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	<title>DVDBlog, par Bertrand Tavernier</title>
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		<title>Chefs d&#8217;œuvre britanniques et américains</title>
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		<pubDate>Thu, 02 May 2013 13:58:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[FILMS ANGLAIS Studio Canal vient de sortir plusieurs chefs d’œuvres britanniques : LE MUR DU SON de David Lean, chronique sobre, précise, plus sombre, plus noire qu’on aurait pu l’attendre des efforts des pilotes pour franchir le mur du son. Aucun triomphalisme, aucune exaltation nationaliste mais au contraire et cela jusque dans les rapports de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span style="color: #ff0000;">FILMS ANGLAIS</span></h4>
<p>Studio Canal vient de sortir plusieurs chefs d’œuvres britanniques : <strong>LE MUR DU SON</strong> de David Lean, chronique sobre, précise, plus sombre, plus noire qu’on aurait pu l’attendre des efforts des pilotes pour franchir le mur du son. Aucun triomphalisme, aucune exaltation nationaliste mais au contraire et cela jusque dans les rapports de couple, une mélancolie, une certaine dureté dans le ton, dureté retenue, intérieure qui culmine dans le personnage d’industriel, de dirigeant que joue avec une modernité, une profondeur stupéfiante Ralph Richardson. Je pense que ce film fut la véritable inspiration de THE RIGHT STUFF / L&#8217;ÉTOFFE DES HÉROS de Kaufman.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/lemurduson.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1986" title="le mur du son" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/lemurduson.jpg" alt="" width="146" height="250" /></a></p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/mortapprivoisee.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="la mort apprivoisee" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/mortapprivoisee.jpg" alt="" width="146" height="250" /></a>Tout aussi sombre, tout aussi noir (le héros qui se tue dans l’alcool va retrouver le gout de vivre grace à une femme) est <strong>LA MORT APPRIVOISÉE (THE SMALL BACK ROOM)</strong> de Michael Powell et Emeric Pressburger et cela même visuellement. Il y a un ton nocturne qui s’impose dès les premiers plans. Powell, comme dans UN CONTE DE CANTERBURY, n’hésite à filmer ses acteurs dans une quasi obscurité, impose des décors claustrophobiques. Le scénario développe une double trame : un petit groupe de savants tente de neutraliser des nouvelles bombes, ancêtres des mines anti personnelles, que les allemands ont largué sur les plages et qui tuent des civils et aussi de mettre au point un nouveau canon. Ce qui nous vaut une hilarante et si actuelle visite d’un ministre – Robert Morley – qui ne s’intéresse qu’à un taille crayon et une machine à calculer. Les séquences de désamorçage, de déminage, admirablement filmées, avec une attention aux bruits, un refus du commentaire musical des plus modernes, ont certainement influencé Kathryn Bigelow pour DEMINEURS. Powell utilise le son avec une grande audace : une discussion dans une sorte de sous sol est ponctuée du martèlement des pas des gens qui marchent au dessus d’eux et que l’on devine à travers un plafond en verre non translucide. Deux extraordinaires cauchemars expressionnistes trouent le récit  qui est aussi une magnifique et vibrante histoire d’amour, avec comme toujours une personnage de femme, jouée par la magnifique Kathleen Byron,  extrêmement fort. A voir d’urgence.</p>
<p>Je veux revenir sur <strong>THE FALLEN IDOL (PREMIÈRE DÉSILLUSION)</strong>, chef d’œuvre de Carol Reed, chez Tamasa. Pour pointer toutes les excellentes idées d’adaptation de Reed qui transforma le manoir de la nouvelle de Greene en une ambassade désertée pendant un long week-end – décor de rêve fabuleux pour un enfant -, développa le personnage de Ralph Richardson dont l’interprétation géniale mérite tous les qualificatifs. Souligner la manière dont Reed filme le décor, alternant les points de vue (bien sur il privilégie celui de l’enfant, d’où ces courtes focales où la camera est très basse) et l’intègre, le soude aux émotions des personnages. Il annonce là les recherches formelles du Losey de THE SERVANT mais de manière moins théorique.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/fallenidol.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1988" title="fallenidol" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/fallenidol.jpg" alt="" width="197" height="250" /></a>   <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/SarabandforDeadLovers.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1989" title="SarabandforDeadLovers" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/SarabandforDeadLovers.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a></p>
<p><strong>SARABAND FOR DEAD LOVERS</strong> souffre d’une réputation exécrable et fut l’un des plus gros bides d’Ealing. Quand on le voit, on comprend pourquoi. Le scénario d’Alexandre Mackendrick qui fait penser à celui du film danois, A ROYAL AFFAIR, privilégie un ton cynique, tranchant, met l’accent surtout sur les personnages égoïstes, calculateurs. Il n’y a pratiquement pas de scènes d’amour, de moments vraiment intimes, émotionnels, entre les amants Stewart Granger et Joan Greenwood. Leurs rapports sont relégués à la portion congrue. On s’étonne même face à cette pénurie émotionnelle qu’on ait pu croire que cette histoire pouvait être commerciale. Cela dit, plusieurs séquences sont bien menées, celles qui mettent en scène des personnage odieux, les scènes d’actions finales sont fort belles visuellement. D’ailleurs c’est la beauté visuelle qui retient l’attention tout au long même si la photo du talentueux Douglas Slocombe est moins inventive, moderne avec les bougies, les lampes à huile que celle de Leon Shamroy dans AMBRE.</p>
<p><strong>THE INFORMERS</strong> de Ken Annakin est une fort plaisante surprise surtout quand on a vu beaucoup d’autres films très anonymes de Ken Annakin. Là, le découpage est vif, nerveux, avec une grande importance donnée aux extérieurs londoniens. Comme le dit Nicolas Saada qui me fit découvrir ce film et le compare justement avec l’excellent NEVER LET GO de John Guillermin : « Il y a des symétries entre les récits de NEVER LET GO et de THE INFORMERS (sorti en France sous le titre L&#8217;INDIC). L&#8217;idée d&#8217;un gangster qui contrôle tout dans l&#8217;ombre, et du sous fifre ultra violent. Le crime qui vient s&#8217;inviter dans le fonctionnement tranquille de la vie de famille. Le combat singulier et violent entre le héros et le &laquo;&nbsp;méchant&nbsp;&raquo;. Puis le film dialogue aussi avec NOOSE de Gréville et THE CRIMINAL. Franchement, je suis emballé par ce polar. Le rythme, le jeu des acteurs, les astuces de scénario. Vraiment chouette ».</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/theinformers.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1990" title="theinformers" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/theinformers.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/TheSpanishGardener.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1991" title="TheSpanishGardener" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/TheSpanishGardener.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a></p>
<p><strong>THE SPANISH GARDENER</strong> est une chronique psychologique, située en Espagne. Un père,  veuf ultra strict, coincé émotionnellement, frustré et amer qu’on ne reconnaisse pas ses mérites et qu’on lui préfère toujours ses collègues quand il s’agit de promotion, tente d’élever son jeune fils. Mais il ne le comprend pas et le jeune garçon va se réfugier auprès du jardinier que joue, sans l’ombre d’un accent Dirk Bogarde (ce qui est finalement intelligent car un accent aurait encore renforcé ce choix de distribution délirant). Une fois admis ce postulat (le public n’était pas très exigeant), il faut reconnaître que Bogarde est excellent tout comme son jeune partenaire, le remarquable Jon Whiteley, l’un des meilleurs acteurs enfant, avec qui il joua déjà dans l’excellent RAPT (HUNTED) et qui est inoubliable dans MOONFLEET. Le film est assez prévisible et académique mais reste touchant et l’interprétation de Michael Hordern d’une grande intériorité. C’est ce personnage qui finalement, est le plus captivant.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">UN VRAI FILM INDÉPENDANT</span></h4>
<p>Saluons la ressortie en zone 1 du chaleureux, cocasse, touchant <strong>BELIZAIRE THE CAJUN</strong>, écrit et dirigé par Glen Pitre, qui décrit les problèmes, le racisme, l’oppression dont souffraient les Cajuns voici plusieurs décennies, en Louisiane. Bélizaire, chanteur, séducteur, guérisseur, survivant est très bien interprété par Armand Assante (il faut le voir mégoter sur le nombre de chapelets qu’il doit dire comme pénitence), la jolie Gail Youngs, avec une apparition de Robert Duvall, l’un des parrains du film. C’est l’une des évocations les plus justes de l’histoire, de la culture cajun qui fut si souvent persécutée.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/belizaire.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1992" title="belizaire" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/belizaire.jpg" alt="" width="171" height="250" /></a></p>
<h4><span style="color: #ff0000;">CHEF D’ŒUVRE AMÉRICAIN</span></h4>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/waittillthesun.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1993" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="wait till the sun shines, nellie" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/waittillthesun.jpg" alt="" width="174" height="250" /></a>WAIT &#8216;TILL THE SUN SHINES, NELLIE</strong> d’Henry King est un film sidérant, une chronique de l&#8217;Amérique rurale finalement très sombre, aussi bien dramatiquement que visuellement (les pièces sont très peu éclairées avec ici et là une lampe à huile et Leon Shamroy prend des risques incroyables, filme les acteurs à contre jour ou dans une demi obscurité, accentuée par le tirage du dvd) Et le scénario d&#8217;Alan Scott, auteur semi black listé, (aussi noir que celui de PRIMROSE PATH)  tirée d’un livre dont mon ami Pierre Rissient me dit qu’il fut écrit par quelqu’un qui travailla avec Brecht, joue sur les erreurs psychologiques, les faux pas, les cachotteries de nombreux personnages dont le héros. C&#8217;est une chronique truffée de morts, d&#8217;échecs, de ruptures. Tout le passage avec les gangsters est vraiment surprenant.  En 35mm, j&#8217;avais été stupéfait par l&#8217;audace innovatrice de la photo. C&#8217;est un des seuls films de l&#8217;époque (avec FOREVER AMBER, toujours Shamroy) où l&#8217;éclairage des lampes à huile parait juste Mais le tirage du DVD est médiocre, trop sombre et laisse le visage des protagonistes dans le noir total, ce que Shamroy n’aurait jamais fait. Mon ami Dave Kehr me dit que Fox Archive sabote souvent ses tirages, sort des films scope en format tronqué (un comble pour ce Studio qui imposa le Cinemascope.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">WESTERNS</span></h4>
<p>J&#8217;ai enfin vu <strong>WELCOME TO HARD TIMES</strong> que je ne connaissais pas et j’ai revu AMBUSH. Le premier est surprenant, original, avec une incroyable première bobine où l’on voit un tueur muet, Aldo Ray saccager une ville, violer des femmes et tuer quelques personnes, sans dire un mot. Mais le film devient théorique et statique. J&#8217;ajouterai  qu&#8217;une direction d&#8217;acteur peu rigoureuse augment la confusion. Janice Rule qui s&#8217;essaie à un accent irlandais des plus fabriqués, surjoue et Fonda est gâché.<br />
Quant à <strong>AMBUSH</strong>, c’est vrai que la scène d’ouverture est digne de Mann, que les deux séquences de bataille sont très réussies, à la fois violentes, confuses et utilisant au mieux l&#8217;espace (seconde équipe ?). Mais le scénario patine et reste conventionnel tout comme la mise en scène. Le plan final où Taylor et Arlène Dahl regardent très longuement le drapeau américain est ridicule.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/welcometohardtimes2.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1999" title="welcometohardtimes2" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/welcometohardtimes2.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/ambush.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1995" title="ambush" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/ambush.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a></p>
<h4><span style="color: #ff0000;">A THUNDER OF DRUMS</span></h4>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/thunderofdrums.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-2000" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px; border: 1px solid black;" title="thunderofdrums" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/thunderofdrums.jpg" alt="" width="147" height="250" /></a>A THUNDER OF DRUMS</strong> vient de sortir en Warner Archive. Par moment &#8211; le début, la deuxième partie &#8211; c&#8217;est presque aussi bien que FORT MASSACRE. Le scénario de James Warner Bellah malgré des détails documentaires originaux (l’odeur des cadavres qu’on découvre), des partis pris originaux ((pendant la première  partie l&#8217;action est confinée dans le fort) et surtout un beau personnage d&#8217;officier désabusé auquel Richard Boone, magnifique, épuré,  donne une vraie épaisseur tragique, est relativement routinier, avec une intrigue sentimentale faible, convenue, des personnages trop typés. Les défauts de Bellah sans Nugent et Ford apparaissent clairement. D&#8217;autant que les jeunes acteurs &#8211; Luana Patten, George Hamilton &#8211; sont médiocres et platounets. Mais les extérieurs dans la dernière partie, l&#8217;attente de l&#8217;attaque, la mort d&#8217;Arthur O&#8217;Connel, sont à porter au crédit de Newman tout comme la séquence d&#8217;ouverture (le massacre d’une famille vue par une petite fille) ou la suggestion renforce la brutalité. Charles Bronson joue, c’est à noter, un soldat bavard, obsédé sexuel. Il a même une réplique qui n’a pas son équivalent dans le genre, quand il indique à la fin d’une bataille, une crète : « ils ont du cacher leurs squaw là bas, je vais faire un tour », faisant sentir qu’il y a du viol dans l’air. Moment stupéfiant, terrible et sans doute juste.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/cordura.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2001" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="cordura" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/cordura.jpg" alt="" width="172" height="250" /></a>J&#8217;ai revu <strong>THEY CAME TO CORDURA</strong> avec davantage d&#8217;intérêt. Certes le scénario statique après une belle scène de bataille, une charge totalement idiote et couteuse en vies humaines, abonde en discussions qui paraissent souvent abstraites, théoriques, fastidieuses et figent la dramaturgie qui n&#8217;est pas palpitante. Mais il se dégage du film une noirceur (tous les &laquo;&nbsp;héros&nbsp;&raquo; choisis par Gary Cooper &#8211; trop âgé pour le rôle &#8211; font assaut de veulerie, de machisme et révèlent de nombreuses zones d&#8217;ombre), une culpabilité sourde. Un acte de lâcheté fait il de vous un lâche ? Certains moments semblent renvoyer directement à la conduite de Rossen durant la chasse aux sorcières comme s&#8217;il voulait s&#8217;excuser de sa conduite. Et charger tous les « héros ». Mais ce qui est le plus réussi, c&#8217;est la qualité d&#8217;une interprétation chorale où personne ne fait de numéro, ne cherche à voler la vedette. Au contraire, tous, de Van Heflin à Tab Hunter (eh oui) en passant par une émouvante Rita Hayworth, se fondent dans le groupe, dans les plans souvent très larges.</p>
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		<title>Cinéastes français en coffret et sélection d&#8217;ouvrages</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Apr 2013 14:48:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
				<category><![CDATA[DVD]]></category>
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		<description><![CDATA[FILMS FRANÇAIS Je n’avais jamais vu BOARDING GATE d&#8217;Olivier Assayas que j’ai trouvé nerveux, incisif, tranchant surtout dans les deux premiers tiers&#8230; Un ton qui annonce déjà CARLOS. Et j’ai découvert que le film traitait déjà en fait du meurtre du banquier Stern, en changeant les noms. Lors de la sortie du film avec Laetitia [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span style="color: #ff0000;">FILMS FRANÇAIS</span></h4>
<p>Je n’avais jamais vu <strong>BOARDING GATE</strong> d&#8217;Olivier Assayas que j’ai trouvé nerveux, incisif, tranchant surtout dans les deux premiers tiers&#8230; Un ton qui annonce déjà CARLOS. Et j’ai découvert que le film traitait déjà en fait du meurtre du banquier Stern, en changeant les noms. Lors de la sortie du film avec Laetitia Casta (qui est mille fois moins convaincante, originale, sexy qu’Asia Argento), je n’ai pas souvenir qu’on l’ait rappelé.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/boardinggate.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1961" title="Boarding Gate" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/boardinggate.jpg" alt="" width="151" height="250" /></a></p>
<p>J’avais oublié de signaler la sortie en DVD normal et en Blu-ray, du <strong>coffret consacré à MAX LINDER</strong>. C’est de la part de Maud Linder une œuvre d’amour et de passion. Redécouvrons Max Linder.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/maxlinder.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1962" title="coffret Max Linder" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/maxlinder.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/raymondbernard.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1963" title="coffret Raymond Bernard" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/raymondbernard.jpg" alt="" width="161" height="250" /></a></p>
<p><strong>Très beau coffret chez Gaumont consacré à Raymond Bernard</strong> et à ses films muets. A voir de préférence au MIRACLE DES LOUPS, le passionnant JOUEUR D’ÉCHECS. Ces deux films adaptent des livres de Henri Dupuy Mazuel et on peut y admirer Charles Dullin qui campera un Thénardier définitif dans LES MISÉRABLES.<br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/coupable.jpg"><img class="size-full wp-image-1968 alignright" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="coupable" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/coupable.jpg" alt="" width="145" height="250" /></a>Il faut découvrir quel grand metteur en scène était Raymond Bernard. Il suffit pour s’en convaincre de voir <strong>LE COUPABLE</strong> (éditions René Château) mélodrame adapté de François Coppée par Bernard Zimmer qui flirte avec les situations les plus convenues, les plus lacrymales. Et pourtant, pendant une bonne partie du film, Raymond Bernard évite, transcende, domine bien des pièges même si l’on peu regretter des notations un peu lourdes (l’arrivée en patin de feutre de Pierre Blanchar et son père chez Marguerite Moreno). Plusieurs notations assez âpres sur les agiotages, trafics financiers auxquels on se livrait à l’arrière. Interprétation émouvante et mesurée de Madeleine Ozeray (ses amies fleuristes sonnent aussi très moderne, notamment Palmyre Levasseur). Une scène à elle seule justifie la vision du film, celle où Marguerite Moreno, devenue aveugle, force sa domestiques qui cueille des fraises, à chanter « Je suis chrétien » pour être sûre qu’elle n’en mange pas durant la cueillette. Moment digne de Buñuel. Pierre Blanchar assez sobre et sincère dans la première partie retrouve, hélas, toute sa grandiloquence dans la séquence solennelle, guindée, du procès où il doit requérir contre son fils. Là Raymond Bernard est vaincu par le scénario, le dialogue, les situations impossibles et prévisibles. Mais avant, il avait réussi une étonnante séquence de meurtre d’un usurier, dans l’obscurité qui ne déparerait pas des classiques du film noir. Paul Vecchiali qui est trop sévère avec LE COUPABLE, délire sur ANNE MARIE (jamais vu) et FAUBOURG MONTMARTRE. J’adorerais revoir ce dernier film qui m’avait marqué et dont je n’ai qu’une VHS.</p>
<p>Je profite de l’occasion pour reparler d’un autre très grand cinéaste,  <strong>Maurice Tourneur</strong>. Pathé a sorti un coffret qui comprend plusieurs films essentiels comme le remarquable et si moderne AU NOM DE LA LOI, JUSTIN DE MARSEILLE, LES GAITÉS DE L’ESCADRON avec les merveilleuses scènes en couleur. Copies très bien restaurées.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/coffretTourneur.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1969" title="coffretTourneur" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/coffretTourneur.jpg" alt="" width="154" height="250" /></a></p>
<p>Continuons l’exploration du cinéma français avec <strong>LE CHEMIN DES ÉCOLIERS</strong> que j’ai vu sur la suggestion d’un des participants au blog, Bruno François Boucher. Je m’étais toujours refusé à voir cette œuvre, ayant en mémoire les éreintements qu’elle avait subies. On avait utilisé des adjectifs très forts (ignoble, abject). Eh bien, c’est Bruno François Boucher qui a raison. Il s’agit du meilleur film de Michel Boisrond (avec peut être LA LEÇON PARTICULIÈRE), très supérieur à CETTE SACRÉE GAMINE et C’EST ARRIVÉ À ADEN, défendus tous deux dans Arts par la jeune critique qui rangeait Boisrond dans les espoirs aux cotés de Claude Boissol. Eh bien le film vaut beaucoup mieux que sa réputation. Ce fut une vraie et plaisante surprise, après un début tâtonnant et un peu mou. Par la suite, le scénario, beaucoup moins âpre, cocasse, virulent que celui de la TRAVERSÉE DE PARIS est bien, sobrement, légèrement écrit par Jean Aurenche et Pierre Bost (on rêve en pensant aux adjectifs qu’on lui avait accolé), sachant s’effacer derrière les personnages, sans les juger à priori. Et la majorité de ces personnages sont des êtres qui ne pensent qu’à survivre et certains qu’à s’enrichir, avec une insouciance parfois criminelle. C’est leur maladresse qui les sauve. Delon et Brialy sont un poil trop âgés mais leur justesse, leur charisme compense ce handicap. Et surtout, Bourvil, qui tente de ne pas se compromettre et qui a des réflexes humains, est magnifique de légèreté, de subtilité. Le couple qu’il forme avec Paulette Dubost est traité avec une tendre ironie. Ses scènes au bureau, avec son chef assez dégueulasse, celles, remarquables, avec Lino Ventura (dans un personnage plutôt noir qui fait penser à celui des AMANTS DE MONTPARNASSE, sorti en Blu-ray) et Sandra Milo, offrent des nuances, des changements de ton, de registre qu’on devrait étudier au Conservatoire et qui font défaut à bien des comiques modernes. La mise en scène de Boisrond est classique mais assez fluide, plus hospitalière, moins rigide que certains Lara de la dernière période (pas LES PATATES) et cette souplesse semble donner une vraie liberté aux comédiens (Mondy, Paulette Dubost sont excellents dans des seconds rôles).</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/chemindesecoliers.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1970" title="chemindesecoliers" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/chemindesecoliers.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/florenceestfolle.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1971" title="florenceestfolle" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/florenceestfolle.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a></p>
<p>J’avais été séduit, toujours dans la collection rouge de Gaumont, par L&#8217;INÉVITABLE MONSIEUR DUBOIS de Pierre Billon. <strong>FLORENCE EST FOLLE</strong> tente d’appliquer les mêmes recettes et réussit pendant une bobine à décrire un couple bourgeois, avec une femme très coincée qui mène son mari magistrat à la baguette. Mais le scénario, auquel ont collaboré Jean Sacha (CET HOMME EST DANGEREUX, à rappeler) et Alex Joffé (LES ASSASSINS DU DIMANCHE), devient trop arbitraire et perd toute crédibilité quand Annie Ducaux après un accident de voiture, se prend pour une chanteuse espagnole.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">DEUX MOLINARO</span></h4>
<p><strong>ARSÈNE LUPIN CONTRE ARSÈNE LUPIN</strong> témoigne de multiples recherches visuelles : ouvertures à l’iris, accélérés, cadrages insolites surtout en scope noir et blanc (deux personnage dont on ne voit que le chapeau devisent), rythme rapide. Les dialogues de George Neveux sont parfois savoureux (« N’appelez pas la police. Chez moi, j’en ai possédé une. Je sais ce que cela vaut », lance une princesse Mittel Europa), Michel Vitold et Henri Garcin sont de plaisants méchants (qui possèdent un peu trop facilement les deux Lupin) et Françoise Dorléac porte à ravir les chapeaux cloche. Mais Jean Le Poulain surjoue horriblement et le film trop technique, n’accroche pas. Ni Brialy, ni Cassel ne sont convaincants.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/gangdesotages.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1972" title="gangdesotages" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/gangdesotages.jpg" alt="" width="179" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/arsenelupin.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1973" title="arsenelupin" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/arsenelupin.jpg" alt="" width="179" height="250" /></a></p>
<p><strong>LE GANG DES OTAGES</strong>, écrit par Alphonse Boudard, photographié par Raoul Coutard, est plus ambitieux : cette chronique sèche, dépouillée, jamais sentimentale, raconte l’équipée de deux malfrats aidés par une ancienne prostituée. D’avoir choisi Bulle Ogier (que l’on voit plutôt déshabillée dans deux scènes) pour jouer ce personnage, qui devient de plus en plus dur au fur et à mesure de l’histoire, est une des bonnes idées dont on doit créditer Molinaro. De même que le choix de certains acteurs (Maurice Barrier, Daniel Cauchy, porteur du projet,  Gilles Segal). D’autres sont plus convenus (Germaine Delbaz). La narration qui encadre une partie du film et joue sur un interrogatoire se déroulant dans le dernier tiers, est adroite bien que les échanges off paraissent un peu systématiques. Et surtout, j’ai eu du mal à m’intéresser à ces personnages, aux deux hommes surtout : ce malfrat qui attaque des femmes, cet autre qui dépouille des prostituées me semblent des petits truands misérables, que rien ne rachète (ce qui peut aussi être porté à l’actif du film, mais on voudrait alors plus d’engagement humain de la part du cinéaste qui reste un observateur détaché). Je ne sens aucun engrenage et, sans doute, ce n’était pas ce que recherchaient les auteurs, juste une chronique sèche mais dont les protagonistes me sont indifférents. Le dernier quart aurait pu être plus tendu, plus à vif mais Molinaro le traite avec une sécheresse elliptique. Musique assez bonne mais trop courte, trop peu élaborée de Michel Legrand.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">LIVRES ET ADAPTATIONS</span></h4>
<p>Saluons tout d’abord la parution du livre de Thomas Cullinan, <strong>LES PROIES</strong> (avec une préface de Jean-Baptiste Thoret), d&#8217;où est tiré le très beau film de  Don Siegel (bonne occasion de citer à nouveau ce film). On va pouvoir juger sur pièces le travail d’adaptation d’Albert Maltz, lequel avait retiré son nom à cause d’une ou deux modifications que Siegel et Eastwood avaient fait subir à son scénario.  Voilà une bonne nouvelle qui complète la parution du passionnant WARLOCK (d’où était tiré L’HOMME AUX COLTS D’OR) et de l’excellent TRUE GRIT de Charles Portis qui donna lieu à deux adaptations dont on a beaucoup parlé sur ce blog.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/lesproies.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1974" title="lesproies" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/lesproies.jpg" alt="" width="184" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/borzage.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1975" title="borzage" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2013/03/borzage.jpg" alt="" width="153" height="250" /></a></p>
<p>Et puis un peu d’autopromotion. Nous venons de republier dans notre collection Institut Lumière/Actes Sud, l’indispensable ouvrage d’Hervé Dumont sur Frank Borzage : <strong>FRANK BORZAGE, UN ROMANTIQUE À HOLLYWOOD</strong>. Étude très documentée, très chaleureuse qui éclaire de manière fraternelle les grands chefs d’œuvre de ce cinéaste si personnel. On a pu revoir ses films muets géniaux grâce à Carlotta mais Dumont analyse aussi certains des grands titres parlants, MAN’S CASTLE, THE MORTAL STORM, HISTORY IS MADE AT NIGHT, MOONRISE, souvent ignorés par les éditeurs DVD. Raison de plus pour lire ce livre.</p>
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		<title>Films plus récents</title>
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		<pubDate>Mon, 18 Feb 2013 10:18:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>TOUT EST ILLUMINÉ (EVERYTHING IS ILLUMINATED)</strong> tentative héroïque, valeureuse, estimable de Liev Schreiber (et un peu condamnée d&#8217;avance) d&#8217;adapter le brillant roman de Jonathan Safran Foer dont la narration comprend trois ou quatre niveaux littéraires : le récit du héros, le récit et le journal du guide qui le pilote en Ukraine et ne parle pas bien du tout anglais ce qui donne une prose hilarante, les lettres postérieures du guide au héros et ses réponses. Admirable moment dans le livre que la demande du héros d&#8217;avoir un plat végétarien dans une auberge ukrainienne. Le sens, le concept même du mot échappe à ces paysans qui ne mangent que des saucisses. Et aussi le grand père antisémite dont le chien se nomme Sammy Davis Jr et qui découvre avec horreur et incrédulité que Sammy Davis est juif. Interprétation très marrante d’Eugene Hütz dans le rôle du guide.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/51DW45H495L.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1915" title="51DW45H495L" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/51DW45H495L.jpg" alt="" width="171" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/quills.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1916" title="quills" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/quills.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a></p>
<p><strong>QUILLS, la Plume et le Sang</strong> de Philip Kaufman traite des derniers jours du Marquis de Sade, de ses efforts pour écrire malgré l’emprisonnement, pour monter des pièces avec la complicité de l’Abbé Coulmiers (ce qui est exact), tels que les revisite, prenant un peu moins d’égards avec l’Histoire que Sade n’en prend avec le personnage de Kate Winslet, le dramaturge Doug Wright qui adapte ici sa pièce, mélange de farce noire à la Audiberti, de satire caustique du puritanisme et de plaidoyer pour la liberté d’expression. Inutile de se formaliser devant les « erreurs historiques » (Sade ne s’est jamais fait couper la langue et Wright confond le Royer Collard doctrinaire avec son frère médecin qui, lui, défendit le Marquis), on nous prévient d’emblée que le ton ne vise pas le réalisme ni la vraisemblance. Il n’est que de penser à Madeleine, cette lingère qui apprécie tellement les écrits les plus sulfureux de Sade qu’elle les propage en cachette pour qu’ils soient édités, tout cela sans perdre sa virginité, et que l’interprétation gracieuse et inspirée de Kate Winslet (avec un léger accent cockney) parvient à rendre plausible, touchante, au point d’en faire l’un des atouts du film. C’est un régal que de l’entendre dire du Sade, la voir jouer avec un Geoffrey Rush qui s’est passionné pour son personnage, affrontant tous les défis physiques et émotionnels, ne cherchant jamais la sympathie. Tous deux flirtent avec les difficultés, les équivoques, les évitent brillamment, tout comme Michael Caine, toujours impeccable en puritain rétrograde, qui soigne les perversions par la violence et ne voit pas que sa très jeune femme le cocufie. Kaufman, brillant directeur d’acteur, déclara à de nombreuses reprises qu’il s’était inspiré de Kenneth Star, le procureur qui poursuivit Clinton. C’est d’ailleurs là où le bât blesse.  Kaufman et Wright transforment le Marquis en un martyr de la liberté d’expression, une victime de la censure (même s’ils ne cachent pas ses vices) et leur film lorgne vers le LARRY FLINT de Forman. Leur Sade est beaucoup moins philosophe que celui que joua Daniel Auteuil sous la direction talentueuse de Benoît Jacquot. Toute une partie du personnage passe un peu à l’as ou n’est évoquée qu’à travers quelques répliques brillantes ou audacieuses même si le réalisateur rajoute, pour aérer le récit, une séquence d’introduction assez lourde qui évoque les ravages de la Terreur, avec des cadrages signifiants, et que Sade regarde par la fenêtre comme s’il était le prophète ou le produit de cette barbarie. C’est d’ailleurs quand Kaufman essaie de faire cinéma qu’il est le moins convaincant.</p>
<p><strong>SHATTERED GLASS (LE MYSTIFICATEUR)</strong><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/mystif.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1917" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="mystif" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/mystif.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a>Chronique d’un scandale qui secoua en 1998 The New Republic, un hebdomadaire de prestige (« le plus brillant et le plus impudent, » disait Vanity Fair), progressiste, de centre gauche et qui pourtant soutint Reagan et les deux guerres du Golfe et du coup toute la presse américaine « sérieuse ». On découvrit que l’un des jeunes prodiges de la rédaction âgé de 25 ans (la moyenne d’âge était de 26), Stephen Glass, avait totalement bidonné, inventé au moins 27 reportages sur 41. En s’attaquant pour son premier film, 5 ans après, à un tel sujet, ce qui fait preuve d’une grande ambition, le scénariste réalisateur Billy Ray réussit l’un des meilleurs films sur le journalisme, l’un des plus intelligents et des mieux joués. Le biais qu’il a choisi lui permet d’éviter les thèmes les plus ressassés par le cinéma (soumission de la presse devant le pouvoir, corruption, engagement démocratique ou réactionnaire) pour s’attacher à l’éthique, au fondement du travail journalistique : fiabilité des sources, qualité du travail d’investigation. Comme disait Bob Woodward : « le principal ennemi du journaliste, ce n’est pas son rédacteur en chef ni la censure, c’est l’information ». Stephen Glass prenant le contrepied de cet adage, décide de la forger, de l’inventer de toutes pièces. « Le journalisme, c’est l’art de saisir un comportement », dit-il à des élèves, dans la première scène, réplique qui prend peu à peu son vrai sens au fur et à mesure de la progression dramatique. Il a en effet « saisi » un comportement, le sien, l’a modelé en véritable acteur pour pouvoir imposer ses fables, ses mensonges. Il a aussi senti ce que désiraient ses supérieurs et leur a donné ce qu’ils voulaient entendre, ce qui élargit le propos (le film fait juste l’impasse sur la détestation de Michael Kelly, le premier rédacteur en chef, envers Clinton mais capture néanmoins ce climat de mensonges qui imprégnait la politique américaine de l’époque). Le choix d’Hayden Christensen pour interpréter Glass, se révèle très intelligent, très payant. Quand sa candeur naïve et onctueuse, son humilité feinte, la sympathie qu’il dégage, qui dérangent au début mais expliquent son succès, commence à se fissurer, un vrai sentiment tragique s’installe. Et son personnage devient à la fois gluant et vulnérable, notamment dans toutes les séquences remarquables qui l’opposent à un formidable et subtil Peter Sarsgaard qui joue Chuck Lane,  le rédacteur qui le démasque. Toute l’interprétation est d’ailleurs de premier ordre avec de nombreux contre emplois : Chloë Sevigny, parfaite rédactrice, Rosario Dawson à qui on ne demande pas d’exhiber sa sexualité, Hank Azaria.  Billy Ray a su créer, avec toute une série de scènes se déroulant dans des bureaux, une tension dramatique plus forte que dans beaucoup de thrillers, de films d’action contemporains. Après ce coup d’éclat trop méconnu en France, Billy Ray a réalisé BREACH (AGENT DOUBLE),  passionnant film d’espionnage (basé sur une histoire vraie), magnifiquement joué par le génial Chris Cooper (en espion bigot, cassant, obsédé sexuel qui se révèle une des plus grands traîtres de l’histoire américaine) qui évoque l’univers de Graham Greene, dans ses implications morales qui sont proches du premier film. Il est redevenu scénariste notamment de CAPTAIN PHILLIPS, le dernier Paul Greengrass sur les pirates Somaliens. A noter qu’après la sortie du film, plusieurs scandales similaires ébranlèrent certains quotidiens, notamment le New York Times, donnant raison à Billy Ray.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/cequejesaisdelle.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1918" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="cequejesaisd'elle" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/cequejesaisdelle.jpg" alt="" width="154" height="250" /></a>Je reviens sur un des grands films méconnus de la décennie précédente : <strong>CE QUE JE SAIS D’ELLE… D’ UN SIMPLE REGARD (THINGS YOU CAN TELL JUST BY LOOKING AT HER)</strong>. Ecrit et réalisé par Rodrigo Garcia, ancien chef opérateur et fils de Garcia Marques (Cameron Diaz lit Cent ans de Solitude en braille). Un des rares, comme le disait Jacques Lourcelles, où la maîtrise de la réalisation était à la hauteur de l’ambition du sujet. 5 destins de femmes, toutes très différentes mais que relient l’obsession, la peur de la solitude et la manière dont elles leur font face, les blessures, les violences qu’elles ont subi : le film consacre une place importante au handicap (Cameron Diaz est aveugle, la mère de Glenn Close impotente et la scène où elle la baigne est unique dans le cinéma américain, Kathy Baker s’éprend d’un nain), à la maladie sans oublier l’avortement. Aucune de ces femmes n’est mariée même si deux d’entre elles vivent en couple. 5 récits qui parfois se répondent, s’interpénètrent, s’éclairent l’un l’autre. Certains personnages apparaissent dans deux épisodes, le Dr Keener (Glenn Close) que l’on retrouve dans Fantasies about Rebecca, Christine Taylor (Calista Flockhart) liseuse de tarot  avec le Dr Keener essaye d’aider son amante atteinte de cancer (Valeria Golino), Rose (Kathy Baker)  est le pivot émotionnel du remarquable et original Someone for Rose mais on la voit aussi dans Fantasies about Rebecca. Outre l’audace inhabituelle du propos (les œuvres qui consacrent une si grande place aux femmes ne sont pas légion à Hollywood dans ces années-là), la sophistication narrative non exempte d’humour nous vaut plusieurs bonheurs intenses. La brusque irruption dans un autre récit d’un personnage, qu’on a associé avec d’autres protagonistes, d’autres péripéties, provoque à deux ou trois reprises un vrai choc émotionnel et en même temps un vrai plaisir. Tout comme ce plan mémorable, dans l’épisode très gonflé où Kathy Baker freine brusquement et tend le bras bien au dessus de la tête du passager, le nain dont elle tombée amoureuse. Ce geste provoque un instant de gêne inoubliable, qui brave le politiquement correct. Ou, dans un registre plus dramatique, ce très long plan en travelling arrière sur Holly Hunter qui vient de subir un avortement et se retrouve seule, à la sortie de la clinique. Son copain l’a laissé tomber et elle marche dans la rue. Rodrigo Garcia, visiblement amoureux de ses actrices, laisse tourner la caméra, refuse de couper et nous prend le cœur. Magnifique interprétation chorale (qui regroupe certaines des meilleures actrices du moment) avec une mention particulière à Glenn Close, Cameron Diaz, si économe, si profonde en aveugle qui finit par élucider un crime, mieux que sa sœur officier de police, Kathy Bates (dans un personnage moins bien écrit), Kathy Baker.  La MGM  garda cette œuvre si personnelle un an dans ses tiroirs avant de le diffuser sur le câble, puis dans quelques salles et au cinéma et enfin, à l’étranger.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/chavauchée.jpg"><img class="size-full wp-image-1919 alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="chavauchée" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/chavauchée.jpg" alt="" width="150" height="250" /></a>CHEVAUCHÉE AVEC LE DIABLE</strong> (zone 2, bonus médiocres) de Ang Lee a été une de mes grandes découvertes récentes. Il s’agit d’une adaptation fidèle du très beau livre de Daniel Woodrell, l’auteur d’Un Hiver de Glace (Rivages) qui avait donné WINTER’S BONE. Voilà deux livres qu’il faut lire (et les autres Woodrell aussi qui se passent dans les Ozarks). Le scénariste James Schamus (qui écrivit le remarquable ICE STORM de Lee) reprend la plupart des remarquables dialogues du bouquin.<br />
CHEVAUCHÉE AVEC LE DIABLE montre une guerre de Sécession que je n’ai jamais vue. Et pourtant Dieu sait si on a tourné de nombreux films. Une guerre sans grandes batailles, sans généraux. Une guerre faite par des fermiers qui vont s’en prendre à un voisin, à quelqu’un qui habite près de chez eux. On massacre, on égorge des gens avec qui on a peut être été élevé, avec qui on a grandi. Ou des inconnus qu’on croise sur la route et qui se trouvent au mauvais endroit au mauvais moment. C’est une guérilla atroce, sans repères religieux ou moraux (on est sécessionniste ou on est unioniste), plus proche des guerres de gang que de la tactique militaire. Qui se déroule dans des sous bois où l’ennemi peut surgir n’importe où. Presque tous les personnages sont très jeunes et on est bouleversé quand Tobey Maguire se coupe les cheveux et répond à quelqu’un qui lui dit : «  comme cela te rajeunit, tu as l’air d’avoir 21 ans » : « j’en ai 19 ». Ou quand il dit à Jewel Kilcher (admirable de justesse historique) qui lui demande s’il a fait l’amour : « j’ai tué 15 hommes ». Les rapports avec tous ces jeunes, avec Holt, l’esclave noir de Georges, sont étonnants de justesse, de vie, d’émotion. Personne ne fait déguisé, tous les personnages, les rapports sociaux, la manière dont ils vivent ce moment, sont confondants de justesse. Tout paraît neuf, juste, en particulier le sac de Lawrence Kansas par Quantrill qui a donné lieu à tant de films et qu’on découvre ici pour la première fois (seul léger bémol, la chevauchée vers Lawrence, avec tous les « bushwackers » qui se saoulent, est plus forte dans le livre, le film ne montrant que quelques buveurs). On est pris, passionné, de bout en bout et saisi d’admiration devant l’ambition du projet. Très belle photo et magnifiques extérieurs. A découvrir absolument.</p>
<p><strong>TRAFFIC</strong><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/trafic.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1920" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="trafic" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/trafic.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>Deux policiers mexicains saisissent un camion transportant de la drogue à destination des Etats-Unis, arrêtent ses conducteurs mais se font subtiliser leur butin et les prisonniers par une unité de paramilitaires commandés par un général. Cette séquence d’ouverture filmée sans aucun apprêt, avec du grain, caméra à la main, donne le ton de TRAFFIC. Les personnages &#8211; et avec eux le spectateur &#8211; semblent toujours marcher sur un terrain glissant, mouvant où il est difficile de se raccrocher à la moindre certitude. Celles du personnage de Michael Douglas sont balayées en deux minutes, à la fois par Seth, le jeune étudiant qui a entraîné sa fille dans la drogue et par le dealer de cette dernière. Les films sur la drogue prennent souvent un angle (la répression, la dépendance), abordent un aspect de la question. Dans cette œuvre polyphonique où quatre histoires (cinq si on fait des subdivisions) se répondent, s’entrecoupent, chacune traitée visuellement de manière différente,  Soderbergh (qui me déclara avoir vu plusieurs fois L 627) et son scénariste Stephen Gaghan (qui réalisa le très intéressant et complexe SYRIANA, zone 2) mettent autant l’accent sur la partie policière que sur les répercussions intimes, humaines, les conséquences sociales, économiques, politiques générées par le narco-trafic. Et leur propos, dans son pessimisme précis, chiffres et faits accablants à l’appui, et synthétique, n’a pas pris une ride, bien au contraire. Tout ce qu’ils montrent (ravages causés par la corruption, milices privées, puissance financière colossale des narco-trafiquants, sottise de certaines mesures) semble encore plus actuel après ces dernières années de guerre contre la drogue, à la lueur des dernières statistiques : 20 à 25 milliards de dollars dépensés chaque année par le gouvernement fédéral, 55 000 morts au Mexique entre 2006 et 2011 sans compter les syndicalistes, les journalistes, 40% d’étudiants américains qui se droguent (+30% en 20 ans). La méconnaissance du terrain, dans TRAFFIC, dont font preuve les autorités américaines dès qu’il s’agit d’un pays étranger, sonne hélas juste et renvoie aussi bien à l’Irak qu’au Vietnam. La stupéfaction de Michael Douglas face à la réaction ahurie de leur allié, le général Salazar (inspiré par le  général Gutiérrez Rebollo qui fut condamné à 70 ans de prison), devant l’idée d’une politique de soins, fait penser à celle de  Robert McNamara, écoutant à Saigon, un toast du général Ky, vantant les mérites d’Hitler. TRAFFIC bat aussi en brèche certains des principes fondateurs du cinéma américain, dont celui d’identification : nombre de personnages restent dans une zone grise, entre deux camps, quand ils n’en changent pas tout à coup (cf l’évolution de Catherine Zeta-Jones). Il n’y a pas de début, ni de vraie fin,  aucune vraie résolution. Ni de solution. Tout est laissé ouvert, de manière plus européenne qu’américaine : un des principaux trafiquants est libéré, Michael Douglas abandonne le combat, la situation mexicaine est au point mort. Quelques petites victoires, ici et là, quotidiennes, individuelles : un stade est éclairé, un micro est mis sous une table, un père et sa fille se retrouvent. Film brillant, inspiré, magnifiquement joué dans les registres les plus différents de Benicio Del Toro à Don Cheadle en passant par Catherine Zeta-Jones, enceinte avant le début du film, ce que Soderbergh, très intelligemment, intégra dans le récit, renforçant l’originalité de son personnage. Qui évite les clichés, les figures imposées du genre, visuelles ou scénaristiques : les cadrages ne sont pas dramatisés (plongées, courtes focales renvoyant au film noir), la caméra est plus le plus souvent comme immergée au milieu d’une action, qu’elle semble attraper par hasard, sans la juger. On peut juste regretter, concession à la dictature de l’intrigue, que le personnage de Douglas soit le Monsieur anti-drogue et non pas seulement un des responsables importants de la lutte, ce qui rend certaines péripéties un peu trop symboliques. Pêché véniel au regard des vertus du film.</p>
<p><strong>MAN ON THE MOON</strong><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/manonthemoon.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1921" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="manonthemoon" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/manonthemoon.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>Milos Forman, cet exilé, ce déraciné, était fasciné, dans ses films tchèques, par tout ce qui déréglait l’ordre établi, les conventions sociales. Arrivé en Amérique, il a immédiatement été attiré par les individus qui nagent à contre courant, tous ceux qui  veulent survivre ou réussir en dehors ou contre le système, qui en font apparaître les contradictions, quitte à se piéger eux mêmes : des hippies de TAKING OFF  à LARRY FLINT, du faux malade qui préfère l’asile à la guerre du Vietnam à Andy Kaufman, les films de Forman sont peuplés de marginaux, d’excentriques souvent manipulateurs,  en fait des hommes de spectacle qui mettent autant en scène leur vie que leur œuvre, quitte à en payer le prix (la solitude, l’infirmité, l’enfermement). Il trouve en Andy Kaufman, un héros selon son cœur. Qui nous déclare, dans un préambule en noir et blanc, qu’il a coupé tout ce qui n’allait pas dans le film et qu’il est donc déjà terminé. Manière déjà de nous dire qu’il s’agit surtout d’un film sur la création et non une biographie (l’enfance, les racines, sont expédiées en une séquence). Sur un comique décalé, obsessionnel (comme Howard Hughes, il passe son temps à se désinfecter les mains dès qu’il touche quelque chose ou quelqu’un), un véritable collage ambulant de toute une culture populaire, à la limite de l’autisme, hanté par le désir de toujours surprendre. Il semble incapable d’établir la moindre barrière entre la vie et ses délires créatifs. Toujours en guerre contre son public, contre lui même, il n’hésite pas à blesser des amis, des proches, à cogner sur des partenaires, à détruire les inserts publicitaires, à insulter la chaîne qui le produit. Il n’a rien à dire de spécial (et ce qu’on voit de son « special show » paraît assez pauvre), sa contestation ultime consistant à perturber le déroulement de l’image pendant 10 secondes pour faire croire que le poste est cassé. Et là, il se heurte au système qui ne veut pas que les spectateurs quittent leur poste, ne serait ce que pour taper sur un téléviseur (il avait déjà offensé un propriétaire de club pour qui un spectateur qui sort, est un consommateur de moins). Pour Andy, tout ce qui est comique (pour lui, pas pour les autres) ne prête pas à conséquence. On le voit dans les hilarantes séquences de lutte (où il rencontre d’ailleurs sa compagne, Courtney Love, impeccable mais on fait trop l’impasse sur ce qui les attire l’un vers l’autre) insulter les femmes (« elles ont des qualités pour faire la vaisselle, le ménage, la cuisine »), le Sud, le public, incorporant dans ce processus sa propre auto-critique comme une autre forme de fiction. Jim Carrey est l’acteur rêvé pour ce genre de personnage. Il nous regarde comme s’il était sorti d’un poste de télévision, nous rend complice de ses divagations jusqu’à son dernier sourire, quand il découvre le « truc » des médecins philippins.</p>
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		<title>Cinéma américain</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jan 2013 09:38:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[DOCUMENTAIRE Vu deux épisodes du requiem en 4 actes de Spike Lee, WHEN THE LEVEES BROKE, documentaire passionné, très émouvant et plus ouvert, moins de parti pris qu&#8217;on aurait pu le craindre. Il évoque les rumeurs parlant d&#8217;explosions qui auraient fait sauter les digues, des interventions qui ont privilégié les habitants riches mais relativise ces [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span style="color: #ff0000;"><strong>DOCUMENTAIRE</strong></span><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/whentheleveesbroke.jpg"><img class="size-full wp-image-1883 alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="whentheleveesbroke" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/whentheleveesbroke.jpg" alt="" width="192" height="250" /></a>Vu deux épisodes du requiem en 4 actes de Spike Lee, <strong>WHEN THE LEVEES BROKE</strong>, documentaire passionné, très émouvant et plus ouvert, moins de parti pris qu&#8217;on aurait pu le craindre. Il évoque les rumeurs parlant d&#8217;explosions qui auraient fait sauter les digues, des interventions qui ont privilégié les habitants riches mais relativise ces propos, fait entendre des opinions opposées et attaque surtout une imprévoyance criminelle, une gabegie honteuse, une politique fédérale catastrophique. Certaines digues ne furent jamais terminées, leur revêtement n&#8217;était pas du tout solide, Bush fit des coupes sombres dans le corps des ingénieurs, dans les agences chargées de réagir à des catastrophes qui furent confiées à des sympathisants politiques sans expérience : il accuse directement la FEMA d&#8217;avoir été incapable de distribuer de l&#8217;eau. On voit Sean Penn en train de sauver des habitants et le film rend hommage aux garde-côtes qui ont fait un travail extraordinaire. Très belle musique de Terence Blanchard (le CD qu&#8217;il en a tiré, A KATRINA REQUIEM, est magnifique). Ce grand documentaire est un compliment indispensable à l&#8217;épatante série TREME où l&#8217;on voyait John Goodman s&#8217;adresser via internet, à George Bush, lui demandant de faire en sorte, vœux modeste, que les USA parviennent à faire presque aussi bien, question digues, que la Hollande.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>FILMS AMÉRICAINS CLASSIQUES</strong></span><br />
Revu <strong>LA NUIT DE TOUS LES MYSTÈRES</strong> de William Castle encore plus nanardesque et mal joué que dans mon souvenir. Le scénario empile les coïncidences, les impossibilités (la dernière pendaison) et le dernier tiers déçoit épouvantablement, ramenant tout à une sombre et banale histoire d&#8217;adultère.<br />
Parmi les classiques de la RKO que sortent les Editions Montparnasse, j’ai envie de distinguer <strong>CORNERED (PRIS AU PIÈGE)</strong> de Dmytryk très curieux film anti-nazi, <strong>HOLIDAY AFFAIR (UN MARIAGE COMPLIQUÉ)</strong> de Don Hartman, gentille comédie de Noël, ultra-classique et sentimentale mais qui est regardable pour quelques touches  heureuses et surtout l&#8217;interprétation de Mitchum et Janet Leigh qui jouent superbement bien ensemble. Les deux derniers plans sont inventifs et beaux. Et Wendell Corey est aussi très bien. J&#8217;ai découvert que Don Hartman, dans le livre de Scott, fut un des opposants les plus violents à DeMille.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lanuitdetouslesmysteres.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1884" title="lanuitdetouslesmysteres" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lanuitdetouslesmysteres.jpg" alt="" width="146" height="250" /> </a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/prisaupiege.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1885" title="prisaupiege" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/prisaupiege.jpg" alt="" width="173" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/mariagecompliqué.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1886" title="mariagecompliqué" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/mariagecompliqué.jpg" alt="" width="174" height="250" /></a><strong></strong></p>
<p style="text-align: left;"><strong>FIVE (QUELS SERONT LES CINQ ?)</strong> est un des très bons Farrow, un de ceux où il impose assez rapidement son style : plans longs avec des mouvements d’appareil inventifs et compliqués, utilisation du hors champ. Le scénario est co-écrit par Dalton Trumbo et je renvoie au long passage que nous lui consacrons dans 50 ANS DE CINÉMA AMÉRICAIN. Parmi les titres à découvrir, citons <strong>THE HALF NAKED TRUTH</strong>, improbable histoire d&#8217;escroquerie, menée à cent à l&#8217;heure par Gregory La Cava, où un impresario veut faire passer une danseuse de fête foraine pour la Princesse Exotica (sic). Mais Lee Tracy fait presque tout passer, avec son débit rapide, son assurance indémontable, sa capacité à sortir et à encaisser des rafales de vannes. Il faut voir son absence de réaction quand on lui annonce que sa copine veut encore l&#8217;assassiner. Frank Morgan est impayable en producteur déprimé, dépassé, ronchon qui signe un contrat en disant : &laquo;&nbsp;c&#8217;est du vol pur et simple&nbsp;&raquo;. Franklin Pangborn a un moment grandiose tout comme Eugène Pallete qui s&#8217;étonne qu&#8217;on le regarde de manière étrange après que Tracy ait  sans doute écrit, sans le lui dire, eunuque comme profession sur sa fiche d&#8217;hôtel (La Cava évite judicieusement l&#8217;insert et procède par suggestion). Nous avions raison de signaler le moment désopilant où Frank Morgan se heurte dès qu&#8217;il ouvre un tiroir, une boîte, un livre, à une photo compromettante le montrant en train de faire avaler une olive à Lupe Velez.<br />
En revanche <strong>TWO O’CLOCK COURAGE</strong> d’Anthony Mann est, en dehors du beau premier plan, banal et platounet. Surtout que cela lorgne vers la comédie.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/five.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1890" title="five" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/five.jpg" alt="" width="166" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/halfnakedtruth.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1891" title="halfnakedtruth" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/halfnakedtruth.jpg" alt="" width="167" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/twooclockcourage.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1892 aligncenter" title="twooclockcourage" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/twooclockcourage.jpg" alt="" width="165" height="250" /></a></p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lostcontinent.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1895" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="lostcontinent" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lostcontinent.jpg" alt="" width="155" height="250" /></a>Découvert aussi, grâce à Artus films, un Sam Newfield plus visible que d&#8217;habitude : <strong>LOST CONTINENT</strong> produit par Lippert. Un budget plus conséquent et un certain rythme rendent la première partie visible surtout par rapport à la nullité des autres Newfield. Quand les héros arrivent dans le Continent Perdu, l&#8217;image devient brusquement verdâtre, teinte curieuse, pas très agréable à regarder (est ce qu&#8217;il n&#8217;y avait pas des recherches similaires dans THE JUNGLE et est ce que les films n&#8217;ont pas été tournés dans les mêmes décors ?). Newfield utilise pas mal ses décors de rochers et le sol qui se fissure à la fin est pittoresque mais les monstres sont nullissimes et leur animation fait rire un enfant de quatre ans. Belle réplique d&#8217;un personnage : &laquo;&nbsp;Oh, un brontosaure&nbsp;&raquo;. Détail curieux, le savant russe dont on croit qu&#8217;il travaille pour l&#8217;ennemi est un hareng rouge. Sa famille a été exterminée dans les camps et il subit toujours la même suspicion aux USA.<br />
Revu <strong>THE VIRGIN QUEEN (LA REINE VIERGE, Zone 2)</strong> : quelques moments marrants bien écrits par Harry Brown où s&#8217;amuse Bette Davis mais des décors épuisants à force de conventions, une photo qui privilégie abusivement le rouge (dans les films sur la Renaissance, les Anglais sont en rouge, les Français en bleu et les Espagnols en noir). La mise en scène de Koster est à la fois studieuse et inerte.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>WESTERNS ET FILMS NOIRS</strong></span><br />
<strong>WAY OF A GAUCHO</strong> de Jacques Tourneur (LE GAUCHO, zone 1 et 2) mérite qu’on loue la beauté, l&#8217;élégance formelle (que finalement ne perturbent que quelques raccords en studio visiblement demandés par la production &#8211; Zanuck ou autres &#8211; pour souligner un sentiment filmé en plan large ou moyen et tournés après coup) auxquelles s&#8217;ajoute une grâce, une mélancolie, une intériorité tout à fait personnelle. La tension ne baisse sporadiquement que dans le dernier quart et, même là, il y a des séquences éblouissantes : tout ce qui se déroule autour de la cathédrale, l&#8217;arrivée des soldats, la course de Gene Tierney à la recherche de Rory Calhoun. Là, le mélange des couleurs (la robe, le châle  de Tierney, les costumes des figurants, des soldats, la lumière sur les murs, la profondeur des couloirs, tout concourt à une prodigieuse symphonie visuelle. Admirable gros plan de Gene Tierney allongée dans la nuit, avec l&#8217;ombre des feuilles sur le visage. Et un contrechamp sur Rory Calhoun sur fond de ciel qui la regarde. Le meilleur du film quant à la dramaturgie réside dans les rapports entre le héros et l&#8217;officier que joue superbement Richard Boone à qui Tourneur a demandé de parler bas, sans haine ni colère. Cette retenue donne une force, une ambiguïté extraordinaire à son personnage et sauve la toute fin qui aurait pu être moralisatrice.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/wayofagaucho.jpg">                             <img class="size-full wp-image-1897" title="wayofagaucho" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/wayofagaucho.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/thebigcountryBR.jpg"><img class="size-full wp-image-1898 alignnone" title="thebigcountryBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/thebigcountryBR.jpg" alt="" width="191" height="250" /></a></p>
<p>Dans <strong>THE BIG COUNTRY (LES GRANDS ESPACES)</strong> de Wyler, le point faible reste un scénario de James Lee Barret et Sy Bartlett trop long, finalement très traditionnel, aux péripéties attendues et aux personnages archétypaux même si Peck, Jean Simmons, Charles Bickford (qui a joué dix fois ce personnage) et Burl Ives leur donnent pas mal d&#8217;épaisseur. La mise en scène, en revanche, est plus surprenante notamment par le grand nombre, par l’importance des plans larges, ce qui n’était pas si courant. Des scènes sont essentiellement filmées en plans très larges sans qu&#8217;on passe à un cadre plus serré. Bien sûr, tout cela illustre le titre du film (et la phrase de dialogue : « c’est un grand pays ») mais produit, sur un grand écran, un effet spectaculaire : l&#8217;arrivée de la diligence et la découverte de la petite ville, l&#8217;attaque du hameau où s&#8217;entassent les Hennessey, les chevauchées, le combat final dans le canyon (décor ultra spectaculaire), tout cela ne manque pas de grandeur, témoigne d&#8217;un vrai sens de l&#8217;espace (belle photo de Robert Planck). Wyler est aussi efficace quand il filme la mort de Burl Ives que la bagarre très vantée (et souvent cadrée de loin) entre Heston et Peck qui comprend une bonne réplique :&nbsp;&raquo; Vos adieux durent vraiment longtemps&nbsp;&raquo; dit Heston, épuisé.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/trooperhook.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1896" title="trooperhook" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/trooperhook.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>TROOPER HOOK</strong> (zone 1 sans sous-titres) devrait passionner tous les nombreux amateurs qui analysent, se passionnent, s’affrontent autour du VENT DE LA PLAINE et surtout de L’HOMME SAUVAGE. Le film de Charles Marquis Warren présente beaucoup de similitudes avec le Mulligan. Là encore (comme dans des Ford et des magnifiques nouvelles de Dorothy Johnson qu’avait publiées Joelle Losfeld), il s’agit d’une femme (Barbara Stanwyck) qui a été capturée par les Indiens, délivrée par la cavalerie et qu’on ramène chez elle, avec son fils qui est aussi celui du chef Nachez (Rodolfo Acosta). C’est Hook (Joel McCrea) qui se charge de la mission. Sur la route, elle va rencontrer une hostilité constante, voire de la haine de la part des Blancs qui l’humilient et veulent même la tuer. Ou tuer l’enfant. Rarement film a dépeint aussi longuement cette hostilité, cette violence.  A laquelle n’échappent qu’un jeune homme, une vieille femme mexicaine et sa fille. Les premiers plans du film – l’exécution de soldats cernés par les Indiens puis l’incendie du camp indien – sont saisissants. Et le scénario est riche en détails originaux : quand on demande à Stanwyck pourquoi elle a les cheveux courts, elle répond : « les poux ». Mais la mise en scène est parfois étrangement maladroite, les cadres soudainement plats (alors qu’il y a de très beaux plans de descente de colline à cheval dans les rochers) et l’interprétation, sauf les deux vedettes et Earl Holliman, laisse à désirer. Susan Kohner est moins bien que chez Daves, Edward Andrews surjoue horriblement et le petit garçon n’est pas terrible. Néanmoins le film possède un ton spécial, personnel même si Charles Marquis Warren n’en signe pas le scénario comme dans LITTLE BIG HORN et ARROWHEAD.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>ARNOLD LAVEN</strong></span><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/withoutwarning.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1906" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="withoutwarning" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/withoutwarning.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a>Nous étions un peu injuste quand nous le qualifions de lanterne rouge d’Hollywood. En effet, Laven a été, au moins une fois, un des premiers à aborder un thème, celui du tueur en série, en l’occurrence de jeunes femmes, avec sa première réalisation, <strong>WITHOUT WARNING</strong> (zone 1), petit film noir entièrement tourné en extérieurs dans un Los Angeles avec des autoroutes encore en construction et où les collines, les canyons ne sont pas encore entièrement urbanisés. Tout ce qui concerne le tueur, un jeune homme « normal», avec un visage poupin, qui travaille dans l’horticulture, retient l’attention, servi par le jeu dépouillé, moderne d’Adam Williams au physique vaguement brandoesque : les premiers plans et la découverte du premier cadavre dans un motel, ses errances nocturnes dans les rues, sa manière de draguer dans un bar, sa réaction quant il est surpris par un flic alors qu’il vient juste de tuer une femme dans une voiture, sous une autoroute. La poursuite, à pied, qui suit, sur et autour de cette autoroute vide, est une des meilleures séquences du film, bien photographiée et cadrée par Joseph Biroc qui est aussi inspiré par une course dans le marché aux légumes. Williams  dégage, sans effet, un vrai sentiment de menace qui rattrape le jeu un peu raide de certaines de ses partenaires dont le physique sonne juste et peu hollywoodien  En regard de ces moments que ponctue une musique parfois heureuse de Herschell Burke Gilbert, les séquences d’enquête avec l’inévitable voix off paraissent ternes et appliquées mais on échappe à toute tentative d’explication ou de justification. Laven dit s’être inspiré de HE WALKED BY NIGHT et d’un film avec Joan Bennett. WITHOUT WARNING sortit, coïncidence curieuse, le même jour que THE SNIPER.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/compagnonsdelagloire.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1907" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="compagnonsdelagloire" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/compagnonsdelagloire.jpg" alt="" width="145" height="250" /></a>De Laven, j&#8217;ai revu <strong>THE GLORY GUYS (LES COMPAGNONS DE LA GLOIRE,  zone 2)</strong> et ce qu&#8217;on en dit dans 50 ANS DE CINÉMA AMÉRICAIN est juste. Si on voulait approfondir la critique, on pourrait ajouter que cette nouvelle variation sur la bataille de Little Big Horn n&#8217;ajoute rien de nouveau. Il y a quelques faits qui sont paraît-il justes : l&#8217;attaque prématurée, la recherche de l&#8217;eau, le portrait de Custer rebaptisé McCabe qu&#8217;incarne Andrew Duggan reste terne, conventionnel. Le scénario conventionnel de Peckinpah en fait un militaire orgueilleux et borné, à la recherche de la gloire mais sans cette arrogance dont faisait preuve Fonda, sans ce mépris pour les Indiens. Il ne le montre pas comme ce sociopathe obsédé de taxidermie et détenant le record des désertions dont nous parlait James Lee Burke ni cet officier courageux mais dévoré par l&#8217;ambition qu&#8217;évoque Ernest Haycox dans son beau roman, Bugles in the Afternoon, qui attaque volontairement un jour trop tôt. Le film ne tient pas compte des polémiques qui opposent les historiens qui chargent le Major Reno et Benteen (Tom Tryon dans THE GLORY GUYS) pour exonérer Custer (Laven et Peckinpah impliquent que McCabe, par ressentiment, envoie Harrod dans un piège) et ceux qui continuent à voir en lui le responsable de la plus grande défaite de la cavalerie américaine. Tout ceci est survolé et les auteurs préfèrent s&#8217;intéresser à la rivalité des deux héros qui se disputent Senta berger. Restent non seulement les éblouissants travellings dus à James Wong Howe durant les chevauchée, mais ses cadres inventifs, sa photo magnifique et cela dès la première séquence : une salle d&#8217;attente dans une gare que Wong Howe, privilégiant les teintes sombres, économisant la lumière, magnifie ce qui donne de la force à la scène. Il joue sur tout ce qui cache une partie de l&#8217;images : des herbes, des rochers, des arbres en extérieurs qui dramatisent le propos. Des meubles, des objets dans les intérieures comme cette porte qui cache la moitié du saloon, mettant en valeur, dans le cadre, à droite, assez loin, une entraineuse que reluquent des soldats de l&#8217;extérieur. La scène de bataille est encore meilleure que dans notre souvenir, ce qui nous fait d&#8217;autant plus regretter une première partie plus rigolarde, plus convenue où l&#8217;on peut distinguer Slim Pickens, toujours juste, et James Caan, le meilleur personnage du film ainsi que la musique de Riz Ortolani.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/threehourstokill.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1908" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="threehourstokill" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/threehourstokill.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>De <strong>THREE HOURS TO KILL</strong> d&#8217;Alfred Werker (zone 1) il n&#8217;y a pas grand chose à dire : la banalité des intérieurs, la photo de Charles Lawton curieusement routinière, les cadrages mécaniques, la bourgade sans aucun caractère qui a déjà servi dans 100 films étouffent ce qui était potentiellement prometteur dans cette histoire de vengeance après un lynchage raté co-écrite par Roy Huggins, Richard Alan Simmons et Maxwell Shane. Il y a ici et là des extérieurs bucoliques (un lac) ou campagnards, une assez bonne bagarre dans des arbustes, la course de la carriole emportant Dana Andrews qui vient d&#8217;échapper à la pendaison avec une corde au cou laquelle corde se bloque à chaque obstacle, que l&#8217;on peut porter au crédit de Werker ainsi que quelques cadrages inhabituels : une danse filmée à travers les instruments. Petite touche curieuse : Donna Reed a un enfant de Dana Andrews avant leur mariage (qui n&#8217;a jamais lieu à cause du lynchage) et ne part pas avec lui à la fin. Je voulais revoir ce film découvert à sa sortie en VF au California et vérifier si ce qu&#8217;on disait de Werker était juste. Le film est très inférieur à THE LAST POSSE  du même Werker qui vient aussi de sortir en zone 1 et qui bénéficie d’un scénario fouillé (construit autour de 3 flash-back), avec des personnages complexes ce qui nous vaut une grandiose interprétation de Broderick Crawford, de Charles Bickford. Sans oublier de magnifiques extérieurs rocailleux, arides, superbement photographiés. L’ouverture du film, le retour de la patrouille est magistrale.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/diplomaticcourrier.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1909" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="diplomaticcourrier" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/diplomaticcourrier.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>DIPLOMATIC COURRIER</strong> (Zone 2 Espagne et 1) est un film brillant, remarquablement bien mis en scène, découpé avec une précision diabolique. Il fallait faire preuve de ces qualités pour triompher des contraintes qui faisait peser la Fox sur la production (sortir le moins possible du studio, tourner le moins possible avec les vedettes en Europe), contraintes dont on se demande si elles n&#8217;ont pas stimulé Hathaway (et même s&#8217;il ne les a pas créées lui même puisqu&#8217;il aimait les défis). Cela explique le tempo ultra-rapide, les raccords virtuoses dans les ouvertures de portes, les sorties de voitures, les escaliers, les couloirs de train, le montage incisif surtout dans les deux premiers tiers qui dégraisse un scénario déjà dépouillé de Casey Robinson d&#8217;après Peter Cheney. Les protagonistes dont Power et Karl Malden n&#8217;arrêtent pas de courir, de traverser à toute vibure des décors, une gare, un champ de ruines, ce qui permet à Hathaway d&#8217;utiliser sans doute des doublures et de se permettre de vraies audaces : une poursuite dans les ruines est filmée en plans très larges qui lui donnent une force insolite. Les scènes de train, de gare, comptent parmi les meilleures du genre et Lucien Ballard s&#8217;en donne à coeur joie dans ces couloirs sujets aux pannes d&#8217;électricité, ces compartiments, ces demeures mal éclairées. Peu de prêchi-prêcha mais un ton plus sec, plus distancié, plus sombre même que dans les habituels films anti-rouges. Le personnage que joue Power ne se bat pas pour une cause mais pour sauver un ami et lui et son chef commettent des erreurs d&#8217;appréciation et le personnage d&#8217;Hildegarde Kneff (on regrette en la voyant dans le film que le cinéma américain n&#8217;ait pas su l&#8217;utiliser) émet des propos pas totalement consensuels pour l&#8217;époque, reprochant à Power de ne pas comprendre, de ne pas réaliser ce qui se passe dans un pays occupé. Apparition non créditée mais efficace de Charles Bronson dans un rôle muet, un peu plus longue de Lee Marvin et Patricia Neal en manteau de fourrure avec son irrésistible sourire.</p>
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		<title>Perles rares et films européens</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Dec 2012 10:28:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Carlotta a eu la formidable idée de sortir un coffret entièrement consacré à un des plus grands cinéastes indien, Guru Dutt avec notamment l’un de ses chefs d’œuvres, <strong>L’ASSOIFFÉ</strong> dont j’ai gardé un souvenir émerveillé. Comme l’écrit Jacques Lourcelles : « Guru Dutt utilise avec habileté les structures traditionnelles du film musical indien (longs passages chantés ponctuant l’action et la commentant, rôles secondaires pittoresques et comiques, identification du spectateur au héros) pour faire une œuvre sincère et originale, autobiographique à plus d’un titre et surtout infiniment plus critique et plus noire que ne l’est habituellement ce type de film. »</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/coffretgurudutt.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1786" title="coffretgurudutt" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/coffretgurudutt.jpg" alt="" width="155" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/despairBR.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1787" title="despairBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/despairBR.jpg" alt="" width="155" height="250" /></a></p>
<p>En même temps sort <strong>DESPAIR</strong>, un Fassbinder qui avait été assez sous estimé et qu’il est bon de revoir.</p>
<p>J’ai adoré revoir deux Risi aussi réussis l’un que l’autre : <strong>DERNIER AMOUR</strong> (dont le titre original est PREMIER AMOUR ; on est dans le syndrome de la traduction qui dit le contraire de l’original, style NO WAY OUT devenant LA PORTE S’OUVRE) et LA CARRIÈRE D&#8217;UNE FEMME DE CHAMBRE qui se bonifient encore avec l’âge. Le premier est une chronique douce amère sur les rapports entre un cabot vieillissant et une jeune domestique qu’il rencontre dans la Maison de Retraite des artistes. Risi évite bien des clichés machistes avec le portrait de cette jeune femme (délicieuse Ornella Muti qui est à croquer) qui n’est ni idéalisée ni méprisée, ni oie blanche, ni garce. Elle est un peu menteuse, aime s’amuser, veut profiter de la vie et le luxe l’ébahit mais elle a aussi des moments, des élans de sincérité, d’affection très touchants. On n’assiste pas à un remake de LA FEMME ET LE PANTIN. Bien au contraire, à la fin, c’est elle qui donne de l’argent à son ancien amant et cette séquences est traitée avec une infinie délicatesse qui contraste avec la colère épouvantable de Tognazzi quelques instants auparavant quand il humilie la jeune femme de manière abominable et en public : dans un studio de télévision, ce qui n’interrompt pas les émissions qui ont l’air catastrophique et surtout dans la rue.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/dernieramour.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1790" title="dernieramour" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/dernieramour.jpg" alt="" width="152" height="250" /></a>   <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/carrirefemmedechambre.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1791" title="carrirefemmedechambre" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/carrirefemmedechambre.jpg" alt="" width="152" height="250" /></a></p>
<p><strong>LA CARRIÈRE D’UNE FEMME DE CHAMBRE</strong> retrace deux décennies de l’histoire italienne avec un grand nombre d’épisodes désopilants. Chaque apparition de Mussolini est fulgurante de grandiloquence creuse, de sottise avec notamment ce plan large où, faune lubrique, on le voit courir après Agostina Belli toute nue. Le fiancé de ladite Agostina est tout aussi mémorable dans sa manière d’accumuler les faux pas, les gaffes. Chaque fois, il se trouve dans un conflit terrible au bout du monde. Ugo Tognazzi brosse, lui, un terrible bossu qui vend tout et tout le monde : les résistants, les juifs, la literie, les pneus, en clamant qu’il est un vrai Aryen. J’aime beaucoup le plan où on le voit croiser un autre bossu dans la rue et tous deux crachent pour conjurer le mauvais sort. Mais la palme revient à un prodigieux Gassman, alter ego de Risi, désopilant en vedette de cinéma nombriliste qui oublie constamment le nom de son interlocuteur. Son apparition durant la fête organisée par l’héroïne pour les Allemands, est inoubliable : totalement ivre, il insulte les nazis, essaie en vain de trouver le nom « du petit type à moustache ». Et sa fin, grandiose fin d’acteur, est toute aussi anthologique.</p>
<p>On va pouvoir redécouvrir De Sica avec la sortie de <strong>LES ENFANTS NOUS REGARDENT</strong>, aussi important pour moi, sinon plus, que LE VOLEUR DE BICYCLETTE et de L’OR DE NAPLES. Je me réjouis déjà à l’idée de revoir une très jeune Sophia Loren, Toto (épisode qui fut parfois coupé) et De Sica en noble ruiné qui se fait pulvériser aux cartes par le fils du portier, dans un sketch grandiose.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lesenfantsnousregardent.jpg">                                                                <img title="lesenfantsnousregardent" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lesenfantsnousregardent.jpg" alt="" width="148" height="250" /></a></p>
<p><strong>MALVEILLANCE</strong> de Jaume Balaguero que sort Wild Side est un film espagnol assez dérangeant, qui met mal à l’aise mais qui vous agrippe. Même si le réalisateur sacrifie aux canons du film gore vers la fin et si le regard posé sur le personnage principal, ce psychopathe solitaire et pervers, peut sembler trop froid et clinique. On pense parfois à PEEPING TOM, ce qui n’est pas un mince compliment. Belle interprétation, sans effets de Luis Tosar, de la très sexy Marta Etura et musique très réussie de Lucas Vidal.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/malveillance.jpg"><img class="size-full wp-image-1794 aligncenter" title="malveillance" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/malveillance.jpg" alt="" width="146" height="250" /></a>    <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/enfantsdebelleviolle.jpg"><img class="aligncenter" title="enfantsdebelleviolle" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/enfantsdebelleviolle.jpg" alt="" width="183" height="250" /></a></p>
<p>Je ne peux que recommander <strong>LES ENFANTS DE BELLEVILLE</strong> de Farhadi même si je n’ai pas eu le temps de le revoir en DVD. En salle, j’avais été une fois de plus, extrêmement ému. Et aussi passionné par tout ce que l’on apprenait de la vie sociale, quotidienne, en Iran.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>FILMS FRANÇAIS</strong></span><br />
<strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/marie-martine.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1803" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="marie-martine" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/marie-martine.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a>MARIE-MARTINE</strong> est un vrai régal à revoir et pas seulement pour la fameuse réplique : « Tiens ta bougie droite » lancé par un Saturnin Fabre péremptoire, misanthrope (faussement ?) qui ne veut pas faire installer l’électricité tant qu’il n’aura pas compris comment cela marche. Toute la séquence, d’ailleurs, est éblouissante, très bien écrite et admirablement jouée par Bernard Blier et Fabre. Il faut dire qu’on sait maintenant que les dialogues ont été écrits par Anouilh et ils sont éblouissants. J’ai été choqué d’ailleurs d’entendre sur France Culture à propos du beau film de Resnais qu’Anouilh était le plus mauvais dramaturge français. C’est une opinion très parisienne, très snob. Certes, des pièces ont vieilli et aussi certaines de ses obsessions qui paraissent fabriquées et répétitives. C’est aussi parfois une question de mise en scène et Anouilh servait mal ses textes qui demandent qu’on prenne des distances pour mettre en valeur leurs élans, leurs beautés. Il y a dans le Resnais des moments de texte éblouissants. Et aussi dans MARIE-MARTINE. Le personnage de Loïc Limousin, spectaculairement  joué par Jules Berry, est dans sa noirceur, son ignominie, l’un des personnages d’écrivain les plus abjects de l’histoire du cinéma. L’un des premières scènes avec Jeanne Fusier Gir est grandiose. Moins célébré, mais tout aussi fort est Jean Debucourt, grand bourgeois qui ne parle pas à son épouse et est prêt à faire endosser le crime de sa fille à quelqu’un d’autre. Il y a du Simenon là-dedans. La structure du film avec cette construction en 3 flash-back qui reculent dans le temps est aussi originale et permet de dissimuler, d’occulter tout ce que l’intrigue a de mélodramatique. Du coup si vous pouvez, revoyez aussi L’ENTRAÎNEUSE d’Albert Valentin qui est de la même veine et plus organiquement émouvant.</p>
<p>Je ne parviens jamais à aller jusqu’au bout des <strong>CASSE-PIEDS</strong> ; c&#8217;est mortel, languissant (la scène de la femme au volant dure dix minutes de trop). Cela devait être démodé déjà à l&#8217;époque malgré les graphiques, les projections, les trucages.<br />
<strong>LES REVOLTÉS DE LOMANACH</strong> (dont l’assistant est Claude Sautet) paraît très kitsch. Les chevauchées sont filmées de manière très molle de même que les scènes de batailles : on voit soit des gens qui chargent au premier plan des ennemis qui sont très loin, soit des ennemis au loin qui font reculer des soldats au premier plan.<br />
<strong>CE JOLI MONDE</strong> de Carlo Rim est plus intéressant et parfois même assez cocasse même si le propos paraît à la longue trop fabriqué et répétitif et qu’Yves Deniaud sonne démodé.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/casse-pieds.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1804" title="casse-pieds" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/casse-pieds.jpg" alt="" width="176" height="250" />  </a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/revoltes-de-lomanach.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1805" title="revoltes de lomanach" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/revoltes-de-lomanach.jpg" alt="" width="174" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/cejolimonde.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1806" title="cejolimonde" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/cejolimonde.jpg" alt="" width="174" height="250" /></a></p>
<p>En revanche, j’ai beaucoup aimé <strong>LE FARCEUR</strong>. Les acteurs d’abord : Georges Wilson, Palau absolument magnifique, Cassel très aérien et Anouk Aimée légère et tendre. Cette famille d’hurluberlus où les anciennes épouses côtoient les petites amies potentielles, où l’on gagne sa vie en posant pour des tableaux vivants historiques, finit par dégager un charme bien servi par les dialogues de Daniel Boulanger. Il y a une chanson désopilante, des pas de danse et des passages plus graves, le tout filmé avec de jolis mouvements de grue par Philippe de Broca. Salut Philippe où que tu sois. Il réussit même à glisser une allusion à la mort de Louis XVI.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lefarceurBR.jpg">                                                            <img title="lefarceurBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/lefarceurBR.jpg" alt="" width="173" height="250" /></a></p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/un-carnet-de-bal.jpg"><img class="size-full wp-image-1809 alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="un carnet de bal" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/un-carnet-de-bal.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a>J’ai été « surpris en bien » par <strong>UN CARNET DE BAL</strong>, en le revoyant. Pas par les épisodes avec Blanchar ou Pierre Richard-Willm qu’on peut survoler. Mais par de nombreux autres moments : le sketch avec Harry Baur, celui très marrant avec Raimu. Et l&#8217;ouverture, le premier quart d’heure, sont une éblouissante démonstration de mise en scène. Dans le premier flash-back, la première évocation du bal (sublime musique de Maurice Jaubert), Duvivier témoigne d’une inspiration, d’une invention visuelle, d’une émotion qui m’ont laissé pantois.<br />
Je tiens à signaler la sortie de nombreux films avec Fernandel dont LES 5 SOUS DE LAVAREDE sur lequel délire Paul Vecchiali (à revoir donc), ERNEST LE REBELLE, FRANCOIS 1er, LA CAVALCADE DES HEURES, LE CLUB DES SOUPIRANTS. Dites-moi ceux qui valent le coup.<br />
<strong>LA FERME DU PENDU</strong> de Jean Dréville avec Charles Vanel (royal), Alfred Adam et une magnifique apparition de Bourvil qui chante « Les Crayons » : rien que pour cela, il faut voir ce robuste mélodrame paysan, bien écrit par Gilbert Dupé, qui évite bien des clichés et caricatures. La séquence de la noce est très bonne et il est dommage que GOUPI ait éclipsé cette réussite. A redécouvrir.</p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>FILMS ANGLAIS</strong></span><br />
J&#8217;ai vu <strong>HALFWAY HOUSE</strong> qui est vraiment curieux. Et daté sans aucun doute. L&#8217;histoire met du temps à se mettre en place et de manière trop démonstrative. L&#8217;intrusion du fantastique est subtilement dosée (trop pour de jeunes spectateurs d&#8217;aujourd&#8217;hui ?): Glynis Johns (qui a de faux airs de Marion Cotillard) qui ne se reflète pas dans le miroir ou ne fait pas d&#8217;ombre, le jeu avec le temps, la chronologie, le bombardement de l’auberge qui, pourtant, a déjà eu lieu. Il y a surtout cette étrange thématique anglaise de l&#8217;époque qui implique que les échecs, les fautes, les erreurs, les souffrances peuvent avoir des effets positifs. Etrange pour un film de propagande qui dénonce au passage les profiteurs de guerre. Françoise Rosay, fort bonne, bénéficie d’un carton indiquant qu’il s’agit de son premier film britannique.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/halfwayhouse.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1830" title="halfwayhouse" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/halfwayhouse.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/chaseacrookedshadow1.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1854" title="chaseacrookedshadow" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/chaseacrookedshadow1.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/footstepsinthefog.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1836" title="footstepsinthefog" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/footstepsinthefog.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a></p>
<p>J&#8217;ai aussi vu <strong>CHASE A CROOKED SHADOW</strong> de Michael Anderson, très divertissant exercice de pastiche hitchcockien, habilement écrit, réalisé, photographié avec une jolie utilisation de la profondeur de champ et des décors naturels. On marche devant tous ces rebondissements bien orchestrés. Mais on comprend mieux ce qui fait le génie, la personnalité d&#8217;Hitch devant ces variations divertissantes, ces allusions (la course en voiture, bien filmée, le verre de lait) ces péripéties qui restent des péripéties, sans arrière plan. Cela dit, il s’agit sans doute du meilleur film d&#8217;Anderson même si le dénouement parait ultra fabriqué.</p>
<p><strong>FOOTSTEPS IN THE FOG</strong> dont j’avais déjà parlé est un film très agréable à voir. Autant, voire plus qu’à Lubin, ses qualités sont dues au scénario, au chef opérateur et aux acteurs. Lubin était un homme à tout faire qui a signé beaucoup de films indifférents, voire nuls et deux trois qui sont regardables comme IMPACT et celui là qui est son meilleur.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/seventhunders.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1837" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="seventhunders" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/seventhunders.jpg" alt="" width="178" height="250" /></a>SEVEN THUNDERS</strong> de Hugo Fregonese qui vient de sortir en Angleterre mélange  plusieurs intrigues : une histoire de prisonniers anglais évadés dont Stephen Boyd moins raide qu&#8217;à l&#8217;ordinaire et Tony Wright qui fut Callaghan dans des nanars, qui tentent de survivre à Marseille, les Allemands qui les recherchent et des Français qui prétendent aider les juifs et en fait les exploitent, voire même les tuent. Trois de ces intrigues ne se recoupent, de manière très arbitraire et invraisemblable, qu&#8217;à la toute fin, laquelle est en dessous des deux premiers tiers malgré des scènes de foule (la population abandonne des quartiers qui vont être détruits) spectaculaires et bien mises en scène. Le problème vient du comportement des personnages qui semblent n’agir que pour créer des rebondissements, se mettre stupidement en danger, fuir ou tuer de manière illogique. Il y a aussi ce passage secret qui arrive on ne sait pourquoi et que personne ne songe à reboucher. Tout ce qui précède dégage un vrai charme et nous surprend continuellement. Le nombre et la qualité des extérieurs tournés à Marseille, l&#8217;utilisation astucieuse des décors (les diverses chambres où se réfugient les héros, les escaliers qui jouent un grand rôle, les toits où tout ce qui s&#8217;y passe est très bien filmé), le dynamisme de la mise en scène rachètent largement  le fait que tout le monde parle anglais (voire même en ce qui concerne les Allemands, chante en anglais), ce qui rend assez cocasses les moments où les personnages ont peur de ne pas se faire comprendre ou d&#8217;être identifiés à leur accent. L&#8217;autre surprise, et de taille, est de voir surgir tout à coup un avatar du docteur Petiot, rebaptisé Martout et délocalisé à Marseille auquel James Robertson Justice qui prend un accent français confère une épaisseur très inquiétante. Fregonese qui crée une grande tension dans toutes ses scènes, fait l&#8217;impasse sur les fumées noires et la manière de se débarrasser des corps et malheureusement le fait agir de manière idiote à la fin. Anna Gaylor, vive, excellente, a des faux airs de Jessica Lange, Eugène Deckers impose un personnage trouble qui sonne juste tout comme le marin brossé par Marcello Pagliero.</p>
<p><strong>THE FALLEN IDOL</strong> est une des plus grandes réussites de Carol Reed et j’espère retrouver de nombreux commentaires sur cette œuvre forte et maitrisée.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/fallenidol.jpg">                                                                  <img title="fallenidol" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/fallenidol.jpg" alt="" width="151" height="250" /></a></p>
<p>Quant à<strong>  I’M ALL RIGHT JACK</strong>, (qui sort en même temps que plusieurs autres Peter Sellers que je vais revoir), il faut le voir pour son sujet (même si le point de vue est des plus conservateurs, les Boulting ayant brusquement viré de bord politiquement) qui touche au monde du travail (le mot syndicat était banni par la censure). Et surtout pour une ébouriffante prestation de Peter Sellers, inoubliable en délégué syndical dictatorial et tatillon qui paralyse toute l’usine.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/imallrightjack.jpg">                            <img class="alignnone size-full wp-image-1847" style="border: 1px solid black;" title="imallrightjack" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/imallrightjack.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/quatermass.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1848" title="quatermass" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/quatermass.jpg" alt="" width="199" height="250" /></a></p>
<p><strong>QUATERMASS AND THE PIT</strong> (Amazon UK) de Roy Ward Baker, est sorti en Blu-ray. Le scénario de Nigel Kneale qui enracine une histoire fantastique dans des décors quotidiens – ici une station de métro où l’on fait des fouilles, des rues, des ruelles très ordinaires – est toujours aussi astucieux. D’autant qu’il repose sur une chronologie inversée (l’invasion a eu lieu, il y a de cela plusieurs siècles). Malheureusement, Andrew Keir, dans le rôle de Quatermass, manque terriblement de charisme, et plusieurs autres acteurs sont pâlichons, avec parfois des personnages écrits trop superficiellement comme ce colonel Breen, adversaire trop borné, trop bête pour Quatermass. James Donald et Barbara Shelley sont meilleurs. Roy Baker utilise adroitement le décor, sait faire sourdre l’angoisse (notamment dans la scène où l’ouvrier va chercher son matériel). On peut regretter les cadrages un peu trop serrés, la photo trop classique.</p>
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		<title>Un film muet et des Blu-ray</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Dec 2012 08:48:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[ENCORE UN FILM MUET À NE PAS MANQUER : MISS LULU BETT (1921) Une vraie découverte que cette adaptation d’un roman de Zona Gale, auteur féministe, très active politiquement selon Dave Kehr, et de la pièce qu’elle en tira (laquelle se joua 198 fois au Théâtre Belmont et obtint le prix Pulitzer) et qui est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><span style="color: #ff0000;">ENCORE UN FILM MUET À NE PAS MANQUER : MISS LULU BETT (1921)</span></strong><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/MissLBett.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1765" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="MissLBett" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/MissLBett.jpg" alt="" width="300" height="230" /></a>Une vraie découverte que cette adaptation d’un roman de Zona Gale, auteur féministe, très active politiquement selon Dave Kehr, et de la pièce qu’elle en tira (laquelle se joua 198 fois au Théâtre Belmont et obtint le prix Pulitzer) et qui est sous-titrée, dans certaines éditions, « une comédie de mœurs » (a comedy of manners). Il s’agit d’une série de variations plaisantes et sophistiquées sur le thème de Cendrillon. Un des premiers intertitres proclame : « si vous voulez connaître l’état d’une maison, regardez la salle à manger ». Dans cette maison, point de marâtre mais un beau frère méprisant, condescendant, une sœur indifférente. Aux sœurs tyranniques, Zona Gale et la scénariste Clara Beranger (qui écrivit un grand nombre de films pour William deMille) substituent des nièces égoïstes, profiteuses. Lulu vit dans une  captivité économique (elle fait la cuisine, la vaisselle), un état d’infériorité, imposés par son statut de femme non mariée et acceptés par une communauté dépeinte comme très conservatrice. Nous aurons droit à des chaussons au lieu de la pantoufle en vair et à deux princes charmants. Le mariage avec le premier qui semble sorti d’une comédie de La Cava (il est conclu presque à l’insu des protagonistes et la bague est remplacée par l’anneau cerclant un cigare) se révèle un échec pour cause de bigamie. Ce qui rabaisse encore Lulu aux yeux de la société et elle ne s’en sortira que quand elle prendra son destin en main, trouvera un travail, grâce au second prince, un instituteur et s’émancipera. Les émotions, les sentiments sont mis en scène avec une légèreté, une retenue très modernes, à l’image de la première séquence qui développe quelques lignes du livre, ajoutant le merveilleux gag du maître de maison qui avance les aiguilles de l’horloge et s’étonne, se plaint du retard de chacun des nouveaux arrivants.<br />
Il y a beaucoup de très jolis plans – Lulu défaisant ses cheveux sur un escalier -, de moments délicats : cette chorégraphie sentimentale quand elle fait la vaisselle avec son soupirant et lui montre comment sécher un verre (« faire la vaisselle n’est pas toujours désagréable », ajoute un carton). Le ton du film est intime (ce qu’affectionnait, semble-t-il, William deMille), discret, retenu tout comme la direction d’acteurs où triomphe Theodore Roberts (Moïse dans LES DIX COMMANDEMENTS, THE LOCKED DOOR de William deMille) très juste en dentiste/juge de paix strict et autoritaire, Clarence Burton (THE GODLESS GIRL) qui évite bien des clichés en premier mari et surtout l’excellente Loïs Wilson. À l’origine, le rôle de Lulu devait être jouée par Mildred Harris mais son action en divorce contre Chaplin vint interférer (sa blondeur, sa beauté délicate conviennent moins au côté terre à terre du personnage que Lois Wilson qui se situe entre Lilian Gish et Bette Davis) pour le plus grand bénéfice du film.<br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/theidlerich.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1766" title="theidlerich" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/theidlerich.jpg" alt="" width="103" height="150" /></a>William deMille reste une énigme. Peu de films, hélas ont survécu : je n’ai vu que <strong>YOUNG ROMANCE</strong> réalisé par Georges Melford d’après une de ses pièces de théâtre et son scénario, plaisante comédie d’erreurs et de quiproquos filmée de manière traditionnelle et frontale, et Dave Kehr signale <strong>THE SECRET GAME</strong>, un film de propagande sur la guerre de 14 avec Sessue Hayakawa et <strong>THE IDLE RICH</strong>, « une comédie (écrite par Clara Beranger) assez plaisante mais limitée par la technologie du son de 1929 ».</p>
<p>Et aussi bien sûr le <strong>coffret Gaumont consacré à Raymond Bernard</strong>, avec surtout le passionnant JOUEUR D’ÉCHEC. Voilà qui complète le coffret Pathé sur Tourneur.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/coffretraymondbernard.jpg"><img class="aligncenter" title="coffretraymondbernard" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/coffretraymondbernard.jpg" alt="" width="170" height="250" /></a></p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>DES BLU-RAY EN PAGAILLE</strong></span><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/ambreBR.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1774" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="ambreBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/ambreBR.jpg" alt="" width="197" height="250" /></a>Les amateurs commencent enfin à avoir un grand choix dans les Blu-ray. Et souvent une qualité exceptionnelle. Citons en vrac LE GUÉPARD, FRENCH CANCAN, LA GRANDE ILLUSION, LE DERNIER MÉTRO, EXODUS, L’ÉGYPTIEN, LA GLOIRE ET LA PEUR, LOST HIGHWAY, MULHOLLAND DRIVE et des ressorties comme LE JARDIN DU DIABLE et LA FLÈCHE BRISÉE, et <strong>AMBRE</strong> d’Otto Preminger que, j&#8217;ai revu et qui est un film étonnant, personnel, magnifique. Tout ce qu&#8217;en dit Jacques Lourcelles est juste. Sauf sur le choix et l&#8217;interprétation des deux vedettes principales dont Preminger ne voulait pas : Linda Darnell en blonde (ce qui ne lui va pas) ne fait pas une Anglaise convaincante et surtout au début, elle paraît soit figée soit soulignant trop les états d’âme de son personnage. On s&#8217;y fait et elle devient de mieux en mieux (il faut dire que ses gros plans sont si bien éclairés). Cornel Wilde plombe son rôle même si dans la scène du duel, il n&#8217;est pas mal. Sanders, lui, est évidemment magistral et ultra-premingerien et plusieurs autres acteurs sont étonnamment bons (John Russell en bandit de grand chemin, Ann Revere). Autre point faible, la musique ultra-conventionnelle, platement orchestrée, monotone et omniprésente de David Raksin (est-il un si bon compositeur que cela, en dehors de LAURA ?). On peut aussi discuter quelques extérieurs de palais un peu engoncés. Mais à côté de cela que de splendeurs, que d&#8217;audace surtout quand on pense aux superproductions de l&#8217;époque… Le film étonne par son âpreté, sa noirceur (le scénario de Philip Dunne et Ring Lardner, souvent très bien écrit, montre de vrais rapports de classe et ne fait pas beaucoup de compromis), la manière objective, synthétique dont Preminger regarde ses personnages. Les deux personnages principaux se conduisent plusieurs fois de façon détestable, même s&#8217;ils ont des excuses, en tout cas pas comme des héros dans ce genre de film. Ils accumulent les actes égoïstes, les erreurs. On saisit leurs sentiments intimes et la place de ces sentiments dans la société de l&#8217;époque. Autre point fort, la géniale photo de Leon Shamroy, souvent d&#8217;une immense audace dans sa manière de jouer avec les ombres, d&#8217;utiliser une semi-obscurité (la prison, le prodigieux plan séquence de l&#8217;accouchement). Toutes les séquences nocturnes ou se déroulant dans des pièces peu éclairées sont incroyablement fortes. Il suffit de penser aux films français en couleur des années 50 (LE ROUGE ET LE NOIR, les CAROLINE CHÉRIE, les Christian-Jaque) pour mesurer le gouffre qui les sépare d&#8217;AMBRE où l&#8217;on est plus près de Michael Powell. La séquence du duel dans la brume par exemple est une des plus magnifiques séquences en couleur jamais filmée même si les accélérés sont un peu gênants, tout comme le « meurtre » de la garde malade tuée par Ambre alors qu’elle tente de voler et d’étrangler Bruce.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/derniermetroBR.jpg"><img class="size-full wp-image-1775 aligncenter" title="derniermetroBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/derniermetroBR.jpg" alt="" width="159" height="250" /></a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/frenchcancan.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1776" title="frenchcancan" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/frenchcancan.jpg" alt="" width="203" height="250" /></a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/gloiretepeurBR.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1777" title="gloiretepeurBR" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/gloiretepeurBR.jpg" alt="" width="168" height="250" /></a></p>
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		<title>Documentaires et fictions</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Nov 2012 09:15:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[DOCUMENTAIRES Commençons par une œuvre choc, LA GUEULE DE L’EMPLOI de Didier Cros qui évoque les épreuves que doivent subir un groupe de chômeurs désirant trouver un poste au GAN. Cette compagnie d’assurance a fait appel à un cabinet de recrutement qui va avec l’aide d’une DRH et de quelques séides, mettre sur le grill [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span style="color: #ff0000;">DOCUMENTAIRES</span></h4>
<p>Commençons par une œuvre choc, <strong>LA GUEULE DE L’EMPLOI</strong> de Didier Cros qui évoque les épreuves que doivent subir un groupe de chômeurs désirant trouver un poste au GAN. Cette compagnie d’assurance a fait appel à un cabinet de recrutement qui va avec l’aide d’une DRH et de quelques séides, mettre sur le grill les postulants. On assiste éberlué à un festival d’humiliations, d’épreuves absurdes (vendre des trombones à votre voisin), à la mise en place d’une idéologie qui prône la violence, l’exclusion, l’élimination de l’autre, le chacun pour soi. Ces méthodes reflètent l’état d’esprit d’un patronat français qui semble avoir perdu ses marques, ses repères, ne plus avoir aucun contact humain, ne plus savoir gérer ses employés. Avant même de prononcer un jugement éthique, on peut douter (le mot est faible) de leur efficacité. La violence imposée aux employés de France Telecom n’a pas boosté les résultats. Dans LA GUEULE DE L’EMPLOI, on voit les examinateurs passer à côté de personnes qui semblent plus qualifiées que celles qu’ils retiennent et dont une paraît juste malléable et prête à tout accepter. Est-ce un critère ? Cette négation de l’esprit d’équipe, de la solidarité, de la camaraderie que peut créer le travail me paraît témoigner d’un grand retard, d’une approche abstraite, d’un refus de se coltiner avec le terrain, qui expliquent les mesures calamiteuses prises par de grands dirigeants d’entreprise qui ne pensent qu’à sauver leur retraite. Ce film très puissant met en lumière cette sottise criminelle et il fit des ravages au GAN. Il y a une justice.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/gueuledelemploi.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1675" title="gueuledelemploi" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/gueuledelemploi.jpg" alt="" width="152" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/gentediroma.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1676" title="gentediroma" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/gentediroma.jpg" alt="" width="152" height="250" /></a></p>
<p>Plus construit, plus fictionnel mais tout aussi juste, tout aussi fort, je voudrais saluer le magnifique <strong>GENTE DI ROMA</strong>, évocation bouleversante, cocasse, touchante, perçante de quelques personnes ordinaires pendant une journée à Rome. Quelle liberté de ton dans ce dernier film de Scola, un de ses plus beaux. Du chômeur qui n’a pas osé dire la vérité à sa femme et fait semblant de partir au travail à tous ces personnages d’émigrés, à ce passager qui disserte sur l’Histoire de Rome en passant par cette femme qui cherche son enfant pendant une manifestation politique où parle Nanni Moretti, on ne sait qui vous touche le plus. A se procurer d’urgence pour réparer une injustice.</p>
<p>Et pour <strong>LES EVADÉS DE LA NUIT</strong>, je renvoie à l’intervention brillante de Bruno François Boucher sur ce blog. Il y a une légèreté émotionnelle surprenante dans toute la première partie avec cette merveilleuse idée des nonnes qui font du trafic et vont se révéler de fausses religieuses, idée qu’on pourrait trouver chez Comencini et Risi où l’on sent la patte d’ Amidei. A la fin, j’ai été un peu gêné par le recours systématique au zoom arrière quand quelqu’un marche, procédé pas trop voyant ici mais dont j’aurai aimé une utilisation moins fréquente (un travelling arrière est toujours plus agréable).</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">QUELQUES FILMS FRANÇAIS</span></h4>
<p>Revu avec un immense bonheur <strong>GOUPI-MAINS ROUGES</strong> que Pathé vient de sortir, hélas sans bonus, ce qui est un peu décevant pour un film aussi important, aussi magistral, aussi bien écrit et filmé. La peinture des paysans que font Becker et Pierre Véry contredit quelque peu l’image idéalisée, glorieuse que voulait donner le Maréchal avec son retour à la terre. Le retour est ici teinté d’âpreté, d’avarice, de violence, de rancœur. Ledoux, le Vigan, Devere sont absolument formidables et Blanchette Brunoy rit en mangeant des pommes, l’une des plus jolies répliques du film.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/seul_dans_la_nuit.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1725" title="seul_dans_la_nuit" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/seul_dans_la_nuit.jpg" alt="" width="137" height="250" /></a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/orientexpress.jpg">       <img class="alignnone size-full wp-image-1726" title="orientexpress" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/orientexpress.jpg" alt="" width="137" height="250" /> </a></p>
<p><strong>SEUL DANS LA NUIT</strong>, encore Pathé, de Christian Stengel est une curiosité, une histoire de meurtres et de chantage se déroulant autour d’un chanteur de charme. C’est boulevardier, assez mécanique et ne prête guère à conséquence ; certaines chansons sont assez jolies mais on retient surtout la photo de Christian Matras.</p>
<p>Dans la même collection est sorti, on se demande pourquoi <strong>ORIENT EXPRESS</strong>, nanar léthargique de Carlo Ludivico Bragaglia où le  fameux train est immobilisé durant tout le film par la neige. Ce qui a du faciliter le tournage. A noter, carton stupéfiant, que cette production bénéficie de « la supervision artistique » de Roberto Rosselini. A vos DVD les exégètes.</p>
<p>René Château vient de sortir le <strong>DESTIN FABULEUX DE DÉSIRÉ CLARY</strong>. Je n’ai jamais oublié le moment unique où Guitry intervient, stoppe le film et demande aux acteurs d’abandonner leur rôle et de le donner à un autre. Voilà encore un exemple de liberté cinématographique.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/bébédonge.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1723" title="bébédonge" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/bébédonge.jpg" alt="" width="179" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/desireclary1.jpg"><img title="desireclary" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/desireclary1.jpg" alt="" width="148" height="250" /></a></p>
<p><strong>VOIR LA MER</strong> de Patrice Leconte m’a semblé avoir été assez sous-estimé. Je veux le revoir pour en parler plus longuement. Clément Sibony m’a paru formidable et Pauline Lefèvre tout à fait charmante.</p>
<p><strong>LA VÉRITÉ SUR BÉBÉ DONGE</strong> se revoit toujours avec passion. Ruez vous sur le DVD car pour le moment, la succession Simenon bloque tout autre type d’exploitation de ce chef d’œuvre. C’est une des meilleures adaptations de l’auteur de la Veuve Couderc et il faut saluer le travail épatant du scénariste dialoguiste Maurice Aubergé qui  a su préserver la dureté du propos, a pris et tenu le parti pris de ne pas l’intégrer dans une époque précise, ce qui paradoxalement (et pour une fois), aiguise les sentiments et les émotions, leur donne une priorité absolue, un côté intemporel. Et une vraie modernité. On sent, dès les premiers plans que Decoin est inspiré, habité par le sujet, ce que confirme Michel Deville qui était stagiaire sur ce film, et il le tire peu à peu vers la tragédie : celle de la destruction d’une âme qui vous bouleverse davantage à chaque vision. Le propos est incroyablement féministe, ce qui n’était pas si courant dans le cinéma français, en dehors des films écrits par Prévert et Aurenche. Le découpage de Decoin, incisif, net, épuré, utilise admirablement le décor. Regardez la manière dont il utilise l’escalier notamment dans le dernier quart d’heure mais aussi les rapports de plan, les entrées de champ : la découverte de Gabin, la première apparition de Darrieux sont magnifiques. Il y a là une élégance formelle qui évoque celle, contemporaine, de Preminger. La dernière image, ponctuée par la magnifique musique de Jean- Jacques Grunenwald, cette voiture qui s’enfonce dans la nuit jusqu’au noir absolu, est inoubliable.</p>
<p>Pour les amateurs de films contemporains audacieux, je signale <strong>PARC</strong>, pari assez fou, presque tenu.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/parc.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1722" title="parc" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/parc.jpg" alt="" width="157" height="250" /></a> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/voir-la-mer.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1681" title="voir la mer" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/voir-la-mer.jpg" alt="" width="182" height="250" /></a></p>
<h4><span style="color: #ff0000;">SÉRIES TV</span></h4>
<p><strong>BORGEN</strong> est un vrai choc, un exemple que le service public français devrait méditer. En s’inspirant sans doute de WEST WING, les auteurs ont réussi à créer une œuvre vraiment européenne, enracinée dans son pays d’origine, prenant certains sujets délicats à bras le corps. On imagine les hurlements frileux de tous ces intermédiaires qui freinent toute création sur les chaines publiques française si on leur avait présenté certaines scènes de Borgen. Celles évoquant un avortement, la corruption politique au plus niveau de l’état ou les rapports entre l’héroïne et ses enfants.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/borgen.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1683" title="borgen" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/borgen.jpg" alt="" width="179" height="250" /> </a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/downtownabbey.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1684" title="downtownabbey" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/downtownabbey.jpg" alt="" width="154" height="250" /></a></p>
<p><strong>DOWNTON ABBEY</strong>, histoire d’une famille d’aristocrate dont les héritiers ont péri dans le naufrage du Titanic et des domestiques qui les servent, est magistralement écrit et dialogué par Julian Fellowes à qui on doit GOSFORD PARK. Les acteurs se régalent, se servant de toutes les nuances d’un texte brillant et parfois touchant. Fellowes est aussi acteur (on l’a vu dans PLACE VENDÔME) et il sait écrire pour eux.</p>
<p><strong><span style="color: #ff0000;">FILMS ANGLAIS</span></strong></p>
<p>Je voulais revenir sur la sortie de <strong>HIGH HOPES</strong> de Mike Leigh dont le premier tiers est étourdissant de drôlerie, d’invention, de cocasserie chaleureuse. Avec ce personnage de provincial paumé dans Londres, qui s’incruste chez les protagonistes, un couple de hippies, tellement il se sent seul. Ils finissent par le renvoyer et le plan où on le voit s’éloigner, par la fenêtre d’un autocar, résigné, désolé, perdu, vous prend le cœur et vous fait rire tout à la fois. Certains personnages, la sœur, ceux qui appartiennent à une classe sociale plus fortunée, les Booth Braine (déjà le nom indique le ton) sont un peu caricaturés malgré une interprétation toujours inventive mais Leigh rattrape cette légère faiblesse avec la séquence où l’on impose de force un anniversaire à  une vieille dame, la mère du héros, qui rend très émouvant ce personnage au début fort rébarbatif et surtout avec la séquence finale, magnifique : le couple de hippies la font monter sur le toit de leur immeuble, situé dans un quartier ouvrier et lui font découvrir la vue, les gazomètres, les usines et au loin, la Cathédrale Saint-Paul. Et la vieille dame bouleversée, murmure : « Je suis au sommet du monde » comme Cagney dans White Heat. Impossible de ne pas être ému.<br />
Deux autres films de Mike Leigh que je voudrais signaler : le splendide ANOTHER YEAR et le génial et méconnu TOPSY TURVY.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/high-hopes.jpg">          <img class="alignnone size-full wp-image-1729" style="border: 1px solid black;" title="high-hopes" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/high-hopes.jpg" alt="" width="177" height="250" /> </a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/topsy-turvy.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1730" title="topsy-turvy" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/topsy-turvy.jpg" alt="" width="185" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/dvd-another-year.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1731" title="dvd-another-year" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/dvd-another-year.jpg" alt="" width="139" height="250" /></a></p>
<p>La sortie en salle de<strong> THE DEEP BLUE SEA</strong> de Terence Davies que j’ai beaucoup aimé et qui a été souvent jugé trop superficiellement (on lui reproche des parti pris vraiment audacieux qui tournent le dos à la mode et donnent une vraie complexité à cette adaptation de Terence Rattigan,  auteur à redécouvrir) est une bonne occasion pour revisiter l’œuvre d’un des plus grands cinéastes anglais contemporains. Je rappelle donc DISTANT VOICES, le sublime HOUSE OF MIRTH (Chez les Heureux du Monde), OF TIME AND PLACES, THE NEON BIBLE, surtout disponible en Angleterre, même the DEEP BLUE SEA.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/deepblueseadvd.png"><img class="alignnone size-full wp-image-1930" title="deepblueseadvd" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/deepblueseadvd.png" alt="" width="153" height="250" /></a></p>
<p>Sortie en Angleterre de <strong>WOMAN IN A DRESSING GOWN</strong> de Jack Lee Thompson que je voudrais bien voir et de <strong>THE GOLDEN SALAMANDER</strong> de Ronald Neame avec Trevor Howard et Anouk Aimée qui se révèle une très jolie surprise. C’est un thriller bien mené, tourné en grande partie en extérieurs réels, en Afrique du Nord où l’on voit un archéologue démasquer de dangereux contrebandiers menés par l’inévitable Herbert Lom. La mise en scène est assez nerveuse et la photo d’Oswald Morris plutôt belle. Dans ses mémoires, Neame qui est fier du film (le premier qu’il produisit) dit qu’il se fâcha avec Freddie Francis qui quitta le tournage pour aller rejoindre Powell. Fut-il remplacé par Morris ? La vraie surprise du film vient d’Anouk Aimée, encore créditée Anouk sur le générique qui est ici vive, mutine, flirteuse, touchante. Ses scènes avec Howard sont excellentes et il se passe quelque chose entre eux. Neame dit d’ailleurs qu’il exploita le fait qu’ils avaient une liaison et que cela rejaillit dans le film.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/womaninadressinggown.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1733" title="womaninadressinggown" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/womaninadressinggown.jpg" alt="" width="170" height="250" />  </a><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/goldensalamander.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1734" title="goldensalamander" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/goldensalamander.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a></p>
<p><strong>THE NIGHT MY NUMBER CAME UP</strong> est une des meilleures productions Ealing dans les dernières années de ce studio. On sent que Michael Balcon veut retrouver, avec cette histoire de prédestination, le ton semi-fantastique (ou fantastique) d’AU CŒUR DE LA NUIT (et aussi paraît-il, d’HALFWAY HOUSE de Dearden qui vient de sortir chez Optimum). Le scénario de RC Sherriff est astucieux, bien construit et distille de manière efficace le suspense, intégrant les réactions des spectateurs qui savent (ou croient savoir) ce qui va se passer. Il est très secondé par des acteurs impeccables, de Michael Redgrave à Alexander Know même si comme souvent chez Ealing, les personnages féminins sont sacrifiés, en l’occurrence Sheila Sim, excellente dans A CANTERBURY TALE de Powell, ici reléguée pour son dernier film, à un rôle de secrétaire. Le travail de Leslie Norman est anonyme mais sans jamais tomber dans les fausses recherches toc de THE LONG, THE SHORT AND THE TALL. La plaisanterie finale fait long feu.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/nightnumbercameup.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1735" title="nightnumbercameup" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/10/nightnumbercameup.jpg" alt="" width="147" height="250" /></a></p>
<p><span style="color: #ff0000;"><strong>FILMS AM<strong>ÉRICAINS</strong></strong></span></p>
<p style="text-align: left;">Pour compléter la dernière sélection de films rares américains, je recommande chaudement, dans la collection des Introuvables de Wild Side, <strong>RAIN</strong> de Lewis Milestone, metteur en scène bien oublié et qui eut son heure de gloire lors d’A L’OUEST RIEN DE NOUVEAU. Ses films, au début des années 30, sont souvent brillants, passionnants et on a redécouvert son FRONT PAGE qui avait été obscurci par les propos de Hawks vantant sa version, le splendide HIS GIRL FRIDAY. Il n’en demeure pas moins que la version Milestone est aussi fort réussie et sidère par l’audace de ses travellings aussi bien que par l’interprétation d’Adolphe Menjou et d’Edward Everett Horton. Et même si le Hildy Johnson que campe Pat O’Brien est moins flamboyant que la transposition féminine qu’en fit Hawks, le Milestone demeure, de toute les versions, la moins édulcorée par rapport à la pièce, la plus fidèle aux audaces du texte.<br />
On retrouve ces recherches formelles dans RAIN (PLUIE) : nouvelle adaptation de Somerset Maugham après celle remarquée de Raoul Walsh dont il n’existe qu’une version tronquée. Le début de RAIN avec ses enchaînés visuels et sonores, ses cadrages inhabituels, impose d’emblée un climat oppressant, claustrophobique. Joan Crawford et Walter Huston restent tous les deux insurpassables en Sadie Thompson et en Révérend Davidson. Cette version bénéficie de la liberté qui va disparaître avec le Code Hays et le portrait de la jeune prostituée est brossé avec beaucoup de force et de sympathie et un ton qui paraît incroyablement féministe. Milestone, après des passages à vide, revint au devant de la scène avec LE COMMANDO DE LA MORT et DES SOURIS ET DES HOMMES dont j’ai déjà parlé. Un de ses derniers films ambitieux, LA GLOIRE ET LA PEUR, vient de sortir en DVD et dans un magnifique Blu-ray.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="alignnone size-full wp-image-1753" title="rainflat" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/rainflat.jpg" alt="" width="177" height="250" />  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/captainkiddflat.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1754" title="captainkiddflat" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/captainkiddflat.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a></p>
<p style="text-align: left;">Toujours chez Wild Side dans cette collection, j&#8217;ai enfin vu <strong>CAPTAIN KIDD</strong>, dernier film de Rowland V. Lee, réalisateur célèbre au temps du muet et à qui on doit le réjouissant SON OF FRANKENSTEIN. C&#8217;est une production ultra fauchée de Benedict Bogeaus (Captain Kidd production), entièrement tournée en studio dans des décors misérables. Les plans larges de bateaux sont des stock shots ou des maquettes. Les intérieurs sont d&#8217;une pauvreté et d&#8217;un manque d&#8217;authenticité que ne rattrape pas la photo parfois soignée de Archie Stout. Tous les piliers du genre sont là, John Carradine, Gilbert Roland, Henry Daniel, Sheldon Leonard. Le scénario ignore toute vérité historique, empile les clichés et, faute de moyens, fait l&#8217;impasse sur certaines. Des personnages disparaissent et réapparaissent brusquement. Laughton rend le film supportable en cabotinant sans aucune retenue. &laquo;&nbsp;Qu’il repose à tout jamais dans les sables de Madagascar.&nbsp;&raquo; Et il faut l&#8217;entendre se délecter de dire au roi : &nbsp;&raquo; Je ne suis rien que son humble moineau&nbsp;&raquo; ou bien, après avoir recruté d&#8217;anciens pirates : &nbsp;&raquo; Entre leur conduite et la mienne, Sire, il n’y aura guère de différence ». Il semble fait pour être pirate comme Brigitte Lahaie pour être pape, ne bouge presque jamais et tue uniquement avec son pistolet. Il passe pour des raisons jamais définies, de longs moments à inscrire dans un livre les 4 ou 5 noms de ceux qu&#8217;il veut tuer et à les rayer quand il réussit, comme si sans cela, il n&#8217;aurait pas pu retenir leur identité. Péripétie assez absurde.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/fortmassacre.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1755" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="fortmassacre" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/fortmassacre.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a>Un western : <strong>FORT MASSACRE</strong>, qui reste sinon le meilleur film de Joseph Newman, du moins l’un des plus réussis. Le scénario, bien écrit par Martin Goldsmith (DETOUR, GUNFIGHT AT DODGE CITY), traite de l’extermination d’un groupe de soldats qu’un sergent mène à leur perte, par haine des Indiens.  Nous qualifions de manière simpliste ce personnage, très bien joué par Joel McCrea dans un rôle inhabituel de sadique. La réalité est beaucoup plus complexe. A sa haine viscérale (il tue un Indien désarmé qui se rend) se mêlent des pulsions suicidaires. Comme le dit Philippe Garnier : « Plus encore que son racisme dévorant (sa femme a tué leurs enfants pour les soustraire aux Indiens), McCrea est hanté par le commandement dont il a hérité contre son gré. Il rouspète sans cesse qu’il va sans doute prendre la mauvaise décision, mais que quelqu’un doit la prendre. » Le laconisme brutal du film, son absence d’emphase, de lyrisme frappent autant que le ton cinglant des dialogues : « s’il a besoin de notre aide pour aller au ciel, alors sa situation est pire que la nôtre », lance McCrea à un soldat qui veut prononcer une prière sur une tombe. «  Vous n’avez aucune opinion personnelle ? », demande-t-il à John Russel  – « Si, je déteste les tremblements de terre. » Parlant de sa femme, il fait ce constat glaçant : « Tuer des Indiens quand ils vous tirent dessus, c’est facile. Mais il faut un sacré courage pour faire ce qu’elle a fait », impliquant que lui ne l’aurait pas eu et c’est ce qui le ronge.  Les réactions des soldats, témoins désabusés, fatigués, impuissants, évitent tous les pièges de l’échantillonnage, tous les clichés : le mépris sarcastique qu’affiche le soldat de carrière brillamment joué par Forrest Tucker envers son lieutenant blessé est inhabituel dans le genre, tout comme la réaction des soldats face au comportement de leur supérieur, mélange de révolte et de résignation. Un plan muet sur trois ou quatre hommes suffit à exprimer leur dégout. Newman et son chef opérateur Carl Guthrie utilisent admirablement les paysages de rocailles (le premier plan avec un rocher en forme d’oiseau de proie surplombant les soldats, donne le ton), les différences de personnages, leurs réactions, le fait de ne pas les isoler et surtout de les intégrer constamment au paysage. Quand ils rampent, des buissons, des branches cachent à demi leur visage. Même l’Indienne (Susan Cabot) qui surgit dans le dernier quart n’entraîne aucune histoire d’amour. Elle est prête à coucher avec celui qui donnera du whisky à son grand père et, montrant le chiot qu’elle serre dans ses bras, lance : « trop petit pour un diner ». On pense au Charles Marquis Warren de LITTLE BIG HORN et surtout à ULZANAH&#8217;S RAID d’Aldrich. Même dureté de ton, même pessimisme latent.<br />
De Newman, je conseille vivement <strong>THE JUNGLE PATROL</strong>, film de guerre ultra fauché d’après une pièce de William Bowers, ce qui explique le dialogue brillant, inventif, l’absence de clichés notamment dans les rapports des soldats avec l’héroïne qui nous valent des scènes curieusement romantiques.<br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/711oceandrive1.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1757" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="711oceandrive" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/11/711oceandrive1.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a>En revanche nous sommes moins enthousiastes que Philippe Garnier sur <strong>711 OCEAN DRIVE</strong> (zone 1) qui nous a un peu déçu. Certes Edmond O’Brien est idéal pour interpréter ce technicien des télécommunications qui invente un système permettant de donner les résultats des courses de la côte Est avec un temps d’avance que la Mafia va refiler aux bookmakers. On peut porter au crédit du film ce sujet astucieux (dénoué avec de grosses ficelles), ses nombreux extérieurs à Los Angeles, d’excellents « seconds rôles » bien utilisés, Barry Kelley, Sammy White, Bert Freed et surtout Otto Kruger, ce dernier distribué intelligemment à contre emploi en Big Boss suave et menaçant. Mais le scénario reste routinier et conventionnel (pas seulement durant les sempiternelles introductions en voix off), ne parvient pas à développer certains personnages : celui qu’incarne bien Joanne Dru, la maîtresse d’un mafieux qui la bat et qu’elle trompe avec O’Brien, reste superficiel. Et la spectaculaire poursuite finale sur le barrage de Boulder paraît plaquée, à l’inverse des séquences de Palm Springs, les meilleures du film. A signaler, le carton emphatique proclamant « que de puissants intérêts criminels ont essayé de bloquer le tournage » mais qui comprendrait une part de vérité selon Newman.</p>
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		<title>Films américains rares</title>
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		<pubDate>Mon, 22 Oct 2012 08:41:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[THE WALLS OF JERICHO (Amazon Espagne ou mieux, Star Cafe) On comprend en le voyant pourquoi THE WALLS OF JERICHO de John M. Stahl est restée une œuvre quasi-confidentielle. On peut l’acheter pour 7 euros dans une très bonne copie avec des sous-titres espagnols optionnels sur STARCAFE ou Amazon Espagne En effet, ce mélodrame judiciaire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>THE WALLS OF JERICHO</strong> (Amazon Espagne ou mieux, Star Cafe)<br />
<strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wallsofjericho.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="wallsofjericho" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wallsofjericho.jpg" alt="" width="350" height="266" /></a></strong>On comprend en le voyant pourquoi THE WALLS OF JERICHO de John M. Stahl est restée une œuvre quasi-confidentielle. On peut l’acheter pour 7 euros dans une très bonne copie avec des sous-titres espagnols optionnels sur STARCAFE ou Amazon Espagne En effet, ce mélodrame judiciaire sur fond de luttes électorales pour accéder au Congrès, écrit de manière très conventionnelle, très molle par Lamar Trotti ne brille pas par sa tension. Le scénario désamorce les aspects qui auraient pu être les plus intéressants à commencer par les personnages de femmes qui constituent le moteur de l&#8217;intrigue. Les hommes paraissent en effet crédules et naïfs surtout l&#8217;attorney que joue Cornel Wilde qui semble toujours découvrir après tout le monde ce qui se trame autour de lui et ne brille pas spécialement dans la partie de procès qui lui est dévolue. Il fait pâle figure à côté de son épouse alcoolique (saisissante composition de Ann Dvorak, pas assez développée), de l&#8217;avocate volontaire que joue Anne Baxter qui aurait dû être beaucoup plus intéressante et surtout de la femme venimeuse, perfide, manipulatrice, rôle inhabituel pour une Linda Darnell, excellente dans un contre-emploi original. Dans la manière qu&#8217;elle a de détruire en prétendant faire le bien, défendre la morale la carrière et la vie de Wilde qu&#8217;en fait elle désire, on retrouve des échos du magnifique LEAVE HER TO HEAVEN (PÉCHÉ MORTEL, disponible en France), ce sulfureux mélodrame criminel.<br />
Mais ces échos, ces ressemblances, qui donnent lieu aux meilleures séquences du film sont trop dispersés. Cette description d’une société sudiste puritaine, moralisatrice renvoie aussi à MINUIT DANS LE JARDIN DU BIEN ET DU MAL et les deux films souffrent des mêmes défauts. On note ici et là une utilisation astucieuse de l’espace (les scènes de gare), des plans intéressants (Linda Darnell errant dans son appartement ou restant assise sur son lit après avoir éteint la lumière, Wilde déambulant dans les rues) et un moment assez réussi, joliment photographié par Arthur Miller quand la jeune Marjorie s&#8217;enfuit de chez elle et se fait agresser, la nuit, dans une gare par Barton McLane qui veut la molester et qu’elle finit par tuer. Deux autres Stahl sont disponibles sur le même site et je reviendrai sur le remarquable HOLY MATRIMONY, excellente comédie et sur THE FOXES OF HARROW, une heureuse surprise dans la rétrospective de San Sébastian.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/ironcurtain.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1690" title="ironcurtain" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/ironcurtain.jpg" alt="" width="280" height="215" /></a></p>
<p><strong>THE IRON CURTAIN</strong> <strong>(LE RIDEAU DE FER)</strong> de Wellman se révèle une relative bonne surprise qui échappe à beaucoup du ridicule inhérent aux œuvres de propagande anti-rouges. Détail intéressant et original, on ne voit aucun Américain dans ce film, l&#8217;histoire se passant au Canada.  Les personnages ne sont pas trop ridicules et ce qu&#8217;ils disent reste plausible, comme celui que joue pas mal Eduard Franz et qui est filmé avec sympathie et se révèle assez touchant (il est vrai qu&#8217;il est en train de renier l&#8217;idéologie marxiste, effrayé par les effets dévastateurs de la bombe A). La photographie est soignée et privilégie adroitement les contre jours. Relative parce que le récit repose lourdement sur la sempiternelle voix off qui, à la fin, clame les bienfaits de la démocratie. La première moitié du film, qui traite de la défection d&#8217;Igor Gouzenko, manque de tension, le suspense étant sacrifié à un ton pseudo-objectif. Une notation amusante pourtant : le personnage qui garde l&#8217;endroit où travaille Dana Andrews doit sans cesse jouer de la musique, ce qu&#8217;il déteste (on entend des bouts de tous les compositeurs russes de l&#8217;époque). Dans la deuxième partie, les choses s&#8217;améliorent notamment quand Dana Andrews, ayant décidé de passer à l&#8217;Ouest, tente vainement d&#8217;intéresser, voire même de rencontrer le ministre de la Justice, des fonctionnaires, des journalistes. On le prend pour un fou ou un affabulateur. On frôle là un sujet passionnant qui n&#8217;est malheureusement pas  développé à sa juste valeur. La mise en scène de Wellman est plus incisive et utilise adroitement certains décors : les escaliers qui unissent deux immeubles. Le couple Gene Tierney/Dana Andrews est ici assez terne. Terme que les laudateurs du film transforment en subdued.</p>
<p>En revanche <strong>WATERLOO BRIDGE (LA VALSE DANS L’OMBRE)</strong> de LeRoy m&#8217;a paru exécrable à la révision, comme une sorte de manifeste du conformisme aseptisé, auto-satisfait qui caractérise tant de Mervyn LeRoy à la MGM. Tout est atone, dépourvu de vie. Il faut dire que le film est plombé par deux acteurs qui surjouent, jamais ensemble et rivalisent de froncements de sourcil. La palme revient à Taylor, exécrable. Quand on pense à l&#8217;élan de la version de James Whale que Wild Side offre heureusement en bonus et que j’ai vu se faire descendre par des critiques qui recopiaient les termes de la jaquette. Le Whale est vraiment audacieux socialement, sexuellement et moins conformiste que le remake.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/Tonightornever.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1691" title="Tonightornever" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/Tonightornever.jpg" alt="" width="179" height="250" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/waterloobridge.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1692" title="waterloobridge" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/waterloobridge.jpg" alt="" width="153" height="250" /></a></p>
<p><strong>TONIGHT OR NEVER</strong> (Les Films du Paradoxe) est une assez amusante comédie de Mervyn LeRoy, tournée la même année que LITTLE CAESAR. Comme dans beaucoup de productions Goldwyn, on sent les origines théâtrales malgré les efforts du réalisateur pour lui donner une vivacité cinématographique en multipliant les panoramiques filés, les mouvements de caméra. Le scénariste Ernest Vajda glisse ici et là quelques allusions grivoises dans cette histoire de cantatrice qui se met à chanter vraiment bien seulement après avoir fait l&#8217;amour avec un gigolo qui est en fait un &laquo;&nbsp;talent scout&nbsp;&raquo; du Metropolitan Opera. Il sentait qu&#8217;elle avait besoin d&#8217;être &laquo;&nbsp;réveillée&nbsp;&raquo; et Allison Skipworth, très amusante, lui rétorque : &laquo;&nbsp;Vous voulez jouer les réveils matin&nbsp;&raquo;. Melvyn Douglas pour sa première apparition, s&#8217;empare de ce rôle avec brio, élégance et un vrai charme suave. Son jeu parait plus allusif,  plus moderne que celui de Gloria Swanson même si les maniérismes de cette dernière peuvent être mises sur le compte du personnage. Elle est habillée de manière assez spectaculaire par Coco Chanel. Autre curiosité, Boris Karloff interprète un maitre d&#8217;hôtel, comme dans la pièce originale. L&#8217;objectivité nous force à dire qu&#8217;il en fait parfois beaucoup. A signaler, le slogan des pâtes qui sponsorisent la retransmission radiophonique de la Tosca : &laquo;&nbsp;nos spaghettis sont encore plus longs que notre nom&nbsp;&raquo;.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;">WESTERNS</span><br />
5 westerns Universal et un Allied Artist</h4>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/starinthedust.jpg"><img class="size-full wp-image-1693 alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="starinthedust" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/starinthedust.jpg" alt="" width="149" height="250" /></a>La linéarité du sujet, l&#8217;unité de temps (l&#8217;action se passe en une journée, dans quelques lieux) donnent un vague intérêt à <strong>STAR IN THE DUST (LA CORDE EST PRÊTE)</strong>, un de ces westerns urbains dans la lignée de HIGH NOON, THE SILVER STAR, DAY OF THE BADMEN. Le principal atout du film de Charles Haas est le Cinémascope que deux ou trois cadrages utilisent adroitement (un mouvement au-dessus d&#8217;une palissade, une plongée avec amorce, une bagarre filmée de loin) et qui donne un semblant de tension aux affrontements. Laquelle tension se dissipe assez vite par la faute d&#8217;une mise en scène assez plate, d&#8217;un scénario inerte, dialogué avec des semelles de plomb. Les personnages se conduisent tous stupidement et les derniers rebondissements sont ridicules. Il faut dire que l&#8217;interprétation n&#8217;est pas fameuse. John Agar et Mamie Van Doren &#8211; cette dernière, seule originalité, dans un rôle pas du tout glamour et sexy &#8211; rivalisent d&#8217;inconsistance. Richard Boone, mal dirigé, avec une coiffure ridicule, est un des méchants les plus falots du genre. On ne peut guère sauver que Coleen Gray. L&#8217;action est, de plus, plombée par les interventions de plus en plus calamiteuses d&#8217;un chanteur à guitare qui erre autour de la potence, en commentant les péripéties, sans paraître se soucier de ce qui se passe autour de lui : bagarres, coup de feu. Il achève le film.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/thegalwhotookthewest.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1694" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="thegalwhotookthewest" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/thegalwhotookthewest.jpg" alt="" width="154" height="250" /></a>THE GAL WHO TOOK THE WEST (LA BELLE AVENTURIÈRE)</strong> est beaucoup plus divertissant. Non que la mise en scène de Fréderic de Cordoba soit inventive. Elle reste tout à fait traditionnelle et tout au plus peut-on la créditer de deux ou trois plans larges assez agréables. La photo, assez jolie, les couleurs fort plaisantes semblent plus devoir à l&#8217;esthétique du studio qu&#8217;à des recherches du réalisateur. Mais LA BELLE AVENTURIÈRE bénéficie d&#8217;un amusant scénario de William Bowers et Oscar Brodney et de dialogues très rigolos où l&#8217;on retrouve la patte, la vitalité de Bowers (il suffit de les comparer à ceux de STAR IN THE DUST dus au seul Brodney). Les personnages répondent à des questions oiseuses (&laquo;&nbsp;Où trouverai-je des gens pouvant me parler des O&#8217;Hara ?&nbsp;&raquo; demande un journaliste ; &laquo;&nbsp;S&#8217;ils ont de l&#8217;argent dans le saloon. S&#8217;ils sont fauchés, devant le saloon.&nbsp;&raquo;) ou égrènent les aphorismes (“Tout ce qu&#8217;on peut faire, c&#8217;est espérer un miracle, s&#8217;attendre au pire et accepter n&#8217;importe quoi&nbsp;&raquo;, dit Charles Coburn), font des constatations lucides et décapantes   (&laquo;&nbsp;Vous buvez cela&nbsp;&raquo;, dit Yvonne de Carlo à une jeune femme ; &laquo;&nbsp;Je me demande comment vous avez pu atteindre 22 ans&nbsp;&raquo;). John Russel parlant de son père : &laquo;&nbsp;Il ne ferait pas la différence entre une chanson et un sifflet de locomotive.&nbsp;&raquo; Ces dialogues (&laquo;&nbsp;Vous possédez l&#8217;ambition, je possède le pays.&nbsp;&raquo;) viennent étoffer un scénario astucieux qui s&#8217;articule autour de 3 flashbacks racontés par trois vieillards qui évoquent de manière totalement différente l&#8217;arrivée d&#8217;Yvonne de Carlo et la manière dont elle s&#8217;immisce dans la rivalité qui oppose deux frères. Ces changements de point de vue permettent aux auteurs de donner de la vie à un sujet qui n&#8217;en était pas un. Un quatrième flashback, ponctué par l&#8217;arrivée d&#8217;un hélicoptère rouge, conclut l&#8217;histoire. Scott Brady et John Russell sont des acteurs en bois mais Yvonne de Carlo est bien photographiée même si ses tenues restent hyper-chastes et si on peut discuter son interprétation de Frankie and Johnny.</p>
<p><strong><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wingsofthehawk.jpg"><img class="alignleft" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="wingsofthehawk" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wingsofthehawk.jpg" alt="" width="150" height="250" /></a></strong>WINGS OF THE HAWK  (RÉVOLTE AU MEXIQUE)</strong> que l&#8217;on aimerait voir en 3D, est un des meilleur Boetticher à Universal. Sa bonne humeur, son invention, son désir de faire feu de tout bois transcendent un sujet ultra-traditionnel mais dialogué avec vivacité par James Moser : le gringo pris entre les révolutionnaires et les &laquo;&nbsp;federales&nbsp;&raquo;. Boetticher trouve le moyen de rentabiliser tous les extérieurs en changeant d&#8217;axe, d&#8217;angle notamment dans les poursuites à cheval : la caméra démarre parfois avant que les cavaliers rentrent dans le champ ou cadre le personnage poursuivi en plan très large de dos. Boetticher parcourt à la grue certains décors, dynamise l&#8217;action. Il n&#8217;y a pas un moment de répit. Il s&#8217;arrête néanmoins pour filmer une exécution  d&#8217;otage à travers le soupirail d&#8217;une cave et donne une relative dignité au couple George Dolenz-Abbe Lane. Un des meilleurs moments est celui où un révolver dont on voir l&#8217;ombre sur le mur, est descendu par un fil dans une cellule sans que le garde s&#8217;en aperçoive. Julia Adams, impayable, en révolutionnaire, est extrêmement belle et sexy.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/legrandchef.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1696" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="legrandchef" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/legrandchef.jpg" alt="" width="150" height="250" /></a>CHIEF CRAZY HORSE (LE GRAND CHEF)</strong> est aussi mauvais que dans mon souvenir. Platement photographié par Harold Lipstein qui ne tire rien (pas plus que le metteur en scène) des Collines Noires du Dakota, très mal joué par Victor Mature et Susan Ball (une des plus médiocres starlettes sous contrat à Universal), mollement dirigé, ce film est un des plus faibles, dans le cycle des westerns pro-indiens de Sherman. Il est à des lieux  de REPRISAL, voire de TOMAHAWK et surtout de BATTLE AT APACHE PASS. En tout cas, le scénario de CHIEF CRAZY HORSE est vraiment routinier, ce qui nous vaut un film atone, dépourvu d’énergie et de ce sens du paysage qu’on trouve souvent chez Sherman. Custer et Little Big Horn apparaissent brusquement et sont expédiés en deux coups de cuiller à pot comme si brusquement Universal avait voulu les injecter à la dernière minute, pendant le tournage en demandant que tout soit traité en moins d’une minute.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/comanche.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1697" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="comanche" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/comanche.jpg" alt="" width="151" height="250" /></a>COMANCHE</strong> est nettement supérieur malgré tous ses défauts : une interprétation terne (Dana Andrews n’est pas très convaincant en scout et ses scènes avec Linda Cristal sont embarrassantes), aggravée par le choix de Mike Mazurki pour jouer un Indien et surtout de Kent Smith, assez ridicule en Quanah Parker. C’est l’affront suprême fait à un grand chef comanche. En revanche Henry Brandon qui joue Black Cloud est tout à fait excellent, dans un rôle très proche de celui qu’il joua 5 mois plus tard dans THE SEARCHERS. Ce n’est pas la seule parenté avec le film de Ford : la séquence de massacre qui ouvre le film de manière spectaculaire contient certains détails similaires dont le meurtre d’une petite fille tentant de protéger sa poupée. Cette séquence, très bien filmée, prouve le talent de Sherman qui s’exerce ensuite de manière sporadique : dans le choix des extérieurs (autour de Durango qu’on réutilise un peu trop souvent), dans l’utilisation de l’espace et du Scope qui joue beaucoup sur les lignes, les colonnes des tuniques bleues. De nombreux plans larges sont très efficaces, jouant sur les contrastes entre l’avant-plan et la profondeur de champ. L’irruption des Comanches de Quanah qui se déploient en masse sur les hauteurs des collines et que l’on filme de très loin  surplombant la bande de Black Cloud face aux soldats, est saisissante. Les plans larges sont d’ailleurs souvent efficaces, recherchés, utilisant sans doute des doublures et la tension descend de plusieurs crans dans les plans plus serrés.<br />
Il faut dire que le scénario et le dialogue dus au producteur Carl Krueger ne pèchent pas par l’originalité. Les meilleurs moments proviennent, paraît-il, du livre d’Elliott Arnold, Blood Brothers, et le reste empile les clichés même si les intentions sont louables, voulant donner une dignité  aux Indiens, prendre leur parti et mettre en valeur tous ceux qui cherchent la paix. Mais on reste loin de Daves et de Mann : les personnages des méchants sont caricaturaux et simplistes, surtout le commissaire aux affaires indiennes, l’histoire d’amour est bâclée. Restent quelques moments d’action bien filmés comme par exemple durant le dernier affrontement entre Black Cloud et le héros, cette irruption d’un soldat et d’un Indien en train de se battre. Les corps pendant un bref moment se superposent, s’emmêlent. Une chanson idiote massacrée par The Lancers et qui conviendrait mieux aux films de Frankie Avalon, vient gâcher des plans de paysage.</p>
<p><strong><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/calmityjane.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="calmityjane" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/calmityjane.jpg" alt="" width="149" height="250" /></a></strong>CALAMITY JANE AND SAM BASS (LA FILLE DES PRAIRIES)</strong> est un de ces westerns qu’Universal débitait en grand nombre à l’intention du public familial. Il ne faut pas chercher plus de réalisme (lequel est absent de 80% des westerns des années 40) ici que dans une comédie musicale, genre d’où semble sortir la plupart des personnages joués par Yvonne de Carlo. Bien que jouant le rôle-titre, elle est ici un peu sacrifiée et côtoie l’intrigue sans y participer vraiment. Moins même que Dorothy Hart. Mais le film, basé, il faut le noter, sur une histoire de Sherman, ne manque pas de rythme, de charme, d’énergie. La manière dont des courses de chevaux débouchent sur des braquages est plaisamment racontée même si Howard Duff manque terriblement de charisme et d’intérêt. Sherman utilise souvent les plongées et cela de manière très efficace dans les poursuites finales dans des canyons et des collines. Il faut aussi porter au crédit du film d’avoir imposé une fin dramatique comme BLACK BART. La mort de Bass qui a voulu vérifier si son cheval était toujours vivant, est assez jolie et originale. Norman Lloyd joue un mouchard et Lloyd Bridges l’ami du héros.</p>
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		<title>Un peu de cinéma muet ne fait pas de mal, bien au contraire</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2012 08:59:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[FILMS MUETS  REGENERATION (1915 &#8211; Zone 1 couplé avec YOUNG ROMANCE comédie amusante écrite par William deMille sur deux jeunes employés travaillant dans la même boîte qui vont, à l’insu l’un de l’autre, se faire passer pour des aristocrates pendant une semaine. Charmant et un peu mécanique.) REGENERATION est le premier long métrage de Raoul [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span style="color: #ff0000;">FILMS MUETS </span></h4>
<p><strong><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/regeneration.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="regeneration" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/regeneration.jpg" alt="" width="187" height="250" /></a></strong>REGENERATION</strong> (1915 &#8211; Zone 1 couplé avec YOUNG ROMANCE comédie amusante écrite par William deMille sur deux jeunes employés travaillant dans la même boîte qui vont, à l’insu l’un de l’autre, se faire passer pour des aristocrates pendant une semaine. Charmant et un peu mécanique.)<br />
<strong></strong>REGENERATION est le premier long métrage de Raoul Walsh, à 28 ans et son premier chef d’œuvre. Tourné la même année que NAISSANCE D’UNE NATION et tout aussi, sinon plus, révolutionnaire. Un chef d’œuvre qui innove dans bien des domaines et annonce les grands films de la Warner, entre autres. Le réalisme incroyable des extérieurs new-yorkais surprend encore aujourd’hui (Martin Scorsese disait qu’on les filmerait exactement de la même façon), tout autant que le choix des seconds rôles et des figurants (que Walsh alla recruter dans les bouges du Bowery), tous criants de vérité. Certains intérieurs renvoient à Frank Norris ou à Dickens.<br />
Accessoirement, REGENERATION, est peut être aussi le premier film de gangsters de l’Histoire du cinéma et Walsh a déjà trouvé la pulsation rythmique qui fera la force de PURSUED ou de WHITE HEAT : il utilise un découpage très rapide, très sec, le montage parallèle, qu’il associe avec des gros plans, des plans très larges et des mouvements d’appareils. Ceux-ci, fait très rare, ne sont pas uniquement fonctionnels : dans une scène de repas, en se rapprochant du jeune Owen et en l’isolant, un travelling rapide nous fait sentir ce qu’il pense. Ils accentuent, dynamisent, par un mouvement contrarié, l’entrée d’Anna Nilsson dans le repaire du gangster, nous faisant ainsi partager son angoisse, son état d’urgence. Ils nous replacent à l’intérieur de l’histoire et des émotions qui la traversent. Walsh se sert aussi des mouvements circulaires des danseurs pour cacher, rendre plus chaotique une panique créée par un incendie, séquence brillamment dirigée mais à laquelle il confère trop d’importance dans ses Mémoires, omettant des trouvailles plus profondes.<br />
Les premiers plans, incroyablement aigus et rapides, par exemple, sont encore plus innovateurs : le jeune héros est seul dans une pièce quasi-nue où l’on enlève un cercueil. On coupe sur un corbillard dans la rue et puis on voit le gamin aller à la fenêtre. Plan suivant, on voit ce qu’il regarde : le corbillard filmé de son point de vue, ce qui nous attache immédiatement à lui. C’est peut être le premier plan avec point de vue de l’Histoire du cinéma et il crée une grande émotion. Walsh fait d’ailleurs passer tout au long de ce film de gangsters une mélancolie romantique qu’on a souvent sous-estimée. Elle est magnifiquement traduite par la photo du français Georges Benoît qui éclaira les Walsh suivants et que Maurice Tourneur, qui admirait ses films, reprit pour AU NOM DE LA LOI et JUSTIN DE MARSEILLE (Benoît travailla aussi avec Guitry et Pagnol sur LA FEMME DU BOULANGER). Par l’interprétation si moderne de  Rockliffe Fellowes qui préfigure le Brando de ON THE WATERFRONT et celle, délicate et sensible, de  Anna Q. Nilsson. On regrette d’autant plus que des œuvres ultérieures du cinéaste comme CARMEN que vantait Maurice Tourneur, THE SERPENT, PEER GYNT, PILLARS OF SOCIETY, THE HONOUR SYSTEM, placé très haut par Ford, aient disparu.</p>
<p><strong>THE MYSTERY OF THE LEAPING FISH</strong> (1916 &#8211; coffret Bach films consacré à Todd Browning. Zone 2)<br />
Ce court métrage est un des films les plus bizarres de l’histoire du cinéma muet. Bizarre par son sujet : un détective, Coke Ennyday, se bat contre les trafiquants de drogue, lutte contre l’importation de cocaïne  alors qu’il en consomme une quantité industrielle. Son horloge pointe quatre quartiers : sommeil, nourriture, boisson, drogue. Bizarre ensuite par le choix de Douglas Fairbanks dans un rôle inhabituel pour lui : dans sa première apparition, il dort dans une position extravagante et semble littéralement en extase dès qu’il s’injecte de l’opium ou de la coke à l’aide d’une des nombreuses seringues attachées à sa poitrine ou qui pendent à portée de main. C’est dans cet état d’ailleurs qu’il trouve les déguisements les plus farfelus. Fairbanks détestait tellement le film qu’il essaya de le faire retirer de la circulation. Pourtant, ce qui est un comble, il fut tourné deux fois, une fois par Christy Cabanne et puis entièrement refait par John Emerson (pourquoi pas Browning ?) et enregistré, le mot convient mieux que filmé, assez platement. Le résultat est plus curieux que vraiment dôle et c’est surtout son absence de toutes précautions moralisatrices qui laisse pantois. Par ailleurs, on y voit peut être la première télévision de l’Histoire du cinéma.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/coffrettodbrowning.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1660" title="coffrettodbrowning" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/coffrettodbrowning.jpg" alt="" width="165" height="250" /></a>   <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/leapingfish.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1661" title="leapingfish" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/leapingfish.jpg" alt="" width="166" height="250" /></a></p>
<p>Bizarre parce que ce sujet, conçu par Todd Browning (titres d’Anita Loos et on dit que Griffith aurait collaboré au sujet), est traité de manière comique. Faire rire de l’addiction à une drogue dure semble très étrange aujourd’hui. Connaissait-on les effets de la cocaïne ? Il semble que oui puisque de nombreux films de 1916 recensés par Kevin Brownkow dans <em>Behind the Mask of Innocence</em>, dénoncent les ravages de la drogue dont THE DIVIDEND (Walter Edwards), THE DEVIL’S NEEDLE (Chester Whitey également scénariste), ROMANCE OF THE UNDERWORLD (James Kirkwood, 1918, le plus réaliste). Mais sur Internet des amateurs du film disent que la coke était supposée, dans la Californie des années 20, avoir des effets bénéfiques, que Browning et Fairbanks en consommaient et qu’1 malade sur 5 était un drogué. Sa partenaire est ici Bessie Love qui joua dans un autre film sur la drogue, HUMAN WRECKAGE.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/behindthemaskofinnocence.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1663" title="behindthemaskofinnocence" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/behindthemaskofinnocence.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a></p>
<p><strong>THE WHISPERING CHORUS</strong> (soit en zone 2 avec Bach Films sous le titre LE RACHAT SUPRÊME, soit en zone 1 dans un DVD Image de meilleure qualité)<br />
Ce chœur chuchotant est celui des voix qui nous soufflent de faire le bien ou le mal et qui, dans ce film, arrivent périodiquement sur l’écran grâce au miracle de la double exposition. L’originalité du procédé, d’ailleurs utilisé avec modération, renforce l’étrange et paradoxale cohésion de ce film, l’un des meilleurs DeMille dont on ne parvient pas à savoir s’il est réussi en dépit ou grâce à certaines conventions dramatiques. Comme Sidney Carton dans A TALE OF TWO CITIES, John Trimble (écrit Tremble dans la copie française), l’infortuné protagoniste, se sacrifie et se laisse exécuter (la chaise électrique remplace la guillotine), pour préserver sa femme. Trimble, employé de banque misérablement payé, accablé de dettes, avait détourné une  somme d’argent puis, craignant d’être arrêté, avait fui et pris l’identité d’un mort dont il avait trouvé le cadavre. Après des années, on l’accuse du meurtre de ce dernier et il ne veut pas révéler sa véritable identité, sa femme s’étant remariée, risque d’être accusée de bigamie. Il choisit de mourir sur la chaise électrique.<br />
Ce récit qui conjugue faute, rédemption, sacrifice, amour, notions chères à DeMille s’inspire,  se nourrit même, de conventions héritées du théâtre de Mélodrames. Mais la mise en scène est purement cinématographique : réalisation sèche et rapide, découpage vif, inventif, audaces visuelles. La manière dont DeMille utilise tout le long des montages parallèles (le monde de la banque et le héros en fuite), notamment lors de l’ascension sociale de son ex-femme, paraît vraiment moderne. L’apparition subite du cadavre dans un lac serait à sa place dans un film noir des années 40. Et la fleur que garde le héros, symbole de son amour, paraît anticiper sur la rose de QUESTION DE VIE ET DE MORT. Certains défenseurs du film y ont même vu des résonnances brechtiennes, ce qui aurait tétanisé le cinéaste. Jeanie MacPherson, scénariste de presque tous les films de DeMille depuis 1916, signe le scénario d’après un roman de Perley Poore Sheehan. La copie restaurée par la George Eastman House est superbe.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/whisperingchorus.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1664" title="whisperingchorus" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/whisperingchorus.jpg" alt="" width="175" height="250" /></a>   <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/apreslapluie.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1665" title="apreslapluie" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/apreslapluie.jpg" alt="" width="176" height="250" /></a></p>
<p>Toujours DeMille avec <strong>APRÈS LA PLUIE LE BEAU TEMPS</strong> (en zone 2 chez Bach Films, en zone 1 sous le titre DON’T CHANGE YOUR HUSBAND), une de ces comédies matrimoniales dans lesquelles il excella à l’époque du muet. Ici, une épouse (Gloria Swanson bien sûr), lassée du peu d’intérêt que lui porte son mari (qui a la manie de manger des oignons, gag récurrent dans le film), le quitte, convole avec un autre homme et découvre qu’il est pire et de plus sordidement intéressé. Le ton est vif, léger, caustique, brillant. Il faut découvrir tous ces DeMille plus inventifs que ses films parlants. La traduction des intertitres français est fantaisiste : hun, qui signifie boche, est traduit par nazi, ce qui ferait de DeMille, en 1919, un cinéaste visionnaire.</p>
<p><strong>DADDY-LONG-LEGS</strong> (1919, Bach Films)<br />
<strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/daddylonglegs.jpg"><img class="alignleft" style="margin: 2px 7px;" title="daddylonglegs" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/daddylonglegs.jpg" alt="" width="177" height="250" /></a></strong>Le triomphe de ce film poussa, encouragea Mary Pickford à créer avec Douglas Fairbanks et Chaplin, une société de production indépendante, un mini-studio. Il faut dire que DADDY- LONG-LEGS semble taillé sur mesure pour exploiter toutes les facettes, toutes les qualités de la comédienne. Cette histoire d’orpheline littéralement jetée, bébé, dans une poubelle, recueillie dans un épouvantable orphelinat, permet à Mary Pickford de changer constamment de registre : elle est mutine, éplorée, farceuse même dans des moments dramatiques (elle essaie de faire rire des enfants malades), clownesque, révoltée : elle va voler une poupée pour la donner quelques secondes à une petite fille mourante. Les auteurs n’évitent pas toujours les effets trop mignons (le chien saoul). D’autant que Marshall Neilan lui oppose le destin d’une autre petite fille, riche, protégée, égoïste. Le choix de leurs deux prénoms donne lieu d’ailleurs à une fort bonne séquence.<br />
Dans la seconde partie du film, Judy devient collégienne, grâce à l’appui,  la protection d’un homme plus âgé qui veut rester anonyme et se fait appeler John Smith. Elle ne l’entrevoit qu’en ombre chinoise et c’est là qu’elle lui trouve son surnom. Le jeu, l’allure de Mary Pickford change du tout au tout. Elle fait preuve d’une grâce, d’une délicatesse romantique, d’une retenue tout à fait moderne. Peu à peu, au collège, où elle fréquente une société beaucoup plus huppée (deux de ses condisciples, filles de milliardaires, pleurnichent sur leur sort dans la première séquence, fort amusante) elle découvre l’amour. Tous les décors de cette seconde partie sont très luxueux (les portes font le double ou le triple des personnages) et le film endosse deux thèmes majeurs américains : la volonté, la détermination, la prise en main de son destin et le philanthropisme. A noter que les principaux personnages sont tous assimilés visuellement à des fleurs ou des plantes : des cactus et de l’ail sauvage pour la directrice de l’orphelinat et son aide, une rose de serre pour la petite fille riche.</p>
<p><strong>SPARROWS</strong> (DVD zone 2 chez Les Films du Paradoxe)<br />
<strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/sparrows.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="sparrows" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/sparrows.jpg" alt="" width="182" height="250" /></a></strong>Ceux qui ne connaissent que la  dernière partie de la carrière de William Beaudine (surnommé « One Shot Beaudine ») qui comprend des titres aussi pittoresques que BELA LUGOSI MEETS A BROOKLYN GORILLA, BILLY THE KID VS DRACULA ou JESSE JAMES MEETS FRANKENSTEIN’S DAUGHTER éprouveront un choc devant la beauté visuelle, l’audace lyrique de SPARROWS, l’un des meilleurs Mary Pickford. C’est que Beaudine fut un metteur en scène très important pendant le muet, un des mieux payés à Hollywood. THE CANADIAN, par exemple, a une très bonne réputation et il travailla plusieurs fois avec Mary Pickford (LITTLE ANNIE ROONEY, autre film brillant) qui appréciait sa manière de diriger les enfants. Il fut ruiné par la crise de 29 et ne se releva jamais. On lui doit de multiples films de série Z, un western honorable pour Disney (WESTWARD HO, THE WAGONS !) et un film d’exploitation qui fit des recettes astronomiques, MOM AND DAD, sorti en France sous le titre LES FAUSSES PUDEURS.<br />
SPARROWS est le dernier film où Pickford joue, à 34 ans, une adolescente. Il s’ouvre sur un intertitre mémorable : « La part du diable dans la création du Monde, consista en un certain marécage sudiste – un chef d’œuvre d’horreur et le Seigneur qui savait apprécier le travail bien fait, l’accepta ». La suite est du même tonneau : «  Et ensuite, le Diable se surpassa et fit vivre, dans ce marécage, Mr Grimes ». Le plan d’introduction de Grimes, personnage monstrueux, dépourvu de toute conscience, qui semble sorti de Dickens, est magistral : on le voit boiter dans les marais avec des moustiques qui volent autour de son visage aux yeux morts. Il acquiert une poupée pour la donner à une des orphelines qui vivent dans sa ferme/prison mais sur le chemin, lui arrache la tête et la jetant dans des sables mouvants, la regarde lentement se faire engloutir. Gustav Von Seyffertiz en fait une figure inoubliable, une icône du mal. Il exploite des orphelins et des orphelines qu’il a kidnappés avec l’aide de sa femme et de son fils (belles compositions de Charlotte Mineau et Spec O’donnell qui viennent pourtant de la comédie) et retient prisonniers dans ces marécages infestés d’alligators et truffés de sables mouvants.<br />
Cet univers digne de Jérôme Bosch est admirablement recréé par le décorateur Harry Oliver et magnifiquement éclairé par un trio de grands chefs opérateurs : Charles Roscher, Hal Mohr et Karl Struss notamment dans la séquence tendue, forte, très efficace, de la fuite nocturne des enfants qui semble anticiper, jusque dans certaines notations religieuses, sur le mélange d’horreur et de féérie qui faisait le prix de LA NUIT DU CHASSEUR. Le Christ vient enlever l’âme d’un enfant et l’effet est moins sulpicien qu’on pourrait s’y attendre. Ce conte gothique inspiré renvoie à toute une littérature sudiste, voire même à DÉLIVRANCE, traitant de la Rédemption à travers l’horreur. Plus discutable est le dernier quart d’heure qui se perd dans des péripéties accessoires et superficielles.</p>
<p><strong>VICTORY</strong> (1919, zone 2, Bach Films)<br />
<strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/victory.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="victory" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/victory.jpg" alt="" width="159" height="250" /></a></strong>La seule adaptation filmique d’un de ses ouvrages que Joseph Conrad eut la possibilité de voir. Nul doute qu’il fut horrifié par la fin heureuse, qui arrive comme un cheveu sur la soupe et dont l’incongruité est soulignée par des intertitres d’une consternante solennité. Le scénario de Jules Furthman (sous le pseudonyme de Stephen Fox) reste encore prisonnier, tributaire des cartons beaucoup trop explicatifs. Il simplifie, théâtralise le livre (défaut encore accentué dans la version de William Wellman), le dépouille de sa métaphysique et transformant la seconde partie en une ébauche rapide de LA FORÊT PÉTRIFIÉE.<br />
Etrangement, Maurice Tourneur qui produisit Victory ne paraît guère s’intéresser aux scènes d’extérieurs. La Nature, si importante chez Conrad, est quasiment éliminée ou traitée par-dessus la jambe si l’on excepte une ou deux plans durant un étrange flashback. Contrairement aux scènes d’intérieurs qui sont beaucoup plus soignées et témoignent de recherches cinématographiques souvent passionnantes où Tourneur incorpore la profondeur de champ, les diagonales (quand Jack Holt et Seena Owen s’avancent dans un couloir pendant que les branches d’arbres vues à travers les fenêtres bougent avec le vent), le hors champ. On voit Lon Chaney franchir un rideau de perles et regarder à droite Seena Owen dont le dos est entièrement nu. Il rentre dans la pièce, sortant du champ qui reste vide. La camera ne cadrant plus que le rideau. Tout à coup les deux personnages traversent le champ et se ruent dans une pièce à gauche. Etonnant moment de violence qui joue sur le voyeurisme, l’érotisme. Lon Chaney est d’ailleurs l’une des raisons majeures de voir ce film. Il compose un desperado pour reprendre le terme de Conrad, félin, bestial, sournois qui fout la trouille, qui a un rapport animal avec son couteau mais Bee Deeley est aussi très impressionnant en Mr Jones. Les moments d’action sont plutôt bien filmés (jet du couteau en un plan, mort très brutale) dans des plans brefs. Wallace Beery est assez marrant en aubergiste libidineux.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wings.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1669" title="wings" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/wings.jpg" alt="" width="202" height="250" /></a></p>
<p><strong>WINGS</strong> (1927, DVD/Blu-ray zone 1)<br />
Un de ces rares classiques où tout ce qui l’a rendu célèbre à l’époque, lui permettant de remporter le premier Oscar comme Meilleur film (sans être nommé à la réalisation) paraît tout aussi excitant, vivant aujourd’hui : toutes les scènes de guerre, y compris les plans sur les tranchées, l’infanterie et surtout les combats aériens bien sûr, qui n’ont guère été égalés. On comprend les différentes tactiques, les ruses, les pièges. On partage les angoisses, l’exaltation des pilotes sans que cela brouille le sens du film. Wellman (que l’on voit brièvement en soldat dans le dernier combat où il est tué en lançant que ces vautours sont assez bons) veut montrer simultanément l’excitation et l’horreur, le côté épique et la brutalité et sa conclusion est sans ambiguïté. Ce message anti-guerre est bien dans l’air du temps et s’accorde avec l’isolationnisme. Ces séquences étaient souvent bruitées par les exploitants de cinéma qui les projetaient. Notamment par les jeunes Jo et Samy Siritzky, futurs patrons de ParaFrance, dans le cinéma de leur père. Toute aussi mythique est l’irruption de Gary Cooper qui devient une star en quelques plans. Visuellement le film reste  splendide avec une impressionnante photo de Harry Perry. Il y a notamment une scène avec Richard Arlen et la charmante Jobyna Ralston dans un de ses rares rôles sans Harold Lloyd. En train de se balancer. La  caméra est attachée à la balançoire. On voit Roger arriver dans le lointain. La balançoire s’arrête et la jeune femme court vers le nouvel arrivant tandis que la caméra reste en gros plan sur Arlen. Il y a plusieurs moments aussi forts dans cette partie sentimentale qui a été décriée un peu injustement. La fin est tout à fait émouvante jusque dans la manière dont le survivant réalise que le bonheur était à portée de main. Et Clara Bow est excellente, vive et nuancée.</p>
<p><strong>THE TRAIL OF ’98</strong><br />
<a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/trailof98.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1670" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="trailof98" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/07/trailof98.jpg" alt="" width="169" height="250" /></a>Clarence Brown fut un cinéaste très important au temps du muet. Et talentueux. Il suffit de penser à THE GOOSE WOMAN, œuvre audacieuse, à THE FLESH AND THE DEVIL avec Greta Garbo. TRAIL OF ’98 est une évocation épique de la ruée de 1898 vers le Klondike pour y trouver de l’or qui inspira aussi Chaplin. Les scénaristes Benjamin Glazier et Waldemar Young choisissent  au début une structure chorale, avec de multiples  personnages, figures emblématiques du genre – de jeunes gens sans expérience, un chauffeur de locomotive, un couple de commerçants, un jeune garçon, des aventuriers divers, des escrocs -   qui, peu à peu, s’épure, se resserre autour de quelques destins. Ces personnages sont souvent ballotés, voire noyés, dans la  foule, ce qui nous vaut de nombreuses scènes avec des multitudes de figurants, à la fois étonnantes de réalisme (elles sont truffées de détails pittoresques) et spectaculaires : embarquements sur des bateaux archi-combles, camps de chercheur d’or, villes champignons en proie à l’agitation, à la folie, l’ascension de la terrible  Chilkoot Pass. Les intérieurs sont tout aussi soignés, du saloon rempli d’ivrognes et de joueurs aux décors misérables de cahutes, de cabanes où le héros abandonne sa fiancée, idée dramatique assez forte que son revirement ne parvient pas à combler.<br />
Voilà une des œuvres – il n’y en a pas tant que cela – qui renvoie à l’univers de Jack London. On sent le froid dans ces plans de marche à travers la neige, la boue, l’eau glacée même si Brown doit parfois faire appel à des raccords en studio. Il y eut plusieurs morts durant le tournage, « le plus difficile, le plus exténuant de toute ma carrière » déclara le réalisateur. Il y a des plans stupéfiants lors de la descente des rapides du Yukon qui tourne un peu court. La violence, elle, est filmée avec une grande rapidité, une vraie sécheresse (le premier mort dans un saloon) ou traitée de manière elliptique, ce qui la renforce (la manière dont on apprend la mort du jeune garçon). Même le combat final, plus attendu, abonde en coups en traître et se conclut  brutalement par un des protagonistes qui se transforme en brasier humain. Principal bémol : la fadeur de Ralph Forbes et le jeu, souvent explicatif, outré, de Dolores Del Rio, actrice assez limitée. Je voudrais citer d’autres films de Brown, plaisants comme WIFE VS SECRETARY, inspiré, comme l’émouvant THE YEARLING ou les brillants POSSESSED ou A FREE SOUL, relativement audacieux comme INTRUDER IN THE DUST d’après Faulkner. Tous ces films existent en DVD en zone 1.</p>
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		<title>Films noirs et westerns</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Aug 2012 13:29:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[FILMS NOIRS ET POLICIERS Wild Side dans ses Introuvables sort BORDERLINE (qui commence par un carton surprenant : « Milton H. Bren, le mari de Claire Trevor, et William Seiter présentent ») démarre comme un film noir classique : une policière du FBI doit infiltrer un gang de trafiquants de drogue. Mais dès le début, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h5><span style="color: #ff0000;">FILMS NOIRS ET POLICIERS</span></h5>
<p><span style="color: #ff0000;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/borderline.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1628" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="borderline" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/borderline.jpg" alt="" width="120" height="200" /></a></span>Wild Side dans ses Introuvables sort <strong>BORDERLINE</strong> (qui commence par un carton surprenant : « Milton H. Bren, le mari de Claire Trevor, et William Seiter présentent ») démarre comme un film noir classique : une policière du FBI doit infiltrer un gang de trafiquants de drogue. Mais dès le début, Seiter et son scénariste Devery Freeman (pourvoyeur de Red Skelton, d’Abbott et Costello, de Francis, Le  Mulet Qui Parle)  imposent un ton de comédie : Claire Trevor n’arrive pas à en placer une pendant que les flics parlent de son cas, elle tente de séduire Raymond Burr lors d’une chanson et d’une chorégraphie absurde (elle répète constamment la la la, en jetant les bras en l’air). La rencontre avec Fred MacMurray, gangster qui double Burr et s’enfuit avec elle et la drogue, vire au marivaudage, à la comédie de couple avec l’inévitable scène dans une chambre d’hôtel que les soi-disant jeunes mariés sont censés occuper. D’autant qu’on découvre que MacMurray est, lui aussi, policier et qu’en fait ils tentent de se piéger l’un l’autre. Les moments d’action sont ultra rapides, les morts n’ont pas l’air de compter (à une notation macabre près quand Trevor s’aperçoit qu’un dormeur est mort) et sont même objets de gags, l’enjeu du délit – la drogue – n’a aucune importance. Le ton est placide, le jeu des comédiens flegmatique et Seiter impose indéniablement une certaine rapidité, quasi invisible, sans jamais se mettre en avant. Cette légèreté ne génère pas beaucoup de tension dramatique. On se dit que le film aurait beaucoup gagné à être dialogué par William Bowers et joué par Robert Mitchum et Jane Greer.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/side-street.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1629" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="side street" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/side-street.jpg" alt="" width="125" height="200" /></a>J&#8217;ai trouvé <strong>SIDE STREET</strong> <strong>(LA RUE DE LA MORT)</strong> &#8211; sorti par Wild Side en même temps qu’INCIDENT DE FRONTIÈRE -  meilleur que dans mon souvenir. Avec des moments très aigus, très forts. Une réelle dureté de ton. Je me demande même si un ou deux moments de commentaire n&#8217;ont pas été rajoutés parce que le studio craignait que le personnage de Farley Granger ne soit pas assez sympathique. La mise en scène de Mann le dépouillait de tout romantisme (ce que l&#8217;on regrette stupidement par rapport au Ray : cela équivaut à reprocher à Hemingway d’être moins prolixe que Claudel), le mettait à nu dans sa fébrilité, bref décuplait l&#8217;écriture du scénario souvent astucieuse de Boehm. Tout ce que dit le commentaire est traité dans la mise en scène mais les mots tentent d&#8217;ajouter un quotient de sympathie.<br />
Dans le dernier tiers il y a une ou deux péripéties mal centrées : la dérive vers le personnage de Jean Hagen, l&#8217;arrivée des flics à la fin.</p>
<h5><span style="color: #ff0000;">WESTERNS</span></h5>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/ventdelaplaine.jpg"><img class="size-full wp-image-1630 alignright" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="ventdelaplaine" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/ventdelaplaine.jpg" alt="" width="145" height="200" /></a>Revoir <strong>LE VENT DE LA PLAINE</strong> est un plaisir qui s’accroit à chaque vision. L’ampleur, le souffle du film, la largeur de sa vision, son humanisme me touchent chaque fois davantage. Et ce, malgré les coupes dont me parla Huston qui réduisirent le personnage de John Saxon, double de celui d’Audrey Hepburn, qui disparaît abruptement du film. Ce fort beau scénario de Ben Maddow (et Huston) est, selon Guérif qui donne de précieux renseignements dans les bonus, fidèle au livre d’Alan Le May, l’auteur du roman la PRISONNIÈRE DU DÉSERT dont Guérif signale la parution d’une nouvelle traduction, complète celle-là. L’exemplaire que j’ai avait paru dans une collection destinée à la jeunesse. Je n’ai jamais oublié les apparitions fantomatiques, dans le vent de sable, de cet officier prêcheur de haine qui sème la violence. Ni la confrontation entre les chants indiens et le piano de Lilian Gish. Je suis étonné que Huston ait dit qu’il détestait le film à cause de l’accident qui provoqua la fausse couche d’Audrey Hepburn. Il me parla longuement d’Audie Murphy qu’il aimait beaucoup, me cita des scènes et pas sur le ton de quelqu’un qui les renie.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/river-lady.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1631" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="river lady" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/river-lady.jpg" alt="" width="122" height="200" /></a>RIVER LADY (LE BARRAGE DE BURLINGTON)</strong>, encore un Sherman dont la première partie est vraiment agréable. La mise en scène qui combine souvent travellings et panoramiques pour accélérer le rythme est enjouée, plaisante. De grands mouvements ponctuent, soulignent, magnifient les entrées de champ (notamment la première apparition) d&#8217;Helena Carter, beaucoup plus mutine et vive que d&#8217;habitude. « Si vous continuez, je vais vous fesser » lui dit Rod Cameron en réponse à ses avances. « Je crois que j&#8217;aimerais bien cela » répond-elle. Les premiers plans du film, d&#8217;immenses arbres qu&#8217;on abat, témoignent d&#8217;une attention au paysage, à l&#8217;espace, qui fait le prix des meilleurs Sherman, même si par la suite, des transparences bancales gâchent le plaisir. On sent que le studio a voulu économiser le nombre de cachets en extérieurs pour les vedettes, surtout Rod Cameron condamné à lancer des ordres à une pelure de transparence. Le premier plan d&#8217;intérieur est encore plus réussi : Sherman nous montre une pièce archi-remplie de bûcherons qui s&#8217;entassent sur des lits, des chaises, des tabourets. Cela devient  les 70 frères de Barberousse avant l&#8217;arrivée de Jane Powell. Le dialogue de William Bowers donne de la vivacité aux scènes qui opposent Yvonne de Carlo, Rod Cameron et Dan Duryea : « je crois que je pourrais apprendre à détester votre copain si je m&#8217;y mettais vraiment », déclare ce dernier à Lloyd Gough. Malheureusement le dernier tiers est plus faible. Les personnages, surtout celui de Dan Duryea qui n&#8217;a plus rien à faire, ne progressent pas, les péripéties sont convenues et certains plans montrant la descente de la rivière sont répétés ad nauseam. La bagarre finale est plus prometteuse sur le papier et sa réalisation déçoit. On change presque de film.</p>
<p><strong></strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/passageinterdit.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1633" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="passageinterdit" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/passageinterdit.jpg" alt="" width="125" height="200" /></a>Les principales qualités d&#8217;<strong>UNTAMED FRONTIER (PASSAGE INTERDIT)</strong> sont formelles, visuelles. Dès le premier plan, un panoramique le long de barbelés sur fond de ciel noir d&#8217;orage qui va cadrer un cavalier près d&#8217;une pancarte interdisant le passage (ce plan est repris, inversé, dans le cours du film). Dès les plans suivants, un panoramique de nuit dans une cour d&#8217;habitation suivi d&#8217;un très léger travelling avant qui s&#8217;enchaîne sur un gros plan d&#8217;un fouet sur une cheminée avec un travelling arrière qui recadre le propriétaire du domaine. Trois plans très composés. J&#8217;ai été frappé par la qualité de la photo de Charles Boyle (BATTLE AT APACHE PASS, TOMAHAWK)  avec ses dominantes, ses principes d&#8217;éclairages très contrastés qui renvoient davantage au film noir. Comme d&#8217;ailleurs certains cadres qui privilégient les contre-plongées dans les escaliers, les plongées comme celle très belle lors de l&#8217;entrée de Scott Brady et de Shelley Winters, qui viennent de se marier : elle accentue le malaise qui prévaut dans la scène. A plusieurs reprises, Fregonese compose des images qui témoignent des mêmes recherches que APACHE DRUMS : plan en courte focale opposant Shelley Winters et Scott Brady durant leur altercation, juxtaposition d&#8217;une robe noire et d&#8217;un mur gris ocre dans la salle à manger, gros plan sur Shelley Winters, toujours en robe noire avec une assiette violette à sa droite et du pain de maïs jaune à gauche, jeu avec des miroirs et des personnages dans le fond de la pièce, plan rapproché sur Lee Van Cleef et Scott Brady qui suggère des rapports troubles.<br />
Le sujet d&#8217;ailleurs et ses premières implications (un avocat fourbe arrange un mariage pour que la femme ne puisse témoigner contre son mari) renvoient au film noir. Malheureusement le scénario très mal construit hésite entre les sujets, les effleure à peine et surtout les résout à la va-vite. Après une assez mauvaise scène de « stampede » (qui fait bâclée), les méchants sont liquidés  en deux coups de cuillère à pot sans l&#8217;aide des héros. Et puis Shelley Winters et Cotten manquent terriblement de charisme. C&#8217;est d&#8217;ailleurs inouï le nombre de westerns tournés par cette dernière et elle paraît souvent totalement déplacée (sauf dans WINCHESTER 73). La fin est vraiment décevante et soldée.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/redsundown.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1634" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="redsundown" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/redsundown.jpg" alt="" width="125" height="200" /></a>RED SUNDOWN (CRÉPUSCULE SANGLANT)</strong> est un western agréable malgré des extérieurs passe partout, une bourgade de studio (aux rues un tout petit peu plus animées que d&#8217;ordinaire) et une photo ultra classique de William Snyder. Le sujet (écrit par Martin Berkeley qui détient le record des dénonciations) laisse percer, comme dans les films de SF d&#8217;Arnold, des intentions pacifistes et morales : un tueur à gages essaie de se racheter. Rory Calhoun est plutôt pas mal (c&#8217;est un de ses meilleurs rôles), assez crédible. Les acteurs sont tous « typecasted » mais font leur boulot très efficacement (ils pourraient jouer ces personnages dans leur sommeil) : Robert Middleton en rancher tyrannique et menaçant (il a une peignée mémorable avec Calhoun, une des bonnes scènes du film), Dean Jagger en shérif intègre et, hélas, Martha Hyer, toujours fade en amoureuse languissante. La bonne surprise vient de Grant Williams qui trouve son premier rôle et deviendra un acteur fétiche d&#8217;Arnold : il joue un tueur doucereux, toujours ricanant, qui parle de manière mesurée et qui fait assez peur. Les séquences qui l&#8217;opposent à Calhoun sont vraiment réussies et font oublier le rebondissement hâtif de la première partie (la manière dont le héros échappe à une bande de tueurs qui ressort du serial). La fin est curieusement aussi abrupte qu&#8217;ouverte,  qui évite le mariage. C&#8217;est une production d&#8217;Albert Zugsmith.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/shotgun.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1635" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="shotgun" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/shotgun.jpg" alt="" width="129" height="200" /></a>Revu <strong>SHOTGUN !</strong> (qui était sorti en France sous l&#8217;admirable titre de AMOUR, FLEUR SAUVAGE, peut-être parce qu&#8217;on voit deux ou trois fois, pas plus, des fleurs en avant-plan) et qui est un des seuls Lesley Selander visible avec PANHANDLE (écrit et joué par Blake Edwards) dans tous ceux que j&#8217;ai vu. Pourtant le début est catastrophique : découpage lamentable, décor de ville bâclé, cadrages plats. Le film s&#8217;améliore nettement quand on sort en extérieurs (tournés près de Sedona). Il  y a plein de petits détails marrants : la manière dont Sterling Hayden traite, rudoie Yvonne de Carlo ou, plus tard, lui demande du café sèchement. Elle s&#8217;insurge et l&#8217;engueule et lui redemande du café. Il y a un dialogue assez marrant avec un conducteur de diligence qui met un temps fou à se souvenir des choses. Dans la même scène, Sterling Hayden essaie de remplir sa gourde à un tonneau fixé sur la diligence mais le conducteur qui avait pourtant donné son accord, démarre le laissant interloqué. Zachary Scott joue un chasseur de primes cynique et les rapports qu&#8217;il a avec Hayden évoquent un peu les Boetticher. Le dialogue de toute cette partie (écrit par Rory Calhoun (!!!) et un scénariste qui écrivit la série TV où il joua puis, plus tard, SHALAKO) sont amusants : Zachary Scott qui fait ses comptes, le chef des hors la loi qui déclare, parlant de Robert Wilke à qui il vient de dire au revoir : &laquo;&nbsp;on peut être poli avec un homme qu&#8217;on va tuer&nbsp;&raquo;. Duel à la fin au Shotgun (plus prometteur qu&#8217;excitant) mais le traître n&#8217;est pas tué par le héros.<br />
Et j’ai trouvé cela sur Lesley Selander, qui intrigue : “One standout that is seldom seen nowadays, however, is Return from the Sea (1954), a sentimental and lyrical story of a cynical, embittered merchant seaman and the equally disillusioned waitress he meets in a dingy diner in the waterfront section of town. It&#8217;s a surprisingly sensitive work for a man who spent his career making tough, macho shoot-&#8217;em-ups, and even more of a surprise are the outstanding performances by an unlikely cast : tough-guy Neville Brand as the sailor, perennial gun moll Jan Sterling as the waitress, and a terrific job by veteran heavy John Doucette as a garrulous, happy-go-lucky cab driver determined to bring the two together. With this little jewel Selander proved he was capable of much more than cattle stampedes, Indian attacks and gangster shootouts, but unfortunately he never made another one like it.”</p>
<h5><span style="color: #ff0000;">Vous connaissez ?</span></h5>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/joedakota.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1636" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="joedakota" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/joedakota.jpg" alt="" width="125" height="200" /></a>JOE DAKOTA</strong> reste toujours un ovni. Ce démarquage d’UN HOMME EST PASSÉ (qui prend le contrepied de toutes les options, formelles ou dramatiques, de Sturges), transformé en parabole christique, possède toujours autant de charme. Aucun coup de feu mais un ton nonchalant, décontracté, à l’image de la démarche de Jock Mahoney lequel se cogne à une enseigne, prend un bain dans l’abreuvoir public. Michael Rawls signalait justement la pancarte SADDLES qui ponctue l’arrivé et Luana Patten. Francis McDonald qui joue le vrai Joe Dakota dans un flash back épuré, fut une star du muet, chez de Mille.</p>
<p>N’oublions pas les serials dont Bach films s’est fait une spécialité, notamment le brillant et réjouissant <strong>ZORRO’S FIGHTING LEGION (ZORRO ET SES LÉ GIONNAIRES)</strong> avec ses célèbres travellings (je conseille à tous ceux qui ne veulent pas voir tous les épisodes, avec les résumés et les résolutions souvent tirées par les cheveux de regarder la version film, en vf, qui était sortie en salle) et <strong>THE CRIMSON GHOST</strong> où l&#8217;on retrouve dans les bagarres, le choix des extérieurs, le découpage, le talent de nos deux duettistes. Entre autres.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/zorro.jpg"><img class="alignnone size-full wp-image-1637" title="zorro" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/zorro.jpg" alt="" width="127" height="200" /></a>  <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/crimsonghost.jpg"><img title="crimsonghost" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/05/crimsonghost.jpg" alt="" width="141" height="200" /></a></p>
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