Août
04

Si on voulait faire enrager Claude Sautet, il suffisait de lui demander de nous montrer son premier film, Bonjour Sourire (1955). Il explosait alors immédiatement : « Arrêtez de m’emmerder. J’ai été forcé de faire ce film, de remplacer le metteur en scène dont j’étais l’assistant et qui était tombé malade juste avant le tournage« .
Maintenant on va enfin pouvoir juger cette œuvre et regarder si on ne trouve pas des aspects « sauteriens ». Bonjour Sourire, joué par Henri Salvador et Annie Cordy sort en DVD chez René Château.

Le même René Château sort aussi via TF1 vidéo Cet Homme est Dangereux (1953) de Jean Sacha, le meilleur Eddie Constantine avec les deux John Berry, Ca va Barder (1955) et Je suis un Sentimental (1955) – disponibles semble-t-il uniquement en VHS – avant Alphaville (1965) de Godard et la période Fassbinder.
Cet Homme est Dangereux (qui aurait dû être le premier Lemmy Caution mais La Mome Vert de Gris – 1953, l’un des rares films visibles de Bernard Borderie est sorti avant) bénéficie d’une belle photo de Marcel Weiss (marquée par le film noir), d’une mise en scène nerveuse et inventive de Sacha qui fut le monteur de Werther (1938) d’Ophüls et d’Othello (1952) d’Orson Welles. On y sent l’influence de ce dernier dans les nombreux plans au 18,5, l’utilisation des courtes focales, de la caméra au ras du sol. Le dialogue de Marcel Duhamel est souvent très marrant et l’on retiendra cette réplique anthologique de Constantine, qui lance à une américaine : « Ne parlez pas anglais, les gens n’aiment pas les sous-titres « .
Fait curieux, les DVD de René Château ne sont pas référencés sur les sites de la Fnac ou d’Amazon France.

Pour notre président Francis Girod, signalons la sortie tant attendue de Tricoche et Cacolet de Pierre Colombier (qui signait parfois Pière Colombier) sorti en 1938, l’année de Trois Artilleurs à l’Opéra de André Chotin, Trois Artilleurs en Vadrouille de René Pujol, Son Oncle de Normandie de Jean Dréville, Le Prince Bouboule de Jacques Houssin, Ma Sœur de Lait de Jean Boyer, Eusèbe Député de André Berthomieu et l’inénarrable Sommes-nous Défendus ? de Jean Loubignac. On voit qu’il s’agissait, comme on l’écrit souvent, de l’âge d’or du cinéma français.
Tricoche et Cacolet est un scénario du stakhanoviste René Pujol d’après Meilhac et Halévy et on y retrouve Fernandel, Duvallès, Elvire Popesco, Saturnin Fabre et, dans mon souvenir, une savoureuse utilisation de la Marseillaise.

Dans un registre différent les Editions Montparnasse annoncent la sortie prochaine de La Règle du Jeu (1939) avec beaucoup de bonus, une interview de Renoir faite au moment de la sortie et des analyses d’Olivier Curchod, grand exégète du film et du cinéaste.
En attendant, on peut enfin revoir Nana (1926) dans une belle version, la VHS précédemment sortie était médiocre, film souvent intéressant, qui trahit l’influence de Stroheim et qui est desservi par le jeu de Catherine Hessling. Rappelons que les décors étaient de Claude Autant-Lara.

Certains cinéastes continuent à être scandaleusement absents des catalogues DVD : c’est le cas d’Alain Cavalier. Il faut aller aux USA pour voir La Chamade (1968). On ne trouve nulle part Le Combat dans l’Ile (1962), Mise à Sac (1967), L’Insoumis (1964). Thérèse (1986) doit sortir chez Arte en Septembre…Enfin.

Idem pour Christine Pascal. Sa seule réalisation disponible est Adultère, Mode d’Emploi (1995) dans sa version intégrale du moins on l’espère. La télévision ayant le plus souvent passé, même tard, une version censurée d’une séquence sado masochiste. Mais où sont Zanzibar (1989), Le Petit Prince (1992) ?

Pour trouver une version correcte de certains classiques français (Les Enfants du Paradis – 1945) et de certaines œuvres récentes, mieux vaut aller aux USA.

Il faut donc saluer d’autant plus fort la sortie (en Novembre 2005 chez Arte) de l’autre coffret Robert Bresson qui comprend Mouchette (1967) et Au Hasard Balthazar (1966), deux incontournables.
Egalement, le formidable coffret consacré par MK2 aux films de Alain Resnais avec de remarquables bonus. Belle occasion de revoir une dixième fois Mélo (1986) et de redécouvrir L’Amour à Mort (1984).

Et, plus près de nous, l’indispensable coffret édité par Arte consacré à Emmanuel Finkiel avec le splendide Voyages (1999) qu’il faut voir et revoir, le très émouvant et original Madame Jacques sur la Croisette (1997) et Casting (2001).

Le cinéma israélien devient de plus en plus excitant. Je disais (cf chronique n°3 du 13/06/05) tout le bien qu’il faut penser de Mon Trésor (2004 – l’interview de la réalisatrice constitue un magistral bonus). Il faut ajouter deux réussites, Avanim (2004) de Raphaël Nadjari et Tu Marcheras Sur L’eau (2005) de Eytan Fox. Le premier est un miracle d’acuité, de perception, de justesse. Le second une chronique très ironique et savoureuse qui raconte les aventures d’un agent du Mossad, chargé d’une déconcertante et improbable mission.

Autre film essentiel et qu’il était impossible de se procurer. MK2 sort, à l’initiative d’Isabelle Huppert, Wanda (1971) de Barbara Loden qui fut la compagne de Kazan. On peut la voir dans les sublimes Splendor in the Grass (1961 -La Fièvre dans le Sang) et Wild River (1960 – Le Fleuve Sauvage disponible en Angleterre). Chronique âpre et désolée d’un amour sans espoir entre une jeune femme ballottée, meurtrie par la vie et un voleur de troisième zone. Amour sans communication, ni tendresse apparente, Wanda anticipe sur les chroniques existentielles de Monte Hellman et Terence Malick.

TF1 vidéo vient de sortir cinq Hitchcock anglais dont le merveilleux et délectable Une Femme Disparaît (1938), remarquable scénario de Launder et Gilliatt (les personnages de Charters et Caldicott sublimement joués par Basil Radford et Naunton Wayne influenceront, m’a dit Sidney Gilliatt, Harold Pinter). Les copies sont tellement soignées que l’on a l’impression de redécouvrir les films. Ce coffret contient également Les 39 Marches (1935), Quatre de l’Espionnage (1936), Agent Secret (1936), Jeune et Innocent (1937).

Restons un peu dans le cinéma anglais qui fut si sous estimé pour saluer un auteur qui n’est pas encore reconnu à sa juste valeur : Robert Hamer, cinéaste francophile, co-scénariste de tous ses films, qui s’intéressait « aux gens qui font des choses bestiales dans le noir » dont on peut enfin voir le très noir, très désenchanté Il Pleut Toujours le Dimanche (1948).
Autre auteur toujours méconnu, Alexander Mackendrick. Il faut revoir Whisky à Gogo (1949 – où l’on retrouve le génial Basil Radford), L’homme au Complet Blanc (1951) cette fable voltairienne tellement en avance et prémonitoire sur la société de consommation, Tueurs de Dames (1955), cette parabole sur l’Angleterre où Alec Guinness se fit la tête de Kenneth Tynan, le critique dramatique. Tous ces titres sont sortis en coffret chez Studio Canal (Collection Ealing).

Et découvrir pour beaucoup Le Grand Chantage (1957 – Sweet Smell of Success), l’une des œuvres phares du cinéma américain des années 50, produite et jouée par Burt Lancaster. Sans mésestimer le rôle important du scénariste Ernest Lehman, il faut reconnaître que le film doit beaucoup aux dialogues stylisés, syncopés, brillants, rageurs de Clifford Odets et à la manière dont Mackendrick les filme.
Autre chef d’œuvre tout aussi méconnu A High Wind In Jamaica (1965 –Un Cyclone à la Jamaïque) film sur l’enfance, la perte de l’innocence (disponible en zone 1 sur amazon.com, sans sous-titres français).

Autre cinéaste que j’adore, Delmer Daves dont on peut voir la trilogie westernienne avec Glenn Ford : le savoureux et passionnant Cow Boy (1958), écrit en fait par Dalton Trumbo, le génial et bouleversant 3:10 To Yuma (1957 – 3h10 Pour Yuma), pour moi l’un des 10 meilleurs westerns. Daves me raconta sa surprise et sa joie quand il découvrit le scénario d’Halsted Welles : « C’est le genre de chose qui arrive une fois dans votre vie : un scénario où vous n’avez rien envie de changer « . Welles et la mise en scène de Daves améliorent nettement la nouvelle originale d’Elmore Leonard, en transformant le héros de marshal en fermier qui doit faire œuvre de policier pour sauver sa ferme, sa famille (ce qui change totalement le personnage). Ils inventent également les deux admirables personnages de femmes (ah ! la scène d’amour dans le bar) qui expriment la morale du film.

Enfin Jubal (1956 – L’homme de Nulle Part), cette semi transposition d’Othello, aux paysages magnifiques, est disponible en zone 1.

Sortie également (chez Carlotta Films) de plusieurs films noirs mémorables : Cry of the City (1948 – La Proie) de Robert Siodmak, qui comme tous ses meilleurs films, tourne autour de l’obsession. En l’occurrence, celle d’un flic qui cherche à faire condamner son ancien ami d’enfance. A part deux ou trois séquences avec la petite amie de Richard Conte qui n’intéressent guère, le film n’est pas loin d’égaler ses meilleures réussites. On n’oubliera pas le personnage de l’énorme masseuse criminelle jouée par l’imposante Hope Emerson. Précisons que José Giovanni fit en 1971 un remake de ce film, Un Aller Simple.

Dans la même collection à côté du célèbre Carrefour de la Mort (1947), signalons Appelez Nord 777 (1948) l’un des meilleurs Henry Hathaway, Crime Passionnel (1945 – Fallen Angel) d’Otto Preminger. Il est passionnant de voir comment par des moyens totalement opposés, Preminger et Hathaway font tous deux des œuvres de stylistes, imposent, dans un univers codifié, une vision personnelle. Les deux films trahissent le même désir d’opposer ou de lier les personnages au décor, Preminger par de constants mouvements d’appareil, Hathaway par un découpage aigu, une sublime photographie de Joe MacDonald.

Dans Fallen Angel, Preminger retrouve Dana Andrews, interprète idéale pour ces œuvres où l’on est sans cesse sur la corde raide, dans un monde crépusculaire, entre le bien et le mal, la lumière et l’ombre. On est surpris en revoyant cette œuvre de son âpreté, de son ambiguïté morale. Il y a là, comme dans Mark Dixon Detective (1950) et plus encore que dans Laura (1944), une dureté, une noirceur chez les personnages masculins qui ont tous un côté luciférien.

Enfin Gaumont vient de sortir deux Lautner : On Aura Tout Vu (1976) et La Valise (1973) avec en bonus une interview choc de Philippe Sarde qui profite de La Valise pour vider son sac.

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Juin
13

Le DVD permet de revoir des films rares que l’on n’ose pas rééditer et qui ne sont plus visibles que dans les cinémathèques (et encore souvent dans de mauvaises copies) et sur le câble.

En zone 1, par exemple, est sortie toute une série d’œuvres que nous traquions dans les années 60, pour finalement les découvrir en Belgique ou en Angleterre.

Ainsi Beachhead (1954 – La Patrouille Infernale) de Stuart Heisler, aventures guerrières très joliment mises en scène (on a presque envie de dire chorégraphiées) par un réalisateur prisé par les néo macmahonniens et Martin Scorcese et dont Claude Chabrol louait la grande élégance stylistique (« Heisler est le cinéaste qui réussissait les raccords les plus élégants à Hollywood « ). Les travellings du début ne dépareraient pas une comédie musicale. (sous-titres français).

The Purple Plain (1954 – La Flamme Pourpre) est une des grandes réussites de Robert Parrish d’après un scénario excellent du romancier Eric Ambler. Film de guerre, belle histoire d’amour inter raciale, (pour la première fois dans un film américain parlant, l’héroïne est jouée par une autochtone et la fin heureuse brise deux tabous avec une grande élégance). La Flamme Pourpre est l’un des meilleurs rôles de Grégory Peck. Parrish nous raconte comment un pilote suicidaire va reprendre goût à la vie grâce à cet amour. (Sous-titres français).

Monkey on my Back (1957 – Quand La Bête Hurle) d’André De Toth est un bon film sur les ravages de la drogue, tourné en même temps que L’homme au Bras d’Or (1955) de Otto Preminger. Mais il faut surtout voir l’extraordinaire chapitre 10, hallucinante suite de scènes de guerre se déroulant dans la jungle, sous des trombes d’eau, SANS UNE NOTE DE MUSIQUE. On a rarement aussi bien rendu la notion de carnage, de massacre. (Sous-titres français).

Ajoutons un quatrième film plus mineur, mais qui ne manque pas de qualité Beach Red (1967 – Le Sable était Rouge) au message très pacifiste, joué et réalisé par Cornel Wilde (on espère voir un jour The Naked Prey – 1966 – La Proie Nue) une vraie réussite et un remake inavoué des Chasses du Comte Zaroff (1932 – The Most Dangerous Game). Beach Red est une œuvre extrêmement sincère jusqu’à l’ingénuité, qui nous montre, ce qui est rare, l’autre camps (les Japonais comme des êtres humains qui ont des enfants, qui souffrent, qui se souviennent de leur femme). Wilde utilise une multitude de petites voix of (« est-ce qu’il y aurait toujours des guerres si on n’avait pas inventé les montres ? »), des flash-backs, des flash forwards traités en photos fixes, des plans d’insectes et de fleurs. La chanson du générique est chantée par sa femme, l’actrice Jean Wallace (qui n’a joué que dans ses films) et que l’on voit dans un bref retour en arrière. Le premier affrontement entre deux personnes n’intervient qu’après quarante minutes de film consacrées uniquement à la progression des troupes américaines qui ont débarqué sur la plage sans qu’il n’y ait aucun autre conflit ou aucune autre intrigue parallèle.
Dans le livre Feux Croisés (Institut Lumière / Actes Sud), Oliver Stone écrivait : « Tôt ou tard, on reconnaîtra Cornel Wilde comme le cinéaste original et personnel qu’il était . The Naked Prey est un regard sans complaisance sur la réalité de la nature, humaine et non humaine…Beach Red est un film de guerre sans concessions qui m’a secoué par sa sauvagerie et ses scènes de batailles brutales… »

Un autre film de guerre encore plus méconnu, Go Tell the Spartans (1978) de Ted Post doit sortir incessamment. C’est une des œuvres majeures consacrée à la guerre du Vietnam à laquelle on donna un titre français stupide qui l’anéantit (Le Merdier) ! Et aussi l’un des meilleurs scénarios de Wendell Mayes à qui on doit La Colline des Potences (1959 – The Hanging Tree) de Delmer Daves, Autopsie d’un Meurtre (1959 – Anatomy of a Murder) de Otto Preminger.

Aventures plus exotiques, The Wind and the Lion (1975 – Le Lion et le Vent) le meilleur film écrit et réalisé par le tonitruant John MiliusSean Connery joue un seigneur de la guerre arabe, Brian Keith interprète Teddy Roosevelt et où certains moments évoquent Fuller.

Justement en parlant de Fuller, on annonce la sortie imminente en zone 2 de The Big Red One (1980 – Au delà de la Gloire) de Samuel Fuller que l’on pourra enfin voir dans sa version intégrale, qui vient d’être restaurée.

Placer Kurosawa parmi les cinéastes méconnus est quelque peu exagéré. Pourtant ses films noirs ne me semblent pas être mis à leur vraie place. Chien Enragé (1949), Entre le Ciel et l’Enfer (1963), ce dernier d’après un roman d’Ed McBain, sont pourtant tout aussi puissants, âpres et inventifs que ses chefs d’œuvres historiques ou que Vivre (1952) ou Dodeskaden (1970). La description du Japon de l’immédiate après guerre (Chien Enragé), une très longue scène de suspense dans un train (Entre le Ciel et l’Enfer), la fin dostoïevskienne de ce dernier film comptent parmi les grandes réussites de Kurosawa.
Je rappelle l’indispensable coffret consacré par ARTE à ce cinéaste et qui comprend entre autres Sanjuro (1962), La Forteresse Cachée (1958), Le Château de l’Araignée (1957). Attention, ces titres sont uniquement disponibles chez Arte /www.arteboutique.com/ et ce jusqu’au 31 Juillet 2005.

Tout aussi indispensables, les coffrets consacrés par OPENING à Mizoguchi. Il faut voir et revoir L’Intendant Sansho (1954), Les Contes de la Lune Vague (1953), Les Amants Crucifiés (1954), La Rue de la Honte (1956).

Signalons aussi la sortie d’un autre chef d’œuvre qui passa trop inaperçu l’année dernière : Memories of Murder (2003) de Joon-Ho Bong, l’un des meilleurs films policiers de ces dernières années.

D’autres films marquants du cinéma coréen sont disponibles. Plusieurs films magnifiques de Im Kwon-Taek : Le Chant de la Fidèle Chunyang (2000 – chez Arte vidéo) avec d’excellents bonus et Ivre de Femmes et de Peinture (2002).
Et ceux, tout aussi fascinants, de Hong Sang-Soo : deux coffrets essentiels. Le premier (distribué chez TF1 vidéo) comprend trois chefs d’œuvres : Le Jour où Le Cochon est Tombé dans le Puits (1996), La Vierge Mise à Nu par ses Prétendants (2000), Le Pouvoir de la Province de Kangwon (1998). A travers des récits totalement libres, chaotiques, percutants, Hong Sang-Soo nous décrit des personnages déboussolés, des scènes d’amour incroyablement franches, fortes (notamment celles qui mêlent ivresse et pulsions sexuelles) et pourtant dépourvues de voyeurisme. Le deuxième coffret (édité chez MK2) contient ce film magnifique, à la fin percutante : Turning Gate (2002).

Tout aussi dur, un très beau film israélien, Mon Trésor (2004) de Keren Yedaya avec Ronit Elkabetz (Prendre Femme) qui avait obtenu la camera d’or à Cannes en 2004. En bonus, interview de la réalisatrice et de la comédienne. Court métrage, Lulu (1999) de Keren Yedaya.

Et enfin, deux films français très originaux, produits par Les Films Jean Giono, à redécouvrir absolument : Crésus (1960), écrit et réalisé par Jean Giono, fable drôle et noire sur l’argent qui ne fait pas le bonheur (un film qui doit être réhabilité). Et Un Roi sans Divertissement (1963), œuvre inclassable, insolite de François Leterrier avec une magnifique photo de Jean Badal, une belle chanson de Brel et une adaptation très libre, par Giono lui même, de son roman. Remarquables bonus qui analysent très finement les rapports entre Giono et le cinéma.

Autre film qui passa injustement inaperçu Travail d’Arabe (2003) de Christian Philibert, excellente comédie sociale dans la lignée des meilleures réussites italiennes de Dino Risi (saviez vous que l’on vient enfin d’éditer le roman de Giovanni Arpino d’où est tiré Parfum De Femme). Avant Brigitte Roüan, Philibert nous décrit avec verve et compassion les escroqueries commises par des entreprises de travaux qui saccagent l’intérieur de la maison d’une vieille et très savoureuse mamie sous prétexte de respecter les normes européennes. Ce qu’il nous fait toucher du doigt, c’est le lepénisme ordinaire, quotidien qui imprègne notamment le sud est de la France. Un film à découvrir..

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Mai
19

C’est parfois l’actualité qui peut nous amener à acheter ou revoir un film en DVD.Par exemple, la parution d’un remarquable petit livre Remorques de Jean-Christophe Ferrari (Editions de la Transparence) consacré au magnifique film de Jean Grémillon, avec une très belle préface de Paul Vecchiali, est une bonne occasion de revoir ce film sublime et de se pencher sur ce cinéaste qui reste trop méconnu. D’autant que le DVD de Remorques (1941), sorti par MK2, nous offre une copie somptueuse, un transfert éblouissant. Et d’excellents bonus.

Tout comme L’Armée des Ombres (1969), l’un des chefs d’œuvres de Jean-Pierre Melville qui a été restauré sous la supervision de son chef opérateur Pierre Lhomme. Ce qui nous vaut une version absolument magnifique.

Par ailleurs, l’éternel curieux qu’est Jean Ollé-Laprune (fondateur de Ciné Classics) me signale que dans le DVD de La Fille du Puisatier (1941), on peut voir dans les bonus, la bobine rescapée de La Prière Aux Etoiles (1941), tournée Porte de Saint-Cloud avec Pierre Blanchar.

Pour célébrer la mémoire de Pierre Trabaud, allons revoir Rendez-Vous de Juillet (1949) de Jacques Becker, en attendant que l’on veuille bien faire sortir son film très émouvant, Le Voleur de Feuilles (1983).

On a pu voir au cinéma des clips publicitaires soutenant la sortie en DVD de Un Crime dans la Tête (2004 –The Manchurian Candidate) de Jonathan Demme qui fut traité un peu superficiellement lors de sa distribution en salles. Bonne occasion de rappeler qu’il s’agit d’un remake éponyme, de l’un des films les plus passionnants des années 60 (1962), réalisé très brillamment par John Frankenheimer sur un scénario de George Axelrod. Il est très excitant de comparer les deux versions : celle de Frankenheimer est plus inspirée, plus provocante, notamment dans ses implications politiques. On y voit l’extrême droite maccarthyste s’appuyer sur les communistes russes et chinois pour détruire les démocrates. Un gag célèbre nous montre l’ineffable James Gregory, abruti congénital manipulé par sa terrible épouse, essayer de retenir combien de communistes il est supposé se cacher dans le congrès. On le voit mettre du Ketchup sur son assiette et le plan suivant, il lance : 57. Car il y a 57 variétés de sauces Heinz (en l’occurrence Mme Kerry) comme le clame la pub.

Ce film prémonitoire par rapport à l’assassinat de Kennedy (qui obligea à décaler la sortie d’un an) est l’œuvre emblématique de la paranoïa des années 60 comme Kiss me Deadly (1955 – En Quatrième Vitesse) de Robert Aldrich l’était des années 50.
Dans la version de Demme, un conglomérat genre Halliburton remplace les communistes et Meryl Streep fait une composition aussi cocasse, aussi inspirée que Angela Lansbury. Le personnage de Denzel Washington est plus approfondi que celui de Sinatra, mais le remake introduit des effets spéciaux inutiles et un surplus d’intrigues.
Cela nous permet de revenir sur la carrière de Jonathan Demme pour rappeler que l’on peut trouver, outre Le Silence des Agneaux (1991), un passionnant documentaire politique sur un journaliste haïtien assassiné par le pouvoir, The Agronomist (2003) sorti chez Wild Side.
Un de ses meilleurs films, Melvin and Howard (1980), inspiré par l’histoire du fameux testament mormon de Howard Hughes est toujours hélas inédit en zone 2. Vous pouvez néanmoins vous le procurer sur http://www.amazon.com/ pour les anglophones (édition sans sous-titres français) ayant un lecteur compatible.

John Frankenheimer, lui, est un auteur majeur dont on se doit de redécouvrir l’œuvre : Le Prisonnier d’Alcatraz (1962 – Birdman of Alcatraz), le stupéfiant Seconds (1) (1966 – L’Opération Diabolique), remarquable scénario de Lewis John Carlino d’une dureté, d’une âpreté de ton dont il y a très peu d’exemple dans le cinéma américain actuel. Et en zone américaine le très émouvant et sensible The Gypsy Moths (2) (1969 – Les Parachutistes arrivent) et bien sûr, sa dernière oeuvre, Path to War (2) (2002), le meilleur film politique américain de la décennie.

Une autre actualité, tout aussi politique, nous apprend qu’un certain nombre de salles et surtout de musées du Sud et du Sud-Ouest des USA (le Musée de la Science et de l’Histoire de Fort Worth), refusent de montrer les documentaires qui font allusion à théorie de l’évolution, voire qui citent le nom de Darwin. Bonne occasion de voir un film trop méconnu en France et dont le propos devient hélas d’une brûlante actualité : Procès de Singe (1960 – Inherit the Wind) qui retrace le procès que firent certaines congrégations religieuses à un professeur qui avait osé étudier en classe les théories évolutionnistes. Ce procès opposa deux des plus célèbres avocats de l’époque, Clarence Darrow (joué avec une théâtralité exigée par le personnage par Fredric March) et William Jennings Bryan (formidable Spencer Tracy). La mise en scène est comme souvent chez Stanley Kramer ultra classique et Gene Kelly est mal distribué, mais le film, s’appuyant sur un beau scénario de Nedrick Young, (scénariste black listé qui signe, comme dans La Chaîne en 1958 – d’un pseudonyme : Nathan E Douglas) et Harold Jacob Smith (qui écrivit l’intéressant The River’s Edge – 1957 et la navrante adaptation de Typee, Enchanted Island – 1958, deux réalisations d’Allan Dwan), est soutenu, porté par une force de conviction qui fait défaut à beaucoup de films américains actuels. Certains passages devraient être montrés dans les écoles dans les débats autour de la liberté de conscience, de la laïcité. Et je me demande ce que vaut la pièce de Robert E Lee (sic) et Jerome Lawrence.

Restons avec Stanley Kramer pour ajouter que, Jugement à Nuremberg (1961 – Judgement at Nuremberg) bien écrit par Abby Mann, tient remarquablement le coup. Au passage, on retient cette réplique prémonitoire, lancée par Richard Widmark : « Vous savez pourquoi nous autres Américains, nous ne sommes pas une bonne nation d’Occupants ? C’est parce que nous n’avons pas de mémoire »…

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Pour les amateurs de Nanars, deux sorties essentielles qui réjouiront Francis Girod, Monsieur Leguignon, Lampiste (1952) de Maurice Labro et également Légère et Court Vêtue (1953) de Jean Laviron d’après la célèbre pièce de Jean Guitton avec l’immortelle Madeleine Le Beau.

(1) Import zone 1, disponible sur http://www.amazon.com/ avec audio et sous-titres français
(2) Import zone 1, disponible sur http://www.fnac.com/ et http://www.amazon.com/ avec audio et sous-titres français

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