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Commençons ce nouveau blog par quelques repentirs. Sur des cinéastes que j’ai trop peu mentionnés (je n’avais pas acheté ou vu les dvds). Bergman, par exemple, dont il faut dire aussi que les films ressortaient souvent au Saint-André-des-Arts. J’avais été bouleversé par Saraband (2003), chef-d’œuvre qui conclut de manière éblouissante sa carrière. Ils ne sont pas légion les cinéastes dont les derniers films atteignent de telles hauteurs. Il y a le John Huston (Les gens de Dublin -1987), le Bresson (L’argent –1983), Ozu, Naruse ou Mizoguchi.

Saraband L'argent

La mort de Bergman suscita quelques réactions vicieuses ou désagréables. Un article particulièrement creux et médiocre de Jonathan Rosenbaum dans le New York Times auquel répondirent Roger Ebert et Woody Allen. Dans le Times, le critique en chef publia la liste des 10 Bergman à ne pas voir, sans citer ceux qu’il fallait voir. Des journalistes de télévision anglaise, détenteurs de la sagesse populiste, traitèrent les amateurs de Bergman de snobs adorant s’ennuyer au cinéma, de crétins réactionnaires, ennemis de tout divertissement. Donc répétons qu’il faut voir Saraband, que c’est une oeuvre passionnante, déchirante et que dans la foulée il faut se ruer, je ne cite que les films que j’ai revus, sur une délicieuse comédie : Sourires d’une nuit d’été (1955), sur Fanny et Alexandre (1982 – revu dans l’édition Criterion), Persona (1966). En attendant de revoir L’attente des femmes (1952), Cris et chuchotements (1953), Monika (1953) et Jeux d’été (1953), La nuit des forains (1953), La honte (1968), Le visage (1958) ou La flûte enchantée (1974). Pastichant Jules Renard, j’ai envie de dire que les personnes qui disent du mal de Persona m’ennuient avant qu’elles aient ouvert la bouche.

Sourires d'une nuit d'été Fanny et Alexandre Persona
L'attente des femmes Cris et chuchotements Monika
La nuit des forains La honte Le visage
La flüte enchantée

Antonioni a eu droit à un bel éloge funèbre de Martin Scorsese. Signalons donc que L’avventura (1960), que je tiens pour une de ses réussites majeures avec La nuit (1961), est sorti aux Editions Montparnasse. Je ne peux m’empêcher, à propos de L’avventura, de citer l’initiative farfelue de Raymond Borde, directeur de la Cinémathèque de Toulouse (qui doit être respectueuse du droit d’auteur et du patrimoine) qui avait remonté le film, l’amputant des plans qu’il jugeait trop longs et inutiles, soit près de 30 minutes, ce qui donnait selon lui un chef-d’œuvre. On peut trouver Chronique d’un amour (1950) avec la si belle musique de Giovanni Fusco dans un coffret édité par Carlotta, Blow up (1966) et depuis peu, grâce à Jack Nicholson, Profession reporter (1975). Par contre, j’attends Le cri (1957) disponible uniquement aux USA chez Kino.

L'avventura Chronique d'un amour Blow-up
Profession reporter Le cri

Chien enragéRepentirs, ce sont des films que j’ai tout simplement oubliés : ainsi Chien enragé (1949) de Kurosawa, policier noir, violent qui décrit avec puissance le Japon de l’après guerre et qui est une réussite totale. Toshirô Mifune joue un flic qui se fait voler son arme, acte qui le déshonore et qu’il va tenter de réparer. Bonne occasion de revenir sur l’autre film policier de Kurosawa, Entre le ciel et l’enfer (1963) d’après Ed McBain dont le début très claustrophobe (on a parlé de L’influence du Wise de La tour des ambitieux - 1954) est une sorte de tour de force tout comme l’époustouflante séquence du train et la conclusion dostoïevskienne.

Coffret Pierre PerraultMes repentirs peuvent aussi comprendre des films dont j’ai parlé trop succinctement. Par exemple le coffret Pierre Perrault (éditions Montparnasse) dont on se dit hélas qu’il trouvera peu d’acheteurs, que la presse n’en parlera guère (il y a eu un bel article dans La Croix). J’ai revu Les voitures d’eau (1968) avec un bonheur incroyable. Passer à coté de telles merveilles, de personnage aussi savoureux, aussi drôles, aussi sensés et magnifiquement aventureux qu’Alexis Tremblay (Le règne du jour – 1967), que ces marins de l’île aux Coudres, de leur « parlure » si riche, si poétique me parait pire qu’un crime, une sottise. Perrault y aborde nombre de sujets essentiels : Le poids du temps qui passe, l’usure qu’il fait peser sur les coutumes et les traditions, le changement des mœurs et des habitudes, le rapport au métier, à la vie qu’on a toujours menée et qui parait s’évanouir devant vous. Il parle des racines, de ce qui vous retient, de ce qui vous inspire.

Monsieur ArkadinJ’avais été trop court sur le coffret Criterion consacré à Monsieur Arkadin (1955) d’Orson Welles qui nous donne à voir deux versions du film : celle baptisée Corinth du nom de son distributeur, qui est légèrement différente des copies sorties en France et une version remontée qui intègre des scènes trouvées dans la version dite française, dans des internégatifs espagnols (certaines séquences avaient été refaites avec des comédiens différents) avec un remontage qui s’appuie sur des notes de Welles et fait éclater la structure du film. Cette version s’ouvre vraiment avec la séquence d’Akim Tamiroff et déplace des plans et des scènes. Un documentaire explique toutes les étapes de cette restauration et les raisons de certains choix. Un léger point de désaccord : les auteurs impliquent que Welles n’était pas satisfait de la version sortie en France par le co producteur Louis Dolivet avec qui il s’était brouillé. Or nous avions, Pierre Rissient et moi, rencontré Monsieur Silvera bras droit de Dolivet qui nous affirma que la brouille avec Welles est très postérieure à la sortie. Il n’en faut pour preuve que Dolivet finança son film suivant, Moby Dick rehearsed et c’est le fait qu’il quitta subitement ce tournage, après avoir filmé 52 minutes que Silvéra (et donc Dolivet et aussi Maurice Bessy) aimait beaucoup, qui provoqua la rupture. Le texte du commentaire prend là trop en compte des assertions de Welles.

Coffret BernardA propos de Criterion, signalons qu’ils viennent de sortir Avant la France, un coffret consacré à Raymond Bernard, auteur à redécouvrir, avec Les croix de bois (1932 – The wooden crosses), oeuvre oh combien puissante et émouvante et Les misérables (1934), la meilleure adaptation du roman de Hugo avec une distribution idéale. Milestone avait déjà sorti Le joueur d’échecs (1927 – The chess player). En France les Documents Cinématographiques ont sorti Les otages (1938) dont j’ai beaucoup parlé dans la chronique n° 11.

Je voudrais revenir sur deux westerns, La colline des potences (1959) de Delmer Daves qui fait partie de mon panthéon pour interpeller Warner France qui fait d’habitude du bon travail, pour leur demander pourquoi ils ont sorti le film dans un mauvais format. A cette époque Daves ne tournait pas en 1/33, sans doute en 1/85 ou 1/66. Chez Warner on est d’habitude très méticuleux et cette erreur étonne d’autant. Elle n’empêche pas que toutes les personnes à qui j’ai conseillé le dvd de me faire part de leur enthousiasme.

L’autre western, c’est l’étrange Little big horn (1951), écrit et réalisé par Charles Marquis Warren (chez VCI www.vcientertainment.com, sans sous-titres, et peu de bonus), qui fut l’agent de Scott Fitzgerald, lequel soutint ses premiers écrits. Cette oeuvre sombre s’ouvre de manière surprenante et originale sur un dialogue d’amour, en fait une scène d’adultère entre John Ireland qui est magnifique de retenue et Marie Windsor. Le ton du dialogue, l’amertume contenue qui émane des personnages, dégage une impression de mélancolie que l’on retrouvera tout au long de cette expédition funèbre, que l’on sait condamnée à l’échec. Personne n’a prévenu Custer du piège qui l’attendait et qu’il avait provoqué. La mort de Lloyd Bridges atteint par trois flèches en même temps, la lente déambulation du scout autour du point d’eau, constituent de beaux moments de cinéma. Le film se conclut sur un carton totalement énigmatique. On nous dit qu’on retrouva sept corps qui devaient être ceux des soldats servant sous les ordres du Capitaine Donlin et du lieutenant Haywood dont les vrais noms sont… Pourquoi cette subite révélation qui pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses ? Si ces personnages ont existé pourquoi avoir changé leur nom ? L’histoire d’amour ? Mais alors pourquoi les révéler à la fin ?

La colline des potences Little Big Horn

AnastasiaAvant de repartir en Louisiane, j’ai enfin revu Anastasia (1956) d’Anatole Litvak sur la recommandation de mon ami Jean-Pierre Coursodon qui m’écrivit ceci : « Dans 50 ans de cinéma américain nous disons que nous n’avons pas revu Anastasia (en fait pour ma part je ne l’avais jamais vu) et c’est à peu près tout. Je viens de le voir et c’est un film excellent. L’adaptation de la pièce par Arthur Laurents est très habile et ne fait pas du tout théâtre, et la mise en scène de Litvak est d’une élégance et efficacité qui font penser à Cukor – et pas seulement parce que l’argument a de curieux points communs avec My Fair Lady (le personnage de Brynner est un Pygmalion cynique à la Henry Higgins) – le thème, remarquablement traité, de l’incertitude sur l’identité est aussi cukorien après tout… Ingrid Bergman sait qu’elle n’est pas Anastasia mais en prétendant l’être finit par se demander si par hasard elle ne serait pas authentique, et finalement semble le croire. Oscar mérité pour une fois, et Brynner est excellent, ainsi qu’Helen Hayes (superbe scène avec Bergman vers la fin). Litvak utilise très bien l’espace de ses vastes intérieurs royaux au Danemark. C’est certainement le meilleur Litvak de la dernière période. » Je suis entièrement d’accord avec cette analyse.

Dans la même collection on peut trouver L’impasse tragique (1946), l’un des meilleurs films noirs de Henry Hathaway avec Appelez Nord 777 (1948), le splendide L’Aventure de Mme Muir (1947 –The ghost and Mrs. Muir) de Mankiewicz et Anna et le Roi de Siam (1946) de Cromwell que je n’ai jamais vu.

L'impasse tragique Appelez Nord 777 L'aventure de Mme Muir

Adieu ma jolieRevu aussi avec un vrai plaisir Adieu ma jolie (1944 – Murder my sweet aux Editions Montparnasse, très bien présenté par Serge Bromberg) dont la première partie m’a paru bien meilleure que dans mon souvenir. Le choix de Dick Powell, qui passe directement du crooner chez Busby Berkeley à Philip Marlowe, est formidable. Il donne à Marlowe une désinvolture flirtant continuellement avec la noirceur, l’amertume, le cynisme. On sent qu’il a dû, dans le passé, accepter n’importe quel boulot, qu’il s’est trouvé coincé dans des combines minables. Raymond Chandler le considérait comme le meilleur Marlowe. Les autres acteurs sont très bien choisis, notamment Mike Mazurki qui jouait déjà ce rôle dans la première version mais qui là est formidable. Magnifique photo. Les visions expressionnistes m’ont semblé moins lourdes, moins pénibles à la révision et deux ou trois plans sont même curieux et efficaces mais le film devient plus terne, plus banal, le scénario moins cinglant, la construction à présent totalement chronologique recèle moins de surprises. Cela reste visible mais en deçà de la première partie. Est-ce la faute du scénariste John Paxton, du producteur Adrian Scott qu’on ne peut dissocier du projet, du roman de Chandler ?

Dans un genre très différent je voudrais signaler le coffret Luc Moullet, l’un des auteurs les plus libres et les plus indépendants, qui recèle des pépites. Les amateurs de pataphysiques devraient se régaler et se ruer sur Genèse d’un repas (1978) et Anatomie d’un rapport (1975).

Luc Moullet

A l’occasion du beau film de Catherine Breillat, Une vieille maîtresse, rappelons d’autres oeuvres aussi personnelles et fortes comme 36 fillette (1988) qui reste un de mes préférés et Sex is comedy (2002) avec Anne Parillaud.

36 Fillette Sex is comedy

Ne le dis à personneNous avons décerné à l’Institut Lumière le prix Jacques Deray à Ne le dis à personne (2006) que nous aimions énormément. Le travail de Guillaume Canet me parait exemplaire. Le scénario évite tous les écueils que l’on trouve dans les adaptations, transpositions de romans américains. Je trouve même qu’il améliore le livre de Coben, notamment quant à la fin, plus romantique, moins esclave de l’intrigue. Cluzet est sensationnel tout comme Nathalie Baye et Kristin Scott Thomas et rappelons que l’on peut trouver La piscine (1968) et Le gang (1977) de notre ami Jacques.

La piscine Le gang

Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi même, signalons la sortie de dvds auxquels j’ai participés : le nouveau coffret Michael Powell qui comprend 3 chefs-d’œuvre dont le très méconnu A Canterbury tale (1944) passionnante méditation, truffée d’éclairs poétiques ou humoristiques, sur l’identité nationale, sur les racines (on n’est pas si loin de Pierre Perrault) à travers la recherche d’un mystérieux individu qui déverse de la glu sur les cheveux des jeunes anglaises qui, en 1943, sortent avec des américains. Plus je revois ce film plus il me touche tout comme Je sais où je vais (1945) merveilleuse comédie romantique sur fond d’Écosse, que Powell aimait tant.

Citons aussi quelques westerns essentiels qui viennent enfin de sortir (en France mais pas aux USA) comme L’homme qui n’a pas d’étoile (1955) de King Vidor, Le passage du canyon (1946), l’un des grands films de Jacques Tourneur et Willie Boy (1969) écrit et réalisé par Abraham Polonsky 20 ans après le magnifique Enfer de la corruption (1948 – Force of evil) sorti en Pocket chez Wild Side tout comme Côte 465 (1957) de Mann, Associations criminelles (1955) de Joseph H Lewis et Caught (1949) de Max Ophüls.

Le passage du canyon Willie Boy
Enfer de la corruption Côte 465
Caught

La grande horlogeCarlotta vient de distribuer deux titres majeurs : La grande horloge (1948), splendide adaptation par Jonathan Latimer (dont les dialogues sont une merveille) et John Farrow du Grand horloger de Kenneth Fearing que Boris Vian avait traduit. On retrouve le goût de Farrow pour les plans très longs, souvent sophistiqués (l’ouverture surprend à chaque vision) qui mettent en valeur le décor, libèrent certains comédiens. Milland toujours bon chez Farrow et Laughton est ici assez inoubliable tout comme une pléiade de seconds rôles.

Et Espions sur la tamise (1944) un Lang considéré à tort comme mineur et qui est une éblouissante démonstration stylistique analysée par Jean Douchet.

Espions sur la tamise
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juin
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imamuraCommençons par ce que l’on appelle un repentir : dans ma chronique N° 6 d’Octobre 2006, je mentionnais deux coffrets consacrés à Lucian Pintilie et à Shohei Imamura, mais je ne m’étendais pas assez sur les films. Je n’en disais pas assez la force et l’importance.
Alors répétons le, Trop Tard (1996) et L’Après midi d’un tortionnaire(1998 – qui sont analysés par Michel Ciment – MK2) sont des œuvres magnifiques, mélanges très personnels d’analyse politique et sociale décapante, désenchantée et de comédie farceuse. Deux enquêtes, la première sur des meurtres commis dans une mine, la seconde sur le passé horrifique d’un fonctionnaire attaché au régime de Ceausescu. Devenu apiculteur, il est interrogé dans sa cour, près de l’arbre où il aurait tué son père, par une jeune journaliste qui a des problèmes avec son magnétophone et une de ses victimes qui s’endort périodiquement. Leurs questions sont perturbées par le fils du tortionnaire qui estime que rechercher la vérité, c’est salir la Roumanie et vient perturber la discussion avec ses amis supporters de l’équipe de foot. Comme dans Trop Tard qui frappe aussi par l’originalité de ses scènes d’amour, Pintilie dénonce avec une ironie mordante l’alliance incongrue des anciens bourreaux communistes et des nouveaux nationalistes ultra conservateurs qui s’entendent sur le dos de la vérité
A côté de La vengeance est à moi (1979), la plupart des films d’horreur actuels font figure de bluettes. La description des deux premiers meurtres notamment nous prend de plein fouet. Leur réalisme évite tout voyeurisme, tout sentiment d’exploitation, ce qui décuple son intensité et le rend vraiment dérangeant. Les réactions des personnages secondaires, des témoins qui découvrent le corps sont filmées de manière fulgurante et toujours inattendue. Par la suite, Imamura devient plus elliptique dans la description des meurtres commis par son « héros », personnage terrifiant dans son opacité, mais dont on finit par comprendre certains ressorts, sans jamais l’excuser.

Le DVD reste un monde mystérieux. Après avoir revu au Quartier Latin un de ces films qui vous ont marqué, Le mépris (1963) de Jean-Luc Godard (dont j’avais été l’attaché de presse), l’un de ses grands chefs-d’œuvre, on découvre que la meilleure édition, et de loin, est l’Américaine (Contempt chez Criterion). Idem pour Bande à part (1964 – Band of outsiders, toujours chez Criterion). Seuls les dvddophiles américains peuvent vraiment apprécier la photo de Raoul Coutard et l’interprétation sublime de Bardot, Piccoli et de Fritz Lang impressionnant, « La mort n’est pas une conclusion », dit-il, phrase qu’il faut se répéter après la disparition de Francis Girod, Robert Altman, Philippe Noiret.
DelerueIl faut évidemment aussi citer la magnifique musique de Delerue. À propos de Delerue, signalons le CD qui groupe les musiques de Delerue pour Godard dans l’indispensable et magnifique collection dirigée par Stéphane Lerouge. On trouve également des CD d’Antoine Duhamel, de Philippe Sarde (pour Claude Sautet, Alain Corneau, Granier-Deferre, et moi-même), de Georges Van Parys etc …

Coffet BriseauAutre coffret important, celui qui regroupe deux des meilleurs films de Jean-Claude Brisseau (dont j’avais bien aimé Choses Secrètes – 2002 et son parfum érotico libertaire). On retrouve Un jeu brutal (1983) et De bruit et de fureur (1988) toutes les obsessions brissaldiennes, la description d’une école (déjà) minée, gangrenée par des problèmes dont on prendra conscience avec deux décennies de retard. Dans les bonus, L’Echangeur (1982) court-métrage bouleversant qui décrit sans moralisme ni commentaire un jeune garçon, un mineur qui parvient à survivre en se livrant à toutes sortes de trafics. Brisseau met à nu avec un regard incroyablement juste une réalité niée à l’époque par les politiques, les édiles, les institutions. Il n’avait que 20 ans d’avance. Ce film justifie à lui seul l’achat du coffret.

J’ai revu avec beaucoup de plaisir L’amour c’est gai, l’amour c’est triste (1971) de Jean-Daniel Pollet, comédie douce amère épatamment écrite par un Remo Forlani aussi en forme que dans sa meilleure pièce, Guerre et paix au café Sneffle. On y retrouve Claude Melki que personne, hélas, ne sut filmer et mettre en valeur comme Pollet. Qui fait une fois encore de son héros, Léon, une sorte d’Harry Langdon. Un ingénu aérien, martyrisé par l’amant de sa sœur, une brute imbécile, un proxénète borné qui aurait aimé « être facteur s’il ne fallait pas monter les étages », rôle en or pour le génial Jean-Pierre Marielle, lequel débite une litanie d’aphorismes stupides, de clichés (« tous les Anglais sont homosexuels. Sauf Winston Churchill »), de jeux de mots débiles : mets la nappe, oh Léon. Léon qui n’a jamais compris le vrai travail de sa sœur, inénarrable Bernadette Laffont, et qui va être touché par une jeune fille, jouée, eh oui, par Chantal Goya, toute aussi maladroitement charmante que dans le Godard.

J’ai aussi revu Betty Fischer et autres histoires (2001) de Claude Miller, un de ses meilleurs films (Edouard Baer et Mathilde Seigner sont particulièrement remarquables dans une distribution épatante) et Demonlover (2002) d’Assayas qui avait été sous estimé à Cannes.

Bettyfisher
forty shade of blue

MK2 vient de sortir dans la catégorie découverte deux œuvres remarquables : Forty shades of blue (2005) de Ira Sachs qui se déroule à Memphis. Ce portrait doux amer d’une jeune femme russe mariée à un producteur de musique, magnifiquement joué par Rip Torn dont la vie se fissure, est filmé avec beaucoup de délicatesse et de tendresse. Tout comme Be with me (2005), première œuvre d’un cinéaste de Singapour, Eric Khoo. Impossible d’oublier les personnages de ce film, ces jeunes filles qui à force d’utiliser toute les technologies les plus modernes pour se parler, ne se disent plus rien. Contrairement à ces infirmes qui vont réussir à communiquer avec un minimum de mots. Tout ce qui touche à la cuisine comme lien émotionnel est formidable.

constantineDans le rayon patrimoine, signalons la sortie chez René Château d’un coffret Eddie Constantine avec deux de ses meilleurs films, Ca va barder (1955) de John Berry, Cet homme est dangereux (1953) de Jean Sacha et une nullité, L’homme et l’enfant (1956) de Raoul André où l’on voit pourtant la future Nadine de Rothschild se faire fesser. Chez Pathé où l’on s’intéresse enfin au patrimoine, sortie des Disparus de Saint-Agil (1938) d’après Pierre Véry, l’un des meilleurs Christian-Jaque. Et, enfin, une édition que l’on dit bonne des Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné.

Les disparus de Saint-Agil
enfants du paradis

J’ai enfin vu Jéricho de Henri Calef qui est un fort bon film, tout à fait fascinant. Il fut distribué en 1945 et tourné à la fin de 44, dans une vraie proximité avec les évènements qui l’inspirèrent (le bombardement, qui est le clou du film, se déroula fin 1943. Dans le film, Spaak et Calef le placent juste avant le débarquement). La plupart des pilotes anglais qui furent engagés dans le film, nous dit Calef dans le livre que lui consacrent Philippe Esnault et Marie Calef, participèrent au raid.
Le film grouille de personnages. Il y en a plus de 40, tous différents. La plupart d’entre eux sont très bien écrits par Charles Spaak et bien joués. Jean Brochard en chef de gare, Pasquali en conseiller municipal pleutre qui pour ne pas devenir un otage, démissionne sous prétexte d’un désaccord sur le stade, Jacques Charon en aristocrate, emprisonné pour avoir chanté la Marseillaise et qui veut tout le temps convaincre ses co-détenus d’entonner des hymnes.
La vision de Jéricho détruit un bon nombre de clichés : voilà un film qui ne montre pas que tous les Français sont des héros ou des résistants. On y voit des attentistes, des lâches, des égoïstes. Pierre Brasseur joue un personnage d’une rare abjection, anti-sémite, peureux, prêt à trahir tout le monde. Il s’agit moins d’un film sur la résistance que d’une étude sur différentes attitudes, prises de position qu’on a pu trouver durant l’occupation. Et aussi sur 50 personnes qui vont mourir. La scène où ils doivent écrire leur dernière lettre en se partageant les trois crayons donnés par les Allemands (souvenir des crayons qu’on donna à Spaak dans sa cellule pour écrire Les caves du Majestic) est tout à fait forte. Rappelons que Calef dut se cacher durant toutes ces années et qu’il refusa de porter l’étoile Jaune.
La photographie de Claude Renoir est spectaculaire, notamment dans les scènes de nuit et la réalisation de Calef inventive, avec de très nombreux mouvements d’appareil. J’aime beaucoup qu’il ait coupé le dialogue de la scène d’amour avec Pellegrin qu’il filme derrière une fenêtre.

cinéma sans étoileLes films de Calef et la lecture du livre Henri Calef, cinéma sans étoile (Pilote 24 édition) de Philippe Esnault et Marie Calef m’ont donné envie de revoir L’alibi (1937) de Pierre Chenal (chez René Château, copie correcte aucun chapitrage ni bonus), excellent metteur en scène, hélas oublié des DVD. Où sont La maison du Maltais (1938), Le dernier tournant (1939), excellente adaptation du Facteur sonne toujours deux fois, L’homme de nulle part (1937) d’après Pirandello ? Dans L’alibi,Stroheim est formidable. (C’est même peut être le film français où il est le mieux), tout comme Préjean, Jany Holt et Jouvet. Il faudra un jour revenir sur le soi disant divorce entre Jouvet et le cinéma, car il existe une bonne quinzaine de films où il est formidable. Chenal dirigeait bien les acteurs, à l’américaine, sans les laisser commenter leurs rôles. La fin, imposée par le producteur et que Chenal regretta toute sa vie, est un cran en dessous mais le rythme, la mise en scène, la photo en font un vrai film noir qui mérite d’être redécouvert…

brazza ou l'épopée du CongoDeux découvertes grâce une fois de plus, aux Documents Cinématographiques et ce dans de beaux tirages : Brazza, ou l’épopée du Congo, épopée colonialiste filmée par Léon Poirier, au pittoresque parfois involontaire, qu’il est bon de revoir dans le cadre du débat sur les bienfaits de la colonisation. À signaler un des cartons les plus amusants de l’histoire des génériques français : après avoir vu défiler les noms des acteurs, on peut lire « Monsieur XXX, secrétaire personnel de Savorgnan de Brazza viendra dire quelques mots à la fin du film ».
Et surtout Lourdes et ses miracles (1955), documentaire en trois partie de Georges Rouquier (assistant Jacques Demy). Rouquier intervient dans deux parties : l’enquête sur les miracles, qui nous vaut trois interviews très pittoresques de miraculés et la conclusion. Il reste silencieux pendant l’épisode central durant lequel il filme sans commentaire une journée de pèlerinage, avec plusieurs plans impressionnants. À la fin, il revient sur deux guérisons qui se seraient produites durant cette journée. À ne pas manquer.

Coffret WilderDans le coffret Billy Wilder, j’ai découvert avec un immense plaisir Les 5 secrets du désert (1943 – Five graves to Cairo chez Carlotta. Copie magnifique), film tout à fait divertissant et très inventif. La photo de John Seitz est presque aussi impressionnante que dans le génial Assurance sur la mort (1944), toujours chez Carlotta. Le dialogue de Wilder et Brackett fait mouche à de nombreuses reprises aussi bien dans le sérieux (l’évocation précise de Dunkerque et du ressentiment des Français, sujet peu abordé à l’époque) que dans la cocasserie qui repose toujours sur une approche juste. J’adore le général italien dont les Allemands ont volé la brosse à dents à Benghazi et qui essaie de chanter des airs d’opéra, provoquant des réactions courroucées de ses « alliés ». Il déclare d’ailleurs « une nation qui rote ne peut pas comprendre une nation qui chante ». Rommel, lui, exige que quand il sera à Alexandrie, on joue « Aïda en allemand, en coupant le second acte qui est trop long et pas très bon ». Il ajoute qu’on ne peut compter sur les italiens qu’on soit avec ou contre eux…

Au rayon des westerns, Warner vient de sortir le dernier film de Raoul Walsh, La charge de la 8ème brigade (1964). On aurait aimé que notre génial borgne, auteur de tant de chefs-d’œuvre (L’enfer est à lui - 1949, La charge fantastique - 1941, Gentleman Jim - 1942, La grande évasion - 1941) termine sa carrière comme Altman ou John Huston. Ce n’est pas tout à fait le cas. Walsh commit l’erreur de choisir, comme scénariste, un de ses vieux complices, John Twist, auteur conventionnel, peu inventif. Et surtout la Warner l’obligea à prendre des jeunes acteurs, Troy Donahue, Susanne Pleshette, dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont guère inspirants. Walsh tente par tous les moyens d’animer son héros et finit par le filmer en plan large. Il se rattrape avec James Gregory en général qui cite les auteurs latins et Claude Akins, escroc proxénète de la plus belle eau, et les scènes d’action sont remarquablement filmées. Walsh n’a rien perdu de son sens de la composition et sa collaboration avec le génial chef opérateur de Ford, William Clothier, donne de remarquables résultats. Dans le dernier tiers, la bataille (et tout ce qui précède, notamment les rapports avec le scout indien), la recherche des Indiens, l’exode dans le désert possèdent même un ton épique, une majesté, une grandeur tout à fait magnifique. Walsh parvient à intégrer plusieurs actions dans de nombreux plans de bataille, jouant sur la profondeur de champ (on voit des soldats mourir dans le lointain) et l’on comprend la tactique des uns et des autres… Dans sa dernière partie, il réussit plus de plans denses, tragiques, aigus qui font regretter qu’il n’ait pas pu tourner un autre film.
Les implacables (1955) est plus égal, mieux écrit, du moins superficiellement, mieux tenu, bien joué par Gable et Jane Russel (dont j’adore les chansons). Et bien sûr Robert Ryan dont la dernière réplique donne une nouvelle couleur à son personnage : parlant de Gable, il dit : « C’est le genre d’homme que l’on rêve de devenir quand on est petit et que l’on serait content d’avoir été quand on devient vieux ». La phrase qui ouvre le film est toute aussi fulgurante ; arrivant devant un pendu, Gable constate : « nous approchons de la civilisation… » Ce n’est pas pourtant un Walsh majeur dont les meilleurs moments ne rivalisent pas avec les beautés éparses que l’on trouve dans cette 8ème Brigade.

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mai
23

Avant de partir aux Etats-Unis pour le tournage de mon film, j’avais revu ces merveilles que sont Cluny Brown (1946 – La Folle Ingénue), La 8ème Femme de Barbe Bleue (1938 – écrit par Billy Wilder et Charles Brackett d’après une pièce d’Alfred Savoir) et Shop Around The Corner (1940) d’Ernst Lubitsch. INDISPENSABLES.
Fait paradoxal, Cluny Brown est disponible en France mais pas aux USA.

La folle ingénue La 8 ème femme The Shop Around The Corner

Pique-nique en Pyjama (1957) est un des meilleurs Stanley Donen. Toutes les chansons sont excellentes (notamment Steam heat, Every man loves a woman superbement chanté par Doris Day et Hernando’s Hideaway, subtilement traduit en français, « Amour, Castagnettes et Tango »). Chorégraphie inventive et athlétique de Bob Fosse.

Pique Nique

L'homme au masque de cireL’homme au Masque de Cire (1953) d’André de Toth fut le premier film en 3D (et l’un des meilleurs) avec Bwana Le Diable (1952) de Arch Oboler. De Toth utilise le relief de manière astucieuse, jouant avec le brouillard, la couleur, des rentrées de champ inattendues (Alain Resnais se souvenait du surgissement de Charles Bronson qui rentre par le bas de l’image). Le relief donne un côté presque mystique au film qui vient d’être refait de manière calamiteuse.

Signalons deux coffrets : Celui de Ken Loach que l’on attendait depuis longtemps (avec Riff-Raff -1990 et Raining Stones -1993 deux oeuvres majeures) et aux Editions Montparnasse, celui qui est consacré au génial documentariste Pierre Perrault avec ces chefs-d’œuvre absolus que sont Pour la Suite du Monde (1963), Le Règne du Jour (1967) et Les Voitures d’Eau (1968). Je n’ai jamais oublié l’émotion intense, poignante, unique, ressentie lors de la découverte au Petit Marigny de ces films qui « brassent la cage ».

Pierre Perrault Ken Loach

Le couperetDans un registre opposé Le Couperet (2005), remarquable adaptation par Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg d’un fort bon roman de Donald Westlake. La transposition de cette histoire américaine dans une zone frontalière est une excellente idée.

du-slience-et-des.gifAutre adaptation très réussie : Du Silence et des Ombres (1962 – To Kill a Mockingbird) de Robert Mulligan, une oeuvre sensible, attachante et délicate qui transpose le beau roman de Harper Lee qui vient d’être réédité en France. Signalons que l’on voit Harper Lee dans les deux bons films consacrés à Truman Capote dont elle fut l’assistante.

Wild Side vient tout juste de sortir un Fritz Lang ultra rare House by the River (1950), tourné pour un petit studio, Republic, et un budget dérisoire. On y retrouve tous les thèmes et les obsessions de Lang. L’édition Française nous offre en bonus un entretien entre Lang et William Friedkin et dans l’américaine (Kino : www.kino.com), une analyse du film par Pierre Rissient, l’un des grands connaisseurs de ce film et de Lang.

Question Bonus et qualité de la copie, on doit préférer l’édition américaine (Criterion : www.criterion.com) du magnifique Touchez pas au Grisbi (1954). Transfert somptueux, ajout de l’émission Cinéastes de Notre Temps consacré à Becker. J’ai adoré revoir ce film, qui gagne à chaque vision. Il se révèle d’une rare audace dans la description du personnage de Gabin, gangster vieillissant, fatigué, qui considère qu’après minuit, il fait des heures supplémentaires. Son attitude vis à vis des femmes, est tout à fait originale pour l’époque et d’une grande modernité politiquement incorrecte.

Touchez pas

Tanner - 88Toujours chez Criterion, signalons Tanner 88 (1988) série télévisée de Robert Altman, écrite par Gary Trudeau, sur la campagne d’un candidat démocrate fictif, incarné magnifiquement par Michael Murphy, qui essaie de s’imposer durant les primaires. L’actualité tant américaine que française renforce la pertinence, la justesse prémonitoire de cette oeuvre essentielle. Altman mêle brillamment moments de fiction et de documentaires, acteurs et politiciens ou journalistes réels, analyse avec acuité les rapports entre la politique et les médias, politiciens réels, de Dukakis à Gary Hart en passant par Gore, se livre en permanence à de spectaculaires changements de ton. Comme toujours cinq ou six actions se télescopent dans la plupart des plans et des scènes et certains personnages secondaires deviennent brusquement des figures essentielles au détour d’une séquence. J’adore tout particulièrement la stagiaire volontaire nunuche dont chaque réflexion est décalée durant les premiers épisodes et qui prend peu a peu des couleurs différentes. Chaque épisode est précédé d’une interview avec les différents protagonistes 16 ans plus tard. INDISPENSABLE.

Les angesJ’ai aussi revu avec beaucoup de plaisir à la Nouvelle-Orléans Les Anges Exterminateurs (2006) de Jean-Claude Brisseau. Sa force de conviction ingénue, son engagement me touchent et confèrent au film une force quasi mystique. Ce mot surprendra au vu des scènes sexuelles, mais je le maintiens.

36fillette.gifDans le même registre, 36 Fillette (1988), un des meilleurs films de Catherine Breillat. Apre, teigneux corps à corps avec des personnages dérangeants, c’est une vraie réussite injustement éclipsée par des succès plus récents.

En Angleterre (www.amazon.co.uk) quatre titres des plus rares : Tight Spot (Coincée – 1955), policier réussi de Phil Karlson où Ginger Rogers est épatante, Hot Blood (1956) un Nicholas Ray ultra rare, massacré, remonté, à la distribution ahurissante mais qui a des défenseurs dignes de son titre français : L’Ardente Gitane. Seven Days to Noon (Ultimatum - 1950) fort bon film des frères Boulting sur un savant qui menace de faire sauter Londres si les expériences nucléaires se poursuivent. Les plans de Londres que l’on évacue sont fort impressionnants. De John Boulting, The Magic Box (1951) sur l’invention du cinéma avec la quasi-totalité des acteurs britanniques. Martin Scorsese l’inclut dans tous ses programmes. Très belles couleurs.

Tight Spot Hot Blood

Bond Of Los AngelesEn zone américaine, sortie de plusieurs classiques du film de cape et d’épée. Dans un même dvd, les deux versions de The Prisoner of Zenda (Le Prisonnier de Zenda – 1937 et 1952) d’après le roman éponyme de Anthony Hope (classique de la bibliothèque Verte). La première est due au talentueux John Cromwell et la seconde de Richard Thorpe la décalque fidèlement. On raconte que les droits de remake, exigés par Stewart Granger, furent si chers que la MGM refusa de payer un nouveau scénario et demanda qu’on recopie cette version.

Le coffret Errol Flynn paru dans les deux zones nous offre plusieurs trésors qu’on dégustera avec volupté en rendant grâce à Michael Curtiz, cinéaste virtuose, ainsi qu’à Raoul Walsh dont on vient enfin de sortir Gentleman Jim (1942) que l’on redécouvrit dans les années 60 grâce à Pierre Rissient « Walsh ou le Max Roach du cinéma ».

Coffret Flynn Gentleman Jim

D’autres Walsh sont sortis : Band of Angels (L’Esclave Libre -1957) et le sublime Pursued (La Vallée de la Peur – 1947).

Bond Of Los Angeles Pursued

The Pirates Of PenzanceLes opéras comiques de Gilbert and Sullivan restent méconnus en France et le beau film que Mike Leigh leur consacra fut un bide. Il faut dire que les livrets, les lyrics de Gilbert sont difficilement traduisibles ou adaptables. Ils regorgent d’allusions, de jeux de mots qui n’ont pas de sens. Il faut pourtant voir The Pirates Of Penzance (1980) et son festival de pyrotechnie verbale (qui culmine avec l’entrée du major général), captation d’une représentation donnée dans le cadre de Shakespeare on the Park. Rythme effréné, trouvailles farceuses, chanteurs remarquables, notamment Linda Ronstadt et l’ébouriffant Kevin Kline.

J’ai découvert plusieurs films restés quasi inédits en France dont deux méritent d’être vus. Le premier Shattered Glass (2003), écrit et réalisé par Billy Ray sur un des grands scandales qui secoua The New Republic et le journalisme américain et le second Cobb (1994) de Ron Shelton sur un des sportifs les plus désagréables, les plus odieux de l’histoire du sport, le joueur de base ball Cobb, magnifiquement joué par Tommy Lee Jones qui aborde ce rôle avec un courage, une honnêteté exemplaire. Ce film est une vraie curiosité.

Shattered Glass Cobb

Little Big HornDans un registre mille fois plus obscur, on doit saluer la sortie chez VCI de Little Big Horn écrit et dirigé par Charles Marquis Warren que le grand critique Manny Farber avait qualifié de meilleur film de 1951, louant à juste titre l’interprétation introvertie, sombre, mélancolique et gracieuse de John Ireland et Lloyd Bridges.

The Silver Star et lonesome trailDans la même collection, deux westerns co écrits et réalisés par Richard Bartlett, cinéaste chouchou du Nickel Odéon (pour Joe Dakota) que je rencontrai en 1961. The Silver Star (1955) est l’un des westerns les plus fauchés jamais tournés. On ne voit pas UN SEUL FIGURANT dans la ville que sillonne le héros, un shérif froussard qui refuse d’affronter les bandits qui l’attendent au saloon et dont le chef est joué par le réalisateur. Le sujet démarque High Noon (1952 – jusque dans l’utilisation d’une ballade à l’unique couplet) et en prend le contre-pied. On y retrouve les préoccupations morales de Bartlett. Edgard Buchanan y est excellent. Interview sans intérêt du producteur, acteur, co scénariste, Earle Lyon.

Le second Lonesome Trail (1955) est tout à fait médiocre.

J'ai été au balUn petit mot sur les merveilleux documentaires de Les Blank sur la musique et la cuisine Cajun : J’ai été au Bal (1990), Yum Yum Yum (1990). Ils donnent une furieuse envie de se plonger dans l’étouffée d’écrevisse, le boudin de crevettes, le dirty rice, dans la musique de Clifton Chenier, Nathan Zydeco, John Delafosse, Marc et Ann Savoy.

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