement adapté par Anthony Mann (et le scénariste Charles Schnee)

        • Alexandre Angel dit :

          Quelle bonne nouvelle que cette prochaine livraison!
          Je fais la collection de tous les ouvrages de « L’Ouest, le vrai » et suis plongé actuellement dans THE BIG SKY, d’A.B. Guthrie, en compagnie de Caudill (plus central que dans le film), Deakins (moins central, par contre), Jourdonnais, Teal Eye (qui n’a que 12 ans)et les autres.
          Je suis fourbu, courbaturé…mais heureux!

        • Damien D. dit :

          LES FURIES qui est toujours de manière incompréhensible toujours inédit chez nous en dvd (les droits Paramount doivent être difficiles) mais avait cependant bénéficié d’un dvd zone 2 en Espagne que j’avais acquis (en VO et malheureusement uniquement sous-titré en castillan) ainsi que d’une édition américaine en zone 1 chez criterion. C’est un film important de Mann et un roman à découvrir donc.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand Merci pour votre réponse.J’en profite pour signaler à titre indicatif que la cinémathèque de toulouse propose une retrospective pendant un mois autour des films d’Anthony Mann.

  9. Yves Rouxel dit :

    J’ai enfin découvert « Pauvres millionnaires »de Dino Risi,qui est une comédie plein de délices.On retrouve toute une generation de jeunes acteurs qui faisaient leurs premiers pas devant la camera.Derrière l’aspect dramatique du propos Risi réussit malgré tout à nous faire dans des situations cocasses et uniques.Renato Salvatori s’en donne à coeur joie quand il endosse le role du directeur d’un grand magasin.La séquence la plus croustillante est celle du modèle féminin dans la vitrine ou les passants matent la belle se lever puis s’habiller rapidement.On retrouve chez Risi la joie et l’espoir malgré le chomage et les enfants qui vont arriver puisque les deux femmes sont enceintes.Merci à Bertrand de nous avoir conseiller ce film que je ne connaissais pas.Une curiosité avec le troisième long métrage de Zinneman »Les yeux dans les ténèbres ».Là aussi le film est irrisistible grace à l’histoire de cet aveugle qui va aider sa jeune nièce dans une aventure rocambolesque.Le chien Friday apporte un note humoristique à cette enquète policière.Mais il y a aussi le majordome noir qui roule les billes et qui parle au chien comme si c’était une personne.edward Arnold l’acteur principal cite mème dans le film un cognac originaire de haute garonne cuvée 1905,alors que la région de Toulouse ne produit pas de digestif!!!!Ce film court par sa durée vous fera passer un agréable moment de détente .

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Yves Rouxel
      Je n’ai pas revu le Zinneman depuis des lustres et l’acteur noir qui roule des yeux me fait peur. Merci de signaler cette curiosité

  10. Denis Fargeat dit :

    Petite annonce : « La vérité sur Bébé Donge » ce lundi 15, 20h55, sur Arte. Pour ceux qui n’ont pas encore balancé leurs postes…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Denis Fargeat
      Et j’espère que vous avez écouté la sublime musique de Jean Jacques grunenwald jouée par l’orchestre de Radio France et reconstituée par Louis Dunoyer

      • Denis Fargeat dit :

        Merci Bertrand , mais je n’y étais pas, à ce beau concert du 12 janvier dernier … et je guette toujours sa rediffusion. En tous cas cette soirée, ce devait être quelque chose – ça devait faire drôle d’entendre la Valse de « Carnet de bal » à l’endroit, et dans cet endroit! ( dans le film, l’enregistrement est passé à l’envers, les musiciens jouaient la partition de la dernière à la première note.)
        La série tirée du livre de Marilyne Desbiolles sur Jaubert passe sur France Culture le soir, en ce moment.

      • Denis Fargeat dit :

        Merci encore! Et j’amende mon précédent message, une recherche un peu plus pointue m’a permis de trouver ceci : https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/musiques-de-film-de-la-belle-a-la-bete-aux-enfants-du-paradis-69490?xtmc=musiques%20de%20film&xtnp=1&xtcr=22
        Grünenwald bien sûr, mais aussi Ibert, Honegger, Auric, pas mal d’inédits indispensables, encore merci Bertrand!
        Diffusé le 1er mars dernier, avizozamateurs.

      • Denis Fargeat dit :

        … et à écouter enfin la superbe musique pour « Bébé Donge », je persiste à penser qu’il y a dans les ancêtres de celle-ci le Concerto pour 2 pianos de Poulenc (aussi le concerto pour 4 claviers de Bach/Vivaldi, rendu célèbre par Cocteau dans ses Enfants Terribles sorti 2 ans plus tôt), qui lui-même rend opérant le choc esthétique que fut pour Debussy la découverte du Gamelan balinais. Généalogie à étudier plus sérieusement ; comment le néo-classicisme est devenu, plus tard , le minimalisme, comment celui-ci est devenu une désespérante impasse.

        • Yves Rouxel dit :

          A Ballantrae.Vous faites un grand écart entre Oliver Stone qui est un réalisateur qui à toujours voulu montrer des choses mais son cinéma est quand même pro-américain et c’est ça qui me gène chez les grands donneurs de leçons qui ont toujours un pied dans le plat quand ça les arrange.Quand à Guédiguian c’est un cinéaste qui à sut apporter un souffle nouveau au début des années 80 avec ses premiers long.Puis il est tomber dans la complaisance de »la gauche bobo »qui se sent proche du peuple et des gens qui souffrent mais qui vivent dans le luxe de maisons bourgeoises.Enfin je ne suis pas là pour juger des individus à travers leurs œuvres mais pour leurs actes ou leurs prises de position dans la société d’aujourd’hui.Ou sont en France les réalisateurs qui s’engagent et donnent leurs avis sur les éborgnés des samedis,suite aux mouvements des gilets jaunes.Qui ses souvient de cette grand-mère marseillaise de 82 ans qui est morte suite à l’envoi d’une grenade par un crs?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Mais Yves, vous délirez. Stone a terriblement attaqué l’Amérique. Voyez son documentaire. Et il a même pris le parti de Castro, Chavez, Poutine par détestation de la politique américaine, ce que lui reprochent certains de ses défenseurs. Là, vous dites n’importe quoi. Avez vous regardé une image de sa série sur Roosevelt, Truman (qu’il descend avec une violence inouïe), Eisenhower, Obama (qu’il déteste). Je trouve aussi inouï que vous écriviez qu’on ne juge pas un auteur sur ses oeuvres mais sur ses actes. Donc les tendances sexuelles de Proust, son isolement névrotique comptent beaucoup plus que LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU. Guediguian a pris des positions très fermes sur la guerre d’Irak, le génocide arménien et je trouve un peu facile de le traiter avec une telle condescendance. Vous confondez l’actualité et l’Histoire. Les gilets jaunes, c’est un sujet complexe qui demande du recul pour faire le tri entre les vraies souffrances, les délires antisémites, la perméabilité de toutes les rumeurs complotantes, la récupération par l’extrême droite et les casseurs. La télévision est là pour réagit à chaud. Nous ne sommes pas des journalistes et il me semble que des gens comme Brizé, Lioret, Fabienne Godet, Jean Pierre Thorn et de nombreux documentaristes rendent compte des éborgnés et j’en ai rendu compte dans CA COMMENCE AUJOURD’HUI. Arrêtez de donner des leçons aux cinéastes

        • Ballantrae dit :

          Bon, j’ai ouvert la boîte de pandore. Je ne pensais pas amener Yves vers ce type d’errance mais le ramener sur terre. Tant pis.
          Je n’ai pas fustigé guediguian pour un manque de courage personnel mais ai émis des réserves sur certains films.
          Oui, je n’ai pas de leçon de civisme et d’engagement à donner à des cinéastes comme stone qui me semble remarquable.
          Une pensée pour ce chef d’oeuvre de l’architecture qu’etait nd de Paris. Dire que je relisais le roman de Hugo cette année avec les élèves. Hasard bizarre. « Ceci tuera cela »…

        • Yves Rouxel dit :

          A Bertrand.La polémique et la provocation à toujours été un de mes points faibles.Je me reprends sur Oliver Stone avec mon film préféré qu’est »JFK »qui est l’œuvre la plus aboutie et juste pour moi.Ensuite comme beaucoup je me méfit de plus en plus des discours complotistes sur les attentats du 11 septembre,de l’affaire Merah à toulouse et Montauban ou même de l’incendie qui à ravagé la cathédrale notre dame hier soir.Effectivement les journalistes sautent sur l’occasion et disent tout et nimporte quoi.Entendu hier soir sur une radio nationale: »Oui je suis au pied de la cathédrale,les flammes brulent ,il y a du feu partout »!!!Hallucinant pour des professionnels qui sortent d’écoles de journalisme.Je vais m’empresser de voir les documentaires de Stone.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Sans rapport avec le film citer,je voulais savoir si vous connaisser « Sous les toits de Paris »de René Clair sortie en 1930 et qui est le premier film français parlant?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Yves, s’il vous plait, soyez un peu sérieux au lieu de déranger à tout bout de champ : je parle du film, montre une séquence dans VOYAGE. Vous ne pouvez pas accaparé l’attention de personne alors que vous ne prenez rien en compte

        • Salomon dit :

          A Yves Rouxel

          SOUS LES TOITS DE PARIS n’est pas le premier film français parlant mais le premier film parlant de René Clair, ce qui n’est pas exactement la même chose.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Salomon
          Exact, il y a un film d’André Hugon, les TROIS MASQUES notamment avant lui

        • DUMONTEIL dit :

          « les trois masques » est le premier film français parlant mais réalisé en Angleterre .
          Le premier film français parlant réalisé en France est « chiqué « de Pierre Colombier;des Américains veulent faire la fête et visitent des endroits louches où on leur dit « c’est du chiqué « ; ils ne se laissent pas impressionner quand des vrais voyous arrivent et les Yankees disent à leur tour: »c’est du chiqué » (si mes souvenirs sont exacts ,ils disent : »that’s bluff)! »;le vocabulaire emprunte aux « mystères de Paris » d’E. Sue (goualante,tapis-franc); les valses musette tiennent presque plus d’importance que l’intrigue ;Charles Vanel est le seul nom connu de la distribution.

        • Denis Fargeat dit :

          « D’ailleurs ça me fait penser à Dumbo …non, là je rigole! »
          A Ballantrae, moi pas du tout , je me suis trouvé à aller le voir hier soir sur les conseils d’un ami – je mesure la sagesse d’Oscar Levant, il faut se méfier par dessus tout de ses amis. Mais j’avoue une faiblesse pour Tim Burton. Juste dire rapidement que c’est remarquable à quel point ce cinéma se métaphorise lui-même : un petit cirque racheté par un immense parc d’attraction, « Dreamland », (dirigé par Michael Keaton méconnaissable en dehors de quelques mouvements de buste, et lui-même dépendant de financiers), y perdant son âme pour la retrouver dans un épilogue auquel personne ne croit. Le film, Disney jusqu’au bout des oreilles, et chimère comme les « fake monsters » que dénonce la foule assez perspicace au bout du compte, raconte l’histoire de son propre échec – comme Frankenweenie, amère leçon de morale : on ne peut rééditer une expérience si le coeur n’y est plus, mais comment savoir s’il y est , ce coeur?… Pour autant, je ne regrette pas, l’équipe Burton-Elfman-Lebenzon-Atwood-Heinrichs est encore réunie et fonctionne par éclairs et signes de reconnaissance. J’aime beaucoup le tandem Heinrichs-Burton, les motifs visuels qui circulent depuis longtemps maintenant. Et du côté Elfman , belle réussite du générique, comme toujours ; ensuite, trop de tout , et trop peu de l’essentiel – j’ose dire le coeur , et la mélodie. Quant à Dumbo, il est dans le titre mais c’est à peu près tout ; c’est ici un véhicule , au sens littéral. Il pourrait même venir chercher Yves sur son arbre.
          Bon, comme sale gosse je me pose là, irais-je jusqu’à dire, cher Ballantrae, que c’est vous qui avez suscité ce post?
          Et, histoire de raccrocher aux thématiques suggérées : qu’est-ce que j’entends, il paraît qu’Oliver Stone va réaliser le remake de Bambi ? On va enfin savoir qui a commandité le meurtre de sa mère….

      • Yves Rouxel dit :

        Désolé Bertrand mais je suis dans une période perchée actuellement.Je vais me reprendre en main,promis!!

        • ballantrae dit :

          Descendez de l’arbre, si vous êtes perché, SVP!
          Je vous propose une ouverture synchrone avec le billet de Bertrand: que pensez vous du cinéma d’Oliver Stone par exemple? Vous qui êtes engagé, pensez-vous qu’il est un cinéaste engagé en profondeur? Aimez vous ses films les plus politiques? D’autres?
          Vous parliez à un moment du cinéma de R Guediguian par ailleurs ( le plutôt languissant La villa).Paradoxe pour moi que son cinéma car je préfère souvent ce qu’il raconte en entretien que ses films à qqs exceptions près ( La ville est tranquille que je place très haut, Le promeneur du champ de Mars, A la vie à la mort).
          Par exemple le si célébré Marius et Jeannette revu récemment suscite toujours la même distance pour moi: un peu l’impression de voir lourdement se déployer un catéchisme bien pensant qui ne convainc que les convaincus, le truc fait pour des lecteurs de Télérama en somme.
          C’est un peu comme si on jugeait qu’Ingloriuous basterds était un film politiquement hyper courageux et qu’Hitler n’avait qu’à bien se tenir dorénavant…
          Stone a souvent été dégommé pour cause de manichéisme mais Salvador et qqs autres me semblent des films authentiquement courageux.
          Si là je n’ai pas réveillé qqs vieux de la vieille! Juste histoire de ne pas sauter d’une digression l’autre avec l’ami Yves!
          D’ailleurs ça me fait penser à Dumbo …non, là je rigole!

        • Gilles dit :

          Je m’engouffre dans cet aparté Stonien, cinéaste qui m’a passionné à ses débuts, mais j’étais bien jeune, et qui, avec la distance, me semble être une imposture ou quelque chose qui y ressemblerait. Du strict point de vue de son engagement politique. Formellement, je trouve ses films tout à fait brillants, excepté ALEXANDRE, difficile à sauver. JFK m’impressionne toujours autant formellement parlant. Il s’en dégage cette incroyable énergie dont parle Bertrand Tavernier, et le travail de montage a dû être une épreuve. Le contenu est en revanche proprement honteux. Je le relie à une vieillerie intitulée EXECUTIVE ACTION qui défendait les mêmes théories fumeuses, film qui n’avait même pas l’excuse d’être bien réalisé. Stone m’a toutefois fait découvrir les Doors, leur musique est devenue une addiction, même si le film supporte difficilement plusieurs visions. Le pic de sa filmographie est sans doute SALVADOR, en effet. Avec UNDER FIRE c’est ce que le cinéma américain a fait de mieux sur les conflits en Amérique latine. L’ENFER DU DIMANCHE m’a fait penser à une remarque de Hawks, dans ses entretiens avec McBride, disant avoir commis l’erreur de tourner un film où tous les personnages étaient des fils de pute. C’est un film borgne, et il faut revoir ALL THE MARBLES ou SLAP SHOT. Pourquoi le cinéma français n’a jamais de film sur le sport Mr Tavernier ?
          Anecdote rapportée par Stone : le personnage de Pacino fut refusé par Bronson qui le trouvait trop lâche.
          Quant au Stone simple scénariste, je ne décolère toujours pas en revoyant SCARFACE, qui est un film dont les auteurs n’ont sans doute pas mesuré à quel degré il pouvait être irresponsable. De Palma s’est excusé avec Carlito’s Way.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          ALEXANDRE a des défenseurs qui ne le trouvent pas difficile à sauver et la dernière version m’a fait réviser une bonne partie de mon jugement initial. JFK m’a toujours semblé ultra brillant et profondément discutable, NATURAL BORN KILLERS détestable mais je défends l’ENFER DU DIMANCHE et sa vision du sport âpre. La trilogie sur le Vietnam tient le coup et RADIO TALK parle de l’émergence d’un électorat qui fera élire Donald Trump et qui commence à s’exprimer ouvertement. Stone a senti cela. Son documentaire sur la politique américaine est partial mais contient deux ou trois aperçus foudroyants et aussi quelques injustices. Mais il a le mérite de secouer le cocotier et hélas de s’aligner un peu trop sur Fidel Castro, Chavez, voire Poutine (encore que la dernière partie des interviews arrache des aveux sidérants au président Russe

        • MB dit :

          à Ballantrae: GUEDIGUIAN/sûr que les rédacteurs et lecteurs de Télérama adorent MARIUS et Tra est assez agaçant avec son esprit de gauche douceâtre-eau de rose-on est tous copains-youkaidi-youkaida mais nonobstant le film reste très distrayant, plus que LES TUCHE 3 paraît-il. Dés qu’une comédie romantique plaît au + > nombre exactement comme un film de Capra elle en devient suspecte, mais on ne rechigne pas devant un Capra qui a l’avantage de dater d’il y a des lustres, respectons les anciens. Ne soyez pas comme les critiques de Libé qui aiment bien trouver de la complaisance là où il y a de la naïveté (à eux on la fait pas) dans le sens d’art naïf, Guédiguian c’est souvent le douanier Rousseau, il met les pieds dans le plat j’aime! LA VILLA languissante? diable! avez-vous oublié ces plans météoritiques de la fin où les enfants crient le nom de leur frère disparu, puis celui sur le papa catatonique qui ENFIN réagit certes faiblement, alors qu’il se retrouve absolument seul, alors que ses proches durant tout le film espéraient assister à ce petit signe. Et Robinson Stévenin est formidable, il y va carrément.
          Dans un de ses films, RG s’autorise à citer Les Pauvres Gens, citer Hugo à nôtre époque, pas sérieux, ça.
          D’ailleurs tout ça me fait penser à EVIL DEAD 2.

        • MB dit :

          … ceci dit LA VILLA n’est pas totalement réussi, mais méritait mieux.

        • Gilles dit :

          A Bertrand Tavernier :

          « l’émergence d’un électorat qui fera élire Donald Trump et qui commence à s’exprimer ouvertement. Stone a senti cela. »
          Ce qui ne l’a pas empêché de dire juste avant l’élection « Trump n’a aucune chance de l’emporter. »

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Il l’a senti l’émergence encore balbutiante pas la victoire (encore que dans le film, ils tuent l’animateur)en tant que cinéaste mais en tant que citoyen il s’est gouré

  11. Yves Rouxel dit :

    J’ai revu une nouvelle fois »Le dernier des géants »de Siegel qui n’est pas le chant du cygne du western .L’œuvre reste attachante pour son coté nostalgique et mélancolique puis on retrouve John Wayne dans son dernier role ou la fiction rejoint la réalité.Les scènes entre Fleur(Lauren Bacall et Le duke)sont formidables et remplies d’émotions et de tendresse.Elle à perdue son mari qui avait à peine 41 ans et lui arrive au bout du chemin avec la maladie qui le ronge.Le jeune Ron Howard échappé de la série »Happy days »apporte un élan d’espoir vers la fin du film.Mais il y a aussi James Stewart les cheveux blanchis par les années qui endosse le role du docteur.On sent entre les deux personnages une forme d’amitié sincère et de compassion pour celui qui va compter les jours.N’oublions pas Richard Boone et Scatman Crothers(que l’on reverra dans »The shining »de Kubrick).Dans le bonus John Landis commente quelques scènes du film .

    • MB dit :

      à Yves Rouxel: DERNIER DES GEANTS/qqs qualités mais film fade à côté du roman de Glendon Swarthout Une Gâchette (Série Noire), réédité comme Le Tireur chez Gallmeister (nouvelle traduction?). Ses romans ont inspiré aussi THE HOMESMAN et la magnifique série LONESOME DOVE et un sujet singulier tourné par Kramer sous le même titre Bénis soient les enfants et les bêtes, inédit en France je crois (le film).

      • Bertrand Tavernier dit :

        A MB
        D’accord avec vous sur la fadeur du film de Siegel qui reste très en dessous du sujet. Je crois d’ailleurs avoir exprimé des réserves mais ce cher Yves ne semble jamais lire ou tenir compte de ce que l’on écrit. Mais LONESOME DOVE est adapté de LARRY McMurtry (HUD, THE LAST PICTURE SHOW) et il faut absolument lire tout le cycle admirable paru chez Gallmeister

        • MB dit :

          oui oui LONESOME DOVE c’est d’après Mc Murtry je me suis laissé abuser par les pubs pour d’autres romans (le style « vous aimerez aussi… ») et je n’ai pas vérifié! il faut TOUT vérifier damned!
          qu’en est-il de BLESS THE BEASTS AND CHILDREN de Kramer l’avez-vous vu?
          et puis j’adore LONESOME DOVE que vous aviez conseillé ici, il faut vraiment que ça sorte en France, c’est un chef d’oeuvre…

        • Gilles dit :

          Wayne trouvait le film cadré trop serré. Je pensais à ça en regardant le western d’Audiard, qui ne tient jamais compte de ses décors. Il aurait pu le tourner comme Lars Von Trier a tourné Dogville. Bien que fade, à cause de ses cadrages notamment, de sa lumière terne, le personnage de Wayne est plus attachant que d’ordinaire. Il laisse paraitre une fragilité inhabituelle, et certaines scènes avec Lauren Bacall sont chargées d’émotion. Malgré ses défauts le film se place très au-dessus de ce qu’il tournait depuis dix ans. Contrairement à la plupart des acteurs de sa génération, Wayne est sorti par la grande porte.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Gilles
          Mais Audiard voulait imposer un climat oppressant, claustrophobie ce qui n’était pas le cas de Siegel

      • SERVANT Jean-Pierre dit :

        A MB : THE SHOOTIST. Merci d’avoir signalé le livre de Glendon Swarthout. Il est en effet, remarquable.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A SERVANT Jean-Pierre
          Exact, il faut lire aussi HOMESMAN du même auteur et un autre roman, WARLOCK qui a donné lieu à L’HOMME AUX COLTS D’OR. Le livre est plus fort, plus complexe avec ses multiples points de vue. Il y a aussi TRUE GRIT qui fut respecté talentueuse ment aussi bien par Hathaway (je préfère sa version) que par les Coen et chez Actes Sud la magnifique ETRANGE INCIDENT, SAINT JOHNSON, LA RESISTIBLE ASCENSION DE LAT EVANS (personne ne semble les avoir lus dans ce blog pas plus que FEMME DE FEU ou HOMBRE (ce dernier chez Rivages)

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Bertrand Tavernier : merci vraiment pour toutes ces pistes littéraires.

        • Alexandre Angel dit :

          A Bertrand
          Pas tout à fait personne!
          J’ai lu SAINT-JOHNSON et un autre blogueur (je ne sais plus qui par contre)avait fait un ou deux beaux comptes rendus.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Alexandre Angel
          Pardon. Et maintenant on peut le comparer avec le film d’Edward L Cahn sorti chez Sidonis

        • MB dit :

          à JP Servant THE SHOOTIST LE ROMAN je l’ai lu dans la traduction de la Série Noire, je crois que Gallmeister a repris la traduction, puisqu’ils l’ont réintitulé (Une Gâchette devenant Le Tireur ce qui doit correspondre à « shootist »).
          Homesman a été adapté par TL Jones même titre avec The devant, mais ce film m’a déçu sans que je sache pourquoi.
          TRUE GRIT: oui le Coen est très décevant aussi, et j’adore Jeff Bridges mais là, il apparaît très cabotin.

    • SERVANT Jean-Pierre dit :

      A Yves Rouxel : (THE SHOOTIST) J’avais trouvé le film assez plaisant pour la peinture du vieil Ouest qui disparaît peu a peu laissant la place aux nouvelles technologies. Wayne y est égal à lui même, attachant bien sûr et on sent bien qu’il n’a pas à forcer pour interpréter ce homme usé par le temps et la maladie. Moi, ce qui m’a toujours gêné dans ce film – et c’est bien sûr personnel – c’est la musique de Elmer Bernstein, à mon goût trop « moderne », sans doute dans l’air du temps des années 70, mais qui n’apporte pas le lyrisme nécessaire à ce type de sujet. De plus j’ai toujours trouvé le gunfight final dans le bar très platement filmé, bâclé.
      Duke méritait une sortie plus grandiose…

      • Bertrand Tavernier dit :

        A SERVANT Jean Pierre
        C’est l’ensemble du film qui est plat, sans énergie, très en dessous du roman. Dans sa bio de Wayne, Scott Eyman mon the que c’est du en partie à l’ego de Siegel qui s’est dit qu’il allait dompter Wayne et qui a pinaillé sur des trucs sans importance, a voulu lui imposer certains choix, s’est aliéné l’acteur et a perdu. Et du coup s’est désintéressé du film. Il n’y a aucune alchimie ou entente entre Bacall et Wayne et Siegel, en effet, a bâclé le règlement de compte final

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Bertrand Tavernier : (THE SHOOTIST)
          Pour conclure en ce qui me concerne avec ce film, il est certain que je suis dans l’incapacité de comparer avec le roman ne l’ayant pas lu (j’ai noté) et je me réfère uniquement à mon souvenir de spectateur quand le film est sorti en salles à l’époque. Pour moi, Wayne fait partie des « piliers » d’un certain cinéma et sa présence charismatique – même dans un film pas vraiment réussi – m’invite à l’indulgence.
          J’ai été surpris en vous lisant des rapports peu « cordiaux » entre Siegel et Wayne. L’ ambiance sur un tournage doit aussi beaucoup jouer sur le produit fini. « Dompter Wayne »… je n’imaginais pas Siegel avec cet état d’esprit. Comme quoi.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A SERVANT Jean Pierre
          Wayne pouvait être dur avec certains metteurs en scène, ayant travaillé avec Ford Hawks et il avait une bonne vision du film même si vers la fin, il a cédé à la paresse. Il a détesté tourner le BARBARE ET LA GEISHA s’estimant à juste titre trahi par Huston qui n’avait tenu compte d’aucune de ses remarques qui étaient souvent judicieuse (les avait il lues ?). Il trouvait qu’il soignait son image et ne s’intéressait guère (dans ce film – aux personnages et aux émotions. Et Siegel sous un coté détendu avait un rude égo

  12. SERVANT Jean-Pierre dit :

    Grande envie de découvrir KISS TOMORROW GOODBYE de Gordon Douglas, que je crois n’avoir jamais vu.
    J’ai un moment confondu avec COME FILL THE CUP (Feu sur le Gang), autre film du tandem Cagney /Douglas sorti je crois en 51, scénario de Goff et Roberts (WHITE HEAT) que j’ai voulu revoir. Le film est intéressant à mon goût surtout dans sa première partie, celle où Cagney est largué du journal ou il travaille suite à son alcoolisme, sa chute et sa rédemption, aidé par un ex alcoolique (James Gleason).
    J’ai été moins convaincu dans la deuxième partie où son patron (Raymond Massey) lui demande de venir en aide à son neveu (Gig Young) qui lui même sombre dans la boisson.
    L’ex fiancée de Cagney s’est mariée avec le neveu en question qui la trompe avec une artiste de cabaret mêlée à une bande de gangsters. Ça fait beaucoup. Et la fin m’a semblé presque bâclée et peu crédible.
    Mais reste le jeu de Cagney, impérial. Rien que pour la scène (très courte) où il erre dans la rue au petit matin, en manque d’alcool, hagard, en guenilles, attendant l’ouverture du bar salvateur vaut de voir ce film. Il faudrait un jour étudier la démarche particulière de James Cagney. Il ne marche pas, il fonce, le buste en avant, décidé.
    Dans cette scène de rue, où il se meut avec difficultés, je le trouve sidérant.
    Pour COME FILL THE CUP on sent une hésitation entre drame social et film de gangsters bien que le social prenne le dessus.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A SERVANT Jean-Pierre
      Vous avez entièrement raison et Gordon Douglas le déplorait. L’histoire de gangster a été rajoutée à la dernière minutes, contre l’avis du réalisateur et de Cagney, soi disant pour ne pas désarçonner son public. C’était stupide Mais les qualités de la première partie valent le détour

      • SERVANT Jean-Pierre dit :

        A Bertrand Tavernier (COME FILL THE CUP) Merci pour ces précisions. C’est tellement flagrant. Je me suis demandé comment les auteurs du vertigineux WHITE HEAT avaient pu écrire cette deuxième partie du film qui destabilise complètement le propos. Du coup le personnage de la fiancée (Phillis Thaxter, assez juste) est réduit à des apparitions éparses et « potiche ». Vraiment dommage. La première partie contient de jolies idées comme quand James Gleason prépare ses recettes de jus de tomate qu’il assaisonne d’épices pour retrouver – sans risques – le goût puissant d’un alcool, ou la peinture de la vie dans la salle de rédaction assez intéressante.

      • Alexandre Angel dit :

        A Jean-Pierre Servant,
        Merci de parler si bien de ce film que j’ai vu mais dont je n’ai plus beaucoup de souvenirs.
        Il faut dire que ces échanges (et cette chronique) sur Gordon Douglas réactive chez moi toute une « ambiance » liée au réalisateur de 2010 à 2012, en gros.
        Cela avait commencé par une rétrospective intégrale à la Cinémathèque. De passage à Paris, j’avais eu envie d’aller y jeter un œil : j’étais donc aller voir LES NOUVELLES AVENTURES DU CAPITAINE BLOOD ainsi que LA MAITRESSE DE FER. Parallèlement sortait BARQUERO chez Sidonis, que Bertrand présentait.
        Puis, ce fut ce cycle sur TCM riche en découvertes agréables : THE DOOLINS OF OKLAHOMA, THE ROGUES OF SHERWOOD FORREST, LA FLECHE NOIRE, BOMBERS 52, THE FALCON IN HOLLYWOOD et j’en oublie…J’ai découvert des « Gildersleeves », MARA MARU avec Errol Flynn. A tout cela s’est ajouté ce blog qui vous donne envie de revenir à des choses que vous aviez visionnées par dessus les yeux (THE NEVADAN).
        Tiens, je n’ai toujours pas vu I WAS A COMMUNIST FOR THE FBI : il est sur mon étagère, je le regarde aujourd’hui.
        Je l’ai déjà dit mais tant pis : j’ai vu à sa sortie et à 10 ou 11 ans le tout dernier film de Douglas, VIVA KNIEVEL (Le Casse Cou). J’avais pas trouvé ça fameux (je crois que Gene Kelly jouait dedans).

        • SERVANT Jean-Pierre dit :

          A Alexandre Angel : (GORDON DOUGLAS) J’ai retrouvé dans ma bibliothèque le numéro de janvier 2010 qui contient un texte de Jean-Pierre Coursodon sur quelques films de Douglas, à l’occasion de la rétrospective consacrée au réalisateur à la Cinémathèque Française.
          L’auteur parle chaleureusement de CHUKA que je n’ai jamais pu voir (pourtant autrefois diffusé à la télévision), de RIO CONCHOS que j’ai oublié et vais donc revoir, de THEM ! unique film SF de Douglas et I WAS A COMMUNIST FOR THE FBI, comme d’une « réussite inattendue dans un des sous-genres hollywoodiens les plus ingrats qui soient : le film de propagande anti-rouge ». Envie de le découvrir, repéré l’autre jour, mais j’étais parti sur l’achat d’un (très beau) Hathaway…
          Je n’ai pas un souvenir extraordinaire de ses trois « policiers » avec Frank Sinatra, du moins pour les TONY ROME.
          Parmi ses westerns, il faut que je revois YELLOWSTONE KELLY dont je me souviens vaguement.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A SERVANT Jean-Pierre
          J’aime beaucoup THE DETECTIVE, moins TONY ROME qui a des moments réussis et bien filmés. Jamais vu le troisième. Les westerns avec Clint Walker sont fort bons

      • SERVANT Jean-Pierre dit :

        A Bertrand Tavernier : (KISS TOMORROW GOODBYE) Découvert ce soir avec plaisir, et effectivement je ne le connaissais pas.
        Il y a de nombreuses scènes fortes mais je trouve aussi quelques « flottements » dans quelques scènes qui par moments cassent un peu le rythmé global.
        Je pense surtout qu’il ne faut pas le comparer à WHITE HEAT de WALSH, à mon goût beaucoup plus nerveux – ce qui est lié au sujet – et le personnage interprété par CAGNEY dans ce film, bien que cruel dans certaines scènes, m’est apparu beaucoup moins dingue que le Cody Jarrett de WHITE HEAT. Les personnages, tous assez pourris, forment une intéressante galerie. Merci pour cette découverte!

  13. Yves Rouxel dit :

    Intensité dramatique,psychologies des personnages,telle est la singularité de la réalisatrice Fabienne Godet.Dans »Une place sur la terre »elle nous décrit l’univers d’un photographe seul et sans attache.Benoit Poelvoorde compose un ètre fragile qui frise la cinquantaine et qui à comme seul copain le fils de sa voisine qu’il garde à l’occasion.Le petit Max Bessette de malglaive découvert dans le chef d’œuvre qu’est »Versailles »à toujours ce regard innocent et fort.Mais le meilleur de cette histoire simple est la relation d’individus qui vivent les uns près des autres et s’évitent ,ne se parlent pas ou font semblant de ne pas se voir.Pourtant grace à quelques notes de piano échappés d’une fenètre ouverte,les ètres vont se connaitre dans leurs souffrances et leurs faiblesses.Oeuvre sensible et reposante Fabienne Godet qui vient de Forbach ville de l’est à sut imposer à travers ses films une chaleur humaine et une forme de grace plein de finesse et d’intelligence.Bravo à elle et à son équipe.Une cinéaste à suivre.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Yves Rouxel
      J’aime beaucoup ses films mais n’avais pas perçu l’influence de Forbach

  14. DUMONTEIL dit :

    « .Le seul point faible pour moi c’est que le scénario appuit trop sur la religion et les bondieuseries inutiles à l’ensemble. »

    J’ai déjà envoyé un message pour exprimer ma désapprobation qui s’est perdu dans le monceau des commentaires savants des autres ; la religion joue un rôle extrêmement important dans ces petites communautés ,et le mot « bondieuserie  » est trop péjoratif et déplacé ; pour la moi,la scène la plus bouleversante du film est celle où le jeune héros souhaite au ciel des prairies de ragondins (ou ratons-laveurs quelle importance?)à son jeune ami disparu (pas très bibliothèque rose çà) ;la foi ,la vrai foi est un soutien pour un enfant désespéré dans ce contexte ….

    Hors -sujet: »Emma  » est charmant ;j’aime beaucoup quand Richard Cromwell (le torturé de « lives of a Bengal lancer ») appelle Marie Dressler  » Beauty ».

    De même qu’elle est un soutien pour le prisonnier noir innocent de « intruder  » qui montre une dignité rarement vue dans cette situation ;elle soutient la vieille dame qui contient à elle seule une foule déchainée …

    Dans « national velvet » ,aussi méprisé chez nous que « the yearling » ,mais adoré outre-atlantique ,Anne Revere décrit la vie à sa fille,la jeune E.Taylor ,en utilisant L’Ecclésiaste: »il y a un temps pour tout,même pour mourir » .

    J’ai été élevé très religieusement,mais j’ai pris mes distances avec le catholicisme depuis !Dieu merci!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A DUMONTEIL
      Vous avez entièrement raison. JODY ET LE FAON est tout sauf bondieusard. Simplement, il montre l’importance de la foi chez ces fermiers mais cela n’empêche pas quelques touches âpres et noires fort peu cléricales. Avec des moments très inventifs : voyez TRAIL OF 98, sa seconde équipe – la poursuite du carrosse sur la plage – dans LORNA DOONE, séquence magistrale. Brown a du pouvoir entretenir des rapports spéciaux avec Thalberg et Mayer qui lui ont permis d’aborder des sujets très durs pour la MGM et dans des conditions inhabituelles. Les nombreux extérieurs de JODY, de INTRUDER IN THE DUST. Melville avait passion pour certains de ses films comme HUMAN COMEDY d’après Saroyan. Brown était sans doute conservateur mais son intelligence, sa sensibilité (il était très aimé) lui permettaient de dépasser ces étiquettes. Il faut se souvenir qu’il permit à Maurice Tourneur d’avoir une fin de vie fort agréable

      • Yves Rouxel dit :

        a Bertrand.Je suis d’accord avec vous concernant »Jody et le faon »qui reste une oeuvre forte en soi.Vous avez raison,les plans exterieurs lorsque le petit Jody court le long de la rivière sont réussit.Il court vers l’évasion mais aussi il fuit la tristesse de sa mère qui à perdue trois enfants.Là on n’en sait pas plus.Peut etre que dans le roman l’auteur évoque la disparition de ces enfants.J’ai revu Claude Jarman JR dans le western de Roy Huggins qui est une curiosité bien troussée. »Le relais de l’or maudit »avec un Randolph Scott pris entre deux feux quand il apprend que la guerre est finie.

  15. MB dit :

    Avez-vous parlé de CITY FOR CONQUEST de Litvak? Je n’arrive pas à retrouver par la recherche. J’ai beau reconnaître les faiblesses du film (A Sheridan pleure trop, le personnage de A Quinn est dépeint trop noir quoique j’adore retrouver l’acteur jeune), je trouve que la 1ère 1/2 heure est prodigieuse et les deux tiers se retrouvent par jeu de la moyenne, sensationnels, typiquement le Warner qui marche à 100 à l’heure!
    Le tout début est séduisant qui utilise un clochard philosophe et improbable qui se fait rabrouer par un flic (Ward Bond qui apparaît une minute, il n’était pas déjà sorti des silhouettes en 1940? De toute façon il est partout…) clochard-coryphée ou porte-parole de Litvak (joué magnifiquement par Frank Craven, ses scènes avaient été coupées à la sortie et restituées en 2006 cf IMDB) qui nous introduit au coeur du film en chantant les honneurs à la grande pomme, à sa foule! Le départ individualiste sur ce personnage génial est une sorte de tunnel qui va par surprise nous mener sur les trois personnages principaux: Cagney toujours en avance d’un quart de seconde sur sa ligne de dialogue, Sheridan et Arthur Kennedy qu’on adore aussi retrouver jeune, très convaincant. Cependant nous débouchons aussi hors du tunnel sur une exaltation épique et lyrique de la grande ville avec profusion jouissive de plans façon documentaires qui m’ont fait penser à SOLITUDE ou d’autres réels documentaires. Ces plans ne sont pas qu’urbains mais même surtout sur des visages en gros plan ou plan rapproché sur des 2nds rôles ou figurant et même silhouette. Les éclairages éblouissants (à deux niveaux!) très contrastés sur les visages, hors de l’influence expressioniste ou du moins décalés par rapport à celle-ci il y a moins de gris, privilégient les visages et exaltent la chaleur humaine dont on ne s’étonne pas dans un film de Litvak (James Wong Howe et Sol Polito…).
    On adore retrouver Elia Kazan acteur en clochard puis bandit prospère!
    Cagney: le contrôle de sa posture physique ou de sa gestuelle géniale (les fameuses gifles retenues, entre goût viral pour la bagarre et affection) concernent aussi un talent à les modifier pour sortir du champ de la vivacité physique et jouer la mal voyance (il n’est pas totalement aveugle suite à l’accident): le port de la tête entre en jeu alors, légères inclinaisons pour mieux voir, démarche, entre autres. Je pense aux débordements physiques de Pacino qui tout d’un coup les retient dans le PARRAIN 2! C’est le même talent physique mais pour une gestuelle plus discrète. Je pense aussi à Gabin et LA NUIT de Lacombe, à cause de la cécité et même si ce sujet est moins développé dans CITY, il reste que Cagney aveugle paraît convaincant.
    Après, Arthur Kennedy lui est moins convaincant en chef d’orchestre et son succès est curieusement fulgurant! Je suppose que Max Steiner s’inspire de Gershwyn, puisque le film illustre à fond la symphonie de la grande ville de Rhapsody in Blue mais je ne suis pas sûr manque de culture musicale. Et le concert, musicalement, est moins convaincant que la fameuse Rhapsody! Surprise éblouissante, et impatience pour la réédition de L EQUIPAGE en restauré.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A MB
      Votre DVD est récent ou est ce une vision sur TCM ?

      • MB dit :

        CITY FOR CONQUEST, non c’est un dvd z1 (avec stf) de 2006 c’est marqué Warner ent. ET Turner ent. Master très très beau:
        http://www.dvdbeaver.com/film/DVDReviews23/city_for_conquest.htm
        c’est marrant car j’ai vu après que la 4ème capture donnée par Dvdbeaver était exactement celle que j’avais choisie pour ma collec de cop d’ecrans de films! (les trois personnages penchés de face avec Cagney à gauche). Ce zone 1 passe très bien sur mon lecteur zone 2 qui m’en a refusé pas mal.
        Photo magnifique.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Je pense que ce film fait partie de la collection excellente »Les trésors Warner ».J’ai revu « Le mystérieux docteur »de Litvak avec un Edgard G.Robinson époustouflant,puis Ward Bond ce colosse habituer aux westerns qui à peur des piqures du docteur.Vous avez raison c’est un film amusant ou Bogart joue les fourbes de service.La séquence qui me fait rire se déroule dans la chambre ou la bande du gang est sensée jouer de la musique alors qu’ils diffusent un disque.Litvak est un réalisateur à redecouvrir surtout la période ou il était en urss.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Ce sera très vite fait. A ma connaissance, il n’a tourné qu’un seul film puis trois en Allemagne. Il me semble que son premier vrai chef d’oeuvre est COEUR DE LILAS dont j’ai parlé ici

    • Mathieu dit :

      A MB:

      Moi je n’aime pas le début de CITY FOR CONQUEST, que je trouve littéraire et prétentieux, la prétention de faire quelque chose de « grand » et d’américain, exactement comme la musique assez pénible que compose Arthur Kennedy dans le film. Et je n’aime pas la fin non plus, c’est à dire à partir du moment où Cagney perd la vue, on tombe dans le mélodrame le plus convenu et je ne marche pas. Tout qu’il y a entre les deux est par contre plein de très belles choses, et Cagney est à son meilleur, cette mélancolie, cette façon d’encaisser les coups (au figuré), et le tempo du film est très soutenu et monte en tension jusqu’au climax du match fatal.

      • MB dit :

        à Mathieu: CITY/pas du tout d’accord ni pour le début ni pour Cagney aveugle, mais tant pis.
        je trouve ce passage du début de l’épique à l’individuel très réussi au niveau découpage éclairage, c’est une profusion! l’ambition que vous appelez prétention est au contraire sauvée par le talent de la mise en scène, encore tant pis.
        Frank Craven qui s’adresse à la caméra tient le même rôle dans OUR TOWN/UNE PETITE VILLE BIEN TRANQUILLE, l’avez-vous vu il faut que je le trouve.

  16. Pierre dit :

    J’ajoute mes remerciements à ceux d’Henri Patta concernant THE SINS OF RACHEL CADE que je viens également de découvrir grâce à ce blog. Et tout ce qui a été écrit plus haut est exact : un film parfois un peu plombé par son chromo christique mais aussitôt sauvé par une interprétation globale de premier ordre (cf les dialogues entre Peter Finch et le royal Juano Hernandez) ainsi que par des dialogues et des situations bien plus fins que la plupart des films exotiques en studio de cet acabit. Et même si il est de toute façon résolument impossible de ne pas tomber raide dingue d’Angie Dickinson dans la plupart de ses films, il est tout aussi exact que je l’ai rarement vue aussi amoureusement dirigée et captée. L’uniforme d’infirmière lui va décidément à merveille puisqu’elle sera toute aussi délicieuse et émouvante l’année suivante dans l’étonnant COMBAT DU CAPITAINE NEWMAN de David Miller (film lui aussi inégal mais qui contient certaines séquences d’une puissance rare avec les prestations fantastiques d’Eddie Albert et surtout Bobby Darin qui prouvent qu’il n’y a pas que la « Méthode » pour parvenir à des incarnations habitées).

  17. ballantrae dit :

    Le film de Tay Garnett Voyage sans retour est magnifique effectivement et me semble rivaliser sans mal avec les fleurons du mélodrame que sont Sirk, Mac Carey parfois et bien sûr Stahl.
    J’ai cité Mac Carey car dans mon souvenir ce film est assez proche par l’émotion qu’il suscite de Elle et lui, cette impression que la vie parfois joue avec le hasard des rencontres.
    Non seulement le récit et l’interprétation sont dignes d’éloge mais il faut aussi louer l’inventivité élégante et signifiante de la photographie je pense à certains plans sur le pont du paquebot qui réunissent les deux amants dont l’aventure sera sans lendemain avec un frémissement de tous les instants.
    Un grand film indéniablement, l’un des meilleurs des 30′ aux USA pour un cinéaste étonnant même si inégal. Selon moi il faut aussi retenir Bataan, Le facteur …bien sûr et L’amour en 1ère page.Les films des 40′ 50′ postérieurs que j’ai ou voir ne sont pas aussi mémorables.
    Dans ses meilleurs moments, il possède l’évidence classique d’un Curtiz voire d’un Walsh qui eux aussi passaient sans prévenir d’un univers à un autre, d’une écriture à l’autre selon les besoins dramaturgiques du sujet.
    Pour ce qui est de Stone qui n’a rien à voir avec le style de Garnett vous avez infiniment raison de redire qu’il a du talent et du courage dans bon nombre de ses films à commencer par sa trilogie vietnamienne ( c’est Platoon qui domine à mon sens car entre le ciel et l’enfer souffre de qqs longueurs…mais c’est un film courageux par son point de vue et son ampleur narrative) mais aussi un petit objet oublié tel que Talk radio (d’après la pièce de Bogosian si je me rappelle bien) très bien écrit.
    Ne pas oublier JFK!

    • MB dit :

      Garnett/ et SON HOMME que j’arrive pas à revoir.

      • ballantrae dit :

        Je ne le connais pas! Peut-être avait-il été jadis diffusé au Cinéma de Minuit par P Brion qui je crois aimait programmer T Garnett mais je l’avais alors raté.

        • Bertrand Tavernier dit :

          a ballante
          C’est très dur de trouver du bon matériel maintenant mais Langlois passait souvent ce film et je l’ai vu deux fois à la Cinémathèque

        • Alexandre Angel dit :

          Scorsese montre, sauf erreur, un extrait de SON HOMME dans son VOYAGE à lui.
          Il en loue la virtuosité technique lors d’une séquence où la caméra parvient à suivre le plateau d’un serveur dans un bar bondé. Martin Scorsese laisse entendre que ce sont typiquement ce genre d’éclats formels qui l’inspirent lorsqu’il réalise.

        • MB dit :

          SON HOMME moi aussi je l’avais vu à la cinémathèque de Beaubourg, il y a plein de bagarres rigolotes et un rythme sautillant ça ne faiblit pas. A priori il n’y a pas de dvd.

    • MB dit :

      à Ballantrae/GARNETT: par contre j’ai été déçu par CAUSE FOR ALARM!/JOUR DE TERREUR. BATAAN qui est cité dans MEAN STREETS par deNiro vaut bien le coup? et CROSS OF LORRAINE?

      • Bertrand Tavernier dit :

        A MB
        J’ai parlé de CAUSE FOR ALARM ici même et cela ne vaut pas tripette, CROSS OF LORRAINE non plus. Il y a très peu de bons films de Garnett et ils se situent pour la plupart dans les années 30. LE FACTEUR est quand même aseptisé et Niven Busch dit que son dialogue a été défiguré par un tâcheron. Pour ne pas perdre le marché grec, MGM a transformé le garagiste grec crasseux en anglais ce qui est inepte. Garnett qui était adorable signa plusieurs films inventifs et surprenants dans les années 30 mais LE SECRET DU CHEVALIER NOIR, ONE MINUTE TO ZERO sont des films ultra faibles et routiniers. Je voudrais revoir LES CORSAIRES DE LA TERRE. BATAAN était plus réussi, relativement sobre et dépouillé

        • MB dit :

          « LE FACTEUR est quand même aseptisé  » ah enfin! la sacralisation de ce film par l’exégèse de cinéma, comme GILDA, m’a surpris, la deuxième erreur y était le côté net et propret, sophisistiqué, dans cette petite tenue blanche ridicule, de L Turner qui aurait dû sentir la graisse à frites et évoquer la bête de sexe, afficher plus sa frustration sexuelle en tout cas, Garfield ne sauve pas le film d’ailleurs ne convient pas au personnage surtout à le comparer à Massimo Girotti dans le Visconti et dieu sait que j’admire Garfield, mieux vaut relire le Cain.
          et revoir le Rafelson je crois.

        • ballantrae dit :

          Le facteur…me semble nettement supérieur à Gilda qui vaut d’abord pour R Hayworth et rien de plus!On y trouve tout de même une atmosphère et l’installation des codes du roman noir.Jen’y vois pas un chef d’oeuvre absolu du film noir comme par exemple le sont certains Walsh ( High sierra, White heat…), Fuller ( Pick up…, House of bamboo…), Hawks ( Le grand sommeil) Tourneur ( Out of the past lediamant noir par excellence) ou Huston ( Sierra Madre, Key Largo ou surtout Asphalt jungle…et non le très, très surcôté Faucon maltais).
          Certes, on a fait mieux après sur cette base du roman de J Mac Cain pas nécessairement d’ailleurs le remake de Rafelson que je trouve surfait mais plutôt des remakes inavoués comme le film de Visconti ou Blood simple des Coen.
          Garnett n’est pas un cinéaste immense mais il a réussi des films tels Bataan que je trouve tranchant dans sa narration dans sa narration sans fioritures.Un artisan honnête qui a su faire son chemin dans un système compliqué.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A ballante
          Ces listes me gênent. GILDA qui est pour moi une vraie réussite visuelle et dramaturgie est tout autant un mélodrame gothique qu’un film noir et il contient de nombreux atouts à commencer par la création de George McReady, les touches homosexuelles, l’invention des dialogues. LE TRÉSOR DE LA SIERRA MADRE n’est pas du tout un film noir mais d’aventures, d’exploration dans la lignée de Conrad. KEY LARGO m’a toujours paru brillant mais un peu empesé contrairement à l’adaptation magistrale, subitement interprétée du FAUCON MALTAIS que j’ai revu l’autre jour avec la même jubilation (mais les versions Roy Del Ruth et, plus baroque et inégale, Dieterle ne sont pas du tout mauvaises surtout la première. Il faut dire que les dialogues d’Hammett, respectés par Huston, étaient incroyablement modernes et incisifs. Il y a plein d’autres films noirs admirables de LA GRANDE HORLOGE aux Preminger et à BIG HEAT et il est inutile de vouloir en dresser un palmarès de KISS ME DEADLY à NIGHT HAS A THOUSAND EYES et pour rester chez Farrow d’ALIAS NICK BEAL à HIS KIND OF WOMAN (+ Fleischer) et WHERE DANGER LIVES. Le film noir est un genre suffisamment vaste pour qu’on n’ajoute pas des oeuvres qui appartiennent à d’autres genres

        • Denis Fargeat dit :

          Je garde quand même un bon souvenir du film , et de la cruauté qui l’imprégnait. Même si elle n’est peut-être qu’un reflet édulcoré de celle du roman de Cain, ce qui en reste est toujours aussi glaçant, pour moi du moins. Et l’apparition de Lana Turner reste peut-être, justement, aussi marquante parce qu’elle est improbable, aux antipodes du naturalisme de Visconti – et Garfield à côté d’elle ressemble à un chat mouillé . Petit rappel quand même de ce fait bien connu et assez remarquable, trois versions de ce roman américain en 1939, 1942 et 1946, France, Italie fasciste, et Hollywood seulement après guerre.
          Pas vu le Chenal , qui fait envie, pour Michel Simon, et Corinne Luchaire, fascinante (beau portrait par Modiano : http://lereseaumodiano.blogspot.com/2012/01/corinne-luchaire-la-soeur-imaginaire-de.html) ; on peut voir quand on glane des renseignements sur elle un bel extrait de « Prison sans barreaux » produit par Pressburger (Arnold,a priori sans lien avec Emeric quoique aussi hongrois que lui.)Belle musique d’un obscur Will Grosz, mort peu après.

        • MB dit :

          FACTEUR/ à Ballantrae et D Fargeat: c’est vrai que le côté propret de L Turner que je vilipendais comme asexué ou puritain évoque AUTANT une frustration sexuelle que si, comme J Lange dans le Rafelson, elle avait été un peu plus souillon et sexy. Dans ce dernier notons que le mari redevient un immigré grec un peu balourd (ce qui n’aide pas à faire du film une plus grande réussite). Dans le roman de James Cain une très grande dernière partie évoque plus longtemps que dans les films, les tournants juridiques alambiqués qui vont sauver la mise des « amants diaboliques »! et leur permettre de vivre dans le remords, dernière (?) pseudo adaptation L EMPIRE DE LA PASSION bien sûr.
          Je suis d’accord pour GILDA comme étant autre chose qu’un film noir (BT dixit), trop de thèmes ou figures narratives l’en éloignent (particulièrement le fait que les deux héros se connaissaient d’avant le début), mais je reste froid devant ce film: le côté paraît-il torride de Hayworth reste du niveau sensuel d’un spectacle de goûter d’après-midi pour gosses riches de la bonne société, après le magicien. Mais il y a le royal George Macready qui impressionne partout où il passe!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Regardez ce que l’on écrivait dans 50 ANS sur GILDA, « ces rapports humains pervertis et maniaques, ce raffinement quasi abstrait des passions élémentaires, dans ces dialogues toujours allusifs, métaphoriques ou à double sens, dans ces cadrages, ces éclairages minutieusement réglés à des fins symboliques.. Nous saluions « une oeuvre totalement consciente, préméditée, voulue dans ces moindres détails et par des gens très subtils et intelligents eux-mêmes

        • MB dit :

          à BT: essayer de revoir GILDA alors? ma foi, vous m’avez bien convaincu pour le Corman THE INTRUDER…

        • ballantrae dit :

          Vous avez raison Bertrand pour les listes notamment cet ajout c’est vrai malheureux du Trésor…
          Pour Gilda et Le faucon maltais, je crois que ma déception vient de l’aura immense qui flottait sur ces deux films donc de l’attente fantasmatique…et du constat que les films étaient peut-être plus « modestes » dans leur réalité.
          Rien à voir avec le moment de la découverte de Citizen Kane, des Chaussons rouges, de Lawrence d’Arabie,de La comtesse aux pieds nus, de Heaven’s gate dont la découverte alla au delà des attentes: films effectivement démesurés, inventifs à tout instant, surprenants,etc…
          J’ai peut-être été trop péremptoire dans mes affirmations mais oui Gilda comme Le faucon maltais m’ont semblé agréables (d’abord pour les acteurs mythiques et l’atmosphère) mais au final n’ont pas laissé de ces traces indélébiles qui font penser que là, la cinéphilie devient intense et rencontre un moment d’exception.Banal est un adjectif excessif.
          J’avais éprouvé un peu la même chose face à Casablanca- que je trouve plus fort pourtant- car Curtiz m’a plus impressionné avec Breaking point entre autres.

      • D. H. dit :

        A Ballantrae. Comme vous, je trouve que THE BREAKING POINT est plus réussi, plus original, plus fort, que CASABLANCA. Vous nous aviez fait savoir, cher BT, que c’est la Warner, et sa considération de la personne de Garfield, qui est à l’origine de l’ostracisme qui frappe ce film, sorti depuis chez Criterion, mais toujours sans sous-titres. Et jamais diffusé, à ma connaissance, dans les salles qui ne programment que des reprises, du côté de la rue Champollion.

  18. Julia-Nicole dit :

    Je ne peux qu’être entièrement d’accord avec vous, cher Bertrand, sur VOYAGE SANS RETOUR, film très original et bouleversant. De façon générale, cette collection de films pré-code recèle des trésors.
    A propos de Clarence Brown, que je connais mal (je n’ai jamais vu JODY ET LE FAON, par exemple), j’ai une opinion mitigée. Il est capable de grandes réussites, comme AMES LIBRES ou LA CHAIR ET LE DIABLE, que vous mentionnez, mais aussi de purges assez redoutables: L’AIGLE NOIR avec Valentino, ou ANNA KARENINE, que Garbo ne parvient pas à sauver.
    Il fut d’ailleurs l’un de ceux qui la dirigea le plus souvent, mais avec des bonheurs divers, comme s’il n’avait pas su saisir le talent exceptionnel de cette actrice hors du commun. Outre LA CHAIR ET LE DIABLE, sublime, je retiens L’INSPIRATRICE et MARIE WALEWSKA, où Garbo est fabuleuse. En revanche, INTRIGUES et ROMANCE sont très moyens, de même que ANNA CHRISTIE, où elle parle pour la première fois à l’écran. La version allemande, dirigée par Jacques Feyder, ne vaut pas mieux.
    Mais j’ai beaucoup de lacunes dans sa filmographie, qu’il me faut combler.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Julia-Nicole
      Les Garbo sont inégaux mais ses autres films, avec des acteurs ou des actrices moins scarifiées sont souvent passionnants et originaux SMOULDERING FIRES, EMMA, POISSESSED avec Gable et Crawford, certaines comédies fort bien écrites et dirigées comme WIFE VS SECRETARY et l’AIGLE NOIR est assez marrant. Et INTRUDER IN THE DUST est une oeuvre marquante

  19. SERVANT Jean-Pierre dit :

    A Bertrand Tavernier : Hier en découvrant cette nouvelle chronique, vous m’avez incité à reconsidérer « 23 PACES TO BAKER STREET » d’Hathaway,que j’avoue n’avoir pas vraiment trouvé sensationnel lors de sa découverte quand il est sorti chez Sidonis il y a quelque temps.
    Je n’ai pas vraiment compris pourquoi je m’étais braqué sur cet excellent suspense, captivant de bout en bout, où j’ai pensé à REAR WINDOW d’Hitchcock (constat identique de François Guerif dans les bonus),pour son personnage principal atteint d’un handicap, ses rapports un peu houleux avec sa fiancée et le majordome Cecil Parker qui remplace ici l’infirmière Thelma Ritter. Une autre séquence que je ne révèle pas pour ceux qui ne l’ont pas vu,fait aussi penser à REAR WINDOW (toutes proportions gardées). Ce film m’a permis de reconsidérer le jeu de Van Johnson, acteur que j’avais toujours trouvé un peu fade. Ce qui est une erreur, parce qu’il est réellement excellent dans le rôle de cet écrivain atteint de cécité. De mémoire, je crois qu’il est aussi dans BASTOGNE où là aussi il est épatant.
    Les seuls griefs pour le Hathaway sont liés à la couleur (De Luxe), soit criarde ou terriblement fanee par moment (mais ça vient peut etre de la copie proposée) et à quelques transparences pas trop heureuses. De plus je ne suis pas certain que le format CinémaScope soit vraiment un bon choix pour cette production.
    Merci d’avoir rappelé ce film à mon souvenir.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A SERVANT Jean-Pierre
      Moi aussi j’étais passé à coté la première fois. Voila un film qui gagne à être revu. Le découpage est très aide, très dépouillé comme souvent chez Hathaway. Pas de lyrisme mais une rigueur à la Lang. La comparaison avec REAR WINDOW ne m’avait pas frappé. Il y a une érotisme charnel chez Hitchcock

      • DUMONTEIL dit :

        « 23 PACES TO BAKER STREET » d’Hathaway,

        par contre la pièce de Frederic Knott et donc le film de TERENCE YOUNG « wait until dark »(1967) s’inspirent du roman de P.McDONALD et donc du film d’HATHAWAY ,pour ce qui est de l’égalité dans l’obscurité.
        J’ai déjà dit le bien que je pensais de ce film et de l’interprétation d’A.Hepburn,nullement un projet avorté d’Hitchcock ;le film d’HATHAWAY est un excellent thriller aussi.

  20. Pierre dit :

    A Bertrand Tavernier sur Oliver Stone

    J’ai toujours été étonné par le manque de reconnaissance de Stone par la critique française. Il a connu pourtant un âge d’or impressionnant, qui s’étale sur plus d’une décennie : WALL STREET, BORN, JFK, NIXON, TALK RADIO, ANY GIVEN SUNDAY. Son activité au début des années 90 était d’un rythme tout simplement époustouflant. Il a aussi produit LARRY FLINT, ce qui est à mettre à son crédit.

    La critique récurrente qui lui est faite est de réaliser des « films à thèses », qui ne laisseraient pas au spectateur de liberté pour développer son propre point de vue. C’est un reproche que je trouve infondé pour deux raisons principales :

    – d’abord, Stone ne présente pas forcément « son » point de vue sur les évènements mais « un » point de vue bien spécifique auquel il se tient (celui de Ron Kovic, de Garrisson, ou de Nixon), ce qui n’est pas du tout pareil. Et à mon sens, c’est précisément cela qui permet au spectateur de se forger une opinion.

    – ensuite, il faut voir à mon avis son œuvre comme un ensemble. De fait, il a décrit les années 60 et 70 à de multiples reprises, mais à chaque fois avec un prisme différent. Pour un réalisateur soi-disant « à thèse », il est pourtant assez admirable d’avoir pu à la fois décrire la vision de la guerre du Vietnam de Kovic, de Le Ly ET de Nixon. Cela montre au contraire la vision d’un cinéaste qui ne cesse de s’interroger, de se remettre en question et d’essayer d’appréhender la complexité des évènements.

    D’un point de vue formel, la manière dont il a fait évoluer son montage est prodigieuse. A partir de JFK en particulier, puis ensuite avec NATURAL BORN KILLERS et NIXON, il multiplie les séquences inventives sur un rythme frénétique. Certains apprécient, d’autres pas, mais on ne peut pas nier qu’il y a ici une recherche singulière.

    Ni que ses films présentent tous une photographie très soignée. C’est Stone qui a fait émerger Robert Richardson et ses éclairages si reconnaissables, avant que celui-ci soit récupéré par Scorsese et Tarantino.

    Mon seul regret est l’évolution qu’ont pris les films de Stone à partir de la fin des années 90. U-TURN marque déjà le signe d’un manque d’inspiration. ALEXANDER est ambitieux et personnel, et assez intéressant, mais à mon sens moins abouti. La suite est décevante. Le second WALL STREET a une ou deux séquences vraiment passionnantes sur la crise financière, mais rien au-delà. WORLD TRADE CENTER est de mon point de vue un échec. W est un peu anecdotique. Tout cela est une suite de rendez-vous attendus mais en partie manqués, de facture plus classique, qui donnent le sentiment que Stone est moins investi que quand il abordait les années 60 et 70. Mais je ne perds pas espoir qu’il revienne un jour à la place qui est la sienne !

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Pierre
      Merci pour cette belle contribution.ALEXANDRE dans la vraie director’s cut ne manque pas de qualités ni de force et W se bonifie avec le temps ce qui n’est pas le cas de WTC ni du second WALL STREET. Il y a son documentaire sur l’Amérique

      • Ballantrae dit :

        Ne pas oublier la force de Salvador qui narrait de maniere incisive la découverte des compromissions écoeurantes des USA avec les pires régimes d’Amérique latine… intrusions sur les plans diplomatique, politique, militaire.
        Bon diptyque avec under fire de roger spottiswoode sorti 2 ans avant.

        • Alexandre Angel dit :

          A Ballantrae,
          D’accord sur SALVADOR qui gagne à être connu ou revu. Il y a moins de moyens que dans UNDERFIRE ou que dans LA DECHIRURE mais le ton est moins glamour, plus râpeux, amer.
          James Woods, comme toujours, est très bon, plus ambigu et sombre, voire vénéneux, que ces homologues Nick Nolte ou Sam Waterston (sans parler de Mel Gibson, dans le film de Peter Weir).
          L’image est plus « sale », ce qui n’empêche pas Stone de réussir une bonne scène d’attaque par des rebelles.

    • ballantrae dit :

      U Turn était inégal certes mais me semble franchement supérieur au grand n’importe quoi de NBK assez souvent irresponsable. Savages était en deça très nettement.
      Tout récemment pas de grandes réussites mais le film sur Snowden est intéressant tout de même et encore une fois courageux.

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Ballantrae
        Je déteste NATURAL BORN KILLERS mais SNOWDEN est plus qu’estimable

        • ballantrae dit :

          Nous sommes bien d’accord:NBK n’est pas vraiment intéressant voire franchement dégueulasse dans sa vision cool du meurtre en série. Tout se passe comme si Stone avait laissé échapper son filmà tout contrôle, une sorte de machine folle ire de ses propres effets.
          JFK et Nixon à l’inverse utilisent magistralement la multiplication des points de vue, textures d’images, strates temporelles et sont parmi les plus fortes contributions de ces 30 dernières années à l’analyse par le cinéma du système politique américain.
          Je n’ai pas vu la version longue d’Alexandre qui du coup m’intrigue malgré des a prioris un peu réservés au vu de la version initiale…mais après tout Kingdom of heaven était transfiguré par sa version longue!

        • Bertrand Tavernier dit :

          a ballante
          C’est pareil pour ALEXANDRE mais il faut voir la vraie director’s cut. Il y en a eu 3.. Seule compte celle de 2012 ,the Ultimate cut de 206 minutes, la seule reconnue par son auteur qui avait mis presque tout ce qu’il avait tourné dans le Final Cut, le reprend, l’élague, la restructure, en profite pour éliminer des digressions inutiles, des moments qu’il juge complaisants. «Le premier et meilleur exemple est la suppression, au début du film, de la scène de briefing d’avant la bataille de Gaugamèle. Oui, si vous êtes resté coincé sur la version de 2004, vous serez vite surpris. La gigantesque bataille qui culminait à la moitié du long-métrage n’a cessé de s’avancer dans le montage, jusqu’à devenir en 2014 la fin du premier acte » (Alexis Hyaumet Screenmania). La construction n’est plus chronologique mais va et vient dans le temps , tout ce qui avait été coupé sur les ambiguïtés sexuelles d’Alexandre, est rétabli. Déjà en partie, dans le montage de 2005. Mais cette version fait ressortir l’interprétation de Colin Farrell et les incroyables audaces du propos.

        • ballantrae dit :

          Version longue de 2012? La tâche n’est pas simple même après avoir consulté plusieurs sites car tout n’est pas clair dans les fiches.
          Quelle en est la durée exacte?

        • Bertrand Tavernier dit :

          A ballantrae
          Je crois que je la donnais. C’est the ultimate cut, la précédente étant the final cut

        • ballantrae dit :

          C’est commandé…et oui, excusez moi, vous l’aviez dit effectivement juste au dessus!
          Etonnante cette histoire de quatre montages successifs et d’un film rattrapé ainsi.
          Vous qui connaissez M Scorsese, savez vous s’il y a quelque chance qu’un jour Gangs of NY soit visible dans son montage initial avant charcutage par Weinstein? Le film avait une certaine puissance en l’état mais on sentait parfois des raccourcis narratifs assez abrupts qui peut-être s’expliquent ainsi.
          Autre film récent dont j’aimerais voir le final/definitive/ultimate cut c’est Lost city of Z! Gray prévoyait une heure de plus je crois.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A ballantrae
          Parfois les montages « intégraux » ne sont pas supérieurs. Il n’y a pas de dogme. Certes des producteurs ont souvent défiguré, abîmé des oeuvres mais on trouve aussi des films où le réalisateur était un peu complaisant vis à vis de ce qu’il avait tourné. Dans la version intégrale de THE ALAMO, les chansons de Frankie Avallon sont pénibles et on avait bien fait de les couper. Pour ALEXANDRE, le film était trop vite et le premier montage avait été effectué dans la précipitation, sans recul. Stone l’a refait mais en prenant des options diamétralement opposées. Après réflexion, il s’est dit qu’il avait été trop drastique dans l’autre sens et a élagué. C’est un vrai foutoir pour s’y retrouver

        • Sullivan dit :

          A Balantrae : achetez le coffret paru en novembre 2015 chez Pathé : il contient pour une dizaine d’euros la version cinéma 2004, la revisited de 2009 et l’ultime montage de 2012 que Pathé nomme « Final cut 2015 » et dont la durée totale est de 206 mn.

          https://www.dvdfr.com/dvd/f159848-alexandre.html

        • MB dit :

          à Ballantrae: ALEXANDRE il s’agit de celle-ci:
          https://www.blu-ray.com/movies/Alexander-Blu-ray/101301/
          les br dvd sont sortis en 2014 aux USA (2012 C’est peut-être la resortie ciné aux USA) version 206′ ou 207′, c’est pas sorti en Fr mais les sites le vendent.
          stf
          elle est moins longue que la final mais montée autrement comme l’indique l’article cité

        • MB dit :

          à Ballantrae ALEXANDRE /Sullivan a raison vous tiendrez pas compte de mon message qui va sortir après, je croyais que cette fameuse version ultimate ou « final2 le retour »! 206′ n’était pas sortie ici…
          casse-tête…
          LOST CITY OF Z une version plus complète? damn! je cherche ça.

  21. Alain dit :

    Merci pour cette chronique qui rend hommage à la grande Dorothy Malone disparue il y a peu et que les Oscars eux-mêmes ont oubliée dans leur hommage annuel aux disparus!

  22. Alexandre Angel dit :

    Bonjour à tous,
    Petit coup de gueule sans rapport avec les films chroniqués.
    Elephant vient de sortir un Sirk que je n’ai jamais vu : MEET ME AT THE FAIR (c’est l’allusion à Scatman Crothers qui m’y fait penser). Je l’ai acquis et le déconseille fortement car la copie est épouvantable alors qu’ils osent mentionner sur la jaquette « Nouveau master restauré haute définition » !
    C’est juste dégueulasse, digne d’une mauvaise VHS. Que fait la police?
    Carton rouge pour Elephant.

    • Damien D. dit :

      Oui Alexandre moi aussi acheté le dvd MEET ME AT THE FAIR et la copie est dégueulasse effectivement. Pourtant je pense que si c’est la seule copie disponible (comme l’indique le carton en intro), il faut faire le dos rond si l’on veut découvrir le film. Tous les films selon la qualité de conservation des copies n’auront pas un master HD loin de là. Si l’on découvrait une demi-douzaine de films de John Ford réputés perdus des années 10 ou 20 même en copies infâmes, bon nombre de cinéphiles seraient contents de les voir malgré tout.
      Mais sur le Elephant il y a tromperie dans la mention « Nouveau master restauré haute définition » ce qui porte à confusion (je me rappelle aussi de leurs blu ray LES AMANTS DE SALZBOURG ou TOUT CE QUE LE CIEL PERMET dont les copies étaient presque identiques voire inférieures aux dvd Carlotta : là fallait le faire aussi…). Je me tâte donc de racheter DEMAIN EST UN AUTRE JOUR en blu ray car lui aussi était déjà sorti chez carlotta…

      • Alexandre Angel dit :

        A Damien,

        Oui mais dans le cas du Sirk c’est trop quand même!
        Des muets de Ford retrouvés seraient restaurés. Ils seraient tronqués, abimés, bouffés aux mites (ou pas) mais on verrait les efforts de sauvegarde. On apprécierait le boulot des restaurateurs.
        Dans le cas de MEET ME AT THE FAIR, quitte à être mauvaise langue, je suis persuadé qu’ils ne se sont pas foulés (un blogueur de dvdclassik a dégotté sur YouTube un extrait du film, certes pas folichon, mais néanmoins meilleur que ce qu’on voit sur le dvd).
        Quand ils disent, « nous avons utilisé le meilleur matériel existant », je suis très méfiant.

      • Alexandre Angel dit :

        A Damien,
        Toujours sur Sirk, il y en a un autre qui va être édité dans les inédits, c’est TAKE ME TO TOWN. On tremble.

        • DUMONTEIL dit :

          TAKE ME TO TOWN. On tremble.

          Moi je ne tremblerais pas d’enthousiasme ,bien qu’étant un grand fan du directeur ;je le vois un peu comme une première mouture du très supérieur « all that Heaven allows » ,cette histoire d’amour entre fille de saloon et de pasteur (veuf avec enfants ) qui déchaine les foudres des bien-pensants et des grenouilles de bénitier ;Anne Sheridan et Sterling Hayden assurent ,mais le scénario ,qui inclut un « show dans le show » n’est jamais excitant ;les gosses volent la vedette et Dieu reconnaitra les siens .

          Le méconnu « no room for the groom » me semble plus intéressant :là encore ,on trouve un parent lointain du jardinier de « Heaven  » , un jeune homme altruiste et généreux,proche de la nature (Curtis) ,intrus dans sa belle -famille comme l’est le jardinier dans le cocktail d’Agnes Moorehead; GI ,il a une belle réplique envers la mère de Piper Laurie à laquelle il dit que lui AUSSI pourrait mourir pour son pays .

          Une belle-mère qui rêvait d’un « beau  » mariage pour sa fille (toujours miss Laurie) ,thème que l’on retrouve dans « has anybody seen my gal ? »Soyez attentif si vous voulez apercevoir James Dean dans ce dernier, à la boutique de sodas ….Le serveur joué par Rock Hudson n’est pas loin de son futur jardinier non plus,dans cet univers de nouveaux riches et de snobs ..

          Je m’arrête ,car si je commence avec Detlef Sierck …..

        • Bertrand Tavernier dit :

          A DUMONTEIL
          Je suis d’accord sur les deux titres. NO ROOM FOR THE GROOM est très supérieur à TAKE ME TO TOWN qui, sur le papier, paraissait prometteur mais reste banal et rudimentaire

  23. Denis Fargeat dit :

    Merci Bertrand pour cette nouvelle et riche livraison. Gageons qu’elle inspirera des commentaires plus adéquats que la précédente – la belle communauté des blogonautes a subi un certain relâchement dernièrement , et je ne m’exclus pas du lot.
    Une lecture rapide m’a fait croire à un léger décalage du poisson d’avril : « Jody et le faon »,  » Sincerelly yours ». Les films animaliers me faisaient fuir quand ils passaient sur la télé de mon enfance : « Mon amie Flicka », « Lassie » « Godzilla » , les séries qui exploraient systématiquement le bestiaire , mettant en vedette des kangourous, des lions bigleux, des dauphins éloquents ( Rrrrrrrrrê : Flipper , que dis-tu , les bandits se sont emparés du diamant du Maharadjah de Bonptifour et l’ont caché dans une grotte sous marine située à 12 milles marins au Nord Est… ?). Mais vous êtes fort , vous donnez envie de voir ce « Jody » qui me semblait larmoyant.
    Vous donnez aussi envie de voir ce Liberace, mais il faut ici s’armer de second degré au moins, semble-t-il. Drôle que ce soit Gordon Douglas qui doive s’y coller , il était puni? En tous cas , je me souviens d’un Liberace vraiment excellent dans « The loved one » de Tony Richardson ( encore un sujet frappadingue de Terry Southern). Son onctuosité faisait merveille dans ce rôle de croque-mort. Juste une apparition, mais savoureuse.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Denis Fargeat
      Oui JODY ET LE FAON est un film magnifique, âpre, plein de rugosité (dans les rapports entre Peck et Jane Wyman, femme murée dans sa douleur), souvent lyrique, avec de brusques échappées sur la Nature. De Brown, j’ai envie d’ajouter EMMA que je viens de voir en Warner Archive. L’héroïne en est une femme de ménage âgée (Marie Dressler, le plus souvent formidable, avec juste deux ou trois moments de sur jeu) qui finit par épouser le père des enfants dont elle s’est occupée, un millionaire. Et les enfants vont lui faire un procès. A plusieurs reprises, Brown s’est intéressé à des personnes âgées, avant MAKE WAY FOR TOMORROW, à des sujets audacieux (SMOULDERING FIRES hélas difficilement trouvable). Et Liberace pendant une apparition, cela marche. Durant tout un film, c’est problématique

      • Alexandre Angel dit :

        A Denis Fargeat,
        Je viens de réaliser que dans les films animaliers que vous énumérez, vous incluez GODZILLA. Mort de rire!

        • MB dit :

          « Tout d’abord,je vous félicite pour cette nouvelle fournée de dvd et de livres. »

          MAIS IL NE PARLE D AUCUN LIVRE!?!

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.Tout d’abord,je vous félicite pour cette nouvelle fournée de dvd et de livres.Deux films qui viennent de sortir et dont j’hésite un peu à acheter. »Sortez des rangs »réalisé par Jean denis Robert(fils d’Yves), »L’équipage »d’Anatole Litvak qui se déroule durant la première guerre et qui est une véritable curiosité.Enfin avez vous quelques souvenirs de »L’an 01″de Jacques Doillon avec une brochette d’acteurs et d’actrices qui débutaient pour la plupard.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Désolé cher Yves de n’avoir pas donné suffisamment de titres pour que vous en ajoutiez deux, vous rappelant au passage que je parle longuement de l’EQUIPAGE dans ma série mais cela a du vous échapper et que je l’avais mentionné déjà dans le blog mais vous étiez occupé à proposer d’autres titres

        • MB dit :

          L’EQUIPAGE sort en bray le 24 avril

      • Damien D. dit :

        J’ai depuis un moment JODY ET LE FAON en dvd mais toujours pas vu : je le garde précieusement en réserve pour un prochain visionnage(vous en disiez aussi beaucoup de bien dans 50 ans…)

      • MB dit :

        à D Fargeat/ JODY n’est pas le moins du monde larmoyant. C’est un film grave et tendu, c’est peut-être le roman qui est douceâtre et qui déteint à tort sur le film. Je me souviens de Gregory Peck inoubliable et surtout de Jane Wyman, dans un personnage tourmenté. Et d’une bagarre avec un ours qu’ils ont dû avoir du mal à tourner. Cet acteur pour Jody, Claude Jarman Jr, était très intéressant, attrayant, on le retrouve dans THE INTRUDER et RIO GRANDE aussi mais je crois qu’il a disparu après faudrait vérifier.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Il joue dans TOUTE VOILE SUR JAVA et il est très bon dans l’excellent LE RELAIS DE L’OR MAUDAIT que j’ai revu avant hier. Je l’avais rencontré à Cannes. Il co dirigeait le festival de San Francisco et avait gardé un extraordinaire souvenir de Clarence Brown

        • MB dit :

          à Bertrand: JARMAN JR/ très intéressant! je ne savais rien de tout ça, et j’avais oublié le film de Huggins tiens, faut que je le revoie (un de vos conseils, comme JODY d’ailleurs). Je me demande comment il aurait été s’il avait continué comme acteur après ses vingt-cinq ans. Le film de Kane JAVA vaut le coup? (en Trucolor comme JOHNNY GUITAR!) et je veux voir Vera Ralston en Krakatoaise!…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          C’est un terrible rossignol, filmé sans aucune imagination. C’est tiré d’un roman de l’auteur du REVEIL DE LA SORCIERE ROUGE

        • MB dit :

          ah zut! je regrette Vera Ralston en Krakatoaise…

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          J’avais voulu revoir pour cela. J’avais une video achetée en Angleterre mais j’ai arrêté après 30 minutes devant la pauvreté du travail de Joe Kane. Claude Jarman nous avais dit que Fred McMurray durant une scène avec Vera Ralston avait pris une crise de fou rire et ne parvenait plus à le cacher. Elle était, parait il, très gentille mais peu douée et Herbert Yates l’imposait dans plein de films. C’est ce qui a causé le départ de John Wayne de la Republic et c’était leur plus grande vedette. Pour LE BAGARREUR DU KENTUCKY, film très visible (avec Oliver Hardy !!!), Wayne qui coproduisait avait demandé Darrieux ou Micheline Presles pour jouer la française et Yates a imposé Raison. Du coup à cause de son accent, on a remplacé plein d’acteurs français par des Tchèques comme Hugo Haas

        • MB dit :

          franchement Bertrand je crois que je vais essayer de le voir quand même, ce JAVA! je retrouve ça dans la bio de Wayne en plus de vos précisions: « Yates était un des plus intelligents hommes d’affaires que j’ai connu. Mais quand il s’agissait de la femme qu’il aimait, son intelligence en affaires partait par la fenêtre. » (JW). Yates a payé la dernière page de Variety pendant des années pour une photo de Ralston légendée « la plus belle femme du monde! ». Tiens, elle n’est pas dans JOHNNY GUITAR! catastrophe si elle avait remplacé Mercedes ou Joan!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          A ma connaissance, le seul metteur en scène Republic à l’avoir évitée est Whitney

      • Henri Patta dit :

        Surpris moi aussi de voir JODY ET LE FAON , recommandè dans cette der iere chronique.
        Je fuyais a chaque fois durant mon enfance puis mon adolescence , lors des diffèrentes diffusions tèlèvisèes , pensant a un film  » nunuche « .
        Du coup je suis vraiment appatè par ce commentaire de mr TAVERNIER , et j ‘ai très envie de dècouvrir ce film.
        Et pour ce qui est de SINS OF RACHEL CADE , film dont je n ‘avais jamais entendu parler , je l ‘ai commandè illico presto , ètant amoureux de ANGIE DICKINSON , depuis ma première vision de RIO BRAVO.
        Comment rèsister à :  » ce film doit ètre aimè et chèri pour les gros plans sur ANGIE DIKINSON  »
        MERCI mr TAVERNIER pour cette future dècouverte.

      • Yves Rouxel dit :

        A Bertrand.effectivement »Jody et le faon »est un film touchant et d’un grand naturalisme.Brown filme de façon inteligente le petit Jody qui découvre la nature avec tout ces mystères.En revanche évitez la version française car les ratons laveurs sont appelés ragondins(ce sont deux mammifères différents).Tulard écrit que ce film est mièvre mais il manque totalement de souvenirs par rapport à l’enfance.Le seul point faible pour moi c’est que le scénario appuit trop sur la religion et les bondieuseries inutiles à l’ensemble.J’ai lu dans une revue tv des années 70 que l’acteur réalisateur Michael Landon s’était inspirer de ce film pour la série »La petite maison dans la prairie ».

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Yves Rouxel
          Le film a des coté très noirs, pas du tout mièvre et la vie de la famille n’est pas enjolivée

        • DUMONTEIL dit :

          l’acteur réalisateur Michael Landon s’était inspirer de ce film pour la série »La petite maison dans la prairie ».

          Là aussi la religion joue un grand rôle ,plus encore dans la série de romans autobiographiques de Laura Ingalls Wilder,ou le « Sunday’s school » (traduit bêtement par « école du dimanche » ) est sacré .

        • DUMONTEIL dit :

          La foi,la vraiE foi,

          sinon on ne me pardonnera pas ,une fois de plus, me lacunes grammaticales

    • MB dit :

      à Denis Fargeat, ça me fait penser à CUJO CONTRE FLIPPER: le sympathique pit-bull victorieux, lors du combat final bien sanglant, nous débarrassait à jamais de ce poisson ridicule ah mais quel soulagement. Souvenir ému de nos après-midis enfantins quand maman préparait le goûter en arrière-plan, snif.

      • Alexandre Angel dit :

        A MB,
        Cujo est un Saint-Bernard.
        Je vous conseille La Créature du Lac Noir contre Mon Ami Ben.
        Bon, j’arrête avant que ça dégénère..

      • MB dit :

        Cujo était un St Bernard, zut loupé.

      • Dauvillier dit :

        Sans vouloir vous contrarier, ce brave Flipper n’est pas un poisson mais un mammifère. Mon fils Ilan, 9 ans, me le confirme à l’instant.

        • Denis Fargeat dit :

          Merci à tous, je n’arrivais pas à tortiller un message sans avoir l’air d’un cuistre ( Saint-Bernard-pitbull, dauphin-poisson et tout).
          Alors par contre « Cujo contre Flipper » j’y ai vraiment cru, et je m’attendais à une merveille du genre « Sharktopus vs. Pteracuda » , authentique production Corman, vraiment marrante, en VF du moins.

        • MB dit :

          Dauvillier, ma grand-mère me confirme à l’instant que Flipper n’est qu’un vulgaire poisson, votre fils va à l’école couramment?

          à D Fargeat: SHARKTOPUS CONTRE machin, là mais ça existe!
          https://www.imdb.com/title/tt3743126/
          j’y croyais pas, que pensez-vous de BARUGON CONTRE BAMBI? je ne savais pas que Bambi était carnivore, ah le final a d la gueule quand même!
          (bon, il faut vraiment arrêter)

          à S King: arrêtez vous êtes susceptible j’ai corrigé pour Cujo, inutile de m’attaquer en justice pour si peu.

          à A Angel: on règlera ça plus tard (St Bernard ou pitbull, chihuahua gngngnn… ça fait le malin c’est tout…)

        • Dauvillier dit :

          MB, il faudra peut-être convaincre votre grand-mère de reprendre les cours du CNED et de revoir à ses moments perdus quelques épisodes de Oum le Dauphin Blanc.

        • MB dit :

          à Dauvillier: je m’inquiète pas vous savez forcément faire la différence entre une plaisanterie même mauvaise et une assertion sérieuse, on est bien d’accord. Ce poisson ridicule ne va pas nous gâcher la vie pas vrai?

        • dauvillier dit :

          Vous avez tout à fait raison, cétacé !!!

  24. MB dit :

    à Bertrand: beaucoup des films présentés n’ont pas de ss titres, mais on trouve AIR FORCE en zone 2, et WIFE z1 a des stf, les « Archive » n’en ont jamais, Sidonis nous vendra peut-être KISS TOMORROW que j’ai vu ya 30 ans dans un festival polar de l’Action Christine, souvenir ému.
    IL MARCHAIT: le master de Bach est un peu flou j’espère que WSide a fait mieux?
    J’ai découvert LE SALAIRE DU DIABLE de Arnold avec grand plaisir, Jeff Chandler ne tombe pas dans le cliché du sherif marmoréen et fort, il faut le voir dans sa 1ère entrevue avec Welles se tortiller sur sa chaise impressionné par le potentat. Dans ce film, tout est prévisible et tout reste très agréable (master correct des Etoiles Universal qui avait massacré ET TOURNENT LE CHEVAUX DE BOIS).
    Par hasard je tombe sur un autre film avec Chandler: RED BALL EXPRESS signé B Boetticher, qqn a t’il un avis?
    LAUREL & HARDY: il faut rappeler qu’on les trouve à bon prix autrement que dans le ESSENTIAL COLLECTION un peu cher, c’est à dire dans les Universal z2 de 2006 (merci Alexandre Angel, il faut faire très attention avec les L&H les différents éditeurs les ont souvent massacrés), les masters sont corrects, j’ai l’impression qu’ils recouvrent tout ce qu’on trouve dans THE ESSENTIAL mais je n’ai pas fini mon étude du sujet! Il faut voir EARLY TO BED de 1928 pas terrible mais qui montre un Hardy d’une énergie survitaminée, sautillant d’une gaîeté hystérique (l’opposé de ce qu’il fera plus tard), toujours à torturer à coups de farces idiotes Laurel devenu son valet, c’est très mauvais mais est une curiosité. Bien sûr on préfère les chefs d’oeuvre: CAMPEURS et sa sorte de suite ELECTRICIENS. Et j’ai revu MEN O’ WAR, vernal (à moins que je ne subisse l’arrivée du printemps), dialogue écrit pour les deux jeunes actrices draguées par L et H en tout et pour tout: « Hi hi hi! Ouh ouh Ouh! Ah ah ah! », j’imagine le cachet prévu par le budget…

    • Bertrand Tavernier dit :

      A MB
      KISS TOMORROW GOODBYE est sorti dans le grand coffret films noir et le film est épatant

      • MB dit :

        KISS TOMORROW oui j’ai vu ça Bertrand mais tel quel je veux pas de ce coffret ça va me faire des doublés en pagaille, j’aimerais qu’ils sorte les films à l’unité msieur Sidonis.

    • Alexandre Angel dit :

      A MB,
      RED BALL EXPRESS n’est pas terrible. Le budget est trop petit et Boetticher ne semble pas très à l’aise dans le film de guerre. Il y a deux ou trois notations pas mal (les soldats noirs qui sont tous ensemble)mais on se farcit encore des français qui font « oh la la la la ».

    • Mathieu dit :

      A MB:
      Moi j’ai le DVD Region 1 MGM de HE WALKED BY NIGHT, il n’est pas parfait mais je crois qu’il est de meilleure qualité que le Wild Side. Il serait même très bon s’il n’y avait pas une incessante fluctuation dans la définition, comme si une image avait été bien scannée et la suivante non. Un internaute avait parlé il y a quelque temps d’un BR américain chez Classicflix, mais c’est en region A. Dans la même collection Vintage Classics de Wild Side il y a un excellent film noir lui aussi éclairé par John Alton et dans un très bon transfert pour une fois, je veux parler de HOLLOW TRIUMPH (LE BALAFRE) de Steve Sekely. En ce qui concerne le film lui même (HE WALKED BY NIGHT) je trouve qu’il a les défauts de ses qualités. Je sais gré au scénariste de nous épargner de lourdes explications psychologiques sur les motifs du criminel, mais je reste frustré à la fin (abrupte) du film, j’ai une impression de manque, d’exercice de style qui tourne à vide. Mais il y a des moments brillants, surtout à la fin, comme d’ailleurs dans THE ADVENTURES OF SHERLOCK HOLMES du même Werker, le meilleur film de la série avec Basil Rathbone.
      Pour les Laurel et Hardy Universal, on y trouve aussi les courts métrages muets (et pas dans le coffret THE ESSENTIAL COLLECTION) mais dans des transferts vraiment médiocres, et avec une musique stupide (et des effets sonores pénibles).

      • MB dit :

        à Mathieu: L&H/ il y a un muet, BERTH MARKS (pas de titre français ce qui semble indiquer un inédit total en France et Belgique, dans THE ESSENTIAL qui n’est pas dans les Universal, mais je voulais dire que les bandes son des muets ne me gênent pas je baisse ou coupe le son, c’est plus embêtant dans les sonores comme HOG WILD/BRICOLEURS que j’ai trouvé moyen et que WK Everson juge comme un chef d’oeuvre! Dans MEN O’ WAR/LA FLOTTE EST DANS LE LAC, la musique catastrophique est annulée par le génie sautillant et printanier du film qui regorge de tant de gaieté qu’on aperçoit les bourgeons exploser en arrière-plan dés que L & H passent devant tel ou tel arbre (ceci est vérifié plan par plan méticuleusement).
        WK Everson est treès curieux dans ses commentaires, je vous livre celui sur HOOSEGOW/DERRIERE LES BARREAUX: « Le film est drôle mais sa qualité est moyenne. »! (L&H par WKE, ed. Henri Veyrier, 1975). J’apprécie la nuance.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          BERTH MARKS est un des plus mauvais

        • MB dit :

          à Bertrand BERTH MARKS/Everson est d’accord avec vous et moi je n’ai pas de regrets.
          à Mathieu: ce que je voulais ajouter à propos de MEN O’ WAR par exemple, c’est que même si la qualité d’image y est mauvaise dans le Universal, ça n’a aucune importance, le rythme emporte tout et puis diable, on distingue les acteurs les uns des autres! ce que je ne supporte pas c’est le flou ce léger filtre vaporeux de certains encodages.

      • MB dit :

        à Mathieu HE WALKED/ selon Dvdbeaver les qualités d’image se valent dans ceux qu’il a testés (à part le Alpha catastrophique).
        http://www.dvdbeaver.com/film6/blu-ray_reviews_79/he_walked_by_night_blu-ray.htm
        pour LE BALAFRE/HOLLOW TRIUMPH Bertrand l’a défendu (on trouve son intervention dans le dvd Bach pas dans le WSide) mais ce film à la révision ne me convainc toujours pas, Joan Bennett est excellente, très posée, un personnage qui marque de femme digne, c’est l’essentiel de ce qui me reste. C’est vrai que l’idée de la balafre du mauvais côté est unique!

        • Bertrand Tavernier dit :

          A MB
          Sans parler de la photo d’Alton et du travail de Sekely

        • MB dit :

          ah, que voulez-vous… Alton sera toujours Alton…

        • Mathieu dit :

          A MB:

          Joan Bennett est souvent excellente (chez Lang, Minnelli, Ophüls, Sirk…) HOLLOW TRIUMPH m’avait vraiment beaucoup plu, je lui trouve ce qu’il manque par exemple à HE WALKED BY NIGHT (les deux films ont en commun d’avoir pour un héros un personnage totalement amoral): un arrière plan, un commentaire social plein d’ironie. Paul Henreid, réussit à échapper au milieu criminel dont il fait partie, réussit à s’intégrer dans le milieu le plus convenable et chic qui soit, pour réaliser qu’on y trouve des gens encore plus crapuleux (et dangereux…)

          Et j’aime beaucoup l’idée que la seule personne qui remarque que la cicatrice de Henreid est sur l’autre joue est la femme de ménage de l’immeuble. Tous les gens riches dans ce film ont l’air de zombies…

        • MB dit :

          LE BALAFRE/vous avez bien sûr raison sur Alton et souligné le travelling du début sur un personnage avec son éclairage très original, une photo d’Alton n’est jamais anodine, mais le problème est peut-être l’acteur principal lui-même. Conrad Veidt n’a pas l’air dans le personnage, il semble extérieur au fil de l’intrigue.

        • MB dit :

          « Conrad Veidt n’a pas l’air dans le personnage, il semble extérieur au fil de l’intrigue. »
          pour être extérieur, il peut pas faire mieux, Conrad Veidt. j’attends les remarques ça va barder!

  25. Samuel dit :

    Il y a deux fois le paragraphe suivant :

    « Parmi mes découvertes dans les films Pré-Code, je tiens à signaler CENTRAL AIRPORT un Wellman de tout premier ordre (Warner on demand), jamais cité quand on parle de ses films d’aviation. Pourtant la séquence de sauvetage finale dans la nuit, dans le brouillard et en hydravion, justifie à elle seule la vision de ce film mené à cent à l’heure. »

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