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21

Je crois n’avoir jamais parlé des coffrets de la World Cinema Foundation sortis par Carlotta après que certains films aient été montrés à Cannes et dans certaines salles. Des films très rares que l’on croyait disparus pour certains et qui ont été restaurés grâce à des financements collectés à travers sa fondation par Martin Scorsese.

coffretworldcinemafondation

Les 4 films sont :

LE VOYAGE DE LA HYÈNE de Djibril Diop Mambety, dont DVDClassik  écrit : « Cette édition du VOYAGE DE LA HYÈNE est le fruit d’une restauration menée en mai 2008 par le laboratoire L’Imaggine Ritrovata de la Cinémathèque de Bologne. Le travail a été effectué après une numérisation en 2K des négatifs originaux image et son 35 mm. Le résultat est en tous points exceptionnel et l’on a le sentiment de découvrir un film tourné la veille, la copie ne présentant aucun défaut et les couleurs se révélant éclatantes. Le transfert numérique est également parfait, que ce soit en termes de définition ou de compression. Pour un film aussi rare, qui plus est issu d’une cinématographie particulièrement mal diffusée, cette édition est un véritable miracle. »

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TRANSES est un film marocain que découvrit Scorsese et qu’il sauve de la perdition et de l’oubli.

LA FLÛTE DE ROSEAU, pour moi, a été une découverte. C’est un film cristallin, d’une grande poésie. Comme on l’écrit dans DVDClassik : « Ce document consiste en une interview du réalisateur Ermek Shinarbaev réalisée par les équipes de Carlotta et Allerton Films. Cet entretien est le bienvenu pour les cinéphiles qui n’avaient jamais entendu parler de ce cinéaste et de son œuvre. A vrai dire, on est content d’apprendre qu’il existe une activité cinématographique kazakhe compte tenu de la situation générale de ce pays. Le cinéaste commence par présenter son parcours dans le contexte si particulier de l’avant et de l’après Perestroïka, depuis ses études jusqu’à ses premiers films, et donne surtout quelques clés pour comprendre où il a voulu en venir, avec son scénariste-écrivain Anatoli Kim, en réalisant cet énigmatique Flûte de roseau. De l’antagonisme poésie/pouvoir jusqu’à la liberté de l’artiste et au bouddhisme, quelques thèmes sont égrenés par Shinarbaev sans trop s’appesantir pour ne pas nuire au mystère du film. Enfin, cette interview a surtout le mérite de révéler l’existence de la diaspora coréenne au Kazakhstan, issue des déportations opérées dès 1940 par Staline à partir de la Russie extrême-orientale. On relèvera également une savoureuse anecdote sur la sélection rocambolesque du film pour le Festival de Cannes 1989. »

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REDES (THE WAVE ou LES RÉVOLTÉS D’ALVARADO) de Fred Zinnemann et Emilio Gomez Muriel que j’ai enfin pu revoir  dans une  copie beaucoup plus belle que tout ce qu’on avait pu voir dans les années 60, restaurée et sauvée grâce à Martin Scorsese. C’est une tentative originale et courageuse, un film social et militant sur une révolte menée par des pêcheurs exploités par des patrons sans scrupule qui les paient des clopinettes. Le  film co-réalisé par Zinneman (après sa participation à LES HOMMES LE DIMANCHE) et Emilio Gomez Muriel se situe dans la lignée de la RÉVOLTE DES PÊCHEURS de Piscator et anticipe sur SALT OF THE EARTH : décors naturels (le film fut tourné à Alvarado), acteurs non professionnels (il n’y a qu’un seul comédien) recruté parmi les pêcheurs. Le projet fut initié et produit par le grand photographe du réel Paul Strand qui en devint le chef opérateur avant de travailler avec Leo Hurwitz et les fondateurs de Frontier Films. Durant le tournage, Zinnemann s’opposa violemment à Strand qui approchait la mise en scène comme une suite de plans très cadrés, et non comme un art du mouvement et termina seul le film. Le film paraît en effet parfois statique avec un rapport maladroit entre des plans souvent beaux mais aux recherches très archétypales : visages se détachant sur le ciel, contre plongées, cadrages formalistes, importance des nuages, des reflets dans l’eau. Mais son enracinement dans la réalité, sa force de conviction, l’élan de plusieurs séquences   possèdent un pouvoir de conviction, une force indéniable et éclairent l’engagement démocratique de Zinnemann sensible dans TERESA, THE SEARCH, THE MEN (œuvre sous estimée) et surtout ACT OF VIOLENCE, un splendide film noir.

theworld  stilllife  useless

La sortie du magnifique A TOUCH OF SIN, constat décapant, impitoyable sur la violence qui gangrène la vie quotidienne chinoise est un bon moyen de rappeler les autres films magnifiques de Jia Zhangke : PLATFORM, THE WORLD, STILL LIFE. Je n’ai jamais vu USELESS.

J’ai éprouvé un vrai choc émotionnel devant TEL PÈRE, TEL FILS de  Hirokazu Kore-eda et suis allé tout de suite revoir NOBODY KNOWS, I WISH, STILL WALKING, une série de titres fondés sur le doute, le questionnement et l’espoir.

telperetelfils  stillwalking  iwish

QUELQUES OBSCURS FILMS FRANÇAIS

jetattendraiLors de la projection de JE T’ATTENDRAI (ex LE DÉSERTEUR) au festival Lumière, présenté par Quentin Tarentino, ce dernier fit applaudir le nom de Léonide Moguy dont il aimait les œuvres américaines : PARIS AFTER DARK (Loving the classics),  assez bonne histoire de résistance écrite par Vladimir Pozner  et Harold Buchman qui sonne beaucoup plus juste, plus engagée que le THIS LAND IS MINE de Renoir, mieux joué  avec des personnages d’ouvriers résistants et George Sanders dans un rôle sympathique. Tarantino louait aussi ACTION IN ARABIA, toujours avec Sanders, co-écrit par Herbert Biberman l’auteur du SEL DE LA TERRE (Moguy fréquentait beaucoup de personnalités d’extrême gauche). Je le trouve très indulgent pour le pénible TRAGIQUE RENDEZ-VOUS dont le seul titre de gloire est d’avoir permis à Moguy de dénicher Ava Gardner, dont c’est le premier film (Bach Films).

JE T’ATTENDRAI qui possède de véritables qualités de mise en scène (un train en 16 sous les bombes, un village français ravagé par la guerre avec une sorte de cantine ou se réfugie une foule hétéroclite) en plus du fait d’être peut-être le premier film à faire coïncider le temps de l’action et de la projection, sera bientôt distribué par Gaumont. Corinne Luchaire qui tourna trois fois avec Moguy y révèle une présence, une beauté originale, une façon d’aborder de biais les scènes sans technique qui paraît assez moderne aujourd’hui.

conflitOn la retrouve dans CONFLIT (René Château) produit par Arnold Pressburger, où son jeu se fait beaucoup moins pesant, daté que celui d’Annie Ducaux qui plombe plusieurs séquences. L’ouverture est filmée de manière elliptique, rapide, inventive. Les scènes d’interrogatoire qui suivent sont transcendées par la présence de Jacques Copeau, incroyable de justesse, de modernité en juge d’instruction. Il anéantit tous les clichés, donne une vérité surprenante à la moindre réplique. On retrouve dans ce mélodrame à la Goulding, Roger Duchesne, le futur Bob Le Flambeur, Claude Dauphin, excellent dans un personnage ignoble, répugnant ce qui n’est pas sa couleur habituelle. Et tout à coup, une séquence vous frappe par sa force surprenante : Corinne Luchaire veut se faire avorter. Sa sœur l’accompagne et les deux femmes pénètrent dans une cour et commencent à gravir un immense escalier extérieur. La caméra les accompagne alors dans un magnifique mouvement de grue, travelling chargé d’émotion, surplombant peu à peu les deux personnages avec une très belle musique de Wal Berg (et Jacques Ibert non crédité au générique). Ce moment suffit à prouver que Moguy faisait vraiment du cinéma et qu’il faudrait se pencher sur ses films dont je ne connaissais que l’intéressant PRISON SANS BARREAUX, toujours avec Luchaire.

prisonsansbarreaux     dondadele

Passons très vite sur LE DON D’ADÈLE (René Château), adaptation consternante de la première comédie écrite par Barillet et Gredy. Emile Couzinet rajouta un prologue campagnard d’une réelle lourdeur visuelle.

metropolitainMETROPOLITAIN de Maurice Cam (qui a vu des Maurice Cam ?) est défendu par Paul Vecchiali. Il est vrai que le film est assez particulier. Il change constamment de ton de manière chaotique, passe de l’intrigue policière à des notations sociales, de la comédie au mélodrame très prévisible et le scénario prend l’eau très souvent. Même disparité chez les comédiens où la décontraction de Préjean se heurte au jeu solennel d’André Brulé et la vérité gouailleuse de Ginette Leclerc. Le postulat présente une vraie ressemblance avec CÉCILE EST MORTE de Tourneur, mais on reste sur sa faim pour tout ce qui concerne le métro.

APRÈS L’AMOUR est aussi un mélodrame qui inspire moins Maurice Tourneur que PÉCHÉ DE JEUNESSE malgré un double flashback, avec deux versions différentes et un retournement final qui aurait pu être mieux exploité. Les 20 premières minutes retiennent l’attention mais peu à peu le film se délite, le jeu de Pierre Blanchard et le dialogue de Jean Bernard Luc n’arrangeant rien. On a l’impression que Tourneur traite cela de loin, sans vraiment s’impliquer.

Ma grande découverte, c’est le PAQUEBOT TENACITY qui n’existe pas malheureusement en DVD. Duvivier disait à Chalais que c’était son film favori. Très belle musique de Jean Wiener.

paquebottenacity

7emejureOn avance dans le temps avec LE 7ème JURÉ de Georges Lautner qui est un de ses meilleurs, un de ceux où il recherche des effets de mise en scène parfois voyants mais marrants, vifs, qui dénotent un désir de surprendre, de chercher : on voit un personnage à travers un verre d’alcool au milieu de l’image, la caméra part d’un bouchon oscillant au film de l’eau, dans une orgie de reflets pour terminer en plan large. Les extérieurs matinaux, brumeux (on est à Pontarlier) constituent une exception dans l’œuvre de Lautner et l’inspirent plus que la Côte d’Azur. Le propos du film est asséné avec franchise et conviction à travers des dialogues pugnaces, anarchistes de Pierre Laroche, qui collabora à tous les premiers Lautner. Il impose un ton franc qui annonce la couleur, n’hésite pas à utiliser une voix off littéraire, assez belle. Bien sûr, les personnages sont posés et leur description ne va pas brouiller les cartes. Ici et là, peut-être que le film aurait gagné à introduire des zones d’ombre, à nuancer les couleurs (dans le personnage de Delorme), à faire sourire Bernard Blier par ailleurs remarquable, d’une grande vérité organique tout comme Maurice Biraud et un Francis Blanche assez sobre. Mais le film vous emporte et son manque de tiédeur joue aujourd’hui en sa faveur. C’est du cinéma sanguin, roboratif qui attaque frontalement, sans prendre de gants. On peut se demander si le médecin que joue Biraud n’est pas une projection de Laroche.

Autre policier qui sort enfin en Blu-ray, UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE sans doute le film le plus accompli de mon ami Jacques Deray avec LA PISCINE, SYMPHONIE POUR UN MASSACRE et des moments d’AVEC LA PEAU DES AUTRES.

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Nous avons justement donné, à l’Institut Lumière, le prix Jacques Deray à ZULU, polar sous estimé, fort bien mis en scène par Jérôme Salle (j’avais trouvé son ANTHONY ZIMMER très prometteur ; on avait affaire à un vrai metteur en scène même si la fin partait en quenouille). A des années lumières de son remake américain. ZULU est d’abord admirablement joué par Forrest Whitaker et Orlando Bloom que je n’ai jamais vu aussi bon. La manière dont le scénario, adapté d’une série noire de Caryl Ferey, nous fait découvrir peu à peu le climat de violence, de corruption qui recycle ce qui reste de l’idéologie de l’Apartheid et pourrit les rapports sociaux en Afrique du Sud. Les crimes du présent ont leurs racines dans le passé comme chez James Lee Burke.

zulu      renoir

On change d’humeur, d’atmosphère avec RENOIR, belle évocation de la fin de vie d’Auguste Renoir, de ses rapports avec Jean, Pierre, avec une jeune modèle qui deviendra Catherine Hessling à qui Christa Theret donne une grâce, une luminosité incroyable. Elle est un régal pour les yeux et aussi d’une justesse qu’on avait déjà décelée dans LA BRINDILLE. Vincent Rottiers révèle des couleurs surprenantes, une musique qu’on ne lui connaissait pas et Michel Bouquet est bien sur impérial. Le film, magnifique à regarder, est une réussite qui méritait une nomination aux Oscars. Mais sa discrétion, sa retenue l’a sans doute desservi.

FILMS AMÉRICAINS : DE LA SÉRIE B À SPIELBERG

ladygangsterRobert Florey détestait tellement LADY GANGSTER (Bach Films) qu’il demanda à la Warner de signer d’un pseudonyme, Florian Roberts. Il est vrai que le scénario accumule les rebondissements improbables et que les personnages paraissent souvent antipathiques, incohérents voire stupides. Mais ici et là, un détail, un plan adroit, une idée de mise en scène retiennent l’attention. La description de l’univers carcéral évite nombre de clichés mélodramatiques (Florey choisit même quelques figurantes aux trognes inoubliables) et la détenue sourde qui lit sur les lèvres, espionnant les conversations pour le compte de sa « maitresse » est à porter au crédit du film tout comme le charme de Faye Emerson.

Le coffret de RED RIVER/LA RIVIÈRE ROUGE (Wild Side) est une merveille de même que celui de GUN CRAZY (toujours Wild Side), le chef d’œuvre de Joseph H. Lewis qui contient le texte définitif sur ce film dû à Eddie Muller. Voilà deux titres qu’il faut posséder.

riviererouge

PIRANHAS : la version de Joe Dante qui vient de sortir en Blu-ray, possède la désinvolture, le charme, l’allant de certaines des productions Corman surtout quand elles sont tournées par Jonathan Demme ou Joe Dante. Comme dans tout film d’horreur qui se respecte, les rebondissements sont toujours le fait de personnages qui refusent d’écouter ce qu’on leur dit, de lire des pancartes ou d’assimiler des conseils. En fait, ils provoquent des catastrophes par bêtise crasse et on devrait les haïr plus que les savants fous. Heureusement Joe Dante avec la complicité de John Sayles donne à tout cela une bonne humeur, une énergie ludique, distribue des icones du genre (Barbara Steele ultra inquiétante, Kevin McCarthy qui essaie de sauver la situation et le formidable Dick Miller). Aussi bien dans les costumes que dans le jeu des interprètes féminines, il saisit l’atmosphère des années 70, s’amuse à saccager, à piétiner les garde-fous de l’Amérique : l’Armée, les savants, les puissances d’argent. Les poissons carnivores vont mettre à mal les spéculations financières, immobilières d’un requin sans scrupule. Tout un ordre moral.

piranha

angelsinamericaAprès WIT de Mike Nichols que Jean Pierre Coursodon considère comme un chef d’œuvre, j’ai revu ANGELS IN AMERICA  qui continue de mettre à mal la vision simpliste et négative d’œuvre télévisuelle. Voilà en effet une minisérie qui témoigne d’une ambition peu commune, d’une volonté de traiter des sujets évités par la plupart des films. Au départ, il y a une pièce de Tony Kushner sous-titrée Fantaisie Gay sur des thèmes nationaux, en deux partie dont le total fait 7 heures qui remporta le Prix Pulitzer et fut un incroyable choc théâtral dans le monde entier. Située en 1985, cette chronique des années Reagan passe de la comédie à des élans lyriques ou épiques, d’échanges politiques violents extrêmement documentés à des digressions fantastiques, retrace les liens complexes qui unissent 6 New-yorkais liés par leur rapport au parti Républicain, l’’homosexualité, la menace de la mort, leur questionnement du divin et leur expérience de la marginalité, dont les destins vont s’entrecroiser. L’auteur met sur le même plan les ravages meurtriers  provoqués par l’irruption du sida et ceux qui sont causée par la politique des Républicains qui détruit systématiquement les acquis du New Deal, pervertit les lois, gangrène le système, annihilant toutes les défenses immunitaires démocratiques. Ce qui nous vaut plusieurs scènes très fortes, remarquablement écrites et d’une rare franchise, celles où l’avocat Roy Cohn (Al Pacino absolument génial), ami de Joseph McCarthy, qui se voit comme l’incarnation du conservatisme, affronte dans des rapports violents et complexes sur son lit de mort Belize, son infirmier noir et gay (Jeffrey Wright, seul rescapé de la pièce est sensationnel).
Ce qu’il y a de moins bon dans le film, ce sont les anges du titre plus redondants que dans la pièce et certaines échappées fantasmagoriques nous laissent froid. Je ferai une exception pour tous les moments sarcastiques, bien écrits où le fantôme d’Ethel Rosenberg revient persécuter Roy Cohn. Se rappeler que Tony Kushner devint le scénariste de MUNICH et de LINCOLN.

munich  unjourenseptembre

MUNICH écrit par Eric Roth et surtout Tony Kushner, traite moins de l’assassinat en septembre 72, durant les Jeux Olympiques, des 11 otages israéliens par un groupe  palestinien terroriste, Septembre  Noir, que de ses conséquences et des représailles décidées par le gouvernement de Golda Meir. Un passionnant documentaire malgré un commentaire emphatique et une musique envahissante  de Kevin Macdonald, le petit fils d’Emeric Pressburger, UN JOUR EN SEPTEMBRE décrit minutieusement  ce que Spielberg expédie en un brillant montage de quelques minutes, notamment les erreurs colossales de la police et de l’armée allemande.
Comme dans ses meilleurs films, il conjugue de réels dons de conteur, une maitrise formelle, un goût du spectacle avec une volonté d’exigence dans le propos, un désir d’affronter les horreurs du monde plus du tout sur un mode binaire,  en prenant en compte les contradictions, les ambiguïtés, les ambivalences qui peuvent miner le sujet. Très vite le commando qu’on a chargé de venger les athlètes assassinés et d’éradiquer les terroristes afin de contrecarrer la visibilité internationale qu’ils ont obtenu, découvre qu’il avance en terrain piégé, sur des renseignements qui ne sont pas toujours fiables. A Paris, leur contact est un étrange et trouble dandy, Louis, joué finement par Mathieu Amalric,   qui fournit cibles et explosifs, se fait grassement payer tout en refusant de travailler pour un quelconque gouvernement, suivant en cela les exigences de Papa, son père et le chef de cette organisation, lequel  déclare « qu’il a réussi à éliminer la merde de Vichy pour la voir remplacée par la merde gaulliste ». Et que depuis il se méfie de tout.. Michael Lonsdale donne une épaisseur extraordinaire, une drôlerie inquiétante, une chaleur à cet agent double ou triple mais aussi épicurien. Dommage que la fin du film soit plombée par des flashbacks maladroits (on se demande si cette idée ne survint pas au montage car rien ne les justifie organiquement) surtout durant une scène d’amour.

TWISTED NERVE avait été recommandé par un internaute participant à mon blog. J’ai suivi son conseil et ai découvert un thriller angoissant, tendu, jouant très habilement sur l’aspect physique des deux jeunes acteurs, Hywel Bennett, super inquiétant et Hayley Mills dont le charme virginal suscite des convoitises (la caméra l’espionne en train de se déshabiller, de courir en maillot de bains). Le scénario est co-écrit par Boulting et Leo Marks (LE VOYEUR) et dans la distribution on retrouve Frank Finlay, Billie Whitelaw (Hitchcock la reprit ainsi que Barry Foster pour FRENZY). La musique de Bernard Hermann, remarquable, fut aussi reprise par Tarantino dans KILL BILL.

tiwtsednerve

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avr
17

foxesofharrowTHE FOXES OF HARROW (DVD espagnol) de John Stahl est un film surprenant, avec des séquences étonnantes, jamais vues (Rex Harrison qu’on abandonne sur un banc de sable parce qu’il a triché sur un bateau à roue), des décors incroyables (cette salle de jeu immense qui sert de restaurant, de Bourse, de marché aux esclaves, de salle de jeux). Il y a des séquences de rites vaudous, on y parle beaucoup français. Maureen O’Hara chante (en créole ?) et la mise en scène de Stahl est somptueuse avec une splendide photo et de très beaux mouvements d’appareil (je ne sais pas à qui on doit les deux inserts ridicules au milieu d’une chevauchée nocturne super bien filmée). Il contient des notations fortes et rares sur l’esclavage (le suicide de la jeune femme noire), d’autres traités très quotidiennement, sans distance critique, comme si c’était la réalité normale de l’époque. Belle scène de duel dans le restaurant susnommé entre Rex Harrison, excellent et Hugo Haas. La Fox cacha que le romancier  Frank Yerby était noir. Il écrivit plusieurs best-sellers et, critiqué sur le tard pour son manque d’engagement idéologique, se réfugia en Europe.

Sidonis vient de sortir deux œuvres très importantes : d’abord, le dernier film réalisé par André De Toth, PLAY DIRTY / ENFANTS DE SALAUDS (1968) qui est un chef d’œuvre. Cette variation sur LES 12 SALOPARDS (1967) – la guerre ne peut être gagnée que par des criminels – est supérieure au traitement d’Aldrich. De Toth garde une distance, un recul ironique, qui lui permet d’éviter de se faire piéger par la surenchère des effets et de la pyrotechnie. Le ton reste toujours lucide, caustique, tranchant, aidé par un dialogue concis et fulgurant et des acteurs comme Michael Caine, absolument remarquable, ou Nigel Davenport… La fin stupéfie par son audace anarchiste (la dernière réplique est fullerienne). Je me retiens à grand peine de la raconter, mais elle reste toujours aussi forte après de nombreuses visions.

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LA FLAMME POURPRE est une des grandes réussites de Robert Parrish d’après un scénario excellent du romancier Eric Ambler. Film de guerre, belle histoire d’amour inter-raciale, (pour la première fois dans un film américain parlant, l’héroïne est jouée par une autochtone et la fin heureuse brise deux tabous avec une grande élégance). LA FLAMME POURPRE est l’un des meilleurs rôles de Gregory Peck. Parrish nous raconte comment un pilote suicidaire va reprendre goût à la vie grâce à cet amour. Toutes les séquences avec Brenda de Benzie, très émouvante en directrice d’orphelinat et Bernard Miles en docteur sont remarquables.

Pathé vient de ressortir dans des copies sublimes (le Blu-ray vaut vraiment le coup) ce qui pour moi est le chef d’œuvre de Coppola, CONVERSATION SECRÈTE et aussi COUP DE CŒUR et OUTSIDERS que j’avais moins aimé mais que je vais revoir.
Et Carlotta nous permet de voir VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, le chef d’œuvre de Cimino dans des conditions exceptionnelles.

conversation secrète  theoutsiders  coupdecoeur

Idem pour GUN CRAZY, coffret Wild Side avec un livret qui bouscule tout ce que l’on croyait savoir sur le film. Eddie Muller a trouvé de nombreuses réponses expliquant le ton si particulier (dès les trois premiers plans, magistraux) de ce chef d’œuvre, si amoral. L’équipe Philippe Garnier/Eddie Muller est inégalable pour le cinéma noir.

guncrazy

THE OUTFIT  (Wild Side) est une fort bonne adaptation par John Flynn qui signe scénario et mise en scène, de Richard Stark alias Donald Westlake. Le choix de Robert Duvall, audacieux, surprenant, se révèle payant et Karen Black joue une jeune femme entrainée malgré elle dans cette histoire de vengeance, souvent rageuse et au bord de la crise de nerfs. La fin heureuse fut imposée par la MGM. Je préfère nettement ce film à ROLLING THUNDER toujours de John Flynn qu’on trouve dans le même DVD.

theoutfit

doubledetenteRED HEAT/DOUBLE DÉTENTE de Walter Hill constitue une nouvelle et agréable variation, nerveusement mise en scène, sur  le principe dramatique de 48 HOURS, très supérieure à la calamiteuse suite, ANOTHER 48 HOURS. Ici en place d’un flic Noir et d’un Blanc, nous avons un policier Russe et un Américain, qui recherchent tous deux, à Chicago, un dangereux criminel qui veut inonder la Russie de cocaïne (« les Russes ont supporté Staline, ils peuvent accepter un peu de drogue »). Dans des rôles taillés sur mesure, James Belushi et Arnold Schwarzenegger, tous deux impeccables, s’envoient des vannes souvent très marrantes sur les droits de l’Homme (le Russe, laconique, se montrant plus expéditif), la justice, la loi, les mœurs policières, comparant les deux systèmes respectifs. : l’un où l’on assomme le suspect et l’autre où on lui glisse un sachet de drogue dans les poches pour l’inculper. Schwarzenegger pulvérise son rival aux échecs et découvre le Magnum .44, « moins bien que son équivalent russe ». Ninotchka transposé dans un film noir. Hill ouvre son film sur deux formidables peignées, l’une où l’on passe d’un sauna mixte à un champ de neige et l’autre, dans un café où le capitaine Danska arrache une jambe artificielle qui se révèle être une cache de drogue. Tous les personnages, au début parlent en russe et RED HEAT fut la première production américaine à pouvoir tourner sur la Place Rouge.  Le scénario auquel collabora le vétéran Harry Kleiner (FALLEN ANGEL de Preminger, LA DERNIÈRE RAFALE de Keighley) qui était né à Tiflis, devient répétitif dans le dernier tiers et abuse de quelques clichés (le méchant indestructible) même si en utilisant des autobus, Hill renouvelle vaguement la poursuite en voiture finale, morceau de bravoure archétypal. Gina Gershon est très belle.

JADE est une de ces histoires érotico-policières (ou l’inverse) aux multiples rebondissements qui fut une des spécialités du scénariste Joe Eszterhas (lequel désavoua le film tant on avait changé son script) après BASIC INSTINCT. Là, la mayonnaise ne prend pas après une brillante introduction, un meurtre traité en off : coups de théâtre prévisibles et surlignés, poursuite en voiture superfétatoire, invraisemblable et interminable, personnages et narration en toc, avec deux rebondissements à la fin, frôlant le ridicule et renvoyant à la pire littérature policière.  Friedkin, plus à l’aise avec les histoires d’hommes, n’est guère inspiré ici par les scènes sexuelles qu’il ne sauve pas de la banalité.

jade  bug

En revanche, BUG se révèle une vraie surprise. Comme si les contraintes en apparence très restrictives – budget limité (4,5 millions de $),  un décor quasi unique, 5 personnages – dynamisaient le talent de Friedkin, l’obligeaient à s’économiser, à ce concentrer sur l’essentiel, freinant ses embardées pyrotechniques, ses tendances à diluer le propos. En partant d’une pièce de théâtre de Tracy Letts (un auteur/acteur du prestigieux théâtre Steppenwolf de Chicago, pépinière de talents), qu’il adapte avec l’auteur, il impose dès le premier et extraordinaire plan, un travelling subjectif en hélicoptère dans une nuit hyper bleutée vers un parking semi désert à coté d’un motel perdu au bout du monde, un vrai climat d’angoisse et de menace.  Avant ce mouvement, nous avons eu une vision très fugitive et toute aussi bleutée d’un corps (gisant/cadavre) pendant que retentit une sonnerie de téléphone mixée très fort. Une voix de femme qu’on réveille, décroche et répond. Personne à l’autre bout de la ligne. Cette sonnerie qui commence sur du noir, ces questions sans réponse, et ce téléphone qui sonne encore, se continuent durant une partie du travelling en hélicoptère, se mêlant au bruit des pales.

rushRUSH de Ron Howard est une belle surprise dans le genre super ingrat qui, pour moi, engendre le plus souvent une indifférence somnolente, des films sur les courses automobiles. Elles sont ici filmées avec une réelle originalité, Howard et son chef opérateur multipliant les angles inhabituels (caméra à ras du sol montrant les roue qui dérapent dans l’herbe ou les bordures, entrées de gens fracassantes), ne captant que certains aspects de la course, des moments déconnectés de l’ensemble. Et surtout il n’hésite pas à couper une compétition et à donner le résultat après quelques secondes après avoir consacré de longues minutes à la préparation, à l’attente. Mais surtout l’excellent scénario de Peter Morgan (FROST ET NIXON, THE QUEEN) se concentre sur la rivalité qui va opposer James Hunt et Niki Lauda, deux coureurs que tout oppose. Autant le premier est casse cou, fêtard, impulsif , séducteur, avide de remporter un triomphe, autant le second est méthodique, ordonné, discipliné. « Je ne veux prendre que 20% de risques », répète-t-il. Et il veut obliger les organisateurs à annuler une course que la pluie rend hyper dangereuse. Cette rivalité qui s’exerce autant sur la piste que devant les médias et dans des affrontements personnels, prend des proportions énormes et finit par faire passer tout le reste à l’arrière plan. Howard ne cherche pas à prendre parti, les deux coureurs étant simultanément sympathiques et détestables, monomaniaques et vulnérables. Un autre succès pour Ron Howard qui fait preuve d’une délicatesse, d’une absence de manichéisme qui sont les vraies qualités du cinéma moderne.

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fév
18

FILMS ANGLAIS

Nouvelle édition du  VOLEUR DE BAGDAD de Powell, Korda, Berger et Whelan mais aussi de titres beaucoup plus rares comme le REMBRANDT de Korda, LYDIA et ANNA KARÉNINE de Julien Duvivier (le premier, lointain cousin de CARNET DE BAL, dans mon souvenir, contenait de vraies qualités), THE DIVORCE OF LADY X de Tim Whelan que je n’ai pas encore vu.

rembrandtREMBRANDT, lui, est un film magnifique et je ne peux qu’être d’accord avec les propos d’Alain Masson dans le dernier Positif. Classique certainement et pour certains académique. Mais Korda transcende ces limites en communiquant à son film une fièvre, une âpreté qui tranchent avec la plupart des biopics. Tout d’abord en ne s’attachant, parti pris très original et très britannique, qu’à la période de la « chute » de Rembrandt après le scandale causé par la Ronde de Nuit. Il est coupé de ses protecteurs, de ses soutiens, devient de plus en plus seul et pauvre malgré l’aide d’une servante qu’il épouse juste avant qu’elle meure. Le ton est noir, mélancolique et finalement «habité». Laughton flirte avec le cabotinage mais avec un tel talent, une telle invention qu’on reste admiratif, notamment devant ce demi sourire qu’il affiche pour se défendre des imbéciles.

ultimatumJe suis entièrement d’accord avec les blogueurs qui ont vanté les qualités surprenantes d’ULTIMATUM des frères Boulting. Il y a des plans sidérants (l’exode dans Londres, les scènes de panique, des images nocturnes de la ville déserte), une utilisation de la lumière qui renforce la dramaturgie. Nicolas Saada faisait remarquer de George Lucas engagea pour le premier STAR WARS le chef opérateur de ce film, Gilbert Taylor. Comme le note Justin Kwedi chez DVD Classik : « Point d’éléments d’anticipation, de velléités spectaculaires ou même de grands message pacifistes dans Ultimatum où les Boulting dresse un état du monde en scrutant celui qu’ils connaissent le mieux, l’Angleterre. Ultimatum est un grand film sur la peur et les différentes formes qu’elle peut emprunter. Il y a d’abord la peur d’un homme – se considérant responsable de cet état du monde en raison de ses recherches – qui sombre peu à peu dans la dépression et l’aversion de son travail. Barry Jones, mine frêle et regard apeuré, exprime à merveille cette anxiété latente d’un Willington perdant pied avec la réalité et sombrant dans la paranoïa. C’est d’ailleurs en fait lui le personnage le plus humain et fouillé dans une œuvre finalement assez froide où chaque protagoniste est restreint à sa fonction (militaire, policier) dans le récit. On adopte ainsi réellement le point de vue d’un homme à l’équilibre mental vacillant et qui menace le monde, tout en se montrant paradoxalement peut-être le plus clairvoyant même si sa peur le pousse à une solution trop extrême.»

brightonrock  morgan

Toujours des frères Boulting : BRIGHTON ROCK, scénario de Greene et Terence Rattigan d’après Greene. Richard Attenborough est formidable. Tamasa a aussi ressorti le remarquable MORGAN/ FOU À LIER de Karel Reisz, riche en scènes anthologiques. Dont le déjeuner sur la tombe de Karl Marx. Scénario de David Mercer.

FILMS FRANÇAIS

Henri Verneuil
desgenssansimportanceLe Festival de Lyon rendait hommage à Henri Verneuil en noir et blanc, la meilleure période. Avec un de ses films les plus réussis, DES GENS SANS IMPORTANCE, beau scénario co-écrit par François Boyer : dès la première phrase en voix off du flash back, on est plongé dans un monde ouvrier peu évoqué au cinéma, le monde qui fut abandonné par le parti socialiste comme l’écrivit Eric Conan (je cite de mémoire : « on roulait depuis 32 heures »). Verneuil parle avec chaleur de ce monde populaire, ignoré des cinéastes de la Nouvelle Vague, montre un Paris aux rues lépreuses, aux bâtiments de guingois, le contraire du Paris des bobos. On est encore proche de l’univers d’ANTOINE ET ANTOINETTE. Ce qui est aussi frappant dans ce film si émouvant, c’est le regard amical, presque féministe porté par les auteurs sur le personnage de Françoise Arnoul. La scène de l’avortement, terrible de dureté, est, sur ce plan, exemplaire. A la fois courageuse et sans compromis (ah le plan où l’on va chercher le matériel dans le plafond, toute l’horreur du monde est évoquée là). N’oublions pas qu’un an plus tard le PC, par la voix de Jeannette Vermeesch condamnera la contraception et le droit à l’avortement. Ce qui donne du poids au film de Lara, le JOURNAL D’UNE FEMME EN BLANC comme le rappelait Michel Cournot.

J’ai vanté à plusieurs reprises LE PRÉSIDENT que je revois chaque fois avec jubilation même si la mise en scène est un peu plan plan.

unsingeenhiverRevoir UN SINGE EN HIVER qui tira des larmes à Gérard Collomb, en présence de Belmondo, fut un moment magique. Il est bon de réécouter le dialogue sublime d’Audiard. Albert Quentin (Gabin, royal) : « L’intention de l’amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yang-Tseu-Kiang. » 
Esnault : « Le Yang-tsé-Kiang… Bon.
 Albert Quentin : « Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yang-Tseu-Kiang fleuve bleu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert ! Vert comme les forêts, comme l’espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l’Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde. » Toujours Gabin s’adressant à Belmondo : « Oh ! là là ! Le véhicule, je le connais : je l’ai déjà pris. Et ce n’était pas un train de banlieue, vous pouvez me croire. M. Fouquet, moi aussi, il m’est arrivé de boire. Et ça m’envoyait un peu plus loin que l’Espagne. Le Yang-tsé-Kiang, vous en avez entendu parler du Yang-tsé-Kiang ? Cela tient de la place dans une chambre, moi je vous le dis. » Cette dernière phrase me fait fondre. Je me mets à la place de l’acteur qui la découvre. Et l’un des premiers monologues de Belmondo n’est pas mal non plus et il épatant d’élégance et de charme : « Mes gens vont venir. Ce sont des gitans comme moi. Traitez les comme moi même. Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. ¡ Por favor ! »

lesamantsdutageVu aussi LES AMANTS DU TAGE et impression mitigée. La première partie du film semble anticiper et annoncer avec des décennies d’avance le film d’errance sentimentale et touristique, tourné au Portugal, qui s’est épanoui chez Pierre Kast puis sous l’égide de Paolo Branco. En fait Verneuil fait figure de père fondateur de ce sous genre et on aurait bien vu Mathieu Amalric et Jeanne Balibar en place de Gélin et Arnoul. L’intrigue est mince (mais énoncée et jouée avec le même sérieux sépulcral que celui qui enfonçait certaines productions paolobrancoesques), après une ouverture assez réussie mais plombée par le jeu appuyé de Gélin (son personnage est assez énervant) que renforce des cadrages hyper étudiés, signifiants dramatisant tous les rapports. Il y a même quelques cadrages obliques, de très gros plans esthétisants, des plans à deux (deux visages qui jamais ne se regardent) où l’on sent qu’aucun des acteurs ne peut bouger d’un millimètre. Pas mal de conventions : à Lisbonne, tout le monde parle français à commencer par un môme de rues pas mauvais mais lourd. Dalio n’est pas hyper crédible dans une absence de rôle. Néanmoins il y a des mouvements assez vifs, de jolis plans larges, beaucoup d’extérieurs, des enchainements cut assez ingénus, des notations assez belles (les femmes qui caressent le sable)  et des dialogues de Marcel Rivet (à qui on doit le scénario d’IDENTITÉ JUDICIAIRE –bon policier réaliste- et LA NUIT EST MON ROYAUME dont j’ai parlé et qui est vraiment pas mal) qui méritaient un traitement moins démonstratif (on a droit au sempiternel point de vue du placard ici qu’on vide, ce qui signifie qu’on a affaire à un film que son auteur a pris au sérieux). La deuxième partie policière fonctionne mieux, grâce à Trevor Howard qui donne une épaisseur à son personnage,  mais aurait gagné à être plus trouble, plus ambiguë, moins explicative. Une fois de plus le moteur chez Verneuil, c’est l’argent et cela diminue le personnage parfois touchant de Françoise Arnoul, souvent juste (elle achoppe sur quelques clichés) et fort peu déshabillée (la cote sévère de la CCC est incompréhensible). La fin est trop claire et prévisible malgré une belle musique finale de Michel Legrand (déjà) qui avait surnommé le film, vu les demandes ultra techniques de Verneuil : « les Amants du minutage ».

De Borderie à Lara
fortunecarreeContre toute attente, FORTUNE CARRÉE (Pathé) signé pourtant du souvent redoutable Bernard Borderie qui en dehors de LA MÔME VERT DE GRIS dirigea les plus mauvais Constantine, se révèle assez plaisant malgré une distribution où le saugrenu le dispute à l’improbable. Personne n’est de la même nationalité : Fernand Ledoux joue le cadi, religieux cauteleux et menaçant, Pedro Armendariz, un chef de guerre (Igritcheff, bâtard kirghize d’un comte russe nous dit Joseph Kessel), Folco Lulli Hussein, son serviteur, Anna Maria Sandri, Yasmina, personnage féminin totalement soumis et effacé. La surprise vient de Paul Meurisse, vraiment pas mal en trafiquant d’armes, Mordhom, inspiré par Henry de Monfreid. Il dynamise toutes ses scènes, se régale avec les dialogues de Kessel. Borderie et Nicolas Hayer utilisent le Cinémascope (FORTUNE CARRÉE fut la première production française en Scope) de manière un peu moins statique qu’un Henry Koster dans LA TUNIQUE. Il y a quelques moments  divertissants et animés, des extérieurs pas trop paresseux, un certain mouvement même si Borderie ne tire absolument rien de l’épisode qui donne son titre au film : la fortune carrée est une voile qu’on utilise quand on veut affronter une tempête vent debout. Et même si on est loin de la rutilance du roman.

lesamantsdeveroneToujours chez Pathé, LES AMANTS DE VÉRONE est une œuvre curieuse, ambitieuse, parfois brillante et inspirée, avec des élans surprenants, parfois pataude et prévisible. Le travail d’André Cayatte est mieux qu’honorable. Aidé par une belle photo d’Henri Alekan, il utilise au mieux les extérieurs, joue avec la profondeur de champ, les clairs obscurs. Je suis plus gêné par le sujet du film, cette mise en abyme de l’histoire de Roméo et Juliette d’abord dans un film (certaines scènes de tournage sont savoureuses bien qu’assez improbables) puis « dans la vie ». On sait que l’histoire d’amour moderne va forcément mal finir pour être un double exact de celle qu’on filme. Et je suis gêné un peu aussi par l’univers de Prévert, ici, même si plusieurs moments sont détonants et rares, grinçants, cocasses, tendres (parfois aussi emphatiques, mais il faut dire que certains acteurs – Dalio qui surjoue – n’arrangent rien et que les voix off sont dites de manière très grandiloquentes). Il y a un petit côté Anouilh qui perce ici : la pureté des jeunes opposée au monde corrompu des adultes dont plusieurs ont été fascistes. Lesquels jeunes sont crédules, naïfs, tombent dans tous les pièges. Le scénario progresse à coup de coïncidences, de rencontres imprévues, de gens qui ne se voient pas ou qui n’ont pas l’idée de donner le bon papier à la bonne personne. Voilà qui plombe un film souvent passionnant, toujours respectable avec une très belle musique de Kosma. Martine Carol n’est pas mauvaise, Reggiani un peu guindé, Brasseur tonitruant (il a des moments grandioses) et Anouk Aimée qu’on voit nue, délicieuse. La palme de l’étrangeté revient à Marianne Oswald et aux scènes qui l’opposent à Brasseur.

Et chez Gaumont les amateurs de Louis de Funès et de Michel Audiard doivent se ruer sur CARAMBOLAGES de Marcel Bluwal. De Funès explose dans plusieurs séquences fantastiques où il fait un feu d’artifice avec le dialogue délirant d’Audiard (la grande tirade sur la grenouille, l’avoinée qu’il passe à ses collaborateurs sont des moments d’anthologie, bien filmés, qu’on oublie toujours. Ils  n’étaient pas cités dans le documentaire sur de Funès). Certaines péripéties (tout ce qui tourne autour des ascenseurs) sont plus lourdaudes, les personnages féminins sont peu intéressants et Brialy est maniéré mais l’irruption de Serrault en flic nostalgique de la rue Lauriston relance la machine et Bluwal sait filmer ces dialogues.

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Et surtout sur le percutant AVEC LE SOURIRE de Maurice Tournant, très bien écrit par Louis Verneuil. C’est un scénario original décapant, caustique, cynique, le portrait d’un arriviste fort sympathique de prime abord mais qui n’hésite devant aucune fourberie pour réussir et grimper dans l’échelle sociale. Ce personnage souriant et impitoyable est sans doute le meilleur rôle de Maurice Chevalier. Son interprétation du « Chapeau de Zozo » est un des sommets du film qui mieux que beaucoup d’œuvres aux allures plus ambitieuses capture l’esprit des années 30, l’air du temps.

SYLVIE ET LE FANTÔME, d’après une pièce d’Alfred Adam, est une charmante comédie romantique, avec des dialogues très cocasses d’Aurenche (« Ici rien n’est bizarre, tout est étrange » dit Carette, ou l’inverse), qui imposa Jacques Tati à Lara. Il confère au fantôme une grâce légère et souriante.

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Enfin, on va pouvoir revoir le passionnant LUMIÈRE D’ÉTÉ de Jean Grémillon, l’un des trois films qui évoquèrent la lutte des classes sous l’Occupation (les deux autres étant DOUCE et LETTRES D’AMOUR). Le commentaire de Philippe Roger insiste beaucoup sur des signes maçonniques et cette interprétation me laisse perplexe : j’ai du mal à voir Prévert s’amuser à dissimuler ces indices. Quant au PC, il était à cette époque violemment anti-francs-maçons et je vois mal Grémillon, compagnon de route, se désolidariser de ces positions. En revanche, plus incisives et pertinentes me semblent les remarques sur les rapports entre la mise en scène de Grémillon et la musique. Il faut revenir sur ce film.

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Toujours chez SND, sortie de LA BANDE À BONNOT dont je fus attaché de presse. J’aimais beaucoup et l’idée de faire un tel film et Brel. Mais le film est desservi par une mise en scène manquant de tonus Philippe Fourastié qui partit mourir très jeune d’une tumeur au cerveau après avoir dirigé trois films et une série TV écrite par Albert Vidalie. Brel et Crémer étaient excellents dans LA BANDE À BONNOT, œuvre sincère mais qui reste souvent au niveau des intentions.

Trois coffrets importants
Le premier coffret consacré à René Allio de 4 films (RUDE JOURNÉE POUR LA REINE, LES CAMISARDS, MOI, PIERRE RIVIÈRE  et LE MATELOT 512) chez Shellac Sud, plus un ouvrage LES HISTOIRES DE RENÉ ALLIO (aux Presses universitaires de Rennes) avec nombreux  documents et photos.

reneallio  coffretmarker

Le COFFRET CHRIS MARKER (Arte Editions) qui comprend toutes les œuvres majeures.
Et le COFFRET ROHMER chez Potemkine, coffret inouï avec tous les films restaurés. C’est une somme. Je construit de nouveaux rayonnages pour l’entreposer.

coffretrohmer

Je n’ai jamais eu aucun retour sur les 3 films avec Eddie Constantine que j’ai souvent défendu et promu dans ce blog : l’excellent CET HOMME EST DANGEREUX, savoureusement dialogué par Marcel Duhamel et filmé à l’américaine par Jean Sacha qui fut le monteur d’OTHELLO de Welles (cela se voit dans l’utilisation des courtes focales, de la caméra au sol, des effets de montage) ; ÇA VA BARDER et JE SUIS UN SENTIMENTAL de John Berry, tous deux photographiés par le talentueux Jacques Lemare. Il y a des passages très marrants dans ÇA VA BARDER et des séquences très bien filmées dans JE SUIS UN SENTIMENTAL (le début tient du vrai film noir).

coffertconstantine

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