Coup de gueule

13 octobre 2011 par - DVD

Après les Regrets de fin septembre, place à un coup de gueule contre les TRESORS DE LA WARNER, équivalent français de THE WARNER ARCHIVES, vendus à des prix prohibitifs (20 euros) pour des films très largement bénéficiaires avec le temps. Plus grave, la plupart des titres, disent les internautes, utilisent de vieux masters usés, non restaurés. Et, ce qui est criminel, les formats ne sont pas respectés.

LE CYGNE (pas terrible) et THÉ ET SYMPATHIE de Minnelli (bien meilleur) sont diffusés en 4/3 alors que sur Warner Archives US, il s’agit des 2.35, 16/9 remastérisés. Comme l’écrit un internaute : « Si vous voulez que cette collection soit pérenne même à un prix élevé, merci de fournir des masters corrects sachant qu’en plus, ils existent. Merci également de fournir les bonnes informations aux cinéphiles qui prennent le risque de commander vos produits ».

Il suffit de comparer avec la petite collection rouge de Gaumont qu’on trouve sur le net ou à la boutique Gaumont, à des prix plus abordables même si les films ne sont pas restaurés.

Plaisirs

Je reviens sur quelques titres, revus avec plaisir : L’INEVITABLE MONSIEUR DUBOIS de Pierre Billon (comédie à l’américaine vraiment amusante et rythmée, avec une Annie Ducaux inattendue) ; J’ÉTAIS UNE AVENTURIÈRE (Edwige Feuillère est parfaite dans le rôle de comédie qui la dégèle quelque peu) ; TONI (dont j’ai déjà parlé, un des meilleurs Renoir) ; L’ALIBI (un policier talentueux de Pierre Chenal avec un Stroheim étonnamment sobre, un Jouvet retenu. La fin, hélas, fut imposé par le producteur) ; SIGNÉ ARSENE LUPIN (l’un des premiers scénarios de Jean-Paul Rappeneau, astucieux, inventif. Yves Robert, Jacques Dufilho sont irrésistibles : il faut entendre ce dernier dire : « Monsieur donne trop ». Robert Lamoureux ne s’en sort pas mal du tout. Ce n’est pas indigne du Becker.) ; SANS LENDEMAIN, UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE (l’un des Deray les plus personnels) ; LES ABYSSES ; ALLEMAGNE ANNÉE ZERO (un Rossellini majeur) ; LA VERITÉ SUR BÉBÉ DONGE (un chef d’œuvre) ; LE DERNIER DES 6 (que j’avais trouvé brillant) ; ANTOINE ET ANTOINETTE (un très bon Becker). Je dois revoir MOLLENARD, un Siodmak très fort, très âpre, SANS LENDEMAIN.

Et SOUS LE SIGNE DU TAUREAU de Gilles Grangier que j’hésitais à voir (vu les autres Grangier de l’époque et qui fut une découverte et une très plaisante surprise). Au début, il faut passer outre une certaine esthétique qui prédomine dans les derniers Alain Poire : photo vraiment plate de Walter Wottiz où tout est trop éclairé, décors typique Vème République (cela constitue presque un constat). Le sujet  (François Boyer, Grangier, Audiard) intrigue et petit à petit se dégage une amertume (les rapports avec Susanne Flon), une colère qui vont grandissantes. Le rapport de Gabin à son métier est écrit sans fioritures, sans acrobaties verbales. La scène avec le génial Alfred Adam est du meilleur Audiard : la description de la manière dont on pouvait s’enrichir sous l’Occupation est savoureuse. Mais surprise, il dépasse le constat bienveillant et oppose à Adam, un Gabin sobre dont une réplique au moins parait très autobiographique : « et toi qu’est-ce que tu faisais ? » –  » Moi, j’étais sur les plages ».

Déjà, auparavant, quelques revers de volées sur les banques, les grandes fortunes, la belle famille qui réussit dans les affaires, renvoient à des moments du PRÉSIDENT. Et puis, il y a deux ou trois bonheurs d’écriture qui font plaisir, sur la Normandie en Automne. Et entendre déjà  que « Capitaux privés ou subventions, la Recherche est condamnée à la mendicité » est aussi plaisant que « je suis pour l’Europe des travailleurs contre l’Europe des actionnaires »… Audiard.

Raymond Gérome et Ledoux sont parfaits et Dalban, sobre, fait son 178ème patron de bistrot. La fin du film qui aurait pu être plus lyrique m’a touché peut-être aussi à cause de cette sobriété chaleureuse, un peu effacée qui donne leur ton, leur couleur aux meilleurs Grangier. Je ne m’y attendais pas du tout. Dommage que le résumé au verso donne la fin du scénario.

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Commentaires (23)

 

  1. Damien DOUSSIN dit :

    Pour information à tous, dans la collection Warner, le Minnelli qui est présenté en 4/3 non anamorphosé est LA TOILE D’ARAIGNEE (THE COBWEB). Et même si le film est plus mineur que THE ET SYMPATHIE, cela n’en reste pas moins dommage…

    • Mathieu dit :

      A Damien Roussin:
      Je n’ai pas aimé THE COBWEB et j’ai souvent un problème avec les films hollywoodiens parlant de psychiatrie, y compris le vanté SUDDENLY LAST SUMMER de Mankiewicz.
      J’ai rarement des problèmes avec la collection Les Trésors Warner, sauf dans leur collection films criminels où ils ont sorti LES AMANTS DU CRIME (TOMMOROW IS ANOTHER DAY) de Felix Feist recadré en 16/9, ce qui est injustifiable pour ce film de 1951. Le transfert de THE MAN I LOVE de Walsh n’est pas terrible non plus, définition molle, sous-titres incrustés et image apparemment légèrement zoomée, dommage pour ce beau film plein d’atmosphère et au ton original (et qui n’est pas vraiment un « film criminel »).

      • Bertrand Tavernier dit :

        A Mathieu
        Je partage vos réserves sur thé COBWEB. SUDDENLY LAST SUMMER, c’est plus passionnant ne serait ce qu’à cause des obsessions de Tenessee Williams et du travail scénaristique de Mankiewicz

        • Rouxel dit :

          Revoyez »Vol au dessus d’un nid de coucou »ou l’excellent film avec Warren Beatty dans le role d’un infirmier dans une clinique psychiatrique.

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Rouxel
          Warren beatty ? J’ai du le confondre avec jack Nicholson

        • MB dit :

          à Bertrand: Warren Beatty oui Rouxel parle de LILITH.

  2. Alexandre Angel dit :

    Attention, petite injustice (même si le coup de gueule de ci-dessus est dans l’ensemble légitime)à réparer quoique tardivement : THE ET SYMPATHIE ,aux Trésors Warner, n’est absolument pas présenté en 4/3. C’est bien du 2.35 anamorphosé 16/9. La copie est pas mal.

    • Sullivan dit :

      Je confirme ce que dit Alexandre Angel, copie 16/9, format respecté… et un des plus beaux mélos de Minnelli. Deborah Kerr et John Kerr, qui n’ont pas de lien de parenté, avaient dans un premier temps joué la pièce éponyme de Robert Anderson, dont le film est adapté, à Broadway. Quelle élégance dans la mise en scène, les déplacements de caméra, le tout emballé par une photo pastel d’une très grande poésie signée John Alton. Le plan des voilages de la fenêtre de la chambre du personnage de Tom, qui emmènent le spectateur 10 ans en arrière, et le même plan lors du retour au temps présent, le plan final dans le jardin lors de la lecture de la lettre m’avaient laissé une très forte impression, un peu comme m’avaient profondément marqué certains plans de BLACK NARCISSUS…
      THE ET SYMPATHIE, voilà un bien beau film, courageux (évocation de l’homosexualité dans l’amérique puritaine de 1956 !), bien joué, plein de finesse, constitué de multiples détails, une porte d’appartement qui se referme réduisant l’intensité de la lumière dans un couloir d’entrée, un visage dans l’obsurité, des échanges de regards… un des plus grands rôles de Deborah Kerr assurément.

  3. Johnf837 dit :

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  4. agnès dit :

    Bonjour Mr Tavernier
    En lisant votre début de commentaires,je suis perplexe quant à mon envie d’acquérir « Le grand attentat » d’A Mann édité par Warner.Présente-t- il les mêmes défauts que les films que vous citez? Pourriez vous éclairer ma lanterne ?
    Très cordialement

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Agnès
      LE GRAND ATTENTAT, the TALL TARGET est un des films majeurs de Mann une vraie réussite

      • Sullivan dit :

        Coïncidence ! Je viens de le découvrir hier soir. C’est vraiment superbe. J’adore les films de trains, et je le préfère à « L’Enigme du Chicago-Express » de Fleischer sorti quelques mois plus tard (aux USA). Powell est très bien, mais la force interprétative vient des seconds rôles, tous amoureusement croqués par Mann (le colonel joué par Adolphe Menjou, la jeune esclave campée par Ruby Dee, la pro-Lincoln interprétée par Florence Bates, le conducteur du train incarné par Will Geer… et j’en passe !).
        Détail croustillant : le personnage de policier campé par Dick Powell, qui tente de déjouer un complot d’assassinat contre la personne d’Abraham Lincoln juste avant la guerre entre les états, s’appelle John Kennedy ! (JFK était déjà un peu connu à l’époque, en 51).
        Enfin, la silhouette de Lincoln à la toute fin du film m’a évoqué la poésie et la force (toutes proportions gardées) du dernier plan de « Young Mr. Lincoln » de Ford, quand Fonda monte une colline à pied…)

        • Bertrand Tavernier dit :

          A Sullvan
          Le fait que ce soit un film « historique » le rend difficilement comparable avec NARROW MARGIN : la photo est différente, plus altonienne dans le Mann. Le fait que le policier s’appelait John Kenne dy est authentique nous avaient dit Mann et l’un des scénaristes

  5. Martin-Brady dit :

    L’Alibi est pas mal du tout, j’ai trouvé Jany Holt étonnamment moderne, je crois avoir peu vu cette actrice. J’extrais un bout de dialogue admirable, après que Stroheim ait assassiné l’amant de sa femme au volant de sa voiture, à coups de pistolet:
    Un badaud: J’ai tout de suite compris qu’il y avait eu un accident, moi!
    Un gendarme: En effet, on a souvent des accidents quand on conduit avec deux balles dans la tête!
    Je n’ai pas vu la fin imposée par la production, car le dvd avait un défaut de fabrication et s’est interrompu après 1h19…

  6. MAXOU37 dit :

    Effectivement c’est dommage pour Thé et sympathie que j’avais beaucoup aimé quand je l’avais vu (ah Deborah Kerr).

  7. AUGELMANN dit :

    Je viens d’apprendre qu’un amendement vient de passer (en douce, comme toujours)pour plafonner les taxes reversées au CNC, l’excédent entrant directement dans les caisses de l’état; le ministre de la Culture (l’inénarrable Frédéric Mitterrand) est bien sûr aux abonnés absents; si je ne me trompe pas(Mr TAVERNIER pourra nous en parler mieux que moi) il s’agit de la destruction d’une loi de 1946 (une loi voulue par Léon BLUM,je crois).Après l’effondrement du budget de la culture depuis 2007(moins de 0,4% du budget de la nation)cette mesure qui est inique et choquante, n’est malheureusement pas surprenante de la part de nos gouvernants;il me tarde de les voir congédiés avec perte et fracas. Si seulement c’était demain.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Augelman, en effet cette mesure est scandaleuse et la SACD, l’ARP, la SRF ont violemment protesté. Nous nous battons

  8. Desages André dit :

    Dans la collection Gaumont à la demande, je signale également les 2 Molinaro de début de carrière: Le Dos au Mur (d’après Dard) et surtout UN TEMOIN DANS LA VILLE, avec Lino Ventura, qui est peut-être le meilleur film de ce cinéaste. PEAU D’ESPION m’a paru beaucoup plus terne, malgré une bonne photo. J’ai pour ma part aussi adoré L’INEVITABLE MONSIEUR DUBOIS, très drôle, très inventif, que cite le Lourcelles, et qui me fait penser à L’Honorable Catherine de Marcel L’Herbier par son ton proche de la comédie américaine. SA MAJESTE MONSIEUR DUPONT est une sympathique comédie franco-italienne signée Blasetti, présenté qu’en VF par l’éditeur. Vu également deux mélodrames à la mauvaise réputation: Les Aristocrates, de Denis de la Patellière, avec Pierre Fresnay, chronique d’une décomposition familiale, au sujet assez éculé, à la mise en scène un peu froide mais assez agréable à regarder quand même grâce à Fresnay et surtout QUAND TU LIRAS CETTE LETTRE, de Melville, que j’ai trouvé bien meilleur que sa réputation, surtout si l’on accepte le cadre mélodramatique dans lequel s’inscrit l’histoire. Revu également pour la 3 ou 4ème fois UN CARNET DE BAL de Duvivier, inégal sans doute, mais que j’aime beaucoup. LES MYSTERES D’ANGKOR est un film d’aventure très moyen de Dieterle, en fin de carrière. LES DEUX ORPHELINES de Freda ne vaut guère mieux. LE RIDEAU ROUGE est surtout une curiosité, unique film d’André Barsacq. Au mois de novembre sortira MARIE-MARTINE de Albert Valentin que je n’ai jamais vu, mais dont on dit beaucoup de bien.

    • Bertrand Tavernier dit :

      A Desages André
      D’accord avec vous et Marie Martine est un fort bon film écrit sans être crédité par Anouilh

    • Martin-Brady dit :

      Bonjour
      Vous me faites penser, Desages André, citant les Molinaro: La « Gaumont Rouge » reprendra peut-être Le Gang Des Otages, qui m’avait frappé par sa noirceur quand je l’avais vu sur le câble, rien à voir avec les comédies qui ont fait le succès de ce cinéaste. D’après Boudard, ambiance très pessimiste, désespérée, j’avais été surpris étant tombé là-dessus par hasard, en plus, c’est l’un des rares premiers rôles de Daniel Cauchy, dont je regrette toujours qu’il ait été si souvent cantonné aux utilités, même si on adore le revoir ainsi dans Touchez Pas Au Grisbi ou Bob Le Flambeur.

  9. Ballantrae dit :

    Je confirme que la collection Gaumont rouge n’a pas fait l’objet d’une restauration pour ce qui est de Toni et que la maison a offert la meilleure copie existante (càd un peu altérée tout de même…certes il faut raison garder en numérisant mais bon , c’est bien de gommer qqs défauts).
    Regret: absence absolue de boni!
    Le film est effectivement l’un des plus beaux Renoir avec son ambition folle qui en fait un précurseur de Rossellini tant pour les extérieurs naturels, le son direct que le naturel du travail des acteurs.Renoir avec son air de ne pas y toucher demeure le plus grand dans ces années 30, le liant entre les grands du muet et les modernes de l’après guerre ( de Bresson à la Nouvelle Vague).
    Toni est un peu à l’ombre de Partie de campagne,La grande illusion, La bête humaine et surtout La règle du jeu or il doit être considéré comme leur égal qualitativement parlant!
    J’avais beaucoup aimé Tea and sympathy mais vue la collection je préfère le copier sur TCM! Ce n’est pas la seule collection qui ne respecte pas les formats et qui semble prendre le spectateur pour un abruti!

  10. Jack Montbrun dit :

    Monsieur Tavernier Bonjour,
    Je tiens un blog qui entre autre fait la promotion chaque année du festival « un producteur dans la ville » à Nîmes. Je viens de recevoir cette demande :

    Responsable de l’association Cultures et Cinémas à Ferney Voltaire (à coté de Genève) nous voudrions poursuivre en 2012 notre soirée projection – débat dans le parc du Chateau Voltaire (oui, oui celui du philosophe) après avoir reçu Edouard Molinaro en 2010, Patrice Leconte en 2011. En 2012 nous voudrions projeter « Que la fête commence » en présence du réalisateur Bertrand Tavernier. Serait-il possible d’avoir les contacts avec ce réalisateur pour l’inviter à une projection en juillet 2012

    Merci de les joindre si c’est possible leur site « FRERE », (ou culture et cinéma) se trouve sur le commentaire: http://lacalmette.midiblogs.com/archive/2011/06/26/bertrand-tavernier-pour-le-festival-un-realisateur-dans-la-v.html#c540860

    Bien cordialement,
    Jack Montbrun

  11. jean-charles freycon dit :

    Très belle collection, la Gaumont à la demande. Copies non restaurées mais très belles pour ce que j’en ai vu. (Les restaurations numériques, souvent, sont un vrai massacre, à force de gommer les défauts il ne reste plus rien…) J’ai revu ainsi avec grand plaisir « Mollenard », que j’avais découvert il y a plus de 20 ans (ainsi que « l’homme de nulle part », peut-être même d’ailleurs dans le même cycle) au cinéma de minuit de Brion, qui était mon seul ciné-club, moi qui vivais à la campagne. Siodmak était alors devenu pour moi un nom de code magique (il va y avoir du noir, ça voulait dire) avec « Mollenard », je le guettais depuis longtemps en dvd.

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