WESTERNS
14 octobre 2009 par Bertrand Tavernier dans DVD
Une flopée de westerns vient de sortir tant en France qu’aux USA, à des prix très abordables.

A tout seigneur, tout honneur, commençons par L’HOMME DE NULLE PART (JUBAL) de Delmer Daves qui coécrit le scénario. Ce premier volet d’une trilogie avec Glenn Ford est une transposition d’Othello dans les paysages somptueux de Jackson Hole où Rod Steiger joue (voire surjoue) Iago. J’ai revu le dvd américain et j’ai été très sensible à la grande variété des paysages, à la manière magistrale dont Daves les intègre à l’action, aux émotions des personnages. Il y filme pour la première fois l’émouvante Felicia Farr. Charles Bronson y est aussi spectaculaire que dans L’AIGLE SOLITAIRE. A découvrir.

A découvrir également LA MISSION DU COMMANDANT LEX d’André de Toth que j’aime davantage à chaque vision. Ce western d’espionnage est superbement dirigé (regardez la scène du tribunal) et donne à Cooper des moments anthologiques.

LA DERNIERE CHASSE m’a passablement déçu (alors que j’ai été transporté par une nouvelle vision de DEADLINE USA, hélas inédit en dvd) malgré les audaces scénaristiques, les bonnes intentions. J’avais gardé un bon souvenir de ce western écologique, de ce plaidoyer contre le massacre des bisons que Brooks rapprochait du massacre des Indiens. Mais le scénario m’a paru assez lourd et démonstratif et surtout on a l’impression que le film n’est pas monté comme il a été tourné. Il y a des raccords très étranges qui brouillent toute progression dans l’espace, des rapports de plans lourds et maladroits, défauts que l’on ne sent jamais dans ELMER GANTRY ou LES PROFESSIONNELS. Subsistent de belles séquences comme cette bagarre de saloon ni euphorique ni libératrice, désolée plutôt avec ce beau plan de Stewart Granger ivre, un cigare à la bouche, un tesson de bouteille à la main qui fit délirer Jacques Rivette au Studio Parnasse.
AU DELÀ DU MISSOURI est vraiment un film impressionnant. Dans son utilisation de paysages, d’extérieurs somptueux et magnifiquement filmé. Dans ses partis pris notamment la volonté de faire parler tous les indiens dans leur langue des décennies avant DANSE AVEC LES LOUPS. Et de manière plus compliquée parce que Wellman ajoute le français que parlent les trappeurs canadiens. Adolphe Menjou, qui joue Pierre, passe plus de la moitié de son rôle soit à parler français soit à traduire ce que disent les indiens dans l’une ou l’autre des langues. Il est en effet le traducteur de Gable, lequel ne peut communiquer aux chefs indiens ou sa future épouse qu’à travers un interprète. Autres détails pittoresques, John Hodiak, un trappeur censé connaître plusieurs dialectes a de nombreuses tirades en pied noir et tout le monde chante Alouette, gentille alouette en français (quand vient le tour de Gable, il a un accent prononcé, mais qui est justifié) On imagine la perplexité des dirigeants du studio devant ces échanges qui nécessitent tous des sous-titres.. On sent d’ailleurs que le film a été remonté et coupé (il ne dure que 76 minutes) et affublé d’un commentaire hyper insistant qui ne colle pas avec le style dépouillé, elliptique (sauf dans les séquences comiques) de Wellman. Je suis sûr que cette voix-off a été conçue au montage et elle est souvent pléonastique, soulignant des détails qu’on a compris. Comme dans CONVOI DE FEMMES, Wellman laisse de côté certains moments qui se déroulent en partie hors champ ou sont brusquement coupés ou traités en quelques secondes, ce qui provoque une incompréhension chez certains internautes qui regrettent le morceau de bravoure traditionnel. Je ne crois pas que ce soit dans ces moments que le film a été mutilé car ils semblent en symbiose avec d’autres scènes dans de nombreux films du cinéaste.
Il reste néanmoins un grand nombre de plans superbes. Le combat final entre Gable et Ricardo Montalban est impressionnant et l’intrusion de la violence souvent surprenante.
Gable est remarquable et souvent touchant. Je voudrais bien savoir ce qui s’est vraiment passé au montage. J’ai lu que le film avait été autant mutilé que RED BADGE OF COURAGE de Huston
Quel plaisir en revanche de revoir un film qu’on a adoré à 18 ans et de constater qu’il est encore meilleur que dans votre souvenir. C’est le cas de WESTWARD THE WOMEN (CONVOI DE FEMMES). Il s’agit d’un des chefs d’œuvres de Wellman et du western. Il prend le contre-pied d’une des audaces d’OX-BOW INCIDENT. À la quasi-absence de femmes, il substitue au contraire une pléthore de personnages féminins décrits avec le minimum de sentimentalisme, réduit de manière drastique le rôle des hommes, à l’exception de John McIntire, excellent, du savoureux personnage du cuisinier japonais et de Robert Taylor. Ce dernier est utilisé ici de manière très convaincante (ses plans de réaction quand il découvre les femmes sont cadrés avec une grande intelligence). On retrouve magnifiées, toutes les qualités de Wellman – ton dépouillé, direction d’acteurs et d’actrices extrêmement sobre (Denise Darcel, très sensuelle, est excellente tout comme la gigantesque Hope Emerson), travail impressionnant sur les paysages – toutes les figures stylistiques ou narratives qui portent sa marque : longs travellings qui suivent deux cavaliers de dos, plongées spectaculaires. J’avais gardé depuis la première vision au California, un souvenir vivace des plus beaux plans et de certaines séquences : les survivantes lançant les noms des femmes qui ont péri, noms que l’écho reprend, la mort d’un enfant, filmé de façon foudroyante. J’ai redécouvert des moments comme cet accouchement dans un chariot que les femmes soutiennent. Séquence ultra wellmanienne montrant que l’individu doit se fondre dans la collectivité. L’action est souvent traitée hors champ : une bagarre très importante est aux trois quarts occultée derrière des chariots, des obstacles divers ; l’attaque des Indiens qu’on attend depuis le début se déroule hors champ. Robert Taylor et Denise Darcel l’entendent, mais arrivent trop tard. Wellman privilégie, ici comme ailleurs, les conséquences d’une action : ces panoramiques qui recadrent les femmes qui ont été tuées. Et, cerise sur le gâteau, ce western bénéficie d’une absence quasi totale de musique, décision évidente de metteur en scène.
VAQUERO de John Farrow sorti dans la même collection, frappe par sa beauté visuelle. Majestueuse utilisation des paysages (ce grand panoramique découvrant le rassemblement des vaqueros), cadres extrêmement soignés, décors empreints d’esthétisme : le saloon où se déroule le règlement de comptes final. Le scénario de l’excellent Frank Fenton (LE JARDIN DU DIABLE) est complexe, fouillé, flirtant comme souvent chez Fenton avec la fable morale. Son dénouement, vraiment fort, évite tous les compromis. Robert Taylor et Ava Gardner sont bien utilisés, mais Anthony Quinn, étant de brio et de sobriété, vole littéralement le film et son interprétation rachète le choix douteux de Kurt Kasznar (a-t-il jamais joué un rôle correspondant avec sa vraie nationalité ?).
Ce dernier film comme LA RIVIÈRE D’ARGENT de Raoul Walsh, western sur la volonté de puissance qui, dans mon souvenir, avait des résonances shakespeariennes, une gravité tragique. Je n’ai revu que le début, éblouissant de rythme et d’invention.
En zone 1
On peut commander en zone 1 toi à un prix modique le DVD de THE TRAIL OF THE LONESOME PINE. Le transfert est excellent et j’ai aimé revoir le film que je trouve riche et passionnant quant au talent d’Hathaway. Il utilise brillamment le technicolor qui est d’une beauté à couper le souffle (même si certains maquillages sont forcés). C’est le premier film utilisant ce procédé qui fut tourné en extérieurs. Qui sont d’ailleurs somptueux, admirablement intégrés à l’action. Lyriques ou dépouillés lors de certains moments de violence qui se déroulent souvent parmi des rochers, dans des escarpements qui en renforcent le côté dramatique. Une fois de plus, ce qui frappe chez Hathaway, c’est la netteté aiguë, souvent acérée du découpage qui lui permet de brider le sentimentalisme de cette histoire, déjà gommé dans le scénario de Grover Jones (pour Hathaway le meilleur scénariste avec qui il ait travaillé avec Wendell Mayes). Et dans la direction d’acteurs chez les personnages âgés notamment. On a un peu de mal au début à accepter les rapports Mac Murray Fonda (dix ans après, on aurait inversé les rôles) mais en fin de compte, je me demande si le choix n’est pas très judicieux même si Mac Murray domine Fonda et paraît plus intégré au décor.
A noter la manière très moderne dont Hathaway termine abruptement certaines séquences, en apparence classiques. Tous les plans de train, d’entrée en gare sont formidables (le retour de Sylvia Sydney) et il se sort brillamment des rapports extérieurs intérieurs, les utilisant pour dramatiser une sortie, un affrontement.
Et il se permet des échappées sentimentales comme ces plans du petit oiseau qui se pose sur différents meubles avant que la caméra panoramique pour recadrer le visage de Sylvia Sidney. On peut regretter deux ou trois gags appuyés avec Nigel Bruce et le petit Bobbie, une bagarre filmée à l’accéléré et la construction dramatique prévisible. Le premier affrontement avec Fonda, en plans larges avec amorce, est spectaculaire. Il est intéressant de comparer l’ouverture de ce film et celle de Sheperd of the Hill (film châtré par le studio selon John Wayne) qui se déroule dans les mêmes paysages et avec le même genre de personnages. Dans les deux films qui mêlent violence et fable morale, l’héroïne féminine échappe aux conventions.
STRANGER ON A HORSEBACK (VCI entertainment) avait été une des plus heureuses surprises de la rétrospective Tourneur. On avait découvert un film original, d’une légèreté aérienne qui s’impose dès les premiers plans : Joel McCrea chevauchant en lisant en livre de loi passe près d’une tombe qu’on est en train de creuser. Pas de dialogue… juste un léger travelling latéral coupé par un plan serré d’une femme, plan inattendu qui s’enchaîne sur un plan large où McCrea, à droite du cadre, s’éloigne de la tombe. Un peu plus tard, un chat roux prend une place importante dans le bureau du marshal et sa présence décale les scènes. On le verra sauter du bureau quand trois hommes font brusquement irruption pour délivrer Kevin McCarthy. Ce dernier joue le rejeton du potentat local, rejeté violent, dégénéré, tyrannique et pourtant charmeur qui semble débarrassé de tous les clichés qui alourdissent ce personnage archétypal. Et la manière dont McCrea qui refuse de se servir de ses armes, le réduit à l’impuissance est irrésistible. Il se débarrassera de la même manière d’un homme de main qui le provoque après un échange jubilatoire : l’homme l’arrose quand il passe près d’un abreuvoir. McCrea se contente de dire « il fait chaud ». Quand il revient sur ses pas, l’autre l’arrête : « je n’ai pas aimé ce que vous avez dit » – « J’ai dit qu’il faisait chaud » – « j’ai pas aimé le ton sur lequel vous l’avez dit ». Le ton, le traitement sont constamment inhabituels. McCrea, juge itinérant, découvre presque accidentellement qu’il y eu un meurtre et commence à souligner toute une série d’actes délictueux. Tourneur filme tout cela de manière feutrée, presque dédramatisée : les rapports entre le juge et John Carradine, procureur corrompu qui essaie de sauver les suspects, sont extrêmement amusants et dégraissés des effets comiques redondants.
Ce film fut tourné en Ansco Color, procédé étrange qui semble bichrome et donne des teintes étranges (le dvd n’est pas trop mal restauré, mais la copie vue à Beaubourg me semblait plus contrastée) qui dans les plans larges ne sont pas désagréables. Tourneur en tire quelques effets heureux. Comme toujours chez VCI, pas de sous-titres.
MEN IN THE WILDERNESS (LE CONVOI SAUVAGE) est un chef d’œuvre méconnu qui est sorti (avec sous-titres français) en double programme avec THE DEADLY TRACKERS de Barry Shear dont j’ai gardé un souvenir détestable bien qu’il ait été commencé par Fuller. Les deux œuvres se partagent la même vedette, Richard Harris qui trouve dans MEN IN THE WILDERNESS l’un de ses meilleurs rôles. Il joue un guide, un trappeur qui accompagne l’expédition du Capitaine Henry (interprété par John Huston). Attaqué par un ours, il est laissé pour mort et abandonné par Henry. Sarafian nous raconte comment il va littéralement renaître, réapprendre à marcher, à survivre et sa lutte pour la vie qui nous vaut de fulgurants plans de nature (thématique qui anticipe sur INTO THE WILD sans le contexte hippie) se double de son désir de vengeance. On pense parfois à MOBY DICK. Photographie inspirée, épique de Gerry Fischer qui culmine dans ces plans de ce bateau que l’on pousse, que l’on tire à travers ces paysages de neige. Un des plus beaux moments, insolite, original, est cet accouchement d’une Indienne auquel assiste Richard Harris. La manière dont Sarafian filme cette scène (et d’ailleurs les Indiens), est exemplaire. À DECOUVRIR ABSOLUMENT.
Tout comme L’HOMME SAUVAGE (THE STALKING MOON – également sorti en zone 2 en mars dernier) de Robert Mulligan qui est mort fin 2008 dans un semi anonymat. C’était pourtant un cinéaste sensible, attachant qui signa plusieurs œuvres personnelles et originales comme BABY THE RAIN MUST FALL, écrit par Horton Foote, LOVE WITH A PROPER STRANGER, TO KILL A MOCKINGBIRD (DU SILENCE ET DES OMBRES) belle adaptation de l’émouvant roman de Harper Lee qui vient d’être réédité sous le titre Ne tirez pas sur l’Oiseau Moqueur. THE STALKING MOON est un western méconnu, une variation sur le thème des femmes enlevées par les Indiens qui doivent affronter la civilisation. Eva Marie Saint est bouleversante dans ce rôle. C’est aussi un western fondé sur l’angoisse, la peur latente. Les protagonistes sont sans cesse menacés par un ennemi impitoyable et invisible. On ne le devinera que dans les derniers plans. Du coup, on partage l’effroi des personnages, on scrute comme eux les paysages… J’aurais aimé savoir si THE STALKING MOON avait été influencé par l’approche que Val Lewton (aidé surtout par Jacques Tourneur) imposa dans le film d’horreur qu’il renouvela. On y cachait tout ce que le cinéma d’ordinaire nous montre.
Charles Lang prestigieux opérateur de studio démontre ici qu’il est tout aussi inspiré par les décors naturels. Et l’importance que Mulligan donne aux sentiments, aux émotions, à tout ce qui est suggéré est stimulée par le scénario condensé, le dialogue épuré, laconique d’Alvin Sargent (d’après une adaptation du grand Wendell Mayes).
Sortons du western pour saluer un autre Mulligan, UP THE DOWN STAIRCASE (ESCALIER INTERDIT), toujours écrit par Alvin Sargent qui annonce de manière incroyablement prémonitoire ENTRE LES MURS de Laurent Cantet. Un double programme serait tout à fait passionnant, même si le Mulligan paraît plus scénarisé. Le regard porté sur l’école, sur les minorités, sur les injustices est le même et UP THE DOWN STAIRCASE annonce tout ce qui arrivera 25 ans plus tard dans l’école française (sous titres français). Sandy Dennis est remarquable.
Sorti d’un coffret distribué par Warner (sous-titres français) qui comprend deux excellents Sturges, ESCAPE FROM FORT BRAVO (magnifique utilisation de l’espace et des paysages) et THE LAW AND JACKE WADE qu’André Glucksmann jugeait Hégélien. Ajoutons pour faire bonne mesure le très intéressant western de Robert Parrish SADDLE THE WIND avec Robert Taylor et surtout Julie London et John Cassavetes. Charles McGraw est impressionnant dans la séquence d’ouverture.


Enfin, cerise sur le gâteau, Sony Pictures a enfin sorti (avec sous-titres français) un coffret consacré aux Boetticher avec Randolph Scott, à l’exception du sublime 7 HOMMES A ABATTRE. Je me suis déjà régalé à revoir le magnifique THE TALL T (d’une rare violence et où Maureen O’Sullivan campe le plus intéressant personnage de femmes de cette série, avec Gail Russell dans 7 HOMMES). Scott, dans les premières scènes sourit beaucoup et joue avec une décontraction absente des autres œuvres. Ce qui rend l’irruption de la violence encore plus forte, plus troublante. COMANCHE STATION, RIDE LONESOME sont tout aussi remarquables avec cette flopée de hors la loi savoureux, souvent minables, illettrés, obsédés par les femmes et qui ont dû beaucoup inspirer Quentin Tarentino. Transfert magnifique et analyse parfois sommaire de Clint Eastwood et Martin Scorcese.

Nous étions trop sévères dans 50 ANS DE CINEMA AMERICAIN pour ARROWHEAD (LE SORCIER DU RIO GRANDE) écrit et réalisé par Charles Marquis Warren que j’ai revu avec un grand plaisir. On soulignait, à juste titre, l’interprétation spectaculaire de Jack Palance (son arrivée dans le film est mémorable tout comme le moment où il retrouve son père) mais il aurait aussi fallu louer Charlton Heston (aussi puissant que dans NAKED JUNGLE) qui jamais n’édulcore, n’affadit la violence noire, la rage haineuse du personnage. Certes le discours du film peut paraître quelque peu univoque.
Tous les Apaches sont cruels et l’on ne peut leur faire confiance surtout pas à ceux qui semblent civilisés : l’une des premières actions de Palance/Toriano est d’abattre son frère de sang, le scout indien est un traître. Mais néanmoins, le propos témoigne d’une certaine complexité, supérieure à la moyenne des westerns, évite le manichéisme « noble sauvage méchant civilisé » ou l’inverse, les Apaches sont ce qu’ils sont et font ce qu’ils font (« That’s what they do ») et pareil pour les blancs, militaires ou autres. Tout le monde a ses raisons, bonnes ou mauvaises (et souvent les deux selon le point de vue). Heston qui a vécu avec les Apaches dit bien comme Lancaster dans ULZANA’S RAID (FUREUR APACHE) qu’il ne déteste pas les Apache, simplement qu’il les connaît mais le film n’atteint pas la complexité de l’Aldrich dont il constitue une sorte d’ébauche. Le rapport avec ULZANA’S RAID est plus sensible, comme nous le soulignions, dans le beau roman de Burnett. Je n’irai plus jusqu’à dire que Charles Marquis Warren le trahit honteusement. Plutôt qu’il l’édulcore, l’affadit. Le livre est essentiellement une longue et aride traque menée par le héros et un groupe de scouts indiens. On ne voit jamais Toriano contrairement au film, sauf quand on le tue.
Et pourtant la violence du ton détonne et étonne. Warren recycle certaines idées de l’excellent et original LITTLE BIG HORN : un soldat cloué contre un arbre par trois flèches, les deux ou trois plans de massacre filmés à la grue, Heston qui noie un Apache de ses mains. La photo couleur pourtant bonne de Ray Rennahan rend ces moments moins cinglants que le noir et blanc austère de BIG HORN. On retrouve aussi des péripéties d’ONLY THE VALIANT (les soldats qui se font tuer un par un) dont Warren avait écrit le scénario. Ed Bannon (dans le livre, il s’appelle Grein), ce scout inspiré dit le dernier carton d’Al Sieber (le mystérieux texte qui ouvre le film ne prend qu’ici tout son sens) est un personnage récurrent du cinéma américain : l’homme d’action, de guerre qui connaît le terrain et qui a souvent, presque toujours raison contre les bureaucrates, les humanistes. C’est le petit cousin du sergent Croft des NUS ET LES MORTS, de Montana dans COTE 465, du Lancaster de ULZANA’S RAID. La franchise du ton est à porter au crédit du film. Elle traduit une réalité historique, idéologique que certains westerns progressistes n’ont pas osé aborder. Des personnages comme Bannon ont dû peupler l’Histoire de l’Ouest. On retrouve d’ailleurs Al Sieber sous les traits de John McIntire dans APACHE d’Aldrich, tourné la même année et où il est montré de manière plus sympathique. Robert Duval le joue dans l’intéressant GÉRONIMO de Walter Hill et Burt Lancaster interprète un personnage ouvertement basé sur Sieber dans ULZANA’S RAID. Etudier ces 4 films est une bonne approche transversale du genre.
Ajoutons que Warren montre deux ou trois fois l’étroitesse d’esprit, l’obstination stupide de certains officiers et un sens de l’honneur chez les Apaches. Mais contrairement à Aldrich, Mann, Walsh, il n’ouvre jamais son propos, ne le met pas en perspective, ne le soumet à aucune contradiction. Et pourtant il s’en faut de peu pour qu’une autre signification apparaisse grâce d’abord à Jack Palance. Son personnage ressemble à ces révolutionnaires qui sont revenus galvaniser leurs peuples après avoir fait des études chez le colonisateur. Et la manière dont Warren commence à filmer ce qui s’apparente à une déportation pourrait, avec un très léger écart de perspective, s’apparenter à BRONCO APACHE (Palance dénouant ses cheveux est inoubliable dans cette scène). Il y a aussi plusieurs échanges qui ont un côté fullerien (les dialogues sont d’ailleurs assez efficaces) et l’excellent Brian Keith joue un personnage d’officier humain assez proche de celui du JUGEMENT DES FLECHES.
Et puis c’est un des derniers westerns (un des derniers films) en 1:37: 1. et j’aime de plus en plus revenir à cet aspect ratio.
Après la réévaluation d’ARROWHEAD, déception avec la vision de HELLGATE (dvd VCI sans sous-titres avec 5 autres titres dont PANHANDLE de Lesley Selander) variation assez biscornue sur THE PRISONNER OF SHARK ISLAND. Toute une partie du film possède des défauts que l’on retrouve dans plein de films de Marquis Warren : décors approximatifs (comme dans 7 ANGRY MEN ou TROOPER HOOK) ou bâclés (dans le premier tiers, la maison de Sterling Hayden, le tribunal militaire), raccords médiocres, découpage souvent très maladroit, utilisation de l’espace peu effarante : des personnages qui devraient être vus de très loin surgissent tout à coup, des indiens apparaissent au milieu d’un plan. Pourtant le lieu où se passe une partie du film parait prometteur : cette prison dans une immense grotte au fond d’un canyon et parfois Warren en tire quelques beaux effets : une bataille dans une tempête de sable, la mort d’un prisonnier qui essaie d’escalader une paroi très en pente. On est certes dans un lieu insolite mais on ne sent ni l’usure du temps, ni les blessures, ni la fatigue. L’arrivée du héros qui surprend des civils réfugiés derrière une barricade est filmée comme dans les plus mauvaises séries Z dans un décor absolument nul. L’interprétation est très pauvre quand on la compare avec LITTLE BIG HORN ou ARROWHEAD. Hayden est spécialement maladroit malgré les renforts de barbes et de poussière mal collée et James Arness n’est guère plus convainquant. D’autres petits rôles sont totalement falots. Le seul à tirer vers la fin son épingle du jeu sont Ward Bond et Joan Leslie.
Westerns rares et curiosités
Je viens de voir PANHANDLE sorti par VCI (sans sous-titres) écrit et produit par Blake Edwards et John C Champion. Edwards joue le rôle d’un jeune tueur à gages, Floyd, (qui dit au héros : « vous être un homme important, Mr Sands. Très poli envers les gens célèbres »). Dans la distribution, on trouve déjà Dick Crockett que l’on retrouvera dans nombre de films ultérieurs d’Edwards. PANHANDLE est une bonne surprise, surtout venant de Lesley Selander. Le découpage m’a paru moins routinier que d’habitude, dans ce que je connais de lui ; les extérieurs filmés à Lone Pine, sont bien choisis, avec un grand nombre de plans larges, soigneusement cadrés. Certains moments nocturnes, une embuscade en particulier, témoignent d’une vraie recherche visuelle qui évoque certains de Toth. Et le scénario dissémine ici et là de plaisantes et rafraîchissantes surprises : Rod Cameron, lequel joue un peu comme Scott chez Boetticher, doit s’enfuir sans sa selle et passe son temps à essayer d’en retrouver une. Floyd vient le provoquer dans le saloon. On croit qu’on va avoir droit à l’habituelle bagarre mais Cameron lui lance son revolver dans le ventre, ce qui le cloue en deux et l’arrête net. On pense avoir échappé à la bagarre, mais elle éclate le plan suivant, dure très longtemps, les deux combattants passant même à travers la vitre du saloon et s’empoignant dans la rue, en pleine nuit. Sands raconte au jeune tueur médusé comment il s’est battu contre Billy Le Kid et se tait quand il en arrive au moment décisif. Floyd demande anxieusement : « Et qu’est ce qui s’est passé? » - « Il m’a tué », répond Sands en quittant la table.
Nous avons droit au plan final archétypal : le héros s’éloigne vers l’horizon. Sauf qu’il est à pied et qu’il pleut des cordes. La pluie nous vaut un échange très amusant avec Reed Hadley : « Quand il pleut qu’est ce que vous faites » – « Je vais à l’intérieur ». Tout cela porte la marque d’Edwards.
Prologue inconnu et perdu d’un film de Leone
Dans les bonus du dvd américain de A FISTFUL OF DOLLARS, on trouve un prologue filmé pour la distribution aux USA, surtout à la télévision, qui était destiné à donner une motivation morale aux meurtres commis par Eastwood. Lequel tuait plein de gens, sans remords ni explication.
Ce prologue fut filmé au Mexique par Monte Hellman et joué par Harry Dean Stanton qui parle à une doublure d’Eastwood. Monte est interviewé et raconte qu’Eastwood aurait dit : « c’est curieux, je ne me souviens pas avoir joué cette scène ». Découverte marrante.
Je ne comprends rien à la politique d’Universal et je ne vois pas ce qui a pu présider au choix de A L’ASSAUT DU FORT STARK de George Sherman, western platounet, sorti dans un transfert médiocre et un format discutable. La photo de William Daniels m’a semblé des plus routinières. J’avais été très heureusement surpris par les recherches, l’invention de la mise en scène de Sherman dans AU MEPRIS DES LOIS. Et dans d’autres film inédits en dvd, BLACK BART, WHISPERING CITY, DUEL DANS LA SIERRA, SWORD IN THE DESERT. Rien de tel ici. Le meilleur plan est celui qui suit immédiatement le générique. Le reste est routinier, dans des extérieurs monotones, peu excitants (contrairement à ceux d’AU MEPRIS DES LOIS). Les personnages se dissimulent derrière des buissons squelettiques, face à deux cents indiens et tout est à l’avenant.

Il n’est que de regarder le fulgurant début de A KING AND FOUR QUEENS de Raoul Walsh, avec ces fantastiques plans de chevauchée, ces surgissements sur une crête, ces descentes sur des à pics.
Continuez votre lecture avec
- Article suivant : Actuellement en tournage
- Article précédent : Petit panorama du cinéma anglais
Articles similaires
Aucun article similaire.
Commentaires (74)
Laisser un commentaire
(Seuls les messages ayant attrait aux DVD - thème de ce blog - seront publiés.)

« L’homme sauvage » vaut vraiment la peine. Encore un bijou enterré. Un admirable défi narratif : raconter un danger invisible, créer une intensité dramatique dans la douceur. Chaque personnage vit une petite ou grande tragédie ( même le petit vieux qu’on voit à peine), mais il faut la saisir à travers les silences, l’étirement infini du temps, le mystère des regards, quelques notes de musique, les méandres du paysage… Comme dans le jardin du diable, il faut attendre les dernières minutes pour entrevoir la réalité de la menace. La mort du l’ami scout du héros prend un relief émotionnel particulier au milieu d’un climat délibérément neutre. Comme on regrette que ce réalisateur n’ait pas fait d’autres westerns !
A minette
Tout à fait d’accord. Voyez aussi ESCALIER INTERDIT et LE SILLAGE DE LA VIOLENCE
Carlotta poursuit tout comme Wild Side sa politique de restauration d’oeuvres rares :
-La Campagne de Cicéron de Jacques Davila le 11/03/2010
-Les Désemparés de Max Ophüls le 7/04/2010(à ne pas manquer)
La collection WESTERNS DE LEGENDE reprend du service.
SIDONIS annonce pour le 9/02/2010, 4 films :
- LE ROI ET QUATRE REINES de WALSH
- BARQUERO de GORDON DOUGLAS
- L’HOMME AU FUSIL de RICHARD WILSON
- LE SHERIF AUX MAINS ROUGES de JOSEPH M.NEWMAN
Tant mieux ! Mais, au moins trois de ces films avaient déjà été annoncé pour le 1er semestre 2009 ! Espérons qu’il ne s’agit à nouveau d’une nouvelle sans suite…
Oui c’est exact; il semblerait qu’il est trouvé un nouveau distributeur; il annonce encore deux autres sorties pour le 30/04/2010 cette fois:
- La Chevauchée avec le Diable
- Les Forbans
Tous les 2 deux rélisés par Jesse Hibs.
Carlotta vient d’annoncer ses prochaines sorties :
- Pietro Germi pour le 17/02/2010
le très drôle et caustique « Ces messieurs dames »
« Il ferroviere »
« Meurtre à l’italienne »
- HELMA SANDERS BRAHMS pour le 25/03/2010
Allemagne, mère blafarde »(à ne pas manquer)
Encore un effort et peut-être pourrons nous voir bientôt les films d’Elio Petri.
A Jean-Jacques MANZANERA,
Cher Manzarena,
Merci pour votre message du 18/11/09;vous ouvrez le débat sur les richesses et les « densités » des cinémas du monde entier;je partage votre avis exprimé à la fin de votre message;en effet le cinéma allemand(de l’entre deux guerres) et le cinéma scandinave des années 20 ont bataillé avec les Américains sur le plan (disons) « industriel » du cinéma; les Russes après la Révolution de 17 ont lutté sur le plan plutôt « artistique » (avec les cinéastes dont nous avons déjà parlé); les Allemands ont perdu la bataille industrielle pour les raisons historiques connues(l’arrivée au pouvoir,par les urnes,des nazis)et les Scandinaves pour des raisons de diffusion dans le monde de leurs oeuvres.Le cinéma a gagné d’autant plus facilement qu’à partir des années 30 il a bénéficié pour son son développement de l’arrivée sur son sol de cinéastes européens « historiques » qui ont emmené avec eux toute la culture européenne(et pas seulment le cinéma).je ne citerai que 2 ou 3 noms, parmi d’autres qui me paraissent essentiels : LANG,PREMINGER,RENOIR.Il y en a eu beaucoup d’autres.Malheureusement est arrivé le « lessiveur » de mémoire : la télévision.
Merci pour les renseignements sur Iosseliani. Heureusement qu’il y a les DVDS pour voir, revoir et découvrir des oeuvres même récentes tombées dans l’oubli.
Très juste votre remarque sur Kaurimaski;je ne sais si vous avez le coffret « Cinéma, Cinémas » (il ressort actuellement pour les fêtes de fin d’année); sinon ne le manquez pas; vous y trouverez une interview reamarquable de Kaurimaski.
Des sorties pour les mois à venir m’ont été indiquées par des internautes (merci à eux) :
- François 1er et Un de la Légion de Christian Jaque POUR LE 6/01/2010
- Les Noces Rouges (une bonne « cuvée » ) de Chabrol le 20/01/2010
et chez Gaumont (doit-on y croire après tant de reports)
- Un condamné à mort….. de Bresson pour le 25/03/2010
- Le Silence de la Mer (Melville, un de mes cinéastes frnçais favoris) POUR LE 25/052010
- Le général DELLA ROVERE (ROSSELLINI) pour le 25/05/2010
- le rouge et le noir (Autant-Lara) POUR LE 15/06/2010; j’aurai préféré Le diable au corps
A bientôt pour de nouveaux échanges.
Je vais aller chercher mon coffret Allan Dwan de ce pas.
Cher Augelmann,
Merci pour votre dernier courriel.
Pour ce qui est des cinématographies dans le cinéma des origines, j’avais vu un documentaire exceptionnel , je pense vers 1995 qui montrait les rapports de force entre pays (USA/France/ Allemagne/ Scandinavie/ URSS) en 5 volets fort longs,précis, agrémentés d’extraits de joyaux connus ou méconnus voire de photogrammes d’oeuvres perdues. Je ne me rappelle plus son nom mais espère une rediffusion sur Arte ou une sortie DVD.Avec le American journey de Scorsese, cela vaut bien des critiques!
J’avais vu à l’époque l’interview de Kaurismaki (façon de parler au vu du laconisme du bonhomme) dans cette magnifique émission « cinéma, cinémas » et avais bien ri. Et dire que maintenant, même la série de J Bazin et AS Labarthe est éliminée (je ne dis pas bravo à Arte!!!). Que reste t’il à la TV de ces sourciers à l’origine de bien des cinéphilies? Seul perdure l’héroique P Brion sur F3!!! Lisez son interview sur le site DVDclassik: elle est passionnante (de m^me que celle de Y Dahan dans un tout autre genre).
Bonne nouvelle que la sortie du condamné… de Bresson dont vous avez acquis, j’espère le coffret MK2 (L’argent- Le procès de Jeanne d’arc- Pickpocket) et les 2 DVD d’arte (Mouchette qui demeure mon favori et Au hasard Balthazar).Pour ma part , Bresson demeure mon cinéaste français favori… même si ces palmarès de cinéphiles auxquels je ne suis pas le dernier à m’adonner de amnière compulsive depuis mon adolescence(listes, classements annuels, par genres…) sont un peu vains!
Je ne suis pas sûr d’acquérir le coffret Dwann (je ne connais pas assez et le peu que j’ai vu m’a plu sans pour autant me transporter outre mesure) mais ai commandé au Père Noel le coffret Ophuls.
Je viens d’acquérir « Fellini au travail » chez Carlotta et vous en reparlerai après visionnage. Lors d’une virée à Paris, j’essaierai d’aller voir l’expo.
Signalons la sortie des Vacances de M Hulot par J Deschamps: cela devrait être aussi indispensable que les récentes éditions de playtime et Mon oncle/ My uncle.
Bonne continuation. Amicalement!
Cher Jean-Jacques,
Je rebondis par rapport au coffret Dwan. Vous qui êtes friand de boni, vous serez servi. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas vu une mine d’informations aussi importante sur un cinéaste, réunie dans un coffret DVD. Il y a une interview fort passionnante de Peter Bogdanovitch qui avait mené à bien de longues heures de conversations enregistrées avec le bonhomme, tout comme il l’avait fait avec Ford, Hawks ou Walsh. On entend ces conversations et donc les propos de Dwan sur les sept films proposés par Carlotta. Ces sept longs-métrages ont été réalisés successivement entre 1954 et 1956. On y trouve :
- Quatre étranges cavaliers (Silver Lode, 1954)
- Tornade (Passion, 1954)
- La Reine de la prairie (Cattle Queen of Montana, 1954)
- Les Rubis du prince birman (Escape to Burma, 1955)
- La Perle du Pacifique (Pearl of South Pacific, 1955)
- Le Mariage est pour demain (Tennessee’s Partner, 1955)
- Deux rouquines dans la bagarre (Slighlty Scarlet, 1956)
Ces sept films possèdent une unité absolument admirable. Plusieurs raisons à cela : ils furent tous produits par Benedict Bogeaus, et Allan Dwan, réalisateur aimé de tout le monde, travaillait avec la même équipe d’acteurs et de techniciens, un peu comme Ford. On trouve par exemple trois fois John Payne, deux fois Rhonda Fleming, deux fois Barbara Stanwyck (toujours aussi géniale !), deux fois Ronald Reagan (qui trouve son meilleur rôle dans le magnifique western « Tennessee’s Partner »)… Côté techniciens, le grand John Alton a signé la photo des 7 films du coffret, ainsi que Louis Forbes, qui a composé les B.O. des 7 films également (Le thème principal de « Silver Lode » est superbe).
Concernant l’unité de ces films, il faut rajouter le fait que Dwan n’avait pas de budgets conséquents, et que le système D, la débrouille d’un artisan qui a connu l’ère des studios de sa naissance à sa fin (son premier film date de 1911, son dernier de 1961, un an avant la loi anti-trust), valait tous les gros budgets du monde.
Rappelons aussi qu’en 1954, Allan Dwan devint veuf, il perdit sa femme Marie qu’il aimait éperdument, et se noya dans le travail, immodérément, tournant film sur film, avec une sorte d’énergie du désespoir, et à la clé, une créativité exemplaire et émouvante, car il n’avait plus rien à perdre. Le coffret Carlotta est un parfait témoin de cette étape de sa vie.
Je vous rappelle aussi que « Silver Lode » est l’un des 10 westerns préférés de Bertrand Tavernier, André Glucksman, Claude Jean Philippe et Rui Nogueira (voir « Le Western » sous la direction de Raymond Bellour chez Gallimard).
Enfin, pour parler de « Silver Lode », outre le fait que c’est un merveilleux western anti-maccarthyste (mais B.T. en parle très bien dans « 50 ans de cinéma américain »), on peut citer l’un des plus beaux travellings de l’histoire du cinéma (la scène où John Payne fuit sous le feu nourri de ses ennemis dans une ville, et pendant laquelle il fait des haltes successives, ici derrière un attelage, là, derrière un abreuvoir… et à chaque fois, la caméra qui le suit latéralement, fait un petit mouvement de pivot à chaque arrêt, rendant ainsi la technique de ce travelling particulièrement fluide et invisible pour le spectateur pris dans l’action. Cette manière de rendre ainsi les mouvements d’appareil de manière naturelle, Dwan la devait à Griffith qui était l’une de ses principales sources d’inspiration). Ce travelling est à mon goût aussi réussi et aussi important que celui qui introduit « La Soif du mal » d’Orson Welles.
Mais bon, là je vous parle de technique, alors que les films de Dwan sont avant tout des bijoux d’émotion, de justesse. Comme pour les notes chez Mozart, on pourrait dire qu’il n’y a pas une image de trop dans ses films.
Et des films il en a tourné plus de 400 !
J’ai beaucoup aimé l’anecdote rapportée par Peter Bogdanovitch qui pour illustrer à quel point Dwan était un réalisateur ultra célèbre en son temps (surtout pendant l’ère du muet), raconte que lorsque le réalisateur se rendait à New-York, le maire lui envoyait une escorte de policiers pour l’accueillir à l’aéroport, et que lorsqu’il se rendit à Berlin pour visiter les studios de Babelsberg dans les années 20, Billy Wilder en personne se proposa d’être son guide privé ! Bogdanovitch nous apprend aussi que Dwan était si riche, qu’il s’acheta un ravin complet près de Santa Monica ! Ce qu’il en fit ? On l’apprend dans les boni, et c’est tout à l’honneur de ce grand cinéaste humaniste.
Sacré Olivier!…mais où est donc le « milieu » du monde cinématographique?
Pardonnez mes trémolos lyriques visant à chanter les louanges d’une diversité cinéphilique à laquelle j’aurais pu ajouter cinéma des origines et cinéma contemporain, cinéma « respectable » et cinéma de (mauvais) genre etc….
Cher Manzarena,
Surtout ne vous excusez pas de défendre avec enthousiasme des cinémas d’horizons différents;il faudrait effectivement parler non pas du cinéma mais des cinémas;ce blog est particulièrement foisonnant et riche, ce qui en fait son intérêt et sa valeur car il permet de communiquer l’amour pour cet art et ce qui est remarquable de partager avec d’autres les connaissances , les expériences et les « sentiments » éprouvés lors des projections; en outre ce qui est primordial c’est de découvrir des cinéastes et des oeuvres qui nos sont inconnues; encore merci pour le Canadien Maddin que je ne connais pas et que je fais m’empresser de découvrir.
Pour Iosseliani, à ma grande honte, je n’ai vu que « Les favoris de la lune » qui m’a profondément marqué;c’est un manque de ma part: il aut que je voie ses autres films; je suis heureux de vous lire sur Paradjanov: je « vois » des plans des « Chevaux de feu » de suite. Quel cinéaste maudit et bien oublié!
Pour Pelechian, je n’ai vu aucune de ses oeuvres, je n’ai eu que des encouragements comme les votres pour les voir; à découvrir.
Enfin quelqu’un qui aime bien Eisenstein: merci; et en plus vous ne vous arrêtez pas au « Cuirassé Potemkine »; « Ivan le terrible », beaucoup décrié mérite absolument une réévaluation; vous avez raison : ça bouge à l’Est de l’Europe mais il faut faire attention car il s’agit de cinéastes isolés et qui travaillent chacun de laeur côté; je pense toujours à ce qui parlent du cinéma finlandais, mais ce dernier c’est AKi Kaurismaki (et un peu son frère)et c’est presque tout; j’ai connu l’époque où le cinéma italien était très présent et de nombreux films étaient réalisés et surtout des films importants.En fait il s’agissait de plusieurs réalisateurs qui travaillaient avec leurs propres équipes; comme le faisait remarquer à l’époque JL Godard « Il n’y pas de cinéma italien, ni de cinéma français au sens du cinéma américain (production en studios entre autres)ou comme dans les années 20-30 en Allemagne, il y a des cinéastes italiens et des cinéastes français »; effectivement lorsque les « grands maîtres italiens » n’ont plus tourné,l’Italie est devenu un désert cinématographique.
D’autre part WILD SIDE vient de confirmer le démarrage le 6/01/2010 de sa collection « Vintage » avec 6 titres :
- L’Ange et le mauvais garçon
- L’Adieu aux armes
- Mort à l’arrivée
- Bigamie
- Le Voyage de la peur
- Du Sang dans le Soleil
Cher Augelmann,
Merci pour votre réponse riche en considérations sur la diversité des cinématographies.Je réitère mes en couragements pour ce qui est de la découverte d’Otar Iosseliani avec le coffret chez Blaq out où quasi tout relève de l’indispensable de Il était une fois un merle chanteur aussi librement juvénile que les Forman tchèques à brigands, chp VII récit gigogne sur les aléas de la « guerre » au style enluminé en passant par l’approche poético documentaire de Pastorale, le conte et la lumière fut ou le tatiesque La chasse aux papillons (seuls Etaix,Iosseliani et Kaurismaki me semblent des héritiers convaincants du grand Jacques).
Je ne partage pas l’avis de JLG quant au distingo Cinéastes/cinémas pour les cas de la France et de l’Italie: ces cinématographies étaient trop diverses, il y avait trop de générations successives (ex: Rossellini-De sica/Fellini-Visconti-Pasolini/Rosi-Tavianis-Bertolucci/ Bellochio-Leone-Bava… et ces découpages sontidiots car il y avait passage de témoin!). Ce n’est pas le cas de la Finlande, du Danemark ou de l’Iran où quelques hirondelles ne font pas un printemps durable!
Ceci dit, quel pays actuellement est comparable aux USA, au cinéma allemand de l’entre deux guerres, au cinéma scandinave des 20′? Aucun et depuis des lustres!!!!
Contrairement à JLG
Cher Jean-Jacques, ne voyez pas de moquerie dans ma (petite) saillie. Par « cinéma du milieu » je faisais bien-sûr allusion à Pascale Ferran et à sa très admirable initiative, lancée lors de la Nuit des Césars 2007.
Quant à la diversité cinéphilique, je pense qu’il n’y a rien de pire que les chapelles. Dimanche dernier, j’ai pris une bonne dose d’adrénaline en allant voir « 2012″ en salles, quel spectacle ! Un pur divertissement. Et le soir du même jour, je me suis retrouvé dans un état proche du recueillement en visionnant « Sous le soleil de Satan » à la maison. La semaine dernière, « A l’origine » de Xavier Giannoli m’a complètement emballé et ému… trois jours après, j’ai ressenti un grand plaisir de cinéphage devant « Mutants » de David Morlet et “Hush” de Mark Tonderai en DVD. On peut aimer Dreyer et Winding Refn, Ford et Carpenter, Bunuel et Del Toro, Ozu et Misumi, Carné et Truffaut… Giannoli et Morlet. Vive l’éclectisme !
Cher olivier,
Mais je n’étais pas vexé! tout au plus intrigué par la formule qui bien sûr provient de l’initiative de P Ferran qui eut bien raison de signaler la disparition de ce cinéma du milieu -entre système D comme débrouille et gros budgets-en voie de disparition dans la mesure où les choix culturels actuels vont tuer l’exceptionnelle diversité de notre cinématographie.
J’approuve l’éclectisme et suis un fan de la plupart des cinéastes cités de Dreyer à big John en passant par Ford, truffaut, etc… Cependant mon éclectisme cinéphile s’arrête aux portes de la cinéphagie faute de temps et d’intérêt: 2012 ne me comptera pas parmi ses spectateurs (Hemmerich… faut pas déconner!) mais Avatar oui, je fais le distingo…faut qu’il y ait un cinéaste aux commandes!
Très bon article !
AU-DELÀ DU MISSOURI a subi de nombreuses coupes, dont il était déjà fait état dans certaines revues anglaises à l’époque de la sortie. Il en a sans doute plus souffert que LA CHARGE VICTORIEUSE, mais il n’y avait aucun témoin sur le plateau de ACROSS, contrairement au film de Huston, dont les déboires ont été largement couverts par « Picture » de Lillian Ross. Ces coupes si l’on en croit les (très vagues) indications de Wellman portaient sur des scènes d’action. Introduite à ce stade tardif, la narration en voix off par le fils adulte de Gable est une « idée » du producteur Sam Zimbalist qui s’est imposée après une preview décevante, le public se désintéressant du film vers le milieu de la projection. Dore Schary (cité dans le livre de Frank Thompson « William Wellman ») parle de nombreuses « baisses de tension » et d’une impression d’ensemble chaotique. Wellman disait n’avoir jamais vu le montage actuel et défendait son propre montage original. « That was a good, long picture the way I did it ». Mais il n’est pas faux de dire que plusieurs de ses films (je ne parle évidemment pas du magnifique CONVOI DE FEMMES, qui est à coup sûr son meilleur titre d’après-guerre), souffrent de longueurs et ne tiennent pas la distance.
Dans la collection « vintage » de wild side, notons la présence de Carnival of souls, film fantastique aussi fauché et aussi inventif que Night of the living dead de Romero: il fait figure d’oeuvre séminale pour de nombreux pans du cinéma contemporain que ce soit par son recours au twister (il préfigure pour le meilleur le fantastique espagnol d’Amenabar, Balaguero, Cerda et pour le pire les oeuvrettes un rien surfaites de MN Shyamalan ), par son expérimentation sensorielle (on peut songer à Lynch qui d’ailleurs eut pour projet d’en faire un remake).Vu sur arte il y a quelques années, il parvint à m’effrayer plus que je ne pensais!
J’ai entendu parler du « pinku eiga » mais compte tenu de mes nombreuses lacunes (j’en suis encore à découvrir certains Oshima,Naruse, Ozu…)je laisse cela « pour plus tard »et tant pis si c’est une erreur!!!Je crois qu’avant de découvrir, à titre comparatif, l’intégrale des baby cart ou des zatoichi, je dois voir et revoir Tuer, Yojimbo ou Les amants crucifiés car le temps est une denrée rare et précieuse!
Cela dit, vos avis sont toujours aussi précieux et nombre de vos interventions me prouvent que nos cinéphilies respectives sont fort compatibles!!!
Ce blog est un lieu d’échanges vraiment riche et fructueux.
PS1: je pense que BT qui n’intervient plus beaucoup doit être fort occupé par son adaptation de Mme de La Fayette. Certains ont-ils eu vent de ce projet? je suis très curieux !
PS2: le film de Kawalerowicz, comme Pharaon, constitue un modèle de collaboration avec des historiens de renom (polonais en l’occurrence) et prouve combien fut riche la création dans les pays de l’Est dans les années 60-70. On oublie des noms tels que Jancso, Has et même Wajda ces temps-ci et on a tord!!!
Puisque vous évoquez le superbe « Tuer » (Kill, 1962) de Kenji Misumi, je peux vous affirmer que ses deux créations, que sont les sagas « Zatoïchi » et « Baby Cart », sont du même tonneau. Surtout les opus signés par ce maître que je place sans vergogne aux côtés de la « Sainte trinité » Kurosawa-Mizoguchi-Ozu. Les 6 Zatoïchi et les 4 Baby Cart tournés par Misumi et dispos en DVD chez Wild Side, sont de vrais millésimes, des plaisirs rares de cinéphile. A titre indicatif, Jean Douchet en fait l’éloge sincère avec une liberté qui fait toujours autant plaisir à lire, dans son ouvrage « La DVDthèque de Jean Douchet », paru dans la Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma.
Quand on évoque la saga du masseur aveugle, il faut absolument connaître l’hommage de Kitano, une pure merveille d’humour décalé. Pour info, « Glory to the Filmmaker », le second volet de la toute récente trilogie du Kid d’Asakusa, sort enfin en DVD chez CTV, le 17 novembre prochain.
Suite de la saga « Malavida » : J’ai découvert l’oeuvre d’un très grand cinéaste polonais, mort prématurément à l’âge de 41 ans dans un accident de voiture. Il s’agit d’Andrzej Munk, dont ses compatriotes, Wajda, Kieslowski, Polanski… s’accordent tous pour dire qu’il était le plus grand d’entre eux. Il faut absolument connaître ses films, notamment « L’Homme sur la voie », chef-d’oeuvre crépusculaire et merveilleux hommage aux cheminots de tout temps, de tout pays, ou bien le beau film de montagne « Les Hommes de la Croix Bleue », sans oublier son dernier film (inachevé à cause de son décès) « La Passagère », qui a été reconstitué par ses collaborateurs, et qui possède la force d’un « Nuit et brouillard ».
Enfin, je pense tout comme vous que nos cinéphilies sont compatibles et que ce blog est un fabuleux lieu d’expression.
Grand adorateur de Kitano (notamment de Hana bi, Dolls,A scene at the sea et Sonatine) , je dois vous avouer que zatoichi m’a laissé de marbre: surjoué, plastiquement très répétitif(couleurs délavées , bleuetées avec des jets de rouge très graphique), très téléphoné dans ses moments burlesques(les scènes de comédie musicale ont du mal « à prendre » sur le corps du film…sauvons un moment de leçon de combat par un personnage secondaire). Une grosse déception!
En revanche, le dernier Oshima Tabou dans le genre « films de sabre » est bien plus novateur, dérangant et inventif qu’on ne l’a dit lors de sa sortie;un même malentendu avait accompagné la sortie de Max, mon amour…comme si on espérait qu’il refasse à chaque fois L’empire des sens avec des variantes!
Les « vieux » cinéastes ne sont jamais là où on les attend: Resnais,Rohmer, Eastwood, Oliveira, kubrick ces dernières années l’ont à nouveau prouvé!!!!et le cycle « déception-adulation bizarre du style « oh! il tourne encore à X années et quelle fraîcheur!!! »-révision a posteriori » est toujours aussi amusant à observer!
Je suis d’accord avec vous pour mettre « Hana bi » et « Sonatine » en haut du panier. Surtout « Hana bi », quel chef-d’œuvre ! Les visionnages multiples ne font qu’en révéler toutes les subtilités. Quand on pense que Kitano en a écrit le scénario, l’a réalisé, a joué le premier rôle, a fait le montage et que les oeuvres picturales qu’on voit dans le film sont de son cru (peintes pendant sa convalescence après son grave accident de moto), on réalise à quel point c’est un artiste complet. Quant à « Zatoïchi », les gerbes de sang très graphiques ne sont qu’un renvoi aux films de Misumi et aux films de samouraïs en général (notamment Baby Cart, mais aussi les films d’Hideo Gosha, et j’en passe…), c’est une convention, qu’il s’est je trouve très bien appropriée. J’ai personnellement beaucoup aimé le second degré et l’humour gore (un samouraï qui tranche le bras d’un de ses camarades de clan sans le faire exprès…). Quant aux scènes de comédie musicale, c’est totalement autobiographique : on y voit surtout un ballet de claquettes, Kitano s’est fait plaisir : c’est ainsi qu’il a commencé dans le monde du spectacle lorsqu’il était balayeur dans un théâtre à Asakusa. Il avait demandé au patron de ce petit théâtre s’il pouvait le faire travailler en tant que comique, celui-ci lui a montré un pas de claquette de base et lui a dit : « entraine-toi, et la prochaine fois, montre-moi ce que tu sais faire ». La semaine d’après, il revoit le patron du théâtre devant l’ascenseur, et lui montre le pas de claquette qu’il avait répété sans-cesse durant toute la semaine. Le patron lui en montre un autre, et la scène s’est reproduite ainsi durant plusieurs semaines… Enfin, devant l’acharnement du jeune Kitano, le patron en question a accepté de l’embaucher au service des danseuses dans les loges. De fil en aiguille, c’est ainsi qu’il arrivera un jour, dans ce même théâtre à présenter son numéro de duettistes, qui le mettra sur la voie du succès. Il doit tout aux claquettes en quelque-sorte, et la scène finale de « Zatoïchi », même si elle ne s’insère effectivement pas dans le récit avec évidence, m’avait beaucoup ému pour cette raison.
Merci pour votre conseil pour Carnival of souls; je l’ai noté lorsqu’il sortira; je ne le connais pas; vos commentaires me mettent l’eau à la bouche.
D’autre part dans un vos messages vous avez défendu « Le reptile »; je trouve que les critiques faites à ce film sont très fortes, je dirais même excessives; cela me rappelle les critiques faites en son temps à John Ford pour ses derniers films; un célèbre critique,Jean Mitry, pour ne pas le nommer, plume redoutable disait que Ford était vieux et radotait (à la sortie de « Frontière Chinoise »); en fait passé un certain âge,les cinéastes sont automatiquement atteints de gâtisme selon certains: voir aussi ce qui est arrivé à Walsh,Hawks.Ils n’ont pas pu faire de film malgré leur volonté dans la dernière partie de leur vie.
Et oui : Miklos Jancso est totalement oublié; « Psaume Rouge » est à (re)découvrir.Je me rappelle aussi son film « Sirocco d’hiver » avec Marina Vlady et Eva Swan (si je ne me trompe)qui avait connu une destinée paradoxale: le film était passée à la télévision française en même temps qu’il passait dans les salles de cinéma. Je me souviens d’une scène dasn une baignoire qui avait offusqué les bonnes âmes bien pensantes: c’était la France de Pompidou.
Pourriez-vous me dire si ces films sont disponibles en DVD?
De cette époque, il y a aussi un cinéaste allemand oublié : Peter Fleischmann; plus d’articles, pas de sorties en DVD.
Cher Augelmann,
Heureux que mes remarques sur Carnival of souls aient su attirer votre attention: je pense que vous ne serez pas déçu si vous aimez et le fantastique, et la série B et la volonté exprimentale souvent associée à celle-ci (j’ai parlé de lynch: Eraserhead est un petit neveu de ce film, juste « un peu plus » juqu’auboutiste!).
Si vous vous intéressez aux marges les plus fructueuses, je ne saurais trop vous conseiller de découvrir l’univers du Canadien Guy maddin, fou furieux obsédé par les codes du cinéma muet, par ceux du genre mélodramatique. son univers possède la logique du rêve et aurait réjoui Bunuel autant que W Has.De cet auteur, voyez en priorité Careful (« hommage » muet aux films de montagne allemands des années 30 rendant explicite le freudisme sous jacent du kammerspiel) ou l’hilarant The saddest music in the world (inventaire de motifs surréalistes-une patronne de dancing cul de jatte, un coucours de la musique la plus triste du monde,un musicien conservant le coeur de son enfant mort dans des circonstances dramatiques- sur fond de cinéma américain des 20′-30′);
Il est passionnant au même titre que les frères Quay édités eux aussi chez ED distribution et dont j’avais déjà parlé il y a quelques mois.
Ayant 39 ans , je n’ai découvert Jancso que tardivement par ouie dire via des articles de Positif ou des Cahiers. Ensuite , j’ai pu admirer quelques savantes compositions du cinéaste hongrois à la cinémathèque: Les sans espoirs,Psaume rouge et Rouges et blancs. C’est peu! mais c’est suffisant pour deviner la grandeur d’un cinéma fondé sur 1)l’art du plan séquence 2)un sens dialectique de la composition du plan 3)une interrogation plastique sur la re^présenation du politique et de l’histoire.je n’ai jamis rencontré des DVD de ces films mais je ne serais pas surpris que Malavida les édite ou aie le projet de les éditer.Je pense que le grand Bela Tarr en est un héritier direct.
Je ne connais que deux films de Fleishman vus à la TV: le très beau Scènes de chasse en Bavière et une SF un peu poussive et tardive intitulée Hard to be a god (problèmes de coprod, je crois…). Parler de ce cinéaste m’amène à songer à Syberbergh très commenté dans les 70′ et apparemment invisible depuis des lustres: que pensez-vous de cet auteur oublié?
Cher Manzanera,
Je viens de lire votre message de ce jour; je vous réponds sur quelques points.Vous avez une bonne connaissance de Jancso; il est difficile d’ajouter quelque chose;pour Fleischman vous avez commencé par le meilleur; « Scènes de chasse en bavière » est absolument remarquable et a eu à sa sortie un grand retentissement et beaucoup de problèmes pour le cinéaste avec les autorités du « Land » de Bavière, particulièrement conservateur et réactionnaire(j’ai 54 ans et cette époque a été pour moi la découverte du cinéma « allemand » qui est né à la suite du manifeste d’Oberhausen en 1962 et d’autre part d’une prise de conscience sociale ou politique selon les termes choisis).Pas de DVD (juste un VHS paru chez les Films de ma Vie); il y a aussi « Les cloches de Silésie » que je trouve quand même moins réussi. Ah! Syberberg,les passions déclenchés par ses films et pas que Parsifal, film important car il ne s’agit pas de l’opéra de Wagner mais le sujet est l’Allemagne comme dans tous les films de Syberberg; j’ai pu voir dans le cadre d’un festival peut-être le film le plus important « Hitler,un film d’Allemagne », indispensable pour saisir toute l’importance ce cet auteur; malheureusement il ne risque pas d’être ressorti dans le salles en raiosn de sa durée (7h). Un autre oeuvre à noter : « La marquise d’O » qui date de la fin des années 80.Votre remarque est très juste: « Les cahiers du cinéma » semblent eux aussi l’avoir oublié alors qu’en 1982, les articles étaient nombreux et particulièrement enflammés. Aujourd’hui « Les Cahiers » mettent en une en octobre Judd Apatow (quel désastre!).
Ah! « Scènes de chasse en Bavière » ressort en salles en novembre (je ne sais plus dans quelle revue je l’ai lu).
Je peux vous conseiller un autre cinéaste de cette époque dont les films sortent en DVD ce mois-ci : Bo Widerberg,cinéaste suédois. 2 films à noter : « Adalen 31″ et « Un flic sur le toit »; je vous conseille surtout le 1er.
Voila du premier jet ce que j’ai à dire.J’écrirai sur les autres points ce week-end.
A bientôt.
Cher Augelmann,
Merci pour votre dernier message notamment pour ce qui concerne Syberbergh que je ne connais que par le biais d’articles d’anciens numéros des Cahiers (notamment un numéro de 1982 ayant en couverture Parsifal) acquis a posteriori. Je crois que cette revue a baissé depuis longtemps (disons automne 1989 avec la première d’une longue série de « nouvelles formules » axées sur une pseudo ouverture vers les autres expressions, sur des notules de + en + insignifiantes…). J’ai commencé à la lire à l’âge de 15 ans grâce à la couverture accordée à Year of the dragon de Cimino.Je n’ai découvert positif qu’en 1987 a propos de Full metal jacket et n’ai plus cessé de la lire depuis: son choix de la cohérence des goûts (pas de délire dans l’enthousiasme ni de désavoeu ni de révisionnisme facile),ses dossiers solides, sa qulité d’écriture et d’analysse et ses chantiers de réflexion me ravissent toujours autant!
Le cinéma de l’Est me passionne depuis fort longtemps et je ne peux croire à sa mort pure et simple: j’en veux pour preuve, ces dernières années la découverte de bon nombre de grands tels Bela tarr (l’édition du long Satan tango en DVD prouve que syberbergh peut aussi être édité un de ces quatre), sokourov (l’un de mes quatre cinéastes vivants favoris avec Resnais, Eastwood et Mallick)ou Pintilie. Par ailleurs, l’apparition de jeunes tels C Mungiu en Roumanie,
Zviagintsev en Russie (Le retour était sublime et son second film moins décevant qu’on ne l’a dit), Mundruzco en Hongrie, Sharunas Bartas en Lithuanie sont de bons signes de vitalité!
je ne saurais trop vous conseiler de voir ou revoir l’oeuvre du grand Otar Iosseliani installé chez nous depuis longtemps mais vrai cinéaste géorgien qui donne une envie furieuse de découvrir ce peuple dont on devine le « génie » en voyant ses oeuvres comme celles de Pelechian(si vous ne connaissez pas l’oeuvre de ce génie du montage, essayez d’y remédier mais c’est difficile car il est peu diffusé) ou de Paradjanov.
Bach films, très justement défendu par BT, édite de nombreux chefs d’oeuvre du muet: il faut voir et revoir les chefs d’oeuvre de Dovjenko (copie plutôt bonne du génial La terre),Poudovkine (surtout Tempête sur l’Asie et la fin de St Pétersbourg),Barnett et bien sûr Eisentein ( NB: chez MK2 superbe copie de Potemkine et chez Carlotta édition indispensable de La grève).
On peut à la fois aimer le cinéma de l’Ouest et celui de l’Est! Celui du nord et celui du sud!
… et celui du milieu !
Parmi toutes ces nouveautés, dont certaines n’en sont pas (les films d’Argento sont déjà sortis en DVD, à cet égard je conseille surtout L’Oiseau au Plume de Cristal et Le Chat à 9 Neuf queues), je me réjouis de revoir INCIDENT DE FRONTIERE, un film de Mann sur l’immigration clandestine (thême à la mode). Des films de Thorpe, je garde un bon souvenir de LA MAIN NOIRE, film noir sur la maffia, avec un Gene Kelly dans un rôle inhabituel. THE CLOCK de Minnelli m’avait paru excellent aussi ! Ma connaissance du cinéma porno japonais et américain est pour le moins lacunaire, mais je ne demande qu’à apprendre !
The clock est en effet un bon film de Minnelli; l’évènement de ce coffret reste la sortie(enfin) de « Two weeks in another town », qui est comme une suite dix ans plus tard de « The bad and the beautiful ».
Que l’attente est longue; j’attends aussi qu’un distributeur veuille bien s’intéresser au dernier film de John Ford « Seven Women ».
Au détour d’une petite insomnie, je traîne sur le net et vais consulter le très bon site dvdclassik.com : leurs news DVD sont toujours super-excitante ! Nous est annoncé le planning de « Côté sauvage » (comme dirait Jean Douchet) pour les deux ans à venir, et il y a du lourd.
Tout d’abord, les 10 prochains titres de la collection « Les introuvables » :
- Guêpier pour trois abeilles de Joseph L. Mankiewicz
- Qu’as-tu fait a la guerre, papa ? de Blake Edwards
- Paris Blues de Martin Ritt
- Trapeze de Carol Reed
- La rue de la mort d’Anthony Mann
- Incident de frontière d’Anthony Mann
- Libre comme le vent de Robert Parrish
- Inferno de Dario Argento
- L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento
- Le chat à 9 queues de Dario Argento
- Phénomena de Dario Argento
- Ténèbres de Dario Argento
Ensuite, l’annonce de deux coffrets :
- Coffret « Richard Thorpe, l’Aventure avec un grand A » : La perle noire / Le fils prodigue / Quentin Durward / La maison des 7 faucons / La main noire
- Coffret « Vincente Minnelli, le cinéma de l’élégance » : Lame de fond / The clock / 15 jours ailleurs
Enfin, pas moins de 4 nouvelles collections sont créées :
1) La collection « Classic Confidential » (10 titres prévus) dont nous parlait récemment AUGELMANN sur ce blog,
2) La collection « Vintage Classic » (50 titres prévus) propose des films tombés dans le domaine public, dont certains ont déjà été édités maintes fois, mais il y a tout-de-même certains inédits. Liste complète sur ce lien (dvdclassik) : http://dvdclassik.com/news/news_dvd.php
3) La collection « L’Âge d’or du roman porno japonais. C’est en quelque-sorte la poursuite du travail entamé par l’éditeur Cinemalta et ses trois coffrets « Collection Romans érotiques » (films de Masaru Konuma, Noboru Tanaka et Tatsumi Kumashiro), avec en prévision 30 titres produits par la Nikkatsu dans les années 70 et 80. A ce sujet, il faut savoir qu’un seul et même producteur a été chargé par le célèbre studio nippon de la restauration des 100 films du genre qu’il estime être les meilleurs.
4) La collection « L’Âge d’or du X américain ».
Je viens de découvrir par ailleurs un formidable film américain du tchèque exilé Ivan Passer, c’est « Cutter’s Way » (1981), une splendide étude psychologique sur le thème de l’après-Vietnam et ses traumas, avec Jeff Bridges, John Heard et Lisa Eichhorn.
De ce réalisateur, vient justement de sortir son premier et unique film tourné dans son pays d’origine lors du Printemps de Prague : le très bon « Eclairage intime ». A ce sujet, je vous donne le lien vers le site Malavida et sa formidable collection tchèque qui contient entre autres « L’As de pique » de Forman, aussi bon que « Au feu les pompiers » et « Les Amours d’une blonde » édités par mk2, et les deux chefs-d’oeuvres de Jiri Menzel « Des trains étroitement surveillés » et le très attachant « Mon cher petit village » : http://www.malavidafilms.com/malavida.php?page=catalogue&catego=32
Si les pornos me laissent assez indifférent (il y a actuellement une tendance lourde que je qualifierais de « sémioticienne » dans la cinéphilie: tout objet filmique se doit d’être observé en en un bel élan « démocratique » quelles que soient ses qualités intrinsèques… cette tendance passe par les Cahiers, les inrocks, la cinémathèque et tutti quanti), le coffret Minelli est très prometteur car les trois films qui le composent sont beaux (Lame de fond ou quinze jours ailleurs, cette « suite » désenchantée des Ensorcelés montrant l’envers du décor à l’hueure des coprod à cinécitta) voire exceptionnels (the clock compte parmi mes préférés de l’auteur avec Brigadoon, Le pirate ou Les ensorcelés).
La collection vintage semble augurer du bon aussi.
Malavida est effectivement un éditeur passionnant m^me si peu diffusé… signalons aussi chez cet éditeur les oeuvres magistrales de W Has dont La clepsydre et Manuscrit trouvé à Saragosse s’après le génial roman à tiroirs de Potocki. On a un peu oublié Has alors qu’il est un véritable démiurge, inventeur d’un univers aux règles narratives, spatiales et temporelles insensées et à la plastique renversante: quand on aime Fellini, Bunuel, Bergman ou Ruiz on ne peut que se réjouir face à ce cinéma démesuré.
Chez potemkine, en 2010, édition du sidérant Haxan de Benjamin Christensen: film muet réalisé par un acteur de Dreyer ou Sjostrom (je crois), haxan propose une vision fantasmagorique des images les plus terrifiantes liées à la sorcellerie puis il en propose le contrepoint scientifique et en devient d’autant plus terrifiant; notons que cette oeuvre unique s’inspire des écrits de michelet et permet de comprendre le génie du cinéma nordique dans les années 10-20. Je l’ai vu d’abord sur arte puis en cinéconcert et ai été très impressionné à chaque visionnage par la force des visions de Christensen , plus convaincantes que celles de Ken Russel mais proches de celles de Dreyer ( dies irae chez MK2) ou Kawalerowicz (Jeanne,sainte mère des anges sur la même affaire de Loudun que dans le Russel mais à des coudées au dessus!!!!je crois qu’il existe aussi chez Malavida).
Le « Roman porno » de la Nikkatsu qui s’inscrit dans le courant « Pinku Eiga » (Cinéma rose, littéralement) n’a pas grand-chose à voir avec la pornographie pure et dure. Il s’agit d’un cinéma d’exploitation qui ne montre à vrai dire que très peu de scènes explicites. Certes, il y est question d’érotisme, de sadisme aussi (un thème central dans le cinéma japonais), mais le scénario reste solide dans la plupart des cas, et l’on peut découvrir des films d’un dramatisme poignant (voir les 3 coffrets cinemalta). C’est par ce genre cinématographique très particulier et précis, que ce grand studio, qui a vu débuter Kurosawa (Akira) et Imamura, a pu contrer l’essor et le danger que représentait la télévision pour le cinéma à la fin des années 60 et au début des années 70. Ces films (surtout ceux du début des 70′) étaient tournés en 35mm, et ce sont ces derniers que va nous proposer Wild Side, qu’on ne peut que féliciter d’un tel projet. Je pense que ne pas connaître ce courant du cinéma nippon, ou tout du moins ne pas s’y intéresser, c’est se fermer à une grande part de son histoire.
Merci de parler de ce cinéma qui nous a donné tant de fraîcheur et des oeuvres qui sont hélas tombées dans l’oubli; Jiri Menzel, je l’ai découvert dans le cadre de ciné-clubs étudiants avec « Des trains étroitement surveillés »;il faut aussi parler de Vera Chytilova (« Les petites Marguerites »)qui a eu beaucoup de problèmes avec son film suivant avec la censure.
Pour Forman, je préfère (c’est purement personnel) les films de sa période tchèque que ses oeuvres « internationales ».
Bon , je ne suis surement pas au bon endroit mais il faut
absolument que je vous dise à quel point j’ai aimé « dans la brume électrique » que je viens de terminer en version dvd
J’adore les films noirs et ma foi c’est plus qu’un hommage que vous avez rendu au genre , vous lui redonnez vie …merci
ENCORE !!
l’édition du Reptile de Mankiewicz parue chez Warner en DVD est tronquée. Il manque de nombreux plans dans le montage parallèle entre l’évasion de Douglas et ses acolytes et la jeune femme poursuivie par des détenus. Ce sont ces plans
(de la fuite de la femme) qui ont été pour la plupart coupés. Malgré ces amputations regrettables ( pourquoi ?) ne pas bouder son plaisir.
Bonjour M. Tavernier,
Je profite de ce sujet pour vous féliciter de ce petit blog passionnant que je viens tout juste de découvrir il y a quelques semaines. On y sent tout l’amour et la passion du cinéma dans vos propos éclairés. Tiens, j’ai fait l’achat récemment de votre « Laissez-Passer » en DVD (zone 1, je suis du Québec), que je n’ai pas pu encore visionner, mais la lecture de votre blog me donne envie de le faire dès ce soir !
En ce qui conçerne le sujet, je m’attarderai sur votre entrefilet sur les deux films de Robert Mulligan, The Stalking Moon et Up The Down Staircase, deux titres dont, par une heureuse coincidence, j’ai rajouté à ma collection l’été dernier. Étrange western que ce Stalking Moon, dont j’ai apprécié cette petite touche sinistre et macabre qui imprègne tout le film. Quant à Up The Down Staircase, j’ai adoré, on y voit encore la grande maîtrise de Mulligan dans la direction d’acteurs, et Sandy Dennis n’y a jamais été aussi belle et lumineuse !
Autre suggestion du côté de Mulligan : The Other (1972), mon préféré de la filmographie du réalisateur. L’histoire se situe dans une région rurale du Midwest américain (je ne me rappelle plus où) dans les années 1930, où l’on peut voir évoluer deux gamins, frères jumeaux de surcroît, dont l’un est habité par des intentions plus que malveillantes, dont les frasques entraîne des conséquences de plus en plus graves, et dont le frangin plus sage doit faire injustement les frais. Un des films les plus méconnus de Robert Mulligan, un véritable bijou de drame psychologique aux accents macabres, proches d’un certain style « American Gothic ». Mulligan y prouve encore une fois son habileté à diriger d’une main de maître des enfants acteurs, dans ce qui peut être considéré comme un double-négatif de son célèbre « To Kill A Mockingbird. »
A Pierre:
Entièrement d’accord avec tout ce que vous dites sur Dead man qui crée de toutes pièces un univers fait d’étrangeté, de sensations. J’avais été désarçonné lors de sa sortie , ce qui ne signifie pas que je n’avais pas mesuré l’ampleur du projet mais qu’il représentait une claque pour nombre de représentations alors en vigueur. C’est le chef d’oeuvre de
Jarmusch qui a aussi magnifié le polar dans Ghost dog.Ces deux opus signifient que l’après Stranger…/ Down by law est passionnant.
A L.D.:
Ravi que vous rejoigniez notre admiration pour Mulligan y compris sur Up the down staircase qui sans être parfait coiffe sans mal au poteau le démagogique et frêle Entre les murs (et pourtant j’avais beaucoup aimé et ressources humaines et L’emploi du temps… le problème ,c’est Bégaudeau : archétype du poseur qui se pique de cinéphilie, donneur de leçon qui s’ignore mais je m’égare!!!). il paraît que Nickel ride est très beau, d’après un ami qui l’aurait vu il y a fort longtemps.
Je garde pour plus tard les westerns, pour revenir sur Mulligan.
Moi qui ne connaissais que – et appréciais beaucoup – Daisy Clover et ses films autour de l’enfance (Du silence et des ombres, très belle adaptation de ce somptueux classique américain qui commence à peine à être un peu lu en France, To Kill a Mockingbird/Ne Tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee; Un Eté 42; Un été en Louisiane, et surtout The Other), je dois dire que L’Homme sauvage a été une sacré révélation. Je souscris à tout ce que dit Bertrand Tavernier sur ce film et sur Up the Down Staircase/Escalier interdit, film à mon avis bien plus passionnant qu’Entre les murs même s’il a quelques aspects un peu datés et une scénarisation pas subtile de bout en bout.
En zone 2, l’acquisition de L’Homme sauvage s’impose absolument.
Mais la merveille des merveilles, c’est tout de même The Other/L’autre. Pas de long développement sur le film, j’imagine que beaucoup l’ont vu et de toute façon, si vous ne l’avez pas vu et ne le connaissez que de réputation, mieux vaut l’acheter sans rien savoir du récit et se laisser porter. Juste quelques mots pour dire tout le bien que je pense du dvd édité par Mk2. La copie n’est pas parfaite mais c’est tout comme, la délicatesse de la photo (lumière souvent diffusée) et des couleurs étant dans l’ensemble respectée. Vu l’importance qu’a le chef opérateur Robert Surtees pour accompagner et magnifier la mise en scène de Mulligan, et créer des atmosphères inquiétantes sans pour autant faire dans l’effet fantastique appuyé, une copie d’une telle qualité est une excellente nouvelle. Par ailleurs, au titre des bonus, on trouve des commentaires de Pierre Berthomieu qui sont souvent pertinents. Et, fait rare dans l’édition dvd et la critique de cinéma, il analyse en profondeur le rôle de la musique de Jerry Goldsmith.
Pour s’en tenir à Mulligan donc, à mon sens deux achats utra-prioritaires: L’Homme sauvage et The Other.
Je viens de me passer le coffret Fleischer :
- « Armored car robbery » :
Je pensais ne pas le connaître et ça m’est revenu en revoyant la scène, d’une sécheresse exemplaire, où McGraw vient parler à la veuve de son ami et fait preuve d’un (faux) détachement viril terrible juste après en marmonnant à son nouvel équipier « elle s’en remettra ». Ca m’a rappelé, l’ironie caustique en moins, la célèbre réplique des « 40 tueurs » de Fuller. L’autre séquence qui m’a refait « tilt », c’est la lente agonie d’un des gangsters. Est-ce que je me gourre mais il y a une scène similaire dans un Melville, non ? Ceci dit, c’est un bon petit polar de série avec des points forts (bien soulignés par Nicolas Saada, Bertrand Tavernier et Alain Corneau dans les bonus) mais globalement moyen. Ce qui m’a amusé, c’est la récurrence des technologies de communication modernes (radio, téléphone, central d’écoutes, micro-espion, intercom d’aviation). La même année, « Asphalt Jungle » de John Huston n’avait pas commencé autrement. Mais le premier qui aura utilisé ces accessoires « hi-tech » au coeur d’une intrigue policière est, une fois de plus, Fritz Lang avec « Le testament du Dr Mabuse ».
- « L’enigme du Chicago Express » :
Un plaisir renouvelé à chaque vision car Fleischer réalisa un film sans un poil qui dépasse ni un gramme de gras superflu. Chaque plan, chaque scène dure juste le temps qu’il faut. McGraw est impecc’ comme toujours (le commentaire de Bertrand Tavernier à son sujet dans un des formidables bonus m’a fait rire mais ne m’a pas surpris, une « gueule » comme celle de McGraw est le fruit d’un long travail qui n’a effectivement pas du faire l’impasse sur les 3ème mi-temps). Les rares points qui me chiffonnent sont plusieurs situations totalement irréalistes mais qui se justifient sans doute en grande partie par les explications données sur le DVD. Car enfin, pourquoi donc Marie Windsor fait-elle autant de barouf dans sa cabine alors qu’elle est censée jouer la femme invisible et que sa vie est en danger ? Et une fois que l’on sait qui elle était vraiment, plusieurs de ses attitudes antérieures sonnent faux. Quant à la très chic et WASP Jacqueline White, on ne croit pas une seconde à son identité. D’un autre côté, on pourrait en dire autant des 3/4 des films d’Hitchcock (notamment « La mort aux trousses ») sans que cela entâche ses chefs-d’oeuvres. Et « The Narrow Margin » en est un aussi. Même malgré le cliché ultra-classique opposant la vilaine brune et la gentille blonde, vieux comme Hollywood.
Bravo aussi pour le parallèle avec un autre immense polar de train, « Le grand attentat » (« The tall target ») d’Anthony Mann. Mais bon, Fleischer, Mann… on est au sommet de l’Olympe de l’âge classique.
Toujours très impressionné par la présence et la classe naturelle de Marie Windsor, dont je remarque à nouveau la très haute stature pour une époque où la norme exigeait que la « leading girl » fasse une tête de moins que son partenaire masculin (le summum de la « petite chose fragile » revenant à la délicieuse Veronica Lake). En vérifiant, Marie Windsor faisait un beau 1,75m, tout comme Ingrid Bergman et Lauren Bacall, autres exceptions. C’est peut-être pourquoi on lui confia souvent des rôles de femme qui ne s’en laisse pas conter ou de superbe garce.
En revoyant coup sur coup ces deux polars, comment ne pas imaginer que Stanley Kubrick qui débutait tout juste les a plus qu’appréciés. Le début de « ACR » avec la préparation du hold-up près du stade annonce celui du champ de course de « Ultime Razzia »… où on retrouvera Marie Windsor, cette fois merveilleusement dépareillée dans son couple avec le tout petit Elisha Cook Jr.
« Child of divorce » :
Alors là, chapeau pour avoir débusqué cette rareté impressionnante. Pour tout dire, même avec la signature de Fleischer, je n’étais pas très attiré par le thème. Et dès l’ouverture, je n’ai plus décroché. Ce n’est pas un film commun, surtout pour l’époque. Il n’y a peut-être qu’Ida Lupino qui aurait été capable d’un tel réalisme dénué d’effets larmoyants faciles. Tous les acteurs jouent juste et en premier Sharyn Moffett, bouleversante sans jamais faire petit singe savant à la Shirley Temple. Il y a aussi une sensibilité très féminine qui est forcément due à la scénariste (et productrice) Lillie Hayward. Une approche qui fait la part des choses sans chercher à désigner un ou une coupable. N’y aurait-il pas une private joke lorsque la gouvernante débusque le livre « Forever Amber » d’un air scandalisé (et appâté) ? Lillie Hayward fut scénariste pour Preminger et ce dernier devait en commencer l’adaptation à l’époque de « Child of divorce ».
La fin donne la chair de poule, c’est presque une scène de film de terreur, sans qu’il soit besoin d’ajouter un monstre ou des cris. Il faudrait comparer cette fin sur fond ironique et désespéré du « Home Sweet Home » avec celle de « Voyage au bout de l’enfer » de Cimino. Comme l’explique Bertrand Tavernier dans son commentaire, un tel film cru et parfois très cruel, comme la séquence du tribunal qui relève de la torture mentale sur enfant n’aurait jamais été approuvé par la MGM ou la Fox (et faire prêter serment sur le « Holly Book » à une gosse de huit ans m’a autant révulsé que l’attitude dégueulasse des avocats). A la limite, je pense même que Fleischer n’aurait plus pu le réaliser tel quel trois-quatre ans plus tard avec le Maccarthysme et le retour aux saines valeurs familiales du Monde Libre avec daddy dans sa belle auto chromée et mummy dans sa cuisine toute équipée. Trop négatif, trop franc et sans happy end, « Child of divorce » aurait été jugé dangereusement suspect d’anti-américanisme.
Et juste après, j’ai revu à la télé « L’étrangleur de Boston » qui m’avait tant impressionné au cinéma il y a longtemps. Aïe ! L’usage du split-screen m’a paru atrocement lourd et systématique, plombant inutilement le déroulement de l’intrigue. Par contre, la marque de Fleischer est bien là avec la crudité nue des situations et des dialogues (dont certains peuvent même choquer encore aujourd’hui). La construction du plan où George Kennedy examine la scène du premier crime suit rigoureusement la technique du montage à l’intérieur d’un seul plan-séquence que Fleischer mit au point dans « Armored car robbery » et « The narrow margin ». Et Tony Curtis est carrément bluffant, méconnaissable, habité. Sa performance unique éclipse la plupart des interprétations de maniaques et autres schizophrènes. J’ajouterai la sensation cinéphilique extrêmement étrange d’y retrouver Hurd Hatfield, l’inoubliable « Dorian Gray » de Lewin dont le visage n’a presque pas pris une ride et dont l’appartement d’esthète contient un tableau assez décadent… Un film éprouvant mais à (re)-voir.
Je signale, même si cela n’a rien à voir avec le western, qu’il y a quelques mois est sorti dans une grande discrétion édité par les Editions Filmmuseums qui doivent être liés aux Cinémathèques allemande, suisse et luxembourgeoise THE RIVER / LA FEMME AU CORBEAU de Frank Borzage, avec Charles Farrell et Mary Duncan, film américain muet de 1929. Le film bénéficie de sous-titres français. Cette édition double DVD contient également 3 autres films de Borzage en début de carrière, un documentaire sur l’héritage expressioniste chez Murnau et Borzage et un livret écrit par Hervé Dumont, ancien directeur de la cinémathèque suisse. Ce dvd est en vente sur le site de Filmsmuseum, mais on devrait le trouver ailleurs également et sans doute moins cher sur Price Minister notamment. Je l’ai reçu hier et je ne vais pas tarder à le visionner, mais hier soir j’ai préfère le très divertissant HOLD-UP A LA MILANAISE, de Nanny Loy, suite du célèbre PIGEON, de Monicelli, que je vous recommande également.
Concernant Borzage, son oeuvre muette n’est pas édité en DVD zone 2; je n’ai pas entrepris de grande recherche en zone 1, mais je gage qu’elle se faite discrète là-aussi. Sauf erreur, même THE MORTAL STORM, qui bénéficie de la présence de James Stewart, n’est pas édité !
L’objet de ce commentaire est en fait une tentative de « Contact-Tavernier » au sujet de la trilogie western de l’auteur de polars américain Robert B.Parker: Appaloosa – Resolution – Brimstone.
Appaloosa a fait l’objet d’une remarquable transposition cinématographique d’Ed Harris, qui y tient le rôle principal, flanqué de Viggo Mortensen.
Aucun de ces bouquins ne bénéficie d’une traduction en français – que je suis en train d’effectuer à titre personnel et que j’envisage d’ailleurs de mettre en ligne sur un blog dédié.
Je voudrais suggérer ici à Bertrand Tavernier de s’intéresser à cette trilogie (les héros sont récurrents et l’histoire de Virgil Cole et d’Everett Hitch, entamée avec Appaloosa, se poursuit à travers les deux autres).
Et de s’y intéresser au point de se demander s’il n’aurait pas envie de transposer à l’écran soit l’ensemble (dont alors un remake du film d’Ed Harris, difficile gageure), soit Resolution puis selon l’approche, Brimstone.
Une réaction en retour me comblerait.
Amicalement.
Je saute en marche du train westernien pour un avis aux amateurs de Joseph Leo Mankiewicz : mardi 8 décembre à 15h, l’émission « Le mardi des auteurs » sur France Culture lui sera entièrement consacré.
http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/mardi-des-auteurs/
J’en profite pour poser la question aux mêmes connaisseurs : peut-on trouver parmi les bonus du DVD d’un des films de Mankiewicz la longue interview qu’il avait donné vers la fin des années 80 où il racontait sa fameuse vision de l’industrie hollywoodienne via une fable de son cru qui (de mémoire) donnait un truc comme : « Un scénariste, un réalisateur et un producteur sont en train de mourir de soif dans le désert quand soudain le scénariste trouve une boîte de jus de tomate. Le réalisateur parvient à l’ouvrir et… le producteur pisse dedans ! » Et il était le mieux placé pour évoquer ces trois professions.
Merci pour l’information concernant le grand JLM. Je n’ai pas trouvé ce commentaire sur les boni du coffret Carlotta ( a letter to three wives-Five fingers- Dragonwick) et ne sais par conséquent où il peut figurer: j’ai l’édition riche de Cléopâtre mais ne l’ai pas vérifiée et les autres films sont avares en boni.
Pour en revenir au western, j’ai toujours trouvé les commentaires concernant There was a crooked man très sévères: c’est un film certes cynique mais brillant à plus d’un titre qu’il s’agisse de certains dialogues très écrits, d’une appréhension de l’espace très inventive (tiens , un bon film de prison!)et de prestations réjouissantes de Douglas, Fonda ou Cronyn sans parler de la structure -très discutée – qui se calque sur la découverte des degrés infinis de rapacité des personnages de Leone ou de certains Peckinpah, ce qui ne me déplaît pas. Il ne sert à rien de déplorer cette amertume (non dénuée d’humanisme à mon sens) si on se réjouit désormais au visionnage de certains recyclages purement fétichistes (Tarantino et son ouverture de Inglorious basterds ou une grande partie de KB2, Sam Raimi et son Mort ou vif ou encore le Silverado de Kasdan).
Ces trente dernières années, quelques titres me semblent émerger:
- Unforgiven est un pur chef d’oeuvre qui ne s’altère avec le temps et semble même s’imposer de plus en plus. On peut citer dans une moindre mesure Pale rider :celui-ci me semble un peu trop …décharné même si traversé d’idées somptueuses;
-une grande partie de Dances with wolves (des moments ont sacrément vieilli: la danse solitaire de Dumbar, l’histoire d’amour, certains traits d’humour) et, en mineur, Open range (j’ai du mal à avoir une opinion face à certaines idées « lyriques » de Costner)
- Dead man de Jarmusch m’avait désarçonné à sa sortie mais je le trouve plus beau et évident à chaque nouveau visionnage: tout y est magnifié, ritualisé juqu’au vertige. A propos, j’avais vu sur Arte il y a quelques années un western très voisin de Sam Shepard très original, plutôt inégal mais parfois formidable (une ouverture avec la veillée funèbre d’une Indienne par son frère interprété par River Phoenix, des apparitions récurrentes d’un vendeur de tord boyaux… )mais j’en ignore le titre!
-Le dernier des mohicans de Mann , malgré certains passages trop esthétisants, rejoint une idée de sauvagerie et d’urgence assez rares dans le western moderne dans ses moments les plus réussis: la première intervention de Longue carabine, l’attaque de la colonne anglaise précédée par des hurlements terrifiants, la poursuite effrenée à flanc de rocher sont de très grands moments
-Trois enterrements de T L Jones comme No country for old men retrouvent, malgré leur contexte contemporain, le substrat propre aux plus grands des auteurs-en dehors de Ford: le groupe, la communauté n’y existent plus-que ce soit Mann, Hawks, Peckinpah.
Je n’ai pas vu Appaloosa décrit plus bas mais l’idée que BT s’attaque désormais au western m’apparaît comme une excellent idée tout comme l’hypothèse apparemment tangible d’un western des frères Coen. Et il faut que quelqu’un de fiable (hélas, on ne peut ressusciter Peckinpah que le projet aurait séduit) se substitue à ridley Scott pour l’adaptation de Méridien de sang de Mac Carthy.
PS: ma mémoire m’a enfin permis de retrouver le titre du film de S Shepard: il s’agit de Silent tongue, inédit en salles et datant de 1992 ou 1993. Par analogies avec Dead man, J’entendais sens de l’abstraction, diemension contemplative et hallucinée, restitution très poétique de l’altérité de la culture indienne (rien à voir avec Dans avec les loups où cela était lissé surtout via Dressée avec le poing ou l’amitié indéfectible entre le chef et Dunbar).Dimension théâtrale aussi: on aurait presque dit parfois du Beckett en plein far West!!!
« Le reptile » contient de grands moments typiquement mankiewicz-iens (dont le titre original pourrait s’appliquer à plus d’un de ses films de trompeur-trompé) car il a versé son fiel cynique et vachard sur un genre qu’il n’avait pas encore abordé, le western et rien que pour cela, il faut le voir. Même si je ne le placerai pas dans ce qu’il a fait de mieux. Quelque chose me dit que Kirk Douglas, formidable acteur mais emmerdeur de première classe qui phagocyta des tournages de son tempérament dirigiste de star-producteur et fatigua (quand il ne les fit pas renvoyer du plateau) les cinéastes les plus chevronnés a du mettre son grain de sel dans la réalisation. Et le Douglas cinéaste n’a jamais été à la hauteur du comédien.
Parmi les westerns récents que vous citez, un me semble définitivement inégalable en perfection plastique, onirique, dramatique… C’est « Dead man ». La première fois que je l’ai vu, je me suis pincé pour y croire, juste histoire de m’assurer que je ne rêvais pas. Ce fut épidermique. J’aurais pu me raser (au sens premier) entièrement des pieds à la tête avec un couteau en plastique émoussé tellement j’avais la pilosité raidie. Même les yeux fermés, il me suffit d’écouter la guitare d’outre-espace de Neil Young pour sentir ma moëlle épinière à nu. Je compte les films qui m’ont fait un tel effet tout du long sur les doigts d’une seule main (certains Paradjanov, « Fellini-Roma »…)
A Jean-Jacques Manzanera.
Avec un gros retard, je viens d’acheter le coffret Mankiewicz chez Carlotta (Dragonwick – A letter to three wives – Five fingers) et j’y ai finalement bien retrouvé le passage de l’entretien avec Michel Ciment où Mankiewicz raconte avec délectation sa fameuse allégorie sur le travail du scénariste, du réalisateur et du producteur. Elle se trouve sur le bonus du disque 2, « All about Mankiewicz – part two », à la 39ème minute pour être exact. Et c’est toujours aussi bon !
Là où ma mémoire a flanché, c’est que cette série d’entretiens ne fut pas réalisée à la fin des années 80 mais en 1983. Elle débute d’ailleurs à Berlin, face au Mur et à la porte de Brandebourg.
A Pierre,
Désolé pour ma réponse effectivement hâtive concernant l’entretien Ciment/ Mankiewicz.
A signaler sur Cinécinéma auteur une émission sur Ciment encore diffusée ce mercredi. L’ami Michel y est égal à lui-même: érudit, convivial, passionné, précis dans l’argumentation. Quand je vois ce que sont devenus les Cahiers, je pense qu’ils ont été battus par KO depuis longtemps!!!
Et pourtant, j’ai longtemps essayé de lire les deux revues mais le style débraillé et l’attitude malhonnête de la seconde (cf les révisions, les oukases, les couv’ manifestement choisies avant visionnage,le désir un peu pitoyable d’être iconoclaste-cf l’enthousiasme pour Judd Apatow: je n’arrive pas à comprendre comment on peut s’esbaudir devant ces trucs mal fichus,pas très drôles ni très émouvants!)ne m’intéressent vraiment plus!
Je signale aux internautes un fort passionnant ouvrage sur la critique de cinéma en France chez Ramsay, sous la direction de … M Ciment!!! Avec Michel Chion et J Douchet (sans parler de bazin et dans une moindre mesure de Daney)il demeure parmi mes plus belles rencontres critiques pour ce qui est du cinéma!
Vous êtes sans-doute déjà nombreux à le savoir, et je me réveille peut-être après la tempête, mais pour info, parallèlement à la sortie de « Dans la brume électrique » en DVD et Blu Ray chez TF1 video, sort chez Flammarion le 4 novembre prochain, un livre de Bertrand Tavernier intitulé « Pas à pas dans la brume électrique – récit de tournage ». Autant dire un voeu exaucé. J’espère qu’en plus du récit du tournage, on y trouvera évidément l’histoire de la bataille juridique ayant opposé le cinéaste au producteur américain Michael Fitzgerald…
Bonjour à tous,
Totalement d’accord avec B.T. sur sa déception concernant « la dernière chasse » de Brooks. Comme lui, j’avais moi aussi gardé un souvenir assez marquant du rôle haineux de Robert Taylor en massacreur de bisons.Mais le film ne tenait qu’à quelques scènes justement poignantes, reliant la démence du personnage de Robert Taylor à sa haine des indiens.C’est le personnage interprété par Stewart Granger qui à mon sens manque de consistance et donne un côté bancal au film, qui souffre aussi d’avoir un peu mal vieilli.Dommage car les images sont superbes…
Par ailleurs, quelqu’un aurait-il des nouvelles fraîches quant au devenir de la collection « westerns de légende »? Par avance, merci.
A t-on un espoir de pouvoir se procurer les Boetticher( en import) EN FRANCE ? Auriez vous, Bertrand tavernier quelque influence pour que sorte (en France) en DVD « La dernière caravane » introuvable,sauf erreur de ma part. C’est un D. Daves un peu oublié.
J’ai beau avoir pour le western les yeux de Chimène, je garde de « Un roi et quatre reines » ( pas revu depuis longtemps) le souvenir d’un puissant soporifique ! je ne connais pas le Tourneur dont vous parlez, mais il nous a donné quelques westerns assez « insolites » et très intéressants comme par exemple, également avec Joel Mc Crea, « Stars in my crown » alors il ne reste plus qu’à guetter la sortie de « Stranger on horseback » ( titre français ? ou, inédit ? )
« La Dernière caravane » existe en zone 1 mais malheureusement sans sous-titres français. Sont présents des sous-titres anglais et espagnol.
« L’homme de nulle part », « La dernière chasse », « Au-delà du Missouri », « Convoi de femmes », « La fille du bois maudit », « Sept hommes à abattre », revoir autant de chef-d’œuvres du western pour avoir la gentillesse de nous les présenter, c’est faire un régime de caviar et d’huîtres au risque de ne plus jamais apprécier les pâtes au beurre – auquel on pourrait assimiler « A l’assaut de Fort Clarke » ! Sans avoir hélas l’approche technique (qui permet de révéler comment l’émotion né d’une mise en scène particulière, d’un montage, d’un type de plan, d’un éclairage, d’un recadrage) admirable dans vos critiques, laissez moi vous dire de façon plus prosaïque ce que j’ai apprécié dans quelques-uns des films que vous présentez.
Ce que je trouve remarquable dans « L’homme de nulle part » par exemple, c’est que l’origine du drame ne se situe pas dans le combat pour un bout de terre, comme souvent dans le western, mais dans la frustration sexuelle d’une belle jeune femme que son mari ne peut satisfaire. Après des décennies d’un cinéma américain sage qui s’est évertué à occulter le désir et la frustration sexuelle, on voit enfin apparaître des thèmes adultes que des réalisateurs « auteurs » d’Hollywood comme Daves vont promouvoir. La « Dernière chasse », autre œuvre d’un réalisateur « auteur », a une chose intéressante pour sa part, l’utilisation d’un acteur de premier plan, Robert Taylor, pour incarner le méchant. Ce choix ajoute une force au film car un équilibre se forme entre les deux figures du bien et du mal : le magnétisme de Taylor en fait un adversaire à la mesure d’un Granger. L’opposition des deux hommes offre un spectacle fascinant, d’autant que Taylor est particulièrement abject, raciste et psychopathe dans un rôle qu’on ne lui avait jamais vu précédemment.
Wellman maintenant : cinq westerns et pas moins de quatre chef-d’œuvres (le plus mauvais étant « Buffalo Bill »). « L’étrange incident » devrait être étudié dans les écoles au même titre que la Shoah : il explique comment le simple citoyen sous l’influence d’un fou peut devenir le pire des monstres. « Convoi de femmes », inspiré par Capra, est également magnifique, une fin superbe. Passons sur « La ville abandonnée » pour nous arrêter sur « Au-delà du Missouri » : mutilé, dénaturé, remanié, il demeure malgré tout l’un des plus beaux westerns sur la vie des trappeurs quand ceux-ci étaient les seuls explorateurs de l’Ouest américain. D’une durée ridicule d’une heure et quart, le film est en grande partie un assemblage de scènes spectaculaires, surtout flagrant après le départ des hommes vers leur lieu de chasse. Alors que les préparatifs du voyage durent un peu plus de vingt minutes, la saison de chasse elle-même est expédiée en moins de quarante minutes. A l’inverse de la première partie, la seconde est dépourvue de longues scènes dialoguées. Des personnages tel que le colonel écossais, présent à Waterloo, disparaissent subitement après avoir fait l’objet d’une attention particulière. Le saccage n’a pas entamé la beauté esthétique du film. Hormis les quelques scènes d’intérieur et peut-être d’autres comme celles qui retracent le réveillon de Noël dans le fortin, l’essentiel du film est tourné en décors naturels dans des lieux sauvages – ce que la MGM n’avait plus tenté depuis 1940 avec « Le grand passage ». Le Technicolor ajoute encore au rendu de cette nature vierge, un aspect qui manque à « La captive aux yeux clair » filmé en noir et blanc. On n’y trouve pas non plus les affreux transparents des « Aventures du capitaine Wyatt ». (Ces deux westerns datent également du début des années cinquante et leur histoire se situe dans des contrés sauvages et vierges des futurs Etats-Unis.) Autre point attrayant, les nombreux plans larges qui ponctuent le film. Wellman n’hésite pas à filmer une scène de loin pour intégrer ses personnages dans de vastes paysages. D’un point de vue formel, on découvre également des scènes d’action, des reconstitutions d’un fortin, d’un village indien et d’un rendez-vous de trappeurs, ainsi qu’une figuration et des costumes convaincants, des éléments qui relèvent d’une ambition s’accordant décidemment mal avec un métrage propre aux séries B. Cependant, la dénaturation du film laisse encore juger de la mise en scène brillante de Wellman. La spontanéité avec laquelle est filmée la bagarre générale lors du rassemblement des trappeurs en fait peut être l’une des plus amusantes du cinéma. Elle laisse deviner chez Wellman un sens de l’humour. Les rapports entre le héros incarné par Clark Gable et sa femme indienne, mélange subtil de tendresse et de complicité, dénote aussi d’un savoir-faire. Comment ne pas être attendri par cette jeune mariée qui s’évanouit alors que son mari entre dans sa tente pour passer leur nuit de noces ? De manière générale une cohésion émane de ce groupe d’hommes isolés en territoire hostile. C’est évidemment sur ce point-là que le film aurait dû s’étendre. Enfin, dans le style de « Quelle était verte ma vallée » la voix-off d’un petit garçon se fait entendre tout au long du film. En plus de la nostalgie que peuvent dégager des souvenirs d’enfance, l’admiration avec laquelle cet enfant conte la vie de son père insuffle à celui-ci, Gable, une dimension mystique.
Et puis la Universal nous offre cette année un superbe cadeau en zone 1, « La fille du bois maudit », incroyablement bien refait. Un an après la sortie de « Becky Sharp », le premier film de long métrage en Technicolor, la Paramount projette sur les écrans sa première production en couleur trichrome. Le résultat est une réussite autant du point de vue esthétique que du point de vue du sujet et de son traitement. Hormis quelques scènes tournées dans des cabanes ou des tentes, l’œuvre est entièrement filmée en extérieur au milieu de forêts de pins donnant sur des lacs de montagne. Cette approche, que la couleur vient délibérément mettre en valeur, fait finalement de « La fille du bois maudit » une œuvre à part dans le paysage hollywoodien de l’époque. La photo d’un naturel inaccoutumé apporte une modernité au film, une modernité fascinante lorsqu’on la met en perspective avec la jeunesse des acteurs. (Il est difficile en effet de concevoir un Henry Fonda aussi jeune dans un film qui a l’apparence de ceux des années cinquante…) A côté de l’aspect esthétique, on découvre une histoire de haine ancestrale qui se transforme en un merveilleux message sur le pardon, peut-être le plus beau de l’histoire du cinéma. L’intrigue se déploie lentement par petites touches qui renvoient à un vécu qui n’a pas été présenté ; elle s’attarde sur des moments anodins – mais sympathiques – qui permettent de donner une profondeur aux personnages. Incarné par les ingénieurs, le progrès sociale et technique vient sereinement bouleverser la vie de ces gens aux mœurs d’un autre siècle. Certaines scènes d’une dureté inaccoutumée dans un cinéma qui ménage la sensibilité du spectateur (la mort de l’enfant ou du fils indigne par exemple) ajoutent une fulgurance à l’histoire. On reconnaît là certaines caractéristiques des films d’Henry Hathaway. Cinq ans plus tard celui-ci réalisera « Le retour du proscrit » en de nombreux points comparables à « La fille du bois maudit ». Ce sera non seulement l’occasion pour lui de retrouver les superbes paysages forestiers et le Technicolor (ainsi que le chef opérateur W. Howard Greene, pionnier de la photo couleur), mais aussi de se replonger dans l’univers de ces montagnards frustes.
Je terminerais par « Le sorcier du Rio Grande » et insisterais sur le « discours quelque peut univoque » de votre texte. En effet, rarement un héros – et à travers lui les intentions des auteurs – aura été aussi froidement négatif et intraitable vis-à-vis des indiens. Loin d’être le fruit d’un racisme primaire dû à une méconnaissance de l’autre (ce qui pourrait être attribué par exemple à Ethan dans « La prisonnière du désert »), ce rejet est décliné alors que le héros a une vrai connaissance du peuple apache. L’approche est d’autant plus incroyable que cette attitude est tenue par le personnage principal porteur du message moralisateur du film et que le jeu de Charlton Heston, qui campe ce héros brutal, n’est pas suffisamment subtile pour que ses motivations soient attribuées à de quelconques démons intérieurs – ce qui aurait de toute évidence nuancé le propos. J’aurais encore aimé parler des autres westerns mais ce ne serait pas raisonnable…
Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de frustration sexuelle dans « Jubal ». Plutôt un amour émoussé ( voire disparu) flanqué d’un besoin de plaire et d’aimer encore.
Et aussi beaucoup de désir et de jalousie. Le film s’inspire clairement d’OTHELLO
Parmi les westerns que j’ai pu voir en DVD et dont la plupart sont sortis récemment en dvd, peu m’ont véritablement convaincu. LA VENGEANCE DU SHERIF / Young Billy Young, de Burt Kennedy, est une sorte d’Howard Hawks du pauvre. Subsiste de ce western l’interprétation de Mitchum, celle de Angie Dickinson et quelques plans sur le matériel ferroviaire pour autant qu’on soit sensible au sujet. Le reste m’a paru très terne. LE SURVIVANT DES MONTS LOINTAINS m’a assez déçu aussi, malgré James Stewart et le fait que le film devait être fait primitivement par Anthony Mann, mais il semble que le scénario n’ait guère inspiré le réalisateur. Hormi les paysages du Colorado qui donneraient du génie à beaucoup de tâcherons et le personnage de femme des bois interprété par Olive Carey, le reste est bien conventionnel. Regardable mais sans plus. SHALAKO d’Edward Dmytryk a été plutôt une relative bonne surprise car je m’attendais à un navet pur jus, n’aimant guère les films de ce cinéaste (à part ce qu’il fit dans les années 40; même ces westerns les plus connus des années 50 (L’Homme aux Colts d’or, La Lancée Brisée) m’ont toujours paru être des westerns en chambre. Shalako n’est pas un chef d’oeuvre, loin s’en faut, ni même un bon film, mais par moment le film semble préfigurer FUREUR APACHE d’Aldrich. Ce qui est tout de même à son honneur. Meilleur et dans la veine pré-Ulzana’s Raid, LA BATAILLE DE LA VALLEE DU DIABLE de Ralph Nelson, avec James Garner. Certes, Nelson n’a pas les capacités d’un Aldrich pour filmer les scènes de violence, mais cette parabole sur les relations interraciales tient bien le coup. A noter que le scénario est du à Marvin Albert, un écrivain connu en Europe pour ses romans noirs. NEVADA SMITH, de Henry Hathaway, avec Steve MacQueen, m’a paru excellent par intermittence (les scènes de violence notamment qu’Hathaway filme bien, comme toujours); mais le scénario est rocambolesque et peu vraisamblable dans ses péripéties. A cet égard, j’ai vu sur TCM L’ATTAQUE DE LA MALLE POSTE du même réalisateur que j’ai trouvé proche du chef d’oeuvre.
Je vois à la lecture du post que M.Tavernier apprécie toujours beaucoup les films de Delmer Daves. L’Homme de Nulle Part m’avait paru très bien (un peu psychologisant peut-être), mais mes préférés restent de loin LA FLECHE BRISEE (dont je recommande aussi la lecture du livre d’Eliott Arnold, un roman historique proche de ceux de James Michener), 3h.10 POUR YUMA et LA COLLINE DES POTENCES. Au demeurant, à quand une édition DVD des mélodrames de Daves (1960-64), que peu de monde aime mais qui m’avait paru excellent dans le genre lors de leur diffusion sur TCM ?
Pour John Farrow, VAQUERO est excellent, mais je trouve HONDO encore meilleur. LA RIVIERE D’ARGENT de Walsh est tout bonnement un chef d’oeuvre. Pour les films de Wellman, L’ETRANGE INCIDENT et YELLOW SKY sont mes préférés à cause peut-être de leur noirceur, mais les autres westerns de ce réalisateurs sont tous très bons. A quand une édition DVD de CALL OF THE WILD ou de THE STORY OF GI JOE, qui semble n’exister ni en z2, ni en z1 ? Je trouve que l’univers de Jack London devrait aller comme un gant à Wellman, non ?
Très bonne analyse de « La vengeance du sherif », pâle sous-copie de Hawks, mal découpé et mal rythmé (la séquence introductive avec Walker et Carradine traîne en longueur) qui donne l’impression de morceaux de films collés bout à bout. Mitchum y promène son flegme légendaire avec un désintérêt assez flagrant et Robert Walker Jr (parfait sosie de son père) a un jeu aussi transparent que son regard.
Quelques rares bons moments dans ce très petit western. Les apparitions d’Angie Dickinson (mais là, je perds toute objectivité) malheureusement cantonnée à un rôle-remake de son inoubliable « Feathers » mais qui a une bonne réplique hawks-ienne quand elle remercie Mitchum d’avoir été le premier homme à lui adresser la parole en otant son chapeau. L’accompagnement musical assez étrange lors de la scène nocturne en extérieur. Et, pour le fun, la chanson-titre du film interprétée par le grand Bob himself qui s’était un temps adonné à la musique d’ambiance (pour ceux qui connaissent son album « Calypso is like so »). Comme pour éviter un peu moins la comparaison peu flatteuse avec « Rio Bravo », ce n’est plus Dean Martin qui y joue mais sa fille Deana.
Rien à ajouter sur « La rivière d’argent », « Yellow sky » et « L’étrange incident » sinon qu’ils sont au top du top des films noirs westerniens ou des westerns noirs. Là, on est à mille parsecs de Burt Kennedy.
C’est juste, j’aurais du signaler que la chanson du film est interprété par Robert Mitchum. Au demeurant, il existe au moins un CD des chansons interprétées par Mitchum. Et la phrase où A.Dickinson remercie Mitchum d’être le 1er homme à ôter son chapeau avant de lui parler est typiquement hawskienne et est la meilleure réussite du film. Pour le reste, hélas…
Concernant Robert Mulligan, je voudrais abonder dans le sens des précédents en signalant que son dernier film UN ETE EN LOUISIANE est bien meilleur que sa réputation et qu’il convient de se procureur L’AUTRE / THE OTHER, film pseudo-fantastique et même L’OMBRE DU DOUTE, téléfilm qu’a sorti Bach films avec Ralph Bellamy et un Steve MacQueen débutant. On dit souvent d’Eastwood qu’il est le dernier des classiques. Disons alors que Mulligan est l’avant-dernier. Est-ce un hasard si les 2 ont travaillé avec le même décorateur Henry Bumstead ?
Concernant le post de BT, je confirme que A l’ASSAUT DE FORT CLARK est le pire George Sherman sorti en DVD récemment. A voir uniquement pour John MacIntire qui est toujours excellent. Je conseille plutôt AU MEPRIS DES LOIS ou LE DIABLE DANS LA PEAU de ce réalisateur.
Hors western et même hors cinéma parlant, je signale la sortie du Volume 2 de GAUMONT: LE CINEMA PREMIER avec des films d’Emile Cohl, Jean Durand…Le premier volume, excellent, avec trait à Feuillade et Alice Guy notamment.
Permettez-moi ces quelques mots sur « Dans la brume électrique », vu en Blu Ray (version européenne) et en DVD (version américaine)
Version Tavernier VS version Fitzgerald :
1h57 contre 1h42. Tavernier prend son temps pour installer son polar atmosphérique. Beaucoup plus de voix off sur le montage européen, ce qui rend le récit beaucoup plus fluide et beaucoup plus proche du roman, apportant une dimension psychologique et émotionnelle assez absentes de la version US. Quand il y a les mêmes voix off sur les deux versions, elles ne sont pas placées au même endroit. Toujours mieux senti chez Tavernier. Beaucoup trop de choses inutiles dans la version US, on en voit de trop (les ossements de DeWitt Prejean, le sang sur le corps de Kelly quand elle est abattue par erreur…, le “Dave” prononcé par Alafair à la toute fin du film… Les choix de montage peu imaginatifs, les suppressions de scènes importantes amenant du lien entre les personnages, tout cela rend la version US inintéressante au possible : on a l’impression de visionner un polar TV ! Seule compte l’enquête. Le lien d’amour très fort entre Robicheaux et sa femme est énormément amoindri, les rapports foisonnants entre les nombreux personnages aussi. Le rythme n’y est pas, c’est déséquilibré. La musique de Marco Beltrami est mille fois mieux répartie dans la version européenne. On sent plus de variations dans son utilisation. Les chansons cajuns telles “J’ai passé devant ta porte” disparaissent aussi quasiment, on perd incroyablement en atmosphère, on ne sent plus la Louisiane de Burke. Et bien-sûr, à la fin du film dans la version américaine, hop, exit le Dixit Dominus de Haendel.
Chose très frappante, lorsque l’on visionne le DVD américain, et immédiatement après la version Tavernier, on s’aperçoit que l’étalonnage n’a rien à voir d’une version à l’autre. La version US propose des couleurs très chaudes, orangées, saturées, le soleil est souvent de la partie, on croirait visionner “Miami Vice” !! Alors que chez Tavernier, les palettes de vert et de jaune sont beaucoup plus sollicitées, et la luminosité est réduite à sa plus simple expression, on a plus souvent le sentiment d’être cerné par l’orage, métaphorique ou réel. Du coup, dans la version US, on ne sent pas du tout le poids de la souffrance du peuple louisiannais, la lassitude du héros Robicheaux est beaucoup moins palpable également, alors que chez Tavernier, cette lourdeur est bien transcrite par les images. En fait, le cinéaste, contrairement au producteur américain (et son monteur sans réel talent il faut le dire), ne perd jamais de vue le roman, et c’est très important, même si bien-sûr, au final, on n’est pas obligé de l’avoir lu.
Quelques mots sur les bonus…
La pièce maîtresse de ces bonus, est un documentaire d’une cinquantaine de minutes intitulé “James Lee Burke, Louisiana Stories”. Si l’on connaît les romans de Burke, on découvre un homme tour-à-tour :
grave (quand il évoque les causes de l’état plus qu’alarmant de la Lousiane aujourd’hui. Il évoque bien-sûr Katrina, mais aussi dans le désordre : les désastreuses initiatives de Reagan ou G.W. Bush, initiatives qui ont eu pour conséquence l’augmentation du taux de criminalité dans l’état ; l’arrivé du crack au début des années 80 ; le détournement par des politiciens véreux de l’argent devant servir pour les écoles. Enfin, il fait froid dans le dos quand il compare la Louisiane de par son taux d’illettrisme à un pays du Tiers-monde…)
jovial (quand il raconte, hilare, ses histoires drôles. On pense alors fortement à Samuel Fuller, conteur infatigable lui aussi. La blague de Burke à la toute fin du générique du documentaire est à mourir de rire!)
profondément cultivé (c’est un véritable historien, connaissant parfaitement l’histoire et la littérature de son pays)
déterminé (Il se défend, quand on lui dit que ses romans sont violents, en rappelant que la Bible est le livre le plus violent de l’histoire de l’édition, et rappelle que la violence dans ses histoires n’est jamais cautionnée par ses personnages -c’est le cas de Dave Robicheaux, qui cherche toujours à se racheter et regrette constamment ses éruptions de violence- et Burke rajoute que la violence dégrade toujours celui qui la subit mais surtout celui qui s’y livre)
précis (quant aux mots qu’il choisit avec beaucoup d’attention en parlant à ses interlocuteurs. Pas étonnant, ses romans sont une mine de détails, et “In the Electric Mist With Confederate Dead” en est un exemple édifiant)
émouvant (l’évocation de sa tante -Joanna je crois-, une page d’histoire de la Louisiane en soi). ll se décrit lui-même comme étant non marxiste, non socialiste, mais “jeffersonien de gauche” !
Enfin, j’ai été très ému par son évocation de Bertrand Tavernier, qui, dit-il, a été nommé par les habitants de New Iberia “Amiral honoraire du Bayou Teche” (!), tout comme je l’ai été des évocations chaleureuses du même Tavernier par John Goodman, Kelly MacDonald (avec son charmant accent écossais), Pruitt Taylor Vince et Peter Sarsgaard, dans le making-of du film, tout-à-fait intéressant et instructif (mais avec une image bizarrement déformée sur les interventions du directeur photo Bruno de Keyser notamment).
Le commentaire-audio de BT est bien entendu très précis et constitue un parfait complément au film, nous en révélant une bonne part des coulisses.
Enfin, on passe un très agréable moment en assistant à une discussion de 35 minutes entre Bertrand Tavernier et Buddy Guy, grand bluesman qui joue le rôle de Sam ‘Hogman’ Patin dans le film.
P.S. : je pense très sérieusement que cette différence très prononcée entre le montage américain et le montage européen du film de Bertrand Tavernier « Dans la brume électrique », devrait être étudiée dans les écoles de cinéma. C’est un exemple magnifique de l’importance que revêt le montage pour un film, et plus généralement, la post-production.
Il est important effectivement de revenir sur le talent de Mulligan trop souvent assimilé à deux réussites ( Du silence et des ombres et Un été 42). The stalking moon tout comme The other m’apparaissent comme deux oeuvres tout aussi importantes. La présence de ces titres dans sa filmographie plaident pour un rapprochement avec l’oeuvre de Tourneur tant l’étrangeté s’ y montre elliptique, le fantastique s’y développe de manière obsédante mais comme « ouatée » au départ juqu’à ce que le spectateur participe pleinement à l’expérience de l’effroi. Cette connaissance intime du modèle « Tourneur » m’apparaît également dans le traitement très particulier de l’ »americana » par Mulligan que ce soit Un été 42 et surtout Un été en Louisiane: dans l’étale écoulement des jours, s’immisce de manière dure et brutale le drame comme dans le sublime Stars in my crown. L’empoisonnemnt via l’eau ou l’intrusion angoissante du KKK dans celui-ci, la guerre ou la mort accidentelle d’un jeune homme dans ceux-là.
En attendant une sortie DVD intéressante du Sarafian en zone 2, je vais le revoir via ma copie (merci TCM!). Il y a des plans, des scènes vus gamins ( à la TV: je n’ai trouvé le chemin du cinéma que plus tard because coûts, éloignement des salles) qu’on n’oublie pas: le cimetière au début de Moonfleet ou les adieux à John à la fin, la dérive de la barque dans La nuit du chasseur, le paon sous la neige dans Amarcord (mais après, fallait aller au lit car Fellini avait des obsessions mammaires peu adaptées pour mon âge), Kirk douglas ivre dans The big sky, la terrifiante attaque nocturne de The searchers… et parmi ces nombreux souvenirs, un bateau qui passe parmi les cimes de conifères, une attaque sauvage d’un ours, la nécessité de survivre « into the wild ».Moins facile à identifier, à croire que ce film aurait pu être fantasmé! Et non! Et en plus l’enfance ne l’a pas sublimé: il est effectivement grandiose!!! Incompréhensible grande carrière avortée de D Sarafian tout comme celles de Laughton, Hellman ou de FJ Shaffner.
Un amoureux du western se doit de connaître ces deux réussites, ni anti westerns, ni westerns révisionnistes. Leur réussite est ailleurs dans une appréhension spécifiquement inquiète du décor.
Il y a matière à un western sublime dans un roman de C mac Carthy qu’il est indispensable de lire: Méridien de sang. Il se dit qu’il devrait être adapté car l’auteur qui n’en a cure devient bankable… et le nom de Ridley Scott (argh!) circule…
J’ai aussi lu que les Coen devraient adapter Cent dollars pour un shérif (en revenant au roman initial). bonne nouvelle pour qui s’est passionné pour No country for old men;
Ridley Scott ? Bah, il y a pire. Imaginez qu’ils prennent son petit frère Tony…
A J.J. Manzanera : vous y allez un peu fort avec Ridley Scott. Que faites-vous des « Duellistes » et des deux monuments de la Science-Fiction moderne que sont « Alien » et « Blade Runner » ? Sans oublier « Black Rain », « Gladiator » et « American Gangster » qui ont des qualités certaines. C’est un peu facile de rembarrer des cinéastes qui ont parfois une tendance tape-à-l’oeil. Dans le cas de Scott, quand il met ce défaut sous le boisseau, on voit le travail d’un esthète, à l’inventivité folle.
Je ne hais pas R Scott puisque :
-Alien et Blade runner m’apparaissent comme de purs chefs d’oeuvre d’un genre que j’apprécie tout particulièrement
-une révision des Duellistes s’est imposée à moi lors d’un récent visionnage: il s’agit d’une fort belle réussite absolument pas dans l’ombre d’un Barry lyndon comme cela m’était initialement apparu.Le travail sur l’esthétique de la peinture « empire », le jeu des acteurs, la musique… tout y est fort beau et rend justice à la nouvelle de Conrad
-même les très inégaux Legend, La chute du faucon noir, Gladiator ou kingdom of heaven ne sont pas dénués d’un pouvoir visionnaire par moments
Voilà pour les titres que je retiens, n’étant guère convaincu par les incursions de RS dans le policier (de someone to watch over me à American gangster en passant par Black rain ou le surfait Thelma et louise) et je ne parlerai pas des ratages redoutables du type GI Jane ou 1492.
Je me méfie d’une adaptation de Mac Carthy par RS car je crains soit une édulcoration d’un roman dur,tour à tour ascétique et carnavalesque soit une lecture violente très graphique et clipesque (alors que le plan séquence me semble s’imposer pour nombre d’épisodes).
Les Coen pourraient faire du beau travail et pas seulment parce qu’ils ont réussi No country… ,P T Anderson vu son génial There will be blood comprendrait bien l’essence du roman.Hellman ou Cimino s’ils n’étaient arngés des voitures auraient été des signatures appropriées.
Peckinpah et dans un genre différent Altman auraient pu signer un film fort.
Désolé mais je persiste et signe: R Scott n’est pas l’homme de la situation pour une telle « bombe »!
Allez, au risque de passer également pour un fayot, quelques mots sur les bonus de “Dans la brume électrique”…
Evacuons d’emblée une critique : j’ai opté pour le Blu Ray, et suis un peu déçu, l’apport HD n’étant pas évident. TF1 aurait pu faire un peu mieux me semble-t-il…
La pièce maîtresse de ces bonus, est un documentaire d’une cinquantaine de minutes intitulé “James Lee Burke, Louisiana Stories”. Si l’on connaît les romans de Burke, on découvre un homme tour-à-tour :
grave (quand il évoque les causes de l’état plus qu’alarmant de la Lousiane aujourd’hui. Il évoque bien-sûr Katrina, mais aussi dans le désordre : les désastreuses initiatives de Reagan ou G.W. Bush, initiatives qui ont eu pour conséquence l’augmentation du taux de criminalité dans l’état ; l’arrivé du crack au début des années 80 ; le détournement par des politiciens véreux de l’argent devant servir pour les écoles. Enfin, il fait froid dans le dos quand il compare la Louisiane de par son taux d’illettrisme à un pays du Tiers-monde…)
jovial (quand il raconte, hilare, ses histoires drôles. On pense alors fortement à Samuel Fuller, conteur infatigable lui aussi. La blague de Burke à la toute fin du générique du documentaire est à mourir de rire!)
profondément cultivé (c’est un véritable historien, connaissant parfaitement l’histoire et la littérature de son pays)
déterminé (Il se défend, quand on lui dit que ses romans sont violents, en rappelant que la Bible est le livre le plus violent de l’histoire de l’édition, et rappelle que la violence dans ses histoires n’est jamais cautionnée par ses personnages -c’est le cas de Dave Robicheaux, qui cherche toujours à se racheter et regrette constamment ses éruptions de violence- et Burke rajoute que la violence dégrade toujours celui qui la subit mais surtout celui qui s’y livre)
précis (quant aux mots qu’il choisit avec beaucoup d’attention en parlant à ses interlocuteurs. Pas étonnant, ses romans sont une mine de détails, et “In the Electric Mist With Confederate Dead” en est un exemple édifiant)
émouvant (l’évocation de sa tante -Joanna je crois-, une page d’histoire de la Louisiane en soi). ll se décrit lui-même comme étant non marxiste, non socialiste, mais “jeffersonien de gauche” !
Enfin, j’ai été très ému par son évocation de Bertrand Tavernier, qui, dit-il, a été nommé par les habitants de New Iberia “Amiral honoraire du Bayou Teche” (!), tout comme je l’ai été des évocations chaleureuses du même Tavernier par John Goodman, Kelly MacDonald (avec son charmant accent écossais), Pruitt Taylor Vince et Peter Sarsgaard, dans le making-of du film, tout-à-fait intéressant et instructif (mais avec une image bizarrement déformée sur les interventions du directeur photo Bruno de Keyser notamment).
Le commentaire-audio de BT est bien entendu très précis et constitue un parfait complément au film, nous en révélant une bonne part des coulisses.
Enfin, on passe un très agréable moment en assistant à une discussion de 35 minutes entre Bertrand Tavernier et Buddy Guy, grand bluesman qui joue le rôle de Sam ‘Hogman’ Patin dans le film.
La critique de Monsieur Bertrand Tavernier, est souvent empreinte de ses idéaux politiques, ce qui est navrant.
Et ne pas reconnaître le talent de certains réalisateurs ou comédiens comme l’excellent Robert Taylor, est fort regrettable. Son exeptionnelle interprétation de tueur d’indiens et de bisons est reconnue par de nombreux spécialiste du 7è Art. Et par le public aussi. Pas par celui de l’époque, surtout US, qui n’avait pas apprécié ce regard sur l’Amerique, ainsi que le personnage jouait (trop) bien par Bob Taylor, digne représentant de ce pays. Ce rôle à contre-emploi, rejoingnant ses impeccables créations comme dans LA PORTE du DIABLE ou dans un genre différent, TRAQUENARD et tant d’autres personnages, pas toujours gentils, et je ne cite pas ici les nombreux rôles des magnifiques films d’aventure qu’il a interprété avec prestance et virtuosité, et qui prouve largement, si besoin était, son immense talent. Mais, voilà, il n’avait pas les mêmes idées que l’auteur des critiques ci-dessus. Ceci étant écrit, il faut bien reconnaître que certaines précisions peuvent aider dans le choix des films à visionner. Reste enfin, le plaisir à voir et revoir ces excellents westerns qui paraissent aujoud’hui en DVD
Et allons-y pour une nouvelle couche dans la catégorie « M Tavernier et ses idéaux politiques »!!!
C’est ce type d’accusation qui s’avère des plus navrants!
Même si Robert Taylor est assez convaincant dans The last hunt tout comme dans Party girl (et je ne partage pas l’avis de BT ou JP Coursodon quant à une interprétation catastrophique) , il n’en demeure pas moins que cet acteur ne possède pas un registre très étendu ou subtil.
Je doute que BT partage toutes les idées de Kazan, de Ford ou de mac Carey, il n’en demeure pas moins qu’il asit en louer les immenses qualités. A contrario, il sait être mesuré quand il analyse Brooks, Delmer Daves,Altman ou Vidor alors qu’il en partagerait plus nettement les idées.
Et quoi qu’il en soit, on apporte forcément une non quantifiable part de soi (goûts esthétiques, choix politiques ou éthiques, autres centres d’intérêt) dans sa cinéphilie qui n’est pas un exercice objectif. BT comme n’importe lequel d’entre nous , a tout de même le droit d’exprimer la cartographie de ses goûts sur son propre blog, non?
La réponse de guest star est navrante non seulement par des accusations peu argumentées mais aussi par une connaissance disons légère (par le tout petit bout de la lorgnette:ah! « les magnifiques films d’aventure » Lesquels ?Ceux de Richard Thorpe? Bof!!!En dehors du prisonnier de zenda qui me fascina quand j’avais huit ans…) du cinéma américain. Revoyez donc Errol Flynn chez Curtiz ou Walsh et reparlons en.
Tant pis si je suis pris en flagrant délit de fayotage mais j’ai exactement la même impression que Bertrand Tavernier à chaque nouvelle vision de « La mission du Commandant Lex » au scénario génial. Et, pour une fois je préfère le titre français qui gomme la propagande pour la carabine Springfield (l’accroche de l’époque annonçait « Le fusil qui fait d’un homme l’égal de cinq ! »). Le Springfield Riffle n’est qu’un élément annexe de ce film sur la Guerre de Sécession qui raconte les débuts du contre-espionnage. Le personnage joué par Cooper faisant preuve d’un courage rare en acceptant de passer pour un traître à son camp. Un classique du film noir ira encore plus loin (même si c’est beaucoup plus édifiant) : dans « Les anges aux figures sales », Cagney agit volontairement en poule mouillée au moment de son éxécution afin de ne pas servir d’exemple aux gamins qui le vénère comme un dieu du crime.
Je n’ai pas revu « Convoi de femmes » depuis longtemps mais j’en ai gardé un excellent souvenir. Il me semble que Patrick Brion l’avait inclut dans une passionnante thématique « films de femmes » du Cinéma de Minuit où il devait y avoir également « Women » de Cukor, « Frontière chinoise » de Ford, « Chaînes conjugales » de Mankiewicz, « Cry ‘Havoc’ » de Richard Thorpe (une des premières apparitions de Mitchum, limitée à un « arrrrghh ! ») et le bouleversant « The Group » de Lumet.
Bravo pour l’hommage à Robert Mulligan dont « Un été 42″ ne fut que l’arbre cachant la forêt. « Escalier interdit » est remarquable. J’ajouterai aux films que vous citez le poignant « Inside Daisy Clover » où Natalie Wood est aussi émouvante et magique que dans « La fièvre dans le sang » et partage l’affiche avec Robert Redford (déjà excellent) qu’elle retrouvera l’année suivante pour le puissant « Propriété interdite » de Pollack.
PS : J’aime beaucoup votre remarque sur le format « carré » 1:37:1. C’est peut-être parce que j’ai un écran de télévision ringard, ni plat ni encore moins 16/9 ou HD mais j’aime l’image « à fond perdu »… tout en appréciant les formats scope au cinéma. Je n’irai surtout pas dire comme Fritz Lang dans « Le mépris » que c’est juste bon à filmer les serpents.
Je regrette que vous n’ayez pas plus insisté sur les Westerns d’André de Toth dont aucun ne laisse indifférent. Notamment Day of the Outlaw, filmé en noir et blanc en 1959 ; Bounty hunter, Stranger wore a Gun méritent d’être vus en plus de ceux que vous citez.
Vous parlez beaucoup d’André de Toth dans « Mes amis américains ». Il mériterait, lui et Boetticher un livre à part, non ?
Une question svp : avez vous continué votre dictionnaire des seconds rôles qui est inclus dans certaines éditions de votre ouvrage sur le cinéma américain?
Existe-t-il un tel dictionnaire des seconds rôles ?
Sur les seconds rôles hexagonaux, il y a le livre de référence « Les excentriques du cinéma français, 1929-1958″ de Raymond Chirat et Olivier Barrot ainsi qu’un bouquin beaucoup moins pointu, complet et plus discutable (ils mettent André Vallardy et passent sous silence Marcel Péres, Temerson ou Armand Bernard et citent parmi les seconds couteaux Bernard Blier !) mais sympa : « Les grands seconds rôles » de Jacques Mazeau et Didier Thouart qui va jusqu’aux années 80. Pour le cinéma américain de l’âge d’or et des films de genre, il n’y a pas à hésiter un quart de seconde : braquez votre libraire préféré pour lui extorquer le génial « Caractères : Moindres lumières à Hollywood » de Philippe Garnier, aussi encyclopédique et minutieux que foutraque et drôle à en avoir des crampes. Le bouquin sur le cinoche le plus salvateur et revigorant que je connaisse avec « Un demi-siècle à Hollywood » de Raoul Walsh et les recueils de chroniques de nanars de François Forestier !
Yes, let’s talk about the excellent Wendell Mayes ( whose contribution to Stalking Moon had sailed right past me ). He wrote one of the 2 best films about the USA’s Vietnam debacle ( Go Tell the Spartans , the other is Hill’s Southern Comfort),one of the best American political films ( Advise and Consent ), the only acceptable submarine film ( The Enemy Below ), a genre I loathe perhaps as much as you and Mr Coursodon do , and Death Wish , a film more blackly comic , I think , than is generally acknowledged. Michael Rawls
Merci pour cette riche chronique westernienne, Bertrand Tavernier.
Il est passionnant de vous voir interroger votre amour d’un film à l’épreuve de différents visionnages comme vous le fîtes dans 50 ans de cinéma américain: il ya ceux qui tiennent la route et ceux qui immanquablement déçoivent! Je ne suis guère surpris que vous réagissiez ainsi face à La dernière chasse qui m’a beaucoup déçu par exemple tant pour sa trame que pour des choix techniques disons énigmatiques (je ne pense pas seulement au montage amis aussi à certains choix dans l’échelle des plans qui semblent peu pensés en termes d’espace).
Au delà du missouri est un fort beau Wellman malgré le charcutage qu’il a subi et son aisance, son souffle n’ont pas à rougir face à d’autres westerns montrant des pionniers (fin XVIII-début XIX) que ce soit The big sky ou Le grand passage de Vidor.
Man in the wilderness est un immense western, l’équivalent de Jack london au moins autant que Jeremiah Johnson.Mais comment est le DVD précisément?
Merci pour cet article que vous trouvez le temps d’écrire en pleine préparation de La princesse de Montpensier (si « certains » goûtent peu la prose de Mme de La Fayette et la jugent inutile, je m’en délecte pour ma part!) Mais est-ce une adaptation? Une « belle infidèle » versant Freda? En attendant , je vais revoir tranquillement In the electric mist sans puis avec commentaires audio!!!
En sortie Western, je vous signale la sortie d’un coffret Allan Dwan chez Carlotta à paraître le 19 novembre avec ses westerns les plus célèbres des années 50 : SILVER LODE (« Quatre étrange cavaliers »), TENNESSE’S PARTNER (« le mariage est pour demain »),CATTLE QUEEN OF MONTANA (« La reine de la prairie »), TORNADE (« Passion »).
Egalement dans le coffret : « Escape to Burma », « Pearl of the South Pacific » et « Slightly Scarlet ».
Vous parlez de certains de ces films dans « 50 ans.. ». Peut-être pourrez vous nous en dire plus à présent ?
De WELLMAN, j’ai beaucoup aimé « La ville abandonnée » dont vous aviez parlé dans une précédente chronique. Une photographie magnifique (scènes dans le désert de sel !), une ambiance de film noir, de très bons acteurs (PECK et WIDMARK en tête).
De Delmer DAVES, j’avais moins accroché à « Cow-Boy » avec Glenn FORD qui a une approche presque documentaire du genre. Peut-être faudrait-il une seconde vision…
bonjour je suis un fan de cinema americain tu parles du coffret allan dwan est-il en vf ou vo ?? car je possede une grosse collection en tout genre western policier aventure etc….
un film que je recherche d allan dwan les rubis du prince birman jamais diffuser a se jour ni en dvd avec robert ryan entre autre
queleques pepites en film que je recherche
les pillards de mexico john farrow
la rue rouge fritz lang
le traitre du texax budd boetticher
au mepris des lois george sherman je crois ??
ET POUR FINIR commando du pacifique avec alan ladd voila j espere avoir une reponse a mon sujet mci encore aux passionnés comme moi
Le Coffret 5 DVD Allan Dwan qui vient de paraître chez Carlotta Films contient 7 films dont « Les Rubis du prince birman », tous sont bien-sûr en V.O. sous titrée français.
- « Les Pillards de Mexico » (Plunder of the Sun), n’est disponible qu’en DVD zone 1 (V.O. + sous-titres anglais uniquement / Edition Paramount US)
- « La Rue Rouge » de Fritz Lang étant tombé dans le domaine public, plusieurs éditeurs s’étaient hâtés de sortir des éditions toutes assez catastrophiques. Jusqu’à ce que Carlotta s’en mêle fin 2008 avec une très belle copie DVD (V.O. sous-titrée français) et Wild Side, qui vient tout juste de sortir son édition de « La Rue rouge », le couplant très logiquement avec son film jumeau « La Femme au portrait ». Cette édition thématique intitulée « Jeux de Lang », est une fabuleuse réussite éditoriale : présentation des deux DVD dans un livre à la couverture cartonnée. Le livre de 80 pages assez passionnant, est signé Jean Ollé-Laprune.
- « Le Traître du Texas » de Boetticher et « Au mépris des lois » de G. Sherman sont édités tous les deux en zone 2 chez Sidonis (toujours V.O.S.T.F. bien-sûr…)
Quant au film avec Alan Ladd, je ne sais pas, à vous de chercher !