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Voici le texte publié sur le site de la SACD le 20 mars dernier en hommage à Pierre Schoendoerffer, disparu le 14 mars :

« Cela fait plusieurs jours que je reviens sur ce texte pour la SACD sur Pierre Schoendoerffer. Dès que j’écris une phrase, un paragraphe, malgré moi, ils passent à la première personne. Je n’arrive pas à garder le ton qui sied à un hommage objectif. Oui, bien sûr, je peux dire qu’on doit à Pierre Schoendoerffer une série de films remarquables, uniques, au ton si personnel. Des films qui s’interpellent les uns les autres, se répondent, se complètent, qui occupent une place à part dans le cinéma français. Pierre, tu étais en marge de tout. On ne te rattacha pas à la Nouvelle Vague bien que la photo de Raoul Coutard pour LA 317ème SECTION soit aussi innovatrice, révolutionnaire que celle d’A BOUT DE SOUFFLE (et que dire de celle du CRABE TAMBOUR, de ces fabuleux plans de mer) ni à ses adversaires qui appréhendaient tes chroniques de Grandeur et Servitudes militaires. Tu ne faisais partie d’aucun clan, d’aucune clique. Surtout politique. Tu m’as si souvent répété que l’homme politique pour qui tu avais le plus d’estime était Pierre Mendès France.

    

Revoir LA 317ème SECTION au festival de Lyon fut un très grand moment. C’est un chef d’œuvre que je mets sur le même plan que LES FORÇATS DE LA GLOIRE de Wellman et LES FEUX DANS LA PLAINE de Kon Ichikawa. Tu te souviens, Pierre, tu me parlais sans cesse de ce terrible film japonais quand je préparais le dossier de presse de LA 317ème SECTION, quand je me demandais comment contourner les préjugés d’une certaine critique, persuadée de l’idéologie d’un film qui ne pouvait selon elle être que colonialiste et militariste. Dans un article sublime de l’Observateur, Michel Cournot avait anéanti à tout jamais ces fadaises. Il parlait du son du film, de la manière dont était filmée la jungle, la Nature : « Ce film a été fait cent fois, avec une autre section décimée dans une autre guerre. Il est presque une spécialité des cinéastes américains. Pourquoi celui-ci est-il un chef-d’oeuvre ? D’abord, parce qu’il est vrai. Tous les gestes sont vrais. Tous les mots sont vrais. Tous les regards, toutes les voix, tous les bruits sont vrais. C’est le premier film de guerre vrai… Chaque détail se trouvait à sa place, dans sa lumière, dans son élan… La mémoire n’est pas une faculté donnée à tout le monde. La mémoire du réel est rare. Aussi rare d’ailleurs que la perception. Un homme a su dévisager la guerre, il a su l’écouter, et elle est là… LA 317ème SECTION est d’autre part un chef-d’oeuvre, parce que la guerre n’y est pas, comme d’habitude, démontrée ou présentée. Elle n’est pas apportée sur un plateau d’argent. Elle n’est pas soulignée, indiquée. Elle n’est pas non plus espionnée, vue de dos, comme dans les bandes d’actualités de guerre. Elle n’est pas cadrée. »

Relire ce texte (que l’on pourrait appliquer aux scènes batailles de DIEN BIEN PHU) fait remonter tant d’émotion. J’ai assisté au retour de Pierre, malade, miné par le palu. Il était aussi amaigri que Jacques Perrin, aussi épuisé que les personnages du film. J’ai suivi le montage, j’ai vu naître ce chef d’œuvre, la belle musique de Pierre Janssen et j’ai su que le lieutenant Torrens et l’adjudant Willsdorff faisaient partie de ma vie. Pierre m’a demandé de faire la bande annonce, d’en écrire le texte qui est dit par son monteur, mon futur monteur, le merveilleux Armand Psenny.
Et on ne s’est plus quitté.

   

J’adorais Pierre Schoendoerffer. J’aimais sa franchise, sa loyauté, sa fidélité. Je me suis battu pour OBJECTIF 500 MILLIONS, œuvre sous-estimée qu’il faudrait redécouvrir (avec à coté du formidable Cremer, un acteur génial, Jean-Claude Rolland) et qui fait partie de ces films de casses exécutés par les militaires entre LA MAISON DE BAMBOU et, version plus rose, THE LEAGUE OF GENTLEMEN. J’ai suivi toute l’épopée du CRABE TAMBOUR à travers aussi les récits de Jean Rochefort et de Claude Rich. J’ai adoré LA SECTION ANDERSON, ce très beau documentaire sur un groupe d’Américains durant la guerre du Vietnam. Tu te souviens, Pierre, de ce dîner avec Howard Hawks, grand admirateur du documentaire, qui voulait te demander de faire toute la seconde équipe, tout ce qui se passait au Vietnam, dans le film qu’il préparait. Je te revois, médusé en l’entendant décrire certaines scènes, essayant de lui expliquer qu’il n’y avait pas de camps de prisonniers (tu parlais en connaissance de cause, toi qui a été prisonnier du Vietminh), ni d’éléphants au Vietnam. Je revois ta tête quand il déclara que le conseiller militaire serait le général Westmoreland que tu ne portais pas dans ton cœur. Et cet autre dîner avec John Milius, le coscénariste d’APOCALYPSE NOW, qui était venu à Paris, à ses frais, pour adapter (pour toi au début) ton beau roman, L’ADIEU AU ROI, si conradien, tant il l’adorait. Il m’avait demandé d’organiser un rendez-vous, t’avait pris en moto et vous vous étiez cassé la gueule près du restaurant. Repas chaleureux, arrosé et inoubliable.

Il y a donc tous ces souvenirs et tant d’autres. Il y a ces films que je vais revoir comme L’HONNEUR D’UN CAPITAINE. Il y a LÀ-HAUT, film fragile, de fêlures et de mélancolie avec un personnage de femme dans un rôle moteur et qui m’avait beaucoup touché par tout ce qu’il disait en creux. Et cette magnifique adaptation de TYPHON de Conrad que Harvey Keitel voulait tant jouer. J’ai essayé de te donner un coup de main, après Daniel Toscan du Plantier mais nous avons échoué. Enorme regret. Quelle belle adaptation tu avais écrite. Et cet hommage à Conrad constituait la vraie clé pour comprendre, apprécier ton œuvre.

Tout cela est tellement fort, tellement vivant que je ne parviens pas à accepter ta disparition, à écrire ce texte au passé. Tu es comme le Crabe Tambour et Willsdorff : tu survis à tout et je t’imagine quelque part entre la brousse et ta chère Bretagne, dialoguer avec Wellman et Fuller et Roman Karmen, ce cinéaste russe que tu avais rencontré au Vietnam. Et éclater de rire en parlant de l’enfer, du diable, en inventant une kyrielle de proverbes et de dictons tout en refaisant sur une carte avec Lucien Bodard et Edouard Behr les derniers combats de la guerre du Vietnam. »

Pour oublier cette disparition qui s’ajoute à celle de Michel Duchaussoy que j’avais dirigé dans LA VIE ET RIEN D’AUTRE où il était formidable (« Alors Dellaplane, toujours dreyfusard ?  ») et que je viens de voir royal en Mitterrand usé, matois, roublard dans l’AFFAIRE GORDJI du talentueux Guillaume Nicloux (revoyez UNE AFFAIRE PRIVÉE et CETTE FEMME-LÀ), je voudrais signaler quelques beaux film. Et tout d’abord des documentaires, genre que pratiqua Pierre Schoendoerffer.

DOCUMENTAIRES

A l’occasion de la sortie du poignant VOL SPÉCIAL de Fernand Melgar, j’écrivais :
 » Commençons par le scandale puisque scandale il y a eu. Lors d’une conférence de presse qui suivait le palmarès, au festival de Locarno, le producteur Paolo Branco traita VOL SPÉCIAL d’œuvre fasciste. La raison de ce qualificatif ? Elle est très simple pour Branco. A aucun moment, selon lui, Fernand Melgar ne juge, ne questionne les gardiens du Centre de rétention, qui s’occupent de tous ces étrangers en voie d’expulsion, sur le bien fondé de leur travail. Il ne les pointe pas du doigt, ne leur accole aucune épithète et ne les dénonce pas.
Comme le note Edouard Waintrop : «  Et vlan! 
C’est ainsi que ce film excellent, disons le tout de go, et absolument pas fasciste, a été labellisé par un homme que l’on a connu plus fin analyste… »
Oublions donc la polémique et regardons le film. Qui est remarquable. Il est vrai que comparé aux descriptions qu’a donné la Cimade des centres de rétention en France et du traitement qu’on inflige à tous ceux qui y sont détenus, l’institution que décrit Melgar, sans un mot de commentaire, a l’air d’un cinq étoiles. Personnel attentif, compatissant, humain, nourriture abondante, cuisinée par les futurs expulsés, propreté et hygiène des lieux, possibilité de faire un peu de sport dans des enclos grillagés. C’est vrai qu’on a des leçons à prendre.
Mais au delà de la premières impression, un malaise insidieux s’installe. Tout d’abord, contrairement aux grévistes de la faim que j’ai filmés dans HISTOIRES DE VIES BRISÉES, plusieurs, parmi ces étrangers ne semblent pas avoir commis de délit, de crime… Ici, on les expulse « simplement » (si j’ose dire) pour des raisons administratives plus ou moins obscures ou oiseuses, parce qu’ils sont sans-papiers. Et ces prisonniers dont beaucoup travaillent ou vont obtenir un emploi et qui refusent l’expulsion, attendent le vol spécial qui doit les déporter. On les découvre peu à peu, on découvre leur histoire, leur vie, leur personnalité. On rentre en empathie avec eux.
Et peu à peu le décor s’impose, prend toute sa forces. Ces couloirs grillagés où déambulent les détenus comme des rats de laboratoires. Ces portes qu’on ferme à clef. Cet univers qui devient de plus en plus oppressant et que Melgar filme sans jamais le dramatiser, souvent en plan large, sans ajouter le moindre commentaire musical (on entend juste les chansons que jouent les prisonniers ou qu’ils écoutent). On a toujours l’impression d’être au milieu des personnages, avec eux, à leur écoute. On apprend leurs histoires complexes, douloureuses. La caméra ne les juge pas, ne leur donne pas de leçon, les laisse vivre.
La manière dont ils  refusent cette expulsion, dont ils se heurtent à une administration polie, certes, mais totalement, froidement indifférente, abstraite, vous serre le coeur. La confrontation avec une juge qui ne veut (ne peut ?) rien entendre, rien comprendre, est un moment glaçant, terrible dans son indifférence désincarnée. Et encore plus ce dialogue avec un fonctionnaire qui se contente de détailler la procédure, de se réfugier derrière elle, qui répond article de loi quand on parle d’humanité. Il pourrait au moins refuser de faire ce travail. Non, il l’accomplit, tranquillement, doucement, sans sadisme apparent. On se dit que c’est ainsi que de braves douaniers ou policiers ont du refuser à des juifs de pouvoir se réfugier en Suisse. Avec la même politesse.
Et le découpage de ces deux séquences est exemplaire. Les cadres, précis, n’étouffent pas les personnages, ne surlignent pas les intentions, ne contiennent aucun élément de jugement. On évite les très gros plans, toutes les figures de style qui révéleraient les partis pris de l’auteur. La distance semble ici toujours juste.

Eh bien, on retrouve ces mêmes qualités dans LA FORTERESSE qui vient de sortir en DVD chez Blaq Out. Le sujet, abordé par Melgar, tourne une fois encore autour de l’immigration. Les personnes qui vivent dans ce « centre » attendent un permis de séjour et se heurtent à la même attitude, au même mélange d’attention et de respect strict des articles de loi, des codes de vraisemblance (on renvoie un Ethiopien malgré ses blessures car son récit ne paraît pas vraisemblable à quelqu’un qui ignore que des gens ont pu marcher des jours avec une jambe mutilée). Même absence de commentaire et de musique.

 

La série NOIRS DE FRANCE de Juan Gelas est tout à fait passionnante et devrait être utilisée dans les écoles et les collèges.

Je voudrais signaler le coffret consacré aux documentaires d’Ariane Doublet (j’avais vu deux films en salle qui m’avaient impressionné). Voilà quelqu’un qui sait filmer les paysans, les ouvriers. Et celui consacré aux films de Malek Bensmail qui met à jour de manière aigüe les contradictions, les déchirures, les ombres qui hantent l’Algérie actuelle.

 

On parle si peu des musiciens de film que je ne peux que saluer cette collection qui nous propose des documentaires sur Gabriel Yared, Georges Delerue, Maurice Jarre. On y aperçoit évidemment l’indispensable Stéphane Lerouge qui joua, enfant, du tuba chez Jacques Hélian.

FICTIONS

D’UN PAYS L’AUTRE

Il faut saluer les éditeurs courageux, passionnés qui viennent de nous offrir un Blu-ray somptueux du magnifique, envoutant IL ÉTAIT UNE FOIS EN ANATOLIE de  Nuri Bilge Ceylan et de L’ASSOIFFÉ du grand Guru Dutt, cinéaste admirable et méconnu.

 

Et je redis une fois de plus toute l’admiration que j’éprouve pour la magnifique trilogie d’Alex Corti, WELCOME IN VIENNA écrite de manière très autobiographique par Georg Stefan Troller et qui raconte l’odyssée de quelques jeunes autrichiens entre la Nuit de Cristal de 38 et le retour dans leur patrie soi-disant dénazifiée.

FRANCE/AMÉRIQUE

Passons au cinéma français pour dire tout le bien qu’il faut penser de la réédition par Studio Canal et Carlotta de LA GRANDE ILLUSION dans une sublime copie. J’en ai revu une heure et le début, la première scène, m’a bouleversé : Gabin qui fredonne et qui vous rend immédiatement perceptible son personnage, sa situation sociale, son rapport au groupe, la manière dont il a apprivoisé la situation. Rendre tout cela sans l’exprimer ni le dire, c’est du grand art. Je m’attarde sur cette scène, en apparence moins brillante, que les affrontements avec Stroheim, car je la trouve typique du génie de Renoir.

LCJ a eu la très bonne idée de sortir enfin RAFLES SUR LA VILLE, un remarquable film noir de Pierre Chenal (cinéaste que j’aime beaucoup), avec une belle musique de jazz de Michel Legrand (sa deuxième musique de film). Chenal utilise Vanel à contre-emploi dans un rôle de salopard tortueux et sadique et il y est génial. Piccoli est impressionnant et c’est là que Godard le remarqua et le choisit pour LE MÉPRIS. Il y joue un anti-héros absolu, un flic qu’on pourrait voir chez Ferrara ou Tarantino. Malheureusement pas de bonus.

 

J’ai revu avec un certain plaisir LE JOUR ET L’HEURE de René Clément. Le sujet et la forme peuvent paraître classiques mais Clément utilise diablement bien le décor (ces appartements où se terre Stuart Whitman dans son  meilleur rôle avec RIO CONCHOS), l’espace, les extérieurs, dirige de manière serrée Simone Signoret. Et la scène du train reste un morceau de bravoure inoubliable.

Carlotta a eu la géniale idée de sortir enfin PORTRAIT D’UNE ENFANT DÉCHUE, le premier chef d’œuvre de Jerry Schatzberg, bouleversante dissection au scalpel (mais avec quelle compassion, quelle tendresse) des sentiments, des tourments de ce mannequin, l’un des plus grands rôles de Faye Dunaway. Elle s’y montre fragile, capricieuse, blessée, irresponsable, enfantine, narcissique, en proie au mal d’aimer. Ce film fut littéralement sauvé de l’oubli qui le menaçait (la critique américaine avait été sotte et atroce) par Pierre Rissient et je n’oublierai jamais le choc ressenti lors de la première projection à la Paramount, à Paris, quand il fallait arracher une sortie française.

Un petit saut dans le temps. En zone 1, vient de sortir SUNSET LIMITED, produit et réalisé par Tommy Lee Jones. Il s’agit de l’adaptation fidèle d’une pièce de Cormac McCarthy. A plusieurs reprises durant DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE, Tommy Lee Jones m’avait parlé avec admiration de cet écrivain qu’il adorait, avec qui il était lié. Il avait voulu adapter MÉRIDIEN DE SANG. Il a donc demandé à Cormac McCarthy d’adapter sa pièce et on le voit, dans les bonus, très présent durant le tournage, discutant sur des nuances du dialogue avec les acteurs. L’action se déroule presque entièrement dans une pièce, décor astucieusement construit par Merideth Boswell qui donne une grande importance à la porte (ultra-barricadée) et à la fenêtre, à ce qu’on devine au-delà. Il n’y a que deux personnages et les acteurs, Tommy Lee (professeur de philo en proie à des désirs suicidaires) et Samuel Jackson (ancien taulard devenu prédicateur), se délectent des moindres nuances d’un texte tendu, souvent drôle, cocasse. Ils s’affrontent pour savoir si la Bible est le meilleur livre du monde (et sinon quels sont les autres) et dans un moment mémorable, sur le fait de prononcer le mot nègre quand on parle des détenus ultra-dangereux dans un établissement pénitentiaire. Le professeur interrompt le récit que fait le taulard en lui disant que le terme est insultant et l’autre, qui était en train de décrire comment il avait lardé de coups de surin, rentre dans une rage folle. On a vraiment affaire à deux poids lourds, deux monstres sacrés, au sommet de leur forme, qui prennent un immense plaisir à jouer ensemble, à respecter le texte et Tommy Lee Jones metteur en scène partage la même ferveur. Son travail est simple, jamais intrusif, clair, dépouillé. J’ai appris incidemment que Nicolas Saada avait voulu monter la pièce en France.

Lequel Nicolas Saada vient de m’envoyer le test comparatif entre la version VCI de REIGN OF TERROR, ce chef d’œuvre d’Anthony Mann et celle que vient de sortir Columbia sous le titre THE BLACK BOOK :

THE BLACK BOOK versus REIGN OF TERROR

 

Who says this blog is afraid to answer the tough questions, to boldly tackle the really burning issues of the day ?

To wit : Given that VCI Entertainment issued a not-all-that bad DVD version of Anthony Mann’s delightful French Revolution pop-noir 1948 Reign of Terror AKA The Black Book, is the new version of the Mann film recently released by the burn-on-demand Sony subsidiary Columbia Classics worth a look, let alone an investment of 20 bucks or thereabouts?

Well, we’ve delved into the question and the answer is, HELL YEAH.

The relative enthusiasm with which the VCI release was met with back in 2008 was of course relative to the fact that prior video iterations of the film looked like sock puppet theater, on account of their being quasi-bootlegs of the title which had fallen into the slough of despond known as public domain. The VCI version was made from undeniably soft materials, but transferred with care. If the magnificent chiaroscuros concocted by Mann and his most crucial collaborator, cinematographer John Alton, were clearly not all that they could be, well, they were enough to extrapolate from. Given the state of affairs concerning the film’s provenance and such, DVD Beaver reviewers Gregory Meshman and Gary W. Tooze said of the release, « This may be as good as it gets. »

This was of course before the burn-on-demand DVD marketing scheme got going. My suspicion is that some cinephile at Sony knew that the studio had some very superior materials in the vault, and that the only way to get them released would be through just such a corporate sidebar as was pioneered by the Warner Archive. Alas, Jeanine Basinger’s otherwise quite thorough Mann biography doesn’t go into how Reign of Terror got its name changed to The Black Book, but I suspect it was retitled after the independent low-budget production was picked up for distribution by Columbia.

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avr
19

Les USA et Criterion rendent un hommage à un cinéaste francais majeur, Jean Grémillon, avec ce coffret. L’oeuvre de Grémillon était jusqu’à ces derniers mois, peu diffusée en DVD. Il y avait une fort belle édition de REMORQUES chez MK2, dans une fort belle copie et L’ÉTRANGE MADAME X chez René Chateau. Ces derniers mois, Gaumont a sorti DAINAH LA METISSE et L’AMOUR D’UNE FEMME, deux films majeurs. Mais en regroupant les trois films tournés sous l’Occupation, Criterion accomplit un travail éditorial très en avance sur la France.

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avr
10

LECTURES

Tout d’abord plusieurs livres que j’ai adorés, le GENE KELLY d’Alain Masson, indispensable pour tous les amateurs de comédies musicales.
Le revigorant CETTE OBSCURE ENVIE DE PERDRE À GAUCHE de Jean-Philippe Domecq (à qui on doit l’essentiel LA FIN DE ROBESPIERRE) : le décryptage de la manière dont Al Gore et Jospin ont perdu vous empoigne et vous met la rage au cœur. Ralph Nader, en rêvant d’une écologie plus maximaliste que celle d’Al Gore, a remis les clés du pouvoir à Bush qui a napalmé l’écologie.
Enfin, j’ai acheté WARLOCK, roman qu’on dit remarquable et qui a inspiré L’HOMME AUX COLTS D’OR.

  

FILMS ITALIENS

Critérion, dans sa collection Eclipse, vient de sortir un coffret consacré à Raffaello Matarazzo qui comprend quatre de ses mélodrames des années 40/50 : CHAINS(le Mensonge d’une mère), TORMENTO (Bannie du Foyer), NOBODY’S CHILDREN (le Fils de Personne) et THE WHITE ANGEL. Les titres donnent le ton de ces films qu’il faut avoir vu. Matarazzo dont Freda vantait l’intelligence, croit dans son matériau et le transcende à force de sincérité. Il ne joue jamais au plus malin, accepte les conventions, les affronte et en triomphe. Le couple Amedeo Nazzari-Yvonne Sanson tient la vedette dans nombre de ses films y compris dans un titre qui ne figure pas dans ce coffret et qui adaptait Alphonse de Lamartine.
D’autres films de Matarrazo sont disponibles sur Amazon Italie : L’AVVENTURIERA DEL PIANO DI SOPRA avec Vittorio de Sica (sous-titres français) dont le scénario fut co écrit par Riccardo Freda ; LA SCHIAVA DEL PECCATO (sous-titres italiens) avec Silvana Pampanini ; L’INTRUSA (sous-titres français) avec Amedeo Nazzari et Léa Padovani ; SONO STATO IO avec Eduardo, Peppino et Titina de Filippo (sous-titres italiens), casting unique ; JOE IL ROSSO ; GIU IL SIPARIO (sous-titres italiens). Ces derniers titres semblent être des farces qui marquent sa première période entre TRENO POPOLARE et les mélodrames.

J’ai aussi obtenu un film de Cottafavi qui m’avait été signalé par des cinéphiles intervenant sur le blog. Il s’agit de UNA DONNA HA UCCISO (sous-titres anglais).

Livraison très riche de SND. Et d’abord un chef d’œuvre, CASANOVA, UN ADOLESCENT À VENISE de Luigi Comencini. Admirable film historique, l’un des plus beaux, des plus profonds, des plus inspirés de la décennie. On est plongé au milieu de l’époque, on est projeté parmi les personnages. On ne regarde jamais de loin. On capte l’âme de l’époque. La première partie confronte Casanova enfant à la violence de son époque, à la corruption, à la mort. La découverte d’un cadavre est une séquence inoubliable. On retrouve toute l’attention que Comencini porte à l’enfance qu’il filme comme personne. Et je renvoie à cet autre chef d’œuvres qu’est L’INCOMPRIS. La seconde partie évoque un Casanova adolescent qui découvre l’amour, les traîtrises, les désillusions, le libertinage. Comencini nous parle de l’érosion, de la perte de l’innocence. Grandiose composition de Lionel Stander qui avait fuit les Etats-Unis après sa déposition percutante devant la Commission des Activités anti-américaines.

Quelques Dino Risi épatants comme LA CARRIÈRE D’UNE FEMME DE CHAMBRE, un des meilleurs, des plus décapants. Et deux œuvres dramatiques : DERNIER AMOUR, variation sur la FIN DU JOUR, qui m’avait touché à l’époque (l’interprétation de Tognazzi, admirable en acteur vieillissant, la beauté d’Ornella Mutti) ; ÂMES PERDUES, fable noire et rêveuse, plus mélancolique, très bien jouée par Deneuve et Gassman avec un dénouement un peu trop téléphoné. LE SEXE FOU est plus inégal mais deux ou trois moments sont irrésistibles.

J’ai adoré revoir METELLO, peut être le chef d’oeuvre de Bolognini (quel beau double programme avec les CAMARADES de Monicelli). Cette défense du syndicalisme est filmée avec un raffinement, un gout, une somptuosité visuelle qui, pourtant, n’étouffent pas l’émotion. Premiers plans inoubliables : dans le petit matin, un homme sort de prison et va retrouver sa femme et son enfant. La couleur des murs, la grâce inspirée de la photo, l’intelligence des cadres, tout cela retrouve l’inspiration lyrique du meilleur Zola, de Dabit, Charles Louis Philippe. Et il y a évidemment Ottavia Piccolo, formidable en ouvrière amoureuse, réservée et pourtant fière, qui va triompher de sa rivale (la très belle et très sensuelle Tina Aumont). Beau personnage de femme, finalement plus forte, plus droite que son mari. Et Florence, filmée avec amour.

Dans ROGOPAG, je passerai sur les deux premiers sketches qui m’ont indifféré pour m’arrêter sur celui de Pasolini, La Ricotta qui est une vraie réussite. On y retrouve le regard acéré, lucide, jamais hautain de cet amateur de paradoxe et de vérité. Qui savait débusquer la seconde derrière le premier. Conte cruel et compatissant qui met à nu les rapports de pouvoir (intellectuel, social), épingle les comportements odieux. Le récit est constamment ironique (comment se nourrir en se faisant passer pour un saint, comment vendre un chien aussi abusif que sa maîtresse). Sous le regard narquois d’un Orson Welles qui récite – hélas doublé en italien – du Pasolini. A ne pas manquer.

  

J’ai enfin découvert SPLENDOR d’Ettore Scola dans le magnifique Blu-ray sorti et restauré par Gaumont en même temps que QUELLE HEURE EST-IL ?, toujours de Scola (que je vais revoir), et ET VOGUE LE NAVIRE qui m’avait touché. SPLENDOR, qui avait été occulté par CINEMA PARADISO, m’a enchanté. C’est un hommage émouvant, chaleureux au cinéma qui a marqué Scola, depuis « les roues dentées de Metropolis » (Beau monologue du petit garçon face caméra), les chefs d’œuvres du néo réalisme, célébrés déjà dans NOUS NOUS SOMMES TANT AIMÉS, jusqu’à des œuvres plus récentes. Une variété de personnages pittoresques ou touchants déambulent au hasard du récit et sont traités par Scola avec un grand sens de l’hospitalité : le projectionniste obsessionnel qui fait louer des films qui se ramassent, le critique communiste qui avoue avoir avalé des couleuvres et finit par se recycler à la télé, le libraire amoureux du cinéma et de Marina Vlady, qui laisse ouverte sa librairie : « Qui volerait un livre dans cette ville ? ». On aperçoit au début Simon Mizrahi, ami cher qui fit tant pour le cinéma italien, en directeur de troupe odieux. Il y a un moment formidable qui concrétise le talent de Scola : le cinéma est vide et le projectionniste se retrouve sur la place. A la terrasse du café des dizaines de consommateurs, vautrés, somnolent. « Vous seriez mieux au cinéma », leur dit le projectionniste. On lui rétorque que la télé présente plein de films et l’un des buveurs cite une douzaine de titres. « Lequel vous allez voir ? » – « Aucun », lui répond son interlocuteur. Echange admirable qui résume tout un état de jachère mentale où l’on est déjà gavé face à l’offre, sans qu’il soit besoin de consommer.

 

ADDITIF KAURISMAKI

Dans le coffret KAURISMAKI, je voudrais signaler CALAMARI UNION, film étrange et formidable où tous les protagonistes s’appellent Frank. Ils tentent de traverser une ville (Helsinki), abîmée par les crottes de chien et dans cette odyssée calquée sur RED RIVER, meurent l’un après l’autre. Au passage, dans un café, on récite intégralement et en français le poème de Jacques Prévert : « il est terrible le petit bruit de l’oeuf dur… ».

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