Sep
03

Repentirs

FILMS FRANÇAIS

coffret ophulsJ’avais oublié de mentionner plusieurs sorties de films exceptionnels notamment chez Gaumont. Tout d’abord le coffret Ophuls qui comprend trois chefs d’œuvre sublime que j’ai vu et revu : LA RONDE, LE PLAISIR, MADAME DE. Et aussi LOLA MONTES sur lequel je continue à faire des réserves malgré de nombreuses séquences fulgurantes (le cirque, bien sur, moment inouï de cinéma où la présence de Martine Carol fait corps avec les ambitions du film), Peter Ustinov, Anton Walbrook et Oskar Werner. Les restaurations sont somptueuses et Marcel Ophuls apporte un éclairage passionnant.

La poisonSaluons aussi la sortie longtemps attendue de LA POISON, un immense Guitry, noir, décapant et de UN CONDAMNÉ A MORT S’EST ÉCHAPPÉ, l’un des très grands Bresson avec PICKPOCKET, LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE, AU HASARD BALTHAZAR (sur le tournage duquel Anne Wiazemsky a écrit un livre très émouvant). Il faut acheter ces différents titres. J’avais été stupéfait d’apprendre que les premières ventes de UN CONDAMNÉ – œuvre jamais éditée en cassette – avaient été plutôt molles ce qui me paraît inconcevable et choquant. Ou alors il faut admettre une baisse de la passion cinéphilique, de la curiosité, un transfert de cette passion sur les cinéastes à la mode. Ou bien accepter le fait que nombre d’amateurs se contentent d’une cassette copiée lors du ciné-club de Claude Jean Philippe ou Patrick Brion et ne voient pas l’intérêt d’acquérir un magnifique dvd qui rend justice à la photo et à la bande son d’origine.

Le rouge et le noirDans la même collection Gaumont, j’ai vu le Blue Ray bien restauré du ROUGE ET LE NOIR et je dois confesser que je déteste ce film, sa mise en scène horriblement guindée, académique, aseptisée qui justifie – contrairement à la TRAVERSÉE DE PARIS, DOUCE, EN CAS DE MALHEUR, OCCUPE TOI D’AMÉLIE – les attaques de Truffaut et consort. Lara et Max Douy ne sont pas inspirés par la couleur. Tous les décors sont sur éclairés. La photo de Michel Kelber est d’une immense platitude. La comparaison avec des films anglais, américains tournés lors de la décennie précédente, prouve le retard, le manque d’inspiration des chefs opérateurs français. Ne parlons même pas de Powell, prenons un Basil Dearden (SARABAND FOR DEAD LOVERS), un Gordon Douglas comme la MAÎTRESSE DE FER qui placent leurs personnages dans le noir, savent utiliser les ombres. Dans ce dernier film, sorti par Warner Archives, on trouve un duel au couteau nocturne, dans une pièce dont les combattants ont soufflé les bougies. Douglas et John Seitz utilisent simplement la lueur des éclairs. On chercherait en vain une séquence aussi brillante, des recherches aussi réussies dans le film de Lara. Y a-t-il une belle photo couleur en France dans les années 50 en dehors de FRENCH CANCAN ?

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Juin
24

D’abord quelques repentirs. Sur quelques films italiens ou anglais dont j’ai omis de parler.

Films Italiens

En premier lieu LA FILLE DANS LA VITRINE (SNC) de Luciano Emmer, tout à fait remarquable. Cette chronique sociale douce-amère décrit un milieu très rarement évoqué au cinéma, celui des ouvriers immigrés. En l’occurrence des mineurs d’origine italienne ou franco-italienne qui viennent travailler en Belgique.  Tout le début du film  qui dépeint leur vie quotidienne, quasi communautaire, leur boulot épuisant est filmé avec netteté, sans pathos, sans complaisance, sans pittoresque.  L’un des mineurs (Bernard Fresson) qui a survécu à un grave accident, décide de rentrer au pays mais veut faire un détour par les quartiers chauds d’Amsterdam pour prendre du bon temps. Son copain (Lino Ventura) l’accompagne. Ils vont rencontrer Else, une prostituée (Marina Vlady) qui racole dans une vitrine. Emmer fait alors preuve d’une délicatesse, d’une invention, d’une justesse qui donne envie de revoir tous ses films. Particulièrement réussi est le moment où Lino Ventura complètement bourré met plusieurs minutes à réaliser qu’il est dans un bar gay. Marina Vlady est sublime de beauté, de sensualité. On n’est pas étonné de retrouver au générique parmi les scénaristes Rodolfo Sonego qui a écrit de nombreux chefs d’œuvre (L’ARGENT DE LA VIEILLE, UNE VIE DIFFICILE) et à qui il faudra, un jour, rendre justice. Plusieurs amis italiens ont redécouvert DIMANCHE D’AOUT et les FIANCÉS DE ROME. Dans l’excellent entretien que l’on trouve dans les bonus, Emmer dit que ses deux films favoris sont ceux qu’il a tournés avec Marie Trintignant, notamment UNE LONGUE, LONGUE, LONGUE NUIT D’AMOUR.

Dans ma petite note sur Germi et sur MEUTRES A L’ITALIENNE, je n’avais pas assez insisté sur la fin, si forte, si bien découpée. Avec ce travelling avant sur le visage de Claudia Cardinale et ces 4 derniers plans durs et poignants.

Films Anglais

J’avais oublié de signaler, erreur regrettable, THE FALLEN IDOL un des plus grands films de Carold Reed.

OUR MAN IN HAVANA (NOTRE AGENT A LA HAVANE sous titres anglais) n’atteint pas ces sommets mais vaut mieux que sa réputation. La première partie, notamment, dans un beau Scope noir et blanc, frappe par son ironie tranchante, son scepticisme, sa vision décapante du monde de l’espionnage (qui a influencé le TAILLEUR DE PANAMA). Le dialogue de Graham Greene, adaptant son roman, est percutant. La seconde partie devient trop « hénaurme ». Greene aveuglé par son ressentiment, finit par désamorcer sa charge à force d’exagération. Noël Coward est pourtant excellent. Mais  c’est Ernie Kovacs qui vole le film. Il est impayable en chef de la police de Battista, cauteleux, méprisant, vipérin qui s’éprend de la fille d’Alec Guinness. J’aime tout particulièrement le moment où ce dernier lui demande si le briquet qu’il vient de sortir est celui qui est tapissé de la peau des prisonniers qu’il a torturé.

Deux films de Thorold Dickinson, cinéaste qu’on redécouvre sont maintenant disponibles en Angleterre : SECRET PEOPLE et QUEEN OF SPADES que Martin Scorcèse aime beaucoup. On pouvait voir sa version de GASLIGHT avec le grand Anton Walbrook sur le dvd zone 1 du film de Cukor.

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Mai
17

Pendant la période très accaparante du montage et du mixage, j’ai pu  jeter un coup d’œil sur quelques coffrets passionnants sortis en Zone 1.

Samuel FullerLe coffret consacré à Samuel Fuller par Sony (sous titres français) est tout à fait particulier. Il ne comprend que deux films réalisés par le grand Sam : CRIMSON KIMONO que j’avais trouvé plutôt moyen après une ouverture éblouissante et que je n’ai pas revu. Et UNDERWORLD USA (les Bas Fonds New-Yorkais titre français fantaisiste puisqu’il n’est nulle par fait mention de New York, dans les dialogues ou dans les images), film profondément personnel et inspiré (là encore le début est magnifique). Il s’agit d’une fable lyrique sur la vengeance, la manière dont celle-ci corrode, abîme, les sentiments du héros. D’autant que cette vengeance paraît inutile, la victime – le père du héros- ne valant pas tripette. Mais en digne héros Fullerien, Cliff Robertson s’arque boute, s’entête à aller jusqu’au bout, n’écoute aucun conseil. La violence rabaisse ceux qui la commettent nous dit Fuller. Elle rend aveugle et sourd même face aux plus belles déclarations d’amour. Quand Cuddles demande à Tolly de l’épouser, il la rejette cyniquement (« you must be on the needle »). Sandy, cette femme âgée extraordinaire qui a élevé le jeune garçon, l’injurie « : «  Cuddles est une géante…Tu sais pourquoi ? Parce qu’elle a vu en toi une parcelle, quelque chose qu’on pouvait sauver. Et toi tu es un nain ». Fuller coupe alors sur un plan rapproché de Cliff Robertson entendant la voix de son amoureuse : « certaines femmes quand on les embrasse, rougissent, appellent la police. D’autres jurent, crient, mordent. Moi, je défaille, je meurs, je meurs d’amour sous tes baisers ». Moment sublime qui vous cueille comme pratiquement tous les plans du film que l’on prend comme des coups à l’estomac. Fuller utilise les contraintes d’un budget for réduit en simplifiant, en allant toujours à l’essentiel, en filmant le concept des scènes plus que les scènes elles-mêmes. Une petite fille passe en vélo près d’une voiture conduite par Gus, un tueur qui lui a donné une friandise. Elle le salue et part en pédalant. La camera reste sur Gus qui démarre, poursuivant la petite cycliste. Plan de la jeune qui pédale. Plan de Gus dans sa voiture. Retour sur l’adolescente que l’on sent inquiète et qui accélère. Sa mère apparaît à une fenêtre. Plan du vélo. De la mère qui crie. Plans plus rapides de la voiture, des roues de la bicyclette. La mère hurle. Fuller coupe sur la petite fille gisant sur le sol à côté de son vélo. Des séquences comme cela, dégraissée, il y en a vingt. Ce traitement stylisé nous entraîne loin du réalisme vers la fable. Les 3 assassins du père de Tolly sont les trois caïds qui chapeautent la prostitution, la drogue, les syndicats. Mais cette stylisation n’empêche pas Fuller de lancer des phrases qui paraissent prophétiques.

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