THE HALLYDAY BRAND DE JOSEPH H LEWIS
Dans le texte de 50 ANS sur Joseph H Lewis, je parle de l’ambiance nocturne de THE HALLYDAY BRAND, ce western dont le début renvoie aux FURIES de Mann. En le revoyant dans une belle copie en dvd, le terme m’a paru un peu inexact et pourtant pas si faux que cela. Il y a peu de scènes de nuit, même si elles sont fortes (le plan des lyncheurs courant vers la prison) mais si j’ai utilisé ce terme, c’est que le film dégage une impression de claustrophobie, d’étouffement plus associée au film noir qu’au western.
En fait HALLYDAY BRAND est très proche de TERROR IN A TEXAS TOWN : même sentiment de dépouillement glacé, de désolation dans les rapports humains qui se traduit avec force dans la manière dont Lewis filme les extérieurs : ces plaines nues, arides, bordées d’arbres morts, ces buissons qui servent surtout à casser les cadres, à dissimuler les personnages. Il est symptomatique que la première chevauchée commence sur un groupe d’arbustes, très près de la caméra, qui cachent les cavaliers. Et que le premier plan du film montre un cavalier qui avance de quelques mètres avant d’être arrêté par un ordre sans qu’on ait eu le temps de regarder le paysage où il chevauche.
Il n’y a aucun lyrisme dans l’appréhension de ces paysages, aucun amour du sol, de la terre. Comme si la névrose des personnages (la possession pour Ward Bond, le désir de vengeance pour Cotten) éradiquait toutes les connotations positives, rédemptrices, chaleureuses, attachées dans les westerns à la nature. Lewis d’ailleurs fragmente tellement les cadres comme autant d’espaces clos qu’il parvient à nous faire accepter des faits un peu illogiques : Ward Bond et ses deux fils découvrent qu’on a attaqué leur bétail. L’un des gardiens est moribond mais leur dit qu’un des agresseurs y est resté. En effet à moins de dix mètres, on trouve le jeune homme de sang mêlé qui courtise Betsy Blair. Normalement, arrivant à cheval, ils auraient dus le repérer tout de suite. Mais chaque segment de ces actions semble filmé comme un lieu hermétique, ce qui augmente le malaise.
Il y a des plans très formels (importance des amorces : un révolver, un bras, un meuble, un poteau), très spectaculaires : le lynchage où l’on voit la victime tirée de sa cellule, sortir du champ tandis que s’agitent des ombres, l’escalier immense de la prison qui semble sorti d’un film expressionniste allemand. Les scènes d’action, de bagarre sont froides sans rien de cette jovialité virile qui imprègne ce genre de séquences. La conclusion est d’une brutalité elliptique rare. La musique pas toujours heureuse semble anticiper avec cette voix de femme sur ce que fera plus tard -et mieux – Ennio Morricone. Ward Bond est exceptionnel.
Toujours de Lewis, A LADY WITHOUT PASSPORT comprend deux ou trois séquences fort bien filmées, en dehors du premier plan d’ouverture, exceptionnel (le meurtre commis par Hodiak), de beaux extérieurs filmés à la Havane, deux ou trois décors intéressants, plusieurs plans très élégants, très recherchés qui, étrangement, soulignent le manque de tension dramatique. Le scénario cafouille et entre les acteurs que nous (je) qualifions d’exécrables (le terme est un poil fort), il ne se passe RIEN. Hedy Lamar qui joue une réfugiée qui attend ses papiers parait distante, peu concernée, jamais angoissée. Son interprétation est sidérante et il n’y a aucune alchimie avec Hodiak (qui ressemble à Martin Landau). Petit point intéressant : les étrangers sont regardés avec une grande sympathie. FILM AUSSI ETRANGE QUE RATÉ.
J’ai enfin vu DOWN THREE DARK STREETS d’Arnold Laven. En fait de dark streets, on a une autoroute, une forêt, une rue normale de jour, un parc. Il y a au contraire pénurie de ruelles obscures (une seule en fait + un cimetière). Le film écrit par the Gordons (???) est l’une de ces apologies claironnantes et hébétées du FBI que souligne un commentaire exaspérant.
Malgré cela et malgré le côté hyper conventionnel du récit et de la réalisation, cela se laisse voir. Quelques personnages secondaires amusants, des silhouettes pittoresques, Claude Akins en boxeur maffieux. Ruth Roman est en effet très bonne (ce qui n’est pas le cas de toutes les actrices) et la poursuite finale se déroule sous les lettres de HOLLYWOOD (le maitre chanteur veut que la rançon soit déposée sous le W, endroit guère pratique mais bon pour les cinéastes). Laven recycle des extérieurs de son premier film WITHOUT WARNING.
Revu : MAIL ORDER BRIDE, vraiment agréable, détendu, lyrique. C’est une sorte de version rose de COUPS DE FEU DANS LA SIERRA. Dans le dernier tiers, le scénario est parfois attendu et le gunfight final malgré le brouillard est un peu soldé.
Vu enfin (???) DESTRY. Ce que l’on en dit est juste. Marie Blanchard est pire qu’inexpressive et les numéros sont d’une grande banalité où l’on retrouve la manie de Marshall d’ajouter des ponctuations comiques dont certaines sont d’une lourdeur éprouvante. Surtout que certains de ces gags (il faudra le noter quelque part) ne semblent avoir aucun effet sur la musique, les musiciens, la chanteuse (en dehors des deux ou trois types qu’elle prend à partie) qui ont dû être filmés à part, avec un playback qui n’intégrait aucune de ces trouvailles. Les décors du film sont particulièrement plats et conventionnels (trait commun aux westerns de série Universal) : ville standard, intérieurs hideux et conventionnels sans la moindre idée visuelle. Ce qui permet de saluer encore plus chaleureusement les efforts des réalisateurs (Mann avec FAR COUNTRY) qui rompent avec ces conventions épuisantes.
Après deux ou trois westerns Universal, les qualités du splendide APACHE DRUMS deviennent encore plus frappantes : topographie insolite du village, rapports intérieurs/extérieurs, décors inhabituels comme cette église (importance là du producteur, de Val Lewton car les décors de THE RAID, film par ailleurs intéressant, sont beaucoup plus conventionnels). Je trouve maintenant que l’intérêt porté à la topographie, la localisation d’un village, d’une bourgade trace une ligne de démarcation entre les westerns où l’ambition est évidente et les autres. Dans la première catégorie, celle où les auteurs se sont posés des questions quant à l’état d’une ville à l’époque, je range CANYON PASSAGE, APACHE DRUMS, SADDLE THE WIND, THE GUNFIGHTER avec leurs rues inachevées, les constructions asymétriques.
Oui la couleur n’apporte rien à DESTRY. Les meilleures scènes sont les plus sérieuses : une partie de poker, la mort du shérif (bon acteur), le premier affrontement avec Murphy qui est bien comme tu le dis. Le reste ne présente aucune nécessité.

Les deux westerns de Marshall que j’ai trouvé intéressants sont LES PILIERS DU CIEL, dont les extérieurs, les paysages témoignent d’une réelle recherche et donnent un lyrisme à cette histoire de tolérance religieuse. Et THE GUNS OF FORT PETTICOAT (LE FORT DE LA DERNIERE CHANCE), assez plaisante histoire (après un début conventionnel) qui confronte Murphy à des dizaines de femmes, dont l’impressionnante Hope Emerson, qui doivent se défendre contre les Indiens. Et aussi contre des hors la loi qui font preuve d’une violence rare chez Marshall. Le tout dans un décor de mission en ruines (celui de l’HOMME DE SAN CARLOS ?) bien choisi et astucieusement utilisé.
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