Chronique n°3

13 juin 2005 par - DVD

Le DVD permet de revoir des films rares que l’on n’ose pas rééditer et qui ne sont plus visibles que dans les cinémathèques (et encore souvent dans de mauvaises copies) et sur le câble.

En zone 1, par exemple, est sortie toute une série d’œuvres que nous traquions dans les années 60, pour finalement les découvrir en Belgique ou en Angleterre.

Ainsi Beachhead (1954 – La Patrouille Infernale) de Stuart Heisler, aventures guerrières très joliment mises en scène (on a presque envie de dire chorégraphiées) par un réalisateur prisé par les néo macmahonniens et Martin Scorcese et dont Claude Chabrol louait la grande élégance stylistique (« Heisler est le cinéaste qui réussissait les raccords les plus élégants à Hollywood « ). Les travellings du début ne dépareraient pas une comédie musicale. (sous-titres français).

The Purple Plain (1954 – La Flamme Pourpre) est une des grandes réussites de Robert Parrish d’après un scénario excellent du romancier Eric Ambler. Film de guerre, belle histoire d’amour inter raciale, (pour la première fois dans un film américain parlant, l’héroïne est jouée par une autochtone et la fin heureuse brise deux tabous avec une grande élégance). La Flamme Pourpre est l’un des meilleurs rôles de Grégory Peck. Parrish nous raconte comment un pilote suicidaire va reprendre goût à la vie grâce à cet amour. (Sous-titres français).

Monkey on my Back (1957 – Quand La Bête Hurle) d’André De Toth est un bon film sur les ravages de la drogue, tourné en même temps que L’homme au Bras d’Or (1955) de Otto Preminger. Mais il faut surtout voir l’extraordinaire chapitre 10, hallucinante suite de scènes de guerre se déroulant dans la jungle, sous des trombes d’eau, SANS UNE NOTE DE MUSIQUE. On a rarement aussi bien rendu la notion de carnage, de massacre. (Sous-titres français).

Ajoutons un quatrième film plus mineur, mais qui ne manque pas de qualité Beach Red (1967 – Le Sable était Rouge) au message très pacifiste, joué et réalisé par Cornel Wilde (on espère voir un jour The Naked Prey – 1966 – La Proie Nue) une vraie réussite et un remake inavoué des Chasses du Comte Zaroff (1932 – The Most Dangerous Game). Beach Red est une œuvre extrêmement sincère jusqu’à l’ingénuité, qui nous montre, ce qui est rare, l’autre camps (les Japonais comme des êtres humains qui ont des enfants, qui souffrent, qui se souviennent de leur femme). Wilde utilise une multitude de petites voix of (« est-ce qu’il y aurait toujours des guerres si on n’avait pas inventé les montres ? »), des flash-backs, des flash forwards traités en photos fixes, des plans d’insectes et de fleurs. La chanson du générique est chantée par sa femme, l’actrice Jean Wallace (qui n’a joué que dans ses films) et que l’on voit dans un bref retour en arrière. Le premier affrontement entre deux personnes n’intervient qu’après quarante minutes de film consacrées uniquement à la progression des troupes américaines qui ont débarqué sur la plage sans qu’il n’y ait aucun autre conflit ou aucune autre intrigue parallèle.
Dans le livre Feux Croisés (Institut Lumière / Actes Sud), Oliver Stone écrivait : « Tôt ou tard, on reconnaîtra Cornel Wilde comme le cinéaste original et personnel qu’il était . The Naked Prey est un regard sans complaisance sur la réalité de la nature, humaine et non humaine…Beach Red est un film de guerre sans concessions qui m’a secoué par sa sauvagerie et ses scènes de batailles brutales… »

Un autre film de guerre encore plus méconnu, Go Tell the Spartans (1978) de Ted Post doit sortir incessamment. C’est une des œuvres majeures consacrée à la guerre du Vietnam à laquelle on donna un titre français stupide qui l’anéantit (Le Merdier) ! Et aussi l’un des meilleurs scénarios de Wendell Mayes à qui on doit La Colline des Potences (1959 – The Hanging Tree) de Delmer Daves, Autopsie d’un Meurtre (1959 – Anatomy of a Murder) de Otto Preminger.

Aventures plus exotiques, The Wind and the Lion (1975 – Le Lion et le Vent) le meilleur film écrit et réalisé par le tonitruant John MiliusSean Connery joue un seigneur de la guerre arabe, Brian Keith interprète Teddy Roosevelt et où certains moments évoquent Fuller.

Justement en parlant de Fuller, on annonce la sortie imminente en zone 2 de The Big Red One (1980 – Au delà de la Gloire) de Samuel Fuller que l’on pourra enfin voir dans sa version intégrale, qui vient d’être restaurée.

Placer Kurosawa parmi les cinéastes méconnus est quelque peu exagéré. Pourtant ses films noirs ne me semblent pas être mis à leur vraie place. Chien Enragé (1949), Entre le Ciel et l’Enfer (1963), ce dernier d’après un roman d’Ed McBain, sont pourtant tout aussi puissants, âpres et inventifs que ses chefs d’œuvres historiques ou que Vivre (1952) ou Dodeskaden (1970). La description du Japon de l’immédiate après guerre (Chien Enragé), une très longue scène de suspense dans un train (Entre le Ciel et l’Enfer), la fin dostoïevskienne de ce dernier film comptent parmi les grandes réussites de Kurosawa.
Je rappelle l’indispensable coffret consacré par ARTE à ce cinéaste et qui comprend entre autres Sanjuro (1962), La Forteresse Cachée (1958), Le Château de l’Araignée (1957). Attention, ces titres sont uniquement disponibles chez Arte /www.arteboutique.com/ et ce jusqu’au 31 Juillet 2005.

Tout aussi indispensables, les coffrets consacrés par OPENING à Mizoguchi. Il faut voir et revoir L’Intendant Sansho (1954), Les Contes de la Lune Vague (1953), Les Amants Crucifiés (1954), La Rue de la Honte (1956).

Signalons aussi la sortie d’un autre chef d’œuvre qui passa trop inaperçu l’année dernière : Memories of Murder (2003) de Joon-Ho Bong, l’un des meilleurs films policiers de ces dernières années.

D’autres films marquants du cinéma coréen sont disponibles. Plusieurs films magnifiques de Im Kwon-Taek : Le Chant de la Fidèle Chunyang (2000 – chez Arte vidéo) avec d’excellents bonus et Ivre de Femmes et de Peinture (2002).
Et ceux, tout aussi fascinants, de Hong Sang-Soo : deux coffrets essentiels. Le premier (distribué chez TF1 vidéo) comprend trois chefs d’œuvres : Le Jour où Le Cochon est Tombé dans le Puits (1996), La Vierge Mise à Nu par ses Prétendants (2000), Le Pouvoir de la Province de Kangwon (1998). A travers des récits totalement libres, chaotiques, percutants, Hong Sang-Soo nous décrit des personnages déboussolés, des scènes d’amour incroyablement franches, fortes (notamment celles qui mêlent ivresse et pulsions sexuelles) et pourtant dépourvues de voyeurisme. Le deuxième coffret (édité chez MK2) contient ce film magnifique, à la fin percutante : Turning Gate (2002).

Tout aussi dur, un très beau film israélien, Mon Trésor (2004) de Keren Yedaya avec Ronit Elkabetz (Prendre Femme) qui avait obtenu la camera d’or à Cannes en 2004. En bonus, interview de la réalisatrice et de la comédienne. Court métrage, Lulu (1999) de Keren Yedaya.

Et enfin, deux films français très originaux, produits par Les Films Jean Giono, à redécouvrir absolument : Crésus (1960), écrit et réalisé par Jean Giono, fable drôle et noire sur l’argent qui ne fait pas le bonheur (un film qui doit être réhabilité). Et Un Roi sans Divertissement (1963), œuvre inclassable, insolite de François Leterrier avec une magnifique photo de Jean Badal, une belle chanson de Brel et une adaptation très libre, par Giono lui même, de son roman. Remarquables bonus qui analysent très finement les rapports entre Giono et le cinéma.

Autre film qui passa injustement inaperçu Travail d’Arabe (2003) de Christian Philibert, excellente comédie sociale dans la lignée des meilleures réussites italiennes de Dino Risi (saviez vous que l’on vient enfin d’éditer le roman de Giovanni Arpino d’où est tiré Parfum De Femme). Avant Brigitte Roüan, Philibert nous décrit avec verve et compassion les escroqueries commises par des entreprises de travaux qui saccagent l’intérieur de la maison d’une vieille et très savoureuse mamie sous prétexte de respecter les normes européennes. Ce qu’il nous fait toucher du doigt, c’est le lepénisme ordinaire, quotidien qui imprègne notamment le sud est de la France. Un film à découvrir..

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Commentaires (9)

 

  1. Damien DOUSSIN dit :

    Je viens de découvrir ce w-end « Un roi sans divertissement » qui est effectivement assez inclassable mais que l’on peut, de par son ambiance, rattacher au genre fantastique. Il rejoindrait ainsi les rares films français du début des 60’s se rattachant au genre (avec « les yeux sans visage » de Franju ou encore « le testament du docteur Cordelier » de Renoir).
    Magnifique photographie et c’est ce qui marque le plus à la première vision : François Leterrier et Jean Badal ont réussi un magnifique travail. On apprend dans les bonus la difficulté d’obtenir les couleurs justes que Giono demandait. Même les difficultés rencontrées lors du tournage servent au final le film : ainsi le plan intérieur de la maison du tueur quasi nue de mobilier (ce qui n’était pas prévu à l’origine) où seul un tableau et la cheminée apparaissent, est magnifique avec un superbe jeu d’ombre et de lumière.
    Le titre et la date de sortie ont peut-être empêché le film de trouver son public à l’époque. Merci en tout cas, Bertrand Tavernier, d’avoir parlé de ce film méconnu qui est un des plus originaux du cinéma français et que je n’aurais peut-être pas découvert sans lire votre chronique.

  2. Juste une question concernant Cornel Wilde: je me demande si je n’ai pas vu Terre brûlée (No blade of grass)il y a quelques années sur canal sat. Est-ce l’odyssée dans une Angleterre dévastée d’une famille puis d’autres réfugiés vers une zone moins polluée? Est ce bien ce film qui présente des flash forward chocs avec des philtres de couleur? Auquel cas, je vous trouve très dur dans 50 ans … car le film, sans être un chef d’oeuvre de SF, est nerveux, dur et ses plans de coupe sur un monde toxique sont d’une tristesse qui peut évoquer les superbes Fils de l’homme de Cuaron qui m’apparait de plus en plus nettement comme un film majeur.
    La SF est un genre passionnant qui a plus de mal à s’imposer, je ne sais pourquoi , que le polar, le western ou le fantastique. c’est objectivement injuste! 2001, silent running, soleil vert, les alien ,Blade runner, the thing, NY 1997, Mad max I et II, avalon, Stalker,solaris (les 2 versions)…juqu’au récent Avatar qui m’a plus que séduit malgré mes appréhensions, ça fait quelques titres importants, non?

    • Et Bienvenue à Gattaca de A Nicchol: quel scénario! quelle interprétation! quels choix de décors et picturaux sobres, élégants! et quelle musique sublime de M Nyman! Celui-là , je vous défie de ne pas l’aimer!!!

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Ballantrae
      J’avais été très déçu par le film très en deça de LA PROIE NUE. Son côté amateur, le recyclage d’épisodes qui trainaient dans tous les films post atomiques (PANIQUE ANNÉE ZERO) et une mise en scène appliquée alourdissaient le message. Je voudrais le revoir…

  3. Chronique formidable de bout en bout!
    1)Le Cornel Wilde est vraiment alléchant! je ne l’ai jamais vu pas plus que The naked prey que vous chroniquez ailleurs. tout ce que vous en dites en fait une oeuvre séminale que ce soit pour Thin red line de Mallick ou pour le diptyque d’Eastwood.Je n’ai pas réussi à le trouver en Z2 et ne peux , pour l’instant, me permettre d’acheter un lecteur dézoné.
    2)j’ai acquis la plupart des Kurosawa que vous citez mais chez Wild side qui a accompli un beau travail éditorial mais j’ignore s’il est +, -, aussi intéressant que celui d’Arte. le transfert du mal aimé et sublime Dodes’kaden est à tomber! le docu sur kurosawa et la couleur est très intéressant.
    3) je n’ai pas encore les coffrets Mizoguchi et espère qu’ils sont encore disponibles (L’intendant sansho est l’un de mes films préférés toutes époques confondues!)
    4)Im Kwon Taek est un cinéaste que vous avez cent fois raison de citer juste après avoir parlé de Mizoguchi:tous deux partagent la subtilité des sentiments, la grâce plastique, un regard élégiaque qui n’ont pas de prix! On peut désormais ajouter à la liste le non moins sublime Souvenir injustement escamoté durant l’été 2008 et sur grand écran , c’était quelque chose! Ne serait ce que l’ultime séquence qui justifie avec une force émotionnelle digne de l’intendant Sansho le titre Souvenir! Il semblerait que IKT ait été prolifique or on n’a vu (je n’ai vu!) en France que les opus cités + La pègre (très différent: style plus sobre, construction très ambitieuse en mêlant policier, Histoire et politique) + la chnateuse de Pansori qui à l’époque de sa sortie m’avait beaucoup ému. Je ne comprends pas qu’avec la mode du cinéma coréen, on n’ait pas droit à des tirs groupés de ses dizaines de films… j’ai crû lire quelque part qu’IKT était le « john Ford du cinéma sud coréen: je ne sais ce que cela signifie mais ça en impose!!!!
    4)Big red one, j’en ai parlé il y a des lustres, est un film impressionnant et le coffret collector chez Warner est indispensable.Malgré les différés, les difficultés Fuller y conserve une énergie époustouflante et ce film est l’un de ses plus beaux et ne se réduit en aucun cas à des « scènes d’anthologie » mal enchaînées comme j’ai crû le lire quelque part: sa structure est souveraine et Fuller se joue du temps (« incidents »/ routine, ellipse/ temps réel) en maître!
    5)ayant étudié de près le roman Un roi sans divertissement de Giono, je peux dire que son adaptation est superbe, un modèle à projeter dans les écoles de ciné. le coffret est très complet et a l’avantage de montrer tout autant le magnifique travail de Letterier (qui, je crois, après ces prémisses impressionnants , a très mal tourné!) que l’implication de Giono. Crésus, moins réussi, reste une curiosité indispensable pour les amoureux de l’univers du créateur d’Angelo Pardi, des Ames fortes, de Colline et tant d’autres trésors!

  4. M. Tavernier,
    Suivant vos conseils avisés je me suis procuré en dvd zone 1 le film d’André De Toth « monkey on my mack » (« Quand la bête hurle »), que j’ai grandement apprécié. En relisant, dans la foulée, l’interview que vous accordait le cinéaste (repris dans « amis américains »). Et j’y lis page 488 cet aveu du metteur en scène : « Monkey on my back ne fut tourné qu’en partie par moi. Je dus reprendre le film qui fut commencé par un autre et qui fut mutilé par la censure. » Après moult recherches infructueuses sur le net et ailleurs, je suis encore dans l’incapacité de mettre un nom sur ce mystérieux réalisateur à qui l’on doit sans doute au moins une partie du film. Sauriez-vous m’éclairer de vos lumières ? Je vous en remercie par avance.

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