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	<title>DVDBlog, par Bertrand Tavernier &#187; DVD</title>
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		<title>Films britanniques</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Feb 2012 16:09:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En revoyant des films noirs britanniques pour la Malle aux trésors de décembre, j’ai découvert un sous-genre qui, à ma connaissance, a été peu étudié : le film criminel de marché noir qui comprend de nombreux titres, surtout entre 1945 et le début des années 50. Le plus célèbre, le plus archétypal, est bien sûr [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En revoyant des films noirs britanniques pour la <a title="La Malle aux trésors" href="http://www.forumdesimages.fr/fdi/L-Academie/La-Malle-aux-tresors-de-Bertand-Tavernier" target="_blank">Malle aux trésors</a> de décembre, j’ai découvert un sous-genre qui, à ma connaissance, a été peu étudié : <strong>le film criminel de marché noir</strong> qui comprend de nombreux titres, surtout entre 1945 et le début des années 50. Le plus célèbre, le plus archétypal, est bien sûr LE TROISIEME HOMME qui tient drôlement bien le coup. L’ironie typique de Graham Greene, le scepticisme humaniste de Carol Reed (qui se battit pour imposer la musique dans la version qu’on entend, refusant les orchestrations, les interprétations par des solistes prestigieux) ont été souvent méconnus. On citera bien sur le magnifique IL PLEUT TOUJOURS LE DIMANCHE avec ces formidables personnages de femmes frustrées et amoureuses, ces magouilleurs, ces asiles de nuit, ces criminels imbéciles. Et la photo de Douglas Slocombe.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/pooloflondon.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1088" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="pooloflondon" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/pooloflondon.jpg" alt="" width="138" height="200" /></a>J’ai adoré revoir <strong>POOL OF LONDON</strong>, fort bien réalisé par Basil Dearden qui, à partir d’une histoire de trafic de cigarettes et de bas, dérive vers des sujets qui n’étaient pas abordés à l’époque : l’amitié entre un Noir (Earl Cameron) et un Blanc (Bonar Colleano, excellent et qui mourra trop jeune ; il a un coté Stanley Baker), le racisme très présent dans l’Angleterre. Il y a même une romance interraciale entre Cameron  et la douce Susan Shaw, traitée avec légèreté, sans ostentation. Le scénario de John Eldridge et Jack Whittingham fait basculer le héros, presque à son insu, dans le monde du crime. Les magouilles de marché noir débouchent sur le trafic de diamants. Il y a un hold-up très original, qui utilise de manière spectaculaire les extérieurs réels : le Londres encore ravagé par les bombardements, aux rues quasi vides. Ce qui donne un ton surprenant aux poursuites de voitures. Dearden était vraiment un grand spécialiste des extérieurs (cf THE BLUE LAMP), qu’il savait très bien filmer. Il décrit un nombre important de décors, de lieux très révélateurs et très chargés dramatiquement : music hall de troisième ordre, pubs mal famés, tunnel routier, les docks. Comme dans la plupart des autres films, la photo de nuit est exceptionnelle. Carles Barr voyait dans POOL OF LONDON l’apothéose des qualités d’Ealing, cette sobriété humaniste qui met en valeur la ténacité, le courage des « serviteurs publics ».<br />
Quand je pense qu’on lui reprocha d’aborder dans le fort bon SAPPHIRE, le thème des problèmes raciaux avec trop de retard. Visiblement, ces grands esprits ne connaissaient pas POOL OF LONDON. Il y a une amertume dans SAPPHIRE. Earl Cameron (encore lui) à l’inspecteur : <em>« Vous savez, cela fait 38 ans que je suis noir »,</em> impliquant qu’il n’a aucune confiance dans la police. Le scénario de Janet Green (VICTIM, 7 WOMEN) et Lukas Heller, collaborateur d’Aldrich, autopsie le climat de haine et de bigoterie qui ont provoqué le meurtre de la jeune femme.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/theymademeafugitive.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1089" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="theymademeafugitive" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/theymademeafugitive.jpg" alt="" width="139" height="200" /></a>Je reviens au marché noir avec le remarquable <strong>THEY MADE ME A FUGITIVE</strong> d’Alberto Cavalcanti, dialogué avec une grande nervosité, une vraie invention par Noel Langley. Trevor Howard, magnifique mais cela va de soi, joue un ancien pilote qui participe à un coup, se fait piéger et veut se venger. Dès le début Cavalcanti brouille les repères. Son héros n’est pas des plus recommandables et l’esprit de vengeance qui l’anime révèle des côtés sombres. La fin refuse le happy end attendu et paraît assez noire. Chemin faisant, il rencontre des personnages étranges, terrifiants, comme cette femme qui lui demande de tuer son mari. Il y a là, comme dans WENT THE DAY WELL, des éclairs de violence. Des affrontements physiques ultra teigneux (la bagarre finale) surprenants. Et aussi un ton sarcastique que soulignent des cadrages baroques, syncopés, des angles surprenants, des ponctuations ironiques : la boutique de croque-morts s’appelle « le Walhalla de la pompe funèbre ». La caméra cadre des signes, des pancartes soulignant que la mort est proche, qu’il reste peu de temps. Il y a là une violence qui disparaîtra du cinéma anglais jusqu’à GET CARTER. Musique de Marius-François Gaillard (1900–1973) qui écrivit la partition d’EL DORADO de Lherbier et de LA RÉVOLTÉE.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/Noose.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1090" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="Noose" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/Noose.jpg" alt="" width="137" height="200" /></a>NOOSE</strong> est typique du talent si personnel de Gréville et on a pu comparer sa description de Soho avec celle des FORBANS DE LA NUIT qu’il précède de deux ans : mêmes trafics, mêmes escroqueries qui débouchent sur la violence et le crime. Joseph Calleia pourrait être un cousin italien (il était maltais) de Herbert Lom et le monde du catch renvoie aux boxeurs de NOOSE. La comparaison s’arrête, car Gréville choisit parfois un ton curieusement léger (Carole Landis, extrêmement bien photographiée, perd sans cesse ses chaussures) qui désamorce la continuité de la tension, avec des gags plus ou moins bienvenus, un style de jeu parfois spectaculairement théâtral (Calleia, qui en fait des tonnes, est épatant et Nigel Patrick, extraordinaire, vole le film) ; il y a aussi des plans de violence admirablement cadrés (le meurtre d’une jeune femme dans une salle de boxe), des idées visuelles surprenantes, des ellipses fulgurantes, des cadrages audacieux (Calleia parlant au terrible barbier qui lui sert de bourreau dans un escalier ; Annie réalisant qu’elle est en danger de mort : elle est filmée en contre plongée et au dessus d’elle, on voit des carreaux polis, cadrage qui évoque le Powell de THE SMALL BACK ROOM). Mais ce qui me touche, ce sont ces plans, ces scènes sur des jeunes femmes comme ce moment en apparence inutile où la belle Ruth Nixon entre dans le night club pendant qu’Olive Lucius chante une chanson en français : une jeune fille se maquille, des serveurs se reposent, une femme de ménage frotte le sol et un meurtre va avoir lieu que Gréville traduit par une étole qui glisse sur le sol.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/cofretJohnMills.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1091" style="margin-left: 10px; margin-right: 10px;" title="cofretJohnMills" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/cofretJohnMills.jpg" alt="" width="141" height="200" /></a>THE LONG MEMORY</strong> qu’on ne trouve que dans un coffret consacré à John Mills, est une vraie découverte. Là encore, il s’agit d’une vengeance sur fond de trafics. On plaçait ce film dans la période déclinante de Robert Hamer qui était devenu alcoolique. Cela ne se sent pas du tout ici. Au contraire, le découpage est d’une netteté, d’une invention absolument sidérante et le résultat est infiniment supérieur à FATHER BROWN. Hamer appréhende les extérieurs qui sont tous surprenants, avec une acuité, un lyrisme rares dans le cinéma anglais de l’époque. La mise en scène joue sans cesse sur le rapport à l’espace aussi bien dans un bar exigu (les surgissements des différents personnages dans le plan, toujours dynamique et surprenant) que dans des extérieurs amples et dignes de Losey. Un des sommets du film est cette longue scène nocturne où John Mills attend devant une maison un témoin, lequel se trouve embringué dans une terrible scène de ménage : la position de Mills, des policiers, du journaliste, la beauté de la photo nocturne, tout cela donne une force incroyable à la scène, une violence intérieure.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/01/High-Hopes.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-1130" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="High Hopes" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/01/High-Hopes.jpg" alt="" width="110" height="160" /></a>Un film anglais encore. Doriane vient de sortir enfin en France <strong>HIGH HOPES</strong>, un des premiers et des meilleurs Mike Leigh. Moins désespérément glauque que le terrible BLEAK MOMENTS, le film contredit néanmoins l’optimisme du titre mais parvient par sa justesse, ses notations décapantes, à nous émouvoir, nous faire sourire, nous faire vivre avec ses héros. Le début est anthologique et je me souviens de la stupéfaction admirative de Jane Birkin à qui je montrais le film.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/unamericainbientranquille1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1118" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="unamericainbientranquille" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/unamericainbientranquille1.jpg" alt="" width="139" height="200" /></a>J&#8217;ai aussi découvert la très passionnante adaptation par Phillip Noyce d’<strong>UN AMÉ</strong><strong>RICAIN BIEN TRANQUILLE</strong> de Graham Greene qui contredit totalement la version de Mankiewicz que j’aimais beaucoup. Noyce et Christopher Hampton sont beaucoup plus fidèles au splendide roman et respectent la vision politique de l’auteur qui, avec une rare prescience, dénonçait les meurtres, les attentats commis au nom et sous le couvert d’une hypothétique 3eme Force (dada des Américains), par la CIA. Ce qui est conforme à la vérité historique. Mankiewicz, lui, mettait ces crimes sur le dos des communistes. Il serait passionnant de comparer les deux versions. Disons que Michael Caine, superbe, m’a paru égaler le génial Michael Redgrave, que Brendan Fraser est très différent d’Audie Murphy et que la très belle Do Thi Hai Yen surclasse Giorgia Moll, valeureuse actrice qui n’avait rien d’oriental. Seul regret, la quasi disparition du commissaire Vigot, si finement joué par Claude Dauphin déséquilibre le film.</p>
<p><a href="http://www.dvdclassik.com/critique/scum-clarke"><img class="alignleft size-full wp-image-1210" style="margin-left: 7px; margin-right: 7px;" title="coffretalanclarke" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/01/coffretalanclarke.jpg" alt="" width="136" height="200" />Très bon article de Pierre Charrel de la revue TEMPS NOIR sur DVD CLASSIK </a>sur l’indispensable <strong>coffret Alan Clarke</strong> sorti par POTEMKINE :<br />
« Alan Clarke ne laisse cependant pas son (télé)spectateur démuni face à l’énigme que constitue Elephant, lui offrant en réalité des éléments de compréhension par le biais de la mise en scène. Disparates quant à leurs protagonistes et leur modus operandi, les dix-huit meurtres d’Elephant sont narrés chacun avec la même grammaire visuelle. Le travelling, qui plus est photographié au steadicam, en constitue le premier élément récurent. C&#8217;est ainsi qu&#8217;Alan Clarke restitue la marche au terme de laquelle les tueurs rejoignent leurs victimes. Ne perdant jamais de vue les personnages ainsi filmés &#8211; le réalisateur combinant fréquemment le gros plan au travelling &#8211; la caméra suit longuement les assassins anonymes dans leurs déambulations. Leurs déplacements sont fluides &#8211; ils avancent à une vitesse soutenue, dont la régularité est soulignée par le martèlement de leurs pas &#8211; et inexorables &#8211; aucun obstacle ne vient entraver leur avancée. Jouant en outre de la direction d&#8217;acteurs &#8211; les meurtriers présentent systématiquement un visage dépourvu de toute trace d&#8217;émotion &#8211; Alan Clarke départit ainsi ses exécuteurs de leur humanité. On pourrait y voir des semblants de machines humanoïdes. Ou bien encore des entités virales se diffusant à travers le corps formé par l&#8217;espace urbain de Belfast, en infectant toutes les composantes. Qu&#8217;elles soient publiques (une station-service) ou privées (un domicile), à ciel ouvert (un parc) ou closes (un bureau), dévolues à l’activité professionnelle (une entreprise) ou aux loisirs (une piscine). Et c&#8217;est donc un terrifiant constat que dresse Elephant par la seule force de sa mise en scène : à savoir l&#8217;entière soumission du monde à la violence ; celle-ci s&#8217;y développant, en outre, à la manière d&#8217;un bacille.</p>
<p>Pareille démonstration était déjà au cœur des deux versions de Scum ainsi que de Made in Britain et de The Firm. À l&#8217;instar d&#8217;Elephant, chacune de ces œuvres dépeint en effet un ordre humain dont la violence est l&#8217;élément cardinal. Celle-ci régit intégralement la maison de correction dans laquelle est incarcéré Carlin (Ray Winstone), le délinquant juvénile dont Scum fait son héros. Le gouvernement exercé par l&#8217;administration sur les jeunes détenus y est particulièrement brutal. Aussi bien verbalement &#8211; notons au passage que lorsque les films d&#8217;Alan Clarke se font &laquo;&nbsp;parlants&nbsp;&raquo;, les dialogues participent pleinement de leur puissance d&#8217;impact &#8211; que physiquement. Et c&#8217;est la même sauvagerie polymorphe &#8211; injures à dimension homophobe et/ou raciste, menaces d&#8217;agression presque toujours réalisées… mais aussi viols &#8211; qui constitue la forme commune de rapports entre les détenus eux-mêmes.</p>
<p>Made in Britain met, quant à lui, pareillement en miroir la violence du criminel et celle des institutions étatiques qui en ont la charge. Trevor, un skinhead adolescent magistralement campé par Tim Roth, est un terrifiant condensé d&#8217;agressivité verbale &#8211; le téléfilm fit, entre autres, scandale par son usage répété du terme &laquo;&nbsp;fuck&nbsp;&raquo; comme le rappelle le scénariste David Leland dans un des bonus &#8211; et physique : Trevor vandalise, Trevor frappe. Totalement impuissants à remédier à cette violence, les membres des services sociaux ne peuvent opposer au jeune homme que coercition et intimidations. Puis, lorsque ceux-là s&#8217;avouent vaincus, le jeune skin passe alors entre les mains d&#8217;une police lui infligeant &#8211; dans le secret d&#8217;une cellule &#8211; une violence exactement semblable à celle perpétrée par les &laquo;&nbsp;matons&nbsp;&raquo; de Scum. »</p>
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		<title>Films rares et livres précieux</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 15:15:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
				<category><![CDATA[DVD]]></category>

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		<description><![CDATA[DEUX WESTERNS DE GEORGE SHERMAN  Commençons par THE LAST OF THE FAST GUNS de George Sherman que je viens de revoir enfin. Je l’avais découvert à Lyon en 1957 ou 58 dans un cinéma de quartier, rue de la République, en VF et j’avais été tellement impressionné que je l’avais revu deux fois. Dans la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h4><span style="color: #ff0000;"><strong>DEUX WESTERNS DE GEORGE SHERMAN </strong></span></h4>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/lastofthefastguns.jpg"><img class="alignleft" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="lastofthefastguns" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/lastofthefastguns.jpg" alt="" width="130" height="200" /></a></p>
<p>Commençons par <strong>THE LAST OF THE FAST GUNS</strong> de George Sherman que je viens de revoir enfin. Je l’avais découvert à Lyon en 1957 ou 58 dans un cinéma de quartier, rue de la République, en VF et j’avais été tellement impressionné que je l’avais revu deux fois. Dans la copie achetée à <a title="Loving the Classics" href="http://www.lovingtheclassics.com/" target="_blank">Loving the Classics </a>(site discutable, inégal mais ici la copie scope est correcte ), j&#8217;ai retrouvé les qualités qui m&#8217;avaient séduites quand je l&#8217;avais vu en VF à l&#8217;époque.</p>
<p>Dès l&#8217;ouverture, on sent que c&#8217;est un film auquel tient vraiment Sherman qui veut se démarquer des clichés du genre, imposer un ton, un style à part : le premier plan montre un cavalier qui s&#8217;éloigne de dos pendant que la caméra avance doucement vers ce qui se révèle une tombe fraîchement creusée. On coupe sur une rue de village où entre, toujours de dos, en plan large, le même cavalier. Plan rapproché sur un révolver appartenant à un homme qu&#8217;un travelling arrière nous montre assis sur une chaise. Un homme fait évacuer la rue en voyant le cavalier au fond. Plan sur des gens qui rentrent. Le type assis se lève pendant que le cavalier descend de cheval et s&#8217;approche de lui. On reste dans des plans très larges. On coupe brutalement sur la tombe pendant qu&#8217;on entend un coup de feu off.</p>
<p>Très beau début d&#8217;un film original, méditatif, très bien dialogué par David P. Harmon  qui écrivit déjà pour Sherman REPRISAL, que j’avais aimé. <em>« Le problème, c’est qu’il y a des gens qui confondent la simplicité et l’ignorance »</em>, dit un vieux Mexicain en abattant un tueur gringo. <em>« Marche là-bas ou meurs ici. »</em></p>
<p><em>- « Pourquoi es-tu si nerveux ? »</em><br />
- <em>« On vient de réaliser que le soleil est en train de se coucher. »</em><br />
Ce dernier échange  oppose un homme qui héberge des pistoleros qui le rudoient (parmi eux, Johnny Ringo  &#8211; THE GUNFIGHTER &#8211; et d&#8217;autres aussi célèbres).</p>
<p>Le film se transforme peu à peu en une fable sur la violence et la manière d’y échapper. Les extérieurs sont majestueux et Sherman utilise de nombreux cadrages inventifs, recherchés, se servant d&#8217;amorces (arbres, rochers, ruines), de perspectives brisées, de plongées. Deux cavaliers rentrent dans le champ en contreplongée.  Il y a plus de plans syncopés que d&#8217;habitude. La photo qui semble fort belle est d&#8217;Alex Philips et le scénario tient plus du film noir que du western. Dans une des premières scènes, Jock Mahoney demande à Carl Benton Reid combien il lui donne de temps pour trouver son frère. Reid fait tomber une couverture et lui montre ses jambes paralysées : <em>« Je suis mort de là à là »</em>, dit il en touchant ses jambes jusqu’à ses cuisses. <em>« Vous avez de là</em> (il touche le bas du ventre) <em>à là</em> (il montre son coeur) ». A découvrir absolument.</p>
<p><strong><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/blackbart.jpg"><img class="alignright" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="blackbart" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/blackbart.jpg" alt="" width="119" height="280" /></a>BLACK BART</strong>, en revanche, est très mineur. Les décors, les paysages (sauf ceux de la dernière attaque) sont routiniers, filmés sans grand lyrisme. Tous les personnages sont standards, écrits à la chaîne. Et l&#8217;histoire n&#8217;est pas palpitante : le bandit masqué qui attaque les diligences est un personnage épuisé. Heureusement qu&#8217;Yvonne de Carlo lui fait remarquer, réplique délicieuse, que <em>« cela doit être difficile la vie sociale avec ce costume »</em>. Sherman, et c&#8217;est son principal apport, garde un ton détendu, laconique, ironique, « tongue in cheek », un rythme soutenu pour faire passer des péripéties conventionnelles.</p>
<p>Il y a surtout des dialogues savoureux qui portent la marque de William Bowers (PITFALL, CRY DANGER, MÊME LES ASSASSINS TREMBLENT) et qui sont filmés sans effet, ce qui est plutôt une qualité et surtout, sans que les acteurs paraissent y faire attention. Ils disent ces répliques sans jouer leur cocasserie&#8230;. Aucun des personnages ne semble se prendre au sérieux et on est assez surpris que le film se termine mal, avec la mort des deux héros comme dans BUTCH CASSIDY.</p>
<p>Un détail marrant, entre cent : pour sauver ses copains de la pendaison, le troisième larron fait&#8230; <em>exploser l&#8217;arbre</em>, scène inédite (<em>« pas d’arbre, pas de pendaison »</em>). Et j&#8217;aime que BLACK BART, qui n&#8217;a jamais dans la réalité rencontré Lola Montès (j&#8217;ai même lu que c&#8217;était un esclave noir qui est devenu hors-la-loi à 50 ans avec un sac de farine sur la tête), dise à Lola : <em>« Le problème avec ma profession, c’est que je n’ai pas beaucoup de temps à moi. »</em></p>
<p>Quelques répliques. Lola Montès : <em>« Le plus grand homme du monde est très petit dans un cimetière. »</em> Ou : <em>« Il y a déjà tellement d’incertitudes dans un mariage sans avoir à se demander à quel arbre va être pendu votre mari. »</em> <br />
<em>« Est ce que cela ne ferait pas trop de monde pour une lune de miel ? Toi, moi et un groupe de lyncheurs ? »</em><br />
- <em>« Mr et Mrs Black Bart, cela ne fait pas trop durable »</em><br />
- <em>« Mais au moins, ca ne fait pas terne. »</em></p>
<h4><span style="color: #ff0000;"><strong>DEUX FILMS RARES DE JOHN H. AUER</strong></span></h4>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/devilpaysoff.jpg"><img class="alignleft" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="devilpaysoff" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/devilpaysoff.jpg" alt="" width="132" height="200" /></a>Toujours sur <a title="Loving the Classics" href="http://www.lovingtheclassics.com/" target="_blank">Loving the Classics</a> où mon ami Coursodon a trouvé une bonne copie de DRIVE A CROOKED ROAD de Quine, écrit par Blake Edwards et Quine, j’ai vu dans une très mauvaise copie, <strong>THE DEVIL PAYS OFF</strong> de John Auer qui dure 52 minutes (l’original dure 70 minutes et la coupe est visible). Le scénario est limite misérable, bien qu&#8217;il mélange les tons et aille vite avec une bonne introduction de la fausse épouse du héros (une histoire d&#8217;espionnage dont le chef est J. Edward Bromberg, assez marrant dans ce rôle, digne d&#8217;un  serial). Le traître est confondu par la réapparition fantomatique d&#8217;un capitaine de navire qu&#8217;il croyait mort et qu&#8217;il voit par la fenêtre. On se croirait dans THE NAVIGATOR.</p>
<p>Cela dit, l&#8217;ouverture du film est fort belle plastiquement : rues envahies par le brouillard, lampadaires, une porte qui s&#8217;ouvre dans le lointain et délimite un carré de lumière. Les flics pénètrent dans un asile la nuit et la camera les accompagne du bureau du gardien à l&#8217;intérieur en un seul plan (qui passe à travers des cloisons). On est même déçu quand Auer enchaine sur un travelling subjectif montrant les dormeurs qui paraît plus banal. Il y aura tout le long des recherches visuelles (quand les flics emmènent la personne qu&#8217;ils ont trouvée dans l&#8217;asile, le champ reste vide ; brusquement, apparaît très près de la caméra le visage ravagé d&#8217;un clochard, puis d&#8217;un deuxième et un troisième, filmé au grand angle, plan grinçant et expressionniste ; on entre dans des pièces obscures, une lampe éclaire un fond de plan, des ombres zèbrent le plafond).</p>
<p>On reconnait la patte de John Alton et cela fait passer des dialogues parfois convenus, sauf les premiers moments de marivaudages avec Osa Massen qui est fort bonne et pimente son personnage d&#8217;épouse insatisfaite. Le film fut nommé aux Oscars pour le son (!!!). Dur de le juger. A signaler que Dave Kehr a écrit dans FILM COMMENT un très bon article sur John H. Auer dont les films demeurent hélas invisibles, la Paramount refusant de commercialiser le catalogue REPUBLIC qu’ils ont acheté. Auer, écrit Kehr, était à la Republic, ce que John Farrow était à la Paramount.</p>
<p><img class="alignright" style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="AngelontheAmazon" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/AngelontheAmazon-300x186.jpg" alt="" width="300" height="186" />Revoir  dans une meilleure copie <strong>ANGEL ON THE AMAZON</strong> (TAM-TAM SUR L&#8217;AMAZONE), autre John H. Auer, a rafraîchi, revivifié de très anciens souvenirs. Nous avions projeté ce film en VF au Nickel Odéon en 63/64 et je ne l&#8217;avais revu. Cela dit ce que nous écrivions dans 50 ANS (je le comparais déjà à John Farrow) est assez juste mais devrait être développé et précisé. C&#8217;est vrai que toutes les séquences de jungle sont tournées avec un vrai sens du suspense, de la progression dramatique, des recherches formelles évidentes, souvent élégantes. Nous mentionnions la menace que font peser des chasseurs de têtes invisibles dont la présence n&#8217;est marquée que par leurs tambours et des bruits dans les feuillages. Tout ce que l&#8217;on verra, c&#8217;est un membre de l&#8217;expédition surgir de la forêt et tomber avec une flèche dans le dos. </p>
<p>Mais il faudrait ajouter les deux scènes d&#8217;attaque de la panthère filmées avec invention (outre les mouvements qui lient panthère et acteurs, il y a une brusque plongée presque subjective qui décuple la menace), une tension absente de la plupart des films de jungle. L&#8217;avion pris dans la tornade est une autre réussite et dans la poursuite en voiture, deux plans en plongée (dans l&#8217;un, on voit toute la ville derrière les véhicules) donnent à la séquence un côté fatidique qui convient au romantisme exacerbé de cette histoire écrite par Lawrence Kimble, le Jonathan Latimer d&#8217;Auer, d&#8217;après un sujet du très talentueux Earl Felton. Côté fatidique que résument deux répliques de Mr Ridgeway (Brian Aherne) : <em>« Ma fille est morte et vous êtes amoureux de ma femme »</em> et <em>« En trouvant la fontaine de Jouvence, elle a perdu la sérénité de la vieillesse »</em> (Est-ce une évocation anticipatrice des vieux jours que passeront Vera Ralston et Herbert Yates ?).</p>
<p>L&#8217;explication que donne le docteur à la fin (<em>« Il est arrivé qu&#8217;on vieillisse d&#8217;un seul coup à la suite d&#8217;un choc. Là, c&#8217;est le contraire. »</em>) est assez pittoresque et a permis que certains amateurs comparent le film aux HORIZONS PERDUS de Capra, ce qui semble tiré par les cheveux. C&#8217;est vrai que la deuxième partie paraît un peu plus statique, mais j&#8217;ai été surpris par la brusque intrusion de trois flashes back dont le premier arrive après 50 minutes de film. Et dans le dernier tiers, il y a des figures stylistiques intéressantes, des enchaînements de plans et de scènes, mouvement d&#8217;appareil inattendu, brusque apparition dans un miroir de la personne qui va dénouer le drame et qui se trouve derrière une baie vitrée. C&#8217;est vrai que l&#8217;interprétation de George Brent laisse à désirer mais Brian Aherne n&#8217;est pas mal et Constance Bennett  qui commente  et explique les coups de théâtre, s&#8217;en tire bien.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;"><strong>QUANTEZ</strong></span></h4>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/quantez.jpg"><img class="alignright" title="quantez" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/quantez-300x228.jpg" alt="" width="300" height="228" /></a><strong>QUANTEZ</strong> d&#8217;Harry Keller a d&#8217;évidentes qualités surtout pendant les 35 premières minutes. Une assez belle utilisation du Scope, des plans d&#8217;ensemble, un Fred MacMurray plus rugueux que d&#8217;habitude (sa diction est différente, il parle un peu comme Tommy Lee Jones, non ?), fort bon et dont on sent qu&#8217;il trimballe un passé de violence. John Larch  dont c&#8217;est un des meilleurs rôles, est violent, imprévisible, bêtement combinard, horriblement machiste. Bonne idée que de distribuer John Gavin en hors-la-loi. Dorothy Malone, très sexy avec sa chemise bleue légèrement déboutonnée (pas assez, et on regrette que certains personnages lui fassent enfiler une veste), est le meilleur personnage du film, une fille paumée qui suit un homme qui la maltraite, tente de séduire tous les autres pour s&#8217;en sortir : <em>« Ne mendie pas »</em>, lui dit MacMurray. Elle a comme toujours tendance à surjouer les réactions et indiquer tous les sentiments (et opportune les répliques) mais comme Keller filme souvent en plans larges (et longs) ce défaut est moins gênant ici et son impact sexuel n&#8217;est pas amoindri.</p>
<p><a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/01/quantezDVD.jpg"><img class="alignright" title="quantezDVD" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2012/01/quantezDVD.jpg" alt="" width="118" height="200" /></a>Peu à peu cependant, le scénario  souscrit à des conventions théâtrales : l&#8217;arrivée inopinée d&#8217;un nouvel arrivant empêche un carnage, les Indiens qui les encerclent semblent attendre patiemment que tous les personnages règlent leurs problèmes. Les voir casse d’ailleurs la tension dramatique. Pour les scènes de nuit, les raccords en studio ajoutent un vernis inutile qui casse la tension même si Keller réussit une bagarre dans une mare plutôt efficace. Et le fait de voir Sydney Chaplin discuter avec les Indiens me semble une erreur dramatique. Le scénario parfois astucieux est de Wright Campbell qui travailla plusieurs fois avec Corman (LE MASQUE DE LA MORT ROUGE, SECRET INVASION, MACHINE GUN KELLY) et le film a des parentés avec FIVE GUNS WEST. La résolution m’a semblé plus convenue, même si la fin de MacMurray est traitée très sobrement. On peut surtout se demander comment les survivants, qui sont au fond d&#8217;un ravin, vont s&#8217;en sortir.</p>
<h4><span style="color: #ff0000;"><strong>LIVRES PRÉCIEUX</strong></span></h4>
<p>Signalons aussi quelques livres précieux que l&#8217;on trouve encore sur AMAZON.<br />
<strong>G.I. JOE</strong> d&#8217;Ernie Pyle, le correspondant de guerre qui est le héros de l&#8217;admirable STORY OF G.I. JOE de William Wellman. Il faut absolument lire ces chroniques à hauteur d&#8217;homme, bouleversantes, riches, insolites. Il existe encore quelques exemplaires de l&#8217;édition de 1944/45 qui porte sur la couverture « L&#8217;édition américaine de cet ouvrage n&#8217;est mise en circulation dans certains pays que jusqu&#8217;au jour où (les) publications, suspendues par des pays de l&#8217;Axe, pourront reprendre leurs cours normal. » Il s&#8217;agit d&#8217;une édition qui condense en français deux ouvrages de Pyle.<br />
Dans la même collection, on peut aussi trouver, avec la même mention, <strong>UNE PROMENADE AU SOLEIL</strong>, le remarquable roman de Harry Brown qui fut adapté par Lewis Milestone.<br />
Toujours de Harry Brown mais en anglais, <strong>THE STARS IN THEIR COURSES</strong>, roman épique, méditatif, lyrique qui ne fut pas hélas adapté par Hawks dans EL DORADO qui ne garda rien du roman.</p>
<p style="text-align: center;"> <a href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/THESTARSINTHEIRCOURSES.jpg"><img title="GIJOE" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/GIJOE.jpg" alt="" width="134" height="180" />  </a><img title="THESTARSINTHEIRCOURSES" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/THESTARSINTHEIRCOURSES.jpg" alt="" width="118" height="180" />  <img title="PROMENADEAUSOLEIL" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/PROMENADEAUSOLEIL.jpg" alt="" width="135" height="180" />  </p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Déjà <strong>une réaction de Nicolas Saada</strong>, le réalisateur d&#8217;ESPION(S) et coscénariste de NUIT BLANCHE, polar personnel et bourré d&#8217;énergie de Frédéric Jardin :<br />
<em>« THE DEVIL PAYS OFF, c&#8217;est épatant, plein d&#8217;idées, bien mené, drôle, avec des petites touches à la Hitchcock. John Auer est à classer du côté des bons réalisateurs de genre&#8230; On a envie d&#8217;en voir plus. As-tu vu GANGWAY FOR TOMORROW ?</em><br />
<em>Amitiés. »</em></p>
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		<title>Un film noir et un western</title>
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		<pubDate>Tue, 20 Dec 2011 07:32:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sur un rythme trépidant, BEAST OF THE CITY contrairement aux productions Warner, épouse le point de vue de la police (on a même droit à un texte de Herbert Hoover). Bien mis en scène par le mystérieux Charles Brabin, réalisateur anglais né à Liverpool (dont nous ne connaissons que le MASQUE D&#8217;OR avec Boris Karloff [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1056" style="margin-left: 4px; margin-right: 4px;" title="the_beast_of_the_city" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/the_beast_of_the_city.jpg" alt="" width="115" height="159" />Sur un rythme trépidant, BEAST OF THE CITY contrairement aux productions Warner, épouse le point de vue de la police (on a même droit à un texte de Herbert Hoover). Bien mis en scène par le mystérieux Charles Brabin, réalisateur anglais né à Liverpool (dont nous ne connaissons que le MASQUE D&#8217;OR avec Boris Karloff en Fu Manchu et Myrna Loy,  délicieuse et assez déshabillée, dans le rôle de sa fille sadique), décrit les efforts d&#8217;un policier irlandais intègre (Walter Huston) pour nettoyer une ville. Il se heurte la corruption des élus, la mollesse de ses chefs, aux procédés d&#8217;intimidation des gangsters qui utilisent toutes les ressources de la loi pour mieux la paralyser. Dialogue incisif de John Lee Mahin d&#8217;après un scénario de WR Burnett, truffé de détails qui sonnent justes et qui disparaitront après la mise en place du Code : la radio de la police signale une femme nue au coin de Elm et Berry, on parle d&#8217;exhibitionnisme indécent, la tête d&#8217;un cadavre s&#8217;est faite exploser et la voiture du coroner est rebaptisée le wagon à viande. Dans les interrogatoires, les premiers plans dans le commissariat, le dialogue rapide, cynique, réaliste fait un peu oublier la thèse qu&#8217;on a rapprochée de DIRTY HARRY qu&#8217;on retrouve dans plusieurs films des années 30 (OKay America de Tay Garnett, voire Gabriel over the White house) qui demande que des policiers, des justiciers prennent la justice en main.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-1058" style="margin-left: 4px; margin-right: 4px;" title="butch_and_sundance" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/butch_and_sundance1.jpg" alt="" width="115" height="158" />BUTCH AND SUNDANCE, THE EARLY DAYS : tout ce que l&#8217;on dit sur les raisons de se méfier est valable et l&#8217;on y pense tout le temps. Cela dit le film est truffé de qualités : photos et extérieurs splendides, décors (un casino, un bureau de directeur, une banque, une rue surplombée d&#8217;une affiche vantant un produit which makes adults and kids become pigs) insolites, pittoresques et réjouissants : la palme revient à cet étrange centre commercial entièrement blanc, entouré d&#8217;inscriptions religieuses, dont une gravée sur la montagne). Il y a de nombreux gags, des moments vraiment drôles et attachants mais l&#8217;intérêt s&#8217;émousse. Aucune tension ne semble relier ces scènes qui sont épisodiques comme on dit là-bas. Certaines sont mauvaises : un long et pénible moment avec des skis est censé remplacer la bicyclette. Plantage.</p>
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		<title>Films Italiens</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Dec 2011 13:31:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sur Amazone.it comme me l’ont signalé plusieurs internautes, on peut acheter des films formidables dont beaucoup hélas ne sont pas sous-titrés. Ce n’est pas grave pour TRENO POPOLARE de Raffaelo Matarazzo, le propos est tellement clair, les personnages si bien dessinés que tout est facilement compréhensible. Il s’agit d’évoquer ces premiers trains de vacances destinés [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1046" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="treno_popolare" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/treno_popolare.jpg" alt="" width="110" height="158" />Sur Amazone.it comme me l’ont signalé plusieurs internautes, on peut acheter des films formidables dont beaucoup hélas ne sont pas sous-titrés. Ce n’est pas grave pour TRENO POPOLARE de Raffaelo Matarazzo, le propos est tellement clair, les personnages si bien dessinés que tout est facilement compréhensible. Il s’agit d’évoquer ces premiers trains de vacances destinés à faire découvrir les plages, la mer, aux classes populaires, initiative mussolienne comparable aux trains de plaisir que mit sur pied le Front populaire. Peu ou pas d’intrigue, de multiples personnages avec leurs peines, leurs joies. Une des premières musiques de Nino Rota. En bonus plusieurs documentaires de Matarazzo évoquant les travaux menés par Mussolini pour assécher les marais (Eclipse vient de regrouper pour Criterion, dans un coffret, plusieurs des mélodrames de Matarazzo dont le PECHÉ D’UNE MÈRE, mélodrames le plus souvent joués par Amedeo Nazzari et Yvonne Sanson et analysés avec lyrisme par Jacques Lourcelles. Je vais me ruer sur ce coffret pourvu de sous-titres anglais, n’ayant que des cassettes usées).</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-1047" title="dimanche_aout" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/dimanche_aout.jpg" alt="" width="110" height="153" />Dans la même veine se situe DIMANCHE D’AOUT de Luciano Emmer, cinéaste méconnu. Même principe : une œuvre chorale avec une myriade de personnages issus cette fois de milieux très différents (il y a des riches, des nobles, des pauvres, des religieuses), brassés avec un vrai brio, un sens de la vie collective, une vivacité visuelle. Mais l’absence de sous-titres m’a gêné, le dialogue étant plus important, plus vital que dans TRENO POPOLARE.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-1048" title="i_nostri_sogni" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/i_nostri_sogni.jpg" alt="" width="110" height="152" />I NOSTRI SOGNI est je crois le premier Cottafavi et là le dvd a des sous-titres français. C’est une comédie douce-amère où le génial de Sica, dans un personnage proche de ceux qu’il incarna chez Camerini, essaie à coup d’arnaques, de bluff, de manger à sa faim sinon de survivre. Il ment, séduit, invente des remèdes miracles sous l’œil de son complice de plus en plus désabusé (leur couple est une merveille). Le ton est délicat, léger, élégant.</p>
<p>De Sica est encore plus génial en pickpocket, chef d’une famille d’escrocs et de voleur dans laquelle tombe le malheureux Marcello Mastroianni dans DOMMAGE QUE TU SOIS UNE CANAILLE d’Alessandro Blasetti, comédie extrêmement drôle. Surtout à partir du moment où entre De Sica avec ses mille et une manières de piquer une valise. Il faut le voir, aidé par la très jeune et super sexy Sophia Loren, sa fille qui surclasse parfois le père, retourner dans un commissariat des témoins, des accusateurs pendant qu’elle tourmente, séduit, vampe, vole le pauvre Marcello. Les scènes dans l’appartement avec toute la famille (dont la grand-mère qui lève le coude) sont absolument désopilantes.</p>
<p><img class="aligncenter" title="dommage_canaille" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/12/domamge_canaille.jpg" alt="" width="110" height="158" /></p>
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		<title>Films Roumains, Iraniens et Japonais</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Nov 2011 13:40:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je signale le dvd offrant les deux films de Cristian Mungiu, celui qui remporta à juste titre la palme d’or (4 MOIS, 3 SEMAINES) et les Contes de l’Age d’Or, suite de « légendes urbaines », désopilantes, grinçantes, décapantes sur l’ère Ceausescu. Il y en a plusieurs qui valent les meilleures réussites de Risi, notamment [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1037" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="Coffret Christian Mungiu" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/mungiu_ok.jpg" alt="Coffret Christian Mungiu" width="115" height="159" />Je signale le dvd offrant les deux films de Cristian Mungiu, celui qui remporta à juste titre la palme d’or (4 MOIS, 3 SEMAINES) et les Contes de l’Age d’Or, suite de « légendes urbaines », désopilantes, grinçantes, décapantes sur l’ère Ceausescu. Il y en a plusieurs qui valent les meilleures réussites de Risi, notamment celui qui montre les affres des journalistes qui s’essaient à retoucher une photo pour le guide suprême soit plus grand que Valery Giscard d’Estaing ou cette attente d’une visite de Ceausescu qui met à jour les différents degrés de la servilité. Et ce cochon dont la présence va bouleverser plusieurs vies. Du cinéma qui montre que le rire peut être tranchant, lucide et fort peu démagogique.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-1038" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="Une séparation" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/une_separation.jpg" alt="Une séparation" width="115" height="186" />La sortie de l’admirable UNE SEPARATION de Asghar Farhadi m’a fait me précipiter en salle sur ses précédents, notamment A PROPOS D’ELY. Même sensation d’urgence, même impression de sentir battre à même l’écran le cœur des personnages, l’âme d’un pays, une âme occultée par ses religieux et ses politiciens : personnages vibrants, déchirés, passionnés, bloqués mais aussi inspirés, soutenus par certaines règles, certains interdits, une culpabilité latente qui se heurte au désir, à la soif de bonheur. Même changement de point vue qui met à mal nos certitudes, nous fait découvrir une justice qui prend son temps, pose parfois de bonnes questions. Ne pas manquer ces films ni ceux de Jafar Panahi, cinéaste essentiel.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-1039" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="Testament du Soir" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/testament_du_soir.jpg" alt="Testament du Soir" width="110" height="155" />Un des derniers films de Kaneto Shindo dont on montra à Lyon l’ILE NUE (à la demande de Benicio del Toro qui le présenta), LE TESTAMENT DU SOIR est une totale surprise. Une surprise à cause d’abord de son incroyable liberté de ton : le film change plusieurs fois de couleurs, de registres. On passe du drame à la farce, d’une séquence théâtrale à des plans retenus, délicats, murmurés. Un délinquant hystérique surgit brusquement au beau milieu d’un petit déjeuner, terrorise plusieurs vieillards avant de se faire arrêter par une énorme troupe de policiers. De brusques flashes back trouent la narration et de temps en temps on voit un fantôme. Tout cela arrive par surprise, sans être préparé. Audace incroyable, les quatre protagonistes du film – 3 femmes et un homme &#8211; sont âgés et certains s’affrontent en de longs et beaux plans fixes. Notamment ce moment où l’héroïne, une actrice, tente de raviver la mémoire d’une comédienne atteinte d’Alzheimer, en lui récitant la Mouette. Il y a aussi une très jeune fille qu’on voit entièrement nue (chose rare dans un film japonais) et qui participe à un « mariage d’essai » pour tester son époux, cérémonie marquée par une danse phallique et une pénétration en public comme au XVIème siècle. La jeune fille dit en riant que c’est une très vieille tradition qu’on maintient dans ce village.</p>
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		<title>Festival du Grand Lyon</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 07:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le festival du Grand Lyon a été encore une fois un immense succès. L’occasion de découvrir ou de revoir dans des copies restaurées (pas toujours en ce qui concerne le son comme l’a montré FALBALAS, ce chef d’œuvre de Becker), le plus souvent magnifiques. Je voudrais profiter de l’occasion pour saluer Jacques Becker qui n’est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-1012" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="falbalas" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/falbalas.jpg" alt="" width="110" height="185" />Le festival du Grand Lyon a été encore une fois un immense succès. L’occasion de découvrir ou de revoir dans des copies restaurées (pas toujours en ce qui concerne le son comme l’a montré FALBALAS, ce chef d’œuvre de Becker), le plus souvent magnifiques.<br />
Je voudrais profiter de l’occasion pour saluer Jacques Becker qui n’est pas reconnu à sa juste valeur en France. Aucune biographie à ce jour ne lui rend pleinement justice. Une ou deux études dont la meilleure fut publiée à la BIFI mettent en valeur son génie. N’ayons pas peur des mots. Après avoir revu plusieurs de ses films, j’ai envie d’affirmer que Jacques Becker est le meilleur cinéaste français des décennies 40/50 (en 40, il a de rudes concurrents avec Clouzot, Clément, Autant-Lara mais leurs films des années suivantes ne valent pas les siens).</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-1014" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="Goupi-Mains-Rouges" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/Goupi-Mains-Rouges.jpg" alt="" width="110" height="172" />Bonne occasion de rappeler que FALBALAS, TOUCHEZ PAS AU GRISBI, LE TROU, RENDEZ-VOUS DE JUILLET, CASQUE D’OR, RUE DE L’ESTRAPADE, ces chefs d’œuvres, sont disponibles en dvd souvent dans de belles éditions. Qu’on trouve GOUPI MAINS ROUGES sans chapitres, ni bonus chez René Château. Mais pas EDOUARD ET CAROLINE, cette merveilleuse comédie qui se déroule durant une soirée, efface toute trace d’intrigue tarabiscotée. Seuls des retards, des importuns, des petits problèmes concrets (l’absence d’un gilet) viennent nourrir la narration, provoquer des drames, une rupture. Anne Vernon, Daniel Gelin n’arrêtent pas de courir, de se démener, de travailler comme dans tous les films de Becker. Jean Galland, Jacques François, Elena Labourdette qui fait l’œil de biche, sont hilarants.</p>
<p><img class="size-full wp-image-1013 alignleft" style="margin-left: 4px; margin-right: 4px;" title="antoine_antoinette" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/antoine_antoinette.jpg" alt="" width="110" height="154" />Heureusement, pour compenser cette injustice insensée, Gaumont a eu l’idée heureuse de sortir en collection rouge le magnifique ANTOINE ET ANTOINETTE : admirable portrait de la France sous l’Occupation, une France populaire qui prend le métro (y travaille aussi) ou son vélo, qui n’a pas de lavabo. Une France ouvrière où l’on se prête des livres, où les légumes coûtent encore chers (Noël Roquevert en épicier torve et libidineux dont on se dit qu’il a dû profiter de l’Occupation, est grandiose). Et comme toujours chez Becker – voir Jeanne Fusier Gir dans FALBALAS -, épuré, débarrassé de la conscience qu’il peut avoir d’incarner une baderne : direction d’acteurs qui gomme les effets, accélère le rythme. Modernisme absolu. Claire Maffei, Roger Pigaut, Pierre Trabaud sont parfaits. Et parlant de la classe ouvrière (les personnages une fois de plus travaillent ou prennent du temps pour se rendre au travail), le cinéaste demande à son fidèle collaborateur, le compositeur Jean-Jacques Grunenwald (LES AVENTURES DE BEBE DONGE, LES ANGES DU PECHE, FALBALAS), le spécialiste de Bach à l’orgue, une partition néo classique. Belle chronique de Philippe Meyer dont il faut lire SANGUINES sur ce film le 13 à 7 heures 55 sur <a href="http://www.franceculture.fr/oeuvre-sanguines-croquis-politiques-de-philippe-meyer.html" target="_blank">France Culture</a>.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-1016" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="etrange_incident" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/etrange_incident.jpg" alt="" width="110" height="154" /><img class="alignleft size-full wp-image-1020" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="forbid_hollywood" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/forbid_hollywood.jpg" alt="" width="150" height="166" />Autre hommage, autre confirmation : William A Wellman. Mais c’est une bonne occasion pour citer encore et louer L’ETRANGE INCIDENT, ce western si puissant sur le lynchage, CONVOI DE FEMMES, LA VILLE ABANDONNÉE, deux westerns sublimes (j’avais sous estimé le second), le coffret numéro 3 de FORBIDDEN HOLLYWOOD (sous titres français) avec 6 de ses films pré codes dont 3 ou 4 chefs d’œuvres, le numéro 2 qui comprend le remarquable et décapant NIGHT NURSE, WINGS film autobiographique où les scènes sentimentales sont aussi poignantes que les combats aériens, ISLAND IN THE SKY (AVENTURES DANS LE GRAND NORD) œuvre personnelle et méconnue sur l’héroïsme quotidien, AU DELA DU MISSOURI. Ce même héroïsme qui imprègne chaque plan de l’admirable STORY OF GI JOE (LES FORÇATS DE LA GLOIRE), bientôt chez Wild Side. Cette chronique guerrière où les batailles sont gommées comme souvent chez Wellman (il fait carrément l’impasse sur la prise de Monte Cassino, préférant se concentrer sur l’attente). Il y a juste un combat singulier contre des snipers dans une église en ruine (« drôle de lieu pour se tuer »). Sinon, on lutte contre le froid, la pluie (les scènes de pluie sont formidables chez Wellman), cette mort qui rode, ce chien qu’on héberge. Mitchum est tout bonnement admirable, se fondant dans la masse de ses soldats, n’émergeant que pour parler du sentiment qu’il a d’être un meurtrier. Burgess Meredith est inoubliable en Ernie Pyle, inoubliable d’humanité, de vulnérabilité. Signalons qu’on peut trouver ses chroniques sur <a title="http://www.amazon.fr/" href="http://www.amazon.fr/" target="_blank">Amazon.fr</a> et j’ai même acheté GI JOE, recueil publié avant la chute de l’Allemagne comme le mentionne la couverture. J’ai déjà dans la même collection UNE PROMENADE AU SOLEIL de Harry Brown dont je lis un très beau roman THE STARS IN THEIR COURSES que Hawks hélas, ignora totalement dans EL DORADO qui était supposé être une adaptation de ce livre lyrique et méditatif. Le Salinger du western, écrit un lecteur de ce livre.<br />
« Et si le lien entre ces deux immenses cinéastes consistait dans l’importance, le poids que prend chez eux la décence commune », cette notion chère à Orwell (reprise par Jean-Claude Michea : la décence commune c’est le « sentiment intuitif des choses qui ne doivent pas se faire, non seulement si l&#8217;on veut rester digne de sa propre humanité, mais surtout si l&#8217;on cherche à maintenir les conditions d&#8217;une existence quotidienne véritablement commune ».) qui veut qu’on donne sans vouloir obligatoirement recevoir, qu’on prenne en compte la collectivité, que la notion de responsabilité soit prise au sérieux. Voilà deux cinéastes qui savent s’attarder sur les conséquences d’un acte, d’une action et pas seulement dramatiser cette action.<br />
Sinon quelle émotion de revoir Gérard Depardieu bouleversant dans LE CHOIX DES ARMES (salut Alain), dans le magnifique QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR, dans LOULOU, DITES-LUI QUE JE L’AIME, œuvre si dérangeante de Claude Miller et dans LE SUCRE et CYRANO. Que du bonheur.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-1017" style="margin-left: 3px; margin-right: 3px;" title="brassens" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/brassens.jpg" alt="" width="110" height="157" />Un bonheur qu’on peut partager en se plongeant dans le coffret Brassens édité par l’Ina qui comprend des trésors. Entre autres, cette discussion sur ses livres favoris parmi lesquels GIL BLAS qui m’a fait acheter Mon Oncle Benjamin, ce roman philosophique de Claude Tillier.</p>
<p>La sortie du savoureux SKYLAB me permet de rappeler les deux précédents films de Julie Delpy sans parler du délicieux BEFORE SUNSET qu’elle a co écrit : le décapant, TWO DAYS IN PARIS, truffés d’allusions sexuelles (les rapports entre une fellation et la politique). Dès qu’elle déambule, elle est accostée par d’anciens amants sous l’œil exaspéré de son petit ami américain qu’elle a forcé à manger du lapin. LA COMTESSE sans être aussi réussie, était une oeuvre riche, gonflée, passionnante. Vive Julie.</p>
<p><img class="aligncenter size-full wp-image-1018" title="delpy" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/11/delpy.jpg" alt="" width="339" height="182" /></p>
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		<title>Films noirs et westerns</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 23:05:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[THE HALLYDAY BRAND DE JOSEPH H LEWIS Dans le texte de 50 ANS sur Joseph H Lewis, je parle de l&#8217;ambiance nocturne de THE HALLYDAY BRAND, ce western dont le début renvoie aux FURIES de Mann. En le revoyant dans une belle copie en dvd, le terme m&#8217;a paru un peu inexact et pourtant pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>THE HALLYDAY BRAND DE JOSEPH H LEWIS</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-995" title="The Haliday Brand_" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/haliday_brand_.jpg" alt="" width="110" height="110" />Dans le texte de 50 ANS sur Joseph H Lewis, je parle de l&#8217;ambiance nocturne de THE HALLYDAY BRAND, ce western dont le début renvoie aux FURIES de Mann. En le revoyant dans une belle copie en dvd, le terme m&#8217;a paru un peu inexact et pourtant pas si faux que cela. Il y a peu de scènes de nuit, même si elles sont fortes (le plan des lyncheurs courant vers la prison) mais si j&#8217;ai utilisé ce terme, c&#8217;est que le film dégage une impression de claustrophobie, d&#8217;étouffement plus associée au film noir qu&#8217;au western.</p>
<p>En fait HALLYDAY BRAND est très proche de TERROR IN A TEXAS TOWN : même sentiment de dépouillement glacé, de désolation dans les rapports humains qui se traduit avec force dans la manière dont Lewis filme les extérieurs : ces plaines nues, arides, bordées d&#8217;arbres morts, ces buissons qui servent surtout à casser les cadres, à dissimuler les personnages. Il est symptomatique que la première chevauchée commence  sur un groupe d&#8217;arbustes, très près de la caméra, qui cachent les cavaliers. Et que le premier plan du film montre un cavalier qui avance de quelques mètres avant d&#8217;être arrêté par un ordre sans qu&#8217;on ait eu le temps de regarder le paysage où il chevauche.</p>
<p>Il n&#8217;y a aucun lyrisme dans l&#8217;appréhension de ces paysages, aucun amour du sol, de la terre. Comme si la névrose des personnages (la possession pour Ward Bond, le désir de vengeance pour Cotten) éradiquait toutes les connotations positives, rédemptrices, chaleureuses, attachées dans les westerns à la nature. Lewis d&#8217;ailleurs fragmente tellement les cadres comme autant d&#8217;espaces clos qu&#8217;il parvient à nous faire accepter des faits un peu illogiques : Ward Bond et ses deux fils découvrent qu&#8217;on a attaqué leur bétail. L&#8217;un des gardiens est moribond mais leur dit qu&#8217;un des agresseurs  y est resté. En effet à moins de dix mètres, on trouve le jeune homme de sang mêlé qui courtise Betsy Blair. Normalement, arrivant à cheval, ils auraient dus le repérer tout de suite. Mais chaque segment de ces actions semble filmé comme un lieu hermétique, ce qui augmente le malaise.</p>
<p>Il y a des plans très formels (importance des amorces : un révolver, un bras, un meuble, un poteau), très spectaculaires : le lynchage où l&#8217;on voit la victime tirée de sa cellule, sortir du champ tandis que s&#8217;agitent des ombres, l&#8217;escalier immense de la prison qui semble sorti d&#8217;un film expressionniste allemand. Les scènes d&#8217;action, de bagarre sont froides sans rien de cette jovialité virile qui imprègne ce genre de séquences. La conclusion est d&#8217;une brutalité elliptique rare. La musique pas toujours heureuse semble anticiper avec cette voix de femme sur ce que fera plus tard -et mieux &#8211; Ennio Morricone. Ward Bond est exceptionnel.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-996" title="A lady whithout Passport" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/alady_passport.jpg" alt="" width="110" height="110" />Toujours de Lewis, A LADY WITHOUT PASSPORT comprend deux ou trois séquences fort bien filmées, en dehors du premier plan d’ouverture, exceptionnel (le meurtre commis par Hodiak), de beaux extérieurs filmés à la Havane, deux ou trois décors intéressants, plusieurs plans très élégants, très recherchés qui, étrangement, soulignent le manque de tension dramatique. Le scénario cafouille et entre les acteurs que nous (je) qualifions d&#8217;exécrables (le terme est un poil fort), il ne se passe RIEN. Hedy Lamar qui joue une réfugiée qui attend ses papiers parait distante, peu concernée, jamais angoissée. Son interprétation est sidérante et il n&#8217;y a aucune alchimie avec Hodiak (qui ressemble à Martin Landau). Petit point intéressant : les étrangers sont regardés avec une grande sympathie. FILM AUSSI ETRANGE QUE RATÉ.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-997" title="Down three dark streets" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/down_three_dark.jpg" alt="" width="110" height="110" />J’ai enfin vu DOWN THREE DARK STREETS d’Arnold Laven. En fait de dark streets, on a une autoroute, une forêt, une rue normale de jour, un parc. Il y a au contraire pénurie de ruelles obscures (une seule en fait + un cimetière). Le film écrit par the Gordons (???) est l’une de ces apologies claironnantes et hébétées du FBI que souligne un commentaire exaspérant.</p>
<p>Malgré cela et malgré le côté hyper conventionnel du récit et de la réalisation, cela se laisse voir. Quelques personnages secondaires amusants, des silhouettes pittoresques, Claude Akins en boxeur maffieux. Ruth Roman est en effet très bonne (ce qui n&#8217;est pas le cas de toutes les actrices) et la poursuite finale se déroule sous les lettres de HOLLYWOOD (le maitre chanteur veut que la rançon soit déposée sous le W, endroit guère pratique mais bon pour les cinéastes). Laven recycle des extérieurs de son premier film WITHOUT WARNING.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-998" title="Mail Order Bride" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/mail_order_bride.jpg" alt="" width="110" height="110" />Revu : MAIL ORDER BRIDE, vraiment agréable, détendu, lyrique. C&#8217;est une sorte de version rose de COUPS DE FEU DANS LA SIERRA. Dans le dernier tiers, le scénario est parfois attendu et le gunfight final malgré le brouillard est un peu soldé.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-999" title="Destry" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/destry.jpg" alt="" width="110" height="146" />Vu enfin (???) DESTRY. Ce que l&#8217;on en dit est juste. Marie Blanchard est pire qu&#8217;inexpressive et les numéros sont d&#8217;une grande banalité où l&#8217;on retrouve la manie de Marshall d&#8217;ajouter des ponctuations comiques dont certaines sont d&#8217;une lourdeur éprouvante. Surtout que certains de ces gags (il faudra le noter quelque part) ne semblent avoir aucun effet sur la musique, les musiciens, la chanteuse (en dehors des deux ou trois types qu&#8217;elle prend à partie) qui ont dû être filmés à part, avec un playback qui n&#8217;intégrait aucune de ces trouvailles. Les décors du film sont particulièrement plats et conventionnels (trait commun aux westerns de série Universal) : ville standard, intérieurs hideux et conventionnels sans la moindre idée visuelle. Ce qui permet de saluer encore plus chaleureusement les efforts des réalisateurs (Mann avec FAR COUNTRY) qui rompent avec ces conventions épuisantes.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-1000" title="Apache drums" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/apache_drums.jpg" alt="" width="110" height="155" />Après deux ou trois westerns Universal, les qualités du splendide APACHE DRUMS deviennent encore plus frappantes : topographie insolite du village, rapports intérieurs/extérieurs, décors inhabituels comme cette église (importance là du producteur, de Val Lewton car les décors de THE RAID, film par ailleurs intéressant, sont beaucoup plus conventionnels). Je trouve maintenant que l&#8217;intérêt porté à la topographie, la localisation d&#8217;un village, d&#8217;une bourgade trace une ligne de démarcation entre les westerns où l&#8217;ambition est évidente et les autres. Dans la première catégorie, celle où les auteurs se sont posés des questions quant à l&#8217;état d&#8217;une ville à l&#8217;époque, je range  CANYON PASSAGE, APACHE DRUMS, SADDLE THE WIND, THE GUNFIGHTER avec leurs rues inachevées, les constructions asymétriques.</p>
<p>Oui la couleur n&#8217;apporte rien à DESTRY. Les meilleures scènes sont les plus sérieuses : une partie de poker, la mort du shérif (bon acteur), le premier affrontement avec Murphy qui est bien comme tu le dis. Le reste ne présente aucune nécessité.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-1001" title="Les piliers du ciel" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/piliers_ciel.jpg" alt="" width="110" height="110" /><img class="alignright size-full wp-image-1002" title="Guns for petticoat" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/guns_petticoat.jpg" alt="" width="110" height="110" />Les deux westerns de Marshall que j&#8217;ai trouvé intéressants sont LES PILIERS DU CIEL,  dont les extérieurs, les paysages témoignent d&#8217;une réelle recherche et donnent un lyrisme à cette histoire de tolérance religieuse. Et THE GUNS OF FORT PETTICOAT (LE FORT DE LA DERNIERE CHANCE), assez plaisante histoire (après un début conventionnel) qui confronte Murphy à des dizaines de femmes, dont l&#8217;impressionnante Hope Emerson, qui doivent se défendre contre les Indiens. Et aussi contre des  hors la loi qui font preuve d&#8217;une   violence rare chez Marshall. Le tout dans un décor de mission en ruines (celui de l&#8217;HOMME DE SAN CARLOS ?) bien choisi et astucieusement utilisé.</p>
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		<title>Films Anglais : John Guillermin / La Guerre</title>
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		<pubDate>Mon, 31 Oct 2011 23:05:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je continue mon exploration de l’œuvre britannique de John Guillermin avec d’abord un double DVD Adelphi (sans sous titres qui comprend deux films en dvd ET en Blue Ray) : CROWDED DAY, chronique unanimiste, douce-amère, décrivant une journée dans la vie de 5 vendeuses travaillant dans un grand magasin. Je ne pensais pas que Guillermin [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je continue mon exploration de l’œuvre britannique de John Guillermin avec d’abord un double DVD Adelphi (sans sous titres qui comprend deux films en dvd ET en Blue Ray) :</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-986" title="John Guillermin" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/guillermin.jpg" alt="" width="110" height="110" />CROWDED DAY, chronique unanimiste, douce-amère, décrivant une journée dans la vie de 5 vendeuses travaillant dans un grand magasin. Je ne pensais pas que Guillermin que je voyais spécialisé dans le film d’action, le polar, avait abordé ce genre de sujets. Cette petite production indépendante vit hélas son exploitation bloquée par l’étroitesse d’esprit, l’impérialisme des deux grands circuits de salles qui interdisaient l’accès des Gaumont, des Odéon à ce type de films, bloquant tout renouvellement.</p>
<p>Le résultat n’est pas tout à fait à la hauteur des espoirs que fait naitre le sujet. Pour une raison très simple : le scénario ne consacre qu’une portion congrue au travail de ces jeunes femmes, à leurs rapports avec les clients, profitant de la moindre occasion pour s’évader dans les pubs, les restaurants, les rues. Il faut dire que le travail était toujours survolé à cette époque (et même maintenant). Il y a plusieurs scènes touchantes et Guillermin se débrouille très intelligemment en décors naturels, dans un vrai magasin et dirige bien ses actrices. On peut regretter le gag un peu lourd de l’employé qui tente plusieurs fois d’habiller un mannequin.  Dans la partie un peu plus dramatique, Guillermin se permet des cadrages inhabituels, obliques, avec des amorces très présentes qui annoncent ses films noirs.</p>
<p>L’autre film, SONG OF PARIS est plus léger, plus conventionnel malgré le suave Dennis Price. Il est rehaussé par l’interprétation fine et sexy d’Anne Vernon qui chante plusieurs chansons dont une de Jean Drejac. Les deux films bénéficient de transferts magnifiques.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-987" title="Tarzan" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/tarzan.jpg" alt="" width="110" height="110" />Toujours de Guillermin, j’ai revu avec plaisir malgré un transfert très discutable (même si Ted Scaife est un chef opérateur conventionnel. Dans son équipe, il y a Gerry Fischer) TARZAN GREATEST ADVENTURE (la PLUS GRANDE AVENTURE DE TARZAN), le meilleur – de loin – des Tarzan récents. Celui, en outre, qui est le plus fidèle au personnage créé par Edgar Rice Burrough. En effet, dans cette version, Tarzan parle normalement, ne s’exprime pas en petit nègre. Il a l’air intelligent, éduqué. Dès la séquence pré générique, d’une réelle violence, très bien filmée, Guillermin (qui co-écrit le scénario) multiplie les travellings dans la jungle, les mouvements de grue, joue avec les amorces, la profondeur de champ. Le  combat final est très bien mis en scène, avec ce recadrage au-dessus du vide. Formidable trio de « méchants » : Anthony Quayle, acteur shakespearien, Niall McGinnis et…Sean Connery. L’avant dernier plan est savoureux. Tarzan regarde son reflet dans l’eau et sourit.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-988" title="Gift Horse" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/gift_horse.jpg" alt="" width="110" height="110" />Je viens de revoir GIFT HORSE (COMMANDO SUR SAINT NAZAIRE sans sous titres) que je n&#8217;avais guère aimé lorsque je l&#8217;avais vu a douze ou treize ans. Et j&#8217;ai été touché, intéressé maintenant par tout ce qui m&#8217;avait rebuté. J&#8217;avais déploré le manque d&#8217;action, d&#8217;héroïsme, le fait que le raid mentionné dans le titre français n&#8217;occupait que les 20 dernières minutes, ce qui serait inimaginable maintenant. Or justement ce qui donne au film une force, c&#8217;est l&#8217;importance de l&#8217;attente, des échecs répétés à la suite d&#8217;erreurs humaines ou mécaniques (rien ne semble marcher dans ce foutu destroyer : les canons s&#8217;enrayent, les tuyaux crèvent). Le capitaine Fraser se trompe, l&#8217;un de ses officiers commet une bourde énorme. Rarement films de guerre et de propagande auront autant mis en valeur les cafouillages, les accidents, les obstacles que les britanniques. C’est ce que ce GIFT HORSE réussit, et cela jusqu&#8217;à la fin. Un internaute qui m&#8217;a convaincu de voir le film loue son absolue authenticité (les bateaux, l’armement ne sont pas postérieurs à l’époque, contrairement à tant de films), insiste sur cette absence d&#8217;héroïsme, sur la mauvais qualité du matériel. Sur l’interprétation impeccable de Trevor Howard.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-989" title="The long and the short and the Tall" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/The_long_and_the_short_and_.jpg" alt="" width="110" height="157" />THE LONG, THE TALL AND THE SHORT de Leslie Norman est visiblement l’adaptation d’une pièce de théâtre. Et cela se sent. Les grands travellings dans la jungle ne suffisent pas à rendre cinématographiques ces pesants débats d’idées, lourdingues, sur dramatisés qui restent théoriques malgré une distribution où l’on remarque un jeune Richard Harris et Laurence Harvey. Statique et ennuyeux.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-990" title="Ice Cold Alex" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/ice_cold_alex.jpg" alt="" width="110" height="110" />ICE COLD IN ALEX de Jack Lee Thompson est beaucoup plus intéressant et transcende un sujet qui pourrait être conventionnel (4 personnes perdues dans le désert). On sent la chaleur, le poids du désert, la fatigue, la sueur sur la peau. John Mills en officier alcoolique (encore un héros en état de faiblesse) est beaucoup plus convaincant que d’habitude et Sylvia Syms confirme, une fois de plus, le bien que j’ai pu dire d’elle. Elle est même très sexy dans ce film d’homme et elle évoque dans les bonus ce tournage qui fut épuisant. Il paraît qu’une scène d’amour entre Mills et elle fut coupée, car sa chemise était trop ouverte.</p>
<p>Par ailleurs, plusieurs scènes d’action sont bien découpées et porteuses d’une vraie tension, ce qui n’est pas toujours le cas chez Lee Thompson : la rencontre avec une patrouille allemande dans le désert est une excellente séquence, imprévisible, ambigüe comme tout le film. Les britanniques prennent des décisions qui pourraient les faire accuser d’intelligence avec l’ennemi : ils dissimulent le fait qu’un des personnages est un espion allemand. Le patriotisme est sacrifié à la tolérance et à la loyauté. La séquence qui donne son titre au film est remarquable : on a envie de boire de la bière avec eux.</p>
<p><img class="size-full wp-image-991 alignleft" title="Tiger Bay" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/tiger_bay.jpg" alt="" width="110" height="151" />A propos de Lee Thompson, dont j’ai acheté TIGER BAY mais ne parvient pas à trouver ses premiers films qui ont une bonne réputation  (WOMAN IN A DRESSING GOWN) et font oublier les productions avec Charles Bronson, mon ami Jean Pierre Coursodon m’écrit qu’il a regardé « un film que je n&#8217;avais jamais vu et que tu couvres de ridicule dans 50 ANS: EYE OF THE DEVIL et à ma surprise je ne l&#8217;ai pas trouvé si mauvais. La &laquo;&nbsp;population hébétée&nbsp;&raquo; dont tu parlais, on la voit environ 3 minutes en tout, maximum. Je suis plus dérangé par la convention qui fait que des acteurs 100 % britanniques sont censés être français, mais on s&#8217;y habitue. Le film est assez grandiloquent (Tourneur l&#8217;aurait dirigé de façon différente!) mais le genre le veut. L&#8217;histoire n&#8217;est pas plus extravagante que EYES WIDE SHUT. Le château est remarquablement utilisé, intérieurs et extérieurs, la photo est excellente, avec beaucoup de profondeur de champ. L&#8217;incohérence due aux coupures ne peut  pas être impliquée au pauvre réalisateur (il y en a quand même une de taille, quand Deborah Kerr tombe du haut du château et apparait intacte dans le plan suivant). Je ne cherche pas à réhabiliter Lee Thompson mais je trouve que tu étais un peu injuste.<br />
Je vais revoir le film.</p>
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		<title>Plaisirs</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Oct 2011 23:05:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J&#8217;ai revu avec plaisir CAROLINE CHÉRIE, film très agréable même si Martine Carol parait un peu âgée et déphasée par rapport aux critères d&#8217;érotisme actuel (elle a de fort jolis seins mais le film est assez pudique et moins sensuel ou libertin que le roman de Cecil Saint-Laurent, fort bon). L&#8217;épisode de la  maison de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-978" title="Caroline Chérie" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/caroline_cherie.jpg" alt="" width="110" height="154" />J&#8217;ai revu avec plaisir CAROLINE CHÉRIE, film très agréable même si Martine Carol parait un peu âgée et déphasée par rapport aux critères d&#8217;érotisme actuel (elle a de fort jolis seins mais le film est assez pudique et moins sensuel ou libertin que le roman de Cecil Saint-Laurent, fort bon). L&#8217;épisode de la  maison de santé du Docteur Belhomme est particulièrement réussi, d&#8217;une surprenante dureté de ton accentuée par la sobriété de la réalisation de Richard Pottier (qui préserve le film des ravages du temps) et la causticité, cinglante des dialogues d&#8217;Anouilh (moins inspirés dans ses allusions anachroniques et blagueuses au 14 Juillet, un peu lourdes). Au-delà des vacheries anti révolutionnaires, Anouilh dresse un portrait sombre des mégères, des concierges dénonciatrices qui peut évoquer l’Occupation et ne peint pas sous un jour glorieux la conduite des Princes face aux Chouans.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-979" title="Le mariage de chiffon" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/mariage_chiffon.jpg" alt="" width="110" height="154" />LE MARIAGE DE CHIFFON est un vrai chef d’œuvre que ne ternissent pas quelques scratches au début, une chute dans la bande son et la musique pléonastique, peu inspirée de Roger Desormière (meilleur chef d’orchestre que compositeur) qui ne trouve sa place que quand elle cite ou brode des variations sur Fascination. Le scénario d’Aurenche est magistral et cela dès le premier dialogue nonsensique entre André Luguet et la marchande de journaux, magistrale introduction. Aurenche joue avec les accessoires (les chaussures donnent lieu à des variations éblouissantes) pour nous faire découvrir les personnages. C’est une leçon de comédie. Le film souvent inspiré (les travellings ophulsiens dans les pièces vides) se teinte peu à peu d’émotion, de nostalgie, de tendresse. Chaque fois que j’entends Odette Joyeux dire que ces boucles d’oreilles offertes par Jacques Dumesnil ont causé ses deux grands moments de chagrin et de peine « quand je les ai reçues et quand je les redonne », j’ai le cœur serré.</p>
<p>Pour rester dans le cinéma français, j’ai envie de parler de deux films que tout paraît séparer, opposer : LE BLÉ EN HERBE de Claude Autant-Lara et D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE d’Isabelle Czajka.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-980" title="Le blé en herbe" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/bebe_herbe.jpg" alt="" width="110" height="154" />Le premier est une adaptation assez raide de Colette (la mise en scène est moins gracieuse que dans CHIFFON), plombée par l’interprétation d’Edwige Feuillère, congelée dans le style grande Dame du cinéma français et de Pierre-Michel Beck, catastrophique (même si plusieurs silhouettes sont assez réussies, en particulier le forain projectionniste campé par de Funès, dont le pianiste est Claude Berri).Le second est une chronique moderne de l’errance d’une jeune fille.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-981" title="D'amour et d'eau fraîche" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/damour_eau_fraiche.jpg" alt="" width="110" height="183" />Deux jeunes actrices unissent ces deux œuvres si dissemblables : Nicole Berger et Anaïs Demoustier. Toutes deux sont éblouissantes de justesse, de grâce, d’intelligence. Dès qu’elles sont là, la vie fait irruption, s’empare de l’écran même s’il y d’autres acteur talentueux et bons dans D’AMOUR ET D’EAU FRAICHE. Nicole Berger fut un météore, disparue trop jeune. Elle est la justesse, la vérité même et son interprétation fait exploser les cadres rigides de Lara et démodent plusieurs de ses partenaires (pas Renée Devillers). Elle amène une vraie fraicheur et l’on ressent ses espoirs, son amour, ses souffrances et son personnage ne prend pas une ride. C’est par là qu’elle tend la main, qu’elle retrouve Anaïs Demoustier qui elle aussi, plonge au plus profond des émotions de son personnage sans jamais tricher avec ses zones d’ombre, ses faiblesses, ses tâtonnements, ses écorchures. C’est l’émotion en mouvement. Elle entraîne le film dans son sillage.</p>
<p>Ajoutons qu’il faut porter au crédit d’Autant-Lara qu’il réutilisa Nicole Berger, magnifique dans EN CAS DE MALHEUR (et aussi dans TIREZ SUR LE PIANISTE. Je ne m’en souviens pas dans les Dragueurs), où Edwige Feuillère était bien meilleure. Et qu’il est intéressant de découvrir dans les bonus les controverses, les remous que suscita le BLÉ EN HERBE qui traitait pourtant des rapports sexuels entre un jeune homme et une femme plus âgée avec pudeur, sans complaisance ni voyeurisme. L’évêque de Caen lança même contre les spectateurs de la première un commando de judokas catholiques (sic) qui furent mis en déroute par ceux-ci.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-982" title="Touchez pas à la hache" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/touchez_pas_hache.jpg" alt="" width="110" height="154" />Changeons de registre, de ton avec TOUCHEZ PAS A LA HACHE de Jacques Rivette, adaptation épurée, exigeante, janséniste, retenue de la Duchesse de Langeais de Balzac, déjà portée à l’écran par Baroncelli et Jean Giraudoux. C’est une œuvre tendue, fascinante, toujours centrée sur l’essentiel (les personnages secondaires sont réduits au minimum encore que Nicolas Bouchaud soit assez marquant).</p>
<p>Dans des pièces vides où l’on peut voir parfois au cours d’une fête, quelques vagues silhouettes, Antoinette de Langeais, Jeanne Balibar touchante, et le général de Montriveau se livrent une bataille sans merci, alternant les déclarations, les refus, les atermoiements, les élans et les revirements sous l’œil scrutateur de  la Princesse de Blamont et du Vidame de Pamiers, incarnés magistralement par Bulle Ogier et Michel Piccoli. Quand ils sont là, plus besoin de figurants ; ils remplissent les appartements, les pièces, occupent l’espace. Guillaume Depardieu est admirable en général amoureux, possédé par cette passion qui le dévore et son claudiquement augmente encore le tragique du personnage</p>
<p>Il était aussi magnifique aux côtés de la magnifique Judith Chemla, dans VERSAILLES  le premier film de Pierre Schoeller qui vient de tourner le remarquable L’EXERCICE DE L’ÉTAT et il est bon de rappeler ce film.</p>
<p>Pour finir, j&#8217;ai ressenti un grand plaisir devant le nouveau film de Julie Delpy THE SKYLAB (qui n’est pas encore en vidéo il est vrai). Un plaisir et aussi de la fierté. C&#8217;est que j&#8217;ai connu Julie si jeune quand elle jouait le rôle-titre de LA PASSION BEATRICE, son premier film avec MAUVAIS SANG de Leos Carax. Et j&#8217;ai vu, au fil des années, cette comédienne habitée, brillante, dingo, hypocondriaque et courageuse, qui domptait ses peurs et ne cédait jamais devant Bernard Pierre Donnadieu.</p>
<p>Je l&#8217;ai vu devenir scénariste (elle co-écrit le délicieux BEFORE SUNSET, cette déambulation rohmerienne), chanteuse avec un fort bon disque, compositrice (elle écrivit la musique de son second film), puis réalisatrice. Nous avions couronné à la SACD le très savoureux TWO DAYS IN PARIS, exploration savoureuse des différences culturelles, sexuelles, alimentaires entre les français et les américains (Ah la scène du lapin !). LA COMTESSE, œuvre brave, féministe, était plus didactique, plus inégale, faute de moyens mais je lui tire mon chapeau devant la manière dont elle sut utiliser les quelques figurants et les deux ou trois chevaux qu&#8217;on lui avait octroyé.</p>
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		<title>Coup de gueule</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 23:05:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bertrand Tavernier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après les Regrets de fin septembre, place à un coup de gueule contre les TRESORS DE LA WARNER, équivalent français de THE WARNER ARCHIVES, vendus à des prix prohibitifs (20 euros) pour des films très largement bénéficiaires avec le temps. Plus grave, la plupart des titres, disent les internautes, utilisent de vieux masters usés, non [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Après les Regrets de <a title="Regrets" href="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/regrets/">fin septembre</a>, place à un coup de gueule contre les <a title="http://www.warnerbros.fr/achat/tresors-warner.html" href="http://www.warnerbros.fr/achat/tresors-warner.html" target="_blank">TRESORS DE LA WARNER</a>, équivalent français de THE WARNER ARCHIVES, vendus à des prix prohibitifs (20 euros) pour des films très largement bénéficiaires avec le temps. Plus grave, la plupart des titres, disent les internautes, utilisent de vieux masters usés, non restaurés. Et, ce qui est criminel, les formats ne sont pas respectés.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-965" title="le cygne" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/lecygne.jpg" alt="" width="110" height="149" /><img class="alignright size-full wp-image-966" title="Thé et Sympathie" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/the_et_sympathie.jpg" alt="" width="110" height="154" />LE CYGNE (pas terrible) et THÉ ET SYMPATHIE de Minnelli (bien meilleur) sont diffusés en 4/3 alors que sur Warner Archives US, il s’agit des 2.35, 16/9 remastérisés. Comme l’écrit un internaute : « Si vous voulez que cette collection soit pérenne même à un prix élevé, merci de fournir des masters corrects sachant qu’en plus, ils existent. Merci également de fournir les bonnes informations aux cinéphiles qui prennent le risque de commander vos produits ».</p>
<p>Il suffit de comparer avec la petite collection rouge de Gaumont qu’on trouve sur le net ou à <a title="http://boutique.gaumont.fr/" href="http://boutique.gaumont.fr/" target="_blank">la boutique Gaumont</a>, à des prix plus abordables même si les films ne sont pas restaurés.</p>
<h2>Plaisirs</h2>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-970" title="Gaumont" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/gaumont.gif" alt="" width="110" height="154" />Je reviens sur quelques titres, revus avec plaisir : L’INEVITABLE MONSIEUR DUBOIS de Pierre Billon (comédie à l’américaine vraiment amusante et rythmée, avec une Annie Ducaux inattendue) ; J’ÉTAIS UNE AVENTURIÈRE (Edwige Feuillère est parfaite dans le rôle de comédie qui la dégèle quelque peu) ; TONI (dont j’ai déjà parlé, un des meilleurs Renoir) ; L’ALIBI (un policier talentueux de Pierre Chenal avec un Stroheim étonnamment sobre, un Jouvet retenu. La fin, hélas, fut imposé par le producteur) ; SIGNÉ ARSENE LUPIN (l’un des premiers scénarios de Jean-Paul Rappeneau, astucieux, inventif. Yves Robert, Jacques Dufilho sont irrésistibles : il faut entendre ce dernier dire : « Monsieur donne trop ». Robert Lamoureux ne s’en sort pas mal du tout. Ce n’est pas indigne du Becker.) ; SANS LENDEMAIN, UN PAPILLON SUR L’ÉPAULE (l’un des Deray les plus personnels) ; LES ABYSSES ; ALLEMAGNE ANNÉE ZERO (un Rossellini majeur) ; LA VERITÉ SUR BÉBÉ DONGE (un chef d’œuvre) ; LE DERNIER DES 6 (que j’avais trouvé brillant) ; ANTOINE ET ANTOINETTE (un très bon Becker). Je dois revoir MOLLENARD, un Siodmak très fort, très âpre, SANS LENDEMAIN.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-971" title="Sous le signe du taureau" src="http://www.tavernier.blog.sacd.fr/wp-content/uploads/2011/10/sous_signe_taureau.jpg" alt="" width="110" height="154" />Et SOUS LE SIGNE DU TAUREAU de Gilles Grangier que j’hésitais à voir (vu les autres Grangier de l’époque et qui fut une découverte et une très plaisante surprise). Au début, il faut passer outre une certaine esthétique qui prédomine dans les derniers Alain Poire : photo vraiment plate de Walter Wottiz où tout est trop éclairé, décors typique Vème République (cela constitue presque un constat). Le sujet  (François Boyer, Grangier, Audiard) intrigue et petit à petit se dégage une amertume (les rapports avec Susanne Flon), une colère qui vont grandissantes. Le rapport de Gabin à son métier est écrit sans fioritures, sans acrobaties verbales. La scène avec le génial Alfred Adam est du meilleur Audiard : la description de la manière dont on pouvait s&#8217;enrichir sous l&#8217;Occupation est savoureuse. Mais surprise, il dépasse le constat bienveillant et oppose à Adam, un Gabin sobre dont une réplique au moins parait très autobiographique : &laquo;&nbsp;et toi qu&#8217;est-ce que tu faisais ?&nbsp;&raquo; &#8211; &nbsp;&raquo; Moi, j&#8217;étais sur les plages&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Déjà, auparavant, quelques revers de volées sur les banques, les grandes fortunes, la belle famille qui réussit dans les affaires, renvoient à des moments du PRÉSIDENT. Et puis, il y a deux ou trois bonheurs d&#8217;écriture qui font plaisir, sur la Normandie en Automne. Et entendre déjà  que &laquo;&nbsp;Capitaux privés ou subventions, la Recherche est condamnée à la mendicité&nbsp;&raquo; est aussi plaisant que &laquo;&nbsp;je suis pour l&#8217;Europe des travailleurs contre l&#8217;Europe des actionnaires&nbsp;&raquo;&#8230; Audiard.</p>
<p>Raymond Gérome et Ledoux sont parfaits et Dalban, sobre, fait son 178ème patron de bistrot. La fin du film qui aurait pu être plus lyrique m&#8217;a touché peut-être aussi à cause de cette sobriété chaleureuse, un peu effacée qui donne leur ton, leur couleur aux meilleurs Grangier. Je ne m&#8217;y attendais pas du tout. Dommage que le résumé au verso donne la fin du scénario.</p>
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