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LIVRES

Commençons par recommander quelques livres et notamment les deux magnifiques romans de Frank Norris, disciple de Zola, LE GOUFFRE (THE PIT) et LES RAPACES (McTEAGUE) qui viennent enfin d’être traduits en français. LE GOUFFRE (Les Editions du Sonneur) qui sortit en 1903 est un ouvrage incroyablement précis, épique et prémonitoire sur la Bourse, la spéculation (en l’occurrence du blé). Les descriptions des séances à la Bourse sont magistrales. On est emporté par un vrai souffle qui se marie à une précision remarquable. Toutes aussi réussies sont les évocations de la vie mondaine à Chicago, au début du siècle avec ce si touchant portrait de jeune femme idéaliste. Le livre appartient à la trilogie de l’épopée du blé qui ne comprend que deux titres, THE PIT et THE OCTOPUS, Norris mourut avant d’attaquer le troisième titre, THE WOLF. C’est Robert Parrish qui, le premier, me parla de cette trilogie. Il avait voulu adapter THE PIT ou THE OCTOPUS, je ne me souviens plus, mais ce projet avait été refusé. Paru chez Agone, valeureuse maison d’éditions qui a publié un grand nombre de recueils essentiels de George Orwell, LES RAPACES fait partie de la trilogie de San Francisco et inspira le chef d’œuvre de Stroheim.

 

J’ai aussi retenu le très passionnant, très étonnant, L’AUTRE VIE D’ORWELL de Jean-Pierre Martin chez Gallimard. J’ai découvert quelle incroyable existence menait Orwell sur l’Ile du Jura, en Écosse (où l’on fait un malt remarquable), sa lutte contre la Nature, son incroyable énergie physique. C’est là qu’il écrivit 1984.

 

Ne manquez pas le DICTIONNAIRE DES INJURES LITTÉRAIRES de Pierre Chalmin qui contient un nombre incalculable de vannes, mots d’esprits, saillies désopilantes. Parfois justes et incisives comme ce trait de Jeanson qui demandant à Berl quelles étaient les fonctions de Malraux, se voyait répondre : « Oh, rien de plus simple. Il s’efforce de mettre du désordre dans un ministère qui n’existe pas » ou alors Vialatte, toujours sur Malraux : « Malraux ne se détend jamais. Il voit le comique et ne prend pas le temps d’en rire » ou « Il y a deux façons de ne pas aimer la poésie. La première est de ne pas l’aimer, l’autre est de lire Pope ». Il y a certaines vacheries (de Léautaud, Céline) qui discréditent plus leurs auteurs que leurs cibles.

Enfin je ne saurais trop conseiller L’ANTI-BAZIN de Gérard Gozlan, pamphlet qui fut publié dans deux numéros de Positif et qui déconstruit les interprétations théologiques chères à Bazin, montre leurs limites, voire leur fausseté. Préface persifleuse de Bernard Chardère (éditions Le Bord de l’Eau).

MUSIQUE

Passons à quelques CD que vient de faire sortir Stéphane Lerouge : Le Cinéma de Maurice Jarre, coffret de 4 CD qui regroupe aussi bien les films français (LES YEUX SANS VISAGE, THÉRÈSE DESQUEYROUX, LE PRÉSIDENT) que les américains. Toujours de Jarre, un autre CD entièrement consacré à TOPAZ (L’ÉTAU) et un enfin qui nous permet d’écouter ce que Georges Delerue composa pour Melville (L’AINÉ DES FERCHAUX, film très décevant, en dessous du livre de Simenon) et la partition de Michel Colombier (à qui on doit UNE CHAMBRE EN VILLE) pour UN FLIC. Deux assez belles musiques pour deux films plutôt ratés.

 

PLACE AU CINÉMA

Il est bon parfois d’aller revisiter les « classiques » et l’on peut avoir de fort belles surprises. Le magnifique Blu-ray, issu de la restauration exemplaire des ENFANTS DU PARADIS, nous permet de redécouvrir un film qu’on croyait pourtant connaître. Le nettoyage de la bande sonore rend toute sa force, toute son invention, toutes ses fulgurances aux dialogues de Jacques Prévert. J’ai eu l’impression de les entendre enfin dans tout leur éclat. Le personnage et le jeu d’Arletty prennent une force, une urgence nouvelles. L’œuvre est littéralement portée par une vibration, une sensibilité très féministe, d’une grande liberté par rapport à tous les interdits (il est curieux de voir  comment le cinéma français, volontiers misogyne dans les années 30, devint beaucoup plus féministe aux approches de la guerre et durant l’Occupation : pensez à DOUCE, au MARIAGE DE CHIFFON, aux Grémillon ; on reconnaît là la patte d’Aurenche, de Prévert) et cela alors que la France était soumise à une idéologie réactionnaire, machiste. Toutes les réactions d’Arletty sont exemplaires dans leur vivacité, leur gouaille libertaire. Garance est une vraie femme libre et elle le reste. On sent le film porté par un souffle anarchiste. L’interprétation du film est d’ailleurs magistrale (sauf une Maria Casarès que l’on sent coincée, mal dirigée, dans un personnage trop passif), de Louis Salou à l’inoubliable Marcel Herrand en passant par Pierre Renoir. On sait d’ailleurs que tous les rôles furent distribués par Prévert. Mais  la restauration permet aussi de mieux saluer le soin maniaque de Carné, ses exigences (les mouvements de figuration sont magnifiques, jamais scolaires ou figés et le décor est superbement mis en valeur) et son grand talent dans le découpage, ici extrêmement fluide.

Je croyais aussi connaître QUAI DES BRUMES et j’ai été cueilli par la mélancolie noire et rêveuse (le récit a des allures de rêve éveillé), la beauté plastique de la photo, des décors de Trauner. C’est un film de personnages (et quels personnages ! un Michel Simon inouï de noirceur visqueuse, Aimos, le Vigan) plus que d’intrigue (laquelle ne paraît pas toujours logique), des personnages qui avancent en se carambolant les uns les autres comme les auto-tamponneuses où Gabin emmène Morgan. Ce qui nous vaut l’une des plus belles gifles de l’histoire du cinéma. Michèle Morgan me disait que Gabin, exaspéré par la conduite de Brasseur qui la veille avait été mufle avec elle, ne l’avait pas du tout truquée ni amortie. Ce qui explique sa violence. Extraordinaire musique, dont on ne parle pas assez, de Maurice Jaubert. Et là encore découpage incisif de Carné qui sera encore plus inspiré dans LE JOUR SE LÈVE.

On tombe un peu de haut avec DU MOURON POUR LES PETITS OISEAUX, pochade populiste comique autour d’un butin caché (écrite par un Jacques Sigurd qui lorgne vers Lautner) avec des acteurs sous-employés (Suzy Delair) ou stéréotypés (Meurisse dans ses tics), des personnages en toc, à l’exception de Suzanne Gabrielo, épatante en concierge, Mme Communal (sic), un des meilleurs personnages du film – avec Lesaffre en « protestant siphonné » -, film qui reste très décevant.

J’ai revu une grande partie du SALAIRE DE LA PEUR, dans l’édition américaine sortie par Criterion. Magnifique copie, bonus remarquables, en particulier un livret écrit par Dennis Lehane (le romancier de MYSTIC RIVER, de TÉNÈBRES, PRENEZ-MOI LA MAIN), grand admirateur de Clouzot. J’y ai appris que le film fut jugé tellement anti-américain (Time Magazine le qualifia d’œuvre diabolique ou un truc comme ça), qu’il dut attendre deux ans avant d’être distribué dans une version très coupée qui ne fut restaurée qu’en 1996. Dès l’ouverture une belle surprise avec cet enfant qui joue avec un insecte, plan qui influença, inspira le Peckinpah de THE WILD BUNCH (LA HORDE SAUVAGE). Chez Clouzot, la notation est plus subtile et se déroule en plusieurs temps. Le gamin est interrompu dans son jeu par un marchand de glaces, parade avec sa proie avant de l’achever. En fait toute la première partie, si forte, si rude, si âpre est moins anti-américaine (encore que les ravages de l’exploitation capitaliste sur la Nature et le sol soient dénoncés de manière si prémonitoire) qu’anti-espèce humaine dont les représentants sont prêts à tous les compromis, toutes les lâchetés. Et il faut immédiatement corriger cette assertion trop dogmatique, car Clouzot sait faire preuve de compassion, de solidarité, d’amitié envers certains personnages (celui que joue Véra Clouzot), certains gestes, certaines réactions de Montand, des paysans exploités (on se souvient de Larquey dans QUAI DES ORFÈVRES). Vanel est, une fois encore, totalement génial. A Lyon, nous avions appris que c’était René Wheeler qui avait donné l’idée si belle, si forte de la « fausse apparence » de ce soi disant caïd qui va s’effriter, se délabrer. Travail incroyable de mise en scène (qui dut jongler avec un temps pourri) qui nous fait accepter une Amérique du Sud rêvée en Camargue. Lire le texte splendide du frère de Clouzot dans MOTS D’AUTEURS, JEUX D’ACTEURS (Actes Sud Institut Lumière) qui raconte les difficultés que posait l’adaptation. Voilà un texte indispensable aux futurs scénaristes.

J’ai profité de la sortie du magnifique THÉRÈSE DESQUEYROUX de Claude Miller pour revoir la version de Franju (René Château, assez belle copie), dont les dialogues sont de François Mauriac. Le film a de réelles beautés, des fulgurances mais il m’a paru plus sage, moins inspiré, moins ardent que le Miller. Emmanuelle Riva, si juste, si aiguée dans LÉON MORIN PRÊTRE, est trop âgée pour le personnage, ce qui étouffe son  urgence et sa flamme ce que rend génialement Audrey Tautou. Edith Scob, dont le personnage est mal écrit et bancal fait terne et appliquée à côté d’Anaïs Demoustier si lumineuse. En revanche, Philippe Noiret apporte une modernité, une profondeur, une subtilité qui élève le film (Gilles Lellouche est excellent dans le remake). Belle musique de Maurice Jarre et splendide phot en noir et blanc mais il y a quelque chose de figé dans cette œuvre.

   

Toujours chez René Château, signalons la sortie en DVD du passionnant MENACES d’Edmond T. Gréville, film inégal, chaotique avec des fulgurances, des audaces folles et de grands et subits bonheurs de mise en scène (le travelling avant sur le visage de Mireille Balin en train de téléphoner, la fin de Stroheim).

 

Si l’on peut passer très rapidement sur UNE JAVA de Claude Orval, pochade policière assez mal écrite et dialoguée, avec ici et là un personnage croqué de manière pittoresque (l’ivrogne qui finit tous les verres, « running gag » à la Tay Garnett) et aussi des acteurs faibles (Pierre Stephen). C’est filmé à la va comme je te pousse et l’on peut sauver Berval entonnant soudainement une chansonnette et surtout Fréhel qui chante la Java Bleue.

Henri Jeanson, Pascal Mérigeau, Paul Vecchiali ont tous trois parlé de 7 HOMMES ET UNE FEMME, écrit et réalisé par Yves Mirande. Le premier le trouve remarquable (déclarant avec drôlerie  que Mirande qui s’est souvent noyé et qui a réussi à surnager, « est son  propre terre-neuve »). Les deux autres notent les ressemblances entre ce film et LA RÈGLE DU JEU : arrivée d’invités à la campagne, partie de chasse, évocation du monde des maîtres et des domestiques, liaison entre des domestiques. Tous deux sont certains que Renoir a vu le film et s’en est inspiré. Cela saute aux yeux. Cela dit, les personnages chez Mirande restent prisonnier du canevas, des conventions et la réalisation (là, je suis moins élogieux que Vecchiali) est parfois approximative (moins dans les scènes d’extérieur). On enregistre les scènes plus qu’on les met en scène. Le résultat est plaisant, grâce aux comédiens comme Maurice Escande, Larquey (il faut le voir réciter tous les travaux d’Hercule, piéger les invités avec le nom des 9 Muses ou gagner à la belote contre Saturnin Fabre, lequel est toujours marrant même dans un personnage attendu de député qui déclare « avoir les opinions politiques de ses électeurs »). Ici et là quelques phrases qui font mouche : « méfiez vous », confie un domestique à une soubrette qui a une touche avec un boursicoteur, « les gens de la Bourse sont au plus bas en ce moment ». Un invité demande à un musicien qui joue du piano : « C’est de vous ? » ce à quoi un autre convive réplique : « Pas encore ». Mais faites un tour du côté de BACCARA (« De la finesse dans la finesse, voilà le secret d’un film impitoyable et drôlement secret. Un chef d’œuvre indiscutable, écrit Vecchiali dans l’Encinéclopédie), et de DERRIÈRE LA FAÇADE.

   

Changeons de registre avec le magnifique PETIT PRINCE A DIT de Christine Pascal (Gaumont Collection Rouge), aigu, déchirant, tranchant. « Je voudrais une poésie qui soit dure et consolatrice » écrivait le grand poète Jean Pérol. Ces termes conviennent au PETIT PRINCE, aux rapports entre les personnages. Le moment où Berry, qui a poussé sa fille à nager jusqu’à l’épuisement, la prend dans ses bras pour la réconforter, ces plans où on le découvre en train de comprendre ce qu’est la maladie de sa fille, vous poignent le cœur, vous brassent la cage comme on dit au Québec. Marie Kleiber est une des enfants les plus extraordinaires de l’histoire du cinéma. Son physique tout d’abord, aux antipodes des clichés et pourtant si original, son regard, la chaleur qu’elle dégage. Il faudrait écrire des pages pour louer l’intensité émotionnelle, l’absence de manipulation, la pureté déchirante de cette œuvre admirable. Espérons que vous serez nombreux à l’acheter pour que Gaumont lance une édition Collector en Blu-ray.

On faire le même souhait pour ce chef d’œuvre qu’est PATTES BLANCHES de Jean Grémillon, film maudit qui devrait retrouver enfin un public. Et ceux qui prennent de grands airs avec Anouilh (lequel devait réaliser le film) devraient étudier ce beau scénario, ces dialogues lyriques, tendus, inventifs avec ces éclairs de compassion, ces déchirements dont Michel Bouquet qui trouve son premier grand rôle, rend toutes les nuances,  les délicatesses comme les éclairs d’âpreté. Le réalisateur ne cache pas son estime pour le travail entamé par Anouilh : « Je suis particulièrement sensible à la richesse, à la vigueur, à la cruauté du dialogue de Jean Anouilh dont j’ai la charge de faire un film. J’essaye, pour être le plus fidèle illustrateur de l’histoire de PATTES BLANCHES, d’utiliser au mieux les ressources de l’écriture cinématographique. » C’est peu dire qu’il ait réussi.
Voilà un film écrit et filmé à fleur de peau, avec une maitrise confondante de l’espace, une science du découpage. Quand je pense que les Cahiers parlaient de la « médiocrité grémillonnante » alors qu’on est face à un tourbillon de sentiments qui se heurte à une Nature qui semble les orchestrer. Arlette Thomas est magnifique de dignité, de lyrisme retenu. Paul Bernard, une fois encore, rare, s’aventurant dans des couleurs qu’on ne mettait pas en avant. Fernand Ledoux a cette force, cette probité qui permet d’enraciner cette histoire presque gothique. Magnifique musique d’Elsa Barraine (qui écrivit cette du SABOTIER DU VAL DE LOIRE de Demy), grande résistante, compositrice passionnante oubliée par le monde du disque. Je signale aussi, dans la même collection le fort beau FILS DU REQUIN d’Agnès Merlet, LA FILLE PRODIGUE (que j’avais beaucoup aimé) et LA FEMME QUI PLEURE, deux opus de Jacques Doillon. Que ceux qui n’ont jamais vu Dominique Laffin se ruent sur le second.

   

Avant le début de LA TENDRE ENNEMIE,  dans un ahurissant prologue, le vice-président des exploitants  clame pompeusement sa fierté devant cette œuvre qu’il juge si originale, distribue des conseils pour mieux se laisser porter par ce conte de fées où les morts dialoguent avec les vivants et salue cette production si française. Il ne cite jamais le nom du réalisateur (Ophüls), de son scénariste (Curt Alexander), son chef opérateur (Eugen Schuftan). Cette comédie sentimentale avec fantômes est agréable, délicate mais un rien compassée. Il y a moins de modernité que dans les meilleurs moments de SANS LENDEMAIN.

Je me suis enfin décidé à voir TOI, LE VENIN qui fut le grand succès commercial de Robert Hossein. Le thème jazzy du générique, écrit par André Gosselain alias André Hossein (la seule personne que j’ai vue brosser la peau d’une banane sous un robinet avant de l’ouvrir) fut un triomphe au box office. Le film est typique de tout un cinéma français : un décor quasi unique, en l’occurrence une villa sur la Côte d’Azur, peu de personnages (pour la plupart marginaux ou sans emploi… on a un peu de mal à croire que Robert Hossein fut producteur d’une émission de poésie), une intrigue de Frédéric Dard machinalement machiavélique dont on devine vite le dénouement. Peu de péripéties comme dans la plupart des films d’Hossein qui sont fondés sur l’attente. Et une sorte de puritanisme machiste. On voit mal, en dehors du révolver, ce qui traumatise le héros sinon ce sentiment que c’est lui qui s’est fait violer et qu’il doit se venger. Pas de sexe malgré l’accroche publicitaire et la présence toujours agréable de Marina Vlady.

 

Gaumont vient par ailleurs de sortir en Blu-ray UN TAXI POUR TOBROUK (avec la désopilante bande annonce présentée par Léon Zitrone) et CENT MILLE DOLLARS AU SOLEIL de Denys de la Patellière et Verneuil. Deux films qui furent vilipendés par les jeunes turcs de la critique qui en avaient après Audiard, souvent très injustement. Je n’ai pas un très bon souvenir du second mais je vais les revoir tous les deux
Autre Blu-ray, celui-là indispensable : L’AVENTURIER DU RIO GRANDE de Robert Parrish.

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02

FILMS ANGLAIS

Studio Canal vient de sortir plusieurs chefs d’œuvres britanniques : LE MUR DU SON de David Lean, chronique sobre, précise, plus sombre, plus noire qu’on aurait pu l’attendre des efforts des pilotes pour franchir le mur du son. Aucun triomphalisme, aucune exaltation nationaliste mais au contraire et cela jusque dans les rapports de couple, une mélancolie, une certaine dureté dans le ton, dureté retenue, intérieure qui culmine dans le personnage d’industriel, de dirigeant que joue avec une modernité, une profondeur stupéfiante Ralph Richardson. Je pense que ce film fut la véritable inspiration de THE RIGHT STUFF / L’ÉTOFFE DES HÉROS de Kaufman.

Tout aussi sombre, tout aussi noir (le héros qui se tue dans l’alcool va retrouver le gout de vivre grace à une femme) est LA MORT APPRIVOISÉE (THE SMALL BACK ROOM) de Michael Powell et Emeric Pressburger et cela même visuellement. Il y a un ton nocturne qui s’impose dès les premiers plans. Powell, comme dans UN CONTE DE CANTERBURY, n’hésite à filmer ses acteurs dans une quasi obscurité, impose des décors claustrophobiques. Le scénario développe une double trame : un petit groupe de savants tente de neutraliser des nouvelles bombes, ancêtres des mines anti personnelles, que les allemands ont largué sur les plages et qui tuent des civils et aussi de mettre au point un nouveau canon. Ce qui nous vaut une hilarante et si actuelle visite d’un ministre – Robert Morley – qui ne s’intéresse qu’à un taille crayon et une machine à calculer. Les séquences de désamorçage, de déminage, admirablement filmées, avec une attention aux bruits, un refus du commentaire musical des plus modernes, ont certainement influencé Kathryn Bigelow pour DEMINEURS. Powell utilise le son avec une grande audace : une discussion dans une sorte de sous sol est ponctuée du martèlement des pas des gens qui marchent au dessus d’eux et que l’on devine à travers un plafond en verre non translucide. Deux extraordinaires cauchemars expressionnistes trouent le récit  qui est aussi une magnifique et vibrante histoire d’amour, avec comme toujours une personnage de femme, jouée par la magnifique Kathleen Byron,  extrêmement fort. A voir d’urgence.

Je veux revenir sur THE FALLEN IDOL (PREMIÈRE DÉSILLUSION), chef d’œuvre de Carol Reed, chez Tamasa. Pour pointer toutes les excellentes idées d’adaptation de Reed qui transforma le manoir de la nouvelle de Greene en une ambassade désertée pendant un long week-end – décor de rêve fabuleux pour un enfant -, développa le personnage de Ralph Richardson dont l’interprétation géniale mérite tous les qualificatifs. Souligner la manière dont Reed filme le décor, alternant les points de vue (bien sur il privilégie celui de l’enfant, d’où ces courtes focales où la camera est très basse) et l’intègre, le soude aux émotions des personnages. Il annonce là les recherches formelles du Losey de THE SERVANT mais de manière moins théorique.

 

SARABAND FOR DEAD LOVERS souffre d’une réputation exécrable et fut l’un des plus gros bides d’Ealing. Quand on le voit, on comprend pourquoi. Le scénario d’Alexandre Mackendrick qui fait penser à celui du film danois, A ROYAL AFFAIR, privilégie un ton cynique, tranchant, met l’accent surtout sur les personnages égoïstes, calculateurs. Il n’y a pratiquement pas de scènes d’amour, de moments vraiment intimes, émotionnels, entre les amants Stewart Granger et Joan Greenwood. Leurs rapports sont relégués à la portion congrue. On s’étonne même face à cette pénurie émotionnelle qu’on ait pu croire que cette histoire pouvait être commerciale. Cela dit, plusieurs séquences sont bien menées, celles qui mettent en scène des personnage odieux, les scènes d’actions finales sont fort belles visuellement. D’ailleurs c’est la beauté visuelle qui retient l’attention tout au long même si la photo du talentueux Douglas Slocombe est moins inventive, moderne avec les bougies, les lampes à huile que celle de Leon Shamroy dans AMBRE.

THE INFORMERS de Ken Annakin est une fort plaisante surprise surtout quand on a vu beaucoup d’autres films très anonymes de Ken Annakin. Là, le découpage est vif, nerveux, avec une grande importance donnée aux extérieurs londoniens. Comme le dit Nicolas Saada qui me fit découvrir ce film et le compare justement avec l’excellent NEVER LET GO de John Guillermin : « Il y a des symétries entre les récits de NEVER LET GO et de THE INFORMERS (sorti en France sous le titre L’INDIC). L’idée d’un gangster qui contrôle tout dans l’ombre, et du sous fifre ultra violent. Le crime qui vient s’inviter dans le fonctionnement tranquille de la vie de famille. Le combat singulier et violent entre le héros et le « méchant ». Puis le film dialogue aussi avec NOOSE de Gréville et THE CRIMINAL. Franchement, je suis emballé par ce polar. Le rythme, le jeu des acteurs, les astuces de scénario. Vraiment chouette ».

THE SPANISH GARDENER est une chronique psychologique, située en Espagne. Un père,  veuf ultra strict, coincé émotionnellement, frustré et amer qu’on ne reconnaisse pas ses mérites et qu’on lui préfère toujours ses collègues quand il s’agit de promotion, tente d’élever son jeune fils. Mais il ne le comprend pas et le jeune garçon va se réfugier auprès du jardinier que joue, sans l’ombre d’un accent Dirk Bogarde (ce qui est finalement intelligent car un accent aurait encore renforcé ce choix de distribution délirant). Une fois admis ce postulat (le public n’était pas très exigeant), il faut reconnaître que Bogarde est excellent tout comme son jeune partenaire, le remarquable Jon Whiteley, l’un des meilleurs acteurs enfant, avec qui il joua déjà dans l’excellent RAPT (HUNTED) et qui est inoubliable dans MOONFLEET. Le film est assez prévisible et académique mais reste touchant et l’interprétation de Michael Hordern d’une grande intériorité. C’est ce personnage qui finalement, est le plus captivant.

UN VRAI FILM INDÉPENDANT

Saluons la ressortie en zone 1 du chaleureux, cocasse, touchant BELIZAIRE THE CAJUN, écrit et dirigé par Glen Pitre, qui décrit les problèmes, le racisme, l’oppression dont souffraient les Cajuns voici plusieurs décennies, en Louisiane. Bélizaire, chanteur, séducteur, guérisseur, survivant est très bien interprété par Armand Assante (il faut le voir mégoter sur le nombre de chapelets qu’il doit dire comme pénitence), la jolie Gail Youngs, avec une apparition de Robert Duvall, l’un des parrains du film. C’est l’une des évocations les plus justes de l’histoire, de la culture cajun qui fut si souvent persécutée.

CHEF D’ŒUVRE AMÉRICAIN

WAIT ‘TILL THE SUN SHINES, NELLIE d’Henry King est un film sidérant, une chronique de l’Amérique rurale finalement très sombre, aussi bien dramatiquement que visuellement (les pièces sont très peu éclairées avec ici et là une lampe à huile et Leon Shamroy prend des risques incroyables, filme les acteurs à contre jour ou dans une demi obscurité, accentuée par le tirage du dvd) Et le scénario d’Alan Scott, auteur semi black listé, (aussi noir que celui de PRIMROSE PATH)  tirée d’un livre dont mon ami Pierre Rissient me dit qu’il fut écrit par quelqu’un qui travailla avec Brecht, joue sur les erreurs psychologiques, les faux pas, les cachotteries de nombreux personnages dont le héros. C’est une chronique truffée de morts, d’échecs, de ruptures. Tout le passage avec les gangsters est vraiment surprenant.  En 35mm, j’avais été stupéfait par l’audace innovatrice de la photo. C’est un des seuls films de l’époque (avec FOREVER AMBER, toujours Shamroy) où l’éclairage des lampes à huile parait juste Mais le tirage du DVD est médiocre, trop sombre et laisse le visage des protagonistes dans le noir total, ce que Shamroy n’aurait jamais fait. Mon ami Dave Kehr me dit que Fox Archive sabote souvent ses tirages, sort des films scope en format tronqué (un comble pour ce Studio qui imposa le Cinemascope.

WESTERNS

J’ai enfin vu WELCOME TO HARD TIMES que je ne connaissais pas et j’ai revu AMBUSH. Le premier est surprenant, original, avec une incroyable première bobine où l’on voit un tueur muet, Aldo Ray saccager une ville, violer des femmes et tuer quelques personnes, sans dire un mot. Mais le film devient théorique et statique. J’ajouterai  qu’une direction d’acteur peu rigoureuse augment la confusion. Janice Rule qui s’essaie à un accent irlandais des plus fabriqués, surjoue et Fonda est gâché.
Quant à AMBUSH, c’est vrai que la scène d’ouverture est digne de Mann, que les deux séquences de bataille sont très réussies, à la fois violentes, confuses et utilisant au mieux l’espace (seconde équipe ?). Mais le scénario patine et reste conventionnel tout comme la mise en scène. Le plan final où Taylor et Arlène Dahl regardent très longuement le drapeau américain est ridicule.

 

A THUNDER OF DRUMS

A THUNDER OF DRUMS vient de sortir en Warner Archive. Par moment – le début, la deuxième partie – c’est presque aussi bien que FORT MASSACRE. Le scénario de James Warner Bellah malgré des détails documentaires originaux (l’odeur des cadavres qu’on découvre), des partis pris originaux ((pendant la première  partie l’action est confinée dans le fort) et surtout un beau personnage d’officier désabusé auquel Richard Boone, magnifique, épuré,  donne une vraie épaisseur tragique, est relativement routinier, avec une intrigue sentimentale faible, convenue, des personnages trop typés. Les défauts de Bellah sans Nugent et Ford apparaissent clairement. D’autant que les jeunes acteurs – Luana Patten, George Hamilton – sont médiocres et platounets. Mais les extérieurs dans la dernière partie, l’attente de l’attaque, la mort d’Arthur O’Connel, sont à porter au crédit de Newman tout comme la séquence d’ouverture (le massacre d’une famille vue par une petite fille) ou la suggestion renforce la brutalité. Charles Bronson joue, c’est à noter, un soldat bavard, obsédé sexuel. Il a même une réplique qui n’a pas son équivalent dans le genre, quand il indique à la fin d’une bataille, une crète : « ils ont du cacher leurs squaw là bas, je vais faire un tour », faisant sentir qu’il y a du viol dans l’air. Moment stupéfiant, terrible et sans doute juste.

J’ai revu THEY CAME TO CORDURA avec davantage d’intérêt. Certes le scénario statique après une belle scène de bataille, une charge totalement idiote et couteuse en vies humaines, abonde en discussions qui paraissent souvent abstraites, théoriques, fastidieuses et figent la dramaturgie qui n’est pas palpitante. Mais il se dégage du film une noirceur (tous les « héros » choisis par Gary Cooper – trop âgé pour le rôle – font assaut de veulerie, de machisme et révèlent de nombreuses zones d’ombre), une culpabilité sourde. Un acte de lâcheté fait il de vous un lâche ? Certains moments semblent renvoyer directement à la conduite de Rossen durant la chasse aux sorcières comme s’il voulait s’excuser de sa conduite. Et charger tous les « héros ». Mais ce qui est le plus réussi, c’est la qualité d’une interprétation chorale où personne ne fait de numéro, ne cherche à voler la vedette. Au contraire, tous, de Van Heflin à Tab Hunter (eh oui) en passant par une émouvante Rita Hayworth, se fondent dans le groupe, dans les plans souvent très larges.

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avr
05

FILMS FRANÇAIS

Je n’avais jamais vu BOARDING GATE d’Olivier Assayas que j’ai trouvé nerveux, incisif, tranchant surtout dans les deux premiers tiers… Un ton qui annonce déjà CARLOS. Et j’ai découvert que le film traitait déjà en fait du meurtre du banquier Stern, en changeant les noms. Lors de la sortie du film avec Laetitia Casta (qui est mille fois moins convaincante, originale, sexy qu’Asia Argento), je n’ai pas souvenir qu’on l’ait rappelé.

J’avais oublié de signaler la sortie en DVD normal et en Blu-ray, du coffret consacré à MAX LINDER. C’est de la part de Maud Linder une œuvre d’amour et de passion. Redécouvrons Max Linder.

 

Très beau coffret chez Gaumont consacré à Raymond Bernard et à ses films muets. A voir de préférence au MIRACLE DES LOUPS, le passionnant JOUEUR D’ÉCHECS. Ces deux films adaptent des livres de Henri Dupuy Mazuel et on peut y admirer Charles Dullin qui campera un Thénardier définitif dans LES MISÉRABLES.
Il faut découvrir quel grand metteur en scène était Raymond Bernard. Il suffit pour s’en convaincre de voir LE COUPABLE (éditions René Château) mélodrame adapté de François Coppée par Bernard Zimmer qui flirte avec les situations les plus convenues, les plus lacrymales. Et pourtant, pendant une bonne partie du film, Raymond Bernard évite, transcende, domine bien des pièges même si l’on peu regretter des notations un peu lourdes (l’arrivée en patin de feutre de Pierre Blanchar et son père chez Marguerite Moreno). Plusieurs notations assez âpres sur les agiotages, trafics financiers auxquels on se livrait à l’arrière. Interprétation émouvante et mesurée de Madeleine Ozeray (ses amies fleuristes sonnent aussi très moderne, notamment Palmyre Levasseur). Une scène à elle seule justifie la vision du film, celle où Marguerite Moreno, devenue aveugle, force sa domestiques qui cueille des fraises, à chanter « Je suis chrétien » pour être sûre qu’elle n’en mange pas durant la cueillette. Moment digne de Buñuel. Pierre Blanchar assez sobre et sincère dans la première partie retrouve, hélas, toute sa grandiloquence dans la séquence solennelle, guindée, du procès où il doit requérir contre son fils. Là Raymond Bernard est vaincu par le scénario, le dialogue, les situations impossibles et prévisibles. Mais avant, il avait réussi une étonnante séquence de meurtre d’un usurier, dans l’obscurité qui ne déparerait pas des classiques du film noir. Paul Vecchiali qui est trop sévère avec LE COUPABLE, délire sur ANNE MARIE (jamais vu) et FAUBOURG MONTMARTRE. J’adorerais revoir ce dernier film qui m’avait marqué et dont je n’ai qu’une VHS.

Je profite de l’occasion pour reparler d’un autre très grand cinéaste,  Maurice Tourneur. Pathé a sorti un coffret qui comprend plusieurs films essentiels comme le remarquable et si moderne AU NOM DE LA LOI, JUSTIN DE MARSEILLE, LES GAITÉS DE L’ESCADRON avec les merveilleuses scènes en couleur. Copies très bien restaurées.

Continuons l’exploration du cinéma français avec LE CHEMIN DES ÉCOLIERS que j’ai vu sur la suggestion d’un des participants au blog, Bruno François Boucher. Je m’étais toujours refusé à voir cette œuvre, ayant en mémoire les éreintements qu’elle avait subies. On avait utilisé des adjectifs très forts (ignoble, abject). Eh bien, c’est Bruno François Boucher qui a raison. Il s’agit du meilleur film de Michel Boisrond (avec peut être LA LEÇON PARTICULIÈRE), très supérieur à CETTE SACRÉE GAMINE et C’EST ARRIVÉ À ADEN, défendus tous deux dans Arts par la jeune critique qui rangeait Boisrond dans les espoirs aux cotés de Claude Boissol. Eh bien le film vaut beaucoup mieux que sa réputation. Ce fut une vraie et plaisante surprise, après un début tâtonnant et un peu mou. Par la suite, le scénario, beaucoup moins âpre, cocasse, virulent que celui de la TRAVERSÉE DE PARIS est bien, sobrement, légèrement écrit par Jean Aurenche et Pierre Bost (on rêve en pensant aux adjectifs qu’on lui avait accolé), sachant s’effacer derrière les personnages, sans les juger à priori. Et la majorité de ces personnages sont des êtres qui ne pensent qu’à survivre et certains qu’à s’enrichir, avec une insouciance parfois criminelle. C’est leur maladresse qui les sauve. Delon et Brialy sont un poil trop âgés mais leur justesse, leur charisme compense ce handicap. Et surtout, Bourvil, qui tente de ne pas se compromettre et qui a des réflexes humains, est magnifique de légèreté, de subtilité. Le couple qu’il forme avec Paulette Dubost est traité avec une tendre ironie. Ses scènes au bureau, avec son chef assez dégueulasse, celles, remarquables, avec Lino Ventura (dans un personnage plutôt noir qui fait penser à celui des AMANTS DE MONTPARNASSE, sorti en Blu-ray) et Sandra Milo, offrent des nuances, des changements de ton, de registre qu’on devrait étudier au Conservatoire et qui font défaut à bien des comiques modernes. La mise en scène de Boisrond est classique mais assez fluide, plus hospitalière, moins rigide que certains Lara de la dernière période (pas LES PATATES) et cette souplesse semble donner une vraie liberté aux comédiens (Mondy, Paulette Dubost sont excellents dans des seconds rôles).

 

J’avais été séduit, toujours dans la collection rouge de Gaumont, par L’INÉVITABLE MONSIEUR DUBOIS de Pierre Billon. FLORENCE EST FOLLE tente d’appliquer les mêmes recettes et réussit pendant une bobine à décrire un couple bourgeois, avec une femme très coincée qui mène son mari magistrat à la baguette. Mais le scénario, auquel ont collaboré Jean Sacha (CET HOMME EST DANGEREUX, à rappeler) et Alex Joffé (LES ASSASSINS DU DIMANCHE), devient trop arbitraire et perd toute crédibilité quand Annie Ducaux après un accident de voiture, se prend pour une chanteuse espagnole.

DEUX MOLINARO

ARSÈNE LUPIN CONTRE ARSÈNE LUPIN témoigne de multiples recherches visuelles : ouvertures à l’iris, accélérés, cadrages insolites surtout en scope noir et blanc (deux personnage dont on ne voit que le chapeau devisent), rythme rapide. Les dialogues de George Neveux sont parfois savoureux (« N’appelez pas la police. Chez moi, j’en ai possédé une. Je sais ce que cela vaut », lance une princesse Mittel Europa), Michel Vitold et Henri Garcin sont de plaisants méchants (qui possèdent un peu trop facilement les deux Lupin) et Françoise Dorléac porte à ravir les chapeaux cloche. Mais Jean Le Poulain surjoue horriblement et le film trop technique, n’accroche pas. Ni Brialy, ni Cassel ne sont convaincants.

 

LE GANG DES OTAGES, écrit par Alphonse Boudard, photographié par Raoul Coutard, est plus ambitieux : cette chronique sèche, dépouillée, jamais sentimentale, raconte l’équipée de deux malfrats aidés par une ancienne prostituée. D’avoir choisi Bulle Ogier (que l’on voit plutôt déshabillée dans deux scènes) pour jouer ce personnage, qui devient de plus en plus dur au fur et à mesure de l’histoire, est une des bonnes idées dont on doit créditer Molinaro. De même que le choix de certains acteurs (Maurice Barrier, Daniel Cauchy, porteur du projet,  Gilles Segal). D’autres sont plus convenus (Germaine Delbaz). La narration qui encadre une partie du film et joue sur un interrogatoire se déroulant dans le dernier tiers, est adroite bien que les échanges off paraissent un peu systématiques. Et surtout, j’ai eu du mal à m’intéresser à ces personnages, aux deux hommes surtout : ce malfrat qui attaque des femmes, cet autre qui dépouille des prostituées me semblent des petits truands misérables, que rien ne rachète (ce qui peut aussi être porté à l’actif du film, mais on voudrait alors plus d’engagement humain de la part du cinéaste qui reste un observateur détaché). Je ne sens aucun engrenage et, sans doute, ce n’était pas ce que recherchaient les auteurs, juste une chronique sèche mais dont les protagonistes me sont indifférents. Le dernier quart aurait pu être plus tendu, plus à vif mais Molinaro le traite avec une sécheresse elliptique. Musique assez bonne mais trop courte, trop peu élaborée de Michel Legrand.

LIVRES ET ADAPTATIONS

Saluons tout d’abord la parution du livre de Thomas Cullinan, LES PROIES (avec une préface de Jean-Baptiste Thoret), d’où est tiré le très beau film de  Don Siegel (bonne occasion de citer à nouveau ce film). On va pouvoir juger sur pièces le travail d’adaptation d’Albert Maltz, lequel avait retiré son nom à cause d’une ou deux modifications que Siegel et Eastwood avaient fait subir à son scénario.  Voilà une bonne nouvelle qui complète la parution du passionnant WARLOCK (d’où était tiré L’HOMME AUX COLTS D’OR) et de l’excellent TRUE GRIT de Charles Portis qui donna lieu à deux adaptations dont on a beaucoup parlé sur ce blog.

 

Et puis un peu d’autopromotion. Nous venons de republier dans notre collection Institut Lumière/Actes Sud, l’indispensable ouvrage d’Hervé Dumont sur Frank Borzage : FRANK BORZAGE, UN ROMANTIQUE À HOLLYWOOD. Étude très documentée, très chaleureuse qui éclaire de manière fraternelle les grands chefs d’œuvre de ce cinéaste si personnel. On a pu revoir ses films muets géniaux grâce à Carlotta mais Dumont analyse aussi certains des grands titres parlants, MAN’S CASTLE, THE MORTAL STORM, HISTORY IS MADE AT NIGHT, MOONRISE, souvent ignorés par les éditeurs DVD. Raison de plus pour lire ce livre.

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