avr
17

foxesofharrowTHE FOXES OF HARROW (DVD espagnol) de John Stahl est un film surprenant, avec des séquences étonnantes, jamais vues (Rex Harrison qu’on abandonne sur un banc de sable parce qu’il a triché sur un bateau à roue), des décors incroyables (cette salle de jeu immense qui sert de restaurant, de Bourse, de marché aux esclaves, de salle de jeux). Il y a des séquences de rites vaudous, on y parle beaucoup français. Maureen O’Hara chante (en créole ?) et la mise en scène de Stahl est somptueuse avec une splendide photo et de très beaux mouvements d’appareil (je ne sais pas à qui on doit les deux inserts ridicules au milieu d’une chevauchée nocturne super bien filmée). Il contient des notations fortes et rares sur l’esclavage (le suicide de la jeune femme noire), d’autres traités très quotidiennement, sans distance critique, comme si c’était la réalité normale de l’époque. Belle scène de duel dans le restaurant susnommé entre Rex Harrison, excellent et Hugo Haas. La Fox cacha que le romancier  Frank Yerby était noir. Il écrivit plusieurs best-sellers et, critiqué sur le tard pour son manque d’engagement idéologique, se réfugia en Europe.

Sidonis vient de sortir deux œuvres très importantes : d’abord, le dernier film réalisé par André De Toth, PLAY DIRTY / ENFANTS DE SALAUDS (1968) qui est un chef d’œuvre. Cette variation sur LES 12 SALOPARDS (1967) – la guerre ne peut être gagnée que par des criminels – est supérieure au traitement d’Aldrich. De Toth garde une distance, un recul ironique, qui lui permet d’éviter de se faire piéger par la surenchère des effets et de la pyrotechnie. Le ton reste toujours lucide, caustique, tranchant, aidé par un dialogue concis et fulgurant et des acteurs comme Michael Caine, absolument remarquable, ou Nigel Davenport… La fin stupéfie par son audace anarchiste (la dernière réplique est fullerienne). Je me retiens à grand peine de la raconter, mais elle reste toujours aussi forte après de nombreuses visions.

enfantsdesalauds  flammepourpre

LA FLAMME POURPRE est une des grandes réussites de Robert Parrish d’après un scénario excellent du romancier Eric Ambler. Film de guerre, belle histoire d’amour inter-raciale, (pour la première fois dans un film américain parlant, l’héroïne est jouée par une autochtone et la fin heureuse brise deux tabous avec une grande élégance). LA FLAMME POURPRE est l’un des meilleurs rôles de Gregory Peck. Parrish nous raconte comment un pilote suicidaire va reprendre goût à la vie grâce à cet amour. Toutes les séquences avec Brenda de Benzie, très émouvante en directrice d’orphelinat et Bernard Miles en docteur sont remarquables.

Pathé vient de ressortir dans des copies sublimes (le Blu-ray vaut vraiment le coup) ce qui pour moi est le chef d’œuvre de Coppola, CONVERSATION SECRÈTE et aussi COUP DE CŒUR et OUTSIDERS que j’avais moins aimé mais que je vais revoir.
Et Carlotta nous permet de voir VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER, le chef d’œuvre de Cimino dans des conditions exceptionnelles.

conversation secrète  theoutsiders  coupdecoeur

Idem pour GUN CRAZY, coffret Wild Side avec un livret qui bouscule tout ce que l’on croyait savoir sur le film. Eddie Muller a trouvé de nombreuses réponses expliquant le ton si particulier (dès les trois premiers plans, magistraux) de ce chef d’œuvre, si amoral. L’équipe Philippe Garnier/Eddie Muller est inégalable pour le cinéma noir.

guncrazy

THE OUTFIT  (Wild Side) est une fort bonne adaptation par John Flynn qui signe scénario et mise en scène, de Richard Stark alias Donald Westlake. Le choix de Robert Duvall, audacieux, surprenant, se révèle payant et Karen Black joue une jeune femme entrainée malgré elle dans cette histoire de vengeance, souvent rageuse et au bord de la crise de nerfs. La fin heureuse fut imposée par la MGM. Je préfère nettement ce film à ROLLING THUNDER toujours de John Flynn qu’on trouve dans le même DVD.

theoutfit

doubledetenteRED HEAT/DOUBLE DÉTENTE de Walter Hill constitue une nouvelle et agréable variation, nerveusement mise en scène, sur  le principe dramatique de 48 HOURS, très supérieure à la calamiteuse suite, ANOTHER 48 HOURS. Ici en place d’un flic Noir et d’un Blanc, nous avons un policier Russe et un Américain, qui recherchent tous deux, à Chicago, un dangereux criminel qui veut inonder la Russie de cocaïne (« les Russes ont supporté Staline, ils peuvent accepter un peu de drogue »). Dans des rôles taillés sur mesure, James Belushi et Arnold Schwarzenegger, tous deux impeccables, s’envoient des vannes souvent très marrantes sur les droits de l’Homme (le Russe, laconique, se montrant plus expéditif), la justice, la loi, les mœurs policières, comparant les deux systèmes respectifs. : l’un où l’on assomme le suspect et l’autre où on lui glisse un sachet de drogue dans les poches pour l’inculper. Schwarzenegger pulvérise son rival aux échecs et découvre le Magnum .44, « moins bien que son équivalent russe ». Ninotchka transposé dans un film noir. Hill ouvre son film sur deux formidables peignées, l’une où l’on passe d’un sauna mixte à un champ de neige et l’autre, dans un café où le capitaine Danska arrache une jambe artificielle qui se révèle être une cache de drogue. Tous les personnages, au début parlent en russe et RED HEAT fut la première production américaine à pouvoir tourner sur la Place Rouge.  Le scénario auquel collabora le vétéran Harry Kleiner (FALLEN ANGEL de Preminger, LA DERNIÈRE RAFALE de Keighley) qui était né à Tiflis, devient répétitif dans le dernier tiers et abuse de quelques clichés (le méchant indestructible) même si en utilisant des autobus, Hill renouvelle vaguement la poursuite en voiture finale, morceau de bravoure archétypal. Gina Gershon est très belle.

JADE est une de ces histoires érotico-policières (ou l’inverse) aux multiples rebondissements qui fut une des spécialités du scénariste Joe Eszterhas (lequel désavoua le film tant on avait changé son script) après BASIC INSTINCT. Là, la mayonnaise ne prend pas après une brillante introduction, un meurtre traité en off : coups de théâtre prévisibles et surlignés, poursuite en voiture superfétatoire, invraisemblable et interminable, personnages et narration en toc, avec deux rebondissements à la fin, frôlant le ridicule et renvoyant à la pire littérature policière.  Friedkin, plus à l’aise avec les histoires d’hommes, n’est guère inspiré ici par les scènes sexuelles qu’il ne sauve pas de la banalité.

jade  bug

En revanche, BUG se révèle une vraie surprise. Comme si les contraintes en apparence très restrictives – budget limité (4,5 millions de $),  un décor quasi unique, 5 personnages – dynamisaient le talent de Friedkin, l’obligeaient à s’économiser, à ce concentrer sur l’essentiel, freinant ses embardées pyrotechniques, ses tendances à diluer le propos. En partant d’une pièce de théâtre de Tracy Letts (un auteur/acteur du prestigieux théâtre Steppenwolf de Chicago, pépinière de talents), qu’il adapte avec l’auteur, il impose dès le premier et extraordinaire plan, un travelling subjectif en hélicoptère dans une nuit hyper bleutée vers un parking semi désert à coté d’un motel perdu au bout du monde, un vrai climat d’angoisse et de menace.  Avant ce mouvement, nous avons eu une vision très fugitive et toute aussi bleutée d’un corps (gisant/cadavre) pendant que retentit une sonnerie de téléphone mixée très fort. Une voix de femme qu’on réveille, décroche et répond. Personne à l’autre bout de la ligne. Cette sonnerie qui commence sur du noir, ces questions sans réponse, et ce téléphone qui sonne encore, se continuent durant une partie du travelling en hélicoptère, se mêlant au bruit des pales.

rushRUSH de Ron Howard est une belle surprise dans le genre super ingrat qui, pour moi, engendre le plus souvent une indifférence somnolente, des films sur les courses automobiles. Elles sont ici filmées avec une réelle originalité, Howard et son chef opérateur multipliant les angles inhabituels (caméra à ras du sol montrant les roue qui dérapent dans l’herbe ou les bordures, entrées de gens fracassantes), ne captant que certains aspects de la course, des moments déconnectés de l’ensemble. Et surtout il n’hésite pas à couper une compétition et à donner le résultat après quelques secondes après avoir consacré de longues minutes à la préparation, à l’attente. Mais surtout l’excellent scénario de Peter Morgan (FROST ET NIXON, THE QUEEN) se concentre sur la rivalité qui va opposer James Hunt et Niki Lauda, deux coureurs que tout oppose. Autant le premier est casse cou, fêtard, impulsif , séducteur, avide de remporter un triomphe, autant le second est méthodique, ordonné, discipliné. « Je ne veux prendre que 20% de risques », répète-t-il. Et il veut obliger les organisateurs à annuler une course que la pluie rend hyper dangereuse. Cette rivalité qui s’exerce autant sur la piste que devant les médias et dans des affrontements personnels, prend des proportions énormes et finit par faire passer tout le reste à l’arrière plan. Howard ne cherche pas à prendre parti, les deux coureurs étant simultanément sympathiques et détestables, monomaniaques et vulnérables. Un autre succès pour Ron Howard qui fait preuve d’une délicatesse, d’une absence de manichéisme qui sont les vraies qualités du cinéma moderne.

Lire la suite »
fév
18

FILMS ANGLAIS

Nouvelle édition du  VOLEUR DE BAGDAD de Powell, Korda, Berger et Whelan mais aussi de titres beaucoup plus rares comme le REMBRANDT de Korda, LYDIA et ANNA KARÉNINE de Julien Duvivier (le premier, lointain cousin de CARNET DE BAL, dans mon souvenir, contenait de vraies qualités), THE DIVORCE OF LADY X de Tim Whelan que je n’ai pas encore vu.

rembrandtREMBRANDT, lui, est un film magnifique et je ne peux qu’être d’accord avec les propos d’Alain Masson dans le dernier Positif. Classique certainement et pour certains académique. Mais Korda transcende ces limites en communiquant à son film une fièvre, une âpreté qui tranchent avec la plupart des biopics. Tout d’abord en ne s’attachant, parti pris très original et très britannique, qu’à la période de la « chute » de Rembrandt après le scandale causé par la Ronde de Nuit. Il est coupé de ses protecteurs, de ses soutiens, devient de plus en plus seul et pauvre malgré l’aide d’une servante qu’il épouse juste avant qu’elle meure. Le ton est noir, mélancolique et finalement «habité». Laughton flirte avec le cabotinage mais avec un tel talent, une telle invention qu’on reste admiratif, notamment devant ce demi sourire qu’il affiche pour se défendre des imbéciles.

ultimatumJe suis entièrement d’accord avec les blogueurs qui ont vanté les qualités surprenantes d’ULTIMATUM des frères Boulting. Il y a des plans sidérants (l’exode dans Londres, les scènes de panique, des images nocturnes de la ville déserte), une utilisation de la lumière qui renforce la dramaturgie. Nicolas Saada faisait remarquer de George Lucas engagea pour le premier STAR WARS le chef opérateur de ce film, Gilbert Taylor. Comme le note Justin Kwedi chez DVD Classik : « Point d’éléments d’anticipation, de velléités spectaculaires ou même de grands message pacifistes dans Ultimatum où les Boulting dresse un état du monde en scrutant celui qu’ils connaissent le mieux, l’Angleterre. Ultimatum est un grand film sur la peur et les différentes formes qu’elle peut emprunter. Il y a d’abord la peur d’un homme – se considérant responsable de cet état du monde en raison de ses recherches – qui sombre peu à peu dans la dépression et l’aversion de son travail. Barry Jones, mine frêle et regard apeuré, exprime à merveille cette anxiété latente d’un Willington perdant pied avec la réalité et sombrant dans la paranoïa. C’est d’ailleurs en fait lui le personnage le plus humain et fouillé dans une œuvre finalement assez froide où chaque protagoniste est restreint à sa fonction (militaire, policier) dans le récit. On adopte ainsi réellement le point de vue d’un homme à l’équilibre mental vacillant et qui menace le monde, tout en se montrant paradoxalement peut-être le plus clairvoyant même si sa peur le pousse à une solution trop extrême.»

brightonrock  morgan

Toujours des frères Boulting : BRIGHTON ROCK, scénario de Greene et Terence Rattigan d’après Greene. Richard Attenborough est formidable. Tamasa a aussi ressorti le remarquable MORGAN/ FOU À LIER de Karel Reisz, riche en scènes anthologiques. Dont le déjeuner sur la tombe de Karl Marx. Scénario de David Mercer.

FILMS FRANÇAIS

Henri Verneuil
desgenssansimportanceLe Festival de Lyon rendait hommage à Henri Verneuil en noir et blanc, la meilleure période. Avec un de ses films les plus réussis, DES GENS SANS IMPORTANCE, beau scénario co-écrit par François Boyer : dès la première phrase en voix off du flash back, on est plongé dans un monde ouvrier peu évoqué au cinéma, le monde qui fut abandonné par le parti socialiste comme l’écrivit Eric Conan (je cite de mémoire : « on roulait depuis 32 heures »). Verneuil parle avec chaleur de ce monde populaire, ignoré des cinéastes de la Nouvelle Vague, montre un Paris aux rues lépreuses, aux bâtiments de guingois, le contraire du Paris des bobos. On est encore proche de l’univers d’ANTOINE ET ANTOINETTE. Ce qui est aussi frappant dans ce film si émouvant, c’est le regard amical, presque féministe porté par les auteurs sur le personnage de Françoise Arnoul. La scène de l’avortement, terrible de dureté, est, sur ce plan, exemplaire. A la fois courageuse et sans compromis (ah le plan où l’on va chercher le matériel dans le plafond, toute l’horreur du monde est évoquée là). N’oublions pas qu’un an plus tard le PC, par la voix de Jeannette Vermeesch condamnera la contraception et le droit à l’avortement. Ce qui donne du poids au film de Lara, le JOURNAL D’UNE FEMME EN BLANC comme le rappelait Michel Cournot.

J’ai vanté à plusieurs reprises LE PRÉSIDENT que je revois chaque fois avec jubilation même si la mise en scène est un peu plan plan.

unsingeenhiverRevoir UN SINGE EN HIVER qui tira des larmes à Gérard Collomb, en présence de Belmondo, fut un moment magique. Il est bon de réécouter le dialogue sublime d’Audiard. Albert Quentin (Gabin, royal) : « L’intention de l’amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yang-Tseu-Kiang. » 
Esnault : « Le Yang-tsé-Kiang… Bon.
 Albert Quentin : « Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yang-Tseu-Kiang fleuve bleu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert ! Vert comme les forêts, comme l’espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l’Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde. » Toujours Gabin s’adressant à Belmondo : « Oh ! là là ! Le véhicule, je le connais : je l’ai déjà pris. Et ce n’était pas un train de banlieue, vous pouvez me croire. M. Fouquet, moi aussi, il m’est arrivé de boire. Et ça m’envoyait un peu plus loin que l’Espagne. Le Yang-tsé-Kiang, vous en avez entendu parler du Yang-tsé-Kiang ? Cela tient de la place dans une chambre, moi je vous le dis. » Cette dernière phrase me fait fondre. Je me mets à la place de l’acteur qui la découvre. Et l’un des premiers monologues de Belmondo n’est pas mal non plus et il épatant d’élégance et de charme : « Mes gens vont venir. Ce sont des gitans comme moi. Traitez les comme moi même. Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. ¡ Por favor ! »

lesamantsdutageVu aussi LES AMANTS DU TAGE et impression mitigée. La première partie du film semble anticiper et annoncer avec des décennies d’avance le film d’errance sentimentale et touristique, tourné au Portugal, qui s’est épanoui chez Pierre Kast puis sous l’égide de Paolo Branco. En fait Verneuil fait figure de père fondateur de ce sous genre et on aurait bien vu Mathieu Amalric et Jeanne Balibar en place de Gélin et Arnoul. L’intrigue est mince (mais énoncée et jouée avec le même sérieux sépulcral que celui qui enfonçait certaines productions paolobrancoesques), après une ouverture assez réussie mais plombée par le jeu appuyé de Gélin (son personnage est assez énervant) que renforce des cadrages hyper étudiés, signifiants dramatisant tous les rapports. Il y a même quelques cadrages obliques, de très gros plans esthétisants, des plans à deux (deux visages qui jamais ne se regardent) où l’on sent qu’aucun des acteurs ne peut bouger d’un millimètre. Pas mal de conventions : à Lisbonne, tout le monde parle français à commencer par un môme de rues pas mauvais mais lourd. Dalio n’est pas hyper crédible dans une absence de rôle. Néanmoins il y a des mouvements assez vifs, de jolis plans larges, beaucoup d’extérieurs, des enchainements cut assez ingénus, des notations assez belles (les femmes qui caressent le sable)  et des dialogues de Marcel Rivet (à qui on doit le scénario d’IDENTITÉ JUDICIAIRE –bon policier réaliste- et LA NUIT EST MON ROYAUME dont j’ai parlé et qui est vraiment pas mal) qui méritaient un traitement moins démonstratif (on a droit au sempiternel point de vue du placard ici qu’on vide, ce qui signifie qu’on a affaire à un film que son auteur a pris au sérieux). La deuxième partie policière fonctionne mieux, grâce à Trevor Howard qui donne une épaisseur à son personnage,  mais aurait gagné à être plus trouble, plus ambiguë, moins explicative. Une fois de plus le moteur chez Verneuil, c’est l’argent et cela diminue le personnage parfois touchant de Françoise Arnoul, souvent juste (elle achoppe sur quelques clichés) et fort peu déshabillée (la cote sévère de la CCC est incompréhensible). La fin est trop claire et prévisible malgré une belle musique finale de Michel Legrand (déjà) qui avait surnommé le film, vu les demandes ultra techniques de Verneuil : « les Amants du minutage ».

De Borderie à Lara
fortunecarreeContre toute attente, FORTUNE CARRÉE (Pathé) signé pourtant du souvent redoutable Bernard Borderie qui en dehors de LA MÔME VERT DE GRIS dirigea les plus mauvais Constantine, se révèle assez plaisant malgré une distribution où le saugrenu le dispute à l’improbable. Personne n’est de la même nationalité : Fernand Ledoux joue le cadi, religieux cauteleux et menaçant, Pedro Armendariz, un chef de guerre (Igritcheff, bâtard kirghize d’un comte russe nous dit Joseph Kessel), Folco Lulli Hussein, son serviteur, Anna Maria Sandri, Yasmina, personnage féminin totalement soumis et effacé. La surprise vient de Paul Meurisse, vraiment pas mal en trafiquant d’armes, Mordhom, inspiré par Henry de Monfreid. Il dynamise toutes ses scènes, se régale avec les dialogues de Kessel. Borderie et Nicolas Hayer utilisent le Cinémascope (FORTUNE CARRÉE fut la première production française en Scope) de manière un peu moins statique qu’un Henry Koster dans LA TUNIQUE. Il y a quelques moments  divertissants et animés, des extérieurs pas trop paresseux, un certain mouvement même si Borderie ne tire absolument rien de l’épisode qui donne son titre au film : la fortune carrée est une voile qu’on utilise quand on veut affronter une tempête vent debout. Et même si on est loin de la rutilance du roman.

lesamantsdeveroneToujours chez Pathé, LES AMANTS DE VÉRONE est une œuvre curieuse, ambitieuse, parfois brillante et inspirée, avec des élans surprenants, parfois pataude et prévisible. Le travail d’André Cayatte est mieux qu’honorable. Aidé par une belle photo d’Henri Alekan, il utilise au mieux les extérieurs, joue avec la profondeur de champ, les clairs obscurs. Je suis plus gêné par le sujet du film, cette mise en abyme de l’histoire de Roméo et Juliette d’abord dans un film (certaines scènes de tournage sont savoureuses bien qu’assez improbables) puis « dans la vie ». On sait que l’histoire d’amour moderne va forcément mal finir pour être un double exact de celle qu’on filme. Et je suis gêné un peu aussi par l’univers de Prévert, ici, même si plusieurs moments sont détonants et rares, grinçants, cocasses, tendres (parfois aussi emphatiques, mais il faut dire que certains acteurs – Dalio qui surjoue – n’arrangent rien et que les voix off sont dites de manière très grandiloquentes). Il y a un petit côté Anouilh qui perce ici : la pureté des jeunes opposée au monde corrompu des adultes dont plusieurs ont été fascistes. Lesquels jeunes sont crédules, naïfs, tombent dans tous les pièges. Le scénario progresse à coup de coïncidences, de rencontres imprévues, de gens qui ne se voient pas ou qui n’ont pas l’idée de donner le bon papier à la bonne personne. Voilà qui plombe un film souvent passionnant, toujours respectable avec une très belle musique de Kosma. Martine Carol n’est pas mauvaise, Reggiani un peu guindé, Brasseur tonitruant (il a des moments grandioses) et Anouk Aimée qu’on voit nue, délicieuse. La palme de l’étrangeté revient à Marianne Oswald et aux scènes qui l’opposent à Brasseur.

Et chez Gaumont les amateurs de Louis de Funès et de Michel Audiard doivent se ruer sur CARAMBOLAGES de Marcel Bluwal. De Funès explose dans plusieurs séquences fantastiques où il fait un feu d’artifice avec le dialogue délirant d’Audiard (la grande tirade sur la grenouille, l’avoinée qu’il passe à ses collaborateurs sont des moments d’anthologie, bien filmés, qu’on oublie toujours. Ils  n’étaient pas cités dans le documentaire sur de Funès). Certaines péripéties (tout ce qui tourne autour des ascenseurs) sont plus lourdaudes, les personnages féminins sont peu intéressants et Brialy est maniéré mais l’irruption de Serrault en flic nostalgique de la rue Lauriston relance la machine et Bluwal sait filmer ces dialogues.

carambolages  aveclesourire

Et surtout sur le percutant AVEC LE SOURIRE de Maurice Tournant, très bien écrit par Louis Verneuil. C’est un scénario original décapant, caustique, cynique, le portrait d’un arriviste fort sympathique de prime abord mais qui n’hésite devant aucune fourberie pour réussir et grimper dans l’échelle sociale. Ce personnage souriant et impitoyable est sans doute le meilleur rôle de Maurice Chevalier. Son interprétation du « Chapeau de Zozo » est un des sommets du film qui mieux que beaucoup d’œuvres aux allures plus ambitieuses capture l’esprit des années 30, l’air du temps.

SYLVIE ET LE FANTÔME, d’après une pièce d’Alfred Adam, est une charmante comédie romantique, avec des dialogues très cocasses d’Aurenche (« Ici rien n’est bizarre, tout est étrange » dit Carette, ou l’inverse), qui imposa Jacques Tati à Lara. Il confère au fantôme une grâce légère et souriante.

sylvietlefantome  lumieredete

Enfin, on va pouvoir revoir le passionnant LUMIÈRE D’ÉTÉ de Jean Grémillon, l’un des trois films qui évoquèrent la lutte des classes sous l’Occupation (les deux autres étant DOUCE et LETTRES D’AMOUR). Le commentaire de Philippe Roger insiste beaucoup sur des signes maçonniques et cette interprétation me laisse perplexe : j’ai du mal à voir Prévert s’amuser à dissimuler ces indices. Quant au PC, il était à cette époque violemment anti-francs-maçons et je vois mal Grémillon, compagnon de route, se désolidariser de ces positions. En revanche, plus incisives et pertinentes me semblent les remarques sur les rapports entre la mise en scène de Grémillon et la musique. Il faut revenir sur ce film.

bandeabonnot

Toujours chez SND, sortie de LA BANDE À BONNOT dont je fus attaché de presse. J’aimais beaucoup et l’idée de faire un tel film et Brel. Mais le film est desservi par une mise en scène manquant de tonus Philippe Fourastié qui partit mourir très jeune d’une tumeur au cerveau après avoir dirigé trois films et une série TV écrite par Albert Vidalie. Brel et Crémer étaient excellents dans LA BANDE À BONNOT, œuvre sincère mais qui reste souvent au niveau des intentions.

Trois coffrets importants
Le premier coffret consacré à René Allio de 4 films (RUDE JOURNÉE POUR LA REINE, LES CAMISARDS, MOI, PIERRE RIVIÈRE  et LE MATELOT 512) chez Shellac Sud, plus un ouvrage LES HISTOIRES DE RENÉ ALLIO (aux Presses universitaires de Rennes) avec nombreux  documents et photos.

reneallio  coffretmarker

Le COFFRET CHRIS MARKER (Arte Editions) qui comprend toutes les œuvres majeures.
Et le COFFRET ROHMER chez Potemkine, coffret inouï avec tous les films restaurés. C’est une somme. Je construit de nouveaux rayonnages pour l’entreposer.

coffretrohmer

Je n’ai jamais eu aucun retour sur les 3 films avec Eddie Constantine que j’ai souvent défendu et promu dans ce blog : l’excellent CET HOMME EST DANGEREUX, savoureusement dialogué par Marcel Duhamel et filmé à l’américaine par Jean Sacha qui fut le monteur d’OTHELLO de Welles (cela se voit dans l’utilisation des courtes focales, de la caméra au sol, des effets de montage) ; ÇA VA BARDER et JE SUIS UN SENTIMENTAL de John Berry, tous deux photographiés par le talentueux Jacques Lemare. Il y a des passages très marrants dans ÇA VA BARDER et des séquences très bien filmées dans JE SUIS UN SENTIMENTAL (le début tient du vrai film noir).

coffertconstantine

Lire la suite »
jan
23

QUELQUES LIVRES

Durant ces vacances hivernales, je me suis plongé dans LES RACINES DU CIEL de Romain Gary et j’ai découvert un livre passionnant, foisonnant, riche, prémonitoire. Non seulement dans sa défense des éléphants et de la nature (sujet peu traité en 1956) mais dans tous les autres sujets qu’il aborde : du portrait sans concession mais jamais simpliste du colonialisme aux dangers des nationalismes de toutes sortes, de la cécité bornée, coupée de toute réalité qui semble régner chez les fonctionnaires qu’envoie Paris (et qui n’écoutent jamais les hommes de terrain, préférant un complot politique qui les arrange au combat mené par un idéaliste) à la montée d’un islamisme guerrier et vindicatif. Oui, Gary parlait de tout cela en 1956. Dans mon souvenir, le film de Huston évitait la plupart de ces thèmes mais il faudrait le revoir. Il faut dire que le poids de Zanuck a du être colossal. Distribuer Juliette Gréco dans le rôle de Minna, la très jeune Allemande qui fut violée par les Russes, tomba amoureuse d’un officier qui déserta pour elle et fut exécuté et qui devint danseuse nue puis prostituée est une idée catastrophique. Gary fut un auteur très sous-estimé. J’ai gardé un bon souvenir d’UNE ÉDUCATION EUROPÉENNE et j’avais adoré son livre d’interviews par François Bondy, LA NUIT SERA CALME qu’il avait réécrit. N’oublions pas les Ajar : GROS CALIN par exemple.

racinesducielgary  racinesducielhuston

Dans le coffret APOSTROPHES que je recommande à nouveau, Bondy loue LE GRAND VESTIAIRE et LES ENCHANTEURS et Michel Tournier, TULIPE.

UNE VÉRITÉ SI DÉLICATE est un des meilleurs livres de John le Carré, un portrait au vitriol de la diplomatie anglaise, totalement corrompue par les conservateurs américains, les groupes privés de droite, les puissances d’argent. A comparer avec les diplomates que j’ai filmés dans QUAI D’ORSAY dont certains étaient allumés mais sans jamais avaler les mensonges, les inventions de l’équipe Bush dont Blair était le laquais.

uneveritelecarre  mauriceetjeannette

MAURICE ET JEANNETTE d’Annette Wieviorka est une chaleureuse, remarquable et passionnante biographie de Maurice Thorez qu’on auto-proclama résistant alors qu’il s’était planqué dans l’Allemagne qui venait de signer un pacte d’alliance avec la Russie. On découvre les positions insensées de Thorez et Vermeersch en 1956 quand ils attaquent la contraception, l’avortement et l’homosexualité mais aussi le monde incroyablement pauvre où ils ont grandi.  La soumission servile du couple face aux pires diktats du stalinisme qui les oblige à des acrobaties constantes et à une continuelle réécriture de l’Histoire. En revanche Annette Wieviorka les dédouane de l’accusation d’antisémitisme même si le parti soutint les pires campagnes de Staline lors du Complot des médecins juifs. Cela se lit aussi comme une histoire d’amour.

apostrophescoffretVoir ABSOLUMENT dans le COFFRET APOSTROPHES, l’émission sur les Intellectuels face au communisme : Jean Jérôme nous fait vraiment sentir ce que pouvait être un stalinien et ses observations qui vont toujours par trois sont d’une grande cocasserie involontaire et il est vraiment mis à mal. Mais surtout Simon Leys exécute de manière magistrale la pétulante, remuante, intarissable Maria Antonietta Macchiocci (il est dans la nature des choses que les idiots disent des idioties comme les pommiers donnent des pommes), pointant les contresens historiques, les trous, la méconnaissance inouïe du maoïsme.

Signalons la prochaine reparution en deux volumes chez Bouquins de L’HISTOIRE DES GIRONDINS de Lamartine et  la CORRESPONDANCE entre Stefan Zweig/ Joseph Roth (Bibliothèque Rivages).

histoiredesgirondins  correspondancezweig

chandlerSe précipiter sur la nouvelle édition Quarto de Raymond Chandler : LES ENQUÊTES DE PHILIP MARLOWE (Le Grand Sommeil – Adieu ma jolie – La Grande Fenêtre – La Dame du lac – La Petite Sœur (Fais pas ta rosière!) – The Long Goodbye (Sur un air de navaja) – Playback (Charades pour écroulés)). Les traductions, sauf celles de Boris et Michelle Vian ont été révisées par Cyril Letournier (ce que l’on attendait depuis longtemps) et on pourra enfin lire The Long Goodbye mais aussi les autres avec un texte intégral. La préface rappelle que des centaines de pages de Chandler disparues jusque-là en français y sont aujourd’hui restituées.

 

DES FILMS DU MONDE ENTIER

Je crois n’avoir pas mentionné  l’émouvant SYNGUÉ SABOUR d’Atiq Rahimi co-écrit avec Jean-Claude Carrière avec la magnifique Golshifteh Farahani, méditation forte, tendue où le temps prend toute son importance, où chaque geste compte. Un antidote à ces condensés de testostérones qu’on déverse sur les écrans.

synguésabour  cecinestpasunfilm

CECI N’EST PAS UN FILM de Jafar Panahi est un de ces actes de résistance qui réchauffe le cœur, qui redonne de l’espoir.

snowpiercerLa sortie du passionnant SNOWPIERCER – LE TRANSPERCENEIGE, cette chronique épique, survoltée, d’une extraordinaire invention visuelle est une bonne occasion de rendre hommage à Bong Joon-ho, de MOTHER, THE HOST à MEMORIES OF MURDER, film absolument formidable qui évoque Imamura au sommet de sa forme et anticipe sur le captivant ZODIAC de David Fincher. Chaque scène est surprenante, originale, perturbante ou dure (le type qui se masturbe sur les lieux du crime), parfois cocasse  aussi malgré l’horreur des situations. Il y a en plus des envolées lyriques,  des plans de paysage inouïs. Bong Joon-ho arrive à insuffler une formidable vitalité aux moments les plus atroces sans jamais les édulcorer. La  fin vous cloue au sol. Signalons que la BD LE TRANSPERCENEIGE vient d’être rééditée.

Carlotta vient de sortir en Blu-ray deux Ozu majeurs : le sublime VOYAGE À TOKYO qu’on peut revoir sans cesse et FLEURS D’EQUINOXE. À marquer d’une pierre blanche.

voyageatokyo

LA CHASSE  de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, formidable dans le rôle principal, parvient à créer une tension presque aussi forte. Filmé sans complaisance, au scalpel, cette œuvre nous broie dans un engrenage de plus en plus oppressant.

lachasse  melancholia

La sortie de NYMPHOMANIAC me permet de rendre hommage à MELANCHOLIA qui m’avait beaucoup touché. Charlotte Gainsbourg y était bouleversante. Je n’avais pas beaucoup goûté les premiers films de Lars von Trier jusqu’à BREAKING THE WAVES qui m’avait secoué. Beaucoup autour de moi attaquaient la religiosité new age du film, l’excès d’ambition de DOGVILLE (qui ne manquait pas de souffle, ni d’audace) et les conventions assez manipulatrices de DANCER IN THE DARK. Rien de tel dans MELANCHOLIA, étonnant de dépouillement, de retenue, de pureté.

Nicolas Saada me rappelait que Bach Film avait sorti en 2 DVD le HAMLET de Kozintsev, l’une des meilleures adaptations de Shakespeare qu’on ne voit jamais. Il est très difficile paraît-il de faire des affaires avec Mosfilms.

hamlet1 hamlet2

QUELQUES WESTERNS

geronimoTout d’abord une vraie redécouverte, GERONIMO. Ce passionnant et original scénario de John Milius et Larry Gross (qui collabora plusieurs fois avec Walter Hill, notamment sur 48 HOURS), filmé dans des paysages somptueux, rougeoyants, monochromes, privilégie une forme de chronique, dépouillée, ouverte, fluctuant au gré des évènements historiques. Point de construction dramatique linéaire, de conflits à suspense (ce qui ne veut pas dire que Hill ne ménage pas dans sa mise en scène plusieurs effets de surprise fort efficaces et de belles scènes de combat avec des éclairs de violence et de brutalité) mais une relation documentée (3 des personnages ont écrit leurs mémoires) âpre, dédramatisée et finalement très mélancolique  des efforts arides, sans cesse remis en cause (démarches, pourparlers, promesses mais aussi mensonges) qu’on doit entreprendre pour établir la paix. Sans oublier les compromis, les trahisons qui en résultent. Tous les personnages seront vaincus, détruits ou écartés pour que triomphe l’avidité, la soif de conquête. Dans de nombreuses scènes, les Apaches parlent leur langue. Belle interprétation de Jason Patric, Matt Damon, Robert Duvall (il joue Al Sieber, ce Scout célèbre que l’on retrouve dans BRONCO APACHE, FUREUR APACHE, LE SORCIER DU RIO GRANDE et qui est le héros du roman de WR Burnett que j’ai fait sortir chez Actes Sud, TERREUR APACHE) sans oublier Gene Hackman ou Wes Studi dans le rôle de Geronimo. Magnifique musique de Ry Cooder.
Profitons en pour revoir LE GANG DES FRÈRES JAMES du même Walter Hill sur lequel j’étais un peu léger.

gangdesfreresjames

Sidonis vient  de sortir de l’oubli deux westerns réalisés par Rudolph Maté, génial chef opérateur dont je vantais le travail sur LADY HAMILTON et je pourrai citer LA PASSION DE JEANNE D’ARC, VAMPYR, NOTORIOUS et des dizaines d’autres. Mon ami Brion lui attribue LA DAME DE SHANGAÏ pourtant revendiqué devant moi par Charles Lawton.  Le premier, LE GENTILHOMME DE LA LOUISIANE est un excellent film d’aventures sur fond de Nouvelle-Orléans, bateaux à roue, très joliment décoré et colorié, parfois avec délicatesse, toujours plaisant à regarder jusque dans ses conventions narratives même si le final est un peu précipité et la belle Julia Adams, sacrifiée à Piper Laurie. Il y a de jolis plans d’aube, des duels, Tyrone Power est vraiment convaincant et John McIntire impeccable.

gentilhommedelalouisiane  siegedelariviererouge

LE SIÈGE DE LA RIVIÈRE ROUGE est un de ces westerns qui tournent autour d’une arme révolutionnaire – ici la mitrailleuse Gatling – tout en flirtant avec l’espionnage. Pensez à l’excellent SPRINGFIELD RIFLE (LA MISSION DU COMMANDANT LEX) d’André de Toth. Ici des espions sudistes dérobent cette nouvelle arme mais se font doubler par l’un des leurs qui veut la revendre aux Indiens. Le scénario de Sydney Boehm fonctionne agréablement dans le premier tiers, incorporant des moments de comédie, des chansons (Tapioca sert de signal de reconnaissance) et des séquences d’actions pas mal venues. La présence de Joanne Dru qui malheureusement n’a rien à jouer, rachète l’interprétation mollassonne de Van Johnson. Cela se détériore ensuite : la comédie devient pataude, les rebondissements prévisibles, le personnage de Richard Boone ultra conventionnel (sauf une mort surprenante) et ni Mate ni Boehm ne tirent rien, en termes de dramaturgie, de leur Gatling gun. La mitrailleuse semble placée après les premières minutes, en dépit du bon sens. Le vrai atout du film réside dans les extérieurs nombreux, spectaculaires (canyons, défilés, promontoires rocheux) choisis avec soin et parfois assez fordiens. Mate peut ainsi jouer sur la profondeur de champ, utiliser des cadres larges, des plongées. Mais la photographie en intérieur est plus banale : l’éclairage dans un tipi est carrément absurde. Toute la séquence d’évasion de Joanne Dru défie la vraisemblance. Comme nous le dit Patrick Brion, la bataille finale provient de BUFFALO BILL de Wellman, ce qui explique les choix des extérieurs qui devaient raccorder.

porteduparadis

Il y a évidemment mais ce fut maintenant évoqué sur ce blog HEAVEN’S GATE / LA PORTE DU PARADIS distribué dans une édition qu’on peut estimer définitive (travail sensationnel de Carlotta).

DOCUMENTAIRES

sectionandersonEnfin on va pouvoir revoir LA SECTION ANDERSON de Pierre Schoendoerffer, chronique documentaire qui m’avait vraiment impressionné. Elle avait aussi marqué Howard Hawks qui voulut diner avec le réalisateur. J’étais là et je revois la tête de Pierre quand Hawks lui raconta le scénario qu’il voulait tourner sur la guerre du Vietnam, lui demandant d’aller filmer tous les extérieurs (Hawks ne voulait pas  quitter les USA). Schoendoerffer qui avait été refroidi par la mention du général Westmoreland censé soutenir le projet fit remarquer qu’il n’y avait pas d’éléphants au Vietnam ni de camps de prisonniers, les captifs étant simplement gardés dans la jungle. En fait Hawks recyclait certaines scènes qu’il avait coupées dans divers projets, y compris une de SERGENT YORK mais cela ne collait pas avec le contexte historique.

AFRIQUE 50 est sans doute le premier film anti colonialiste jamais tourné.

afrique50  theouelectricite

LE THÉ OU L’ÉLECTRICITÉ est un passionnant documentaire qui montre les problèmes, voire les ravages que peut causer la mondialisation.

J’ai vu THE AMBASSADOR, documentaire danois décapant et souvent stupéfiant. Un journaliste parvient à acheter (sic) une identité diplomatique (il y a deux sites qui fournissent ce genre de documents) et devient consul du Liberia en Centrafrique. Ce qui lui donne accès aux diamants qu’il peut transporter sans être contrôlé. Et lui permet de côtoyer des dignitaires, des ministres. C’est un festival de corruption, de pots de vin enregistrés avec une caméra cachée. Le responsable de la Sécurité a une dégaine insensée et de manière voilée révèle des faits sidérants. Je cite plusieurs autres titres excitants : À L’OMBRE DE LA RÉPUBLIQUE et HÉLÈNE BERR de Jérôme Prieur.

theambassador  alombredelarepublique

sugarmanInutile de présenter  SUGAR MAN qui connut un grand succès grâce au bouche à oreille. La fréquentation ne cessa d’augmenter, créant une vraie surprise. Le film est efficace, émouvant et j’ai immédiatement acheté les deux premiers CD du chanteur, tous deux excellents (ses dernières prestations sont, paraît il, pitoyables). Quand on le revoit, on remarque des zones d’ombre : où sont passés les droits d’auteurs que devrait toucher Rodriguez à travers les sociétés de perceptions américaines ? Ces sommes ont elles été détournées par les compagnies de disque ? Le film esquive totalement le sujet et oublie, paraît il de mentionner, qu’il fut condamné plusieurs fois pour violences conjugales, brutalité envers ses enfants, alcoolisme, tout cela étant passé sous silence pour ne pas ternir la perfection du conte de fées.

duchmaitreforgesenfer

Enfin, un titre majeur, DUCH, LE MAÎTRE DES FORGES DE L’ENFER, magnifique constat, lucide, net, clair, jamais voyeur ni complice qui marque une étape supplémentaire dans l’œuvre de Rithy Panh.

Lire la suite »
2 / 3112345...102030...»