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DOCUMENTAIRES

Commençons par une œuvre choc, LA GUEULE DE L’EMPLOI de Didier Cros qui évoque les épreuves que doivent subir un groupe de chômeurs désirant trouver un poste au GAN. Cette compagnie d’assurance a fait appel à un cabinet de recrutement qui va avec l’aide d’une DRH et de quelques séides, mettre sur le grill les postulants. On assiste éberlué à un festival d’humiliations, d’épreuves absurdes (vendre des trombones à votre voisin), à la mise en place d’une idéologie qui prône la violence, l’exclusion, l’élimination de l’autre, le chacun pour soi. Ces méthodes reflètent l’état d’esprit d’un patronat français qui semble avoir perdu ses marques, ses repères, ne plus avoir aucun contact humain, ne plus savoir gérer ses employés. Avant même de prononcer un jugement éthique, on peut douter (le mot est faible) de leur efficacité. La violence imposée aux employés de France Telecom n’a pas boosté les résultats. Dans LA GUEULE DE L’EMPLOI, on voit les examinateurs passer à côté de personnes qui semblent plus qualifiées que celles qu’ils retiennent et dont une paraît juste malléable et prête à tout accepter. Est-ce un critère ? Cette négation de l’esprit d’équipe, de la solidarité, de la camaraderie que peut créer le travail me paraît témoigner d’un grand retard, d’une approche abstraite, d’un refus de se coltiner avec le terrain, qui expliquent les mesures calamiteuses prises par de grands dirigeants d’entreprise qui ne pensent qu’à sauver leur retraite. Ce film très puissant met en lumière cette sottise criminelle et il fit des ravages au GAN. Il y a une justice.

Plus construit, plus fictionnel mais tout aussi juste, tout aussi fort, je voudrais saluer le magnifique GENTE DI ROMA, évocation bouleversante, cocasse, touchante, perçante de quelques personnes ordinaires pendant une journée à Rome. Quelle liberté de ton dans ce dernier film de Scola, un de ses plus beaux. Du chômeur qui n’a pas osé dire la vérité à sa femme et fait semblant de partir au travail à tous ces personnages d’émigrés, à ce passager qui disserte sur l’Histoire de Rome en passant par cette femme qui cherche son enfant pendant une manifestation politique où parle Nanni Moretti, on ne sait qui vous touche le plus. A se procurer d’urgence pour réparer une injustice.

Et pour LES EVADÉS DE LA NUIT, je renvoie à l’intervention brillante de Bruno François Boucher sur ce blog. Il y a une légèreté émotionnelle surprenante dans toute la première partie avec cette merveilleuse idée des nonnes qui font du trafic et vont se révéler de fausses religieuses, idée qu’on pourrait trouver chez Comencini et Risi où l’on sent la patte d’ Amidei. A la fin, j’ai été un peu gêné par le recours systématique au zoom arrière quand quelqu’un marche, procédé pas trop voyant ici mais dont j’aurai aimé une utilisation moins fréquente (un travelling arrière est toujours plus agréable).

QUELQUES FILMS FRANÇAIS

Revu avec un immense bonheur GOUPI-MAINS ROUGES que Pathé vient de sortir, hélas sans bonus, ce qui est un peu décevant pour un film aussi important, aussi magistral, aussi bien écrit et filmé. La peinture des paysans que font Becker et Pierre Véry contredit quelque peu l’image idéalisée, glorieuse que voulait donner le Maréchal avec son retour à la terre. Le retour est ici teinté d’âpreté, d’avarice, de violence, de rancœur. Ledoux, le Vigan, Devere sont absolument formidables et Blanchette Brunoy rit en mangeant des pommes, l’une des plus jolies répliques du film.

      

SEUL DANS LA NUIT, encore Pathé, de Christian Stengel est une curiosité, une histoire de meurtres et de chantage se déroulant autour d’un chanteur de charme. C’est boulevardier, assez mécanique et ne prête guère à conséquence ; certaines chansons sont assez jolies mais on retient surtout la photo de Christian Matras.

Dans la même collection est sorti, on se demande pourquoi ORIENT EXPRESS, nanar léthargique de Carlo Ludivico Bragaglia où le  fameux train est immobilisé durant tout le film par la neige. Ce qui a du faciliter le tournage. A noter, carton stupéfiant, que cette production bénéficie de « la supervision artistique » de Roberto Rosselini. A vos DVD les exégètes.

René Château vient de sortir le DESTIN FABULEUX DE DÉSIRÉ CLARY. Je n’ai jamais oublié le moment unique où Guitry intervient, stoppe le film et demande aux acteurs d’abandonner leur rôle et de le donner à un autre. Voilà encore un exemple de liberté cinématographique.

VOIR LA MER de Patrice Leconte m’a semblé avoir été assez sous-estimé. Je veux le revoir pour en parler plus longuement. Clément Sibony m’a paru formidable et Pauline Lefèvre tout à fait charmante.

LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE se revoit toujours avec passion. Ruez vous sur le DVD car pour le moment, la succession Simenon bloque tout autre type d’exploitation de ce chef d’œuvre. C’est une des meilleures adaptations de l’auteur de la Veuve Couderc et il faut saluer le travail épatant du scénariste dialoguiste Maurice Aubergé qui  a su préserver la dureté du propos, a pris et tenu le parti pris de ne pas l’intégrer dans une époque précise, ce qui paradoxalement (et pour une fois), aiguise les sentiments et les émotions, leur donne une priorité absolue, un côté intemporel. Et une vraie modernité. On sent, dès les premiers plans que Decoin est inspiré, habité par le sujet, ce que confirme Michel Deville qui était stagiaire sur ce film, et il le tire peu à peu vers la tragédie : celle de la destruction d’une âme qui vous bouleverse davantage à chaque vision. Le propos est incroyablement féministe, ce qui n’était pas si courant dans le cinéma français, en dehors des films écrits par Prévert et Aurenche. Le découpage de Decoin, incisif, net, épuré, utilise admirablement le décor. Regardez la manière dont il utilise l’escalier notamment dans le dernier quart d’heure mais aussi les rapports de plan, les entrées de champ : la découverte de Gabin, la première apparition de Darrieux sont magnifiques. Il y a là une élégance formelle qui évoque celle, contemporaine, de Preminger. La dernière image, ponctuée par la magnifique musique de Jean- Jacques Grunenwald, cette voiture qui s’enfonce dans la nuit jusqu’au noir absolu, est inoubliable.

Pour les amateurs de films contemporains audacieux, je signale PARC, pari assez fou, presque tenu.

 

SÉRIES TV

BORGEN est un vrai choc, un exemple que le service public français devrait méditer. En s’inspirant sans doute de WEST WING, les auteurs ont réussi à créer une œuvre vraiment européenne, enracinée dans son pays d’origine, prenant certains sujets délicats à bras le corps. On imagine les hurlements frileux de tous ces intermédiaires qui freinent toute création sur les chaines publiques française si on leur avait présenté certaines scènes de Borgen. Celles évoquant un avortement, la corruption politique au plus niveau de l’état ou les rapports entre l’héroïne et ses enfants.

DOWNTON ABBEY, histoire d’une famille d’aristocrate dont les héritiers ont péri dans le naufrage du Titanic et des domestiques qui les servent, est magistralement écrit et dialogué par Julian Fellowes à qui on doit GOSFORD PARK. Les acteurs se régalent, se servant de toutes les nuances d’un texte brillant et parfois touchant. Fellowes est aussi acteur (on l’a vu dans PLACE VENDÔME) et il sait écrire pour eux.

FILMS ANGLAIS

Je voulais revenir sur la sortie de HIGH HOPES de Mike Leigh dont le premier tiers est étourdissant de drôlerie, d’invention, de cocasserie chaleureuse. Avec ce personnage de provincial paumé dans Londres, qui s’incruste chez les protagonistes, un couple de hippies, tellement il se sent seul. Ils finissent par le renvoyer et le plan où on le voit s’éloigner, par la fenêtre d’un autocar, résigné, désolé, perdu, vous prend le cœur et vous fait rire tout à la fois. Certains personnages, la sœur, ceux qui appartiennent à une classe sociale plus fortunée, les Booth Braine (déjà le nom indique le ton) sont un peu caricaturés malgré une interprétation toujours inventive mais Leigh rattrape cette légère faiblesse avec la séquence où l’on impose de force un anniversaire à  une vieille dame, la mère du héros, qui rend très émouvant ce personnage au début fort rébarbatif et surtout avec la séquence finale, magnifique : le couple de hippies la font monter sur le toit de leur immeuble, situé dans un quartier ouvrier et lui font découvrir la vue, les gazomètres, les usines et au loin, la Cathédrale Saint-Paul. Et la vieille dame bouleversée, murmure : « Je suis au sommet du monde » comme Cagney dans White Heat. Impossible de ne pas être ému.
Deux autres films de Mike Leigh que je voudrais signaler : le splendide ANOTHER YEAR et le génial et méconnu TOPSY TURVY.

           

La sortie en salle de THE DEEP BLUE SEA de Terence Davies que j’ai beaucoup aimé et qui a été souvent jugé trop superficiellement (on lui reproche des parti pris vraiment audacieux qui tournent le dos à la mode et donnent une vraie complexité à cette adaptation de Terence Rattigan,  auteur à redécouvrir) est une bonne occasion pour revisiter l’œuvre d’un des plus grands cinéastes anglais contemporains. Je rappelle donc DISTANT VOICES, le sublime HOUSE OF MIRTH (Chez les Heureux du Monde), OF TIME AND PLACES, THE NEON BIBLE, surtout disponible en Angleterre, même the DEEP BLUE SEA.

Sortie en Angleterre de WOMAN IN A DRESSING GOWN de Jack Lee Thompson que je voudrais bien voir et de THE GOLDEN SALAMANDER de Ronald Neame avec Trevor Howard et Anouk Aimée qui se révèle une très jolie surprise. C’est un thriller bien mené, tourné en grande partie en extérieurs réels, en Afrique du Nord où l’on voit un archéologue démasquer de dangereux contrebandiers menés par l’inévitable Herbert Lom. La mise en scène est assez nerveuse et la photo d’Oswald Morris plutôt belle. Dans ses mémoires, Neame qui est fier du film (le premier qu’il produisit) dit qu’il se fâcha avec Freddie Francis qui quitta le tournage pour aller rejoindre Powell. Fut-il remplacé par Morris ? La vraie surprise du film vient d’Anouk Aimée, encore créditée Anouk sur le générique qui est ici vive, mutine, flirteuse, touchante. Ses scènes avec Howard sont excellentes et il se passe quelque chose entre eux. Neame dit d’ailleurs qu’il exploita le fait qu’ils avaient une liaison et que cela rejaillit dans le film.

 

THE NIGHT MY NUMBER CAME UP est une des meilleures productions Ealing dans les dernières années de ce studio. On sent que Michael Balcon veut retrouver, avec cette histoire de prédestination, le ton semi-fantastique (ou fantastique) d’AU CŒUR DE LA NUIT (et aussi paraît-il, d’HALFWAY HOUSE de Dearden qui vient de sortir chez Optimum). Le scénario de RC Sherriff est astucieux, bien construit et distille de manière efficace le suspense, intégrant les réactions des spectateurs qui savent (ou croient savoir) ce qui va se passer. Il est très secondé par des acteurs impeccables, de Michael Redgrave à Alexander Know même si comme souvent chez Ealing, les personnages féminins sont sacrifiés, en l’occurrence Sheila Sim, excellente dans A CANTERBURY TALE de Powell, ici reléguée pour son dernier film, à un rôle de secrétaire. Le travail de Leslie Norman est anonyme mais sans jamais tomber dans les fausses recherches toc de THE LONG, THE SHORT AND THE TALL. La plaisanterie finale fait long feu.

FILMS AMÉRICAINS

Pour compléter la dernière sélection de films rares américains, je recommande chaudement, dans la collection des Introuvables de Wild Side, RAIN de Lewis Milestone, metteur en scène bien oublié et qui eut son heure de gloire lors d’A L’OUEST RIEN DE NOUVEAU. Ses films, au début des années 30, sont souvent brillants, passionnants et on a redécouvert son FRONT PAGE qui avait été obscurci par les propos de Hawks vantant sa version, le splendide HIS GIRL FRIDAY. Il n’en demeure pas moins que la version Milestone est aussi fort réussie et sidère par l’audace de ses travellings aussi bien que par l’interprétation d’Adolphe Menjou et d’Edward Everett Horton. Et même si le Hildy Johnson que campe Pat O’Brien est moins flamboyant que la transposition féminine qu’en fit Hawks, le Milestone demeure, de toute les versions, la moins édulcorée par rapport à la pièce, la plus fidèle aux audaces du texte.
On retrouve ces recherches formelles dans RAIN (PLUIE) : nouvelle adaptation de Somerset Maugham après celle remarquée de Raoul Walsh dont il n’existe qu’une version tronquée. Le début de RAIN avec ses enchaînés visuels et sonores, ses cadrages inhabituels, impose d’emblée un climat oppressant, claustrophobique. Joan Crawford et Walter Huston restent tous les deux insurpassables en Sadie Thompson et en Révérend Davidson. Cette version bénéficie de la liberté qui va disparaître avec le Code Hays et le portrait de la jeune prostituée est brossé avec beaucoup de force et de sympathie et un ton qui paraît incroyablement féministe. Milestone, après des passages à vide, revint au devant de la scène avec LE COMMANDO DE LA MORT et DES SOURIS ET DES HOMMES dont j’ai déjà parlé. Un de ses derniers films ambitieux, LA GLOIRE ET LA PEUR, vient de sortir en DVD et dans un magnifique Blu-ray.

 

Toujours chez Wild Side dans cette collection, j’ai enfin vu CAPTAIN KIDD, dernier film de Rowland V. Lee, réalisateur célèbre au temps du muet et à qui on doit le réjouissant SON OF FRANKENSTEIN. C’est une production ultra fauchée de Benedict Bogeaus (Captain Kidd production), entièrement tournée en studio dans des décors misérables. Les plans larges de bateaux sont des stock shots ou des maquettes. Les intérieurs sont d’une pauvreté et d’un manque d’authenticité que ne rattrape pas la photo parfois soignée de Archie Stout. Tous les piliers du genre sont là, John Carradine, Gilbert Roland, Henry Daniel, Sheldon Leonard. Le scénario ignore toute vérité historique, empile les clichés et, faute de moyens, fait l’impasse sur certaines. Des personnages disparaissent et réapparaissent brusquement. Laughton rend le film supportable en cabotinant sans aucune retenue. « Qu’il repose à tout jamais dans les sables de Madagascar. » Et il faut l’entendre se délecter de dire au roi :  » Je ne suis rien que son humble moineau » ou bien, après avoir recruté d’anciens pirates :  » Entre leur conduite et la mienne, Sire, il n’y aura guère de différence ». Il semble fait pour être pirate comme Brigitte Lahaie pour être pape, ne bouge presque jamais et tue uniquement avec son pistolet. Il passe pour des raisons jamais définies, de longs moments à inscrire dans un livre les 4 ou 5 noms de ceux qu’il veut tuer et à les rayer quand il réussit, comme si sans cela, il n’aurait pas pu retenir leur identité. Péripétie assez absurde.

Un western : FORT MASSACRE, qui reste sinon le meilleur film de Joseph Newman, du moins l’un des plus réussis. Le scénario, bien écrit par Martin Goldsmith (DETOUR, GUNFIGHT AT DODGE CITY), traite de l’extermination d’un groupe de soldats qu’un sergent mène à leur perte, par haine des Indiens.  Nous qualifions de manière simpliste ce personnage, très bien joué par Joel McCrea dans un rôle inhabituel de sadique. La réalité est beaucoup plus complexe. A sa haine viscérale (il tue un Indien désarmé qui se rend) se mêlent des pulsions suicidaires. Comme le dit Philippe Garnier : « Plus encore que son racisme dévorant (sa femme a tué leurs enfants pour les soustraire aux Indiens), McCrea est hanté par le commandement dont il a hérité contre son gré. Il rouspète sans cesse qu’il va sans doute prendre la mauvaise décision, mais que quelqu’un doit la prendre. » Le laconisme brutal du film, son absence d’emphase, de lyrisme frappent autant que le ton cinglant des dialogues : « s’il a besoin de notre aide pour aller au ciel, alors sa situation est pire que la nôtre », lance McCrea à un soldat qui veut prononcer une prière sur une tombe. «  Vous n’avez aucune opinion personnelle ? », demande-t-il à John Russel  – « Si, je déteste les tremblements de terre. » Parlant de sa femme, il fait ce constat glaçant : « Tuer des Indiens quand ils vous tirent dessus, c’est facile. Mais il faut un sacré courage pour faire ce qu’elle a fait », impliquant que lui ne l’aurait pas eu et c’est ce qui le ronge.  Les réactions des soldats, témoins désabusés, fatigués, impuissants, évitent tous les pièges de l’échantillonnage, tous les clichés : le mépris sarcastique qu’affiche le soldat de carrière brillamment joué par Forrest Tucker envers son lieutenant blessé est inhabituel dans le genre, tout comme la réaction des soldats face au comportement de leur supérieur, mélange de révolte et de résignation. Un plan muet sur trois ou quatre hommes suffit à exprimer leur dégout. Newman et son chef opérateur Carl Guthrie utilisent admirablement les paysages de rocailles (le premier plan avec un rocher en forme d’oiseau de proie surplombant les soldats, donne le ton), les différences de personnages, leurs réactions, le fait de ne pas les isoler et surtout de les intégrer constamment au paysage. Quand ils rampent, des buissons, des branches cachent à demi leur visage. Même l’Indienne (Susan Cabot) qui surgit dans le dernier quart n’entraîne aucune histoire d’amour. Elle est prête à coucher avec celui qui donnera du whisky à son grand père et, montrant le chiot qu’elle serre dans ses bras, lance : « trop petit pour un diner ». On pense au Charles Marquis Warren de LITTLE BIG HORN et surtout à ULZANAH’S RAID d’Aldrich. Même dureté de ton, même pessimisme latent.
De Newman, je conseille vivement THE JUNGLE PATROL, film de guerre ultra fauché d’après une pièce de William Bowers, ce qui explique le dialogue brillant, inventif, l’absence de clichés notamment dans les rapports des soldats avec l’héroïne qui nous valent des scènes curieusement romantiques.
En revanche nous sommes moins enthousiastes que Philippe Garnier sur 711 OCEAN DRIVE (zone 1) qui nous a un peu déçu. Certes Edmond O’Brien est idéal pour interpréter ce technicien des télécommunications qui invente un système permettant de donner les résultats des courses de la côte Est avec un temps d’avance que la Mafia va refiler aux bookmakers. On peut porter au crédit du film ce sujet astucieux (dénoué avec de grosses ficelles), ses nombreux extérieurs à Los Angeles, d’excellents « seconds rôles » bien utilisés, Barry Kelley, Sammy White, Bert Freed et surtout Otto Kruger, ce dernier distribué intelligemment à contre emploi en Big Boss suave et menaçant. Mais le scénario reste routinier et conventionnel (pas seulement durant les sempiternelles introductions en voix off), ne parvient pas à développer certains personnages : celui qu’incarne bien Joanne Dru, la maîtresse d’un mafieux qui la bat et qu’elle trompe avec O’Brien, reste superficiel. Et la spectaculaire poursuite finale sur le barrage de Boulder paraît plaquée, à l’inverse des séquences de Palm Springs, les meilleures du film. A signaler, le carton emphatique proclamant « que de puissants intérêts criminels ont essayé de bloquer le tournage » mais qui comprendrait une part de vérité selon Newman.

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THE WALLS OF JERICHO (Amazon Espagne ou mieux, Star Cafe)
On comprend en le voyant pourquoi THE WALLS OF JERICHO de John M. Stahl est restée une œuvre quasi-confidentielle. On peut l’acheter pour 7 euros dans une très bonne copie avec des sous-titres espagnols optionnels sur STARCAFE ou Amazon Espagne En effet, ce mélodrame judiciaire sur fond de luttes électorales pour accéder au Congrès, écrit de manière très conventionnelle, très molle par Lamar Trotti ne brille pas par sa tension. Le scénario désamorce les aspects qui auraient pu être les plus intéressants à commencer par les personnages de femmes qui constituent le moteur de l’intrigue. Les hommes paraissent en effet crédules et naïfs surtout l’attorney que joue Cornel Wilde qui semble toujours découvrir après tout le monde ce qui se trame autour de lui et ne brille pas spécialement dans la partie de procès qui lui est dévolue. Il fait pâle figure à côté de son épouse alcoolique (saisissante composition de Ann Dvorak, pas assez développée), de l’avocate volontaire que joue Anne Baxter qui aurait dû être beaucoup plus intéressante et surtout de la femme venimeuse, perfide, manipulatrice, rôle inhabituel pour une Linda Darnell, excellente dans un contre-emploi original. Dans la manière qu’elle a de détruire en prétendant faire le bien, défendre la morale la carrière et la vie de Wilde qu’en fait elle désire, on retrouve des échos du magnifique LEAVE HER TO HEAVEN (PÉCHÉ MORTEL, disponible en France), ce sulfureux mélodrame criminel.
Mais ces échos, ces ressemblances, qui donnent lieu aux meilleures séquences du film sont trop dispersés. Cette description d’une société sudiste puritaine, moralisatrice renvoie aussi à MINUIT DANS LE JARDIN DU BIEN ET DU MAL et les deux films souffrent des mêmes défauts. On note ici et là une utilisation astucieuse de l’espace (les scènes de gare), des plans intéressants (Linda Darnell errant dans son appartement ou restant assise sur son lit après avoir éteint la lumière, Wilde déambulant dans les rues) et un moment assez réussi, joliment photographié par Arthur Miller quand la jeune Marjorie s’enfuit de chez elle et se fait agresser, la nuit, dans une gare par Barton McLane qui veut la molester et qu’elle finit par tuer. Deux autres Stahl sont disponibles sur le même site et je reviendrai sur le remarquable HOLY MATRIMONY, excellente comédie et sur THE FOXES OF HARROW, une heureuse surprise dans la rétrospective de San Sébastian.

THE IRON CURTAIN (LE RIDEAU DE FER) de Wellman se révèle une relative bonne surprise qui échappe à beaucoup du ridicule inhérent aux œuvres de propagande anti-rouges. Détail intéressant et original, on ne voit aucun Américain dans ce film, l’histoire se passant au Canada.  Les personnages ne sont pas trop ridicules et ce qu’ils disent reste plausible, comme celui que joue pas mal Eduard Franz et qui est filmé avec sympathie et se révèle assez touchant (il est vrai qu’il est en train de renier l’idéologie marxiste, effrayé par les effets dévastateurs de la bombe A). La photographie est soignée et privilégie adroitement les contre jours. Relative parce que le récit repose lourdement sur la sempiternelle voix off qui, à la fin, clame les bienfaits de la démocratie. La première moitié du film, qui traite de la défection d’Igor Gouzenko, manque de tension, le suspense étant sacrifié à un ton pseudo-objectif. Une notation amusante pourtant : le personnage qui garde l’endroit où travaille Dana Andrews doit sans cesse jouer de la musique, ce qu’il déteste (on entend des bouts de tous les compositeurs russes de l’époque). Dans la deuxième partie, les choses s’améliorent notamment quand Dana Andrews, ayant décidé de passer à l’Ouest, tente vainement d’intéresser, voire même de rencontrer le ministre de la Justice, des fonctionnaires, des journalistes. On le prend pour un fou ou un affabulateur. On frôle là un sujet passionnant qui n’est malheureusement pas  développé à sa juste valeur. La mise en scène de Wellman est plus incisive et utilise adroitement certains décors : les escaliers qui unissent deux immeubles. Le couple Gene Tierney/Dana Andrews est ici assez terne. Terme que les laudateurs du film transforment en subdued.

En revanche WATERLOO BRIDGE (LA VALSE DANS L’OMBRE) de LeRoy m’a paru exécrable à la révision, comme une sorte de manifeste du conformisme aseptisé, auto-satisfait qui caractérise tant de Mervyn LeRoy à la MGM. Tout est atone, dépourvu de vie. Il faut dire que le film est plombé par deux acteurs qui surjouent, jamais ensemble et rivalisent de froncements de sourcil. La palme revient à Taylor, exécrable. Quand on pense à l’élan de la version de James Whale que Wild Side offre heureusement en bonus et que j’ai vu se faire descendre par des critiques qui recopiaient les termes de la jaquette. Le Whale est vraiment audacieux socialement, sexuellement et moins conformiste que le remake.

 

TONIGHT OR NEVER (Les Films du Paradoxe) est une assez amusante comédie de Mervyn LeRoy, tournée la même année que LITTLE CAESAR. Comme dans beaucoup de productions Goldwyn, on sent les origines théâtrales malgré les efforts du réalisateur pour lui donner une vivacité cinématographique en multipliant les panoramiques filés, les mouvements de caméra. Le scénariste Ernest Vajda glisse ici et là quelques allusions grivoises dans cette histoire de cantatrice qui se met à chanter vraiment bien seulement après avoir fait l’amour avec un gigolo qui est en fait un « talent scout » du Metropolitan Opera. Il sentait qu’elle avait besoin d’être « réveillée » et Allison Skipworth, très amusante, lui rétorque : « Vous voulez jouer les réveils matin ». Melvyn Douglas pour sa première apparition, s’empare de ce rôle avec brio, élégance et un vrai charme suave. Son jeu parait plus allusif,  plus moderne que celui de Gloria Swanson même si les maniérismes de cette dernière peuvent être mises sur le compte du personnage. Elle est habillée de manière assez spectaculaire par Coco Chanel. Autre curiosité, Boris Karloff interprète un maitre d’hôtel, comme dans la pièce originale. L’objectivité nous force à dire qu’il en fait parfois beaucoup. A signaler, le slogan des pâtes qui sponsorisent la retransmission radiophonique de la Tosca : « nos spaghettis sont encore plus longs que notre nom ».

WESTERNS
5 westerns Universal et un Allied Artist

La linéarité du sujet, l’unité de temps (l’action se passe en une journée, dans quelques lieux) donnent un vague intérêt à STAR IN THE DUST (LA CORDE EST PRÊTE), un de ces westerns urbains dans la lignée de HIGH NOON, THE SILVER STAR, DAY OF THE BADMEN. Le principal atout du film de Charles Haas est le Cinémascope que deux ou trois cadrages utilisent adroitement (un mouvement au-dessus d’une palissade, une plongée avec amorce, une bagarre filmée de loin) et qui donne un semblant de tension aux affrontements. Laquelle tension se dissipe assez vite par la faute d’une mise en scène assez plate, d’un scénario inerte, dialogué avec des semelles de plomb. Les personnages se conduisent tous stupidement et les derniers rebondissements sont ridicules. Il faut dire que l’interprétation n’est pas fameuse. John Agar et Mamie Van Doren – cette dernière, seule originalité, dans un rôle pas du tout glamour et sexy – rivalisent d’inconsistance. Richard Boone, mal dirigé, avec une coiffure ridicule, est un des méchants les plus falots du genre. On ne peut guère sauver que Coleen Gray. L’action est, de plus, plombée par les interventions de plus en plus calamiteuses d’un chanteur à guitare qui erre autour de la potence, en commentant les péripéties, sans paraître se soucier de ce qui se passe autour de lui : bagarres, coup de feu. Il achève le film.

THE GAL WHO TOOK THE WEST (LA BELLE AVENTURIÈRE) est beaucoup plus divertissant. Non que la mise en scène de Fréderic de Cordoba soit inventive. Elle reste tout à fait traditionnelle et tout au plus peut-on la créditer de deux ou trois plans larges assez agréables. La photo, assez jolie, les couleurs fort plaisantes semblent plus devoir à l’esthétique du studio qu’à des recherches du réalisateur. Mais LA BELLE AVENTURIÈRE bénéficie d’un amusant scénario de William Bowers et Oscar Brodney et de dialogues très rigolos où l’on retrouve la patte, la vitalité de Bowers (il suffit de les comparer à ceux de STAR IN THE DUST dus au seul Brodney). Les personnages répondent à des questions oiseuses (« Où trouverai-je des gens pouvant me parler des O’Hara ? » demande un journaliste ; « S’ils ont de l’argent dans le saloon. S’ils sont fauchés, devant le saloon. ») ou égrènent les aphorismes (“Tout ce qu’on peut faire, c’est espérer un miracle, s’attendre au pire et accepter n’importe quoi », dit Charles Coburn), font des constatations lucides et décapantes   (« Vous buvez cela », dit Yvonne de Carlo à une jeune femme ; « Je me demande comment vous avez pu atteindre 22 ans »). John Russel parlant de son père : « Il ne ferait pas la différence entre une chanson et un sifflet de locomotive. » Ces dialogues (« Vous possédez l’ambition, je possède le pays. ») viennent étoffer un scénario astucieux qui s’articule autour de 3 flashbacks racontés par trois vieillards qui évoquent de manière totalement différente l’arrivée d’Yvonne de Carlo et la manière dont elle s’immisce dans la rivalité qui oppose deux frères. Ces changements de point de vue permettent aux auteurs de donner de la vie à un sujet qui n’en était pas un. Un quatrième flashback, ponctué par l’arrivée d’un hélicoptère rouge, conclut l’histoire. Scott Brady et John Russell sont des acteurs en bois mais Yvonne de Carlo est bien photographiée même si ses tenues restent hyper-chastes et si on peut discuter son interprétation de Frankie and Johnny.

WINGS OF THE HAWK  (RÉVOLTE AU MEXIQUE) que l’on aimerait voir en 3D, est un des meilleur Boetticher à Universal. Sa bonne humeur, son invention, son désir de faire feu de tout bois transcendent un sujet ultra-traditionnel mais dialogué avec vivacité par James Moser : le gringo pris entre les révolutionnaires et les « federales ». Boetticher trouve le moyen de rentabiliser tous les extérieurs en changeant d’axe, d’angle notamment dans les poursuites à cheval : la caméra démarre parfois avant que les cavaliers rentrent dans le champ ou cadre le personnage poursuivi en plan très large de dos. Boetticher parcourt à la grue certains décors, dynamise l’action. Il n’y a pas un moment de répit. Il s’arrête néanmoins pour filmer une exécution  d’otage à travers le soupirail d’une cave et donne une relative dignité au couple George Dolenz-Abbe Lane. Un des meilleurs moments est celui où un révolver dont on voir l’ombre sur le mur, est descendu par un fil dans une cellule sans que le garde s’en aperçoive. Julia Adams, impayable, en révolutionnaire, est extrêmement belle et sexy.

CHIEF CRAZY HORSE (LE GRAND CHEF) est aussi mauvais que dans mon souvenir. Platement photographié par Harold Lipstein qui ne tire rien (pas plus que le metteur en scène) des Collines Noires du Dakota, très mal joué par Victor Mature et Susan Ball (une des plus médiocres starlettes sous contrat à Universal), mollement dirigé, ce film est un des plus faibles, dans le cycle des westerns pro-indiens de Sherman. Il est à des lieux  de REPRISAL, voire de TOMAHAWK et surtout de BATTLE AT APACHE PASS. En tout cas, le scénario de CHIEF CRAZY HORSE est vraiment routinier, ce qui nous vaut un film atone, dépourvu d’énergie et de ce sens du paysage qu’on trouve souvent chez Sherman. Custer et Little Big Horn apparaissent brusquement et sont expédiés en deux coups de cuiller à pot comme si brusquement Universal avait voulu les injecter à la dernière minute, pendant le tournage en demandant que tout soit traité en moins d’une minute.

COMANCHE est nettement supérieur malgré tous ses défauts : une interprétation terne (Dana Andrews n’est pas très convaincant en scout et ses scènes avec Linda Cristal sont embarrassantes), aggravée par le choix de Mike Mazurki pour jouer un Indien et surtout de Kent Smith, assez ridicule en Quanah Parker. C’est l’affront suprême fait à un grand chef comanche. En revanche Henry Brandon qui joue Black Cloud est tout à fait excellent, dans un rôle très proche de celui qu’il joua 5 mois plus tard dans THE SEARCHERS. Ce n’est pas la seule parenté avec le film de Ford : la séquence de massacre qui ouvre le film de manière spectaculaire contient certains détails similaires dont le meurtre d’une petite fille tentant de protéger sa poupée. Cette séquence, très bien filmée, prouve le talent de Sherman qui s’exerce ensuite de manière sporadique : dans le choix des extérieurs (autour de Durango qu’on réutilise un peu trop souvent), dans l’utilisation de l’espace et du Scope qui joue beaucoup sur les lignes, les colonnes des tuniques bleues. De nombreux plans larges sont très efficaces, jouant sur les contrastes entre l’avant-plan et la profondeur de champ. L’irruption des Comanches de Quanah qui se déploient en masse sur les hauteurs des collines et que l’on filme de très loin  surplombant la bande de Black Cloud face aux soldats, est saisissante. Les plans larges sont d’ailleurs souvent efficaces, recherchés, utilisant sans doute des doublures et la tension descend de plusieurs crans dans les plans plus serrés.
Il faut dire que le scénario et le dialogue dus au producteur Carl Krueger ne pèchent pas par l’originalité. Les meilleurs moments proviennent, paraît-il, du livre d’Elliott Arnold, Blood Brothers, et le reste empile les clichés même si les intentions sont louables, voulant donner une dignité  aux Indiens, prendre leur parti et mettre en valeur tous ceux qui cherchent la paix. Mais on reste loin de Daves et de Mann : les personnages des méchants sont caricaturaux et simplistes, surtout le commissaire aux affaires indiennes, l’histoire d’amour est bâclée. Restent quelques moments d’action bien filmés comme par exemple durant le dernier affrontement entre Black Cloud et le héros, cette irruption d’un soldat et d’un Indien en train de se battre. Les corps pendant un bref moment se superposent, s’emmêlent. Une chanson idiote massacrée par The Lancers et qui conviendrait mieux aux films de Frankie Avalon, vient gâcher des plans de paysage.

CALAMITY JANE AND SAM BASS (LA FILLE DES PRAIRIES) est un de ces westerns qu’Universal débitait en grand nombre à l’intention du public familial. Il ne faut pas chercher plus de réalisme (lequel est absent de 80% des westerns des années 40) ici que dans une comédie musicale, genre d’où semble sortir la plupart des personnages joués par Yvonne de Carlo. Bien que jouant le rôle-titre, elle est ici un peu sacrifiée et côtoie l’intrigue sans y participer vraiment. Moins même que Dorothy Hart. Mais le film, basé, il faut le noter, sur une histoire de Sherman, ne manque pas de rythme, de charme, d’énergie. La manière dont des courses de chevaux débouchent sur des braquages est plaisamment racontée même si Howard Duff manque terriblement de charisme et d’intérêt. Sherman utilise souvent les plongées et cela de manière très efficace dans les poursuites finales dans des canyons et des collines. Il faut aussi porter au crédit du film d’avoir imposé une fin dramatique comme BLACK BART. La mort de Bass qui a voulu vérifier si son cheval était toujours vivant, est assez jolie et originale. Norman Lloyd joue un mouchard et Lloyd Bridges l’ami du héros.

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oct
01

FILMS MUETS 

REGENERATION (1915 – Zone 1 couplé avec YOUNG ROMANCE comédie amusante écrite par William deMille sur deux jeunes employés travaillant dans la même boîte qui vont, à l’insu l’un de l’autre, se faire passer pour des aristocrates pendant une semaine. Charmant et un peu mécanique.)
REGENERATION est le premier long métrage de Raoul Walsh, à 28 ans et son premier chef d’œuvre. Tourné la même année que NAISSANCE D’UNE NATION et tout aussi, sinon plus, révolutionnaire. Un chef d’œuvre qui innove dans bien des domaines et annonce les grands films de la Warner, entre autres. Le réalisme incroyable des extérieurs new-yorkais surprend encore aujourd’hui (Martin Scorsese disait qu’on les filmerait exactement de la même façon), tout autant que le choix des seconds rôles et des figurants (que Walsh alla recruter dans les bouges du Bowery), tous criants de vérité. Certains intérieurs renvoient à Frank Norris ou à Dickens.
Accessoirement, REGENERATION, est peut être aussi le premier film de gangsters de l’Histoire du cinéma et Walsh a déjà trouvé la pulsation rythmique qui fera la force de PURSUED ou de WHITE HEAT : il utilise un découpage très rapide, très sec, le montage parallèle, qu’il associe avec des gros plans, des plans très larges et des mouvements d’appareils. Ceux-ci, fait très rare, ne sont pas uniquement fonctionnels : dans une scène de repas, en se rapprochant du jeune Owen et en l’isolant, un travelling rapide nous fait sentir ce qu’il pense. Ils accentuent, dynamisent, par un mouvement contrarié, l’entrée d’Anna Nilsson dans le repaire du gangster, nous faisant ainsi partager son angoisse, son état d’urgence. Ils nous replacent à l’intérieur de l’histoire et des émotions qui la traversent. Walsh se sert aussi des mouvements circulaires des danseurs pour cacher, rendre plus chaotique une panique créée par un incendie, séquence brillamment dirigée mais à laquelle il confère trop d’importance dans ses Mémoires, omettant des trouvailles plus profondes.
Les premiers plans, incroyablement aigus et rapides, par exemple, sont encore plus innovateurs : le jeune héros est seul dans une pièce quasi-nue où l’on enlève un cercueil. On coupe sur un corbillard dans la rue et puis on voit le gamin aller à la fenêtre. Plan suivant, on voit ce qu’il regarde : le corbillard filmé de son point de vue, ce qui nous attache immédiatement à lui. C’est peut être le premier plan avec point de vue de l’Histoire du cinéma et il crée une grande émotion. Walsh fait d’ailleurs passer tout au long de ce film de gangsters une mélancolie romantique qu’on a souvent sous-estimée. Elle est magnifiquement traduite par la photo du français Georges Benoît qui éclaira les Walsh suivants et que Maurice Tourneur, qui admirait ses films, reprit pour AU NOM DE LA LOI et JUSTIN DE MARSEILLE (Benoît travailla aussi avec Guitry et Pagnol sur LA FEMME DU BOULANGER). Par l’interprétation si moderne de  Rockliffe Fellowes qui préfigure le Brando de ON THE WATERFRONT et celle, délicate et sensible, de  Anna Q. Nilsson. On regrette d’autant plus que des œuvres ultérieures du cinéaste comme CARMEN que vantait Maurice Tourneur, THE SERPENT, PEER GYNT, PILLARS OF SOCIETY, THE HONOUR SYSTEM, placé très haut par Ford, aient disparu.

THE MYSTERY OF THE LEAPING FISH (1916 – coffret Bach films consacré à Todd Browning. Zone 2)
Ce court métrage est un des films les plus bizarres de l’histoire du cinéma muet. Bizarre par son sujet : un détective, Coke Ennyday, se bat contre les trafiquants de drogue, lutte contre l’importation de cocaïne  alors qu’il en consomme une quantité industrielle. Son horloge pointe quatre quartiers : sommeil, nourriture, boisson, drogue. Bizarre ensuite par le choix de Douglas Fairbanks dans un rôle inhabituel pour lui : dans sa première apparition, il dort dans une position extravagante et semble littéralement en extase dès qu’il s’injecte de l’opium ou de la coke à l’aide d’une des nombreuses seringues attachées à sa poitrine ou qui pendent à portée de main. C’est dans cet état d’ailleurs qu’il trouve les déguisements les plus farfelus. Fairbanks détestait tellement le film qu’il essaya de le faire retirer de la circulation. Pourtant, ce qui est un comble, il fut tourné deux fois, une fois par Christy Cabanne et puis entièrement refait par John Emerson (pourquoi pas Browning ?) et enregistré, le mot convient mieux que filmé, assez platement. Le résultat est plus curieux que vraiment dôle et c’est surtout son absence de toutes précautions moralisatrices qui laisse pantois. Par ailleurs, on y voit peut être la première télévision de l’Histoire du cinéma.

   

Bizarre parce que ce sujet, conçu par Todd Browning (titres d’Anita Loos et on dit que Griffith aurait collaboré au sujet), est traité de manière comique. Faire rire de l’addiction à une drogue dure semble très étrange aujourd’hui. Connaissait-on les effets de la cocaïne ? Il semble que oui puisque de nombreux films de 1916 recensés par Kevin Brownkow dans Behind the Mask of Innocence, dénoncent les ravages de la drogue dont THE DIVIDEND (Walter Edwards), THE DEVIL’S NEEDLE (Chester Whitey également scénariste), ROMANCE OF THE UNDERWORLD (James Kirkwood, 1918, le plus réaliste). Mais sur Internet des amateurs du film disent que la coke était supposée, dans la Californie des années 20, avoir des effets bénéfiques, que Browning et Fairbanks en consommaient et qu’1 malade sur 5 était un drogué. Sa partenaire est ici Bessie Love qui joua dans un autre film sur la drogue, HUMAN WRECKAGE.

THE WHISPERING CHORUS (soit en zone 2 avec Bach Films sous le titre LE RACHAT SUPRÊME, soit en zone 1 dans un DVD Image de meilleure qualité)
Ce chœur chuchotant est celui des voix qui nous soufflent de faire le bien ou le mal et qui, dans ce film, arrivent périodiquement sur l’écran grâce au miracle de la double exposition. L’originalité du procédé, d’ailleurs utilisé avec modération, renforce l’étrange et paradoxale cohésion de ce film, l’un des meilleurs DeMille dont on ne parvient pas à savoir s’il est réussi en dépit ou grâce à certaines conventions dramatiques. Comme Sidney Carton dans A TALE OF TWO CITIES, John Trimble (écrit Tremble dans la copie française), l’infortuné protagoniste, se sacrifie et se laisse exécuter (la chaise électrique remplace la guillotine), pour préserver sa femme. Trimble, employé de banque misérablement payé, accablé de dettes, avait détourné une  somme d’argent puis, craignant d’être arrêté, avait fui et pris l’identité d’un mort dont il avait trouvé le cadavre. Après des années, on l’accuse du meurtre de ce dernier et il ne veut pas révéler sa véritable identité, sa femme s’étant remariée, risque d’être accusée de bigamie. Il choisit de mourir sur la chaise électrique.
Ce récit qui conjugue faute, rédemption, sacrifice, amour, notions chères à DeMille s’inspire,  se nourrit même, de conventions héritées du théâtre de Mélodrames. Mais la mise en scène est purement cinématographique : réalisation sèche et rapide, découpage vif, inventif, audaces visuelles. La manière dont DeMille utilise tout le long des montages parallèles (le monde de la banque et le héros en fuite), notamment lors de l’ascension sociale de son ex-femme, paraît vraiment moderne. L’apparition subite du cadavre dans un lac serait à sa place dans un film noir des années 40. Et la fleur que garde le héros, symbole de son amour, paraît anticiper sur la rose de QUESTION DE VIE ET DE MORT. Certains défenseurs du film y ont même vu des résonnances brechtiennes, ce qui aurait tétanisé le cinéaste. Jeanie MacPherson, scénariste de presque tous les films de DeMille depuis 1916, signe le scénario d’après un roman de Perley Poore Sheehan. La copie restaurée par la George Eastman House est superbe.

   

Toujours DeMille avec APRÈS LA PLUIE LE BEAU TEMPS (en zone 2 chez Bach Films, en zone 1 sous le titre DON’T CHANGE YOUR HUSBAND), une de ces comédies matrimoniales dans lesquelles il excella à l’époque du muet. Ici, une épouse (Gloria Swanson bien sûr), lassée du peu d’intérêt que lui porte son mari (qui a la manie de manger des oignons, gag récurrent dans le film), le quitte, convole avec un autre homme et découvre qu’il est pire et de plus sordidement intéressé. Le ton est vif, léger, caustique, brillant. Il faut découvrir tous ces DeMille plus inventifs que ses films parlants. La traduction des intertitres français est fantaisiste : hun, qui signifie boche, est traduit par nazi, ce qui ferait de DeMille, en 1919, un cinéaste visionnaire.

DADDY-LONG-LEGS (1919, Bach Films)
Le triomphe de ce film poussa, encouragea Mary Pickford à créer avec Douglas Fairbanks et Chaplin, une société de production indépendante, un mini-studio. Il faut dire que DADDY- LONG-LEGS semble taillé sur mesure pour exploiter toutes les facettes, toutes les qualités de la comédienne. Cette histoire d’orpheline littéralement jetée, bébé, dans une poubelle, recueillie dans un épouvantable orphelinat, permet à Mary Pickford de changer constamment de registre : elle est mutine, éplorée, farceuse même dans des moments dramatiques (elle essaie de faire rire des enfants malades), clownesque, révoltée : elle va voler une poupée pour la donner quelques secondes à une petite fille mourante. Les auteurs n’évitent pas toujours les effets trop mignons (le chien saoul). D’autant que Marshall Neilan lui oppose le destin d’une autre petite fille, riche, protégée, égoïste. Le choix de leurs deux prénoms donne lieu d’ailleurs à une fort bonne séquence.
Dans la seconde partie du film, Judy devient collégienne, grâce à l’appui,  la protection d’un homme plus âgé qui veut rester anonyme et se fait appeler John Smith. Elle ne l’entrevoit qu’en ombre chinoise et c’est là qu’elle lui trouve son surnom. Le jeu, l’allure de Mary Pickford change du tout au tout. Elle fait preuve d’une grâce, d’une délicatesse romantique, d’une retenue tout à fait moderne. Peu à peu, au collège, où elle fréquente une société beaucoup plus huppée (deux de ses condisciples, filles de milliardaires, pleurnichent sur leur sort dans la première séquence, fort amusante) elle découvre l’amour. Tous les décors de cette seconde partie sont très luxueux (les portes font le double ou le triple des personnages) et le film endosse deux thèmes majeurs américains : la volonté, la détermination, la prise en main de son destin et le philanthropisme. A noter que les principaux personnages sont tous assimilés visuellement à des fleurs ou des plantes : des cactus et de l’ail sauvage pour la directrice de l’orphelinat et son aide, une rose de serre pour la petite fille riche.

SPARROWS (DVD zone 2 chez Les Films du Paradoxe)
Ceux qui ne connaissent que la  dernière partie de la carrière de William Beaudine (surnommé « One Shot Beaudine ») qui comprend des titres aussi pittoresques que BELA LUGOSI MEETS A BROOKLYN GORILLA, BILLY THE KID VS DRACULA ou JESSE JAMES MEETS FRANKENSTEIN’S DAUGHTER éprouveront un choc devant la beauté visuelle, l’audace lyrique de SPARROWS, l’un des meilleurs Mary Pickford. C’est que Beaudine fut un metteur en scène très important pendant le muet, un des mieux payés à Hollywood. THE CANADIAN, par exemple, a une très bonne réputation et il travailla plusieurs fois avec Mary Pickford (LITTLE ANNIE ROONEY, autre film brillant) qui appréciait sa manière de diriger les enfants. Il fut ruiné par la crise de 29 et ne se releva jamais. On lui doit de multiples films de série Z, un western honorable pour Disney (WESTWARD HO, THE WAGONS !) et un film d’exploitation qui fit des recettes astronomiques, MOM AND DAD, sorti en France sous le titre LES FAUSSES PUDEURS.
SPARROWS est le dernier film où Pickford joue, à 34 ans, une adolescente. Il s’ouvre sur un intertitre mémorable : « La part du diable dans la création du Monde, consista en un certain marécage sudiste – un chef d’œuvre d’horreur et le Seigneur qui savait apprécier le travail bien fait, l’accepta ». La suite est du même tonneau : «  Et ensuite, le Diable se surpassa et fit vivre, dans ce marécage, Mr Grimes ». Le plan d’introduction de Grimes, personnage monstrueux, dépourvu de toute conscience, qui semble sorti de Dickens, est magistral : on le voit boiter dans les marais avec des moustiques qui volent autour de son visage aux yeux morts. Il acquiert une poupée pour la donner à une des orphelines qui vivent dans sa ferme/prison mais sur le chemin, lui arrache la tête et la jetant dans des sables mouvants, la regarde lentement se faire engloutir. Gustav Von Seyffertiz en fait une figure inoubliable, une icône du mal. Il exploite des orphelins et des orphelines qu’il a kidnappés avec l’aide de sa femme et de son fils (belles compositions de Charlotte Mineau et Spec O’donnell qui viennent pourtant de la comédie) et retient prisonniers dans ces marécages infestés d’alligators et truffés de sables mouvants.
Cet univers digne de Jérôme Bosch est admirablement recréé par le décorateur Harry Oliver et magnifiquement éclairé par un trio de grands chefs opérateurs : Charles Roscher, Hal Mohr et Karl Struss notamment dans la séquence tendue, forte, très efficace, de la fuite nocturne des enfants qui semble anticiper, jusque dans certaines notations religieuses, sur le mélange d’horreur et de féérie qui faisait le prix de LA NUIT DU CHASSEUR. Le Christ vient enlever l’âme d’un enfant et l’effet est moins sulpicien qu’on pourrait s’y attendre. Ce conte gothique inspiré renvoie à toute une littérature sudiste, voire même à DÉLIVRANCE, traitant de la Rédemption à travers l’horreur. Plus discutable est le dernier quart d’heure qui se perd dans des péripéties accessoires et superficielles.

VICTORY (1919, zone 2, Bach Films)
La seule adaptation filmique d’un de ses ouvrages que Joseph Conrad eut la possibilité de voir. Nul doute qu’il fut horrifié par la fin heureuse, qui arrive comme un cheveu sur la soupe et dont l’incongruité est soulignée par des intertitres d’une consternante solennité. Le scénario de Jules Furthman (sous le pseudonyme de Stephen Fox) reste encore prisonnier, tributaire des cartons beaucoup trop explicatifs. Il simplifie, théâtralise le livre (défaut encore accentué dans la version de William Wellman), le dépouille de sa métaphysique et transformant la seconde partie en une ébauche rapide de LA FORÊT PÉTRIFIÉE.
Etrangement, Maurice Tourneur qui produisit Victory ne paraît guère s’intéresser aux scènes d’extérieurs. La Nature, si importante chez Conrad, est quasiment éliminée ou traitée par-dessus la jambe si l’on excepte une ou deux plans durant un étrange flashback. Contrairement aux scènes d’intérieurs qui sont beaucoup plus soignées et témoignent de recherches cinématographiques souvent passionnantes où Tourneur incorpore la profondeur de champ, les diagonales (quand Jack Holt et Seena Owen s’avancent dans un couloir pendant que les branches d’arbres vues à travers les fenêtres bougent avec le vent), le hors champ. On voit Lon Chaney franchir un rideau de perles et regarder à droite Seena Owen dont le dos est entièrement nu. Il rentre dans la pièce, sortant du champ qui reste vide. La camera ne cadrant plus que le rideau. Tout à coup les deux personnages traversent le champ et se ruent dans une pièce à gauche. Etonnant moment de violence qui joue sur le voyeurisme, l’érotisme. Lon Chaney est d’ailleurs l’une des raisons majeures de voir ce film. Il compose un desperado pour reprendre le terme de Conrad, félin, bestial, sournois qui fout la trouille, qui a un rapport animal avec son couteau mais Bee Deeley est aussi très impressionnant en Mr Jones. Les moments d’action sont plutôt bien filmés (jet du couteau en un plan, mort très brutale) dans des plans brefs. Wallace Beery est assez marrant en aubergiste libidineux.

WINGS (1927, DVD/Blu-ray zone 1)
Un de ces rares classiques où tout ce qui l’a rendu célèbre à l’époque, lui permettant de remporter le premier Oscar comme Meilleur film (sans être nommé à la réalisation) paraît tout aussi excitant, vivant aujourd’hui : toutes les scènes de guerre, y compris les plans sur les tranchées, l’infanterie et surtout les combats aériens bien sûr, qui n’ont guère été égalés. On comprend les différentes tactiques, les ruses, les pièges. On partage les angoisses, l’exaltation des pilotes sans que cela brouille le sens du film. Wellman (que l’on voit brièvement en soldat dans le dernier combat où il est tué en lançant que ces vautours sont assez bons) veut montrer simultanément l’excitation et l’horreur, le côté épique et la brutalité et sa conclusion est sans ambiguïté. Ce message anti-guerre est bien dans l’air du temps et s’accorde avec l’isolationnisme. Ces séquences étaient souvent bruitées par les exploitants de cinéma qui les projetaient. Notamment par les jeunes Jo et Samy Siritzky, futurs patrons de ParaFrance, dans le cinéma de leur père. Toute aussi mythique est l’irruption de Gary Cooper qui devient une star en quelques plans. Visuellement le film reste  splendide avec une impressionnante photo de Harry Perry. Il y a notamment une scène avec Richard Arlen et la charmante Jobyna Ralston dans un de ses rares rôles sans Harold Lloyd. En train de se balancer. La  caméra est attachée à la balançoire. On voit Roger arriver dans le lointain. La balançoire s’arrête et la jeune femme court vers le nouvel arrivant tandis que la caméra reste en gros plan sur Arlen. Il y a plusieurs moments aussi forts dans cette partie sentimentale qui a été décriée un peu injustement. La fin est tout à fait émouvante jusque dans la manière dont le survivant réalise que le bonheur était à portée de main. Et Clara Bow est excellente, vive et nuancée.

THE TRAIL OF ’98
Clarence Brown fut un cinéaste très important au temps du muet. Et talentueux. Il suffit de penser à THE GOOSE WOMAN, œuvre audacieuse, à THE FLESH AND THE DEVIL avec Greta Garbo. TRAIL OF ’98 est une évocation épique de la ruée de 1898 vers le Klondike pour y trouver de l’or qui inspira aussi Chaplin. Les scénaristes Benjamin Glazier et Waldemar Young choisissent  au début une structure chorale, avec de multiples  personnages, figures emblématiques du genre – de jeunes gens sans expérience, un chauffeur de locomotive, un couple de commerçants, un jeune garçon, des aventuriers divers, des escrocs –   qui, peu à peu, s’épure, se resserre autour de quelques destins. Ces personnages sont souvent ballotés, voire noyés, dans la  foule, ce qui nous vaut de nombreuses scènes avec des multitudes de figurants, à la fois étonnantes de réalisme (elles sont truffées de détails pittoresques) et spectaculaires : embarquements sur des bateaux archi-combles, camps de chercheur d’or, villes champignons en proie à l’agitation, à la folie, l’ascension de la terrible  Chilkoot Pass. Les intérieurs sont tout aussi soignés, du saloon rempli d’ivrognes et de joueurs aux décors misérables de cahutes, de cabanes où le héros abandonne sa fiancée, idée dramatique assez forte que son revirement ne parvient pas à combler.
Voilà une des œuvres – il n’y en a pas tant que cela – qui renvoie à l’univers de Jack London. On sent le froid dans ces plans de marche à travers la neige, la boue, l’eau glacée même si Brown doit parfois faire appel à des raccords en studio. Il y eut plusieurs morts durant le tournage, « le plus difficile, le plus exténuant de toute ma carrière » déclara le réalisateur. Il y a des plans stupéfiants lors de la descente des rapides du Yukon qui tourne un peu court. La violence, elle, est filmée avec une grande rapidité, une vraie sécheresse (le premier mort dans un saloon) ou traitée de manière elliptique, ce qui la renforce (la manière dont on apprend la mort du jeune garçon). Même le combat final, plus attendu, abonde en coups en traître et se conclut  brutalement par un des protagonistes qui se transforme en brasier humain. Principal bémol : la fadeur de Ralph Forbes et le jeu, souvent explicatif, outré, de Dolores Del Rio, actrice assez limitée. Je voudrais citer d’autres films de Brown, plaisants comme WIFE VS SECRETARY, inspiré, comme l’émouvant THE YEARLING ou les brillants POSSESSED ou A FREE SOUL, relativement audacieux comme INTRUDER IN THE DUST d’après Faulkner. Tous ces films existent en DVD en zone 1.

 

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