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Je ne sais plus si j’ai mentionné le fort beau coffret consacré à la RKO par les éditions Montparnasse qui comprend outre les incontournables (CITIZEN KANE, L’IMPOSSIBLE MONSIEUR BÉBÉ, KING KONG, LA CHARGE HÉROÏQUE) quelques titres qui méritent d’être vénérés, adulés : L’ÉNIGME DU CHICAGO EXPRESS, LE GARÇON AUX CHEVEUX VERTS, LA FILLE DE LA CINQUIÈME AVENUE, PENDEZ-MOI HAUT ET COURT, un des plus beaux films noirs jamais tournés.

Changeons de continent et passons à l’Italie avec deux films qu’on peut qualifier d’extrêmement rares. Le premier MAFIOSO fait pourtant partie du catalogue de Studio Canal qui pour d’obscures raisons semble vouloir s’obstiner à ne pas le sortir, peut-être pour privilégier leur série MAFIOSA. Plus certainement parce qu’ils doivent penser que le cinéma italien n’est plus du tout à la mode et que ce film, un sommet pourtant, est totalement inconnu. Pourtant le film est archi-défendu par Martin Scorsese. Aux USA, en Zone 1, Criterion a sorti une splendide édition.
On retrouve tout au long de MAFIOSO cette intelligence caustique, ce regard légèrement détaché, ce sens de la narration s’appuyant sur une très forte culture, qui fait le prix, l’originalité des meilleurs films de Lattuada. Qui leur permet de transcender les genres auxquels ils semblent appartenir : le mélodrame paysan (LA LUPA), le film à costumes (LE MOULIN DU PÔ), la comédie (LE MANTEAU, DEVINE QUI VIENT DÎNER).
Le ton de MAFIOSO est tranquille, imperturbable aussi éloigné des dénonciations à la Francesco Rosi que de ces comédies de mœurs qui inspirèrent des chefs d’œuvres à Germi. Le terrain semble balisé et pourtant, peu à peu, le sol semble se dérober sous les pieds d’Alberto Sordi (un Sordi épuré, étonnant, sans pittoresque) et il se trouve happé dans une sorte d’engrenage impitoyable, une mécanique qu’on ne peut arrêter et qui le transforme en un tueur à gages anonyme. Comme le remarque Jacques Lourcelles : «  le scénario volontairement peu foisonnant, peu « italien » en ce sens auquel ont collaboré quatre noms prestigieux (Age, Scarpelli, Marco Ferreri, Rafael Azcona), est d’une audace extrême et presque incroyable. Jusqu’au bout, on attend quelque pirouette, quelque retournement qui atténuerait la cruauté du propos… Le style glacial et distancié de Lattuada (un réalisateur qui ne s’approche du sujet que lorsque celui-ci est intensément érotique) sert admirablement l’audace insolite du récit. » Il nous, vous, reste à faire campagne auprès de Studio Canal.

    

Gaumont a sorti en deux DVD la version télévision de LA DAME AUX CAMÉLIAS avec Isabelle Huppert. J’avais été un peu frustré par le film quand je l’avais vu à sortie malgré l’interprétation d’Isabelle Huppert. Qui prend encore plus d’ampleur, de profondeur dans cette version longue où j’ai davantage retrouvé l’esprit du beau scénario original de Jean Aurenche et Vladimir Pozner. Je regretterai toujours que Bolognini ait coupé certaines des pratiques médicales délirantes que les médecins faisaient subir aux tuberculeux et deux ou trois moments aussi grinçants ou tragiques. Surtout quand c’est pour développer le personnage d’Alexandre Dumas fils incarné de manière fade et transparente par Fabrizio Bentivoglio. Heureusement, Gian Maria Volonté, Bruno Ganz, Fernando Rey, Cecile Vassort restituent avec force la douleur, le caractère maléfique, la passion, l’arrogance qui habitent leur personnage. Gian Maria Volonté est particulièrement saisissant en père maquereau, incestueux, destructeur, pervers qui prostitue sa fille dès son plus jeune âge. Bolognini et ses scénaristes évitent les clichés moralisateurs et réussissent un film féministe avec des moments inoubliables : quand Alphonsine va boire du sang dans les abattoirs après une scène d’amour, quand on la fait descendre nue dans les escaliers et qu’elle se retrouve soudain devant tous les amis de son « protecteur » : «  Comme j’ai ou j’aurai couché avec la plupart d’entre vous, vous avez le droit de me voir ainsi. » L’originalité du personnage tel qu’il est écrit et joué par Isabelle Huppert tient à ce qu’il refuse tous les traits, tous les clichés de la femme fatale (ce dont se plaint à tort un internaute) en faire un personnage de victime – parfois consentante, il y a heureusement des zones d’ombres -, de femme exploitée qui veut retourner la situation.

Artus vient de sortir L’EFFROYABLE SECRET DU PROFESSEUR HICHCOCK de Robert Hampton, alias Riccardo Freda qui relança le film d’horreur en Italie et la mode des pseudonymes anglais.

Deux autres films italiens sont sortis par TAMASA, LE CHRIST INTERDIT, la seule incursion dans la mise en scène de Curzio Malaparte. J’ai retrouvé le souvenir que j’avais gardé de ce  film à la fois audacieux et ingénu, parfois emphatique, glacé et tout à coup aigu, réaliste et métaphorique (le scènes avec Alain Cuny sur la notion de sacrifice). Une de ces entreprises uniques, un peu comme LA NUIT DU CHASSEUR. Il se termine sur une série d’interrogations existentielles, hurlées au spectateur, solennelles. Violemment attaqué par Georges Sadoul comme para fasciste (reproche qui paraît absurde), ce film, comme le remarque Jean Gili « développe une idéologie insaisissable, où se côtoient revendications sociales (le partage des terres), désir de vengeance, renvoi dos-à-dos des victimes et des bourreaux (…) et dans laquelle se lisent les contradictions de lendemains de guerre sans apaisement possible ». Somptueuse photo de Gabor Pogany qui met en valeur ces murs écrasés de soleil. Interprétation somnambulique et un peu monocorde de Raf Vallone. A noter que Malaparte dont il faut lire KAPUT et LA PEAU ainsi que son œuvre posthume, écrivit la musique du film, ce que personne ne semble remarquer.

  

J’ai très envie de revoir LES ÉVADÉS DE LA NUIT dont la première partie m’avait plu et que j’avais trouvé sous-estimé par rapport au GÉNÉRAL DELLA ROVERE. Pour ces deux films, je renvoie aux analyses de Pierre Charrel sur DVD CLASSIK.

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mai
16

FILMS QUE L’ON PEUT ENFIN REVOIR

Je viens de revoir IN THE FRENCH STYLE sorti en DVD par Columbia et j’ai été ému aux larmes à de nombreuses reprises. Passons rapidement sur quelques conventions  déjà repérées à l’époque (le dîner chez le baron fait un peu convenu  dans son échantillonnage, malgré l’allusion à l’Algérie). Le reste est d’une intelligence, d’une délicatesse rares dans le cinéma américain de l’époque. Parrish qui évite tous les lieux touristiques, toutes les conventions qui encombrent les œuvres américaines sur la France, filme, regarde ses personnages avec un respect, une compréhension, un amour qui les illumine littéralement de l’intérieur. Par exemple les rapports entre Jean Seberg et son père témoignent d’une ouverture d’esprit, d’une absence de moralisme qui les fait échapper à tous les clichés si présents dans le cinéma américain quand il parle des étrangers. Ce qu’il lui dit est dur, sévère, mais jamais moralisateur ou condescendant. Il ne remet pas en cause l’apprentissage de sa fille mais ce qu’elle en a fait.
Le film commence par des moments tendres et délicats (le pique nique), avec cette merveilleuse séquence dans une chambre d’hôtel glacée durant laquelle Jean Seberg ne pourra pas faire l’amour, scène rythmée par deux plans beckeriens où l’on voit de la fenêtre un couple de vieillards marcher dans la rue. Le ton devient mélancolique  dès le second tiers (merveilleuse voix off si bien écrite) puis grave (avec le père) et peu à peu dérive vers le désespoir tranquille cher à Thoreau avec les scènes magnifiques opposant Seberg à un Stanley Baker profond, déchirant qui n’avait pas encore eu ses grands rôles. Son jeu est ici dépouillé, nu (au sens que donne Simenon à ce mot), comme resserré sur l’essentiel. Je le trouve absolument magnifique et la scène finale avec l’arrivée du chirurgien est absolument poignante, tout comme la prière de Seberg sur le bateau, demandant que le vent ne se lève pas.
Irwin Shaw adapte ici scrupuleusement deux magnifiques nouvelles (il faut lire les nouvelles d’Irwin Shaw, beaucoup m’ont ébloui), reprend des pans entiers de dialogue (presque tout ce que dit Stanley Baker). Très jolie mélodie de Joseph  Kosma. Le film est photographié – pas mal – par Michel Kelber, sauf les plans de générique qui sont éclairés par Henri Decae. C’est le film où Jean Seberg est la plus émouvante. Il faut dire que le personnage est tellement proche d’elle que le film a des côtés autobiographiques (sauf qu’elle n’est pas repartie et qu’elle est tombée dans la drogue ce qui donne rétrospectivement raison à ce que dit le père), qu’on sent qu’elle a mis beaucoup d’elle et cela décuple l’émotion du film.

Ce même héroïsme quotidien que je louais dans les films de Becker, imprègne chaque plan de l’admirable STORY OF GI JOE (LES FORÇATS DE LA GLOIRE), que l’on peut enfin revoir dans une très belle copie grâce à Wild Side. Ce qui nous change des horribles 16mm contretypées et restitue dans sa splendeur la magnifique photo de Russell Metty. Cette chronique guerrière où les batailles sont gommées comme souvent chez Wellman (il fait carrément l’impasse sur la prise de Monte Cassino, préférant se concentrer sur l’attente). Il y a juste un combat singulier contre des snipers dans une église en ruine (« drôle de lieu pour se tuer »). Sinon, on lutte contre le froid, la pluie (les scènes de pluie sont formidables chez Wellman), cette mort qui rôde, ce chien qu’on héberge. Mitchum est tout bonnement admirable, se fondant dans la masse de ces soldats, n’émergeant que pour parler du sentiment qu’il a d’être un meurtrier. Burgess Meredith est inoubliable en Ernie Pyle, inoubliable d’humanité, de vulnérabilité. Signalons qu’on peut trouver ses chroniques sur Amazon.fr et j’ai même acheté GI JOE, recueil publié avant la chute de l’Allemagne comme le mentionne la couverture.
Et si le lien entre ces deux immenses cinéastes, Becker et Wellman, consistait dans l’importance, le poids que prend chez eux la « décence commune », cette notion chère à Orwell (reprise par Jean-Claude Michea : la décence commune c’est le « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l’on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l’on cherche à maintenir les conditions d’une existence quotidienne véritablement commune ») qui veut qu’on donne sans vouloir obligatoirement recevoir, qu’on prenne en compte la collectivité, que la notion de responsabilité soit prise au sérieux. Voilà deux cinéastes qui savent s’attarder sur les conséquences d’un acte, d’une action et pas seulement dramatiser cette action.

Dans la même indispensable collection, je crois avoir oublié de dire tout le bien que je pensais de MENACES DANS LA NUIT (HE RAN ALL THE WAY), le dernier film américain de John Berry. Œuvre à vif, où les sentiments, les passions sont écorchées, à même l’écran, qui nous entraîne derrière la course suicidaire d’un petit malfrat, dépassé par ses rêves, miné par son manque d’éducation, nous broie le cœur. Bouleversant John Garfield qui trouve là un de ses plus beaux rôles avec BREAKING POINT et FORCE OF EVIL. Il faut le voir, violent, immature, perdu devant Wallace Ford qui refuse la dinde rôtie qu’il lui offre et ce refus perturbe tout ce qu’il a dans la tête. Cinéma lyrique et analytique qui transforme ce qui pourrait être un fait divers en un apologue social, moral, sans jamais cesser d’être enraciné dans une époque, dans un milieu, un contexte précis, sans prêchi-prêcha. Regardez comment John Berry filme les décors où évoluent ses personnages, comment il les soude aux émotions de ses personnages (la formidable séquence de la piscine). Très beau travail de Harry Horner, jamais voyant, toujours inspiré tout comme la photo de James Wong Howe et le scénario de Dalton Trumbo. Le talent transpire dans le moindre plan. En voyant ce film (et aussi LES FORBANS DE LA NUIT ou THE SOUND OF FURY d’Enfield), on mesure le massacre causé par la Commission des activités Anti Américaines
On le mesure d’autant mieux quand on voit dans la foulée, complément indispensable à MENACES DANS LA NUIT , LE RÔDEUR/THE PROWLER. Les similitudes entre les deux films ne sont pas seulement dues à la présence de Trumbo qui les écrivit tous les deux sans pouvoir les signer (on entend sa voix dans THE PROWLER : celle de la radio). Il y a la même approche analytique, cette même manière de prendre un fait criminel et de lui donner son vrai sens, un sens global qui nous renvoie aux conventions sociales, au rêve américain, aux rapports de classe. Mais Losey filme le décor de manière moins émotionnelle, plus géométrique. En fait le décor est comme la projection des rêves, du monde intérieur des personnages : cette maison que l’on parcourt dans tous les sens, ces extérieurs dénudés, désolés, arides qui semblent faire écho à leur stérilité intérieure.

Une bonne nouvelle : LE LIVRE NOIR, ce chef d’œuvre d’Anthony Mann, que j’ai couvert de louanges, vient d’être édité en France (par Artus) dans une bonne copie (surtout quand on voit ce qui circulait il y a deux ou trois ans) qui bénéficie d’un très bon portrait de Mann par Jean-Claude Missiaen, grand spécialiste du cinéaste. Tout le monde doit acheter ce DVD. Profitons pour rappelez que les trois polars de Missiaen, RONDE DE NUIT, TIR GROUPÉ et la BASTON sont disponibles en DVD.
Chez Artus Films, on trouve aussi bien le SPECTRE DU PROFESSEUR HICHCOCK, fausse suite à l’EFFROYABLE SECRET DU PROFESSEUR HICHCOCK de Riccardo Freda que des FILLES POUR UN VAMPIRE que j’avais trouvé foutraque et marrant et LE RENNE BLANC, film finlandais qui fut couronné à Cannes par Jean Cocteau.

TOUJOURS LES CLASSIQUES FRANÇAIS

Impossible de faire une chronique sans recenser  certains titres diffusés par Gaumont dans la petite collection rouge qui devient de plus en plus culte sans avoir, semble-t-il, suscité de vraies réactions chez les critiques.  Parmi les nouveaux venus, citons LES ÉQUILIBRISTES de Nico Papatakis, complément indispensable aux ABYSSES ;  MARIE MARTINE, un joli film d’Albert Valentin (surréaliste belge) dont la dernière version du scénario ainsi que les dialogues  sont l’œuvre de Jean Anouilh. C’est à lui que l’on doit l’inoubliable : « Tiens ta Bougie droite » qu’un Saturnin Fabre royal lance à un Bernard Blier stupéfait. Ce misanthrope râleur déclare aussi qu’il ne « mettra jamais l’électricité tant qu’il n’aura pas compris comment ça marche », phrase merveilleusement « anouilhienne ». Jules Berry campe un écrivain corrompu et ignoble. On a voulu y voir un portrait de Gide, ce qui me semble grandement exagéré.

 

LA FIN DU MONDE est un film complètement zozo, dingo, tourné par Abel Gance, selon Nelly Kaplan sous l’emprise de substances que de bons esprits qualifient d’illicites. Ce qui explique sans doute l’incohérence cocasse du scénario et des péripéties, les trous dans la narration. Mais n’excuse pas l’incroyable emphase du jeu de certains comédiens à côté de qui Sarah Bernhardt paraît bressonnienne (l’avènement du son n’explique pas tout : à la même époque, certains films étaient très bien joués ; pensez à Lubitsch, à René Clair). Gance, qui joue un rôle, n’est pas dernier dans le style déclamatoire et pompeux mais il rend des points à Severin Mars et à d’autres. Mon ami Dave Kehr place ce film parmi les œuvres les plus antisémites. Je ne sais si j’irais aussi loin que lui tant j’étais submergé par le ton conservateur halluciné, réactionnaire et délirant de l’œuvre, la vision des Africains, les notations religieuses sulpiciennes. On ne s’ennuie pas, c’est sûr mais je n’aimerais pas évaluer le QI d’une telle œuvre.

Toujours dans la même collection, voyez absolument DEUX SOUS DE VIOLETTES, le seul film réalisé par Jean Anouilh (avec le VOYAGEUR SANS BAGAGES)  qui fut un terrible échec, je crois, à sa sortie et qui était devenu très rare. C’est une oeuvre très personnelle (chose étrange c’est Monelle Valentin, épouse d’Anouilh qui perdit l’esprit et dont il ne put divorcer, qui est créditée au scénario ; on sait pourtant qu’Anouilh y participa activement et écrivit aussi les dialogues mais s’effaça au générique). Un film très âpre, noir où l’on retrouve le grand thème cher à l’auteur de COLOMBE de l’innocence corrompue ou que l’on veut corrompre et abîmer. Innocence charnelle bien sûr et Dany Robin est sans cesse attaquée par des séducteurs, des prédateurs horribles et libidineux, écoeurants d’hypocrisie (les séquences avec son patron qui veut voir sa culotte – formidable Georges Baconnet – dans la boutique de fleurs sont d’une violence, d’une mesquinerie unique dans le cinéma français de l’époque). Mais aussi innocence morale : univers bourgeois étriqué, poids de l’argent, horreur de la pauvreté. Anouilh a connu la misère, il en parle souvent bien et il y a dans le film des moments d’humiliation forts même si certaines péripéties sont prévisibles. Le film est aussi un festival d’acteurs  et l’on croise un magnifique Georges Chamarat, Michel Bouquet en prolétaire tire au flanc (sa scène dans le lit avec Germaine est anthologique), Jane Marken, Gabrielle Fontan, Jacques Dufilho, Yves Robert, Helena Manson, Henri Cremieux, Madeleine Barbulée. Il y a deux parties, deux mondes assez distincts, la première se passe à Paris avec un portrait de mère abominable et la seconde, plus étouffante, en province. Jolie musique de Van Parys.

SANS LENDEMAIN est un film d’Ophuls qui est moins lyrique, plus dépouillé dans l’énoncé du sujet. Une femme pour ne pas décevoir l’homme qu’elle a aimé, prend une fausse identité avec l’aide d’un gangster qui espère faire chanter l’ancien amoureux. Le traitement est souvent très moderne, épuré, rapide. Il y a des enchaînements de plans haletants qui témoignent d’une grande sensibilité et d’une attention au détail. Certains des acteurs masculins sont excellents, de Daniel Lecourtois, très crédible, à Paul Azaïs en passant par Georges Lannes qui impose une vraie menace. Jane Marken et Mady Berry, dans un registre plus évident et plus typique du cinéma français des années 30, imposent des ruptures de ton souvent adroites. J’ai plus de réserves sur Edwige Feuillère qu’encense Vecchiali dans son ENCINÉCLOPÉDIE. Je trouve son jeu méticuleux mais fabriqué. On voit les intentions. Elle ne bloque pas l’émotion des séquences finales.

Je vais enfin pouvoir voir LE DÉFROQUÉ de Leo Joannon qui partagea la presse dans les années 50, déterminant une ligne de démarcation entre les jeunes critiques (qui allait de Positif aux Cahiers) qui trouvait le film nul et ridicule (Kyrou le jugeait involontairement anti-clérical, je crois) et les traditionnels qui lui décernèrent plusieurs prix. C’est dans ce film que Pierre Trabaud dont je ne rappellerai jamais assez LE VOLEUR DE FEUILLES, son seul film (disponible chez Nicole Trabaud, 53 rue Censier Paris 75005), fit sensation.

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avr
23

Voici le texte publié sur le site de la SACD le 20 mars dernier en hommage à Pierre Schoendoerffer, disparu le 14 mars :

« Cela fait plusieurs jours que je reviens sur ce texte pour la SACD sur Pierre Schoendoerffer. Dès que j’écris une phrase, un paragraphe, malgré moi, ils passent à la première personne. Je n’arrive pas à garder le ton qui sied à un hommage objectif. Oui, bien sûr, je peux dire qu’on doit à Pierre Schoendoerffer une série de films remarquables, uniques, au ton si personnel. Des films qui s’interpellent les uns les autres, se répondent, se complètent, qui occupent une place à part dans le cinéma français. Pierre, tu étais en marge de tout. On ne te rattacha pas à la Nouvelle Vague bien que la photo de Raoul Coutard pour LA 317ème SECTION soit aussi innovatrice, révolutionnaire que celle d’A BOUT DE SOUFFLE (et que dire de celle du CRABE TAMBOUR, de ces fabuleux plans de mer) ni à ses adversaires qui appréhendaient tes chroniques de Grandeur et Servitudes militaires. Tu ne faisais partie d’aucun clan, d’aucune clique. Surtout politique. Tu m’as si souvent répété que l’homme politique pour qui tu avais le plus d’estime était Pierre Mendès France.

    

Revoir LA 317ème SECTION au festival de Lyon fut un très grand moment. C’est un chef d’œuvre que je mets sur le même plan que LES FORÇATS DE LA GLOIRE de Wellman et LES FEUX DANS LA PLAINE de Kon Ichikawa. Tu te souviens, Pierre, tu me parlais sans cesse de ce terrible film japonais quand je préparais le dossier de presse de LA 317ème SECTION, quand je me demandais comment contourner les préjugés d’une certaine critique, persuadée de l’idéologie d’un film qui ne pouvait selon elle être que colonialiste et militariste. Dans un article sublime de l’Observateur, Michel Cournot avait anéanti à tout jamais ces fadaises. Il parlait du son du film, de la manière dont était filmée la jungle, la Nature : « Ce film a été fait cent fois, avec une autre section décimée dans une autre guerre. Il est presque une spécialité des cinéastes américains. Pourquoi celui-ci est-il un chef-d’oeuvre ? D’abord, parce qu’il est vrai. Tous les gestes sont vrais. Tous les mots sont vrais. Tous les regards, toutes les voix, tous les bruits sont vrais. C’est le premier film de guerre vrai… Chaque détail se trouvait à sa place, dans sa lumière, dans son élan… La mémoire n’est pas une faculté donnée à tout le monde. La mémoire du réel est rare. Aussi rare d’ailleurs que la perception. Un homme a su dévisager la guerre, il a su l’écouter, et elle est là… LA 317ème SECTION est d’autre part un chef-d’oeuvre, parce que la guerre n’y est pas, comme d’habitude, démontrée ou présentée. Elle n’est pas apportée sur un plateau d’argent. Elle n’est pas soulignée, indiquée. Elle n’est pas non plus espionnée, vue de dos, comme dans les bandes d’actualités de guerre. Elle n’est pas cadrée. »

Relire ce texte (que l’on pourrait appliquer aux scènes batailles de DIEN BIEN PHU) fait remonter tant d’émotion. J’ai assisté au retour de Pierre, malade, miné par le palu. Il était aussi amaigri que Jacques Perrin, aussi épuisé que les personnages du film. J’ai suivi le montage, j’ai vu naître ce chef d’œuvre, la belle musique de Pierre Janssen et j’ai su que le lieutenant Torrens et l’adjudant Willsdorff faisaient partie de ma vie. Pierre m’a demandé de faire la bande annonce, d’en écrire le texte qui est dit par son monteur, mon futur monteur, le merveilleux Armand Psenny.
Et on ne s’est plus quitté.

   

J’adorais Pierre Schoendoerffer. J’aimais sa franchise, sa loyauté, sa fidélité. Je me suis battu pour OBJECTIF 500 MILLIONS, œuvre sous-estimée qu’il faudrait redécouvrir (avec à coté du formidable Cremer, un acteur génial, Jean-Claude Rolland) et qui fait partie de ces films de casses exécutés par les militaires entre LA MAISON DE BAMBOU et, version plus rose, THE LEAGUE OF GENTLEMEN. J’ai suivi toute l’épopée du CRABE TAMBOUR à travers aussi les récits de Jean Rochefort et de Claude Rich. J’ai adoré LA SECTION ANDERSON, ce très beau documentaire sur un groupe d’Américains durant la guerre du Vietnam. Tu te souviens, Pierre, de ce dîner avec Howard Hawks, grand admirateur du documentaire, qui voulait te demander de faire toute la seconde équipe, tout ce qui se passait au Vietnam, dans le film qu’il préparait. Je te revois, médusé en l’entendant décrire certaines scènes, essayant de lui expliquer qu’il n’y avait pas de camps de prisonniers (tu parlais en connaissance de cause, toi qui a été prisonnier du Vietminh), ni d’éléphants au Vietnam. Je revois ta tête quand il déclara que le conseiller militaire serait le général Westmoreland que tu ne portais pas dans ton cœur. Et cet autre dîner avec John Milius, le coscénariste d’APOCALYPSE NOW, qui était venu à Paris, à ses frais, pour adapter (pour toi au début) ton beau roman, L’ADIEU AU ROI, si conradien, tant il l’adorait. Il m’avait demandé d’organiser un rendez-vous, t’avait pris en moto et vous vous étiez cassé la gueule près du restaurant. Repas chaleureux, arrosé et inoubliable.

Il y a donc tous ces souvenirs et tant d’autres. Il y a ces films que je vais revoir comme L’HONNEUR D’UN CAPITAINE. Il y a LÀ-HAUT, film fragile, de fêlures et de mélancolie avec un personnage de femme dans un rôle moteur et qui m’avait beaucoup touché par tout ce qu’il disait en creux. Et cette magnifique adaptation de TYPHON de Conrad que Harvey Keitel voulait tant jouer. J’ai essayé de te donner un coup de main, après Daniel Toscan du Plantier mais nous avons échoué. Enorme regret. Quelle belle adaptation tu avais écrite. Et cet hommage à Conrad constituait la vraie clé pour comprendre, apprécier ton œuvre.

Tout cela est tellement fort, tellement vivant que je ne parviens pas à accepter ta disparition, à écrire ce texte au passé. Tu es comme le Crabe Tambour et Willsdorff : tu survis à tout et je t’imagine quelque part entre la brousse et ta chère Bretagne, dialoguer avec Wellman et Fuller et Roman Karmen, ce cinéaste russe que tu avais rencontré au Vietnam. Et éclater de rire en parlant de l’enfer, du diable, en inventant une kyrielle de proverbes et de dictons tout en refaisant sur une carte avec Lucien Bodard et Edouard Behr les derniers combats de la guerre du Vietnam. »

Pour oublier cette disparition qui s’ajoute à celle de Michel Duchaussoy que j’avais dirigé dans LA VIE ET RIEN D’AUTRE où il était formidable (« Alors Dellaplane, toujours dreyfusard ?  ») et que je viens de voir royal en Mitterrand usé, matois, roublard dans l’AFFAIRE GORDJI du talentueux Guillaume Nicloux (revoyez UNE AFFAIRE PRIVÉE et CETTE FEMME-LÀ), je voudrais signaler quelques beaux film. Et tout d’abord des documentaires, genre que pratiqua Pierre Schoendoerffer.

DOCUMENTAIRES

A l’occasion de la sortie du poignant VOL SPÉCIAL de Fernand Melgar, j’écrivais :
 » Commençons par le scandale puisque scandale il y a eu. Lors d’une conférence de presse qui suivait le palmarès, au festival de Locarno, le producteur Paolo Branco traita VOL SPÉCIAL d’œuvre fasciste. La raison de ce qualificatif ? Elle est très simple pour Branco. A aucun moment, selon lui, Fernand Melgar ne juge, ne questionne les gardiens du Centre de rétention, qui s’occupent de tous ces étrangers en voie d’expulsion, sur le bien fondé de leur travail. Il ne les pointe pas du doigt, ne leur accole aucune épithète et ne les dénonce pas.
Comme le note Edouard Waintrop : «  Et vlan! 
C’est ainsi que ce film excellent, disons le tout de go, et absolument pas fasciste, a été labellisé par un homme que l’on a connu plus fin analyste… »
Oublions donc la polémique et regardons le film. Qui est remarquable. Il est vrai que comparé aux descriptions qu’a donné la Cimade des centres de rétention en France et du traitement qu’on inflige à tous ceux qui y sont détenus, l’institution que décrit Melgar, sans un mot de commentaire, a l’air d’un cinq étoiles. Personnel attentif, compatissant, humain, nourriture abondante, cuisinée par les futurs expulsés, propreté et hygiène des lieux, possibilité de faire un peu de sport dans des enclos grillagés. C’est vrai qu’on a des leçons à prendre.
Mais au delà de la premières impression, un malaise insidieux s’installe. Tout d’abord, contrairement aux grévistes de la faim que j’ai filmés dans HISTOIRES DE VIES BRISÉES, plusieurs, parmi ces étrangers ne semblent pas avoir commis de délit, de crime… Ici, on les expulse « simplement » (si j’ose dire) pour des raisons administratives plus ou moins obscures ou oiseuses, parce qu’ils sont sans-papiers. Et ces prisonniers dont beaucoup travaillent ou vont obtenir un emploi et qui refusent l’expulsion, attendent le vol spécial qui doit les déporter. On les découvre peu à peu, on découvre leur histoire, leur vie, leur personnalité. On rentre en empathie avec eux.
Et peu à peu le décor s’impose, prend toute sa forces. Ces couloirs grillagés où déambulent les détenus comme des rats de laboratoires. Ces portes qu’on ferme à clef. Cet univers qui devient de plus en plus oppressant et que Melgar filme sans jamais le dramatiser, souvent en plan large, sans ajouter le moindre commentaire musical (on entend juste les chansons que jouent les prisonniers ou qu’ils écoutent). On a toujours l’impression d’être au milieu des personnages, avec eux, à leur écoute. On apprend leurs histoires complexes, douloureuses. La caméra ne les juge pas, ne leur donne pas de leçon, les laisse vivre.
La manière dont ils  refusent cette expulsion, dont ils se heurtent à une administration polie, certes, mais totalement, froidement indifférente, abstraite, vous serre le coeur. La confrontation avec une juge qui ne veut (ne peut ?) rien entendre, rien comprendre, est un moment glaçant, terrible dans son indifférence désincarnée. Et encore plus ce dialogue avec un fonctionnaire qui se contente de détailler la procédure, de se réfugier derrière elle, qui répond article de loi quand on parle d’humanité. Il pourrait au moins refuser de faire ce travail. Non, il l’accomplit, tranquillement, doucement, sans sadisme apparent. On se dit que c’est ainsi que de braves douaniers ou policiers ont du refuser à des juifs de pouvoir se réfugier en Suisse. Avec la même politesse.
Et le découpage de ces deux séquences est exemplaire. Les cadres, précis, n’étouffent pas les personnages, ne surlignent pas les intentions, ne contiennent aucun élément de jugement. On évite les très gros plans, toutes les figures de style qui révéleraient les partis pris de l’auteur. La distance semble ici toujours juste.

Eh bien, on retrouve ces mêmes qualités dans LA FORTERESSE qui vient de sortir en DVD chez Blaq Out. Le sujet, abordé par Melgar, tourne une fois encore autour de l’immigration. Les personnes qui vivent dans ce « centre » attendent un permis de séjour et se heurtent à la même attitude, au même mélange d’attention et de respect strict des articles de loi, des codes de vraisemblance (on renvoie un Ethiopien malgré ses blessures car son récit ne paraît pas vraisemblable à quelqu’un qui ignore que des gens ont pu marcher des jours avec une jambe mutilée). Même absence de commentaire et de musique.

 

La série NOIRS DE FRANCE de Juan Gelas est tout à fait passionnante et devrait être utilisée dans les écoles et les collèges.

Je voudrais signaler le coffret consacré aux documentaires d’Ariane Doublet (j’avais vu deux films en salle qui m’avaient impressionné). Voilà quelqu’un qui sait filmer les paysans, les ouvriers. Et celui consacré aux films de Malek Bensmail qui met à jour de manière aigüe les contradictions, les déchirures, les ombres qui hantent l’Algérie actuelle.

 

On parle si peu des musiciens de film que je ne peux que saluer cette collection qui nous propose des documentaires sur Gabriel Yared, Georges Delerue, Maurice Jarre. On y aperçoit évidemment l’indispensable Stéphane Lerouge qui joua, enfant, du tuba chez Jacques Hélian.

FICTIONS

D’UN PAYS L’AUTRE

Il faut saluer les éditeurs courageux, passionnés qui viennent de nous offrir un Blu-ray somptueux du magnifique, envoutant IL ÉTAIT UNE FOIS EN ANATOLIE de  Nuri Bilge Ceylan et de L’ASSOIFFÉ du grand Guru Dutt, cinéaste admirable et méconnu.

 

Et je redis une fois de plus toute l’admiration que j’éprouve pour la magnifique trilogie d’Alex Corti, WELCOME IN VIENNA écrite de manière très autobiographique par Georg Stefan Troller et qui raconte l’odyssée de quelques jeunes autrichiens entre la Nuit de Cristal de 38 et le retour dans leur patrie soi-disant dénazifiée.

FRANCE/AMÉRIQUE

Passons au cinéma français pour dire tout le bien qu’il faut penser de la réédition par Studio Canal et Carlotta de LA GRANDE ILLUSION dans une sublime copie. J’en ai revu une heure et le début, la première scène, m’a bouleversé : Gabin qui fredonne et qui vous rend immédiatement perceptible son personnage, sa situation sociale, son rapport au groupe, la manière dont il a apprivoisé la situation. Rendre tout cela sans l’exprimer ni le dire, c’est du grand art. Je m’attarde sur cette scène, en apparence moins brillante, que les affrontements avec Stroheim, car je la trouve typique du génie de Renoir.

LCJ a eu la très bonne idée de sortir enfin RAFLES SUR LA VILLE, un remarquable film noir de Pierre Chenal (cinéaste que j’aime beaucoup), avec une belle musique de jazz de Michel Legrand (sa deuxième musique de film). Chenal utilise Vanel à contre-emploi dans un rôle de salopard tortueux et sadique et il y est génial. Piccoli est impressionnant et c’est là que Godard le remarqua et le choisit pour LE MÉPRIS. Il y joue un anti-héros absolu, un flic qu’on pourrait voir chez Ferrara ou Tarantino. Malheureusement pas de bonus.

 

J’ai revu avec un certain plaisir LE JOUR ET L’HEURE de René Clément. Le sujet et la forme peuvent paraître classiques mais Clément utilise diablement bien le décor (ces appartements où se terre Stuart Whitman dans son  meilleur rôle avec RIO CONCHOS), l’espace, les extérieurs, dirige de manière serrée Simone Signoret. Et la scène du train reste un morceau de bravoure inoubliable.

Carlotta a eu la géniale idée de sortir enfin PORTRAIT D’UNE ENFANT DÉCHUE, le premier chef d’œuvre de Jerry Schatzberg, bouleversante dissection au scalpel (mais avec quelle compassion, quelle tendresse) des sentiments, des tourments de ce mannequin, l’un des plus grands rôles de Faye Dunaway. Elle s’y montre fragile, capricieuse, blessée, irresponsable, enfantine, narcissique, en proie au mal d’aimer. Ce film fut littéralement sauvé de l’oubli qui le menaçait (la critique américaine avait été sotte et atroce) par Pierre Rissient et je n’oublierai jamais le choc ressenti lors de la première projection à la Paramount, à Paris, quand il fallait arracher une sortie française.

Un petit saut dans le temps. En zone 1, vient de sortir SUNSET LIMITED, produit et réalisé par Tommy Lee Jones. Il s’agit de l’adaptation fidèle d’une pièce de Cormac McCarthy. A plusieurs reprises durant DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE, Tommy Lee Jones m’avait parlé avec admiration de cet écrivain qu’il adorait, avec qui il était lié. Il avait voulu adapter MÉRIDIEN DE SANG. Il a donc demandé à Cormac McCarthy d’adapter sa pièce et on le voit, dans les bonus, très présent durant le tournage, discutant sur des nuances du dialogue avec les acteurs. L’action se déroule presque entièrement dans une pièce, décor astucieusement construit par Merideth Boswell qui donne une grande importance à la porte (ultra-barricadée) et à la fenêtre, à ce qu’on devine au-delà. Il n’y a que deux personnages et les acteurs, Tommy Lee (professeur de philo en proie à des désirs suicidaires) et Samuel Jackson (ancien taulard devenu prédicateur), se délectent des moindres nuances d’un texte tendu, souvent drôle, cocasse. Ils s’affrontent pour savoir si la Bible est le meilleur livre du monde (et sinon quels sont les autres) et dans un moment mémorable, sur le fait de prononcer le mot nègre quand on parle des détenus ultra-dangereux dans un établissement pénitentiaire. Le professeur interrompt le récit que fait le taulard en lui disant que le terme est insultant et l’autre, qui était en train de décrire comment il avait lardé de coups de surin, rentre dans une rage folle. On a vraiment affaire à deux poids lourds, deux monstres sacrés, au sommet de leur forme, qui prennent un immense plaisir à jouer ensemble, à respecter le texte et Tommy Lee Jones metteur en scène partage la même ferveur. Son travail est simple, jamais intrusif, clair, dépouillé. J’ai appris incidemment que Nicolas Saada avait voulu monter la pièce en France.

Lequel Nicolas Saada vient de m’envoyer le test comparatif entre la version VCI de REIGN OF TERROR, ce chef d’œuvre d’Anthony Mann et celle que vient de sortir Columbia sous le titre THE BLACK BOOK :

THE BLACK BOOK versus REIGN OF TERROR

 

Who says this blog is afraid to answer the tough questions, to boldly tackle the really burning issues of the day ?

To wit : Given that VCI Entertainment issued a not-all-that bad DVD version of Anthony Mann’s delightful French Revolution pop-noir 1948 Reign of Terror AKA The Black Book, is the new version of the Mann film recently released by the burn-on-demand Sony subsidiary Columbia Classics worth a look, let alone an investment of 20 bucks or thereabouts?

Well, we’ve delved into the question and the answer is, HELL YEAH.

The relative enthusiasm with which the VCI release was met with back in 2008 was of course relative to the fact that prior video iterations of the film looked like sock puppet theater, on account of their being quasi-bootlegs of the title which had fallen into the slough of despond known as public domain. The VCI version was made from undeniably soft materials, but transferred with care. If the magnificent chiaroscuros concocted by Mann and his most crucial collaborator, cinematographer John Alton, were clearly not all that they could be, well, they were enough to extrapolate from. Given the state of affairs concerning the film’s provenance and such, DVD Beaver reviewers Gregory Meshman and Gary W. Tooze said of the release, « This may be as good as it gets. »

This was of course before the burn-on-demand DVD marketing scheme got going. My suspicion is that some cinephile at Sony knew that the studio had some very superior materials in the vault, and that the only way to get them released would be through just such a corporate sidebar as was pioneered by the Warner Archive. Alas, Jeanine Basinger’s otherwise quite thorough Mann biography doesn’t go into how Reign of Terror got its name changed to The Black Book, but I suspect it was retitled after the independent low-budget production was picked up for distribution by Columbia.

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