avr
24

coffret-fuller4sousCriterion (www.criterion.com) vient de sortir, en plus du coffret Samuel Fuller consacré à ses 3 premiers films – il va être très excitant de comparer I shot Jesse James (1949) au très intéressant The assassination of Jesse James (2007) avec Brad Pitt et Casey Affleck et de revoir le très bon Steel Helmet (1951) – un double disque sur L’opéra de 4 sous (1931) de Pabst que Gary Giddins salue, dans le New York Sun, en des termes enthousiastes : « Une des sorties les plus éblouissantes de l’année est le coffret consacré au Dreigroschenoper. Quand il s’attaqua au projet, Pabst adaptait ce qui avait été l’événement théâtral de 1928, une parodie brillante, tranchante de la parodie de John Gay, L’opéra des gueux, écrite par Bertold Brecht (et son assistante, non créditée, Elizabeth Haupfman) avec une musique de Kurt Weill. Le film remporta un succès modeste malgré le soutien de la critique. Et depuis son interdiction par Hitler, voici trois quarts de siècle, il ne fut plus distribué que dans des copies affreuses, rayées, mutilées avec un son déplorable et sa réputation s’évanouit. Au contraire des autres œuvres de Pabst comme Loulou, redécouvertes avec succès, L’opéra de 4 sous gisait dans les limbes des curiosités historiques que l’on saluait uniquement pour avoir préservé l’interprétation célèbre de Jenny des Corsaires par Lotte Lenya. Le film était souvent décrié pour son image ténébreuse et brouillardeuse dont on disait qu’elle diluait le propos de Brecht, voire le trahissait à cause de la Censure ou des exigences du réalisateur.

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avr
04

Richard Widmark vient de mourir. Cet acteur remarquable contribua, comme Mitchum et Lancaster, à déplacer, à décaler le cinéma américain de l’après-guerre vers les zones plus sombres, plus troubles qu’exploraient des cinéastes comme Kazan, Dassin, Hathaway, Mankiewicz, Fuller, de Toth. Il communiquait à la plupart de ses personnages une ambiguïté, une fragilité, une violence sourde, un cynisme qui contribuait à brouiller la frontière entre le bien et le mal, à privilégier le doute sur l’affirmation qui était la marque des acteurs américains de la génération précédente. Il faut revoir Le carrefour de la mort (1947), son premier film où il est inoubliable en gangster sadique et ricanant qui fait froid dans le dos, Le port de la drogue (1953), Panique dans la rue (1950), Le jardin du diable (1954), La porte s’ouvre (1950 – l’imbécile traduction de No way out) et bien sûr l’admirable Forbans de la nuit (1950) où il atteint des sommets shakespeariens. Mais on aurait tort d’oublier des productions plus récentes comme The Bedford incident (1965 – Aux postes de combat) qu’il co-produisit, A gathering of old men (1987) un beau téléfilm de Volker Schlöndorff (il faut aller absolument voir le magnifique Ulzhan et revoir Young Torless qu’a sorti Criterion), The Alamo (1960) de John Wayne où il joue Jim Bowie. En attendant que l’on sorte enfin La furie des tropiques (1949) de Toth, Time limit (1957), une autre de ses productions qu’il confia à son ami Karl Malden sur le lavage de cerveau opéré par les communistes à leurs prisonniers durant la guerre de Corée.

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Alamo
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fév
04

Sling BladeJe n’avais jamais vu Sling blade (1996), écrit, joué et dirigé par Billy Bob Thornton. Je l’ai trouvé très intéressant malgré une fin à tiroir trop lourde et insistante. Je craignais le pire, les personnages de retardés mentaux entraînant souvent les films vers la poésie la plus sirupeuse. Or Billy Bob Thornton évite un bon nombre de pièges et de situations convenues, introduit pas mal d’humour ou d’âpreté, fait preuve de justesse dans sa description des rednecks. En tant qu’acteur, il joue à merveille du dialogue minimal qu’il s’est écrit (l’utilisation du mot I reckon, les raclements de gorge, la place de la nourriture). Les personnages secondaires sont bien écrits, distribués et joués et les moments attendus traités avec une absence d’emphase (la rencontre avec le père), un découpage très simple avec un nombre surprenant de plans larges (et aussi des gros plans un peu naïfs comme ceux où le visage du héros n’est toujours éclairé qu’à moitié, soit le front et les yeux ou le bas). Le personnage de l’amoureux de la mère, Doyle, semble sortir d’une nouvelle de Richard Ford ou de Raymond Carver. Le traitement devient trop insistant à la fin, encore que le meurtre final soit traité avec une rare discrétion. (pas de sous-titres sauf anglais dans l’édition collector).

Play DirtyLa MGM a eu la bonne idée de sortir le dernier film réalisé par André De Toth, Play dirty (1968) qui est un chef d’œuvre. Cette variation sur Les 12 salopards (1967) – la guerre ne peut être gagnée que par des criminels – est supérieure au traitement d’Aldrich. De Toth garde une distance, un recul ironique, qui lui permet d’éviter de se faire piéger par la surenchère des effets et de la pyrotechnie. Le ton reste toujours lucide, caustique, tranchant, aidé par un dialogue concis et fulgurant et des acteurs comme Michael Caine, absolument remarquable, ou Nigel Davenport… La fin stupéfie par son audace anarchiste (la dernière réplique est fullerienne). Je me retiens à grand peine de la raconter, mais elle reste toujours aussi forte après de nombreuses visions.

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