avr
04

Richard Widmark vient de mourir. Cet acteur remarquable contribua, comme Mitchum et Lancaster, à déplacer, à décaler le cinéma américain de l’après-guerre vers les zones plus sombres, plus troubles qu’exploraient des cinéastes comme Kazan, Dassin, Hathaway, Mankiewicz, Fuller, de Toth. Il communiquait à la plupart de ses personnages une ambiguïté, une fragilité, une violence sourde, un cynisme qui contribuait à brouiller la frontière entre le bien et le mal, à privilégier le doute sur l’affirmation qui était la marque des acteurs américains de la génération précédente. Il faut revoir Le carrefour de la mort (1947), son premier film où il est inoubliable en gangster sadique et ricanant qui fait froid dans le dos, Le port de la drogue (1953), Panique dans la rue (1950), Le jardin du diable (1954), La porte s’ouvre (1950 – l’imbécile traduction de No way out) et bien sûr l’admirable Forbans de la nuit (1950) où il atteint des sommets shakespeariens. Mais on aurait tort d’oublier des productions plus récentes comme The Bedford incident (1965 – Aux postes de combat) qu’il co-produisit, A gathering of old men (1987) un beau téléfilm de Volker Schlöndorff (il faut aller absolument voir le magnifique Ulzhan et revoir Young Torless qu’a sorti Criterion), The Alamo (1960) de John Wayne où il joue Jim Bowie. En attendant que l’on sorte enfin La furie des tropiques (1949) de Toth, Time limit (1957), une autre de ses productions qu’il confia à son ami Karl Malden sur le lavage de cerveau opéré par les communistes à leurs prisonniers durant la guerre de Corée.

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fév
04

Sling BladeJe n’avais jamais vu Sling blade (1996), écrit, joué et dirigé par Billy Bob Thornton. Je l’ai trouvé très intéressant malgré une fin à tiroir trop lourde et insistante. Je craignais le pire, les personnages de retardés mentaux entraînant souvent les films vers la poésie la plus sirupeuse. Or Billy Bob Thornton évite un bon nombre de pièges et de situations convenues, introduit pas mal d’humour ou d’âpreté, fait preuve de justesse dans sa description des rednecks. En tant qu’acteur, il joue à merveille du dialogue minimal qu’il s’est écrit (l’utilisation du mot I reckon, les raclements de gorge, la place de la nourriture). Les personnages secondaires sont bien écrits, distribués et joués et les moments attendus traités avec une absence d’emphase (la rencontre avec le père), un découpage très simple avec un nombre surprenant de plans larges (et aussi des gros plans un peu naïfs comme ceux où le visage du héros n’est toujours éclairé qu’à moitié, soit le front et les yeux ou le bas). Le personnage de l’amoureux de la mère, Doyle, semble sortir d’une nouvelle de Richard Ford ou de Raymond Carver. Le traitement devient trop insistant à la fin, encore que le meurtre final soit traité avec une rare discrétion. (pas de sous-titres sauf anglais dans l’édition collector).

Play DirtyLa MGM a eu la bonne idée de sortir le dernier film réalisé par André De Toth, Play dirty (1968) qui est un chef d’œuvre. Cette variation sur Les 12 salopards (1967) – la guerre ne peut être gagnée que par des criminels – est supérieure au traitement d’Aldrich. De Toth garde une distance, un recul ironique, qui lui permet d’éviter de se faire piéger par la surenchère des effets et de la pyrotechnie. Le ton reste toujours lucide, caustique, tranchant, aidé par un dialogue concis et fulgurant et des acteurs comme Michael Caine, absolument remarquable, ou Nigel Davenport… La fin stupéfie par son audace anarchiste (la dernière réplique est fullerienne). Je me retiens à grand peine de la raconter, mais elle reste toujours aussi forte après de nombreuses visions.

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nov
07

ItinérairesJe me souviens que lorsque je suis sorti du cinéma après avoir vu Itinéraires (2006) de Christophe Otzenberger, j’ai été touché, ému, remué. Sa retenue, sa pudeur décuple l’âpreté du propos. Le regard qu’Otzenberger porte sur ce monde abandonné des dieux, livré à lui même, comme si la civilisation « c’était ailleurs, plus loin », est exempt de paternalisme comme de condescendance. Le trait n’est pas forcé ni la noirceur soulignée, au contraire. On conserve malgré tout une sorte d’espoir, de cet espoir qui vous fait tenir debout et continuer à marcher même quand le froid mord, quand les portes se ferment et qu’on ne peut se confier à personne. Formidable constat d’échecs que ce monde où la misère, le dégoût de soi vous lancent dans la violence ou le mutisme. L’ignorance, la difficulté d’établir de vrais rapports en dehors des dialogues d’ivrognes, tout cela parait miner les personnages, amoindrir jusqu’à leur instinct de conservation.

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