Mai
09

J’ai envie d’insister évidemment sur des films qui sont peu publicisés ou qui ne l’ont pas été du tout. Par exemple Remparts d’argile (1968) de Jean-Louis Bertucelli, le père de Julie. Film absolument magnifique sur un sujet essentiel : la place de la femme dans une société musulmane, paysanne. Film qui n’a pas pris une ride et dont la splendeur visuelle (magnifique photo d’Andréas Winding), l’utilisation du son et le côté contemplatif sont d’une immense modernité.

Ce film, comme tant d’autres, semble avoir échappé à tous les chroniqueurs DVD. Il a été sorti par une petite compagnie de distribution qui distribue l’excellent Extérieur, Nuit (1980) de Jacques Bral.

Il est bien sûr évident que dans cette chronique je ne mentionnerai pas les sociétés et les sites qui bradent les DVD sans jamais en référer aux ayants droit et aux auteurs. Mais, je signalerai, chaque fois qu’il est possible, des films qui semblent être ignorés par les grandes surfaces et les grandes distributions.

Exemple : Amazon France signalait chaque fois que le très beau film de Jacques Maillot Nos vies heureuses (1999) était indisponible. C’est faux, on le trouve chez Blaq Out (52, Rue Charlot – 75003 / Tel. : 33 (0) 1 42 77 88 20/ http://www.blaqout.com/) qui se consacre à la diffusion du DVD d’auteur et qui distribue, en plus de Nos Vies Heureuses, des courts-métrages de Jacques Maillot, toute une série de films comme le magnifique Les Gens de la Rizière (1994) de Rithy Panh, (œuvre âpre et forte sur la manière dont le génocide des Khmers Rouges a détruit une grande partie des valeurs de la société cambodgienne), l’œuvre quasi intégrale d’Otar Iosseliani, Nationale 7 (2000) de Jean-Pierre Sinapi, le coffret de Peter Watkins, La Bombe (1966) et La Bataille de Culloden (1964 – V.O. sous titrée français), ces fracassants faux documentaires.

Et évidemment les coffrets que Opening à consacré à Mizoguchi, Fellini et John Ford dont le sublime Young Mr. Lincoln (1939) ou MK2 à Robert Bresson.

J’ai aussi envie de revenir sur des sorties plus anciennes pour signaler la qualité de certaines éditions et l’intérêt des bonus. Je pense à Pépé le Moko (1937) chez Studio Canal sorti avec un transfert d’une grande qualité et où on peut comparer, exercice passionnant, un certain nombre de scènes du film de Duvivier avec le remake (Algiers – 1938) d’un très intéressant metteur en scène John Cromwell mais, qui comme on peut le voir, édulcore chaque fois les audaces de la version originale. Et ceci en dépit de la présence du scénariste John Howard Lawson, qui deviendra l’un des dix d’Hollywood. Cromwell et son chef opérateur (James Wong Howe) avaient copié intégralement le découpage, tous les cadrages, toutes les recherches visuelles ou stylistiques de Duvivier (Pépé dans le noir avec seulement ses yeux éclairés) en se montrant à chaque fois plus timorés et plus conventionnels. La scène dans le bureau de la police au début du film que Duvivier filme en un seul plan large est interrompue chez Cromwell par un banal champ contre champ. Tous les plans de la casbah sont piqués sur la version française, mais toutes les allusions aux prostituées disparaissent. Le personnage d’Hedy Lamarr n’est plus une femme entretenue. Pépé ne se tue pas, il est abattu par erreur par la police. Cette confrontation est passionnante et il est très marrant de voir Charles Boyer reprendre (dans un décor quasi identique et avec le même costume) la chanson que chantait Gabin.
Autre bonus du film, une interview de Duvivier (qui n’en a pratiquement jamais donné) nous révèle un homme bourru mais extrêmement modeste et timide. A noter que cette interview est réalisée par François Chalais dont l’un des films favoris est Le Paquebot Tenacity.
Signalons dans la même collection : La Grande Illusion (1937), Casque d’Or (1952) et Quai des Orfèvres (1947).

POUR LES ANGLOPHONES

Dans cette chronique, j’ai envie de mentionner des DVD de la zone 1 (zone américaine) pour les anglophones qui ont des lecteurs compatibles. Par exemple, lors de mon dernier voyage aux Etats-Unis, j’ai découvert quelques sorties récentes, notamment trois films d’un metteur en scène que j’aime beaucoup Richard Quine. J’ai enfin eu la possibilité de revoir une des œuvres favorites de l’équipe du Nickel Odéon, ce ciné-club que j’avais créé dans les années 60, Strangers When we meet (1960 – Liaisons secrètes) avec Kirk Douglas, Kim Novak, le magnifique Ernie Kovacs et Walter Matthau. C’est une œuvre sombre, lyrique, une histoire d’amour tourmentée qui se déroule dans une banlieue aisée et qui anticipe de manière étonnante sur toute cette série de films des années 70 consacrés aux fissures de l’american way of life, au malaise américain, à la névrose. En revoyant le film, on s’aperçoit que Quine et que le scénariste Evan Hunter (Les Oiseaux), le vrai nom de Ed McBain, consacre une place énorme à la névrose qui ronge les rapports entre individus. Le film était célèbre pour la phrase où Kim Novak demandait à Kirk Douglas comment il se rasait avec sa fossette. Toute cette histoire d’amour se déroulait pendant que Kirk Douglas, architecte ambitieux, faisait construire la maison de ses rêves et la passion était liée à la création artistique.

Autre film de Quine It happened to Jane (1959 – Train, amour et crustacés), avec sous-titres français, que je n’ai pas encore revu mais dont mon ami Jean-Pierre Coursodon m’a vanté le charme et l’élégance et surtout My Sister Eileen (1955 – Ma sœur est du tonnerre), également sous-titré en français, l’une de ces rares comédies musicales dont d’innombrables visions n’ont pas réussi à altérer le charme et le pouvoir euphorisant. La genèse de ce film mérite d’être comptée. Prenant comme point de départ le premier acte de Wonderful Town, mais en n’en gardant que l’argument (les chansons de Bernstein, Comden et Green furent toutes éliminées) Blake Edwards et Quine, tous deux co-scénaristes, resserrèrent la construction dramatique, développèrent la psychologie des personnages, donnant un splendide exemple de la manière dont on peut non seulement adapter valablement, mais encore améliorer un musical scénique considéré comme un classique. De plus les nouvelles chansons (de Jule Styne et Léo Robbin) s’intègrent parfaitement au scénario, qu’elles font progresser, et Quine les utilise de façon très originale, ménageant à plusieurs reprises un passage insensible du dialogue au chant et à la danse.

On trouve également une collection assez passionnante (chez Kino International aux Etats-Unis http://www.kino.com/) qui devrait intéresser les gens de théâtre pour peu qu’ils parlent anglais. American Film Theater qui comprend plusieurs titres très intéressants. La plus grande réussite est à coup sûr The Iceman Cometh (1973), d’après la pièce de Eugene O’ Neill, magnifiquement réalisé par John Frankenheimer avec une distribution exceptionnelle, en particulier Fredric March et surtout Robert Ryan, tous deux ravagés et terriblement convaincants dans leurs personnages aux portes de la mort.

Autre réussite, Butley (1976) avec Alan Bates, mis en scène par Harold Pinter. Dans cette même collection, on peut également voir l’adaptation très terne de Galileo (1975) de Brecht par Joseph Losey et ce drame musical de Maxwell Anderson, mis en musique par Kurt Weill : Lost in the Stars (1974) d’après Pleure, ô pays bien-aimé d’Alan Paton. C’est l’une des rares occasions de voir l’un des musicals américains de Weill et sans doute l’un de ses plus grands succès. L’œuvre m’a parue très bien chantée, mais ne gagne absolument rien à avoir été tournée en extérieur réel notamment en ce qui concerne les scènes de foule et de chœur qui sont assez platement enregistrées par Daniel Mann.

Et puis, autre curiosité The Man in the Glass Booth (1975 – sans sous-titre français), une pièce de Robert Shaw (que l’on a pu voir dans de très nombreux films : Les Dents de la Mer, Deux hommes en Fuite de Losey, et Custer, l’Homme de l’Ouest…) qui fut mis en scène par Harold Pinter (qui aimait beaucoup cette pièce) réflexion sarcastique et dérangeante autour des crimes de guerre nazis. En bonus, la mise en scène de Arthur Hiller et un essai sur le théâtre de Robert Shaw.
Autre adaptation théâtrale (malheureusement sans sous-titres français) totalement réussie The Caretaker (1963 – Le Gardien) d’Harold Pinter très bien filmé par Clive Donner et magistralement interprété par Alan Bates, Donald Pleasence et Robert Shaw. Ce film, qui tient formidablement le coup, est sans doute la meilleure adaptation de Pinter. On peut le trouver dans une collection du British Film Institute (http://www.bfi.org.uk/) et qui comprend A Taste of Honey (1961) de Tony Richardson (avec en bonus un commentaire de Rita Tushingham et Dora Ryan), Elgar (1962) de Ken Russel (incluant un commentaire de Ken Russel) et The Iron Horse (1924) de John Ford dans une copie restaurée et teintée.

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