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FILMS FRANÇAIS

miroirSortie d’une pléthore de Blu-rays chez Gaumont ce qui m’a permis de voir enfin LE MIROIR À DEUX FACES, le meilleur Cayatte (j’attends de revoir JUSTICE EST FAITE défendu talentueusement par Lourcelles), en partie grâce à l’interprétation magistrale de Bourvil. Son jeu nuancé, subtil, rattrape l’écriture un peu trop forcée de son personnage, d’une noirceur effarante. Michèle Morgan est aussi très juste et Gérard Oury, excellent. Le meilleur jusqu’au DOSSIER NOIR dont la première partie est assez passionnante. La description que fait Cayatte d’une petite ville de province en pleine reconstruction, dominée par un magnat du BTP qui fait la loi, quelques années après la Libération fourmille de détails originaux qu’on aurait tort de sous estimer : l’arrivée du juge d’instruction (Jean-Marc Bory) dans un Palais de Justice à l’abandon où l’on bute sur un bébé dans son parc surveillé par son frère, en pleine salle des pas perdus, lequel petit frère fait tourner la boutique en l’absence de personnel ; le seul téléphone se trouve au café d’en face ; la chambre qu’on alloue au juge et où Sylvie tente d’habiller le chien de Mademoiselle Boussard ; le personnage du procureur (excellent Henri Crémieux) atteint d’un cancer du foie, autant de notations extrêmement originales qui confirment, au-delà des défauts du cinéaste (lourdeurs, didactisme, manque de subtilité) le très grand intérêt de certains films souligné par Lourcelles qui qualifie leur existence de révolutionnaire (AVANT LE DELUGE). Le dialogue de Charles Spaak est acéré et cinglant.
Malheureusement le scénario dérape dans des bifurcations incompréhensibles tant elles sont maladroites, défauts pointés justement par Philippe Paul dans DVDClassik : des sous-intrigues entre Danièle Delorme et Daniel Cauchy ; Boussard disparaît totalement ; on nous égare sur des fausses pistes au lieu de suivre l’enquête du petit juge qui disparaît pendant de très longs moments. Les scènes d’interrogatoire avec Noël Roquevert auraient gagnées à être plus elliptiques. Bernard Blier, magistral en flic parisien, relance l’intérêt mais la fin, astucieuse, paraît soldée.

maisonassassineeParmi les autres titres, l’increvable LA CHÈVRE et LA MAISON ASSASSINÉE, un des Lautner les plus personnels, où il se met le plus à nu surtout dans la première partie : on retrouve les pointes anarchistes, l’antimilitarisme, l’écœurement devant la tuerie de 14-18 qui faisait le prix des films écrits avec Pierre Laroche. La photo de Yves Rodellec est plus inspirée que celle de Fellous (la première scène est fort belle et impressionnante) et la musique de Philippe Sarde fort efficace. Patrick Bruel impose une réelle présence, mutique, forte et ils très bien entouré par Yann Colette, impressionnant, Christian Barbier, Jean-Pierre Sentier, Anne Brochet. Deux des jeunes femmes sont habilement développées dans l’adaptation. Et le sujet tiré d’un roman de cet auteur fort intéressant qu’est Pierre Magnan nous entraîne loin des sentiers battus. On le sent dans certains dialogues à la Giono. Sauf quand il s’agit de résoudre l’intrigue et là le film piétine, se répète, ajoute des scènes inutiles avec Ingrid Held. La toute fin rachète une partie de ces erreurs. Il y a une certaine parenté entre le sujet de ce film et MANON DES SOURCES.

IL ÉTAIT UNE FOIS UN FLIC reste assez marrant, décontracté et bénéficiant d’un bon dialogue de Francis Veber. Le personnage de Michel Constantin qui discute chaque prix, chaque achat sonne juste surtout quand on sait que là, Veber s’est inspiré de l’acteur.

docteurlaurentVu enfin LE CAS DU DOCTEUR LAURENT qui commence très bien : Gabin formidable – son arrivée, la manière dont il prend possession des lieux, du décor est une leçon de jeu. On y sent aussi une vraie conviction. Les extérieurs sont très bien choisis et renvoient à L’ÉCOLE BUISSONNIÈRE. Mais le propos devient trop didactique et la mise en scène alourdit tout cela avec des plans de coupe illustratifs et redondants. De plus Silvia Montfort plombe littéralement le film. Elle n’a pas la justesse modeste de Nicole Courcel. Il y a encore quelques bons moments mais la gentillesse surlignée (les ouvriers qui saluent le car), l’optimisme forcé, bloquent un propos très généreux et très progressiste. C’est à tout à l’honneur de Le Chanois d’avoir osé aborder un tel thème, l’accouchement sans douleur même si cela faisait partie de la politique nataliste du PCF avec une Jeannette Vermeersch ennemie absolue de l’avortement et de la contraception, comme le montre la biographie d’Annette Wierviorka.

UNE SURPRISE
suivezcethommeJe souscris entièrement à cette recommandation de Jean Olle Laprune. Sans lui je n’aurais pas vu ce film, n’étant guère attiré par George Lampin :  » Je te conseille de jeter un coup d’œil sur SUIVEZ CET HOMME, dont la deuxième partie est remarquable. On y  assiste à deux enquêtes de Bernard Blier en commissaire de police qui raconte ses souvenirs. La deuxième histoire évoque un vol de bijoux au moment de la Libération par deux truands déguisés en policier en uniforme (Guy Decomble et Daniel Cauchy !). Elle est très sombre, très noire, très violente avec un meurtre d’une sécheresse inattendue ! On y voit un Paris triste, des immeubles du Marais qui tombent en ruine et un univers particulièrement glauque et sombre (décrit en opposition avec la banlieue enjouée et familiale où habite Blier, par ailleurs  très crédible et particulièrement en forme. Bref une bonne surprise. » (DVD chez LCJ)
Le dos de la jaquette donne le coupable de la première histoire ce qui est idiot. Dans le premier épisode Andrée Clément, actrice étonnante qui aurait dû être mieux utilisée, donne de la fonce à son personnage qui est sous l’emprise (sexuelle, la description est nette) de Suzy Prim. Le second épisode (quelle drôle de construction) tient davantage du film noir avec des criminels minables et odieux. On peut voir les seins de Véronique Deschamps dans une scène d’une rare sécheresse dans sa brutalité. France Roche joue Alice Tissot. Bonne musique de Maurice Thiriet. Sur IMDB, Dumonteil, grand connaisseur du cinéma français, loue intelligemment le film mais critique sévèrement les autres Lampin (LE PARADIS DES PILOTES PERDUS, LES ANCIENS DE SAINT-LOUP et le mauvais sketch du par ailleurs passionnant RETOUR A LA VIE), en particulier ses adaptations russes que je n’ai pas vues (L’IDIOT).

Dans la collection rouge de Gaumont, je recommande très chaudement le magnifique GARÇON SAUVAGE de Jean Delannoy (très beau dialogue de Jeanson), interprété par un superbe trio d’acteurs. Frank Villard est formidable en souteneur vantard, peureux, traître. Il faut le voir se plaindre du coup de canif qui lui a égratigné la main, coup de canif donné par le jeune garçon parce qu’il battait Madeleine Robinson : « si chaque fois qu’on cognait une femme… ». Jeanson et Delannoy gomment le pittoresque des personnages méridionaux, filmés et joués avec une rare sobriété. Une découverte.

Dans la même collection, je vais voir LE VAL D’ENFER, revoir UN HOMME À ABATTRE de Philippe Condroyer. Les amateurs de Prévert pourront acquérir LE SOLEIL A TOUJOURS RAISON et entendre Vanel dire du Prévert mais aussi Tino Rossi.

A signaler le bon documentaire de Jérôme Prieur sur LE MUR DE L’ATLANTIQUE et sur DIEPPE en 1942. Étude précise de la collaboration économique des entreprises et de certains patrons. Sujet assez occulté.

ALBERTO LATTUADA

Alberto Lattuada est le premier metteur en scène italien que j’ai rencontré et interviewé (pour Cinéma 60, je crois) grâce à Jean-Pierre Melville qui aimait beaucoup LE MOULIN DU PO, LE MANTEAU (qu’on trouve en DVD en France) et LA PENSIONNAIRE (chez René Château mais en VF). A cette époque, je ne connaissait que fort peu de ses films mais j’avais rusé, bluffé et il m’avait félicité pour la manière dont je percevais son univers. Je me suis bien rattrapé depuis et lors de nos rencontres suivantes, j’avais vu une dizaine de ses films et aimé un grand nombre d’entre eux dont LE MANTEAU, LE BANDIT surtout dans ses deux premiers tiers, LES ADOLESCENTES (I DOLCI INGANNI),  avec  la si belle musique de Piero Piccioni (2 DVD en Italie).
lesadolescentesJ’aimais beaucoup Alberto, sa culture immense, son humour pince sans rire, la manière dont il mêlait son grand amour pour la littérature russe, de Gogol à Pouchkine, et son goût pour un érotisme raffiné. Il savait admirablement filmer les femmes et surtout les jeunes filles, découvrant Jacqueline Sassard, Catherine Spaak. Il était aussi sensible aux conflits sociaux (le très beau MOULIN DU PO, SANS PITIÉ) ou politiques et aux déchirements amoureux : I DOLCI INGANNI raconte comment une adolescente va perdre sa virginité, sujet intournable aux USA. La pudibonderie l’exaspérait autant que les préjugés de caste et de classe. Et il saura magnifier toutes ses qualités dans un mélodrame social comme LA LUPA, film méconnu, inspiré, lyrique et trouble, avec des moments très aigus, tranchants, dignes d’un moraliste du XVIIIème siècle qui aurait su s’enraciner au cœur de la Calabre : « rarement lyrisme et sens social ont ils été si étroitement liés », écrivait Positif en 1954. Et la splendeur visuelle du film en fait une des réussites majeures du cinéaste. Mais la beauté des images ne doit pas occulter leur caractère corrosif qu’on sent aussi dans une comédie noire comme VENEZ DONC PRENDRE LE CAFÉ CHEZ NOUS.

PAUL FEJOS

PAUL FEJOS est un cinéaste stupéfiant. Ce Hongrois émigré aux USA, y tourna deux films très importants dont LONESOME (SOLITUDE), une splendeur qui vient d’être restaurée, sans doute l’un des plus grands films d’amour de cette période (superbe DVD de Criterion). De retour en France, il signe une coproduction franco-hongroise et un autre chef d’œuvre, MARIE LÉGENDE HONGROISE bouleversant d’ingénuité, de bienveillance, d’émotion. Polyglotte, il passe d’un pays à l’autre, tourne des doubles versions, établit le montage final de LA CHIENNE de Jean Renoir et dirige en Autriche GARDEZ LE SOURIRE, bouleversante chronique sociale, tempérée d’humour, vantant la solidarité, l’entraide. C’est LONESOME sur fond de crise économique, de chômage. Pas d’intrigue mais une suite de petits faits, d’incidents cocasses ou dramatiques tournant autour d’un seul sujet qui fait de GARDEZ LE SOURIRE, le film le plus actuel qui soit, le plus en prise avec le monde contemporain : la recherche du travail, d’un emploi stable et rémunéré. Il pourrait être tourné aujourd’hui et on devrait le projeter à Bruxelles.
Fejos allait bientôt se retirer du cinéma de fiction et se lancer dans des films ethnologiques, dans des documentaires tournés au Pérou, à Madagascar, en Thaïlande comme UNE POIGNÉE DE RIZ qui tournera dans les ciné-clubs. En 1941, il abandonne le cinéma pour devenir anthropologue et travaille comme directeur de recherche à la Wenner-Gren Anthropological Foundation.

lonesome

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Jan
12

LIVRES

lasupplicationJe conseille absolument à tous les lecteurs de ce blog de se plonger dans les livres de Svetlana Alexievitch : celui sur Tchernobyl, LA SUPPLICATION, est un coup dans la gueule qui complète en profondeur  la série de Daniel Costelle, impressionnante, avec des documents stupéfiants mais un poil trop dramatisée. Là on plonge dans un quotidien où l’héroïsme incroyable – celui des soldats soviétiques à Stalingrad qu’on découvre chez Vassili Grossman (VIE ET DESTIN, POUR UNE JUSTE CAUSE) – et l’abnégation, côtoient le masochisme, l’inconscience, où la générosité, le sens de la collectivité (sauf chez les responsables du parti dont la conduite est effrayante ; ils gardent l’iode, se font livrer de l’eau minérale et envoient leur famille très loin) se déploient dans un bordel, une gabegie qu’on a du mal à imaginer.
L’impréparation, l’ignorance, le culte du secret provoquent des désastres et une vraie hécatombe. On fait racler la terre autour de Tchernobyl et on l’enterre un peu plus loin ; les pompiers sont envoyés sans aucune protection, les pilotes non plus. Les hôpitaux n’ont ni savon, ni dentifrice, ni bandages. Parfois on est admiratif devant ces paysans qui reviennent dans les zones irradiées cultiver leurs terres, parfois on est saisi d’horreur devant l’imbécilité des mesures. « Docteur, puis je manger cette pomme de Tchernobyl ? » – « Certainement, si vous enterrez le trognon. » On trouve aussi dans cet essai magistral de bouleversantes histoires d’amour.
LA FIN DE L’HOMME ROUGE, c’est formidable aussi, avec des portraits très différents : de communistes qui le sont restés même après avoir été envoyés dans les camps, du maréchal qui se suicida après l’échec du putsch.

mortheroinerouge  cyberchina  dragonbleu

Et pour comprendre la Chine, le désastre écologique, la corruption, les luttes de clans et la vie quotidienne (il y a des aperçus formidables sur la gastronomie), rien n’est mieux que les enquêtes de l’inspecteur Chen : MORT D’UNE HÉROÏNE ROUGE CYBER CHINA, LA DANSEUSE DE MAO, DRAGON ROUGE, TIGRE BLANC de Qiu Xiaolong, et tous les autres titres. Le roman noir est un formidable moyen de découvrir certains pays, certaines cultures. Par exemple la Mongolie avec YERULDELGGER,  polar passionnant de Ian Manook, riche en détails pittoresques, en notations sur la culture, la gastronomie mongole, les enjeux politiques. Le livre est à la fin trop tributaire de l’intrigue et des rebondissements gore.

yeruldelgger  linvasion

Il faut aussi lire L’INVASION de Ludovic Halévy (celui du duo Meilhac et Halévy), chroniques passionnantes sur la guerre de 1870 (Mercure de France).

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Ruez-vous sur LA MULÂTRESSE SOLITUDE d’André Schwarz-Bart, un petit texte fulgurant, décapant qui prolonge le magnifique UN PLAT DE PORC AUX BANANES VERTES écrit avec sa femme Simone. Voici un grand livre (petit par sa taille), à la langue magnifique, qui nous plonge au cœur du monde des colonisés, nous donne à sentir leur culture, leurs traditions. Le style alterne des élans lyriques déchirants, des descriptions épiques de la Nature et des constats secs de faits terrifiants. Il y a un portait au scalpel d’un noble que tente la philosophie et la Révolution et qui finit par rejoindre les Anglais. Un auteur à redécouvrir et je vais acheter LE DERNIER DES JUSTES que je n’ai jamais lu. Et si c’était un prix Goncourt mérité ?

loubliquenousseronsL’OUBLI QUE NOUS SERONS de Héctor Abad est un compagnon formidable pour ce livre, hommage bouleversant à un père assassiné par les paramilitaires colombiens, description émue d’une famille et description sarcastique de cet assemblage de grenouilles de bénitiers, de curés hystériques, de prélats ultra-conservateurs (l’un d’eux proclame qu’assassiner des libéraux est un péché véniel). Il y a des moments bidonnants et des pages où l’on découvre l’horreur de la vie politique colombienne, le massacre des réformateurs, voire des médecins qui veulent vacciner ou pasteuriser le lait ou rendre l’eau potable alors que la typhoïde fait des ravages. Lisez ce chef d’œuvre, cet hymne à la médecine humaniste dont le titre est tiré d’un poème de Borges que le père de l’auteur avait dans sa poche quand on l’exécuta. Très belle préface de Mario Vargas Llosa.

Je ne voudrais pas oublier LE PREMIER SPECTATEUR de Michel Cournot (Gallimard) sur le tournage des ESPIONS. C’est un livre formidable, magnifiquement écrit, une plongée dans le travail minutieux, dictatorial, épuisant qu’impose Clouzot. Il y a des échanges hilarants avec des techniciens qui n’ont pas leur langue dans la poche, en particulier l’ingénieur du son, Sivel, qui appelle Vera Clouzot « la Clouze » devant elle et s’oppose au réalisateur tout en l’admirant. Les monologues de Christian Matras sont dignes de Pinter (personne ne m’écoute est son leitmotiv) et Jurgens a une phrase mémorable et attachante : répondant à un compliment de Clouzot, il dit « je ne suis pas un bon acteur, je suis un acteur cher ». Le livre est éclairant sur les problèmes de son qui bloquaient le tournage dans des studios peu insonorisés. La fin et aussi la tirade qui donne son titre au livre, sont très émouvantes.

L’excellent livre de Bertrand Burgalat, DIABÉTIQUEMENT VÔTRE pointe avec humour, invention, rigueur les ravages causés par le diabète, par des décisions erratiques et stupides, à partir de son expérience personnelle. C’est passionnant et terrible : sur Sanofi, une véritable dictature, sur les docteurs, payés par les labos, et sur ce qu’est la vie quotidienne d’un diabétique avec les médicaments utiles non remboursés, l’aveuglement de la Sécurité sociale sur des remèdes qui coutent très chers, les erreurs de diagnostic (saviez vous qu’Eric Dolphy est mort non de la drogue mais du diabète pas soigné ?). Je pense que c’est un sujet primordial.

MUSIQUE

Merci Stéphane Lerouge de nous offrir ce coffret unique consacré aux musiques des films de Scorsese. Du pur bonheur. La Sacem devrait élever une statue à Lerouge.
Et celui consacré à François de Roubaix. J’ai ré-écouté avec plaisir une de mes musiques préférées, celle de DERNIER DOMICILE CONNU, l’une des réussites de Giovanni malgré quelques seconds rôles trop lourdement typés. La raclée que prend Ventura est une des meilleures scènes de bagarre du cinéma français : teigneuse, âpre, sans effets de cascadeurs. Et le couple Ventura-Marlène Jobert fonctionne mieux que dans mon souvenir.

scorseseBO  francoisderoubaix

COFFRETS DVD

A tout seigneur tout honneur commençons par l’indispensable : le coffret Jane Campion que vient de sortir Pathé, une intégrale absolue de cette œuvre fulgurante. Inutile de s’étendre, on a dit ici même beaucoup de bien de cette réalisatrice. J’aimerais insister sur BRIGHT STAR, tristement mésestimé à Cannes et sur TOP OF THE LAKE, sa série pour la télévision (Pathé).

coffretjanecampion

Autre coffret indispensable, celui que Criterion en zone 1 consacre à la trilogie d’APU. On pourra enfin voir ces chefs d’œuvre dans des copies restaurées. Mais j’ai peur que l’édition française se fasse attendre.

aputrilogy

Énorme coffret western chez Sidonis que j’ai du mal à soulever.

coffret western sidonis

Et aussi le premier volume de l’intégrale Frederick Wiseman. Si vous n’avez pas vu WELFARE, HOSPITAL, HIGH SCHOOL, ruez vous sur ce coffret…

coffretwiseman

Le très dynamique Marc Ruscart vient de lancer la collection Macha Méril consacrée à des films russes introuvables. Voilà le premier dont il dit merveille : LA NUIT DE CARNAVAL.
Une soirée pour le nouvel an russe, une copie rénovée, un DVD… Elle est pas belle la vie?

lanuitdecarnaval

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Déc
02

CINÉMA ITALIEN
procesdesdogesJ’ai enfin vu LE PROCÈS DES DOGES de Ducio Tessari (Gaumont, collection rouge) qui est un très agréable drame policier et judiciaire se déroulant dans la Venise des doges. Une histoire criminelle dans un contexte historique. Décors et costumes très soignés, avec des recherches visuelles (mélange de couleurs chaudes avec des dominantes plus froides et bleutées à l’arrière-plan). Ducio Tessari tente de dynamiser le procès avec des travellings s’enchainant sur des panoramiques et un montage elliptique, un peu comme André de Toth dans LA MISSION DU COMMANDANT LEX et donne un contenu critique au film (apologie du peuple contre les patriciens) qui reste un peu abstrait. Les flashbacks sont introduits de manière un peu lourde. Le film est plus soigné que certains Freda mais moins inspiré, mais le résultat final est plaisant. Enrico Maria Salerno et Jacques Perrin sont très bons, Michelle Morgan aussi même si elle paraît un peu âgée pour le personnage. Bonne utilisation de Venise en hiver (y a-t-il eu un film tourné en été à Venise ?).

FILMS AMÉRICAINS
BROADWAY THERAPY : quelle idée intelligente de traduire SHE IS FUNNY THAT WAY par un titre anglais, même si le personnage de la psy irascible permet à Jennifer Aniston de se défouler avec bonheur et jubilation. Il faut l’entendre dire : « Prenez un grand chien » à sa patiente stupéfaite après avoir rabroué un malade. Peter Bogdanovich s’est lancé, entreprise audacieuse, dans un vaudeville à l’ancienne, avec quiproquos (tout le monde se retrouve dans le même restaurant ou le même hôtel) sauf qu’à la place des amants dans le placard, on a des maîtresses dans la salle de douche. La force du film tient dans les acteurs et certains sont très bien choisis : Owen Wilson, bien sûr, la surprenante et délicieuse Imogen Potts qui m’a fait craquer. Certaines péripéties, certaines répliques sont hilarantes (le chauffeur de taxi épuisé par les disputes de ses passagers qui plaque son véhicule pour prendre un taxi). On peut regretter le personnage du juge trop appuyé et l’arrivée inutile et lourdingue des parents dans les dernières scènes qu’ils plombent.

broadwaytherapy

deadwoodJ’ai vu la saison 1 de DEADWOOD qui avait créé un choc à l’époque dès le pilote tourné par Walter Hill qui mélangeait astucieusement des recherches vraiment réalistes (saleté des décors, rues boueuses), un ton très cru où l’on évoque aussi bien les maladies vénériennes que la manière de se débarrasser des cadavres en les donnant à manger aux cochons du restaurateur chinois, héritées des meilleurs westerns révisionnistes et le mélange des tons initié par Leone et Corbucci. Certains personnages sont démystifiés de manière assez émouvante comme Calamity Jane, une alcoolique, amoureuse de Wild Bill Hicock, qui rate presque tout ce qu’elle entreprend. Les épisodes suivants sont moins démonstratifs, plus fluides et imposent des personnages fort réussis dont un ou deux méchants de grande envolée. Il y a aussi une grande attention aux personnages féminins.

WESTERNS
eldoradoA la suite de diverses interventions, j’ai décidé de revoir LA REINE DE LA PRAIRIE et EL DORADO. Je n’avais pas gardé un bon souvenir du premier et cette nouvelle vision n’arrange rien sinon qu’on peut créditer Dwan de quelques plans de repos nocturnes, apaisés qui témoignent d’une vraie douceur. Sinon le scénario et les dialogues sont ridicules, à la limite de la parodie et les Indiens m’ont paru toujours aussi ineptes.
EL DORADO est très supérieur et Mitchum apporte beaucoup surtout dans le premier tiers du film, de loin le meilleur. Mais l’ensemble paraît quand même fatigué même si Hawks fait preuve d’un certain rythme qu’il conjugue avec sa décontraction légendaire. Le scénario semble fait de bric et de broc (la découverte de Mitchum devenu ivrogne est traitée avec une désinvolture peu payante) pour en arriver obligatoirement à une resucée de RIO BRAVO que le premier tiers n’annonce pas du tout. Il est d’ailleurs intéressant de noter que la meilleure scène du film est la seule qui soit tirée du beau roman de Harry Brown : quand Wayne tire sur le jeune qui était censé le surveiller et prévenir de son arrivée et le tue par erreur. Dans le livre, la scène était beaucoup plus forte. Elle arrivait plus tard dans l’intrigue et donc on connaissait le jeune qui allait mourir, on l’avait aimé et on ressentait plus fortement sa perte. La séquence dans la famille était plus forte avec une série de réactions complexes. Leigh Brackett fut furieuse d’écrire ce qu’elle appelait « le fils de RIO BRAVO » et cela se sent. James Caan est pas mal dirigé avec son sourire mais les divers trajets et allers et retours dans la dernière partie semblent fastidieux et bâclés quant au traitement de l’espace. Même la photographie de Harold Rosson qui joue exclusivement sur le jaune des fenêtres paraît moins intéressante que celle de RIO BRAVO.

LE DIABLE DANS LA PEAU de George Sherman commence très bien même si l’on fait un sort un peu appuyé au fusil qui va faire prendre Audie Murphy pour le tueur que recherche un marshal. Personnage intéressant que ce policier qui veut tellement arrêter un coupable qu’il est prêt à falsifier la vérité, à tuer un faux coupable. Situation forte et originale (on pense un peu au marshal de QUATRE ÉTRANGES CAVALIERS). Hélas après une première partie ou Sherman utilise très adroitement le Scope et les paysages de rochers arides et dépouillés, le scénario dérape, accumule les rebondissements prévisibles, les invraisemblances (une crête infranchissable semble un petit obstacle pour Audie Murphy et Felicia Farr). Les personnages se délitent notamment celui de Stephen McNally qui reste sur la même note ou paraissent inutiles (Robert Middleton). Et l’affrontement final est ridicule, mal écrit et mal filmé. On a l’impression que le film a été entrepris avec une moitié de scénario.

diabbledanslapeau

bigjakeBIG JAKE. Pour ce film, John Wayne qui le produisait avec la BATJAC fit appel à George Sherman qui l’avait dirigé au début de sa carrière dans une dizaine d’épisodes des THREE MESQUITEERS. Wayne avait apprécié son efficacité, son sens de l’espace, du rythme et Sherman étant mis à l’écart, n’ayant plus dirigé de films depuis 1966, il en fit le producteur des COMANCHEROS que Michael Curtiz commença avant que sa santé force Wayne à reprendre le film dont il dirigea plus de la moitié. Sherman aussi était en mauvaise santé et Wayne refit certaines scènes et re-chorégraphia le règlement de comptes final qui est assez violent. Puis il dirigea la majeure partie de ce qui restait à tourner, laissant pourtant tout le crédit à Sherman. Le début du film est assez réussi, l’attaque sur le ranch McCandles. Le ton est plus violent que d’habitude et BIG JAKE fut coté PG-13, fait rare pour un western de Wayne (le script était du à Harry Julian et Rita Fink, les scénaristes de DIRTY HARRY). Mais après l’ouverture, le récit se perd dans de fastidieuses scènes de comédie. Le personnage de Wayne devient assez déplaisant à force d’humilier ses fils, de leur taper dessus et de faire la morale à tout le monde. Interprétation médiocre de Christopher Mitchum et Patrick Wayne. Bruce Cabot est un peu meilleur. Seul Richard Boone s’en tire même si son personnage reste ultra sommaire. Mais sa dégaine, son visage compensent beaucoup de choses.
J’en profite pour signaler l’excellente biographie de Wayne par Scott Eyman qui trace un portrait très complexe de l’acteur, de son implication dans les films, de sa générosité avec ses partenaires mais aussi de ses obsessions politiques, de son machisme que nuancent une réelle générosité et une grande culture. Passionné des écrits de Winston Churchill, il faisait des concours de citations de poème avec Roscoe Lee Browne sur THE COWBOYS.

VENGEANCE À L’AUBE est un des meilleurs Sherman, tendu, épuré, sombre. Magnifique photographie de Carl Guthrie qui privilégie les clairs obscurs à Lordsburg et les couleurs vives à Sorroco. Interprétation rêveuse et mélancolique de Rory Calhoun qui a des faux airs de Clooney. Bon dialogue de George Zuckerman, scénariste de Sirk. Piper Laurie dégage une gravité inattendue et Alex Nicol et Edgard Buchanan campent des personnages qui cassent les clichés du genre.

veangeancealaube

LITVAK (SUITE)
thejourneyTHE JOURNEY est une relative surprise. C’est un des seuls films américains qui prend ouvertement parti, lors des évènements de 1956, pour les révoltés hongrois, même si c’est de manière périphérique. Le scénariste George Tabori (SECRET CEREMONY, la pièce dont s’inspire LEO THE LAST) a toujours préféré une approche oblique. Un des personnages au début dit que ce peuple donne des leçons de courage au monde entier et on lui répond « qui va écouter ». Litvak dans les 30 premières minutes montre les rues dévastées avec la présence obsédante des tanks russes, des civils qui portent des cercueils, une atmosphère de désolation et de résistance passive, filmée avec intelligence. Mais ensuite le récit s’attache aux destins individuels.  Même si on peut dire que la majorité des réfugiés étrangers (syriens, américains, français, allemands et Litvak les fait parler dans leur langue) qui ont été stoppés dans leur voyage par le major Surov (Yul Brynner dont c’est peut-être le meilleur rôle) et cantonnés dans un hôtel, représentent de manière allégorique toutes les dissensions, les rivalités, les lâchetés, les compromissions de la communauté internationale qui laissa massacrer les Hongrois sans vraiment réagir. La plupart n’ont d’ailleurs aucune information réelle sur le contexte historique ou politique, sauf peut être le journaliste britannique que joue sans aucun histrionisme un Robert Morley mesuré, intelligent, loin de toute caricature, et Fleming (un Hongrois qui essaie de fuir avec un passeport anglais aidé par Deborah Kerr) interprété par Jason Robards Jr dont c’est le premier rôle et aucun des deux n’a envie d’étaler ses connaissance. Morley est contre les prises de position de Deborah Kerr mais refuse de la condamner. Il y a d’ailleurs dans ce petit groupe plusieurs individus décents qui refusent de dénoncer Fleming ou se déchirent à ce sujet comme ce couple d’Américains moyens, remarquablement joués par EG Marshall et Ann Jackson, qui évite la plupart des clichés. Le plaidoyer d’Ann Jackson (ma famille passe avant la collectivité) est traitée avec respect.  La principale force du film, son moteur dramaturgique (qui devient étroit à la fin) repose sur le jeu du chat et de la souris que Brynner  joue avec  Kerr. Surov est un personnage complexe, torturé, changeant constamment d’humeur, très inhabituel dans le cinéma américain de l’époque. Et bien sûr l’alchimie entre lui et une Deborah Kerr frémissante, sensuelle,  fonctionne encore mieux que dans THE KING AND I.
Certains internautes reprochent le manque de romantisme dans leurs rapports alors que c’est le sujet du film. De même il me paraît absurde de faire ce reproche aux séquences entre Kerr et Jason Robards Jr alors qu’ils font l’impossible pour cacher, ne pas extérioriser, leurs sentiments Malheureusement le personnage de Brynner s’amollit à la fin, Tabori lui donne des réactions trop prévisible et il écrit une tirade héroïque pour Jason Robards totalement invraisemblable. On peut regretter ce surplus de péripéties lourdement humanistes dans les 25 dernières minutes (lors d’une tentative d’évasion, Deborah Kerr, brusquement accumule les sottises) et le film perd de sa vigueur. Débuts de Ron Howard (un des gamins du couple américain) et apparition spectaculaire d’Anouk Aimée en partisane hongroise.
THE SISTERS (Warner archive). Je peux reprendre tous les compliments qu’on lui décernait dans 50 ANS quant au ton du film, à l’interprétation très convaincante de Flynn et à l’étonnante scène du tremblement de terre qui démarre de manière presque intime.

thesisters

FILMS ANGLAIS
On découvre de petites perles dans THE EALING STUDIOS RARITIES COLLECTION (pas de sous-titres hélas)
Le volume 1 ne mérite d’être signalé que pour WEST OF ZANZIBAR de Harry Watt.
Le volume 2, très supérieur, nous offre le premier Carol Reed, MIDSHIPMAN EASY, un film détendu et joyeux salué par Graham Greene et un petit bijou, BRIEF ECSTASY d’Edmond T. Gréville  qui fut lui aussi encensé par Greene. Un homme a une très brève relation sexuelle avec une jeune fille et la retrouve 5 ans plus tard mariée à Paul Lukas. Ce film très sensuel, est riche en idées visuelles, en notations subtiles. Gréville maintient une tension érotique que Greene attribuait à ses origines françaises. THE BIG BLOCKADE est un semi-documentaire de propagande impressionnant selon Philip French du Guardian, dirigé par Charles Frend (LA MER CRUELLE). Et le dernier est une histoire de « vigilantes » démasquant un parlementaire corrompu et traître.

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Dans le volume 5, en dehors du VAGABOND BIEN AIMÉ de Kurt Berhardt qu’on trouve en France chez Lobster, THE SHIRALEE constitue une découverte passionnante. Cette réalisation écrite et dirigée par Leslie Norman, plus en forme qu’à l’ordinaire, fait parti de ce corpus de films australien produits par Balcon que j’ai vanté ici même dans l’indifférence générale. Les paysages et les décors sont pour beaucoup dans la réussite de ce film devenu culte et dont on me parlait depuis des années. Et il y a aussi Peter Finch, extraordinaire en ouvrier itinérant, incapable de se fixer quelque part et du coup répudié par sa femme qu’il a abandonnée. Il préférence l’errance, les boulots occasionnels, les cuites, les bagarres mais là il va devoir les affronter avec une petite fille de 4 ans. Le ton est âpre pour l’époque, dépouillé : il la traite très durement malgré les remontrances de ses amis. On sait qu’il va s’amadouer mais cela prend du temps. Norman évite la mièvrerie et l’attendrissement. Une œuvre attachante.
Le volume 13 nous offre THE DICTATOR, la première version de A ROYAL AFFAIR, et surtout SECRET LIVES toujours de Gréville qu’on considérait comme perdu. C’est un drame d’espionnage avec la sculpturale Brigitte Horney et le très moyen Neil Hamilton. Et c’est surtout l’occasion pour Gréville de se livrer à une débauche d’idées de mise en scène, de recherches visuelles, rendant hommage à Sternberg au passage. Ce film flamboyant offre une vision très noire du monde de l’espionnage
Je n’ai pas eu le temps d’explorer les autres volumes qui contiennent des Basil Dearden comme FRIEDA au sujet audacieux, un Harry Watt réputé.

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J’ai aussi acheté tous les premiers Jack Lee Thompson notamment YIELD TO THE NIGHT (sous-titres anglais je crois), plaidoyer contre la peine de mort écrit par sa femme de l’époque qui connaissait bien la prison. Tout le début est un festival assez marrant de plans à effet (avec amorces, cadrages insolites), Lee Thompson voulant s’affirmer de manière touchante comme un vrai metteur en scène, désireux de trancher sur la grisaille réelle ou non du cinéma britannique. La suite est plus intéressante : le film décrit minutieusement les derniers jours d’une femme condamnée à mort (Diana Dors impressionnante) : c’est une suite de petits faits durs, qui sonnent juste et décrit un système qui se veut humain mais qui est en fait impitoyable. La prisonnière doit dormir avec deux femmes qui la surveillent, sans pouvoir éteindre (on lui donne un bandeau pour les yeux et des calmants) et ces rituels, malgré l’humanité d’une des geôlières, se révèlent oppressants.

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J’ai aussi à voir les deux autres qu’on dit très bons : THE WEAK AND THE WICKED et THE WOMAN IN THE DRESSING GOWN dont il écrit le scénario.
Signalons aussi la sortie de l’excellent  THE RAKE’S PROGRESS de Sydney Gilliatt, l’un des co-scénaristes d’UNE FEMME DISPARAÎT et l’excellent auteur de WATERLOO ROAD et de GREEN FOR DANGER. C’est un film anglais dont Truffaut dit du bien à Hitchcock (hélas pas de sous-titres).

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